Vous avez trop attendu , vous avez hâte de savoir la suite ? Hé bien vous êtes servis ! Au menu du jour: des fantômes, des fantômes, et encore des fantômes !
Un sbire en uniforme passa devant le buisson dans lequel nous étions cachés, Riker et moi. Sara se trouvait en face de nous, camouflée derrière les branches tombantes d'un arbre au tronc court. L'homme était suivi de quelques autres, transportant une caisse et quelques machines qui clignotaient rouge, jaune ou vert, transfigurant leurs visages en masques spectraux.
La peur m'étreignait le ventre, mais la présence de mon coéquipier me rassurait. Celui-ci était collé à ma droite, me réchauffant un peu. La nuit devait être douce, mais l'humidité de la forêt la rendait très fraîche.
Nous nous sommes tendus quand une silhouette longiligne différent de celle des sbires s'est avancée dans le cercle formé par ces derniers.
« Io a rapporté avoir vu la gamine des éoliennes. Elle ne doit pas être bien loin. Si vous la voyez, neutralisez-la immédiatement. Me suis-je bien fait comprendre ?
- Oui, commandante ! Répondirent la dizaine de personnes en uniforme en choeur. »
La commandante croisa ses bras, se plaçant dans une posture encore plus rigide qu'elle ne l'était déjà. Elle avait une aura qui forçait le respect et donnait envie de se tenir à distance, contrairement à Mars qui effrayait par sa colère.
« Autre chose. La gamine je m'en fiche, mais je veux le prinplouf, c'est clair ?
- Oui, commandante !
- Bien. Maintenant, le groupe Ganymède, vous vous occupez des pokémons. Je veux que vous trouviez ces évolis une bonne fois pour toute.
- A vos ordres ! Fit un homme assez baraqué avant de s'éloigner, suivi de deux autres.
- Io. » dit ensuite la commandante en se tournant vers une petite femme qui se mit au garde-à-vous. « Toi, Europe, Sigma, Andromède et Kepler, vous prenez les sondes et vous allez inspecter le manoir. Je veux au minimum un spécimen de chaque spectre qui hante cette forêt.
- Dois-je capturer à nouveau les espèces que nous avons déjà ? S'enquit la dénommée Io d'une voix légèrement craintive.
- Je veux un maximum de spécimens. Ceux que nous n'utiliserons pas pour nos recherches seront redistribués aux subalternes, répondit la femme du tac-au-tac d'une voix tranchante. Maintenant au boulot. Exécution ! »
Les sbires se séparèrent en trois groupes et je sentis Riker trembler. Je frissonnai également. Une lumière pulsa sur ma gauche, attirant mon attention. Un feuforêve me regardait fixement de ses grands yeux jaunes. Il poussa un petit cri puis, tournant sur lui-même, utilisa une attaque feu-follet. Les petites flammes bleues s'allumèrent une à une en formant un chemin qui serpentait à travers les arbres. Le fantôme se plaça au niveau de Riker et ils échangèrent quelques mots. Mon ami à plume se tourna alors vers moi et me fit comprendre qu'il fallait suivre le spectre.
« Et Sara ?
- Plouf ! Prin, prinp ! S'exclama-t-il, pressant, agitant ses ailes dans la direction de la cachette de la jeune femme.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? »
Il soupira et ferma les yeux, puis plaça le bout de ses ailes sur ses tempes, puis désigna mes mains et la tête du feuforêve.
« Ok. Je peux ? Demandai-je à la créature vaporeuse ?
- Feuuuu, répondit-elle en tournoyant. »
Elle se plaça face à moi et se solidifia assez pour que je puisse poser mes doigts sur sa tête. La pierre à son front se mit à pulser d'une douce lumière au moment où je fermai les yeux.
La température au bout de mes mains chuta soudainement, et un frisson me parcourut. Puis je sentis une onde d'énergie remonter le long de mes veines comme un liquide froid jusqu'à ma tête, avant de se répandre dans tout mon corps, m'engourdissant. Les sons s'étouffèrent.
Une maison qui semblait assez vieille se dressa devant moi, floue. L'image se déplaça, et je compris que je voyais à travers les yeux du pokémon. La tête de Sara apparut en gros plan.
« Va chercher Aurore, disait-elle, la dresseuse avec le prinplouf. »
La vision s'effaça brusquement et je clignai des yeux. Le spectre fronça les siens et me désigna le chemin de feu follets. Je fit un signe de tête à Riker et m'élançai, les flamme disparaissant au fur et à mesure.
La maison hantée était beaucoup plus impressionnante en vrai. De là où j'étais, perchée dans un arbre, je voyais distinctement les murs de bois vermoulu qui grinçaient au vent, les lueurs à travers les fenêtre brisées, les tuiles sur le point de tomber et qui servaient de refuge aux cornèbres.
