CHAPITRE 9
Les habitudes reprirent leurs cours. Candy continuait de partager son temps entre Chicago, l'Orphelinat et le ranch de Lakewood. Sa voiture lui facilitait grandement la tâche pour son organisation. Niel quant à lui, déterminé, s'était inscrit à l'école de médecine et il lui tardait de commencer ses cours. En attendant il assistait le Docteur Martin à la clinique.
Archibald et Annie allaient s'unir dans un mois et étaient en plein préparatifs. Le manoir des André était à présent envahi par les décorateurs, la famille Brighton s'était jointe à leur fille adoptive pour participer aux festivités. Bref tout ce monde irritait un peu Niel à présent qui aspirait à plus de tranquillité. Un bruit de sabots sur l'allée lui fit relever le nez de son livre. Il respira à fond et un délicat parfum de rose vint effleurer son odorat. Le bruit s'arrêta et les deux cavaliers qui n'étaient autre que Tom et Élisa s'arrêtèrent un instant pour le saluer. Niel agita à son tour la main et la laissa en l'air un bon moment après leur départ. Il se sentait heureux pour eux. Sa sœur qui avait trouvé l'amour en la personne de Tom, était transformée. Ils étaient devenus inséparables à présent. *Ça non plus jamais je ne l'aurais imaginé *... et il s'efforça à retourner dans sa lecture savante sur l'anatomie.
La tante Elroy prenait un peu l'air frais sur le balcon. Elle aussi avait grandement changée. Candy en sa présence ne ressentait plus l'éternel malaise qui grandissait en elle, immanquablement. À présent la grand-tante la considérait aussi comme sa fille. Elle réalisa tout le changement accompli en quelques mois. Jamais d'ailleurs elle s'était sentie aussi bien ! Son caractère acariâtre avait comme par enchantement disparu, même les domestiques le soulignaient entre eux.
Candy était avec les enfants dans la cour de la clinique. Elle aussi était heureuse, surtout qu'elle venait de recevoir un courrier annonçant la venue prochaine de Patty qui s'était exilée en Californie suite au décès durant la grande guerre d'Alistair. Le contenu était mystérieux, elle ne disait rien de particulier sur sa vie mais inexplicablement elle sentait que son amie lui cachait quelque chose d'important. Une ombre au tableau cependant, sa grand-mère ne serait pas du voyage, trop fatiguée pour faire un long trajet.
Monsieur Legrand et Georges l'homme de confiance du grand oncle William devisaient dans le bureau du ranch. Passées les affaires ils en vinrent aux derniers évènements.
- Et bien Monsieur, qui aurait pu prévoir tout ça !
- Oui Georges, qui ? Mais j'en suis extrêmement heureux voyez !
- On ne le serait à moins, rétorqua Georges le sourire aux coins des lèvres. Monsieur Niel entreprend enfin à apprendre un métier ! et quel métier ! Médecin ! C'est incroyable. J'aurais cru qu'il allait reprendre votre poste et encore ...
- Oui mon fils était un vaurien, n'ayons pas peur des qualificatifs, grâce à Candy il a très nettement évolué du bon côté.
- Oui monsieur.
Le silence s'installa, Monsieur Legrand en profita pour bourrer sa pipe. Malgré ses ennuis de santé il n'était pas parvenu à se défaire de cette habitude.
- Si vous permettez monsieur, que je vous pose une question ... fit doucement Georges qui posa son verre délicatement ciselé, dans lequel deux glaçons flottaient comme deux iceberg sur une mer d'huile. **Ce whisky est excellent **...
- Allez-y Georges.
- À qui pensez-vous pour reprendre votre suite ?
Monsieur Legrand sourit. Ses yeux moqueurs se posèrent sur le jeune homme, d'origine français mais adopté lui aussi, qui lui faisait face.
- Au voisin de ma propriété.
- À ce jeune homme ? Vous ... vous voulez dire à Tom ? Tom Steel ? (Candy épisode 1/115)
- Exactement ! Son père et un solide fermier, franc, et dur en affaire ! Tom sera parfait. Quand à Élisa, il la complètement transformée ! Vous ne trouvez pas ? Georges opina. Elle sera parfaite pour tenir les cordons du ménage.
