Cette fois encore, le froid m'assaillit et un hurlement animal retentit. Je me redressai immédiatement, les yeux grand ouverts, scannant les alentours, prête à détaller à tout moment. À ce moment, des silhouettes firent leur apparition dans la brume épaisse. Des ombre grises, maigres aux yeux jaunes vif m'encerclaient.

Je me relevai lentement, n'étant pas armée et avec une meute entière tout autour de moi, il ne me restait plus qu'à croiser les doigts pour ne pas me faire bouffer.

Soudain, je crus voir quelque chose de rouge derrière moi et, au moment où je tournai là tête, des aboiements se firent entendre. Je me retournai alors et, au moment où les mâchoires béantes d'un loup aussi noir que la nuit allaient se refermer sur mon bras, un éclair blanc et pourpre tomba littéralement du ciel, tranchant au passage l'animal qui explosa en un nuage de suie.

Au bout d'un moment, je rouvris les yeux et, plantée dans l'épaisse couche de neige juste devant moi, le dao que l'on m'avait laissé se dressait comme pour m'inviter à l'utiliser.

Tout à coup, un loup énorme sortit de la brume, dents apparentes, bave sanglante coulant sur le sol, ce géant aux yeux noirs semblait être l'alpha de la meute.

Plus ils me tournaient autour, plus le vent se levait et, quand une bourrasque balaya la clairière, tous s'élancèrent à travers la brume. Prise par surprise, je mis mes bras devant moi par réflexe mais tous se changèrent en suie. Toutefois, le souffle de ces multiples 'explosions' me cloua au sol et, alors que je tentai de me relever, je me rendis compte que le poids de toute cette suie me plaquai au sol.

Voyant cela, je me débattis de toutes mes forces, essayant même de faire glisser mes mains hors de leurs prison ; rien à faire, j'étais bel et bien coincée.

Soudain, je sentis quelque un souffle tiède tout près de mon oreille droite et, raidie par la peur, je tournai mes yeux vers la source de cette chaleur. À ce moment, je vis le loup blanc de tout à l'heur... mais quelque chose me paraissait étrange, voire malsain... c'est alors que sa gueule s'ouvrit ; béante d'abord puis, dans un craquement sinistre, elle se déboîta pour laisser passer ce que me sembla être une main humaine presque entièrement recouverte de bave, sang et autres fluides corporels.

Elle s'approchait, de plus en plus... elle s'approchait de plus en plus de moi et, tournant la tête pour éviter qu'elle ne me touche, je fermai mes yeux dans l'espoir de me réveiller le plus tôt possible. Mais jamais la vision du plafond de bois sec n'arrivait et, laissant échapper un sanglot que je ne pouvais plus contenir.

Encore une fois, je me mis à me débattre, mais encore une fois, mes efforts furent vains. Je me sentais si pitoyable ! Je m'étais promis de retrouver Kotarō et de la protéger, je m'étais jurée de repayer ma dette envers cette famille, de réparer mes erreurs, de leur prouver que je n'étais pas un simple parasite... mais comment pourrais-je leur prouver ou protéger qui que ce soit, quand moi-même, je suis incapable de me défendre ou de me prouver ma propre valeur !?

À cet instant, je sentis quelque chose enlever quelques mèches de cheveux qui étaient collées sur moi visage puis les glisser derrière mon oreille. Je sentis alors, au niveau de la paume de cette main, quelque chose bouger étrangement...

- « Relèves-toi, Mǔ láng... » murmura une voix tout près de mon oreille.

À ce moment, je sentis quelque chose trancher ma chair et, ouvrant les yeux que je ne souvenais pas avoir fermé, je me retrouvée sur une surface dure, rugueuse et entourée de rouge.

Je me relevai lentement et, sentant le froid autour de moi, je me frictionnai les bras de mes mains, mais m'arrêtai bien vite en remarqua que l'une d'elle glissait sur quelque chose.

