Bonjour tout le monde ! Bon, je sais que je vous ai fait attendre, je suis vraiment, vraiment, vraiment désolée ! En tout cas, j'espère que vous m'en voudrez pas assez pour bouder ce chapitre, écrit avec amour ;);)

Bonne lecture !


La clé déverrouilla difficilement la porte, qui s'ouvrit avec un grincement. À l'évidence, la maison n'avait plus été habitée depuis un long moment. L'intérieur était totalement vide, le parquet terne, la rampe de l'escalier couverte d'une épaisse couche de poussière. La lumière filtrait à travers les volets pourtant bien clos, signe qu'ils étaient pratiquement hors d'usage. Sûrement étaient-ils même vermoulus.

- Tu es certain que ça ne dérange pas que nous nous installions ici, papa ? Demanda Pierrick en se mettant sur la pointe des pieds pour apercevoir au dessus de l'épaule de Charles.

- Bien sur, ça m'arrange même. Personne sait quoi faire de c'te maison depuis qu'elle a été abandonnée.

Louka, qui était resté un peu plus loin, parut soudainement intéressé.

- Abandonnée ?

- Ouais. Une sale histoire qui remonte à loin. T'était gamin quand c'est arrivé, précisa-t-il en se tournant vers Pierrick.

Il avança un peu dans la demeure pour laisser entrer le petit groupe qui se répandit dans la pièce tout en attendant la suite.

- Cette maison appartenait à une famille super banale. Un couple sans histoire, trois gosses. Le mari était gardien de phare.

Il s'arrêta et se gratta la tête.

- Comment expliquer ? Ah, oui ! Vous voyez l'histoire qu'il y a eu sur l'ile Pleine Lune, il y a peut être quatre ou cinq ans ? Avec darkrai ? Eh bien il s'est passé la même chose il y a un peu plus de dix ans maintenant, en beaucoup plus grave. Ça s'étendait dans toute la région, des gens tombaient dans le coma pendant quelques jours, puis se réveillaient en disant qu'ils avaient vu cresselia.

Blue leva un sourcil.

- Cresselia ?

- L'ennemie ancestrale de darkrai, répondit Aurore. Elle réveille les gens qui ont été atteint par le sortilège.

Charles hocha la tête.

- Mais parfois elle n'y arrive pas toute seule. C'est ici qu'il y a eu le cas le plus grave. Un des enfants, le cadet il me semble, est tombé dans le coma. Cresselia l'a oublié, et malgré les efforts de divers médecins et soigneurs en tout genre, le petit ne s'est jamais réveillé. Il a été transféré à l'hôpital d'Unionpolis. L'aînée, qui devait avoir une quinzaine d'années, a très mal supporté ça et a décidé de partir sur les routes à la recherche d'une solution quelconque, et n'est jamais revenue. Ça a fini de briser la famille, et le père a laissé femme et enfants pour aller vivre reclus dans le phare. La mère a purement et simplement abandonné la maison et est allée s'installer à Unionpolis avec le benjamin. Depuis, on a cette maison sans propriétaire, que des gens croient maudites et dont on ne sait pas quoi faire.

- Est-ce qu'on sait ce qui est arrivé ensuite au garçon ? Demanda timidement Perrine.

Le champion secoua la tête, désolé.

- J'en ai aucune idée. J'étais pas encore ici à l'époque, je tiens cette histoire du marin qui fait la navette entre le port et l'Ile de Fer. Si jamais ça t'intrigue vraiment, tu pourras toujours lui demander, mais je crois qu'il en saura pas plus. Enfin bon, je vais vous laisser les enfants, j'ai l'arène à faire tourner. Venez me voir si vous avez besoin d'un coup de main. Pierrick, je te laisse la clé.

Il jeta d'un geste désinvolte le trousseau à son fils, avant de quitter le lieux les mains dans les poches. Le jeune champion se retourna vers les quelques dresseurs qu'il avait en face de lui.

- Je ferai faire des doubles, indiqua-t-il avec un sourire incertain.

Comme il ne savait pas vraiment quoi dire, il se racla la gorge en regardant les quelques personnes qui lui étaient familières dans la pièce. Finalement, Aurore s'avança.

- Donc, à partir de maintenant, cette maison sera notre base. Autrement dit, dès qu'il y aura réunion, ce sera ici. Dès que quelqu'un aura besoin d'un endroit où dormir, où être en sécurité ou peu importe, ce sera cette maison. Interdiction de donner la clé ou de révéler à n'importe qui son emplacement. Et la première chose à faire sera de la remettre en état. Ok ?

Un brouhaha général lui répondit. Elle hocha la tête.

- Pour éviter de perdre du temps, je vais répartir les tâches moi-même.

Il y eut quelques râlements très vite étouffés, et la jeune femme se tourna vers ses amis les uns après les autres.

- Ally, Perrine, Vicky, Blue, vous essayez d'enlever un max de poussière. Louka, Barry, vous venez avec moi récupérer les vieux meubles à Bonaugure. Gabrielle et Pierrick, vous sortez vos dragons et vous acheminez tous ça.

- Hé, pourquoi je me retrouve à faire le ménage ?

- Arrêtes un peu de râler, Blue ! Barry, ta mère sait qu'on arrive ?

- Elle nous a ouvert le garage, tout est prêt !

- Alors en avant !

Il leur fallut le reste de la journée pour tout mettre en ordre. Blue eut quelques problèmes avec les nosféraptis qui avaient élu domicile dans la cave, et les mimigals dans le grenier manquèrent de faire mourir de peur Aline. Finalement, quand tout fut relativement propre, la jeune dracologue et Victor grimpèrent sur le toit pour remplacer les quelques tuiles qui étaient tombées et nettoyer le velux. Louka quant à lui s'occupa de nettoyer toutes les vitres et Perrine remplaça les volets. Pendant ce temps, Barry, Aurore et Pierrick transportaient et arrangeaient les meubles dans les pièces.

Il y avait une vieille table en bois usée par le temps que la voisine de Louka leur avait donné au lieu de la jeter, une dizaine de chaises dépareillées récupérées un peu partout dans le village, le vieux canapé de la mère de Barry, trois lampes aux couleurs passées récupérées au vide-grenier hebdomadaire de Litorella, des rideaux à motif vieillots, un fauteuil de cuir comportant de nombreuses traces de griffures, un autre aux ressorts presque morts il y avait aussi, et c'était leur plus grand trésor, une table de billard, mais sans boules ni queues.

Ils placèrent tout cela dans la grande pièce à vivre, qui faisait à la fois cuisine, salon et salle à manger, et descendirent la table de billard au sous-sol, qu'ils élurent « salle de réunion ».

Pierrick apporta une bonbonne de gaz pour alimenter la plaque de cuisson et Blue chercha comment rallumer les compteurs, et, largement après la tombée de la nuit, tout le monde s'écroula, épuisé mais satisfait du travail accompli.

- Maintenant que j'y pense, s'exclama mollement Blue depuis le pouf sur lequel il était avachi, le grenier est totalement isolé et largement assez grand pour permettre de faire environ trois chambres dedans.

- C'est vrai ? Je pensais qu'il était inutilisable, marmonna Ally en réprimant un frisson, encore traumatisée par les insectes qui lui étaient tombés dessus.

- Au fait, on a toujours pas de lit, fit remarquer Louka.

- Et on a pas non plus de frigo, ni de placard, ni même assez de lampes. On verra ça en temps et en heure, répliqua Vicky. On dormira au centre ce soir.

