Helloooooo ! Bonne semaine ? Pas trop attendu la suite ? La pression retombe un peu dans ce chapitre, il est un peu plus court que le précédent, mais c'est le début d'une nouvelle étape !

Dans ce chapitre : des aventures, des rencontres, de l'émotions, du frisson, et surtout... DES ARBRES !


Nous avions dû retarder le départ pour Vestigion à cause de la convalescence de Riker. Durant ces quelques trois semaines, j'étais allée à Littorella pour montrer les photos de Baudruche au professeur Sorbier et lui expliquer ce que je savais sur lui.

« Ce pokémon, m'expliqua-t-il, est extrêmement rare. On appelle pokémons chromatiques les individus qui ont des couleurs différentes que celles habituelles. On n'en sait pas énormément, sinon que c'est lié à une mutation génétique mineure, souvent provoquée par l'environnement. On ne sait pas si ça a des répercutions sur les statistiques, le nombre de sujets étudiés est encore trop petit à ce jour. C'est pour cela que ce que tu me dis est extrêmement important. N'omets jamais aucun détail, quand tu t'adresses à un chercheur ! »

En fin de compte, passai beaucoup de temps avec Ally, contre qui je m'entraînait tous les jours. J'appris par l'occasion que son nom était en fait Aline.

Ses pokémons gagnaient en puissance jour après jour, à une vitesse fulgurante. J'imagine que l'enthousiasme de la petite y était pour quelque chose.

Remarquez, je dis souvent « petite », mais il se trouvait qu'Aline avait en réalité quatorze ans. Sa petite taille et ses rondeurs enfantines la faisaient paraître beaucoup plus jeune, mais en regardant de plus près, on pouvait lire dans ses prunelles couleur d'acier une sagesse rare.

Le jour où son abra évolua, elle me regarda droit dans les yeux, et d'un calme olympien, déclara :

« D'ici la fin de l'été, j'irai affronter le champion de Charbourg. Je pense que je peux me débrouiller seule pour m'entraîner, maintenant. Merci beaucoup, Al. Un jour ou l'autre, j'aimerai vraiment qu'on se fasse un match sérieux, toutes les deux. »

Bref, après trois longues semaines de chaleur, le mois d'août avait bien avancé. J'avais jeté ma robe par dépit et l'avait bien vite remplacée par une autre à peu près similaire. J'avais également remplacé mes baskets usées par des bottes de marches, bien plus confortables. J'avais également fait le plein de potion, d'antidotes et d'anti para à la boutique. Devant moi s'étendait l'immensité émeraude de la forêt de Vestigion. Une vieille femme qui habitait à sa bordure m'avait raconté qu'on l'appelait autrefois forêt d'Eterna. Elle ne m'en avait pas dit plus sur l'origine de ce nom.

« Prêt, mon vieux ?

- Prinp' Tu me prends pour qui ? Évidemment que ça va bien !

- Ça risque d'être assez éprouvant. Si tu es fatigué, dis-moi le tout de suite.

- Plooooouf…

- Oh ça va ! »

Je n'avais plus aucun mal à décrypter ce qu'il pensait, ce qui faisait que les gens me voyant lui parler (ou plutôt, nous voyant nous chamailler) me regardaient souvent avec des yeux bizarres. Cette fois-ci, ce fut un rire qui salua notre dialogue.

« Vous avez l'air de bien vous entendre.

- Ouais, on s'entend plutôt bien. Il s'appelle Riker, moi c'est Aurore.

- Enchantée. Je m'appelle Sara et voici Méryl, dit-elle en désignant un leveinard qui l'accompagnait. Je me demandais…

- Quoi donc ?

- Hé bien, je dois traverser la forêt.

- Oh, tu as peur de te perdre et de rencontrer des pokémons sauvages ? »

Elle pencha la tête de côté, considérant la proposition d'un air songeur, puis rit doucement.

« Non, pas du tout ! Je connais cet endroit comme ma poche ! En fait, je crains surtout la Team Galaxie. J'en entend de plus en plus parler, et ce n'est pas rare qu'ils s'aventurent dans les bois pour capturer des pokémons. J'ai remarqué un bâtiment étrange à Vestigion, qui semble leur servir de QG. J'ai aussi entendu dire qu'il volaient les pokémons des gens. Alors traverser la forêt seule me fait un peu peur. Méryl n'est pas une très bonne combattante.