Regardant mon bras gauche, je vis des taches noires étalées sur mes bras et, regardant ma paume, je aperçue qu'elle saignait. Je poussai donc la cape et vis tout près de moi que le dào était légèrement sorti de son fourreau. Je l'attrapai et le rengainai, j'avais dû le faire tomber en me retournant...

Je le gardai un moment entre les mains, les yeux dans le vide et l'esprit en cavale... comment avais-je pus faire tant d'horreurs en si peu de jours ? Pourquoi était-ce si simple de tuer sans voir ? Pourquoi était-ce si consolant de se dire qu'on est pas coupable... de se dire que ce qu'on a fait était par 'accident', par insouciance, par dépit...

Pourquoi ne pas juste regarder les choses en face et admettre qu'on le fait parce que c'est facile ?
On dit toujours que le chemin de la facilité est des plus tentant... qu'il sait se faire désirer... pourtant... qui dès sa naissance désir tuer ? Si la facilité est un choix 'par défaut'... chacun devrait posséder cette envie, non ?

Ce que je disais n'avait aucune raison d'être mis en avant... je ne savais même pas pourquoi toutes ces pensées et questions me revenaient... à vrai dire, je ne me souvenais même pas m'être endormie avec cette épée... l'avais-je agrippée pendant mon sommeil ?

Soudain, j'entendis le vent s'engouffrer entre les planches et, dans son sillage, il emmena la chaleur résiduelle du feu qui se mourrait, pour la remplacer par sa froidure mordante.

Mais je ne remontai pas la cape, j'étais trop occupée à observer cette arme... à me demander encore une fois pourquoi. Juste 'pourquoi'...

La vie me semblait si froide... si éphémère et vulnérable... avec rien pour nous protéger de l'inévitable...

'Je raconte que des conneries' me dis-je en m'allongeant sur le bois et, alors que j'allais me couvrir de la cape, j'entendis des toussotements étouffés ; ça venait de la paroi... de derrière la paroi !

À cet instant, je me souvins que Bai-Bao n'était pas revenue du poulailler. Réalisant la gravité de la situation, je me levai d'un bond, pris la cape, l'épée et sortis le plus vite, mais également le plus silencieusement possible puis refermai derrière moi.

Le vent était à décorner des bœufs et, resserrant la cape contre moi pendant que je longeai la maison, je me mis à marcher de plus en plus vite dans la neige épaisse. 'j'espère juste ne pas tomber sur un loup maintenant !' pensai-je en arrivant à l'angle, juste avant le poulailler. Une fois devant la porte, je l'essayai ; toujours fermée.

- « Merde ! Je peux quand même pas la laisser là dedans... y'a trop de vent ; elle va chopper la mort ! » grognai-je en cherchant un autre moyen de rentrer. Au moment où mon regard passa sur toutes les planches, un hurlement bestial retentit et mes yeux s'arrêtèrent sur une zone non-couverte ; je m'y précipitai.

Ce n'était pas grand, mais je parvins à me hisser suffisamment haut et à me faufiler dedans. J'étais un peu trop haute par rapport au sol, mais je parvins tout de même à me laisser glisser le long du mur. Je ne voulais pas effrayer les poules ; les loups et autres les stressaient déjà assez comme ça, pas besoin d'en rajouter.

Je passai donc parmi elle d'un pas de velours et m'arrêtai devant une petite forme frissonnante. La pauvre c'était recroquevillée sur un lit de paille parmi les volatiles, mais malgré cela, le froid qui régnait ici ne l'épargnait guère.

Rapidement, je me défis de la cape et l'enroulait tout autour d'elle. Une fois chose faite, je me redressai et, alors que je la regardai encore un peu, je ne pus m'empêcher de penser la chose suivante ; était-ce ce que la vieille Shin-Mu et le soldat avaient vu ?

Mais je n'avais pas de temps à perdre et du travail m'attendait demain alors, retournant sur mes pas, je me plaçai devant le trou mais me reculai bien vite quand des jappements retentirent. Instinctivement, ma main libre alla au manche de dào que je portais et mes yeux se mirent à scruter les parois. Je n'étais pas la seule sur la défensive, les poules s'étaient réveillées pour la plus part, et commençaient à s'agiter.