Ce qu'ils firent. Et le lendemain, dès le lever du soleil, ils étaient debout. Ils avaient traversé les deux rues qui les menaient du centre à leur QG à pas rapides, avaient verrouillé la porte derrière eux et étaient descendus au sous-sol. La cave était une pièce de taille moyenne, au sol de béton et aux murs de briques. Le plafond bas comportait une ampoule grillée en guise de lampe, mais elle était inutile puisque le mur du fond était une grande vitre, grillée et scellée, qui donnait droit sur la mer. La cave se situait pile sous le quai qui servait de cour à la maison. Les neuf compères se répartirent autour de la table de billard, seul objet présent dans le lieu si l'on exceptait la vieille échelle abandonnée dans un coin.

- Je déclare ouverte la première réunion de l'armée des Trois Lacs, fit Barry d'un ton très solennel. Oh, j'avais toujours rêvé de faire ce genre de truc. Bref, quelqu'un veut parler ?

- Moi ! S'exclama Aline en levant la main. Je propose que vous fassiez un compte rendu complet, parce qu'il me manque quelques infos, là.

- Je dois dire que je suis totalement d'accord, confirma Pierrick en se grattant le cou d'un air gêné.

- Bien sûr, répondit la jeune dracologue. Je peux m'en occuper ?

- Je t'en prie.

Elle ramena ses cheveux dragée en arrière et s'appuya sur le bord de la table.

- Vous le savez déjà, puisque c'était un peu le but du club, mais on est là pour affronter la Team Galaxie. Je vais donc commencer par citer les actions à charge contre eux. La première était… Heu…

- La prise de la centrale de Floraville, il me semble, intervint Aurore.

- Non, contredit doucement Louka. C'était la tentative de vol d'informations au laboratoire du professeur Sorbier.

- Oui, c'est vrai ! Donc je disais, d'abord la tentative de vol d'infos, ensuite le prise de la centrale et le détournement d'énergie, puis les événements de Vestigions qui concernaient le vol de pokémons et la capture massive de spectres et la recherche des évolis dans la forêt. Vient ensuite l'histoire de la bombe devant être transportée au lac, et enfin, dernier événement en date, l'agression de la Doyenne et d'Aurore à Celestia. Je suis juste ?

- Oui, confirma Blue, qui prit la suite. Jusque là, on avait plusieurs hypothèses sur ce que la Team faisait de ce qu'ils s'appropriait, mais ce qu'il s'est passé à Celestia n'en laisse plus qu'une, qui concerne la mythologie de cette région. En fait, il semblerait qu'ils essaie de réveiller et capturer les pokémons gardiens des Lacs. Ce que nous ne savons pas, en revanche, c'est la manière exacte dont ils compte s'y prendre, et la finalité de leur projet.

- Leurs propos sont brumeux, à ce sujet, mais ils ne présagent rien de bon, même si les sbires sont persuadés de travailler pour l'avènement d'un monde de paix, ajouta Aurore. Nous avons une agent infiltrée qui nous tiens au courant de ce qu'il se passe là où on l'a placé, mais elle est tenue en dehors du plus intéressant de l'affaire, à savoir ce qu'il se passe au Lac Courage et dans le labo secret qu'ils ont installée à Voilaroc.

- Parce que oui, il y a un labo secret à Voilaroc, coupa Barry en remarquant le visage stupéfait de Victor. Et on ne sait pas ce qu'ils y cherchent, mais ça doit probablement être une machine à capturer des pokémons mirages.

Aurore secoua la tête avec un sourire en coin, puis reprit :

- Voilà pour les faits. Du point de vue de la loi, la Team Galaxie est tout simplement la société de recherches Galaxie Corp., et malgré les suspicions à leur égard, la police internationale elle-même ne peut rien faire. Il en va de même avec la Ligue, qui sans l'accord du Maître est totalement inutile. Bien sur, les ligues des autres régions ne peuvent pas agir non plus, puisqu'elles ont besoin de l'accord de Cynthia pour mener leur enquête. C'est pour ça que nous sommes ici, pour les empêcher activement d'agir. Leur mettre des bâtons les roues assez longtemps pour permettre aux enquêteurs, de la police ou autres, de mettre à jour leur plans et démanteler définitivement leur groupe. On a déjà tous fait ça d'une manière ou d'une autre, que ce soit en affrontant les sbires ou en s'interposant directement contre leurs chefs. Sauf que cette fois, on sera organisés et on va les attaquer en premier.

- Ce qui nous emmène au point principal de cette réunion, continua Blue, les premières actions de l'Armée des Trois Lacs, nom ridicule choisit par le mec sans goût à ma droite.

- J'ai beaucoup de goût, c'est toi qui n'as aucun sens de l'esthétique.

- Moi je porte pas des pulls rayés oranges.

- Les garçons, quand vous aurez fini d'vous disputer on pourra peut être avancer ? S'impatienta Gabrielle.

- Laisse tomber, je vais prendre le relais, soupira Aurore en voyant qu'ils n'étaient pas prêts de lâcher le morceau. On en était donc à notre première action. Avant toute chose, je veux que vous soyez conscients qu'une fois qu'on aura commencé à agir, on sera susceptibles, tous autant que nous sommes, d'essuyer des ripostes de la part de Galaxie. Autrement dit, on va se mettre en danger, et il n'y aura pas de marche arrière. Aline, je t'ai demandé de nous aider parce que tu es une sacrée graine de championne, mais je préférerait que tu restes avec Pierrick pour le moment.

- Et donc je vais rester ici et attendre que vous rentriez ?

- Ne te méprends pas, tu ne seras pas du tout inutile. Je veux que tu restes avec Pierrick et que tu t'endurcisses le plus possible. Je refuse de prendre la responsabilité de t'envoyer au devant du danger, en revanche nous aurons besoin de quelqu'un pour prendre la Ligue d'assaut. Puisque Barry et moi participons au challenge, j'avais prévu que ce soit l'un de nous deux qui se chargerait de ça, mais je pense que tu seras bien mieux que nous dans ce poste. Tu en es à combien ? Deux badges ?

- Trois. J'ai eu celui d'Unionpolis il y a deux semaines.

- Encore mieux !

Aurore regarda la mine mitigée de la jeune dresseuse et serra les lèvres. Elle hésita un instant, cherchant ses mots.

- Écoutes, je sais que ça a pas l'air vraiment excitant par rapport à ce qu'on va faire, mais j'ai pas envie de te mettre en danger. Et je te jure que tôt ou tard, ton rôle va devenir primordial, puisque le but est d'affronter Cynthia et de la détrôner. Si tu y arrives, tu pourras intégrer la Ligue et la contrôler de l'intérieur. Ce serait sans prix. Tu comprends ?

Aline secoua la tête, et ses yeux acier reprirent leur éclat dur habituel.

- Je comprend. J'avais pas vu les choses sous cet angle. Je vais agrandir mon équipe d'avantage et m'entraîner un maximum, vous serez pas déçus !

- Je préfère ça ! S'exclama Aurore. Pierrick, tu lui servira de superviseur ?

- Je veux bien te laisser emprunter la mine, Ally, mais je pense que tu te feras mieux la main en affrontant mon père. Dans le genre balaise, je dois avouer qu'il est difficile de faire mieux.

- Voila donc qui règle cette partie du groupe. Blue !

- Quoi ?

- On aurait besoin de tes hologrammes.

- Ah, heu, j'arrive !

