Je me sentais étrange... j'avais chaud... et froid en même temps... j'avais la tête qui tournait et pourtant j'étais positivement sûre que mes yeux étaient fermés. Soudain, je sentis quelque chose de tout petit se poser sur mon visage puis coller tout du long. J'ouvris alors les yeux, et me retrouvai en face d'un ciel gris et blanc d'où tombaient des milliers de flocons. Peu à peu, certains de mes sens se brouillèrent, je ne ressentais plus rien ni le froid de la neige dans laquelle j'étais allongée, ni même le vent qui la faisait tourbillonner en de gigantesques colonnes au dessus de ma tête... tout était si serein... si... tranquille...

Je levai alors une main vers le ciel pour voir si je pouvais en sentir les courants, mais tout à coup, des colonnes sombres s'élevèrent devant mes yeux et, s'entrecroisant, se resserraient de plus en plus la lumière ne passerait plus. Je me relevai donc et, approchant la main de l'enceinte, je ne sentis rien là où elle aurait dû être.

Perdue dans le noir et sans repère, mon rythme cardiaque commença à s'accélérer. Cherchant à sortir de là, je me mis à genoux et commençai à creuser le sol avec les mains. Toutefois, j'avais l'impression que, plus je creusais, plus l'enceinte devenait petite. Cette impression se confirma quand je sentis le plafond toucher mon dos. La panique, comme mes larmes de détresse commençaient à monter à mes yeux et alors que je perdais espoir, des lumières jaunes orangé se mirent à danser dans le lointain.

C'était beau, rassurant... je voulus les rejoindre mais, au moment où j'allais retirer mes mains de la terre, cette dernière se referma sur elles. Baissant la tête vers mes mains, je me mis à tirer mes mains encore et encore vers moi... mais elles semblaient totalement bloquées.

Soudain, un grand bruit ainsi qu'une lumière plus forte apparut devant moi et, relevant la tête brusquement, je vis que les lumières que j'avais observées, avaient donné naissance à un véritable brasier. Je restai là un moment, à regarder les flammes danser devant mes yeux, majestueuses, rassurantes, mais voraces et dangereuses. À cet instant, les flammes semblèrent se tourner vers moi et, comme des chiens que l'ont lance à la poursuite d'un lapin, elles serpentèrent dans ma direction. Réagissant de suite, je me mis à genoux pour tirer mes mains avec plus de force et, alors que la chaleur devenait étouffante, je parvins à les sortir de leur prison fuir !

Je cavalais, courrai de plus en plus vite et, à chaque étincelle que je voyais me dépasser, je poussais un peu plus mes limites. Mon cœur battait si vite que je ne sentais même plus la différence entre ses contractions et ses relâchements. Je ne savais pas s'il lâcherait, mais la chaleur du feu qui me pourchassait ne me disait rien de bon non plus.

Tout à coup, je vis une lumière blanche devant moi. Sans prendre le temps de réfléchir, je me précipitai vers elle mais, au moment où j'allai l'atteindre, une haie de barreaux tomba devant moi et se ficha, immuable, dans le sol. Je tentai alors un coup d'œil à gauche puis à droite pour voir si la barrière n'était pas totalement continue elle l'était.

Le feu se rapprochait et, tentant le tout pour le tout, j'essayai de casser les barres mais, voyant que ça ne marchait pas, je m'efforçai à passer entre les barres. Malheureusement, je ne parvenais qu'à passer jusqu'à mon épaule, ma tête refusant de passer. Et pourtant, je la voyais et je pouvais presque...

Soudain, une forte douleur me transperça et, le souffle coupé, je sentis cette chose se retirer en laissant, derrière elle, cette horrible sensation glacée. Agrippée aux barreaux, ma vision se troubla et, alors que les flammes venaient lécher mes plaies, une forme commença, tout doucement, à cacher la lumière. L'instant d'après, elle bougea et, semblant dégainer, elle éleva son épée dans les airs. Je n'eus pas le temps de réagir que, d'un coup, elle trancha le sol et brisa les barreaux.

Incrédule mais toujours sous la menace des flammes, je me mis à courir en avant toujours vers la lumière. Cependant, la forme me bloqua le passage et, arborant un sourire aussi gigantesque que rougeoyant, elle me poussa en arrière. Je tentai de me rattraper mais, au moment où j'allais l'empoigner, la zone que je touchai se transforma en fumé.

Après une longue chute, je heurtai le sol dans un craquement sinistre. Je sentais un filet de sang couler de mes lèvres et le froid me dévorer peu à peu de l'intérieur... j'aurais dû bouger, continuer... courir, mais je n'y arrivais pas. Je voulais fuir et ne jamais avoir à revenir... mais les flammes déjà m'encerclaient et tournaient autour de moi comme une meute de loups affamés autour d'un animal blessé. Chaque fois que je commandais à mes bras de bouger, à chaque fois que mes jambes étaient sollicitées... rien à part de légers soubresauts nerveux ne les parcourraient...

