Bonjour tout le monde ! Deux choses avant de commencer : déjà, je suis désolée pour la loooongue absence, la fin d'année a été très chargée ! Et ensuite, maintenant que l'année est finie, bah j'ai bon espoir de poster un peu plus régulièrement !
Enfin bref, merci aux trois personnes qui s'accrochent d'être là, et j'espère que ce chapitre vous plaira !
La nuit commençait à tomber. La journée avait été belle, presque chaude. Blue et Vicky, comme tous les soirs depuis le début de la semaine, se dirigeait vers le centre Pokémon d'Unionpolis apès avoir passé la journée à observer le hangar et noter les habitudes de chaque membre de la team Galaxie, les tours de garde, les parcours habituels dans la zone. Ils avaient enfin réussi à découvrir touts les routines exactes de chacun, les entrées et sorties potentielles du bâtiment, et à mettre au point un plan provisoire pour entrer.
- La semaine prochaine on passe en nocturne, annonça Blue comme ils franchissaient la porte.
Victor, qui était en train de s'étirer, lui jeta un regard en biais.
- Rassures-moi, pas à partir de demain ?
- Non, lundi ! Le dimanche c'est sacré.
- Ah, tu m'as fait peur. Du coup, ce soir c'est repos ?
Blue haussa les épaules, cherchant les clés dans sa poche en se dirigeant vers l'escalier.
- J'imagine, oui.
- Cool.
- Cool.
Ils se turent. Toutes leurs conversations se résumaient à quelques banalités. Ils s'étaient raconté quelques anecdotes durant la semaines, bien sur, mais ni Victor ni Blue n'étaient vraiment bon dans « la création de lien cordial avec un autre être humain » (appellation trouve par Vicky le mercredi précédent, alors qu'ils s'ennuyaient ferme derrière un bout de mur), ce qui résultait la plupart du temps en une situation de demi-conversation gênante sans l'être réellement. C'était inutilement compliqué, et après avoir passé plusieurs heures à chercher un mot pour définir ça, Blue avait simplement abandonné et accepté. Il se demandait seulement comment Aurore était arrivée à ne pas s'être retrouvée dans cette situation là.
Ses pensées dévièrent aussitôt vers la mission que cette dernière et Gabrielle étaient censées mener sur l'île de Fer. Et comment ça se passait à Joliberges, aussi. Ni lui, ni son équipier n'avait reçu – ou demandé, il fallait bien l'avouer – la moindre nouvelle de leur QG depuis qu'ils étaient partis. Il ne devait pas se passer grand-chose, conclut le rouquin en déverrouillant la porte de la chambre.
Fauve, qui était resté à la garder toute la journée, les accueillit en jappant. L'évoli sauta au bas du lit et vint se frotter aux jambes de son propriétaire, manquant de le faire trébucher.
- Hé, toi aussi tu m'as manqué mais du calme, boule de poils ! Râla Blue, jetant un regard mauvais à l'autre dresseur qui ricanait.
Vicky s'installa directement sur la petite table encombrée et chercha un stylo, fouillant dans son sac à la recherche d'un petit bloc-note aux coin cornés. Son cornèbre s'était perché sur le dossier de la chaise, suivant le moindre de ses mouvement d'un regard curieux. Le blond ouvrit le petit carnet et commença à raturer quelques mots, en ajouter d'autres, pendant que Blue prenait place en face de lui, dépliant soigneusement un plan dessiné à la main. Il représentait la zone industrielle autour du hangar, avec un plan détaillé de celui-ci. Il y avait quelques annotations au crayon sur le côté, que Blue gomma précautionneusement. Vicky arracha enfin quelques pages du bloc-notes, et ils trouvèrent des crayons de couleurs différentes. Assez silencieusement, ils se mirent à recopier la légende au propre. Une couleur par jour de la semaine, ils déterminaient à l'aide de croix et de flèches les endroits laissés sans surveillances par les tours de garde. La fenêtre à l'arrière du bâtiment était mal gardée le mardi à cause d'un sbire un peu fainéant, de même que l'issue de secours le jeudi, à cause du même sbire placé à un autre endroit. Le lundi et le vendredi, par contre, étaient à éviter. Le sbire qui s'occupait de la brigade – un grand type qui avait l'air d'avoir une quarantaine d'années et un air constamment renfrogné - était posté à l'extérieur et avait des tendances paranoïaques couplés à une très bonne audition. Globalement, en journée, les chances de s'infiltrer semblaient plutôt bonnes, car alors ils pourraient s'approcher de l'endroit en se faisant passer pour des gens un peu perdus et que les sbires n'osaient pas trop s'éloigner, de peur de se faire remarquer. Les points négatifs, cependant, étaient que les gardes ne gardaient de fait pas leurs uniformes et les troquaient contre une une tenue de civil, plus discrète. Le seul moyen de les différencier devenait le badge en forme de « G » entouré d'un anneau cousu sur leur manche ou leur poitrine il y avait aussi le problème de l'infiltration à l'intérieur, qui devenait beaucoup plus dangereuse sous la lumière du jour. Au moins, avec l'absence d'éclairage public, la nuit leur offrait une couverture tant qu'ils étaient hors de portées des torches, ce qui permettait de guetter à la fenêtre le moment opportun pour se glisser à l'intérieur.