Il laissa de côté sa dispute et traversa la salle. Il redescendit quelques secondes plus tard dans la cave, son sac à la main. Il le jeta sur la table et fouilla dedans pour en dénicher un pokématos gris et rafistolé, qu'il posa au centre du billard. Il appuya sur un bouton, et un clavier holographique apparut, ainsi qu'un porygon-Z qui agita la patte en guise de bonjour.

- De ce que nous en savons, dit-il en affichant la carte de la région à la place du pokémon programme, la Team Galaxie est établie à Voilaroc.

La ville s'illumina en rouge.

- Nous avons découvert un dépôt à Unionpolis, et nous savons que le Lac Courage est occupé par la Galaxie Corp.

Les deux autres lieux s'illuminèrent en rouge. Blue tapa une autre commande sur le clavier et des points jaunes apparurent sur la forêt de Vestigion, Vestigion, Floraville, Littorella et Célestia.

- Ça, c'est les endroits où elle a frappé. Pour le moment, on peut dire que le nord de la région a été épargné, mais on manque d'infos à ce sujet. Ils pourraient tout aussi bien être au Lac Savoir, mais rien n'indique leur présence là-bas, que ce soit l'agitation des pokémons légendaires ou les rapports de l'agent infiltré. On sait aussi de source sure que Rivamar n'est pas envahie, puisqu'Adrien, un membre du Conseil qui est de notre côté, fait en sorte de protéger la ville au maximum. Il en va de même pour Joliberges, puisque cette fois Lucio veille au grain.

- Et mon père veille sur l'aire de combat, s'exclama fièrement Barry.

- Ouais, enfin s'il est aussi fin que son fils, ça m'étonnerais pas que la Team ait installé son camp sans qu'il s'en rende compte, répliqua Blue en levant un sourcil, d'un ton volontairement acerbe.

Barry lui fit une grimace immonde et croisa les bras en s'éloignant de la table, le laissant continuer son discours.

- Verchamps est safe parce qu'il n'y a pas grand-chose d'intéressant, Idem pour Féli-Cité. Ils ont obtenu ce qu'ils voulaient de Célestia et ne risquent pas de remettre les pieds à Vestigion, et le champion de Charbourg protège bien sa ville, n'est-ce pas ?

- Pas la ville, seulement la mine, rectifia le champion en se frottant le nez, gêné. Mais je fais de mon mieux.

- Et ça va très bien. Ne reste donc que l'Ile de Fer, dont on manque d'infos.

Blue avait zoomé sur l'Ile, qui n'était qu'un simple caillou perdu au milieu de la mer.

- C'était une ancienne mine d'acier, elle a fermé il y a trois ou quatre ans, expliqua Pierrick. Maintenant, pas mal de dresseurs s'en servent pour s'entraîner parce qu'elle regorge de gravalanch et de steelix.

- Il faut aller checker la zone, j'imagine ? Demanda Gaby. Aurore, je propose que tu t'en charges.

Il y eut un instant de flottement.

- Hein ? Pourquoi ?

- Ce serait tout bénef pour toi. Si effectivement il y a quelques sbires là-bas, tu les vire. Et s'il y a personne, tu t'entraînes et tu fais évoluer Riker. Dans tous les cas tu reviens prête à casser des têtes et sans avoir fait sauter la couverture que te donne ton statut de « cible éliminée ». Et puisque je suis recherchée moi aussi, je veux bien t'accompagner.

- Ça me semble bien, comme plan, ça, commenta Barry. En plus pendant ce temps, Ally pourrait s'entraîner ici avec Charles et Pierrick, comme ça il y aurait toujours quelqu'un pour continuer de remettre le QG en état !

- Si personne n'a d'objection, la mission est attribuée, conclut Blue en appuyant sur quelques touches.

L'hologramme changea alors de forme pour devenir une carte en 3D d'Unionpolis, tournant doucement sur elle même. Au niveau de la zone industrielle, un entrepôt clignotait en rouge.

- Deuxième mission du jour, reprit Aurore, l'entrepôt fantôme. Voyez vous, officiellement, ce hangar est attribué non pas à la Galaxie Corp. mais à une certaine Juniper Rickshaw, qui n'est autre que la fondatrice de la Galaxie Corp. originelle, et que nous connaissons sous le nom de Jupiter.

- Ou la sal… siffla Vicky entre ses dents, se retenant pour ne pas jurer.

- Hem, bref, ce hangar appartient toujours à Galaxie, et il se pourrait qu'il serve d'entrepôt et de point de relais pour tout ce qui doit être livré à Verchamps sans passer par la route 213 qui est absolument impossible à passer en toute discrétion à cause des dresseurs et de l'hôtel. Unionpolis étant également placée assez stratégiquement par rapport au trois Lacs, on peut aisément supposer que s'il existe des machines pour attirer les les Gardiens hors de leur repère, c'est là qu'elles seront entreposées en attendant le moment de l'exécution du plan.

- Mais si on les vire, ils vont trouver un autre entrepôt, non ? Demanda Victor, perplexe.

- Qui a parlé de les virer ? On va simplement mettre le hangar sous surveillance, répliqua Blue. J'ai ici une caméra reliée par réseau Porygon à ce pokématos. Le but du jeu sera de s'infiltrer, de vérifier ce qu'ils y entreposent, le nombre approximatif de gardien et de poser cette caméra dans un coin du plafond. Et si vous vous chauffez, vous pouvez même vous faire passer pour des cambrioleur ou des casseurs et exploser tout ce qui vous tombe sous la main. Mais ça semble pas nécessaire pour le moment, et en plus ça les rendrait méfiants. Ce serait bête de leur faire renforcer la sécurité, pas vrai ?

- Évidemment, fit Vicky avec un hochement d'épaules nonchalant. Je suis volontaire.

- J'y vais aussi !

- Je te coupe là, pull orange, mais la discrétion ça a pas l'air d'être ton fort.

- De quoi tu te mêles, le roux ? Je suis un ninja !

- Désolé de te contredire, Barry, mais…

- Non, Louka, pas toi ? Tu vas quand même pas me trahir !

- Ce n'est pas une trahison, simplement du réalisme. Tu es aussi discret qu'un domphan dans un magasin de porcelaine.

- Uuuuuuh, très bien, je passe mon tour alors.

Il souffla et se renfrogna.

- J'irai avec Victor, dit Blue. Toi, Barry, tu pourrais continuer ton tour des badges en attendant. Il te manque celui de Frimapic, non ?

- Et celui de Rivamar, oui. Tu veux que je commence à monter là-haut ?

- Oui. En passant par le Mont Couronné, la route risque d'être extrêmement longue et difficile, mais ça vaut le coup d'avoir quelqu'un au lac Savoir.

- Pigé. Je me mettrai en route en début d'après-midi.

- Tu ne crois pas que tu vas un peu vite ? S'exclama Louka. C'est une sacrée expédition, tu pourrais en avoir pour des semaines à traverser la montagne. Il y a peut être des tunnels, mais ils sont encore labyrinthiques, et la route 217 est constamment sujette à des tempêtes de glace.

- Ça va, je sais ce que je fais ! J'irai à Vestigion et je me préparerai là-bas. Ça me semble être le meilleur endroit pour entamer l'escalade en plus.

- Si tu le dis, soupira Aurore. Fais attention quand même.

- Oui, oui.

Elle fronça les sourcils, imitée par Louka, mais ne dit rien. Elle se tourna vers ce dernier, changeant de sujet.

- Louka, Perrine, je vais vous demander de rester ici et d'être prêts à agir en tant que renforts. C'est ok ?

Ils hochèrent la tête, satisfaits de leur attribution. Louka n'était pas vraiment un combattant, et Perrine, même si elle se débrouillait bien dans ce domaine, préférait les rôles de soutien. Elle leva la main.

