Bonne année tout le monde ! Je vous envoie mes ondes positives /o/~~

Bonne lecture, j'espère que ce chapitre (qui a moins de retard que d'habitude :D) vous plaira ^^


La porte s'ouvrit en grand pour laisser passer un rouquin mal coiffé suivi d'un prinplouf surexcité. Dans la pièce les attendait un lit d'hôpital tout ce qu'il y avait de plus basique sur lequel se trouvait, assise, très droite, une fille dont les cheveux dorés tombaient en mèches inégales sur ses épaules. Elle avait le visage tourné vers ses amis, une expression totalement neutre. C'était bien un visage familier qui se présentait à eux, ce plissement du coin de la bouche, ce nez un peu trop pointu, ce sourcil légèrement surélevé par rapport à l'autre. Mais ses yeux étaient totalement étrangers.

Elle fixait un point avec intensité, et son regard bleu devenu plus profond que les fosses marines transperçait les visiteurs sans même les voir. Ses yeux semblaient étranges, comme illuminés de l'intérieur.

Riker et Blue perdirent soudainement leur enthousiasme et se rapprochèrent à pas lents. Elle les suivit d'un regard fixe, sans un mot. Quand il furent à sa hauteur, elle prononça simplement :

- Les gardiens sont alarmés. Les ténèbres vont être lâchées sur le monde.

Et elle tomba, de nouveau inanimée, avant de papillonner des yeux.

- Il… se passe quoi ? Articula-t-elle d'une voix pâteuse en rencontrant le visage paniqué de Blue.

- Rien, rien. Heu…tu te sens comment ?

- Bien.

Elle cligna des yeux, fronça les sourcils, se releva.

- Oui, très bien, même, c'est étrange.

- Il y a… quelque chose dont tu aimerais nous parler, fit le jeune homme d'un ton incertain.

Elle se mordit la lèvre, soupira, s'appuya sur le coussin.

- Tu vas me prendre pour une folle.

- C'est déjà le cas, dis toujours.

Elle rit, caressa la tête de Riker avec tendresse.

- Je les ai entendus. Les gardiens des lacs, je les ai entendus. Retire ça.

- Je-j'ai rien dit.

Elle releva les yeux, fixant Blue avec un grand sérieux.

- C'est étrange, mais c'est comme s'ils m'avaient fait don de leurs pouvoirs. J'entends tout. Et j'entends ce que tu penses.

Elle éclata de rire sans aucune raison apparente, laissant le pauvre jeune homme totalement confus et pétrifié.

- Tu…entends…les pensées.

- Plus clairement qu'avant. C'est un brouhaha infernal. Mais j'arrive à trier, un peu. C'est comme ce que m'avait montré Sara, mais…plus simple.

- Donc tu es devenue kinésiste ? Écoute, je connaissait cette fille, Morgane, tu sais la championne de Safrania, on peut pas dire que ça lui ait réussi. Alors ça me rassure pas du tout que tu dises ça.

- Tu arrives à savoir ce que je pense, donc ?

- Exactement, répondit Aurore.

- Heu, quoi ?

- Je parlais à Riker.

- A-attends, tu le comprends lui aussi ?

- Je le comprenais déjà avant, c'est juste que c'est plus facile. Naturel.

Blue ouvrit la bouche pour répliquer, mais décida de se taire. Ses pensées dévièrent vers l'histoire des héros racontée par la Doyenne plus tôt dans la journée.

- Tu penses que je serais une élue des Gardiens ?

Il sursauta.

- C'est possible, mais s'il te plaît, arrêtes de fouiller dans mon cerveau. Tu me fiches la trouille, là, sérieusement.

- Oui, désolée.

Elle bailla, s'étira doucement pour éviter de rouvrir la plaie qu'elle avait au ventre, puis se tourna à nouveau vers le jeune homme.

- Racontes moi ce qu'il s'est passé ensuite.

Et il raconta l'histoire pour la mille et unième fois.

- Oh, d'accord, conclut-elle. Et heu…

- Oui ?

- Pour noël, du coup…

Il resta bouche bée une seconde.

- Attends, je viens de te dire que t'as failli mourir, que la région est probablement en grand danger, que tu es l'élue de la prophétie ou je sais pas quoi et tout ce qui t'inquiète c'est noël ?!

Elle adopta un regard désolé et une petite voix.

- Oui.