La question était maintenant : quel était le trajet de ces torches ?
- Et on se sait toujours pas comment est foutu l'intérieur, marmonna Victor. Ni même comment il est gardé.
Blue bailla et haussa les épaules.
- Les sbires sont toujours les mêmes, ils se relaient en intérieur et en extérieur, le jour et la nuit. On sait pour le moment qu'il y en a dix en tout, avec les programme des rondes de nuit on pourra deviner facilement qui sera dans le hangar quand on voudra y entrer. Et quand à savoir comment est foutu l'intérieur, ajouta-t-il en levant la main, coupant le blond qui ouvrait la bouche pour parler, c'est un hangar en location. Ce qui veut dire qu'ils n'ont pas le droit de le modifier. Donc il doit être comme tous les autres hangars de la zone.
Victor hocha la tête lentement, puis se laissa tomber contre le dossier de sa chaise. Corvus s'envola en panique pour venir se percher sur son épaule, laissant au passage tomber quelques plumes sombres sur le sol. Le jeune homme s'était mis à mordiller son crayon, pensif.
- Tu penses qu'ils gardent vraiment des bombes là-dedans ?
- Ah, ça m'étonnerait pas. Mais peut-être qu'on trouvera autre chose.
Le silence retomba. Blue était en train de relire les notes en se frottant régulièrement les paupières.
- Tu penses qu'ils vont vraiment faire sauter les lacs ?
- J'en sais rien, répondit le rouquin d'un ton légèrement exaspéré. C'est possible. Vaudrait juste mieux qu'ils évitent d'en arriver là.
Nouveau silence. Victor se balançait sur sa chaise, les sourcils froncés. Ses yeux noirs au reflets d'améthystes faisaient des allers-retours entre tous les objets présents sur la table, sans pour autant les voir.
- Et… tu penses que-
- Quoi encore ? Souffla Blue, exaspéré. Arrêtes de poser des questions dont tu connais la réponse ! Si ça te déranges pas, j'aimerai finir ça vite et aller dormir. Alors si tu as un truc à dire, viens-en au faits ou tais-toi !
Il reporta aussitôt son attention sur la carte, qu'il compléta d'une petite annotation en rouge. Vicky arrêta de se balancer, ouvrit la bouche, la referma, les sourcils toujours froncés. Il finit par prendre une inspiration et commença, hésitant :
- J'aurais peut-être une ou deux questions, en effet. Quelque chose qui me trotte dans la tête depuis un moment.
- Hum ?
- On sait qu'ils veulent détruire les lacs. On sait que c'est pour capturer leurs gardiens. Mais on ne sait pas pourquoi. Je veut dire, on connaît leur objectif final, on sait plus ou moins leur manière d'y arriver, mais on sait qu'il manque un truc.
Blue leva les yeux de sa feuille et un sourcil au passage.
- Ils veulent se servir du pouvoir des pokémons des Lacs pour créer ce truc de Chaîne Rouge, ok. On sait que ça va forcément finir par une catastrophe de type catastrophique s'abattant sur la région, même si on ignore quoi exactement.
- Oui, tu viens juste de reformuler ce que tu venais de dire.
