Avant de commencer la lecture, je tiens à préciser que les mots en italiques sont du chinois qui, pour des raisons évidentes de simplification d'écriture, a été remplacé.
Sur ce, je vous souhaite une agréable lecture
-
L'hiver était rude et les récoltes, d'après le peu que j'avais compris des soupires de la vieille femme, bien plus rares qu'à l'accoutumé. Shin-Mu c'était son nom. Je ne savais pas si c'était sensé vouloir dire quelque chose ou pas... mais personnellement, je pensais avoir compris que le 'Mu', était une référence à la maternité... encore une fois, je n'en étais pas sûre, mais de ce que j'avais pu voir lors de ces deux dernières semaines, me confortaient grandement dans cette idée.
En effet, le jours qui suivit la réparation précaire de la porte, elle me confia la tache de trier différentes sortes de feuilles et autres plantes séchées, dont je ne connaissais pas grand chose, et d'en conserver la moitié dans des pots de terre cuite tandis que je broyais l'autre pour les placer dans d'autres pots... les placer dans les bons pots fut le plus laborieux car, ne sachant absolument pas comment s'écrivaient les noms de ces plantes, je dus en faire un croquis au charbon, sur une plaquette de bois.
Quand elle revint pour voir où j'en étais, elle m'avait posée une main doucement sur l'épaule et m'avait fait un grand sourire encore une fois, je le lui avait rendu.
Malheureusement, là où j'avais rapidement noué des liens avec Shin-Mu, la fille qui, j'avais cru comprendre, s'appelait Bai-Bao, me posa bien plus de soucis non seulement elle tremblait quand je bougeais un peu dans sur ma paillasse, mais en plus, un seul regard et elle se réfugiait auprès de la marmite. Pourtant, je ne lui avais rien fait ! Je ne l'avais pas frappée ni insultée ! Je ne l'avais même pas regardée de trav-... ah, oui.. j'avais presque oublié... la Yěmán rén... la barbare... ça m'était sortie de la tête ! Merci de me l'avoir rappelée, ça me manquait vraiment !
Enfin, amertume à part, je constatais jour après jour une très nette amélioration au niveau de la cicatrisation de ma blessure... et puis, avec un peu de chance, je pourrai me rendre un peu plus utile... je pourrai peut-être même trouver un moyen d'empêcher totalement le vent de s'engouffrer dans les interstices que la porte de fortune comportait...
J'aimerai tellement faire plus pour ces deux là... après tout ce qu'elles avaient subi...
J'y repensais encore ce soir là, devant ma bouillie de millet... la part du mort... celle que le père aurait dû manger... Je n'avais pas fait le rapprochement la toute première fois, mais quand j'ai vu que Bai-Bao me lançait des regards aussi douloureux que haineux, je compris que quelque chose n'allait pas. La vieille l'avait alors rappelé à l'ordre et lui avait dit que 'quelque chose était mort et que c'était pas la peine'... ça m'avait d'abord dégoûtée, peut-être même plus encore que quand j'avais remarqué des vers dans la bouillie que le marchant nous servait... mais encore une fois, je ne pouvais pas me permettre de jouer les emmerdeuses et de bouder une source de nourriture ma blessure était presque totalement cicatrisée et il me faudrait des forces pour repayer ma dette.
Il m'avait presque fallu trois semaines, mais la plaie était à présent refermée et j'avais immédiatement commencé à aider. Certes, je ne savais pas faire grand chose, mais couper des légumes, m'occuper du millet ou encore aller chercher de l'eau à la rivière n'était pas vraiment des taches hors de porté. Resserrant la cape autour de mes épaules, une barre avec deux sceaux en main , j'arrivai devant la rive enneigée.
Des plaques de glace flottaient à la surface et passaient devant mes yeux, emportées par le courant. Avec précaution, je m'approchai du bord, testant la neige pour voir où la berge s'arrêtait en dessous de la neige. Une fois arrivée assez près, je repérai une zone avec beaucoup de bulles d'air et brisai la glace en frappant à de multiples reprise à cet endroit bien précis la glace céda.