- Le destin fait parfaitement les choses émit doucement Georges.
- Mieux que nous même si nous en avions les rennes.
Georges finit son verre tandis que Monsieur Legrand tirait sur sa pipe. Enfin le bruit d'une voiture attelée vint troubler cette fin d'été à la chaleur douce.
Patty en descendit en compagnie d'un grand garçon. Comme Alistair il portait des lunettes et était très élégamment habillé. Aussitôt deux domestiques se présentèrent pour porter leurs bagages. Niel avait tout juste levé les yeux de son livre épais.
Annie avait tout de suite vu la voiture dans laquelle se trouvait son amie et fonça dans ses bras oubliant par la même occasion toute sa bonne éducation.
- Patty ! Comme je suis heureuse que tu sois là ! Mais – elle jeta un coup d'œil autour d'elle, cherchant quelqu'un qu'elle ne trouva pas – où est ta grand-mère ? Oh ! bonjour monsieur ...
- Ma grand-mère était trop fatiguée pour le voyage, quand à ce « monsieur » c'est John, John McHogan, c'est un artiste.
- Bonjour ma-dâââme, enchanté de vous connaître. Aussitôt il se saisit de sa main pour déposer ses lèvres sur le dessus. Annie piqua un fard gêné. ***Berk ! Pourquoi me dégoûte t-il ? Brrr ... *** Un frisson avait couru le long de sa colonne vertébrale.
- John vient d'Angleterre, sa famille est une des plus aisée et la Reine fait partie de leurs connaissance ajouta t-elle soudain très fière.
- Ôh murmura Annie admirative devant le pédigrée du jeune homme. Venez, je vais vous montrer vos appartements maintenant comme ça nous pourrons aller nous promener et si vous le voulez, voir Candy ! et tout en marchant elle ne pouvait s'empêcher de penser à ce que son amie venait de dire, et contre toute attente une vague inquiétude s'était emparée d'elle.
Niel avait vaguement entendu l'échange entre les trois personnes. Son banc était maintenant plongé en partie dans l'ombre et il était resté très discret. *« C'est bizarre mais je n'arrive pas réellement à croire que tu viens d'Angleterre toi, et que ta famille est riche ... en tant que menteur et fourbe de première je sens une arnaque *... ». Cela l'agaça et il referma précipitamment son livre. Le compagnon de Patty lui déplaisait mais il aurait été incapable, tout comme Annie de dire pourquoi. « Bah ... ce n'est pas tes affaires, tu as passé l'époque ou tu fouinais dans les affaires des autres ! ». Pour se changer les idées il décida à d'aller à la clinique où Candy travaillait cette semaine.
C'était la fin de la journée et Candy s'affairait à rendre l'endroit d'une propreté parfaite. Niel arriva alors et l'embrassa promptement, faisant fi du Docteur Martin qui se détourna de la scène en maugréant mais néanmoins amusé.
- Voilà Docteur Martin tout est propre ... je vous dit à dans une semaine !
- Oui c'est ça, allez sauvez-vous vous deux fit-il en riant.
- Niel il faut que je passe chez moi remettre également un peu d'ordre, tu veux venir ?
- D'accord mais après tu t'occupes de moi.
- Comment ça ? M'occuper de toi ?
- Et bien tu te fais belle, j'ai envie de t'emmener quelque part.
- Niel ... c'est pas que je ne veux pas mais je crois que Patty doit arriver.
- Elle est déjà arrivée fit Niel soudain contrarié, l'air soudain soucieux.
- Ôh ... et ... hum ... il y a quelque chose qui ne va pas ?
- Je t'expliquerai. Allons chez toi d'abord, tu me paieras un verre d'eau.
Candy s'installa au volant par automatisme tandis que Niel prit la place à côté.
- Niel, tu voulais peut-être conduire ?
- Non, vas-y ... je vois que tu te débrouilles mieux que moi presque.
- Rhôôô, arrête, je vais prendre la grosse tête.
Après avoir fait le ménage que sa maison avait besoin, Niel tout en sirotant son verre d'eau fraiche lui parla de l'arrivée de Patty et de l'ami de celle-ci.
- Et tu penses que, que c'est un ... voyou ? un usurpateur ?