- Je peux proposer quelque chose ?

- Bien sûr, fit Aurore, étonnée. Quoi donc ?

- J'aimerai m'occuper du QG. En faire une sorte de…caserne, quoi. De l'aménager mieux que ça et d'installer une espèce de centre de soin. Je veux dire, si on se retrouve à être blessés, ce serait plus pratique de pouvoir soigner ici plutôt que d'aller à l'hôpital d'Unionpolis ou aux urgences de Vestigion. Et même pour soigner nos pokémons, je pense que la dame du centre va devenir suspicieuse si elle voit toujours les mêmes têtes.

- Très bonne idée, approuva Pierrick.

- On te laisse carte blanche, ajouta Blue. Par contre il faudrait qu'on fasse un pot commun pour les travaux.

Et deux minutes plus tard, chacun posait une bonne partie de ses économies sur la table. Aurore ajouta des perles qu'elle avait ramassé près de Verchamps, Aline chercha un peu avant de trouver deux grelots coques et une petite orbe mauve qu'elle ajouta au pactole qui commençait à se former au centre du billard. Gabrielle, désolée de ne pas avoir énormément d'économies, ajouta les grigris en crocs de dragon qu'elle portait autour du cou, et une impressionnante écaille bleue aux reflets irisés. Victor étonna tout le monde en posant trois morceaux d'étoiles sur la pile, que Perrine emballa avec un mouchoir de soie pour éviter qu'ils s'abîment. Elle-même déposa deux boites d'encens et un énorme champignon, assurant qu'elle en avait largement assez pour sa pharmacie personnelle. Pierrick ne surprit personne en posant des pierres plus ou moins précieuses avec quelques bouts de charbon assez impressionnants, et Louka chercha longtemps au fond de son sac avant de retrouver une bourse en tissus remplie de tessons de toutes les couleurs, d'écaillecoeurs et de quelques capsules d'argent qu'il avait trouvé dans le Souterrain. Blue n'avait comme objet de réelle valeur qu'un os rare, mais n'hésita pas a ajouter quelques objets de combat pour compléter. Barry, enfin, mit quelques temps à retrouver la pépite qu'il avait trouvé dans le chenal près de Litorella et la fit rouler jusqu'à la base de la pile avec un air confiant.

- Je pense qu'on aura largement assez, commenta-t-il.

Ils désignèrent la jeune assistante infirmière pour compter l'argent, pendant que Blue évaluait la valeur de chaque objet sur son pokématos. Louka avait sorti un carnet et notait tout scrupuleusement, tout en calculant ce qu'il faudrait pour acheter des meubles.

Une fois que tout fut compté et rangé correctement, il posa son stylo et se racla la gorge.

- Avec ce qu'on a ici, on a environ 90 000 pokédollars.

- C'est énorme ! S'exclama Aline. On va pouvoir faire tout plein de trucs !

- Pas vraiment, soupira Blue.

Louka hocha la tête, le nez dans son carnet.

- Ouais, si on veut le strict nécessaire, comme des lits, des placards ou un frigo, on va presque tout utiliser. J'imagine qu'il va falloir aller chercher dans les brocantes et les vides greniers si on veut faire des économies, mais globalement ça devrait passer. Avec un peu de chance, on aura même de quoi acheter de la peinture !

- Vous comptez tout refaire du sol au plafond ou quoi ? S'étonna Gabrielle.

- Ce serait l'idéal ! Si on reste ici un bout de temps, autant que ça ressemble à quelque chose !

- Tiens, c'est vrai ça, combien de temps ça va durer cette histoire ?

- Aucune idée, répondit Aurore avec un soupir. Mais rien qu'inspecter l'Ile de Fer pourra nous prendre deux jours comme deux mois, ça fluctue. Et ça dépendra aussi de quand et comment Galaxie se décidera à agir. Alors comme dit Perry, autant que le QG soit cool.

Ils discutèrent encore un moment des fournitures indispensables, Louka établissant la liste sur son carnet. Un fois cela fait, ils trouvèrent une boite pour tout ranger et sortirent de la cave, la verrouillant au passage. Barry fit rapidement son sac et ne tarda pas à se mettre en route, Louka l'accompagnant jusqu'au chenal. Gabrielle et Aurore firent de même, demandant régulièrement à Pierrick quel genre d'affaires prendre avec elles. Le champion, plutôt que de leur répondre, choisit de quitter la maison en courant sous leur regard confus, pour revenir moins de dix minutes après avec un sac sur les épaules. Il le jeta sur le parquet, et il atterrit avec un bruit mat doublé d'un tintement métallique.

- Mon équipement de spéléo, expliqua-t-il. Le problème, c'est que je n'ai qu'un seul harnais.

- C'est pas grave, on s'organisera, dit Aurore en attrapant un casque avant de se tourner vers la dracologue. Tu sais comment ça s'utilise ?

- Oui. J'ai fait de l'escalade quand j'étais plus petite.

- Tant mieux, c'est toi qui le prendra. Je trouverai bien un passage avec des escaliers.

- Ce devrait pas être compliqué, la mine est encore pas mal visitée, fais juste attention dans ce cas là.

Gaby mit donc le harnais au fond de son sac avec les mousquetons, les pioches et les cordes pendant qu'Aurore se contentait du casque de chantier doté d'une lampe frontale. Elles rajoutèrent plus d'une quinzaine de repousses et deux ou trois cordes sortie à leur équipement, qui s'alourdit considérablement.

En milieu d'après-midi, elles étaient sur le quai, prêtes à partir.

L'homme qui faisait la navette était un vieux marin aux traits durs, au ventre prohéminent et aux cheveux grisonnants. Il avait l'air affable malgré son sourire tordu à cause de la boursouflure sur sa lèvre inférieure due à des années de cigare. Son bateau était vieux, et par endroits la peinture bleue marine de la coque avait craqué, laissant apparaître une couleur rouge fanée. Le ponton était en bois brut, patiné par le sel.

- B'jour les demoiselles ! Allez-y montez ! J'espère que vous avez pas le mal de mer, les vagues sont fortes aujourd'hui.

Il leur tendit la main pour les aider à monter, avant de replier le ponton.

- Quand vous voudrez revenir, oubliez pas que le bateau est à l'Ile tous les jours à 17 heures, sauf le dimanche. Ne ratez pas le créneau !

Tout en disant cela, il leva l'ancre et alla droit dans la cabine. Il mit le moteur en branle en attendant que le pont à bascule se lève, puis quitta le port doucement.


Pendant la soirée, Blue chercha tous les plans d'Unionpolis qui se trouvaient dans sa base de données. Il mit au point plusieurs angles d'attaque, réfléchit au meilleur moyen de rentrer dans un entrepôt sans se faire repérer. Ce n'est que lorsque Victor lui fit remarquer qu'il ferait bien de se calmer un peu qu'il remarqua qu'en effet, il était un peu stressé. Il aurait toutefois préféré se faire couper les doigts plutôt que de l'avouer.

Blue Chen était cool en toutes circonstances.

- N'empêche, si on se foire sur ce coup là, ce sera parce que TU manques de préparation.

- Bien sûr, bien sûr, fit le dresseur évasivement. Comment tu fais fonctionner ce truc ?

Il avait une poêle à la main et regardait d'un air contrit la plaque de cuisson en tournant les boutons au hasard.

- J'ai pas de plaque à gaz chez moi.

- Est-ce que la bonbonne est ouverte au moins ? Demanda Perrine depuis l'autre bout de la pièce.