Il poussa un des plus gros soupirs de toute sa vie.

- Ok, très bien ! Vous êtes vraiment bizarre toi et ton pote, tu le sais, ça ?

- On nous le disait souvent, oui.

Blue se pinça l'arête du nez, secouant la tête. Il se leva et rentra les mains dans les poches de sa veste.

- J'ai deux trois trucs à faire. Tâche de te reposer.

- Blue !

- Quoi encore ?

- Tout à l'heure, quand tu parlais de s'opposer à la Team et tout ça, tu voulais bien parler d'une sorte de… résistance, c'est ça ? Un peu comme il y a dix ans, avec les Ombres ?

- C'est l'idée, oui, dit-il, un peu pris de court. Mais je pense pas que ça prenne la même ampleur.

- Je pense savoir qui appeler, alors.

- Tu le feras dès que tu seras sur pieds, alors. Sur ce, je vous laisse.

- A toute !

- Priiinp'

Blue repartit de bon pied sur sa mission première : retrouver Gabrielle.

A vrai dire, il n'eut pas à chercher longtemps. Il lui suffit d'aller vers la montagne pour la trouver sur le preier en droit un peu plat, en train d'affronter des archéomires sauvages avec l'aide de son libégon.

- Déjà là ? S'exclama-t-elle en le voyant.

D'un signe du doigt, elle ordonna à son dragon de continuer son entraînement, pendant qu'elle se dirigeait vers le jeune homme.

- J'ai eu du nouveau. La bonne ou la mauvaise nouvelle en premier ?

- La mauvaise, tant qu'à faire.

- Il se pourrait que la Team Galaxie t'aie choisie en tant que nouvel ennemi numéro un.

- Oh. Ça pourrait être pire. Et la bonne ?

- Aurore est sur pieds. Enfin, consciente quoi.

Elle resta bête une seconde, sa bouche formant un « o » parfait, avant de sourire jusqu'aux oreilles.

- Tu vas pouvoir arrêter de faire cette tronche alors !

- Quelle tronche ? C'est ma tête habituelle.

- Alors tu es habituellement antipathique. Félicitations !

- Merci, articula-t-il d'un ton froid.

- Pas de quoi !

- C'était ironique.

- Oui je saiiiiis.

Elle se mit alors à ricaner, totalement ignorante du regard noir que lui jetait le jeune homme.

- Enfin, bref, vous repartez quand ?

- Q-quoi ?

- Vous. Repartez. Quand ?

- Tu veux déjà qu'on se barre ?

- Je voudrais surtout partir avec vous. Ne serait-ce que pour vous raccompagner en bas, je connais deux-trois raccourcis. Après je vous laisse si vous voulez, mais quitte à se lancer sur les routes, autant faire un départ en groupe, pas vrai ?

- Après vendredi, alors, soupira Blue. De toute manière, on bougera pas tant qu'Aurore sera pas cent pour cent opérationnelle. Il manquerait plus qu'on la perde à cause d'une simple glissade sur un rocher moussu, tiens.

Elle approuva d'un sourire amusé.

- Dans ce cas, je te filerai mon numéro de pokémontre… quand je m'en souviendrai. Et tu le donnera à Aurore aussi, je crois qu'elle en a une. Ce serait sympa que je sois pas totalement exclue de cette affaire maintenant que j'ai totalement le nez dedans.

- T'en fais pas, c'est pas au programme. D'ailleurs, il y changement de plan.

- C'est-à-dire ?

- Création d'une résistance, bla bla bla, dresseurs à contacter, bla bla bla,…

- Ok, j'vois le topo. Je vous suis, du coup.

- Évidemment.

- D'un autre côté, c'était obvious.

- Oh, à peine.

Ils ricanèrent, puis Blue changea de sujet.

- Bon, je vais y aller alors. Et fais gaffe avec les archéomires, ce serait bête d'en faire une espèce en voie d'extinction.

- Il y en a trop, je suis large ! Tu retournes voir ta copine ?

- Mais c'est pas ma- Oooh, tu sais quoi, laisses tomber.

Et il tourna les talons, suivi par un rire moqueur qui lui rappelait effroyablement celui de sa sœur.