- « aidez-moi... » gémis-je en m'aidant de ma tête pour me redresser à la manière d'un ver. Je ne savais même pas à qui je m'adressais en disant cela...

Soudain, alors que je me soutenais avec la tête, front contre le sol, j'entendis un bruit sourd à côté de moi.

- « Mǔqīn... » appela une voix faible juste à côté de moi.

Toujours appuyée contre le sol avec des frissons d'horreur me parcourant de part en part, je tournai légèrement mon regard et découvris avec effroi un visage que je ne connaissais que trop bien Kotarō

Ses yeux étaient grand ouverts, terrifiés et sa bouche dégoulinait de sang. Les larmes commencèrent à s'accumuler aux coins de mes yeux exorbités et, lorsqu'une lame se planta dans sa tête-

- « AHH ! » hurlai-je en me relevant. Toutefois, je le regrettai amèrement en sentant une forte douleur au niveau de mon ventre. Je portai alors une main à la zone touchée et, sentant quelque chose de collant dessus, je vis que des taches de sang avaient légèrement teinté ma main ma blessure s'était rouverte.

Je refermai mon poing tremblant et, laissant ma tête reposer complètement sur la paillasse, je me mis à regarder le plafond... je me souvenais d'avoir marché dans la neige et le brouillard... puis des bruits, des lumières que j'éteignais... et le type qui m'avait dit de sortir... il...

Je fermai les yeux pourquoi tant de sang versé, pourquoi la fille ? Pourquoi le marchant ? Pourquoi ce type ? Ils n'avaient apparemment rien fait de mal !

Et pour dire, j'en avais appris plus en trois jours sur la façon dont les gens d'ici pouvaient mourir, qu'en deux mois à apprendre leur façon de vivre ! Les maladies et les guerres n'étaient-elles pas suffisantes ? Devait-on également s'entre-poignarder constamment sans même prendre le temps de faire autrement ? Je concevais que ma vision était foncièrement différente de celle d'une époque pareille, mais tout de même... était-ce si compliqué d'éviter la majorité des conflits.

Essuyant mes yeux d'un revers de main, je me concentrai alors sur l'origine des bruits et courants d'air que je venais à peine de remarquer. La porte avait été défoncée, la terre battue était presque entièrement boueuse et les coups de marteau de la vieille me paraissaient bien trop faible pour enfoncer quoi que ce soit.

À cet instant, j'entendis un petit hoquet de surprise et, regardant à ma droite, je vis une jeune fille au visage sale mais sans doute sympathique si débarrassé de ce regard effarouché. Je devais certainement lui faire peur alors, histoire de ne pas trop la mettre mal à l'aise, je détournai le regard et me concentrai sur la vieille femme qui, à chaque coup supplémentaire, me faisait encore plus mal au cœur. Chaque fois que le métal heurtait le bois, j'entendais ses os vibrer et, plus elle répétait ce geste, plus il se faisait lent et forcé.. comme si chacun d'eux lui était directement asséné.

Je voulus me redresser mais la douleur était encore bien présente.

- « Nǐ bù yìng gāi yídòng ! » intervint la petite que j'avais vu avant. Je savais que je ne devrais pas bouger, mais je ne pouvais laisser cette femme se bousier le bras pour une porte ! J'ignorai alors la douleur et, me tenant le ventre, je mis les pieds à terre. Tout était boueux et, pour être sûre de ne pas tomber tout de suite, je me tins à la poutre à laquelle pendaient les paniers de plantes sèches qui étaient au dessus du lit. Je vis la fille agripper sa vieille cuillère de bois en me regardant marcher, une main contre la paroi pour ne pas tomber.

Malgré toute cette douleur et ma vision qui, parfois, devenait floue, je parvins jusqu'à la vieille femme. Elle s'apprêtait à frapper encore une fois mais je retins son bras. Elle se retourna, ses yeux plissés ronds de surprise et sa bouche entrouverte, elle ne bougeait plus. Avec beaucoup d'effort, je lâchai le mur et, ouvrit sa main lentement pour prendre l'outil.

Après ça, je me tournai vers la paroi et me mis au travail. Je remarquai alors que, à chacun des coups que j'assénais aux clous, ma douleur se faisait supplanter par une sensation de bien-être celle de se sentir utile.

Après avoir cloué toutes les planches de façon à ce que la porte tienne debout, je me laissai tomber sur un coffre bien plus solide que je ne l'aurais pensé. Je savais qu'elles m'avait regardée durant toute l'opération mais, quand je relevai la tête pour voir ce qui se passait, je vis que la petite été encore agrippée à sa cuillère alors que la vieille me regardait avec un mélange de joie et de tristesse je le lui rendis.