- Heu… je sais pas.

Blue soupira et lâcha ses documents pour aller vérifier. Deux secondes et une allumette plus tard, le jeune homme blond avait mit assez d'œufs à frire pour nourrir un régiment.

- Sinon, quand est-ce qu'on s'occupe de ça ?

- De ?

- Le hangar. Quand et comment ?

- Je pensais qu'il nous faudrait au moins deux ou trois jours d'observation pour décider du meilleur moment pour agir et de la méthode appropriée. Il faudrait qu'on soit totalement invisibles.

- On rentre, on checke, on sort, quoi.

- En oubliant pas de poser la caméra, oui. Je pense même qu'on pourrait tout filmer plutôt, ça nous ferait gagner encore plus de temps.

- On pourrait même carrément envoyer mon cornèbre pour faire le job, non ?

- Il sait placer des caméras, ton cornèbre ?

- Je suis certain qu'on peut lui apprendre.

Blue cligna des yeux, déconcerté par le sérieux total de Victor. Était-il sincère ? Était-il en train de plaisanter ? Nul ne savait et ne saurait jamais.

- Et la légende raconte que seul un élu serait capable de déchiffrer ce qu'il se passe dans cette t-

- Qu'est-ce que tu racontes ?

- Rien, rien. T'es en train de faire cramer les œufs !

- Ah, mince !

Il attrapa une assiette maladroitement et réussit à sauver le dîner juste à temps.

- N'empêche, je suis sûr qu'on pourrait trouver une feinte, lança Vicky en revenant à la charge. Du genre un métamorph. Ou un truc du genre. On a du sel ?

- Non je crois pas. Mais ça prendrait trop de temps d'attraper un métamorph et de le dresser à faire ce genre de truc. Par contre, implanter un programme de camouflage à un porygon devrait être plus simple.

- T'es vraiment un geek.

- Non, juste plus intelligent que le commun des mortels.

Victor garda une expression totalement neutre, ce qui eut le dont d'agacer le rouquin. Il détestait les gens trop stoïques, qui non seulement lui enlevaient le plaisir de jouter verbalement mais en plus lui rappelaient un certain rival dont il n'avait pas vraiment envie d'entendre parler. Il se servit sa part et retourna manger en silence, se mettant volontairement à l'écart des échanges.

- Alors, le geek, on part demain ?

- Je te jure que si tu m'appelles encore comme ça, je te lève à quatre heures.

Oh miracle, un sourire narquois vint fendre ce visage inexpressif.

- Tu te ferais du mal aussi.

- Ça vaudrait quand même le coup.

Le blond se permit même un petit ricanement.

- Du coup, huit heures ?

- Huit heures.

- Parfait.

- Je suis parfait.

Blue étendit son sourire en se jetant en arrière sur sa chaise, l'air goguenard. Vicky leva les yeux au ciel. Lui aussi avait un peu de mal avec le caractère du petit-fils Chen. Par ailleurs, si ça n'avait tenu qu'a lui, il aurait accompli la mission du lendemain tout seul mais – et ça le frustrait de l'admettre – il n'arriverait probablement à rien sans l'expertise du rouquin, qui était de plus irremplaçable. De la même manière que Perrine était irremplaçable en tant que soigneuse, le garçon avait des compétences particulières en ce qui concernait la récolte d'informations qui étaient, à ce stade, vitales.

Vicky ne resta pas plus après avoir fini et alla poser son assiette, se dirigeant vers le premier étage. Ce dernier comportait trois chambre et une salle de bain il y avait une quatrième chambre au rez-de-chaussée, avec un pièce plus grande qui avait du être un bureau. Il choisit une des pièces au hasard et décida de s'y installer, déroulant son matériel de camping. Ce ne serait pas la nuit la plus confortable qu'il passerait, mais peut lui importait. Tandis qu'il laissait à son charmina le soin de gonfler son matelas, il examinait le parquet usé, la fenêtre sans rideaux ni volets, les murs aux couleurs passées en se disant que malgré la décrépitude du lieu, c'était en quelque sorte chez lui. Avoir un endroit où rentrer n'était pas une sensation nouvelle, mais la redécouvrir lui procurait un sentiment étrange. C'était comme retrouver une vieille peluche dans un carton et se rendre compte en la prenant dans ses bras à quel point elle nous avait manqué, quand bien même son absence ne s'était pas faite ressentir.

Le lendemain, naturellement, ce fut le soleil levant qui réveilla le dresseur en irradiant la chambre par la fenêtre. Il pesta, évidemment, mais la vue de l'astre ascendant au-dessus de la mer dans un ciel encore fantomatique lui fit changer d'avis. Les nuages étaient clairs, l'eau calme, ce serait une bonne journée. L'ambiance de la matinée ajouta encore à sa bonne humeur, puisque Perrine avait prit sur elle de se lever un peu plus tôt pour pouvoir cuisiner un petit-déjeuner qui lui rappelait fortement ceux qu'il prenait les dimanches matins, avec toute sa famille. La dispute qu'il eut tout de suite après avec Blue concernant l'utilisation de la salle de bain lui rappela même celles qu'il avait eues avec son frère, avant que celui-ci ne parte étudier à Hoenn.

Une chance pour lui, le rouquin ne fut pas long, et il l'attendait déjà de pied ferme, son sac posé tout près de la porte, quand il descendit enfin. Ally et Pierrick, les cheveux pleins du papier peint qu'ils s'évertuaient à décoller, leur souhaitèrent bon courage depuis le fond de la pièce, Louka et Perrine avaient simplement disparu dans la bâtisse. Ça ne les empêcha pas de partir, bien au contraire. Si Blue et Victor avaient bien un point en commun, c'était qu'ils détestaient les adieux et tout autres types d'au revoir.

- Mec, j'ai une idée, s'exclama soudain le blond après qu'il aient traversé deux rues.

- Quoi ?

- On va voler ! Ça faisait un moment que j'avais envie de faire le test avec mes nostenfers !

- Tu veux dire que t'as encore jamais essayé ?

- Faut bien un début à tout ! En plus survoler le chenal ne sera pas trop dangereux. Moins que survoler une ville, en tout cas.

Blue haussa un sourcil, pas convaincu pour deux sous.

- Écoutes, c'est pas contre toi, mais les premiers vols sont les trucs les plus aléatoires du monde. Je crois que pour le moment on va se contenter de marcher, ou prendre le bus, peu importe. T'auras tout le temps de faire ça quand on reviendra.

- Wow, c'est aussi random que ça ? Ou t'exagérerait pas un peu parce que t'aime pas les chauve-souris ?

- Nan, j'exagère rien. J'ai juste un mauvais souvenir de mon premier vol avec Rufus.

- Qui ?

- Mon roucarnage. Rufus. Ah, et lui c'est Fauve, autant que tu le sache, fit-il en désignant l'évoli qui le suivait en sautillant.

Vicky hocha la tête avant de désigner à son tour le cornèbre perché sur son épaule.

- Tant qu'on y est, voici Corvus.

L'oiseau croassa.

- Sinon, tu voudrais pas me donner plus de détails sur ton premier vol si catastrophique ?

Blue regardant son nouveau compagnon de route du coin de l'œil. Son visage était toujours neutre, mais ses pupilles braillaient à présent avec une certaine malice mêlée de curiosité. Il paraissait soudainement beaucoup plus enfantin, et le petit-fils Chen se rendit soudainement compte que malgré l'impression qu'il avait depuis leur rencontre, c'était lui le plus âgé. Il réprima un sourire en coin et fronça les sourcils, essayant de se rappeler d'un maximum de détails.