Mais surtout, il y avait les cinq sbires, arrivés un tout petit peu avant moi, qui s'acharnaient contre la porte en râlant.
« Feufoooo ! S'exclama le pokémon sauvage en tirant le bas de ma jupe. »
Elle me fit grimper sur un autre arbre, puis traverser une épaisse branche pour me retrouver en équilibre sur le tronc d'un chêne creux. Riker ayant du mal à me suivre, je le rappelai.
Le feuforêve plana jusqu'à une saillie rocheuse couverte par les feuillages. Descendant de mon perchoir, je le rejoint en pestant contre les herbes qui me griffaient les jambes. Je passai en rampant à moitié sous les feuilles et me retrouvai face à une paroi de pierres éboulées, que je grimpai avec l'aide de mon guide spectral. La demoiselle d'ombres agita ensuite sa robe immatérielle en direction d'une énorme branche de lierre sauvage, qui descendait droit dans ce qui avait été le jardin du manoir. Un leveinard déjà en bas me fit signe.
« Ok, tout va bien. Ne regardes pas en bas… ne regardes pas en bas… »
Ce fut un intense soulagement quand mon pied toucha le plancher des écrémeuhs.
Méryl s'approcha doucement et frotta me montra une fenêtre ouverte, tout en émettant une série de rugissements pressés. Le feuforêve avait disparu. Je me glissai par une fenêtre que m'indiqua la créature ovoïde à la peau luisant sous les rayons de lune et me retrouvai dans une grande pièce au sol en parquet, abritant une longue table ovale et une dizaine de chaises. Au plafond, un lustre se balançait en grinçant, des flammes rouges et violettes s'allumant parfois à ses extrémités. Je déglutis difficilement et me rassurai en répétant en boucle qu'il ne s'agissait que d'un simple lugulabre.
Des tas de bruits, de craquement, de cris se faisaient entendre, ne rendant pas l'atmosphère plus accueillante. Je sortis vite de la pièce sans me soucier du parquet qui hurlait à chaque pas. Sans doute n'avait-il pas été utilisé depuis l'abandon du manoir.
Je franchis la porte et me retrouvai alors dans le hall. Un tapis qui avait dû être pourpre habillait le sol, complètement rongé. La pièce était éclairée par des funécires et des mélancolux juste assez pour voir clairement.
« Aurore, enfin ! S'exclama Sara à voix basse. J'ai calfeutré la porte, mais elle ne devrait pas tenir longtemps, à ce rythme.
- Pourquoi tu m'as fait venir ? Et les évolis ? »
Un coup violent se fit entendre, et la jeune femme reporta son regard de mousse sur la porte entravée par une épaisse commode, elle même retenue par les pouvoirs psychiques d'un ectoplasma. Les deux fenêtres qui donnaient sur l'avant étaient elles aussi condamnées et protégées par une hordes de fantominus.
Sara fit un signe de tête à un spectrum qui s'était faufilé à travers le plancher il alla porter main-forte à son évolution. Elle se tourna ensuite vers moi.
« La zone de la pierre mousse ne risque rien tant que nous en somme loin.
- Comment ça ?
- Je t'avais parlé d'Eterna, n'est-ce pas ? Dit-elle après un silence.
- Oui, bien sûr. Mais je vois pas où tu veux en venir.
- La forêt est protégée depuis des siècles par un pokémon que les anciens ont appelé Eterna. Ce nom est ensuite devenu celui des bois, puis est tombé dans l'oubli à mesure que Vestigion s'étendait. Ce pokémon vit dans la partie la plus profonde des bois, là où se trouve la pierre mousse. Ses pouvoirs lui permettent d'en cacher l'accès en faisant perdre leur chemin aux hommes, ou en déboussolant les machines. Mais ça ne marche pas si l'endroit est déjà occupé par des humains. Les pouvoirs d'Eterna n'existent que pour protéger les pokémons de la forêt. Tu comprends ? »
Je hochai la tête, assimilant toutes les informations.
« Quel est ce pokémon, demandai-je. Dialga ? Cresselia ?
- Non, répondit la femme à la tresse en secouant la tête. Il se nomme Shaymin. Il n'est pas aussi puissant que peuvent l'être les autres pokémons légendaires, mais la forêt décuple ses pouvoirs. Fût un temps, les bois s'étendaient jusqu'à Floraville, et- »
Un second coup nous fit sursauter. Un craquement sinistre avait ébranlé la maison, et des filets de poussière étaient tombés du plafond. Quelques éclats de voix nous parvinrent.
« C'est peut-être le mauvais moment pour raconter cette histoire.
- Qu'est-ce qu'on a d'autre à faire ?