Comme certains morceaux étaient trop gros, je du les prendre à la main et les jeter plus loin. Une fois dégagé, je me mis à puiser dans la cavité et, alors que j'allais prendre l'autre, j'entendis quelque chose craquer devant moi. Je relevai rapidement la tête, et vis quelque chose dans le brouillard... un animal... quatre grande pattes, une grosse tête, des yeux brillants il me sembla être face à un loup. Soucieuse de ne pas le provoquer, je regardai légèrement à côté sans pour autant le quitté des yeux et, me levant lentement avec la barre calée derrière ma nuque et sur mes deux épaules, je restai là un moment. Il ne sembla pas vouloir s'approcher et, soudain, un hurlement retentit dans le brouillard. Je n'arrivais pas exactement à savoir d'où ça venait mais, alors que je me raidissais de plus en plus en imaginant tout ce qu'une meute de loups affamés pouvait faire à un humain désarmé, je le vis et l'entendis répondre avant de repartir.
Soulagée, je me mis en route et, tachant de ne pas trop traîner ni de renverser la moitié de l'eau que je transportais, je parvins à la cabane où, quand j'ouvris la porte, le sourire de Shin-Mu, m'attendait.
Il me faudrait plus tard retourner à la rivière, mais pour le moment, la vieille Shin-Mu m'avait envoyée chercher du bois qu'elle avait entreposé dans le poulailler. J'avais mis un moment avant de comprendre quelle direction la vieille femme voulait m'indiquer et, pour lui éviter de sortir dans le froid, je fis semblant d'avoir tout compris et, au bout de quinze bonnes minutes, trouvai finalement la porte y menant.
Cette dernière semblait également avoir été forcée et n'était bloquée que par une planche de bois ainsi qu'un très vieux loquet que le vent ne tarderait pas à faire céder. Précautionneusement, j'ouvris, entrai le plus silencieusement possible et, contournant les trois poules à moitié déplumées, je pris un fagot. Avant de sortir, je me dis que, éventuellement, je pourrai réfléchir à un moyen de protéger ces poules et le bois contre l'humidité et le froid...
Je fis le tour et, au moment où j'allais entrer, j'entendis des voix derrière la porte l'une d'elles semblait plutôt énervée.
- « Elle ne restera pas zhèlǐ! » vociféra l'une d'elle. À ce moment, je me moquais bien de reconnaître cette voix, tout ce qui m'importait, c'était de savoir pourquoi je ne devrais pas rester et si j'allais encore une fois me faire chasser.
- « Ne soit pas zhèyàng!» répondis la vois plus calme de la vieille Shin-Mu. « Tā bùshì monstre... »
- « Zhè shì il de cuò! Il mort, parce que/pour/ à cause il/elle! » cria la voix puis, un bruit semblable à celui d'une gifle se fit entendre. Je n'eus pas le temps de tout assimiler que je partis rapidement vers la porte du poulailler. Je n'avais pas pour habitude d'écouter aux portes, mais apparemment cette dispute me concernait de très près et, plus j'y repensais, plus ses derniers mots m'étouffaient.
Il était possible que Bai-Bao me mette la mort de son père sur le dos même si j'étais déjà partie à ce moment là mais encore, je ne savais même pas ce qu'ils leurs voulaient.
Alors pourquoi de simples mots me faisaient si mal ?
Soudain, alors que des larmes menaçaient de rouler hors de mes yeux, je sentis quelque chose me bousculer. Je regardai alors mais ne vis rien puis, un petit hoquet de surprise m'indiqua qu'il fallait regarder plus bas Bai-Bao.
Sa lèvre inférieur tremblait et on voyait encore la trace rouge de la gifle sur sa joue, ses yeux, visiblement rouges de tristesse... mais je ne savais pas quoi dire... que faire... ni comment réagir...
- « Zǒu kāi! Qǐng ne pas déranger/gêner moi ! » cria-t-elle en me poussant de toutes ses forces. Surprise, je m'éloignai de quelques pas en arrière et, quand la porte fut fermée, un bruit de planche que l'on déplace se fit entendre elle s'était enfermée de l'intérieur.