- Je venais de gagner mon badge contre Auguste. Puisque j'étais encore à Cramois'île et que j'avais besoin de me rendre à Jadielle, je m'étais dit que je gagnerait du temps en apprenant correctement à voler à dos de roucarnage. Jusque là, je ne m'étais déplacé qu'à dos de léviator, ajouta-t-il, anticipant la question.

Blue leva les mains et les étendit devant lui, ouvrant les bras comme s'il lissait une nappe.

- Imagine un peu cette île avec toute la mer autour, le calme plat, une jolie journée d'été. Je me dis qu'en volant près de l'eau, il n'y a absolument aucun risque. Mais au moment où j'appelle Rufus, juste pour être sûr, j'envoie aussi mon léviator dans l'eau, qu'il me rattrape si jamais la chute est vraiment trop rude. Enfin bref, je me retrouve sur cette plage, sans aucune idée de comment m'y prendre. « Ça doit pas être sorcier », je me dis, « j'ai juste à grimper sur son dos et à lui demander de voler ».

- Mais il décolle pas, c'est ça ?

- Exactement ! T'as dû te renseigner mieux que moi.

Vicky eut une moue amusée et avec un petit geste désinvolte, répondit :

- Pas vraiment, ça me semble logique. Par rapport à leur structure osseuse, tout ça.

Blue parut étonné.

- Ornithologue ?

- J'aimerais bien, mais c'est mal barré pour le moment. Mon seul véritable oiseau, c'est Corvus, rit-il en grattant le pokémon ténèbre sous le bec. Enfin, continue !

- Heu, oui. Dooooonc… Il décolle pas. Je me dis que je dois m'accrocher mal, ou truc du genre, et je te passe ce moment, jusqu'à ce que je pige que Rufus est pas aussi fort qu'un dracaufeu et que du coup, il fallait qu'il m'attrape en volant si on voulait décoller un jour.

- Un dracaufeu ?

- Oui, un ami a moi en a un, je l'avais vu faire, c'est pour ça, répondit-il évasivement. Et après avoir passé une heure à faire différents essais de timing et à me manger du sable, on arrive enfin à s'envoler.

- Et là, c'est le drame.

- Pas encore, narrateur, pas encore !

Victor se permit un petit rire. Ils arrivaient à la sortie de la ville, sur le bande de terre entre la porte et le quai du bac. Il y avait une dizaine de personnes assises sur des bancs ou des barrières, attendant le petit bateau qui faisait traverser le chenal jusqu'à Féli-Cité. Il y en avait un toutes les heures.

Les deux garçons prirent place contre une barrière, et le rouquin reprit.

- On arrive donc à s'envoler. Le pied. Rufus plane tranquillement au dessus de l'eau, pas trop vite, pas trop haut ni trop bas, mon léviator nous suit à bonne distance, tout est nickel. Et là, un banc de démantas.

- Des quoi ?

- L'évolution des babimantas, y'en a pourtant dans cette région !

Vicky plissa les yeux, avant que son visage ne s'illumine d'un coup.

- Ah ! Les majestueux pancakes volants !

- Hein ?

- C'est comme ça qu'on les appelais avec mon frère, quand on était gamins. C'est resté.

- Oh. Ok.

- Tu disais, donc, à propos du banc ?

- Oui, donc là, horreur, un banc de pancakes ! Ils sautent super haut, du coup il y en a un qui a fini par toucher l'aile de Rufus. Normalement, il aurait même pas bronché, mais là, avec mon poids sur le dos, il a du perdre de l'équilibre ou je sais pas, mais en tout cas ça l'a fait paniquer sévère ! Il s'est mis à battre des ailes comme un fou, et il est monté, monté, monté. Au bout d'un moment j'ai essayé de tendre la main pour lui frotter la tête, ça le calme bien. Il a fait une embardée à ce moment là et j'ai glissé.

- Ouch ! Sérieux ?

- Ouais. Je te raconte pas la panique. Il a pas remarqué tout de suite que je tombais, alors il a dû faire un piqué pour me rattraper, sauf qu'il a juste réussi à m'arracher le t-shirt, et moi j'ai continué de tomber.

- Ton léviator t'a rattrapé alors ?

- Attends, c'est le meilleur moment de l'histoire !

Blue sourit et se pencha un peu plus vers son interlocuteur, faisant monter le suspense.

- A ce moment, là, je me dit que je suis foutu, j'ai ma vie qui défile devant mes yeux, et crois moi ou non, mais mon dernier regret aurait été de ne pas avoir avoué à ma sœur que c'est moi qui avait cassé ses talons hauts.

- Quoi ?

- Crois le ou non, c'est le truc qui m'est revenu en particulier.

- Je veux dire, comment tu t'es retrouvé à casser les talons de ta sœur ?

- J'avais huit ans, je la trouvais trop cool, j'ai voulu essayer, qui n'a pas fait ça ? Et baisse ta main !

Vicky abaissa la main qu'il commençait à lever silencieusement, sans détourner le regard une seule fois. L'autre se racla la gorge.

- Donc, je tombe, et là je vois d'un coup la tête de mon léviator qui va pour m'attraper. Je me dis « douée comme il est, il va me bouffer » mais là, au moment où il va m'attraper, un démanta lui rentre dans la figure. Forcement, il le fait reculer, et du coup c'est moi qu'il envoie voltiger plus loin. Ça a coupé ma chute, mais je me suis quand même retrouvé à plonger assez violemment, et en plein dans le chemin migratoire des démantas.

Victor grimaça.

- Et tu t'en es sorti comment ?

- Mal. Regarde.

Blue ouvrit son manteau et souleva son pull, désignant une cicatrice qui s'étendait sur tout son flanc gauche.

- Elle va jusqu'à mon dos, autant te dire que j'ai bien paniqué. Mais au final c'était juste en surface. Plus de peur que de mal.

- Mais il y avait des cailloux ? Demanda Vicky, de plus en plus confus.

- Tu sais comment migrent les pokémons eau ?

- Heu… en suivant les courants sous-marins ?

- Exact. Donc, si je suis tombé en plein dans le courant migratoire…

- Tu a été emporté par le courant.

Le petit-fils Chen hocha la tête. Voyant le bac arriver, il fit signe à son compagnon de route de le suivre. Celui-ci sauta de son perchoir avant d'arriver à sa hauteur en deux pas. Blue remarqua qu'il le dépassait d'une demie tête.

- Ouaip. Et ça va vraiment super vite. J'ai pas eu le temps de comprendre ce qu'il m'arrivait que j'avais déjà été emporté vers les Iles Ecume. J'ai été projeté contre des rochers, j'imagine que ça m'a fait dévier, parce que je me suis retrouvé happé par un autre courant, d'eau gelée en plus. J'ai cru que j'allais me noyer. J'ai essayé de lutter, mais finalement le courant est remonté en tourbillon à l'intérieur même d'une des îles. J'ai cru que c'était fini, mais non ! Une cascade ! Bon, pas bien haute, je me suis prit un plat, j'ai bu la tasse, et finalement je me suis tiré hors de l'eau. J'étais gelé, complètement en sang, en plein milieu d'une caverne recouverte de glace sans aucune idée de comment me sortir de là, et là…

Vicky était complètement suspendu à ses lèvres. Il se pencha en avant, les yeux écarquillés, l'air attentivement béat des enfants qui découvrent le Seigneur des Anneaux. Blue fronça les sourcils, forma des mots avec sa bouche sans les prononcer, agitant ses mains. Il avait du mal à rassembler ses idées tant ce qu'il avait vu l'avait impressionné.