Mais il ne se rendit pas au centre. À la place, il décida d'aller faire un tour. Ça faisait un temps qu'il n'avait pas réellement dégourdi ses jambes. Pas que rester enfermé lui porte peine, mais il se rendait compte à présent que l'ambiance de ces derniers jours avait été pesante. À la place centrale, il se dit qu'il n'avait pas vu les ruines, et ce fut donc naturellement qu'il s'engagea sur le chemin.

Il dut marcher un petit quart d'heure avant d'arriver à la cuvette où se trouvait l'entrée. Dans le petit autel brûlait une bougie qui avait visiblement besoin d'être changée. Il ft interloqué par les deux panneaux à l'entrée, haut de deux mètres, et représentant, comme la Doyenne lui avait expliqué, Dialga et Palkia. Les dessins était schématiques, mais précis. On devinait aisément la silhouette et la puissance de ces deux créatures. Blue resta là à les scruter, notant chaque détail avec minutie pour être sûr de pouvoir les reproduire plus tard. Il regretta d'ailleurs de ne pas avoir pris son carnet avec lui en partant. Quand il en eut marre, il passa l'espèce de porte. L'intérieur était d'une simplicité spartiate, avec pour seule décoration le mur du fond peint d'une fresque racontant l'histoire de la région.

Au centre de cette fresque, comme détachées du fond et de l'histoire dépeinte, se trouvaient trois sphères. Des perles de verre ou des pierres précieuses soigneusement taillées, il n'aurait pas pu le dire, mais à l'éclat qu'elles émettaient, il aurait parié sur une pierre éclat si elles n'avaient pas été colorées. La rose, au pied gauche du triangle qu'elles formaient, brillait plus fort que les deux autres. Il se demanda un instant ce que ça pouvait bien signifier, quand une voix familière le fit sursauter.

- Toi aussi ça te rend curieux ?

Il se retourna pour tomber sur le visage bienveillant de Perrine, l'infirmière qui les avait accueillit. Elle était accompagné d'une fille un peu plus petite, aux alentours d'une douzaine d'années, qui avait un cierge entre les mains. Elle salua d'un geste de tête discret, puis elle tourna son visage timide vers la jeune femme, une question silencieuse dans ses yeux ocre.

- Va changer la bougie, ma jolie. J'arrive tout de suite.

Elle hocha la tête et fit demi-tour, sa chemise trop longue flottant derrière elle comme une voile.

- C'est ma voisine. Elle est très, très timide, s'excusa Perrine.

Elle s'approcha de la fresque et passa le bout de ses doigts dessus.

- Je pensais pas te trouver là.

- Qu'est-ce que c'est que ces pierres ? Demanda Blue d'un ton pressant.

- Aucune idée. Le matériau en tout cas. Il semblerait que ce soit du cristal tout ce qu'il y a de plus basique, mais aucune idée de pourquoi elles brillent.

- Oh. Et personne ne s'inquiète ?

- On dit que nos ancêtres les ont taillées à partir du cristal le plus pur venant des trois demeures des Elfes. Jusqu'à quelques temps auparavant, elles étaient totalement éteintes.

- Oh. Et pourquoi elles se sont allumées alors ?

Perrine se tourna vers lui avec un air sérieux, se courbant un peu pour imiter la Doyenne.

- D'après Damara : Un grand danger nous guette, les Gardiens ont choisi des élus ! »

- Très rassurant tout ça, dis-moi.

- La Doyenne sait beaucoup de choses, même si la plupart du temps ça semble totalement cryptique, et sorti tout droit des vielles légendes.

- Laisses-moi deviner : les trois quarts du temps, ça l'est ?

- Exact. Mais elle ne s'est jamais trompé.

La jeune femme ramena une de ses lourdes boucles sombres derrière son oreille, et dans le même geste désigna le globe rose, plus brillant que les autres.

- L'éclat s'est accentué il y a quelques temps. Trois mois, quatre, peut-être plus. Je ne sais plus trop. Il augmentait de jour en jour, mais il n'a jamais été aussi brillant.

- Et qu'a dit la vielle ?

Reprenant son imitation, Perrine répondit :

- Le premier élu est éveillé.

- J'imagine qu'on connaît le premier.

Il répondit au haussement de sourcils curieux de la jeune femme par un air qui voulait dire « je t'expliquerai plus tard » et repris :

- En tout cas, il y en a deux qui ne sont toujours pas éveillés. J'espère que le danger n'est pas trop proche, sinon on est pas mal dans la mouise.

