Ce chapitre est bourré de confusions et de scènes brouillonnes en tout genre seulement, ces dernières sont totalement voulues et assumées. Pour plus de clarté, je vous donne rendez-vous dans le prochain chapitre qui lui, donnera des détails sur la suite mais aussi sur ce qui se passe ici.

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Les nuits étaient bien plus froides et les journées beaucoup trop longues depuis que mon petit Goupil avait trouvé refuge... du moins, m'en étais-je convaincue. Cette image de lui son dos me faisant face... ses petites jambes bougeant au ralenti tendit qu'autour, le monde s'arrêtait... comme j'aurais aimé ne pas être que spectatrice de ce moment magique... comme j'aurai aimé que nous le partagions... C'était tellement beau... comme une peinture... j'aurai voulu y entrer... mais, une sensation de froid m'enserra le cou mes chaînes...

Je n'étais plus qu'un animal en cage... une pauvre folle rêvant d'un ciel étoilé sans barreaux... d'une maison sans odeurs de putréfaction ou d'urine... un foyer plein de vie... chaud et agréable... mais je n'étais plus ni mère, ni femme... je n'étais même plus tout à fait sûre d'avoir encore le titre 'd'humain' devant ses regards froids, dédaigneux, effrayés ou tout simplement hargneux...

Pourquoi me poignarder du regard ? Je n'avais jamais mordu... pas même montré les dents... je... je n'étais même pas un animal... je n'étais MÊME PAS DE CETTE EPOQUE ! JE... je... je n'étais rien...

Soudain, alors que des hoquet remontaient le long de mes bras crispés, j'entendis le caravanier donner le départ une autre longue et pénible route... peut-être... juste peut-être... allais-je mourir en chemin... 'NON MAIS TU T'ENTENDS PARLER ?! » m'écriai-je intérieurement. 'C'EST PAS PARCE QUE QUELQUES CRETINS TE REGARDENT DE TRAVERS QUE TU DOIS BAISSER LES BRAS !' continuai-je, mes mains se serrant de plus en plus.

- « Arrêtes » implorai-je tout bas, ma tête presque entièrement cachée entre mes bras dans une position fœtale. Le silence se fit dans ma tête... il n'y avait plus rien... pas un murmure...

Ces étranges monologues revenaient de plus en plus souvent depuis le départ du petit... j'avais commencé par m'en servir pour 'inventer' des dialogues en Chinois pour m'entraîner... mais ils avaient vite dégénéré en véritables disputes bipolaires !

- « C'est pitoyable » murmurai-je en remontant mon châle jusque sur mon nez. Plus ou moins insensibilisé par le froid, mon nez, en se réchauffant, était parvenu à retrouver une odeur bien particulière sur le tissu sali... mon regard s'assombrit... et alors que nous prenions un peu de vitesse avec la pente, la charrette se mit à trembler de plus belle et, alors que je me tenais aux barreaux pour éviter de réveiller mes vieilles douleurs en me cognant, je fus surprise par une énorme tête bovine qui venait de mugir devant moi.

En effet, nous n'étions pas les seuls à avoir eu la malchance de tomber si bas... Il y avait beaucoup d'enfants, de femmes... et le peu d'hommes qui étaient captifs, avaient les cheveux presque entièrement rasés... mais ils semblaient bien trop plongés dans leurs malheurs et prières pour me voir... me pointer du doigt... c'était pas plus mal...

Comme je n'avais pas forcément envie de retourner dans les méandres de mon esprit, je me concentrai sur le paysage grisâtre mais étrangement poétique qui défilait.

Il n'y avait pas d'arbre ou très peu et leurs branches étaient maigres... comme nous... leur feuillage parsemé... comme les cheveux des hommes captifs... même la neige n'avait plus grand chose de majestueux pesante, mouillée et boueuse, elle fondait peu à peu avec la pluie qui nous avait assaillis en un instant.

Le bruit était fort, régulier et masquait entièrement les quintes de toux de ma compagne d'infortune dont j'avais presque oublié l'existence... sans doute finirait-elle cette nuit encore avec le marchant entre les cuisses... sans doute.