- La Team Galaxie, marmonnai-je. Je me suis déjà frottée à eux, pas envie de recommencer. Je te comprend, Sara. Je veux bien venir avec toi, si tu me guides.

- Avec grand plaisir ! »

Il y avait quelque chose d'étrange avec cette femme. Elle paraissait jaune, mais il était impossible de lui donner un âge tant son regard de mousse paraissait usé par le temps. Elle se tenait très droite et il émanait d'elle une douceur paisible et réconfortante.

Je lui fis signe de passer devant, et nous la suivîmes de près, moi à sa droite et Riker à sa gauche comme deux gardes du corps. Méryl marchait juste derrière nous, un peu plus lentement.

Il régnait dans la forêt une atmosphère mystique. Sous les feuillages doucement secoués par le vent, il faisait frais. Malgré l'abondante présence de pokémons plante, Riker semblait plutôt à l'aise et détendu (peut être parce qu'il ne lui fallait qu'une attaque picpic pour se débarrasser d'eux?). Il y avait également un sacré nombre d'insectes, et par conséquent de scouts qui leur couraient après, tous filets dehors.

Cela faisait rire Sara, qui pour sa part avançait sans donner l'air de regarder son chemin, comme si elle savait d'instinct où aller. Ça m'impressionnait au plus haut point, car la densité des arbres m'aurait bien vite perdu. Si l'orée des bois était pleine de clairières et d'herbes folles, l'endroit que nous traversions était de plus en plus sauvage et sombre. Il n'y avait qu'un sentier à peine visible, fait de terre sèche et d'herbes écrasées.

« D'habitude, peu de gens traversent par ce côté, dit soudainement la jeune femme. Il y a un autre chemin plus simple, mais plus long. Les gens ont peur de se perdre…

- C'est normal, par sûr de pouvoir retrouver son chemin dans un endroit pareil, répondis-je en haussant les épaules.

- Oui, c'est vrai. Mais c'est dommage, ils manquent des tas de choses. »

Devant mon regard perplexe, elle s'arrêta et regarda en l'air, cherchant quelques chose du regard. Finalement elle tendit le doigt vers une masse bourdonnante au somment d'un énorme chêne.

« Regarde, c'est un nid de papilord. En général, ça veut dire qu'il y a une ruche d'apitrinis pas très loin. Parfois, on peut apercevoir un apireine. On n'en voit jamais ailleurs qu'ici, parce que c'est plus…sauvage, peut être. La nuit, on tombe aussi sur des feuforêve et des fantominus. Parfois on entend aussi chanter des magirêves…Que fais-tu ? »

Elle regardait le carnet que j'avais sorti d'un drôle d'air. Je finis ma phrase et le rangeai.

« Je note. Ça pourrait être utile de savoir quel genre de pokémons se trouvent ici, expliquai-je. »

Elle pencha la tête sur le côté, cligna deux fois des yeux, l'air étonné, puis lâcha un rire cristallin. Il n'était pas moqueur ou nerveux, et je tournai la tête vers Riker qui me rendit mon expression perdue. Finalement, Sara s'arrêta et, gardant son sourire, planta ses yeux au mille nuances de vert dans les miens.

« Tu es toujours comme ça ? Ferme tes yeux et écoute. »

Elle posa la main sur la tête de son leveinard, lui caressant doucement, et ferma ses paupières. La tête légèrement pointée vers le ciel, les éclats de soleil transperçant les branches jouant sur les plis de sa robe et sur ses cheveux agités par la brise, elle semblait être une sainte gardienne de la forêt. C'était comme si le temps était suspendu tout autour d'elle, dans une bulle de sérénité parfaite. Je retenais mon souffle inconsciemment, et sentais Riker faire de même.

Finalement, l'instant magique prit fin quand, avec un soupir d'aise, la drôle de femme rouvrit les yeux.

« A ton tour, dit-elle simplement. »

Je voulus répondre mais les mots restèrent coincés dans ma gorge. Finalement, je hochai la tête maladroitement et m'exécutai.

« Alors ?

- Quoi ?

- Qu'est-ce que tu ressent ?

- A peu près…rien.

- Prinp', approuva Riker, les yeux fermés lui aussi.

- Allons, un peu d'efforts ! Fit la voix de Sara avec un petit rire. Vous ne savez pas écouter !