- Chaque chose vient au moment où elle le doit. C'est un truc qu'on appelle l'équilibre du monde.

- Si tu le dit. Et comment les élus sont censé savoir qu'ils en sont, au fait ?

- Alors ça, aucune idée. Ils doivent apparaître dans un rêve ou un truc comme ça. Tu sais, comme dans cette histoire un Lugia donne l'argent'aile à un dresseur dans un rêve et qu'il la trouve dans sa main en se réveillant ?

- C'est conte pour enfants, ça, fit-il, perplexe.

Perrine haussa les épaules.

- Il y a toujours un fond de vérité dans les contes. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, j'ai des bougies à allumer.

Elle partit souplement, avec un salut d'aviateur. Blue resta encore quelques minutes à détailler la fresque, ravi de constater qu'il comprenait à peu près l'histoire, avant que son attention ne se porte à nouveau sur les sphères enfoncées dans la pierre.

- Dis moi si je me trompe, Fauve, mais le lac au sud ouest de la région, c'est bien le lac vérité non ?

- Voo ?

- Ouais, c'est vrai, t'en sais rien, mais tu pourrais au moins faire semblant. Enfin, Aurore elle vient de…près du lac, on est d'accord ?

- Evo !

- Donc si on suit cette logique, les autres élus devraient venir de villes proches des deux autres lacs, pas vrai ?

- Liiiii.

- Oui, c'est qu'une supposition, je sais, mais ça se tient, non ?

Le petit canidé pencha la tête sur le côté, pas totalement convaincu.

- Cela dit, même si c'était juste, ça nous dirait pas où les trouver.

Il capta alors le regard interrogateur de Fauve.

- Tu te demandes pourquoi je pense à ça, hein ?

- Liii, voli !

- Je me disais simplement que si on avait trois kinésistes de notre côté, ça deviendrait beaucoup plus simple de faire tomber Galaxie Corp. Mais bon, sans on se débrouillera très bien aussi.


L'ouverture de l'Antre d'entraînement était décorée de flambeaux brûlant d'une flamme bleue, qui s'élevaient dans le ciel déjà couverts d'étoiles. Une femme au visage enjoué et à l'expression grave mais au regard maternel se tenait devant, droite, les mains croisées sur son ventre. Elle était vêtue d'une longue robe brune toute simple, accompagnée de dizaines de colliers et de bracelets faits de perles de bois, de verreries et de crocs en tous genre. Sur son dos reposait la fameuse cape des dracologues de Sinnoh. Un objet précieux, s'il en était épaisse, ignifugée, presque indéchirable. La sienne était était ocre avec une doublure couleur brique, tombant jusqu'à mi-cuisses et dotée d'une capuche assez large, décorée du blason des dracologues de Sinnoh – un carchacrok stylisé.

Cette cape, c'était le bien le plus précieux d'un dresseur de dragon. Elle représentait l'achèvement d'années de labeur une valeur fixe, immuable, à laquelle se raccrocher, un emblème qui les rassemblait au-delà des frontières tout en mettant en avant leur individualité. En effet, si le modèle était toujours le même, le blason inchangé depuis des centaines d'années, chaque cape avait sa propre couleur, choisie par le Régent en fonction de ce qui représentait le mieux son disciple.

Les subtilités du code couleur avait quelque peu été perdu avec le temps, mais parfois la réputation d'un dresseur de dragons tenait à la couleur de sa cape. On respectait Peter qui brandissait avec fierté le rouge passionné et le noir rigoureux, on avait parfois du mal à prendre au sérieux Iris et la candeur qu'exprimait le rose dragée de sa cape jusqu'à ce qu'on remarque la doublure d'un pourpre royal, et on ne savait que penser d'Amaryllis dont la cape totalement grise était d'une neutralité sans faille, jetant sur sa personne le plus grand mystère.

S'il y avait bien une chose que Gabrielle redoutait plus que l'épreuve en elle-même (souvent, elle n'avait d'épreuve que le nom, il s'agissait d'une simple formalité) c'était de savoir de quelles couleurs sa régente avait décidé de la couvrir.

Sa régente, dont les couleurs combinées étaient le messager de la puissance dans ce qu'elle a de plus brut alliée à la douceur paisible de la terre, ce qui lui valait un respect sans faille de la part des autres dracologues, même plus âgés.

- Bonsoir, mon petit, salua la Régente de sa voix la plus douce.