- Il était là. Un oiseau immense. Mais genre vraiment immense. Entièrement bleu et brillant, comme si ses plumes avaient été faites en glace ou en cristal. On aurait dit qu'il dégageait du froid. J'ai essayé de partir, mais non seulement j'étais bloqué, mais en plus il m' a fixé, et à partir de ce moment j'ai plus réussi à bouger. Mes jambes répondaient plus. La trouille de ma vie. Il s'est approché, j'ai cru qu'il allait me geler sur place. Finalement, il s'est juste contenté de me souffler de la glace sur ma plaie. Et je t'assure que c'était vraiment lui qui dégageait du froid, j'ai senti les degrés descendre à chaque fois qu'il avançait d'un centimètre !

- Et ensuite ?

- Ensuite… je sais pas, vraiment. Il a cautérisé ma blessure avec de la glace, puis il a battu des ailes. Un tourbillon de neige, et j'exagère à peine. J'y voyais plus rien. Et quand finalement tout est tombé, il avait totalement disparu. Je te jure que j'aurais cru à une hallucination si en arrivant au centre l'infirmière m'avait pas demandé si mon léviator avait pas gelé ma plaie.

- Tu sais ce que c'est comme oiseau ? Et comment t'as réussi à sortir de là ?

- Pour la seconde question, il se trouve que les léviator, comme la plupart de poissons carnivores, sentent très bien les odeurs de sang. Il a suivi ma piste et a réussi à me retrouver dans la caverne pour m'emmener dehors. Et pour la première question, ben…je sais pas trop. Quand j'en ai parlé à mon grand-père, il m' a dit que ça ressemblait beaucoup à la description qu'on faisait d'artikodin, mais j'étais vraiment dubitatif.

- Ça a changé ?

- Disons que maintenant, avec tout ce qu'il se passe par rapport aux lacs, j'ai moins de mal à y croire. Mais j'en ai encore les mains qui tremblent.

Il serra la main, empêchant ses doigts de s'agiter, et se pencha un peu plus sur la rambarde.

- Et voilà, maintenant tu es au courant de ce qu'il s'est réellement passé passé lors de ma première expérience de vol.

- Réellement ? Parce qu'il y a une version non-officielle ?

- Oui, celle où je tombe au milieu d'un banc migratoire de sharpedos et que mon léviator me sauve juste à temps ? En général je la raconte aux sceptiques, c'est plus réaliste. Voire pas du tout. En fait je l'ai raconté qu'une fois, à une fille qui voulait savoir ce qui m'était arrivé.

- Sacrée aventure, en tout cas.

- Oh, c'était probablement la partie la plus intéressante de mon voyage, répliqua l'ancien Maître avec un petit rire.

- Venant d'un gars dont le voyage a consisté à chasser la Team Rocket tout en battant la Ligue, ça a du être carrément génial !

- Après coup, oui. Pas pendant, crois moi.

Blue eut un autre rire, puis reporta ses yeux ambrés sur la surface de l'eau.

- Tu sais, je crois que mon voyage a été un peu embelli. C'est Red qui s'est chargé du plus gros du travail, avec Peter et le Conseil. J'ai filé un coup de main à Safrania, j'ai été au bon endroit au bon moment à Lavanville, mais sans plus. À chaque fois ça s'est mal fini en plus.

Il rit encore, mais cette fois plus tristement malgré son visage qui restait joyeux.

- Enfin, je vois même pas pourquoi je te raconte ça. J'veux dire, on se connaît à peine !

- Je fait souvent cet effet là. Je veux dire, j'écoute plus que je parle, et avec mon visage inexpressif les gens ont l'impression que je les juge pas. Enfin, c'est ce que disaient mes camarades de classe. Je servais d'épaule amicale à tout le monde.

- Ouais, je vois. Moi c'était plutôt l'inverse.

- On t'aimait pas trop ?

- J'étais vraiment un sale gosse prétentieux.

Avant que Victor n'ait pu répondre quoi que ce soit, il avait détourné le sujet de conversation sur le nombre potentiel de personnes qu'on pouvait nourrir avec un artikodin, et ils débattirent jusqu'à ce que le bateau ne s'arrête sur le ponton de bois qui menait à la porte de Féli-Cité.

Ils descendirent en tanguant un peu et titubèrent jusqu'à la route de goudron. Victor guida aussitôt son compagnon de route vers la gare routière et ils sautèrent dans le premier bus en direction de Vestigion. Il y en avait pour trois heures, mais c'était toujours plus rapide que de passer par Charbourg. En effet, la ville située au creux du mont ne bénéficiait d'aucune route pour la relier à Unionpolis – bien que des travaux aient été entamés pour creuser un tunnel à travers la montagne.

Pendant ce temps là, sur l'Ile de Fer, les deux jeunes femmes hésitaient sur le chemin à suivre. Il n'y avait aucun problème à trouver l'entrée de la mine – il fallait dire que c'était vraiment un caillou au milieu de l'océan, il n'y avait même pas le moindre brin d'herbe – elles étaient maintenant face à deux voies.

- Je vois pas pourquoi on essaierai de prendre cette voie-ci, elle a l'air à moitié écroulée.

Gabrielle, à genoux dans le sol glaiseux, examinait soigneusement l'entrée de la mine. Il y avait eu un escalier, probablement, mais il s'était effondré, rendant le passage impraticable à pieds. En tendant sa lampe torche, la dracologue arrivait à voir que le tunnel était toutefois parfaitement viable, à environ trois mètres de profondeur. Le problème n'était pas tant de descendre, c'était surtout de remonter.

- Pourtant regarde, il y a des traces de passage, là. Et quelqu'un a installé des mousquetons, ça vaut le coup d'aller vérifier.

La blonde fronça les sourcils en avançant à pas de loup pour éviter de glisser.

- Tu as l'équipement de spéléo, tu pourrais y aller. On pourrait se séparer.

- T'es sûre que c'est une bonne idée ? On capte rien là-dedans. Et on peut même pas se donner rendez-vous, on a aucune idée du temps que ça peut prendre d'aller au fond.

Gabrielle avait l'air embêté. Elle se releva, faisant reculer son libégon, penché par-dessus son épaule.

- Il faudrait trouver un moyen de communiquer. À la montagne on s'envoyait des infos en morse ou en sifflant, mais je suis pas sûre que ça marche ici.

- Sinon il suffit de laisser un signe visible pour dire si on est sorties un pas.

- Genre laisser un ruban sur caillou pour dire qu'on est plus dans la mine ?

- Un truc comme ça, oui. La première sortie attends l'autre dehors, au refuge.

Gaby haussa les épaules.

- Ça me va. J'accrocherai sûrement un truc sur ce caillou-là.

La question du danger de la solitude ne fut même pas abordée. Elles savaient l'une comme l'autre qu'elle pouvaient se débrouiller seules. La dresseuse adressa un salut d'aviateur à son équipière tandis que cette dernière arrangeait son harnais autour de ses hanches, et s'engagea dans son tunnel par un escalier qui avait été managé dans la paroi.

Une fois en bas, Aurore posa le casque sur sa tête et alluma la lampe frontale, faisant fuir quelques nosféraptis. Elle appela également Riker, qui n'aurait plus aucun problème à se déplacer maintenant que le sol était plat. L'oiseau polaire s'ébroua et fixa le couloir quelques secondes pour habituer ses yeux à la faible luminosité. Les parois étaient dotées de faibles lampes vertes posées tous les deux mètres, qui baignaient le lieu d'une lumière fantomatique.