- Rien, admit Sara avant de reprendre. Ils s'étendaient donc jusqu'à Floraville. Mais un jour les hommes ont décidé de couper les arbres, faire fuir les pokémons pour fonder une ville. En colère, Shaymin utilisa ses pouvoirs pour transformer la luxuriante colline en terre aride, malgré le ruisseau qui coulait tout près. Les habitants de Floraville ont tenté de faire pousser toutes sortes de plantes, en vain. Peu à peu désespérés, il ont finit par écouter ce qu'une vieille habitant en bordure de la forêt leur disait. Ils s'excusèrent auprès de Shaymin, et semèrent les graines de milliers de gracidées sur le sol sec, en priant. Lorsque le soleil s'est levé le lendemain, la butte était couverte de fleurs, et la terre avait retrouvé sa richesse. »
Elle s'interrompit alors qu'un autre coup déformait la porte. Je posai la main sur la pokéball de Riker pour me rassurer. Essayant d'adopter une attitude désinvolte, je lançai :
« Je croyais que c'était une légende, ça.
- Les gens ont peu à peu modifié les faits pour rendre l'histoire plus…grandiose, mais au fond cette histoire est vraie.
- J'ai quand même un peu de mal à y croire, avouai-je, et elle rit.
- Ça ne m'étonne pas. Enfin, changeons de sujet. Tu voulais savoir pourquoi nous sommes ici, n'est-ce pas ?
- Oui !
- C'est simple : mettre ces brigands hors d'état de nuire. Si ça ne te dérange pas, bien entendu. Tu comprends, je suis mauvaise combattante.
- Oh, pas de problème. Ça nous fera un bon entraînement, on a jamais combattu de nuit en plus. Pas vrai Riker ? »
Je sentis mon pokémon trembler dans sa ball. Son excitation et sa détermination se faisaient sentir jusqu'en dehors de sa capsule, me galvanisant également. J'avais l'impression de capter ses émotions bien plus qu'habituellement.
« Aurore ? Tu es prête ?
- Oui, dis-je en faisant sortir mon équiper qui se plaça en position de combat.
- Je vais demander aux spectres de lâcher psyko alors. »
Riker et moi hochâmes la tête et elle s'éloigna de quelques pas, avant de faire un signe de main aux spectres qui se dispersèrent aussitôt. Seul resta l'ectoplasma qui, déformant son corps de ténèbres, enveloppa le meuble qui entravait la porte et le fit traverser le sol brusquement. Un coup fit aussitôt céder la porte de bois qui s'effondra sous le corps d'un homme. Il se releva très vite en voyant Riker.
« La gamine ! Vite, choppez là ! »
Il appela un laporeille qui le regarda avec un air de mépris avant de me sauter dans les bras. Riker, étonné, se retourna et fut frappé dans le dos par surprise. Un papinox venait d'apparaître, de même qu'un charmillon appartenant tous deux à une sbire. Les autres arrivèrent et lâchèrent un rosélia, un chaglam et un nosférapti.
« Riker, Bulles d'eau ! »
Se ressaisissant, mon prince de plumes bondit à l'abri de la rampe d'escalier et bombarda copieusement les pokémons de rafales d'eau glacée. Le laporeille, toujours dans mes bras, semblait l'encourager.
Le nosférapti et les papillons se soutirèrent à l'attaque en un battement d'aile, tandis que le chaglam s'ébrouait, complètement sonné. Le rosélia n'avait pas subi énormément de dommages et commençait à planter ses racines à travers le parquet à moitié effondré.
Le nosférapti se mit à voler au ras du plafond en formant des cercles tandis que les deux papillons attaquaient de concert mon équipier qui bondissait dans tous les sens en les arrosant, les ralentissant peu à peu. Quand le papinox se mit à voler plus bas que raison, Riker, prenant un peu d'élan, l'abattit d'un picpic. Le charmillon en profita pour foncer dessus mais fut brutalement repoussé par une attaque rebondifeu qui provenait d'un mélancolux. Le spectre tournoya et se mit à attaquer le rosélia aux mouvements limités.
« Riker, éclate-roc sur le chaglam !
- Lapoooo ! »
Encouragé par le pokémon normal, mon oiseau polaire rigidifia son aile et l'abattit avec fracas sur le sol, esquivé de peu par le félin. Quelques éclats de bois volèrent, témoignant de la force du choc. Le chaglam se replia sur ses pattes et bondit, toutes griffes dehors, pendant que le nosférapti piquait pour utiliser morsure.
« Griffe acier en tournoyant puis glissade ! Ordonnai-je »
Les ailes de Riker brillèrents et il se transforma en toupie mortelle, projetant les deux adversaires dans des directions opposées, avant de lancer une attaque bulles d'eau au sol. Il se servit du sol légèrement glissant pour prendre le chaglam de vitesse et l'achever d'un éclate-roc, puis effectua une pirouette plutôt acrobatique pour sauter au dessus de la chauve souris, qu'il envoya au sol grâce à griffe acier.
