Bonjour les gens ! Aujourd'hui au programme, exploration des ruines et quelques autres trucs !
Bonne lecture et à dimanche prochain !
Un énième pokémon runique passa en flèche devant mes yeux, me faisant – encore – sursauter. Riker veillait au grain, les ailes luisantes, prêt à me défendre. Syrius, quant à lui, me collait aux jambes, la corde de sortie autour du ventre.
Il fallait dire que les ruines étaient un vrai labyrinthe.
Certes, les indications étaient au mur, à condition de savoir les déchiffrer. Un archéologue affronté à l'extérieur m'avait donné un cours rudimentaire, heureux de dispenser son savoir. J'avais noté sur mon calepin les formes globales des runes et ce à quoi elles correspondaient, cependant…
« J'aurais dû prendre une lampe-torche. Je le savais.
- Priiiiin… »
L'éclat de son regard disait clairement : Si tu le savais, pourquoi tu l'as pas fait ?
« J'en sais rien, Riker.
- Bah merci bien, si on se perd on aura l'air malins.
- On a une corde.
- M'ouais. Argument recevable. »
Il détourna la tête, plissant les yeux pour mieux voir. Dans mes bras, Beth s'agita. La ptiravi avait éclos la veille, et depuis je me refusai à la rentrer dans sa pokéball. Mon starter ne semblait pas jaloux, au contraire. Je le sentais.
Par ailleurs, je n'avais aucun mal à deviner ce que voulait mon petit pokémon rose, comme s'il existait une connexion entre nous. Ça arrivait de plus en plus souvent avec prinplouf, et un peu avec mon dinosaure.
« Je me demande vraiment à quoi ça rime, marmonnai-je. »
Nous avançâmes le long d'un couloir, jusqu'à tomber sur un escalier à moitié effondré, mais qui paradoxalement semblait encore solide. Il faisait tellement sombre qu'il était impossible de voir où il menait.
« Bon sang, j'espère qu'il y est vraiment, ce foutu trésor. Elles sont flippantes, ces ruines. »
Comme pour approuver, Syrius frotta sa tête contre mon jean. Ça me rassura un peu.
Nous avons alors descendu les marches à tâtons, une par une, de peur de trébucher (ou subir n'importe quel accident susceptible de se produire dans une vieil escalier, tels qu'un éboulement, une glissade, une agression par un clown psychotique ou bien encore une chute de météorite) et sommes enfin arrivés en bas.
Il y avait un couloir dont la seule issue consistait en une porte, tout au bout. Il y avait des torches au mur, toutes éclairées. J'ai serré les dents.
« Il y déjà quelqu'un, ai-je soufflé. Riker, restes près de moi. »
Mon oiseau polaire approuva silencieusement et nous reprîmes notre marche. De temps en temps, quelques bruits amplifiés par l'écho nous parvenaient de la pièce.
La seule chose qui nous retint de faire demi-tour, moi et mes compagnons tremblants comme des feuilles, ce fut Beth, qui sauta de mes bras pour avancer à pas guillerets, en toute confiance.
« Ce genre de pokémon a un sacré instinct pour deviner ce qui est bon ou pas. Faisons-lui confiance. »
C'est du moins ce que j'eus l'impression que mon coéquipier azur me disait. Aie confiance. Bien que le mot ne résonne pas dans mon esprit, la sensation vibrait dans tout mon être. Je hochai la tête.
Enfin, après ce qu'il m'avait semblé une éternité – soit dix mètres – nous arrivâmes près de la porte. De ce que j'apercevais, il s'agissait d'une pièce immense, très haute de plafond. Au centre flamboyait un brasero antique, la lumière n'éclairait pas les coins.
Et surtout, devant la flamme, une silhouette qui me semblait familière.
« Bonjour ? Tentai-je en entrant. »
L'homme se retourna, et l'espace d'un instant les étincelles firent flamboyer ses cheveux roux. Il ne sembla pas étonné de me voir. Quant à moi, je retins ma surprise.
« Je savais bien que tu finirai par arriver, s'exclama Peter en guise de salut.