Elle fit signe à l'apprentie de s'approcher, l'invitant à monter sur la dernière marche. Elle posa la main sur son épaule dans un geste rassurant. Elle darda ses eux couleur chocolat sombre droit dans ceux de Gabrielle.

- Je suis désolée de ne pas avoir été présente ces dernières semaines.

- C'est pas grave, je comprend la situation.

Dracéna sourit tendrement.

- Sache que je suis fière de toi. Des que l'on entrera, l'épreuve commencera. Si tu veux annuler, c'est maintenant ou jamais.

- Jamais, vous le savez bien.

- Une réponse comme je l'attendais ! Quoi qu'il arrive, reste calme et tout se passera comme sur des roulettes !

Ses yeux dérivèrent un peu dans le vague et elle rit.

- Mes aïeux…ça me rappelle moi quand j'ai passé mon épreuve. C'était il y si longtemps, maintenant ! Enfin, Gabrielle Adeline Walker, prends un de ces flambeaux, passe cette porte, et deviens un dracologue à part entière. Rends moi encore plus fière que je ne le suis déjà !

Et avec ces mots, Dracéna détacha un des flambeaux et le posa dans les mains de la jeune femme qui l'agrippa fermement. Cette dernière jeta un dernier regard en bas des marches.

Faust et Perrine levèrent leurs pouces avec un clin d'œil, quelques enfants du village lui firent des signe de victoire, Aurore et Blue des sourires encourageants, et ses parents lui offrirent un regard débordant de bienveillance et de fierté.

Elle inspira un grand coup, et pénétra dans l'Antre.

L'intérieur était sombre, quoi que vaguement éclairé par les lichens fluorescents qui poussaient sur les parois les plus humides.

- Bienvenue, dit la voix de la Doyenne.

Le mot résonna, ajoutant à la tension ambiante. La vieille dame était devant un brasero qu'elle désigna de la main, et dans lequel Gaby alla déposer son flambeau. Un brasier azur illumina aussitôt la salle.

La Doyenne avait pour l'occasion revêtu un kimono sombre entièrement brodé de fil doré, couvert de sa cape, noire de jais et bleue nuit. Une grande sagesse combinée avec un caractère âpre.

- Suis-moi.

Sans attendre de réponse, elle s'engagea sur le petit ponton de bois qui reliait l'île centrale, sur laquelle reposait une antique pagode, à l'espèce de promontoire rocheux qui faisait le tour de la caverne. L'apprentie la suivit en se forçant à se tenir droite et marcher lentement.

Au centre de la petite pièce qui ressemblait vaguement à un temple se trouvait un panier d'osier. Gaby savait déjà pertinemment ce qu'il y avait dedans et inspira un grand coup. La Doyenne vint s'asseoir derrière l'objet, invitant la jeune femme à faire de même.

- Avant toute chose, laisses moi te poser trois questions. Aimes-tu les pokémons ?

- Je…o-oui. Oui.

- Es-tu prête à faire le vœu de protéger et servir la région, d'y être loyale et de faire preuve d'un altruisme exemplaire ?

- Je le suis.

- Surtout, est-ce que, quand tu auras mon âge et vécu selon nos règles, tu pourras me redire exactement les mêmes réponses ?

- Oui.

La Doyenne hocha la tête.

- La lueur dans ton regard n'a pas changé. Ton cœur est noble. Puisse le dragon t'accepter comme l'un des siens.

Elle sortit une honor ball qu'elle offrit à la jeune femme et ouvrit alors le panier où reposait un minidraco. Gabrielle resta totalement immobile, la capsule simplement posée au creux de ses paumes, mécanisme d'ouverture bien en évidence.

Le petit dragon resta sans bouger durant quelques instants, détaillant la scène d'un œil curieux. Il leva alors la tête, tendit les cornes dans la direction de l'apprentie. Il esquissa un mouvement vers elle, lentement. Il la détailla, la jaugea, tourna autour. Il décida enfin de s'approcher assez pour poser sa tête contre son cœur. Grimpant sur ses genoux, il leva ses yeux bruns pour fixer ceux de l'apprentie. Le lien émotionnel qui devait les lier à vie passa dans ce regard là, qui dura une fraction de seconde et qui pourtant sembla une éternité pour l'un comme pour l'autre. Doucement, le petit dragon vient alors activer le mécanisme de la ball. Un rayon rouge l'absorba. La capsule ne trembla même pas avant d'émettre le petit « clack » spécifique.

