Le lendemain, je fus réveillée par des sanglots. Ouvrant les yeux, je vis que le gamin, toujours endormi, s'accrochait à mon châle comme si sa vie en dépendait en pleurant à chaudes larmes. Je le serrait alors tout contre moi, caressant sa tête en lui frottant légèrement les épaules pour le réchauffer.

Des murmures s'élevèrent, et même si je ne comprenais rien à ce qu'ils disaient, il me sembla claire que la scène en elle-même les intriguait. N'y prêtant pas plus d'attention, je me mis à vagabonder dans mon esprit. Si j'étais ici, et que ce n'était pas un rêve... étais-je absente dans l'autre monde ? Étais-je dans un comma ou juste au portes de la mort ? Et si oui, pourquoi me retrouvais-je ici, dans un lieu clairement aux antipodes de mon précédent milieu de vie ? Je fus bientôt sortie de mes pensées par un mouvement brusque, ainsi qu'une forte douleur dans mon bras.

Je relevai ma manche, et vis une vague trace de morsure ; le gamin était plus méfiant que je ne l'aurais cru. Il était dans un coin, le regard mauvais et tous s'écartaient de lui... qu'avait-il bien pu subir pour être dans un tel état ? Je continuais de le regarder, et souris quand je vis que mon châle était encore sur lui.

-Ellipse-

Depuis le lendemain de son arrivée, le gamin n'avait eu de cesse de mordre, crier et sans doute insulter tous ceux qui approchaient de la cage. Même lors des repas, il renvoyait la nourriture dans la figure des geôliers, ce qui en énerva plus d'un et en fis saliver d'autres ; il n'y avait pas à dire, il avait vraiment un caractère de chien !

Au bout de quelques jours, et même s'il continuait à refuser la nourriture qu'on lui apportait, la faiblesse que la faim faisait peser sur le corps chétif de l'enfant l'avait rendu moins remuant, mais encore plus agressif. Ce soir là, alors que l'ont nous donné notre unique repas depuis deux jours, le type qui nous apportait les bols, ne pris même pas la peine d'en donner au gamin.

J'allais prendre la première bouchée, quand j'entendis un gargouillement venir du fond de la cage, je tournai la tête, et vis que le gamin était seul dans son coin, replié contre les barreaux et position fœtale, ses petites membres tremblants de froid.

Je regardai mon bol, et après un soupir, je me levai et me dirigeai vers lui. Je m'assis à sa gauche, et comme il ne relevait pas la tête, je l'interpellai en lui donnant un petit coup dans l'épaule. Il releva sa tête en sursaut, et quand je lui tendis le bol, il ne dis rien et se contenta de détourner la tête ; encore un gargouillement. Je ne pouvais le laisser mourir, alors, j'insistai, et rapprochai encore une fois mon bol de son visage ; il y donna un coup. La bouillie se répandit sur le sol de la cage, et ce que je crus reconnaître comme étant des anguilles de rizière se mirent à gigoter sur la surface boisée ; je soupirai, ce gamin ne serait pas une mince affaire.

-Ellipse-

Le lendemain, nous fûmes tous réveillés par des coups bruyants sur les barreaux de la cage. Puis un à un, ils nous firent sortir attachés, nous alignèrent et nous examinèrent. Quand mon tour vint, il voulu me toucher et par réflexe, je lui dévoilai mes dents en grognant. Cette réaction, me valut une gifle en travers de la face. Gardant mon calme, je continuai de le dévisager en me dressant de toute ma hauteur ; nous étions à égalité. Encore un coup, mais cette fois-ci, il y mis le poing et la force, m'envoyant mordre la poussière.

Il passa aux suivants, et quand je fus enfin sur mes pieds, j'entendis crier et vis que le gamin avait encore essayé de s'enfuir. Toutefois, il avait été rattrapé et allait se faire passer à tabac. Sans vraiment réfléchir, je sprintai vers eux et, bousculant quelques uns des marchands au passage, je me positionnai au dessus de l'enfant pour prendre les coups à sa place.

Avec la force des premiers coups, j'étais tombée genou à terre, le gosse dans mes bras. Bientôt, un autre autre choc me fit tomber en avant, maintenant à quatre pattes, recroquevillée pour protéger la petite peste, je tâchai tant bien que mal d'étouffer mes cris et gémissements.

Un dernier coup sur ma colonne vertébrale et tout mes os se mirent à trembler. La force de cette action, fut suffisante pour me couper le souffle pendant quelques instants et fit s'ouvrir mes yeux en grand. Ces derniers, finirent par prendre connaissance des deux grands yeux apeurés qui les dévisageaient. Et alors que le temps semblait s'être arrêté, je fus tirée en arrière et traînée tout le long du chemin qui menait à la cage où je fus ensuite balancée.

Une fois tous les prisonniers de retour dans leur cage, la caravane se remis en marche alors que la nuit était déjà bien installée.

Cette nuit encore, le vent était frai et heureusement, ma veste me procurait une plutôt bonne isolation au froid. Dans cette tiédeur artificielle, mon esprit commença à s'embrumer et juste avant de sombrer dans le monde des rêves, je sentis quelque chose s'accrocher à moi.