- J'entends très bien, les oiseaux, le vent, l-

- J'ai dit écouter, pas entendre, me coupa la femme aux cheveux verts d'une voix calme. Enfin, peut être que le mot juste serait ressentir. Garde les yeux fermés. Inspire et expire longuement. Fais le vide dans ta tête. »

Il y eut d'abord les piaillements des oiseaux. D'abord fond sonore, il prit de l'importance jusqu'à emplir mes tympans. Je distinguai ensuite un bourdonnement, des bruissements de feuilles. Quelques sons étouffés à mes pieds.

« Sens » me dit la voix comme dans un rêve.

Il y eut ensuite le mélange d'odeurs. La lourde odeur de résine émanant des sapins. Le pollent me chatouillant les narines, les quelques fragrances acidulées des fleurs transportées par le vent, une note fruitée provenant d'un arbre à baies pas loin. Il y avait aussi une odeur chaude, douce et rassurante. Je fronçai les sourcils et inspirai plus longuement. Un mélange d'iode, d'herbe et de poussière, comme l'odeur d'un après-midi sur les berges du lac Vérité.

Je me rendis alors compte que l'odeur était celle de Riker. Mon sourcil tressauta, mais je gardai mes paupière opiniâtrement closes.

« C'est bien. Maintenant détache-toi de tout ça…Ressent ! » M'encouragea Sara sans que je n'arrive à déterminer où elle se trouvait.

Les bruits et les odeurs se fondirent et se mélangèrent dans ma tête. Un goût de chlorophylle imprégna ma langue. Mes doigts picotaient.

Du noir de mes paupières émergea une lueur faiblarde, pulsant doucement. Elle s'étala peu à peu tandis que le silence gagnait mes pensées. Une bulle de mutisme m'entoura soudainement, assourdissante de calme.

Une sensation étrange m'envahit. Je devinai la présence de Sara un peu à ma gauche, celle de Méryl derrière moi.

Enfin, je sentis Riker.

Il y eut comme un flash et je fus comme transpercée par un flot d'énergie, de pensées, d'émotions brutes. J'ouvris soudainement les yeux, inspirant un grand coup, de la même manière que si je me réveillais en sursaut.

« Je ne pensais pas que ça serait aussi rapide, s'exclama doucement Sara, avec un petit rire. »

Je me tournai vers mon coéquipier. Lui aussi avait les yeux écarquillés et semblait perdu. Visiblement, nous avions vécu une expérience similaire.

« Qu'est-ce que c'était que ça ? Soufflai-je.

- Un lien empathique.

- Quoi ?

- Un lien empathique, répéta doucement la jeune femme. Quand un dresseur et un pokémon décident de s'accorder une confiance et une amitié réciproque, il s'établit un lien indéfectible. C'est un lien empathique.

- Mais…pourquoi…bégayai-je, incapable de mettre un mot sur ce que je voulais dire.

- Pourquoi tu ne t'en rends compte que maintenant ?

- O-oui.

- Certains dresseurs sont plus réceptif que d'autres. Et puis, il faut s'en rendre compte. Le…réveiller en quelque sorte, pour pouvoir le maîtriser.

- Est-ce que c'est comme ça que font les kinésistes ? Demandai-je en plissant les yeux.

- Exactement. C'est plus facile pour eux, car les pokémons de type psy émettent des ondes très puissantes. Je pense que la forêt t'a aidé. »

Toujours avec son sourire doux, elle se mit en route, m'obligeant à la suivre. Je frottai mes yeux, encore un peu engourdie, et m'élançai à sa suite.

« La forêt ?

- Oui. Les endroits anciens recèlent d'énergie, surtout les forêts. C'est ce qui attire les spectres, ici, et c'est pourquoi la maison qui y a été construite est…hantée, comme on dit. Je dirais plutôt habitée par les fantômes. La méditation permet de s'approprier l'énergie de ce qui nous entoure.

- Pourquoi est-ce que m'as montré ça à moi ? Fis-je brusquement. Tu apprends ça à tout le monde ?

- Oui, si je sens un lien assez fort entre un dresseur et son équipe. Mais ça ne marche pas toujours aussi bien, je dois l'avouer. Vous avez quelque chose de spécial tout les deux, répondit-elle, repartant de son joli rire de grelot. »

Nous avons ensuite marché dans un silence pensif. La sensation que j'avais ressentie tout à l'heure faisait encore vibrer mes nerfs. J'avais du mal à m'en remettre, et je sentais une énorme fatigue s'abattre lentement sur moi. En jetant un œil à mon oiseau marin, je devinais qu'il en était de même pour lui : ses orbes habituellement d'un saphir éclatant semblaient couverts d'un voile terne. Il bailla je l'imitai.