Étrangement, cette attitude ne me dégoûtait pas et, en toute honnêteté, quand on en viens à la question de la survie, peu importe l'origine, l'éducation ou quelque étiquette que ce soit on finirait toujours par revenir sur nos principes.

Nous nous étions arrêtés aux abord d'un petit village, dont les maisons en bois combattaient furieusement les bourrasques. De notre côté.. ou plutôt du mien, tout ce que je pouvais faire, c'était de rentrer mon pull dans mon pantalon et glisser ce dernier dans mes chaussettes, tout en me roulant en boule sur le sol de bois glacé et humide. J'avais vraiment peur pour mes orteils et mes doigts alors, à défaut d'une paire de chaussettes supplémentaires et de gants, je les faisait bouger le plus possible sans jamais m'arrêter... personne ne voudrai se réveiller avec des esquimaux à la place des doigts. Mais je ne devais pas m'endormir pas cette fois... je ne devais surtout pas me laisser aller.. sinon, qui sais si je me réveillerai le lendemain...

Soudain, de léger bruits s'immiscèrent entre les hurlements du vent... j'en venais presque à me demander s'il n'avait pas fait exprès de ne pas la vendre... C'est vrai, elle avait beaucoup pour elle de longs cheveux noirs, de grands yeux avec des cils recourbés et épais... un visage ovale malgré le manque de nourriture... elle avait de quoi plaire... et par extension, de la chance. Elle au moins, ne dormait pas toujours dehors dans le froid, avec les bourrasques de vent qui, tels des vautours affamés, tournoyaient autours des têtes dans l'attente d'un faible à emporter.

La nuit fut très longue et il me fallut attendre jusqu'à ce que le soleil soit pleinement levé pour en sentir la très vague tiédeur. Inquiète, je retirai mes chaussures et chaussettes nauséabondes et, faisant de même pour le second pied, je lâchai un énorme soupir de soulagement en voyant que, outre une légère couleur rosacée, rien ne leur était arrivé cette nuit. Je remis bien vite mes chaussure et, histoire de voir où j'en étais, je me redressai lentement, non sans entendre quelques craquements et me mis à faire les cent pas dans les quelques huit mètres carrés à ma seule disposition.

Alors que je marchais le long des barreaux, je me répétai les quelques phrases et mots que Kotarō m'avait appris recommençant chaque fois que ma langue fourchait, reprenant du début à chaque fois que je buttais sur l'un deux, essayant plusieurs intonations selon le sens des quelques termes dont je me souvenais...

- « … Shì shénme ne?... Gē... Nǐ láizì nǎlǐ ?... Láishì …. Mǔq- » répétai-je avant que ma voix ne reste coincée dans ma gorge, incapable de sortir. Je baissai alors la tête, incapable de regarder plus loin que mes chaussures... et, reculant quelque peu, je me laissai glisser le long des barreaux. Je me remémorai alors tous ces petits moments à parler et chantonner ensemble devant des gens incrédules... la fois où j'ai essayé de lui parler pour la première fois... et la fois où il s'était pris une baffe mais avait continué à narguer le marchant ! Je me mis à rire. Certes j'avais vu des jours plus calmes et doux, mais il y avait quelque chose de particulier dans ces quelques instants de bonheur... une certaine... 'rareté' ! Perdue dans mes pensées, je ne relevai même pas la tête quand la cage s'ouvrit pour laisser rentrer la petite veinarde.

Cependant, alors que le bruit de tissu froissé s'était fait entendre, celui de la cage se refermant me sembla inexistant. Intriguée, je levai à peine la tête vers la sortie et vis que le marchant me regardait avec dédain.