- Pardon ?
- Ah, oui. Tu ne dois pas comprendre, non ?
- Effectivement. » répondis-je, placide.
Un ange passa. Le Maître se racla la gorge, semblant aussi mal à l'aise que moi.
« Autant tout reprendre depuis le début. Tu te souviens, après les éoliennes ? Ou plutôt, après Vestigion ?
- Oui.
- D'ailleurs, vous vous êtes débrouillés comment ?
- Heu…invasion surprise avec les copains ? »
Il cligna des yeux, puis secoua la tête. J'enlevai mon gilet, dévoilant mon bras.
« J'étais un peu en colère.
- Je vois, fit-il après un temps. Enfin, joli coup quand même. Bref, on était à Voilaroc, Marion et moi, quand on a appris ça. Le QG se trouve là-bas. Sache que les membres ont reçu l'ordre de signaler ta position dès qu'ils te voyaient, juste au cas où. Tu ne dois ton salut qu'à ton statut de DexHolder référencé, sinon ils n'auraient pas hésiter à donner l'ordre de t'éliminer.
- Sympa. Ça dit pas ce que vous faites là.
- Il y a deux jours, la Team est venue ici pour faire quelques recherches, sur les spectres de la Tour Perdue et les zarbis. Des recherches sur l'énergie, mais je ne sais pas encore pour quoi faire exactement. Mais à mon avis rien de bon. Je leur ai faussé compagnie en faisant semblant de me faire attaquer. Du coup, je me planquais à Bonville en t'attendant. Quand je t'ai vu arriver, hier, j'ai demandé à l'archéologue qui vient toujours ici de t'inciter à venir.
- C'était trop simple de faire ça au centre ?
- Ici, il n'y pas d'oreilles indiscrètes, et je voulais te montrer un truc. Et surtout…
- Pourquoi moi ? Avançai-je.
- Exactement ! A vrai dire…heu. Je le sens bien, c'est tout. Et puisque tu es déjà impliquée…
- Ouais, je comprends. »
Il sourit et se retourna vers le brasero. La lumière instable creusait ses joues, rendait les os de son visage plus saillants, son profil plus dur qu'il ne l'était déjà. Ses yeux ambrés semblaient habités par la flamme qu'il fixait sans détourner le regard comme pour se donner contenance.
« Je voulais juste te demander si tu voulais bien t'allier à nous. Écoute, je fais pas vraiment confiance à la Ligue de Sinnoh, en particulier-
- A Cynthia ? Le coupai-je. Il haussa un sourcil curieux.
- Comment tu le sais ? »
Je lui racontai ma « rencontre » avec elle au Mont Couronné sans entrer dans les détails. Il pinça les lèvres.
« Ça semble confirmer ce qu'on pensait, lâcha-t-il en soupirant. Pour le moment, Marion est toujours infiltrée. On a Aaron, qui fait partie du Conseil, pour nous donner des infos de l'intérieur, et Adrien qui voyage beaucoup. Apparemment Lucio et Terry, les deux autres membres, s'occupent aussi de la Team. Le problème, c'est qu'officiellement…
- Vous êtes complètement bloqués par le fait qu'ils ne font rien d'illégal en apparence et qu'à moins de les obtenir illégalement, vous ne pouvez pas avoir une preuve qui permettrai de déposer un mandat d'arrêt sur le chef ? Flo avait le même problème, à Vestigion.
- C'est exactement ça. Plus le manque de confiance au Maître et à la moitié du Conseil. »
Nous sommes restés silencieux un moment. L'homme avait l'air pensif, et faisait machinalement tourner entre ses doigts une hyperball. Beth, qui s'était calmée dans mes bras, semblait à présent presque endormie.
« Je veux bien vous aider, fis-je.
- Je n'en attendait pas moins de toi ! Tu sais, t'as un truc de particulier.
- Si c'était de la drague, c'était carrément cliché.
- Tant mieux, continuons dans le domaine alors ! Je te donne mon numéro de pokématos.