- Il me fait cet effet là, il fait trop bien pour être honnête.
- Et que proposes-tu ... j'ai peur de faire de la peine à Patty elle a déjà, elle a trop souffert !
- Ce sera pire si ce John McHogan n'est pas celui qu'elle croit.
- Tu as raison murmura t-elle tout en soupirant. Que proposes-tu ? Comment savoir s'il ment ?
- Je propose d'en parler, mais tout en discrétion à la grand-tante Elroy, peut-être connaît-elle des gens en Angleterre qui sauront nous dire si ce McHogan est vraiment celui qu'elle croit.
- Bonne idée convint Candy qui finit son verre d'un trait.
Niel ne s'était pas trompé. John McHogan lui déplut quasi instantanément. Ses yeux avaient un elle-ne-savait-quoi de malsain, un regard qui semblait la déshabiller et qui la révulsa. Patty quant à elle paraissait se douter de rien, tout à son nouvel amour, elle était littéralement dans les nuages, nageant en plein bonheur. Candy interrogea Niel du regard et ils se retrouvèrent bientôt devant la tante Elroy. Le jeune homme en question lui avait parut insignifiant, tout comme cette Patty qu'elle n'avait jamais trouvé charismatique.
- Et vous le trouvez tous les deux, suspect ?
Candy hocha la tête.
- Effectivement je peux faire des recherches sur son compte. Elle prit un papier et nota le nom du fiancé de Patty.
- Merci fit Candy chaleureusement, qui emportée par son élan sympathique, vint coller une bise sur la joue ridée de la grand-tante. Celle-ci se raidit tout d'abord, encore peu habituée à la spontanéité de « sa »fille, puis lui en fit une à son tour. Elle n'était pourtant pas adepte des démonstrations affectives. La Grand-tante Elroy devenait moins austère en présence de Candy depuis que cette dernière avait sauté dans le lac, comme si quelque chose s'était brisé, un masque de marbre qu'elle se collait habituellement au visage pour faire taire ses sentiments. avec ardeur. Niel ne put dissimuler son effarement.
- Allez sauvez-vous tous les deux ! Je vais voir ce que je peux faire pour connaître cet individu.
Annie était avec Patty, Archibald partit régler un petit problème pour la cérémonie. *** Comment lui dire que je n'apprécie pas John Mac Hogan ? il me fiche la chair de poule, je n'ai jamais ressenti ça envers qui que ce soit ? ***
- Annie ? Quelque chose ne va pas avec Archi ? Ou tu t'inquiètes pour Candy ? Je t'avouerai lui glissa t-elle que ça m'a fait quelque chose d'apprendre qu'ils étaient ensemble ! Incroyable !
- Oui fit Annie, en plein dilemme à présent. *** Je n'ai pas le droit peut-être de gâcher ton bonheur Patty, pas après avoir perdu Alistair ! Mais si ce ... s'il te fait du mal ? Je ne me pardonnerai pas de ne pas t'avoir dit ce que je ressentais à son contact. *** Elle se mordit les lèvres et tenta une approche. Patty il faut que je te dise que ... John me met mal à l'aise.
Patty eut l'air soucieux, une poignée de micro secondes. Ce n'était pas la première fois qu'on lui rapportait cette impression. Elle rétorquait alors que les gens se sentaient mal à l'aise devant son talent, son style.
- Ce sont ses origines anglaises qui doivent faire ça lui sourit-elle. Il fait cette impression sur beaucoup de personnes.
- Humm ... ***Non, ce n'est pas ça Patty, je suis sûre que tu ne veux pas voir, mais si tu fermes volontairement les yeux je ne peux rien ...*** Tu as sans doute raison. Tu ne m'as pas raconté comment tu l'avais rencontré. Raconte fit-elle en lui prenant doucement les mains. Annie était à présent pressée de faire dévier le sujet.