Il atterrit sur ses pattes et se redressa. Il se tourna ensuite vers les sbires, les toisant avec le regard le plus mauvais qu'il était capable de faire, la cicatrice sur son bec luisant comme une lame sous la lumière qui franchissait la porte défoncée.
Les personnes en uniformes tentèrent de prendre la fuite, mais l'armoire réapparut soudainement, les faisant hurler de terreur. Je me retins moi aussi pour ne pas crier.
Sous leurs regards paniqués, des dizaines de fantominus apparurent et, à force de léchouilles et d'hypnoses, finirent par les immobiliser pendant que des spectrums ramassaient les pokémons assomés.
« Ectoplasma, laisse-nous sortir, s'il te plaît » demanda Sara à l'ombre qui fit aussitôt disparaître l'armoire. « Surveille-les et ne les laisse pas sortir avant demain matin, d'accord ?
- Plasmaaa, fit le spectre avant de ricaner. »
La jeune femme me dit de l'attendre et s'éclipsa dans la salle à manger par où j'étais entrée. J'entendis une série de bruits étranges qui ne me rassura pas. Il me semblait que Riker était effrayé, malgré son port de tête altier et son regard fier. Le laporeille toujours dans mes bras tremblait. Heureusement que les funécires éclairaient les lieux. Le mélancolux qui m'avait aidé s'était éclipsé.
Sara revint quelques minutes plus tard, accompagnée de Méryl. Elle me fit signe de la suivre et nous sortîmes du vieux manoir.
« Tu es une mystimaniac ? Lançai-je pendant que nous marchions.
- Non, pourquoi ça ?
- Tu parles avec les spectres.
- Je m'entends avec tous les pokémons, ici. Je…viens très souvent pour les soigner. Stop ! S'exclama-t-elle soudainement. Là, la commandante. »
Elle désignait une silhouette longiligne entourée d'un halo dû à la machine devant elle.
« Vous n'arrivez vraiment pas à renouer le contact ? Fit la femme d'une voix tranchante.
- Non, commandante. Le contact s'est perdu après que la confirmation de la présence de la fille a été donné. On suppose qu'elle les a battu.
- Elle les retiens en otage ou quoi ? Bon sang !
- Il est possible qu'elle ne soit pas restée là-bas, commandante, intervint une femme à la voix grave. Et l'équipe Ganymède vient d'envoyer un message. Leurs outils sont brouillés. Le GPS indique qu'ils tournent en rond. »
La commandante soupira, puis marqua un blanc.
« Je vais réellement finir par croire à cette histoire de gardien. Tant pis pour aujourd'hui. Dis leur d'aller au manoir pour voir ce qu'il se passe et de nous faire un rapport complet.
- A vos ordres, commandante. »
Le laporeille regardait la silhouette d'un regard mauvais et craintif. Il sauta de mes bras et alla se réfugier un peu plus loin, près de Sara. Cette dernière mit son doigt sur la bouche. Elle montra ensuite le groupe, fit le signe trois avec ses doigts, puis d'un air interrogateur désigna prinplouf.
Je regardai mon équipier. Il me rendit un regard déterminé et hocha la tête. Je levai le pouce en direction de ma guide.
Je comptai silencieusement jusqu'à trois, puis nous nous élançâmes en poussant un cri de guerre qui résonna avec force dans l'air silencieux.
Méryl envoyait des bomb'oeufs aux alentours, éclairant le champ de bataille improvisé par flash réguliers. Les deux sbires et la commandante envoyèrent des nosférapti qui se mirent à tournoyer dans le ciel en lançant des ultrasons qui désorientèrent Riker. Je mis mes mains sur mes oreilles et criai, assez fort pour couvrir le bruit :
« Utilise bulles d'eau en tourbillon ! Essaie de les toucher en même temps ! »
Mon équipier initia l'attaque mais les trois dresseurs rappelèrent aussitôt leurs pokémons, se réfugiant tous au même endroit.
« COURS ! » Hurla soudainement Sara.
J'obéis, mais je n'eus pas le temps de me retourner qu'un arc électrique transperçait le ciel, me touchant dans l'épaule. La décharge me brûla, traversa mon corps, tendit tous mes muscles. Des flash noirs et blanc dansèrent devant mes yeux, un goût métallique se répandit dans ma bouche. Le monde tournoya, le sol me heurta violemment, puis ce fut le noir total.
Je sais que tout le monde déteste les cliffhanger, mais je peux pas m'en empêcher ! Là, la pression monte petit à petit, et la seconde confrontation avec la Team Galaxie approche à grands pas !
J'espère que ça vous a plu, et à dimanche prochain !