- « Zhè bùshì yīgè yěmán rén shì hǎimián » ricana-t-il. Mes yeux s'ouvrir alors en grand de tout ce que j'avais pu comprendre, il y avait 'yīgè, yěmán rén et hǎimián ', soit 'pas barbare, éponge'. Il me fallu un moment pour comprendre, mais quand je parvins à faire un parallèle entre son comportement, son intonation et les mots que j'avais réussi à comprendre, une colère profonde fit surface et, sans même réfléchir, j'attrapai les barreaux de ma main gauche puis, donnant une forte impulsion avec les pieds, je décollai un en demi cercle, frappant le marchant abasourdi.

Il tomba en arrière et, alors qu'il hurlait comme un goret que l'on égorge, je me mis à courir du mieux que je pus dans une direction au hasard et, alors que j'allais dépasser les bœufs que m'avaient tirée pendant tout ce temps, j'entendis un bruit ressemblant à un sifflement d'oiseau. Je m'arrêtai donc pour tourner la tête et, rien qu'un instant après, je vis quelque chose de brillant passer juste à côté de ma tête. La réaction de l'animal derrière moi ne se fit pas attendre et, dans un mugissement douloureux, il se cabra.

Bousculée par l'animal effrayé, je me retrouvai à terre dans la boue à moitié gelée. Je relevai alors la tête quelque peu et, alors que j'ouvrai les yeux, quelque chose tomba lourdement devant moi en soulevant de la boue. Par réflexe, je me repliai sur moi-même et essuyai rapidement ce qui m'obstruait la vue. Toutefois, mon corps fut inexplicablement soulevé de terre et, ne voyant toujours rien, je me mis à me débattre jusqu'à ce que la fermeture de ma veste lâche. Je tombai alors à terre et, toujours aveuglée, je me mis à courir dans une direction au hasard.

Je n'eus cependant pas le temps de faire plus de trois pas que je fus percutée par quelque chose de dur puis quelque chose de glacé entra en contact avec ma gorge.

- « Bùyào yídòng » dit une voix d'un ton tranchant. Ça ressemblait à si méprendre à un ordre que j'avais déjà entendu... Prenant sur moi, j'ouvris alors les yeux malgré le boue qui ruisselait sur mon visage et, à ce moment, mon regard fut irrémédiablement attiré par la lame luisante qui frôlait mon cou.

- « WǑ MÉIYǑU ZUÒ CUÒ SHÉNME !» hurla soudainement la voix du marchant. Instinctivement, je tournai la tête pour mieux voir mais me ravisai en sentant le tranchant de la lame appuyer de plus en plus contre ma peau.

Comme je ne pouvais pas vraiment bouger, je me mis à scruter les environs frénétiquement et, finalement, mes yeux se posèrent sur mon assaillant. Il était sec, avec une petite tête à moitié brûlée sur laquelle étaient enfoncés des yeux noirs et froids.

Soudain, un cris aiguë surplomba tous les autres et, braquant mes yeux dans la direction qu'il semblait indiquer, je vis la jeune femme se faire traîner de sous la charrette, sous laquelle elle avait dû se cacher. Tirée par les cheveux, elle se débattait, hurlait, pleurait... le gorille qui l'avait empoignée s'arrêta avec elle devant un cheval baie dont les ornement ne pouvaient que trahir un noble. Malheureusement, je n'avais qu'une piètre vue de la scène, car partiellement cachée par un véritable géant il devait faire dans les deux mètres vingt et portait dans ses gigantesques mains, une lance d'une taille imposante dont la lame ressemblait étrangement à un sabre comme l'on voit dans les films de pirates. À côté de lui, une demie portion d'apparence frêle et presque féminine, ce garçon ne semblait pas avoir dépassé les vingt ans.

- « WǑ BÙ ZHĪDÀO! WǑ BÙ ZHĪDÀO! WǑ ZHĒN DE BÙ ZHĪD- » hurla la femme de sa voix aiguë avant qu'elle ne se taise totalement... les cris terrifiés et pleurs du marchant étaient maintenant les seuls bruits perçant le silence. Soudain, alors que mes yeux étaient déjà grand ouverts, ils s'écarquillèrent d'autant plus à la vu d'une tête vraiment chevelue roulant dans les flaques d'eau presque gelée.