- Et bien, avec Grand-Mère nous sommes allées visiter une exposition de tableaux et je l'ai vu, là, chic, élégant, elle rougit. J'ai cru un instant que c'était =mon= Alistair ! et il s'est retourné, le coup de foudre ! Il m'emmène dans les endroits à la mode, il me présente à ses amis, j'ai l'impression de ne plus être aussi insignifiante que par le passé, Annie ! ça fait un bien fou. Annie l'écoutait, en proie à de drôles de sentiments dont l'un qui ressortait plus fort que les autres. *** Oh Patty ! Je suis sûre qu'il t'en met plein les yeux pour t'éblouir ! il ne t'aime pas, j'en mettrai ma main au feu ! j'ai vu son regard lorsque Candy lui a fait la bise, il la déshabillait ... Ôh mon Dieu ! il m'a fait la même chose ! Patty il ne t'aime pas mais comment te le faire comprendre sans que tu prennes ça pour de la jalousie mal placée ? *** Annie ? tu es toute pâle ? Qu'est-ce que tu as ?
- Méfie-toi de lui Patty, ne le prends pas mal, je ne suis pas jalouse de toi mais ... il ne me dit rien qui vaille.
- On dirait Grand-Mère, elle m'a dit qu'il avait un mauvais genre. Annie ... toi et Candy vous n'avez jamais eu de difficultés à trouver quelqu'un qui vous aime, qui vous trouve belle ! moi ... sa voix se brisa, c'est la première fois depuis qu'Alistair n'est plus. Si tu savais comme la solitude c'est dur à supporter !
- Si ça se trouve fit Annie d'un ton qui se voulait joyeux, allons ... oublie ce que je t'ai dit, si ça se trouve je me trompe hein ? Allez Pattie, nous allons dire ça ... n'y pense plus hein ?
- Merci Annie. Tu es une amie formidable.
- Merci. *** Je vais rester sur mes gardes avec John, je dois prévenir Candy ... vu comment il la regardée ! ***
Candy se prépara pour le dîner, se demandant où Niel pouvait bien compter l'emmener lorsque quelqu'un à la porte toqua. Elle acheva de positionner un de ses rubans sur une de ses couettes et alla ouvrir. Son cœur manqua un battement et par réflexe voulut refermer la porte mais le pied du visiteur vint la bloquer in extremis.
- Alors ma p'tite demoiselle, vous ne souhaitez pas me parler ?
Elle inspira et contint sa colère tout en serrant les poings.
- Je vous prie de partir. Je n'ai rien à vous dire.
- J'ai pas envie. Ton petit copain et toi semblez méfiants à mon égard. Je me trompe ? Il redressa ses sourcils bruns par dessus la monture de ses lunettes, tout en écailles.
- Non vous ne vous trompez pas, partez je vous prie.
Il sourit mauvais. Ce sourire ressemblait à celui que Niel affichait quand il projetait par le passé de lui faire du mal.
- Non. Il jeta un coup d'œil circulaire et ne vit rien ni surtout personne pour contrecarrer son plan.
Candy chercha alors à le repousser violemment mais rapide comme un serpent il enserra son bras et la propulsa sur son lit. Il entra alors et ferma la porte. Prudent il mit une chaise pour la bloquer plus sûrement.
- Que faîtes-vous ? Arrêtez ! Soudain elle comprit, ce gougnafier allait l'agresser. Alors elle rassembla toute son énergie pour hurler.
Niel tout en costume trois pièces arrivait dans le couloir quant il entendit le cri de terreur de Candy. Il se précipita sur la porte et tenta de l'ouvrir. Impossible. Prenant son courage à deux mains il prit de l'élan pour la briser. Cela ne fonctionna pas non plus.
- CANDY ! CANDY !
Candy se débattait tant et plus avec son agresseur, le mordant et le griffant de toutes ses forces mais il avait réussi à emprisonner une de ses mains tandis que l'autre enserrait son cou. John ricanait, une lueur perverse et très dangereuse dansait dans ses prunelles.
- Tu crois que je vais me contenter d'un laideron comme cette Patty ? Tu es beaucoup plus jolie qu'elle ... et tu devrais te laisser faire ma belle, tu ne le regretteras pas ... sur ce il desserra l'emprise qu'il avait sur son cou pour la libérer totalement. Sa main alla alors dans un endroit qu'aucun homme n'avait jamais osé toucher. Candy avait la marque des doigts sur le cou, ses forces commençaient à décliner dangereusement. Avant de perdre connaissance elle eut juste une pensée désespérée **** Mon Dieu, si vous existez, aidez-moi, je vous en prie, aidez-moi ...****.