- Jeune fille, tu viens de réussir ton Épreuve, annonça la Doyenne avec un grand sourire.

Elle se leva alors, et d'un coffre au fond de la pièce tira une grande cape, qu'elle jeta sur les épaules de la toute jeune dracologue.

- Gabrielle Adeline Walker, du village de Célestia, j'ai l'honneur de te nommer dracologue de la région de Sinnoh et de te remettre cette cape. Puisse-t-elle te tenir chaud au sommet des montagnes les plus rudes, t'abriter du soleil des déserts les plus arides, te protéger des pluies torrentielles et des vents déchaînés. Puisse-t-elle être le reflet de ta personne, et s'user sans jamais céder, elle qui est déjà le miroir de ton âme par les couleurs que ta Régente a choisies. Reçois l'outremer sombre, symbole de la loyauté de ton attitude, allié au dynamisme du bleu du ciel. Portes ces couleurs qui démontrent un esprit vif et dévoué fièrement, et ne les déshonore pas, car alors tu déshonorerais celles de ton clan.

- Je ferai honneur à mon clan, je le jure son mon nom et ma cape. Qu'on me l'arrache si je manque à mes vœux.

Elle se releva alors, alourdie du poids de la cape, et s'inclina profondément.

- Va mon enfant. Vole haut et loin, jeune dracologue.

- Je vous remercie pour tout, Doyenne. Que votre ciel soit sans nuage.

Elle tourna alors les talons, se dirigeant droit vers la sortie pour être accueillie par une salve d'applaudissements.


- Eau et nourriture ?

- Check !

- Tente ?

- Check !

- Vêtements de rechange ?

- Check !

- Potions, rappels, soins?

- Je crois qu'il me manque de l'anti-brûle.

- J'en ai, c'est bon. Qu'est-ce qu'il peut nous manquer ?

Blue plissa les sourcil, avant de hausser les épaules. Aurore fit de même, avant de se tourner vers Gabrielle.

- Je pense qu'on a tout du coup. On récupère nos pokémons et on y va.

- Attends, mais si jamais il me manque vraiment un truc important ?

- Si c'est vraiment important, alors un de nous deux l'aura, intervint le rouquin. D'ailleurs, c'est quoi le plan ?

Aurore attrapa sa carte au fond de son sac et la déplia sur la table. Elle pointa du doigt le village.

- On est à Célestia. On va donc descendre vers Bonville, puis prendre la route jusqu'à Voilaroc. On reviendra ensuite sur nos pas en direction d'Unionpolis.

- C'est vrai qu'il te manque ces deux badges, du coup.

- Exactement.

- Attendez, c'est si important que ça les badges ? Demanda Gaby. Je veux dire, on devrait pas penser à autre chose ?

- Justement, oui, ça l'est. Je ne suis pas la seule à courir après la Ligue, mais le fait est que plus nous sommes nombreux, plus l'un d'entre nous aura la chance d'affronter Cynthia.

- Qu'est-ce qu'il se passe avec elle, d'ailleurs ? Fit la dracologue, un peu méfiante. Ne me dites pas que vous la suspectez ? Je sais qu'elle est un peu bizarre parfois, mais c'est pas quelqu'un de mauvais !

Aurore et Blue échangèrent un regard incertain. Blue toussota.

- En vérité, elle n'est pas totalement blanche dans cette affaire. On ne la suspecte plus de faire partie de la Team, mais on ne sais pas encore quel rôle elle a. Le fait est qu'on la voit souvent là où se trouve Galaxie, et puisqu'elle ne communique pas avec le Plateau Indigo, il est difficile de connaître ses motivations.

- Oh, je…je vois.

Il y avait une certaine déception dans sa voix. On devinait aisément qu'elle admirait le Maître assez profondément pour que cette information la touche personnellement. Elle se reprit toutefois très vite, et son expression redevint rapidement radieuse.

- Allez, on va pas s'éterniser la dessus. De quoi on parlait, déjà ?

- Heu… Du trajet ! Intervint Aurore.

- Oui, c'est vrai ! Donc, Voilaroc, puis Unionpolis, et après ?

- Il nous faudrait descendre vers Féli-Cité, ou Charbourg. J'imagine que la route doit être construite maintenant, il fallait faire le détour avant.