- « NǙHÁI, TĀ ZHĪDÀO TĀ ZÀI NǍLǏ! TĀ ZUÒ! QǏNG BÙYÀO SHĀ WǑ!» Je ne comprenait pas un traître mot à ce qu'il hurlait, mais j'eus l'impression, en sentant la lame se rapprocher de ma chaire, qu'il était en train de me faire porter le chapeau pour quelque chose...

Mon idée sembla s'avérer lorsque, retirant son arme de ma gorge, le rachot me poussa en avant d'un coup de pied dans le dos. Je trébuchai mais fut rattrapée avant de tomber. Cependant, je fus très vite jetée à terre devant un visage qui ne me sembla pas être totalement inconnu.

Un vieillard, maigre, au visage osseux me toisait de toute la hauteur que son cheval lui octroyait, dans des habits blancs et pourpres, finement brodés de fils d'or le salaud du marché !

Terrifiée par le souvenir de ce que cet homme avait fait pendant plusieurs heures d'affilées, je commençai à me débattre mais reçu un violant coup dans le dos. Bien des choses craquèrent à ce moment là, mais la douleur qui se propageait dans tout mon être me fit dire que rien n'avait été démis.

- « Nánhái zài nǎlǐ? » demanda le vieil homme avec un accent étrange. Perplexe, je penchai la tête sur le côté dans l'espoir qu'il comprennent que je n'entravai pas grand chose à ce qu'il me demandait... 'où était quoi ?' et de quoi voulait-il savoir la provenance ? Voilà les questions que je me posais.

Comme je ne répondais pas, il fit un signe de la main et je reçu un coup d'arrière la tête.

- « Shuō! » aboya un autre type vêtu de rouge. Je ne comprenais pas... après un moment de silence, je sentis une immense douleur me lacérer le dos dans un claquement sinistre. Surprise, je lâchai un grand cris.

- « Bù míngbái ! » balbutiai-je entre deux respiration en espérant qu'ils comprennent. Le vieux, visiblement irrité, fit claquer sa langue contre son palais et sembla appeler l'un de ses hommes. Ne sachant pas trop à quoi m'attendre et avec l'image encore vive de la tête fraîchement coupée, je contractai mes muscles et fermai les yeux, les dents serrées.

Toutefois, la seule douleur que je ressentis, fut celle qui accompagna l'empoignement de mes cheveux pour les tirer en arrière. Je pensais alors qu'ils voulaient mieux dégager mon cou pour une coupure plus nette, mais fut surprise quand des doigts forcèrent ma paupière gauche à s'ouvrir.

- « Nǎlǐ shì háizi ?» demanda-t-il très lentement en décomposant chaque mot.

- « Háizi ? » demandai-je à mon tour, mon souffle presque coupé par la cambrure qu'il imposait à ma gorge. Il ne dit rien pendant quelques secondes puis, prenant le garçon efféminé par le bras, il le tira devant moi et me le montra du doigt.

- « Háizi. » répéta-t-il, son doigt toujours pointé vers le garçon... garçon ? Recherchaient-ils... ?! Je secouai alors la tête pour dire 'non', mais mon expression avait dû changer car, l'instant d'après, un garde à la mâchoire carrée m'agrippa par les cheveux et plaça un couteau tout contre ma gorge.

- « Gàosù wǒmen! » aboya le vieil homme. Mais je ne répondis pas... s'ils voulaient Kotarō... s'ils voulaient mon petit, alors il était temps pour moi d'agir en mère... la sienne !

- « Tā mā de guānbì » vociférai-je avant de lui crachant sur les pieds. Cette réplique ne sembla pas lui plaire et, levant sa dague, le temps sembla ralentir quand il l'abaissa. Peu à peu, seul les battements de mon cœur parvenaient à mes oreilles et, seul objet important à mes yeux, la lame descendant lentement vers moi. À vrai dire, je ne saurai exactement décrire ce qui s'est passé entre le moment où j'étais sous la lame, et celui où elle s'était plantée dans le bras de mon tortionnaire, mais je saisi l'occasion pour me dégager de son étreinte qui s'était desserrée.