- « Merde... » vociférai-je en allant vers les poules pour essayer de les calmer ; elles ne feraient que lui donner encore plus envi d'entrer... ! Comme pour confirmer mes craintes, les jappements se firent de plus en plus forts et bientôt, j'entendis des grognements tout près.

'Bordel !' pensai-je en couvrant les poules de mon châle. J'avais souvent entendu dire que couvrir les yeux des autruches les calmait... au point où j'en étais, autant vérifier avec les poules ! Heureusement pour moi, ça avait l'air de fonctionner... mais bientôt, j'entendis quelque chose haleter tout près puis quelque chose renifler continuellement.

'Merde, merde, merde, merde !' murmurai-je en cherchant un moyen de les tenir à distance. 'Voyons, même si je pouvais faire du feu, ça mettrait la totalité de la baraque en feu... si je sors ; je risque de me faire bouffer... et si je fais r-' murmurai-je avant de me retourner d'un bond ; quelque chose grattait la neige et la terre sous les planches.

- « Merde ! » vociférai-je entre mes dents. Je savais pas quoi faire ! J'avais rien pour l'empêcher de venir ! Rien d'assez lourd ! Pas une caisse ! RIEN ! 'C'est pas VRAI !' murmurai-je en faisant le tour de la pièce. 'Putain ! On trouve rien ici !' grognai-je en fouillant partout à la recherche de quelque chose d'utile jusqu'à ce que je trébuche sur quelque chose. Je me rattrapai in extremis et, me retournant pour voir ce que c'était, je découvris une poule salement amochée. Elle ne bougeait et, v l'odeur qui s'en dégageait, sa mort devait au moins remonter à quelques jours... 'Comment j'ai fait pour pas m'en rendre compte !?' hurlai-je intérieurement.

Soudain, une idée me vint et, donnant un petit coup dans le cadavre, je vis des petites choses blanches passer en dessous.

- « OH PUTAIN ! » vociférai-je en me reculant. « Non... merde... ! » dis-je en regardant les asticots venir vers moi. Les grognements ainsi que les bruits de grattements s'intensifièrent. Je devais faire quelque chose ! Prenant sur moi, je m'approchai à nouveau et, tentai de soulever le corps à l'aide du dào. Mais ça ne marchait pas ! À chaque fois, le cadavre retombait à terre, envoyant, avec le choc, des asticots de plus en plus près.

Les bruits étaient encore plus fort et, me retournant, je vis quelque chose de noir et petit passer sous la paroi puis disparaître derrière.

J'avais plus le choix !

Je pris sur moi et, mettant de côté mon irrépressible envi de vomir, j'attrapai rapidement la chose par l'extrême bout d'une de ses pattes et la balançait le plus fort possible par le trou par lequel j'étais passée.

Dix secondes ; il grattait toujours le sol.

Je mis une main sur le manche du sabre.

Quinze... ; les jappements étaient encore plus forts !

Ma main se serra sur la fusée du dào.

Vingt... ; je voyais son museau passer en dessous !

Mon pouce se prépara à pousser la garde.

Vingt-cinq...

Au moment où j'allais dégainer, les grognements s'arrêtèrent ainsi que les bruits de la terre labourée et, poussant un cris qui me sembla déjà étrangement loin, le loup s'en alla.

Après quelques secondes, je me laissai tomber à genoux ; j'avais de la sueur qui ruisselait du haut de mon crâne jusqu'au bas de mon dos... mes mains tremblaient autant de peur que d'avoir été trop crispées et je repris un souffle que je ne me souvenais pas avoir perdu.

Soudain, j'entendis un gémissement. Je me retournai d'un bond.. uniquement pour me rendre compte que ce n'étais que Bai-Bao. 'Cette fille a vraiment le sommeil lourd !' pensai-je en souriant à demi. Toutefois, ce dernier disparu au moment où un hurlement lointain se fit entendre ; la nuit n'était pas encore finie.