« On dirait que vous avez besoin d'une pause, constata notre guide. Tenez bon encore un peu, nous serons bientôt dans un endroit où nous pourrons bivouaquer. »

En effet, nous marchâmes encore un quart d'heure, puis les arbres se clairsemèrent légèrement, remplacés par d'épais buissons. L'herbe devenait plus souple et verte, se rapprochant davantage d'un épais gazon. Finalement, une clairière se dessina, circulaire, au centre de laquelle trônait un énorme rocher moussu. Quelques pokémons sauvages s'écartèrent en nous voyant arriver. Le leveinard poussa quelques petits cris, et ils revinrent à leur poste initial, nous gardant toutefois moi et Riker au coin de l'œil.

« Je viens souvent ici, ils me connaissent. Ils me font confiance parce que je les soigne. Vient t'asseoir ! »

Acquiesçant, je la suivit et m'affalait contre le roc, imité par mon ami à plumes. La roche était froide et humide contre ma peau, et un rayon de soleil m'éclairait doucement. Sous ses conditions idéales, le laissai ma tête basculer sur celle de Riker et tombai dans les ailes de Cresselia.

Lorsque j'ouvrai les yeux, un évoli me reniflait la main, sous le regard d'un phylalli dont les oreilles végétales tremblaient doucement. Riker était réveillé et s'ébrouait quelques pas plus loin, dos à moi. À sa manière de bouger la tête, il avait l'air de chercher quelques chose. Je baillai et me lavai, m'étirant au passage. Je cherchai Sara du regard, et tombai sur son leveinard. Celui-ci avait les bras repliés contre l'œuf qu'il transportait et regardait vers le haut. Suivant son regard, je découvris ma guide, debout sur le haut de la pierre moussue.

« Ah, tu es enfin réveillée !

- Oui, qu'est-ce qu'il se passe ?

- Il y a des dresseurs qui s'approchent. »

Je plissai les yeux.

« Où est-le problème ? C'est normal non ?

- Non, fit-elle en hochant la tête, d'habitude il n'y en a jamais autant. Eterna rapporte leur mauvaise énergie.

- Quoi ? »

Elle me regarda dans les yeux fixement une ou deux secondes, interdite. Je sentis Riker se coller à ma jambe.

« Je t'expliquerai plus tard, il vaut mieux ne pas traîner ici. Essayons de les intercepter et de les détourner du chemin. Cet endroit doit être protégé.

- Ouais. On te suit, acquiescé-je »

Souplement, elle sauta du rocher et atterrit sur ses pieds sans aucun problème, sa robe se posant autour d'elle comme les pétales d'une fleur. Elle se redressa et replaça une mèche derrière son oreille, sans que je puisse voir son expression dans la pénombre.

« Suis-moi bien. Les spectres rôdent par ici la nuit. J'aurais préféré partir demain matin, mais…(elle regarda les trois évolis qui jouaient autour de la pierre couverte de mousse) il vaut mieux s'éloigner. Ces gens, je crois que c'est toi qu'ils cherchent.

- La Team Galaxie, hein ?

- Tu as déjà eu des démêlées avec eux ?

- Plus ou moins. Je me doutais qu'il me tomberaient dessus à un moment ou un autre. Je crois que j'ai trop approché leur territoire. »

Elle secoua la tête et un éclat de lune éclaira son regard sombre, qui parut soudain très dur.

« Ce n'est pas leur territoire. Eterna n'appartient à personne, si ce n'est son protecteur. La présence de ces…gens dans les bois m'insupporte. J'ai du mal à croire qu'ils surveillent la forêt ! »

Elle s'était mise à marcher d'un pas rapide avant même la fin de sa phrase, nous forçant à la suivre. Les bois se faisaient de plus en plus denses, jusqu'au noir total, seulement brisé par quelques faibles lueurs fantomatiques accompagnées de cris désincarnés.

La forêt si enchanteresse était subitement devenu un décors de film d'horreur.


Ok, la pub était un peu mensongère, mais j'en ai profité pour mettre en place deux-trois rouages ;p

La suite dimanche prochain, sans faute ! A bientôt !