- Pour… quoi…faire ? Hésita Blue.

- J'ai appelé deux-trois personnes, on devrait les trouver dans ce coin là. Ils m'ont dit qu'ils allaient y rester jusqu'à fin janvier environ, ça nous laisse presque deux mois.

Les deux visages intrigués l'incitèrent à continuer son explication.

- Il y aura déjà Louka et Barry, les deux DexHolders, plus deux dresseurs qui m'ont déjà aidé par le passé. Avec nous ça fera un groupe de sept personnes, ce qui est déjà pas mal. On pourra poser les bases, comme ça. Pour Charbourg, c'est parce que je pense que Pierrick, le champion de la ville, voudra bien nous apporter, disons, un soutien logistique. Je sais pas vraiment comment appeler ça. Ce que je veux dire, c'est qu'il nous permettra certainement de nous entraîner dans la mine, de nous partager les quelques informations qui circulent entre champions et peut être même une ou deux bonnes planques. J'avais pensé à établir un QG dans le souterrain, mais c'est tellement labyrinthique qu'on se perdrait vingt fois avant de trouver à chaque fois qu'on voudrait s'y rendre.

- T'as pas perdu ton temps, souffla Blue. Donc j'imagine qu'une fois tout ça posé, les premières actions réellement offensives se feront en février ?

- Exact. Mais ce qu'il faut préciser, c'est qu'à partir de ce moment là, on risque fortement de passer dans l'illégalité. Et dans notre cas, si on se fait chopper, on sera directement accusés de terrorisme.

- Discrétion absolue, donc, résuma Gaby.

Les deux autres hochèrent la tête gravement.

- Allez, faut rester positif. On ne sais pas comment va évoluer la situation d'ici là, avec un peu de chance la police arrivera à avoir un mandat d'arrêt ou un truc comme ça.

- Si seulement… C'est bien les derniers à pouvoir faire quelque chose, malheureusement, répliqua Aurore. Enfin, on ne sait jamais.

Elle plia la carte et la glissa dans son sac. Se redressant, elle caressa la tête de Riker, qui attendait sagement à côté d'elle.

- Si personne n'a rien à ajouter, il vaut mieux se mettre en route. Il vaut mieux s'avancer le plus possible avant la nuit.

Les deux autres approuvèrent. Blue batailla pour serrer la sangle de son sac, gêné par Fauve qui avait choisi de voyager sur ses épaules, tandis que Gabrielle ajustait avec soin le nœud de sa cape autour de son cou. Après un dernier regard entendu, ils se dirigèrent vers la porte.

- Attendez !

Blue se figea, la main encore sur la poignée, et se retourna, imité par les deux filles. Perrine était là, avec une expression de malaise, un sac de randonnée bien rempli sur le dos. Elle avait troqué sa blouse pour des chaussures de marche et ramené ses cheveux sublimes en une tresse fonctionnelle. Son charmina était à côté d'elle, bras croisés.

- Je-je veux venir avec vous !

- Enfin, Perry, ça va être dangereux. T'as jamais quitté le village.

- Je sais, je sais. Mais ici, je me sens totalement inutile. Gaby, tu sais très bien que je sais m'y prendre en combat, et en plus je pourrai soigner les blessures en cours de route. Je ne serai pas un boulet, promis !

- Je vois pas pourquoi on t'empêcherait de venir, trancha Aurore. Après, ça dépends aussi de vous, les gars.

- Je suis du même avis, lança Blue avec un regard en coin en direction de la dracologue.

Celle-ci soupira.

- Ok, très bien, j'ai rien à ajouter. Mais j'espère juste que t'as prévenu ton frère, j'ai pas envie qu'il nous broie le crane à notre retour.

- Oh, t'en fais pas pour ça ! Il m'a même aidé à attraper un noarfang pour être sûr que je puisse le contacter.

Elle brandit avec fierté une capsule noire décorée d'une bande jaune.

- Alors, on y va ?


Bon, on va enfin quitter Célestia ! Le prochain chapitre va avancer pas mal de choses et risque d'être assez long. je le couperai peut être en deux comme pour celui de la centrale si il devient vraiment lourd, mais je pense qu'en dessous de 10 000 mots ça ne vaut pas vraiment la peine de faire ça (en tout cas, j'espère le finir rapidement !)

Allez, à la prochaine !