- Je veux bien, mais j'en ai pas.
- Ah. »
Il sembla réfléchir, puis haussa les épaules.
« Ça m'étonne pas, c'est beaucoup plus répandu à Johto. C'est bien parce que c'est plus pratique que la pokémontre et plus difficile à pirater que le Vokit ou l'Holokit. Je sais, je te donne le mien pour le moment. Le numéro de Marion est dessus. Je m'en trouverai un autre et je t'enverrai un message. Ouais, je vais faire ça. Ça te va ? »
Je hochai la tête. Je me demandais bien en quoi consisterait ma « mission », mais ne posai pas la question. Peter réglait quelques trucs sur un petit boîtier noir qui semblait largement usé.
« Tiens.
- Merci.
- Surtout, ne le perds pas. Il vaut mieux le détruire que le donner, c'est clair ? »
Devant l'éclat inquiétant de son regard flamboyant, je ne réussit à articuler qu'une chose :
« Limpide. »
Son visage se détendit alors, et le dracologue se permit un petit sourire détendu. J'hésitai à l'imiter. Ce mec était aussi flippant qu'intrigant.
Il me remit l'objet, que je glissai dans mon sac avec soin. Finalement, je me ravisai et décidai de la mettre à l'endroit le plus sûr du monde : dans la poche ventrale de Beth. Cela fit sourire Peter.
« Toi, je t'aime bien !
- Hein ?
- J'ai tendance à faire pareil avec mes pokémons. Leur filer toutes sortes de responsabilités, je veux dire. »
Il rit un court instant, et je m'autorisai un sourire. Puis le silence tomba. Je sentais que nous cherchions tous deux quelque chose à dire, quand un détail me revint en tête.
« Vous vouliez me montrer quelque chose, non ?
- Tu peux me tutoyer si tu veux. Et en effet, il y a bien quelque chose que je voulais te montrer. »
Le Maître arrangea sa veste en cuir et attrapa une hyperball à se ceinture, de laquelle il fit sortir un dracaufeu. Je me figeai, et sentis Riker se tendre.
« Hola, du calme ! Il ne vous fera rien. Il s'appelle Calcifer. »
Le dragon écarlate secoua la tête. Mon starter consentit à baisser sa garde, et je posait la main sur sa tête, tant pour le calmer que pour me rassurer. Le reptile de feu était impressionnant, et la réputation dangereuse de cette espèce n'était pas pour rassurer. Cela semblait amuser le dracologue, qui ne fit cependant aucun commentaire.
« Viens. »
Il s'approcha du mur du fond, la flamme au bout de la queue de Calcifer éclairant les bouts de la pièce encore dans l'ombre.
L'intégralité de la paroi était gravée de runes. Au centre se trouvait une espèce de grande plaque d'environ dix mètres sur trois, qui tombait en morceaux.
« Qu'est-ce que c'est ? Demandai-je.
- Une plaque esprit. »
Devant mon air confus, il précisa :
« Les plaques sont très anciennes. On ne sait pas vraiment d'où elles viennent, mais chacune dégage une forme d'énergie propre. Elles aident à améliorer les attaques d'un certain type, en combat. En dehors, elles ont parfois un effet, selon celui qui la porte. La plaque esprit améliore les attaques psy, c'est peut être ce qui explique la présence des zarbis et des archéomires ici. Les ondes qu'elle émet leur plaisent. »
Il s'approcha de la surface de pierre légèrement rosée et la palpa du bout des doigts. Enfin, il agrippa un morceau sur le point de se détacher et l'arracha complètement. À travers le trou laissé, je pouvais voir une seconde couche de pierre perlée.
« Prends-là. Ça pourrait t'être utile. »
Le morceau tenait au creux de ma paume. Je remerciai Peter et le glissai dans ma poche, en attendant de lui trouver une utilité.
« Bon. On sort ?