Bénissant Pierrick de lui avoir prêté une lampe aussi puissante et intimant à Riker de rester près d'elle, la jeune femme se mit à avancer.

Riker marchait un pas en avant, le regard sérieux, les ailes tendues et prêtes à frapper. S'il n'avait toujours pas évolué, il avait en revanche gagné en taille et en volume de manière impressionnante, et ses ailes, à force d'être sollicitées en permanences, avaient fini par s'allonger un peu et se doter de plumes aussi dures que de l'acier. Quand il passait près des diodes, la lumière brillait sur leur tranchant comme sur le tranchant d'un couteau.

- Attention, à droite !

Un éclate-roc suffit à mettre au tapis le steelix qui venait de surgir. Le prinplouf n'y prêta pas plus attention et continua sa route, en assommant un autre deux mètres plus loin.

- Ils sont bien énervés. Il y a un truc de bizarre ici.

- Tu trouves ?

L'oiseau se retourna pour laisser le temps à sa dresseuse, qui le suivait les mains dans les poches, d'arriver à sa hauteur. Il hocha la tête.

- Ça ne concerne que les type acier, visiblement, ajouta-t-il en désignant du bec un groupe de nosféraltos qui somnolaient au plafond.

- Maintenant que tu le dis, c'est vrai que j'ai vraiment beaucoup de mal à étendre mon récepteur. Il y a un truc qui à l'air de brouiller les ondes.

- Pourquoi les nosféraptis réagissent pas alors ? Ils sont très sensibles au sons.

La jeune femme haussa les épaules.

- J'imagine que ce ne sont pas des ondes sonores, mais quelque chose de plus particulier, qui peut se répandre sans problème même sous terre et qui n'attise que les pokémons de type acier. Mysdibule dans ton dos.

Avec une aisance non feinte, le starter projeta la petite fée de métal qui lui sautait dessus au plafond, avant de la rattraper à la chute avec un coup d'aile qui la projeta droit dans le mur le plus proche. Le petit pokémon se releva, secoua sa tête au visage charmant, une lueur mauvaise dans ses yeux grenadine. Elle hissa, puis s'enfuit sans demander son reste. Il fit alors signe à sa dresseuse de se remettre en route, ce qu'ils firent.

Au bout d'un certain temps, le couloir déboucha sur un endroit un peu plus large, un enchevêtrement complexe de chemins creusées dans le sol et dans les parois, créant un labyrinthe de routes possible. Le tout s'organisait autour d'un creux assez large, dont on voyait à peine l'autre côté dans la faible lumière des diodes vertes.

Aurore regarda un peu partout, hésitant sur où aller. Il n'y avait que deux choix de sortie, en soi, mais les chemins qui grimpaient le long des parois en formant des tours et des détours au centre de la salle avaient de quoi perdre même le plus aguerri des cartographes. Alors qu'elle tournait sa tête de tous côtés pour essayer de deviner par où partir, Riker se mit à grogner. Elle se retourna aussitôt, plissant les yeux pour voir ce qui inquiétait son starter. Ce dernier était totalement immobile, dans une position neutre mais les muscles tendus et le regard décidé. La jeune femme devina alors une silhouette.

- Qui est-ce que que vous êtes ? Lança-t-elle, un peu agressive.

- Je ne vous veux pas de mal, assura une voix d'homme. Mais votre prinplouf me semble un peu sur la défensive. Va-t-il m'attaquer si je m'approche ?

Aurore échangea un coup d'œil rapide avec son équipier, qui se détendit aussitôt.

- Non. Tout va bien. Approchez donc.

La silhouette se mit à avancer doucement, d'un pas traînant, jusqu'à devenir un homme plutôt grand, avec des cheveux de jais et des vêtements déchirés. Il claudiquait bel et bien, quand bien même il faisait un maximum d'effort pour maintenir sa posture la plus droite possible. Il se tenait un bras et la partie gauche de son visage – la droite étant cachée par des mèches folles – était décorée d'un bel hématome sur la pommette.

- Ç- ça va ? S'écria alors la jeune femme, abandonnant ses dernières défenses pour franchir les trois mètres la séparant de l'homme.

Elle se glissa sous une de ses épaules et l'aida à sa mouvoir jusqu'à un rocher un peu gros, sur lequel il s'assit. Elle réitéra sa question.

- Hé bien, comme vous le voyez, j'ai rencontré quelques problèmes, soupira l'homme. Il se passe quelque chose d'étrange ici, vous feriez mieux de revenir dans quelques temps.

- Non, pas question. Je suis là pour enquêter sur…ça, fit Aurore, ne savant pas très bien de quoi elle parlait.

L'homme le devina aussitôt, et esquissa un sourire.

- Vous n'êtes jamais venue ici, vous n'avez pas la moindre idée de ce qu'il se passe, mais vous voulez quand même résoudre le problème. Je ne sais pas si c'est du courage, de la curiosité ou de la bêtise, mais je dois admettre que votre aide serait la bienvenue.

- Vous voulez qu'on vous aide à sortir ?

- Non, non pas vraiment. En fait c'est… plus compliqué que ça, hésita l'homme.

Il soupira et repoussa les cheveux qui lui tombaient dans les yeux derrière son oreille, réajustant son chapeau.

- Je vais résumer ça depuis le début, si vous voulez bien prendre la peine de m'écouter. Je m'appelle Armand, au fait.

- Aurore.

Il hocha la tête, souriant. Son visage avait quelque chose de chaleureux malgré la noblesse grave que portaient ses traits.

- Je vis sur cette île depuis quelques années maintenant, aussi quand la mine a été abandonnée, je me suis porté garant de sa sécurité. Je ne sais pas vraiment ce qu'il se passe, mais depuis quelques temps les pokémons de type acier semblaient nerveux. Ça s'est accentué ce matin. Il y a eu une sorte de changement dans l'atmosphère, et les pokémons sont passés de nerveux à agressifs. Puis que cela semblait venir du fond de la mine, j'ai voulu m'y rendre pour savoir ce qu'il se passait, oubliant que mon équipier était lui aussi de type acier. Quoi qu'il se passe en bas, cela à fini par lui faire perdre le contrôle de lui même et m'attaquer. J'ai réussi à m'enfuir, par miracle. Maintenant je tombe sur vous, et j'implore votre aide, vaillante demoiselle.

- Vous l'avez, j'imagine. Mais vous feriez mieux de vous soigner d'abord, vraiment.

Voyant que l'homme allait pour protester, Aurore appela Beth. Le leuphorie s'étira et son œil affûté reconnut immédiatement la tache à accomplir.

- Laissez-la au moins jeter un œil, fit la jeune femme d'un ton sévère.

L'homme sourit, vaincu, et hocha la tête. Le pokémon forma une petite sphère lumineuse entre ses pâtes, qu'elle modela pour appliquer comme un baume sur les plaies et les hématomes de l'homme. Elle s'occupa ensuite de sa jambe, dont la cheville semblait foulée. En claquement de doigt, la blessure désenfla et devint moins douloureuse, même si Armand ne pourrait pas marcher bien vite. Pour l'aider, toutefois, Beth prit quelques unes des plus solides plumes de Riker et immobilisa l'articulation dans une atèle de fortune.

- Ça devrait aller, marmonna l'homme. Je vous remercie du fond du cœur.

Aurore hocha la tête. Elle tendit la main pour aider l'autre à se relever.

- Allons-y. Guidez-moi.

Lentement, ils se mirent en route, suivant les lumières s'enfonçant dans les ténèbres de la mine.