Pas un seul à par le vieux ne bougea et, prenant cette opportunité, je me mis à fuir de toutes mes forces. Toutefois, je sentis quelque chose dans mon dos et, me jetant sur le côté le plus vite possible, j'évitai un coup de fouet qui fit se soulever une grande quantité de glace ainsi que de boue.

Je voulu m'enfuir à nouveau mais, avant même que je dépasse la charrette, un autre coup me barra le passage... j'étais faite avec une arme rapide et de longue portée, que pouvais je bien faire.. ? QUE POUVAIS-JE SEULEMENT FAIRE?!

- « Feng-Wu, jiào tā qiānbēi . » sembla ordonner le vieux.. et peu importait le véritable sens de ce qu'il lui avait dit... vu l'intonation, ça sentait plus que le roussi pour moi !

Dubitative, je regardais alors le jeune s'approcher. Il dégaina son arme et se figea devant moi. Je ne savais pas exactement à quoi m'attendre de la part de guerrier chinois.. et les films de kung-fu n'allaient certainement pas m'aider dans une telle situation... alors je me penchai en avant, mes bras en garde et mes jambes prêtes à bondir ou courir au moindre moment.

Il attaqua le premier courant vers moi, j'observai les mouvements de ses bras mais me fis presque avoir par un coup de pied retourné. Je l'évitai tout de même en me jetant sur le côté, puis en me réceptionnant maladroitement à l'aide de mon bras droit. Il était rapide et ne me laissait pas le moindre répit attaquant sur tous les fronts, il alternait aussi bien avec son dào qu'avec ses pieds et poings.

Il semblait infatigable et, alors que mes mouvement se faisaient plus lents, je reçu un violant coup aux côtes qui m'envoya tête la première dans la boue. Je ne le voyais pas... mais je l'entendais... chacun de ses pas... je les entendais parfaitement... alors, j'attendis un peu et, quand il ne fut plus qu'à une petite distance de moi, je lui décochai un coup de pied dans les siens.

Cette action le fit tomber et j'en profitai pour jeter son arme au loin. Cependant, cela n'eus pas une grande incidence sur le combat, puisqu'il me tacla à son tour, un autre dào à la main.

Il avait de la force pour un type aussi fluet ça je devait bien le lui concéder... mais dans de tels moments, la chance ainsi que le taux d'adrénaline dans le sang peuvent être des facteurs de victoire au même titre que l'expérience ou la force.

Ce fut sans doute mon cas et, sans même réfléchir, je donnai un grand coup dans son coude qui plia immédiatement. Il roula alors sur son côté droit. Je tentai de lui arracher son arme mais d'un coup sec, il me trancha une mèche de cheveux tout en entaillant légèrement ma joue.

Je m'écartai immédiatement de lui et, pendant un moment, nous tournâmes en rond... Nous étions tous deux complètement couvert de boue et je voyais qu'il avait du mal à tenir correctement la fusée de son dào.

Soudain, un éclair transperça le ciel et un dào d'au moins soixante-dix centimètres de haut se planta dans le sol, à quelques mètres devant moi. Le jeune s'arrêta et regarda l'épée puis vers ses compagnons...

Je leur jetai alors un rapide coup d'œil et vit que l'un d'eux, n'avait plus d'arme et que le vieux s'en allait en laissant le cours mutilé du marchant dans la boue.

- « Luō láng, hé féng wǔ shuō, xúnwèn tā. » dit le vieil homme en montant, avec l'aide du géant, sur son cheval. « Wǒmen shīqùle tài duō shíjiān! Shāle tā, ránhòu lái zhǎo wǒmen zài sìmiào! Wǒmen bùnéng qīpiàn huángdì; nánhái bìxū sǐ. » ajouta-t-il en mettant son cheval au trot.

- « Nánhái... bìxū... sǐ. » répétai-je en le regardant passer. Alors si 'Nánhái' était un 'garçon'... alors 'Sǐ'... À ce moment, je me souvins du jour où Goupil me montra une pile de corps en décomposition quand je lui demandai ce que 'Sǐ' voulait dire...