- Ouais. Fait sombre ici. »
Suivant la corde toujours accrochée autour du ventre de Syrius, nous sortîmes assez rapidement. Il fallait dire que la carrure du dracaufeu nous évitait pas mal de combat – seul se dressa face à nous un keunotor suicidaire que Beth se fit un plaisir d'assommer d'un coup d'écras'face. Il semblait qu'elle avait hérité du tempérament belliqueux des membres de mon équipe.
Une fois dehors, je posai mon petit pokémon rose et m'étirai. Peter rappela son dragon et sortit une casquette de son sac à dos. Il l'enfila en marchant, l'enfonçant assez pour camoufler le haut de son visage sans pour autant paraître suspect.
Maintenant que j'y pensait, il faudrait que j pense à m'acheter un bonnet pour cet hiver. Je m'en portais habituellement jamais, mais je ne passait alors pas mes journées dehors.
Nous avons donc marché jusqu'à la pension. Une fois là-bas, Peter a continué vers le sud, et j'ai bifurqué vers la sortie nord de la ville. Je n'avais pas visité la Tour Perdue et n'avait clairement aucune envie de le faire.
Le manoir hanté m'avait suffi.
J'ai placé Beth à cheval sur le dos de mon kranidos, puis nous sommes enfoncés dans les hautes herbes. Les tiges jaunes et sèches grimpaient jusqu'à mes genoux. Nous avons laborieusement crapahuté le long d'une colline. De l'autre côté se trouvait une petite cabane tout en rondins, accolée à une barrière de bois et de barbelés.
« Chez Loulou » indiquait la pancarte. Juste en dessous : « Lait meumeuh frais ».
Curieuse, j'ai poussé la porte. L'intérieur était chaleureux, avec des tables et des chaises en bois, un bar usé mais propre, du parquet verni par l'âge. Les fenêtres étaient bordées de rideaux crèmes. Une dizaine de personnes étaient à l'intérieur, pour la plupart des fermiers. Deux randonneurs étaient au comptoir, discutant avec une serveuse en robe à carreaux jaunes et tablier. J'ai remarqué à une table près du zinc l'archéologue rencontré plus tôt dans la journée. Je l'ai salué d'un coup de tête. Il s'est levé et est venu à ma rencontre, à ma grande surprise.
« Vous l'avez vu ? Me demanda-t-il à voix basse.
- Oui. Vous le connaissez ? »
Il secoua la tête.
« De réputation seulement. Il m'a demandé de vous mettre sur le chemin en échange d'un fossile. Alors j'ai accepté. D'ailleurs, il est vraiment chouette votre kranidos. »
Je l'ai remercié, et il m'a demandé de l'observer d'un peu plus près, ce que j'ai accepté. L'homme avait l'air vraiment fasciné.
Je me suis acheté quelques bouteilles de lait et les ai fourré dans mon sac, puis me suis assise en face de lui.
Nous avons discuté un moment – de fossiles principalement – et j'ai pu apprendre quelques trucs pratiques à propos des kranidos (par exemple, qu'ils mangeaient parfois des roches et des métaux pour consolider leur crâne, et que par conséquent je n'avais pas à m'inquiéter si Syrius gobait une cannette.)
L'archéologue possédait lui-même un dinoclier absolument adorable, ainsi qu'un kabuto beaucoup moins adorable.
La journée était passée assez vite, et au lieu de mettre en route, je décidai de rester un peu plus à Bonville.
Le lendemain, sur le conseil d'Archibald, je me suis rendis près du pilier à moitié effondré, qui bordait la rivière. Apparemment, l'endroit était un point d'entrée pour le Souterrain, mais également une bonne mine de fossiles. C'était là qu'il avait trouvé dinoclier.
Je me suis donc aventurée, pioche à la main, le marteau dans la patte de Beth. Celle-ci avait une force impressionnante, assez pour soulever des objets qui faisaient bien trois ou quatre fois son poids, toutefois son attaque était…carrément faible. Pour ne pas dire inexistante.
Enfin, peu importait. Il faudrait simplement trouver ses points forts et apprendre à les utiliser au mieux – en combat et surtout en dehors.
Après tout, rien de mieux pour un voyageur que d'avoir un allié spécialisé dans le soin.