Dépitée, je retournai à l'intérieur et, après avoir rangé le bois et mis une partie dans le feu, je me remis trier les herbes. Je savais très bien que ça ne m'apporterait rien de me torturer l'esprit avec des accusations aussi peu tangibles... les problèmes étaient sans doute là bien avant moi ! Je n'avais pas ramené ces bandits, et je n'avais certainement pas joué à la sorcière vaudou pour faire mourir le père de cette fille ! Mais encore une fois, ils avaient suffisamment de problèmes avec la nourriture, le froid, les loups, les bandits... je ne voulais pas être ajoutée à la liste des catastrophes...
- « Décidément, je suis une véritable fouteuse de merde ! » murmurai-je m'essuyant les yeux d'un revers de main.
- « Nǎ'er bú shūfú? » me demanda Shin-Mu en me posant une main sur l'épaule.
- « À cause moi ? » demandai-je dans un chinois plus qu'approximatif, ma voix faible et tremblante. Elle me regarda alors, puis, fermant les yeux, elle s'assit à côté de moi.
- « Elle toujours mèngxiǎng devenir yīgè shūnǚ... » commença-t-elle en m'aidant à trier.
- « Shūnǚ ? » demandai-je en tournant la tête vers elle. Elle s'arrêta un moment puis, prenant une branche constellée de boules blanches, elle se le plaça comme un diadème sur la tête.
Je compris alors, Bai-Bao avait toujours rêvé de devenir une grande dame...
J'acquiesçai pour lui montrer que j'avais compris et, après m'avoir légèrement sourit, elle continua son histoire.
Ce ne fus pas facile à comprendre, mais en me concentrant bien, je parvins à deviner certains mots et j'en appris d'autres.
Apparemment, le père passait son temps à faire l'éloge du frère de Bai-Bao le seul fils que ça femme lui ai jamais donné. Il était mort y'a un bon moment, avant qu'elle ne vienne au monde... mais Bai-Bao ne l'avait jamais su. Pour cause, il semblerait que son père ai fait une sorte de crise de déni et faisait comme si son seul fils était parti à la ville pour devenir soldat.
Je n'avais pas vraiment bien compris comment il était mort, mais apparemment, il y avait des loups et un cheval dans l'histoire.
Bon, ça m'expliquait la partie 'je veux devenir princesse' ou je ne sais quoi, mais ça ne m'aidait en rien à comprendre la raison de cette haine ! Pourquoi m'en vouloir ? Je n'avais pas crié ni même attaqué son père ! C'était les bandits la cause de tout ça !
À ce moment, elle mis une main dans sa poche et posa ce qu'elle en avait pris sur la table ma bague. Je la pris en main et l'examinai je ne voyais rien. Je la regardai alors, attendant une explication à tout ça.
- « Ils voulaient zhège »me réLpondit-elle en regardant la bague fixement avant de remettre une mèche folle derrière son oreille et de retourner à son travail.
Je suis resté pendant un bon moment à regarder cette bague sans rien faire... alors ils l'ont tué juste pour une bague ? Si c'était le cas, il aurait très bien pu la donner et sauver sa peau ainsi que celle de sa famille... mais il ne l'avait pas fait.. peut-être était-ce de l'avarice ou bien juste voulait-il le vendre et ainsi offrir de meilleures conditions de vie à ses proches... comment pouvais-je le savoir ? Il était mort, et je n'étais pas dans sa tête à ce moment là...
Elle ne vint pas manger ce soir là et, une fois les gamelles lavées, j'allai me coucher sur le coffre de bois, je ne voulais plus prendre le 'lit' le plus confortable.
Je m'enroulai donc dans la cape que l'on m'avait donnée et, utilisant mon bras comme coussin, je me mis à repenser tout ce qui s'était passé aujourd'hui.
En quelques sorte, Bai-Bao avait raison, j'étais, indirectement l'une des raisons de sa mort... mais encore une fois, être un acteur parmi une infinité d'autres, n'est pas être le seul et unique commanditaire ! Mais comment lui faire comprendre ça... ?