Réalisant toute l'horreur de la situation, je m'élançait vers le dào qui était encore dans le sol et, le retirant de la boue avec plus de facilité que je ne l'aurai pensé, je l'abattis sur le jeune qui avait à peine eu le temps de tourner la tête. Nos lame s'entrechoquèrent et, comme son manche était couvert de boue, il lui glissa des mains mais, d'un mouvement leste, il me planta un couteau dans le ventre avant même que je ne le touche.

La douleur d'une lame était étrange et sa brûlure intense. Je m'effondrai au sol, tenant ma blessure pour empêcher le sang de couler...

- « Qù hǎole ! » Interrompit soudain une voix grave. Le jeune ne répondit rien et se contenta juste d'aller chercher ses armes avant de se mettre en scelle.

Alors que je le regardai partir, je vis le dernier de leurs combattants s'approcher de moi alors, tentant le tout pour le tout, je tâchai de me redresser en me servant de l'épée comme canne.

Toutefois, la douleur ne fut que plus intense et je retombai à genoux.

Regardant ma main couverte de sang, je ne pus m'empêcher de me souvenir de ce que ces types allaient faire à Kotarō... ÇA ME RENDAIT MALADE ! Je tentai une nouvelle fois de me redressai, mais finis à nouveau un genoux à terre. Regardant la flaque devant moi, je ne pus m'empêcher de haïr ma faiblesse comment pouvais-je seulement prétendre au titre de mère si je n'étais même pas capable de me protéger seule !?

Tout à coup, une petite chose vint s'écraser dans la flaque, troublant alors le reflet de mon visage déformé par la fatigue et l'énervement. Je pris la chose et la présentai à mes yeux une petite boîte cylindrique en bambou vert... qui, quand on la secouait, faisait énormément penser à des maracas. Je remarquai alors un couvercle et, en l'ouvrant, je trouvai des petites boules noires.

- « Ná qù . » dit l'homme en face de moi. Il était plutôt grand, trapu et carré et, étrangement, il me donnait une horrible impression de déjà vu... « Yīxué » ajouta-t-il en s'arrêtant à au moins cinq mètres de moi. Si j'avais bien compris, il voulait que je mange ça...

- « Bù tòng » rajouta-t-il après un moment. Je répétai ce mot... je l'avais entendu avant... 'pas de douleur' je crois... Minute ! Il voulait que je m'empoisonne ?! Outrée par une telle proposition, je me relevai dans un dernier effort et lui jetai son 'anti-douleur' à la figure.

- « Rúguǒ téngtòng... » rugis-je en me redressant entièrement sur mes jambes. « ...nàme huózhe ! » ajoutai-je en pointant le dào dans sa direction. Je ne savais pas s'il m'avait comprise... mais si la douleur était le prix à payer pour garder la vie de Goupil ainsi que la mienne, alors j'étais prête à souffrir pour deux !

Je ne parvenais pas à distinguer ses yeux son son chapeau triangulaire mais je vis sa bouche s'ouvrir en un 'oh' d'étonnement. Malheureusement, ma témérité m'avait coûté beaucoup d'énergie et mes jambes cédèrent sous mon poids. De retour parterre, je relevai la tête en voyant ses bottes entrer dans mon champ de vision et découvris une certaine singularité à laquelle je ne m'attendais pas. Les cheveux coupés courts à l'avant et mi-long à l'arrière, les yeux bleus acier et les sourcils en broussaille... je n'étais donc pas la seule barbare ici bas.

Je ne savais même pas exactement combien de temps je suis restée à genoux, la bouche entre-ouverte à me demander si je n'étais pas juste dans un rêve... ça devait en être un... C'en était sans doute un ! Je me sentais même repartir dans un autres de mes songes.

Mes paupières se faisaient de plus en plus lourdes et, avant que je ne sombre dans le noir complet, je sentis quelque chose être posé sur moi et une autre être poussé au creux de ma main.