Nous avions repris la route, débarrassés d'une bonne partie des prisonniers, que les marchants avaient réussi à vendre dans le marché où cette scène de torture avait eu lieu. Toutefois, même s'il y avait des avantages à êtres moins serrés, il fallait tout de même noter que le froid s'engouffrait bien plus simplement dans la cage, et couplé à l'humidité de la pluie, avait forcé tous ceux qui restaient à se regrouper en son centre.

- « Mǔqīn... » appela le petit. A ce moment, une rumeur s'éleva du groupe avec lequel nous étions blottis. Je jetai un coup d'œil sur tous ceux qui m'entouraient, et vis qu'ils me dévisageaient tous du coin de l'œil... mais qu'est-ce que le gamin avait bien pu dire pour créer une telle réaction chez tous ces gens ? Il continua de m'appeler comme ça, mais je ne savais pas comment lui répondre, je ne savais même pas ce qu'il me voulait !

- « Quoi ? » lui répondis-je en accompagnant mes mots d'un hochement d'épaule. Il me dévisagea, pencha sa tête sur le côté, comme s'il était en train d'essayer de comprendre ce que je demandais.

- « Wǒ hěn lěng ? » dit-il en se frictionnant les épaules en frissonnant. Je crus comprendre qu'il avait froid alors, pour vérifier, je pris ses mains, et comme elles étaient glacées, je l'attirai vers moi et pour le mettre le plus à l'abri possible, je l'enveloppai de ma veste, et l'entourai de tout mon être.

- « Kotarō ... » l'entendis-je dire. Je ne dit rien, et il se releva et montra sa personne du doigt « Kotarō .» répéta-t-il plus lentement. Ce devait être son nom... et le répétai, et il sourit.

- « y/n » dis-je à mon tour en me pointant du doigt.

- « y/... » tenta-t-il avant de froncer les sourcils et de s'enfouir encore une fois dans mon écharpe « Tài fùzá … mǔqīn» dit-il finalement. Je ris doucement, il avait presque réussi à le prononcer... il me sembla que maintenant, mon nom était ' Mǔqīn'.

Pendant pas moins de deux semaines, nous parcourûmes les vallées, plaines et routes sinueuse du pays. Plusieurs fois, je crus entrapercevoir un petit carré d'eau survolé par des oiseaux blancs, ainsi qu'une légère odeur salée à peine perceptible. Tout du long, et histoire de rentabiliser mon temps, Kotarō se mis en tête, ou du moins c'est ce qui m'a semblé, de m'apprendre les bases de sa langue... et bon Dieu ! Moi qui avais déjà du mal avec l'Anglais, j'étais à présent en train de suivre des cours intensifs de Chinois ancien... Toutefois, même si je n'étais pas particulièrement intéressée, son air enjoué et mon besoin presque vital de comprendre cette langue le plus vite possible, me permirent de ne pas abandonner. Cependant, bien qu'il m'ait montré quelques idéogrammes maladroitement formés dans la poussière de la cage, je n'étais pas particulièrement douée pour le recopiage de ces derniers.

Un soir, j'appris ma première insulte : Tā mā de guānbì... sans doute une variant de 'casse toi' ou 'va te faire mettre', je ne le savais pas vraiment, mais c'est ce que Kotarō avait sorti à l'un des marchant qui tournait autour de la cage, ce qui lui a valu une bonne baffe, mais bon, ça ne lui a pas empêché de lui faire une grimace une fois qu'il eu le dos tourné. Cette action me fit bien rire, et quand il tourna vers moi sa petite mine boudeuse, je ne pus retenir le fou rire qui s'échappa de ma gorge. Un peu vexé par ma réaction, il me sauta dessus en me tapant de ses petits poings. Au bout de quelques minutes, je l'attrapai et le chatouillai jusqu'à ce qu'il me paraisse hors d'haleine. Les autres devaient nous croire fous, mais ça nous était bien égal. Après tout, que pouvaient-ils bien nous reprocher ? Notre bonne humeur ?

- « Nǐ zhīdào yī shǒu gē? » demanda-t-il une fois calmé. De toute sa phrase, et même s'il parlait lentement, je n'avais compris que le 'gē'.

- « Gē... ? » répétai-je lentement. Il hocha la tête, et comme je ne comprenais toujours pas ce qu'il me demandait, il se mit à chantonner quelque chose puis s'arrêta peu après.

- « Gēqǔ » dit-il puis il tendit ses bras vers moi, et il me sembla qu'il me demandait de chanter... alors comme lui, je me mis à chantonner quelque chose, et son visage s'éclaira.

Environ une heure plus tard, Kotarō avait déjà rejoint le monde des rêves, un air paisible dessiné sur son petit visage poussiéreux. En caressant ses cheveux, je souris ; il avait beau jouer les durs, il n'en restait pas moins un gamin espiègle.