- Ha, heu, ouais… enfin, outre le fait qu'on ne sache pas ce qu'est cette Chaîne Rouge et que vous avez obtenu cette information par je ne sais quel moyen, je me disais juste… enfin… comment est-ce qu'on peut leur tenir tête ?
- Hein ?
- On parle d'une bande organisée, avec la technique et les moyens de construire des bombes, pas inquiétée plus que ça par la police parce qu'elle ne fait en apparence rien d'illégal, face à nous. Nous, une dizaine d'ados fouineurs. On commence à peine à s'organiser, certains savent à peine se battre et tous les soutiens qu'on peut avoir peuvent pas vraiment nous accompagner en cas de bataille. Comment est-ce qu'on peut s'en sortir ?
Les mains du garçon virevoltaient de plus en plus rapidement à mesure que les mots se bousculaient dans sa bouche. Il avait le visage toujours aussi calme, mais ses yeux prenaient une lueur folle à mesure qu'il exprimait ses doutes. Il s'arrêta, les joues plus pâles qu'à l'accoutumée, attendant la réponse du rouquin en retenant son souffle.
Ce dernier, les sourcils haussés par la surprise et les lèvres pincées, semblait réfléchir.
- C'est vrai que formulé comme ça, ça ne semble pas très engageant, fit-il prudemment. Mais, heu, écoutes, tu l'as dit toi-même, on commence à peine à s'organiser. Je… quand on a affronté la Team Rocket, il y a deux ans – ça doit faire trois maintenant, remarque – on était pas vraiment plus nombreux. Il y avait Peter, moi et… et Red. Les champions sont venus après. Bien après, en fait. C'était plutôt terrifiant, même si je crois qu'on en avait pas trop conscience sur le moment. On a pris quelques belles raclées, j'ai même été obligé d'éviter Safrania pendant quelques mois. Mais le fait de s'organiser, et de… de donner le meilleur de nous même, ça peut faire changer pas mal de choses. C'est ce qui commence à se passer ici. Quand on sera au point, on pourra certainement trouver de l'aide un peu partout. Je dis pas que ce sera plus simple, parce que la situation est totalement différente, mais on part déjà plus nombreux et plus liés. T'as pas idée d'à quel point ça a pu être difficile au début, pour s'entendre avec Pete. Et quand Leaf est arrivée, je te raconte pas l'horreur. En fait, je dois même dire qu'Aurore doit avoir un pouvoir magique ou un truc comme ça, pour réussir à nous faire collaborer tous ensemble.
Vicky secoua la tête.
- Comment vous avez fini par venir à bout de Rocket ? Demanda-t-il.
- Comme je te l'ai dit, la situation était différente. La Team Rocket était dans l'illégalité totale, et ce n'était que grâce au poste de Giovanni en tant que champion que tout arrivait à être enterré. Ils nous a fallu quelques bons dresseurs pour affronter les membres dans les lieux occupés, et ensuite on a compté sur l'aide de Peter pour faire en sorte que les champions surveillent toutes les communications et les bâtiments de leur ville. Quand il est apparu que Giovanni pourrait occuper un double poste, le Conseil des Quatre s'est évertué à lui faire perdre sa place. Le problème venait surtout du fait que le Maître en place à ce moment là était totalement corrompu, et qu'il fallait le remplacer pour débloquer toute la situation.
- Et tu t'es chargé de ça, conclut Victor.
Blue eut un sourire étrange, à la fois fier et triste.
- Ouais. On peut pas dire que ça ait duré bien longtemps, ceci dit. Comme tu le sais probablement, je suis resté en service vingt minutes, juste le temps que Red arrive et me batte. A ma décharge, mon équipe était plus fatiguée que la sienne, et j'avais déjà bien combattu le Conseil, ce qui lui a été au minimum profitable. Enfin, peu importe. Il a filé la direction à Peter, qui s'est chargé de tout démanteler. Giovanni a disparu dans la nature et la police s'est chargé du reste. Certains ont réussi à s'échapper, malgré tout, ajouta-t-il d'un air contrit. Ils posent problème, maintenant. Pas vraiment au bon moment.
Le garçon s'étira en baillant.
- Enfin, comme tu peux le voir, on est toujours vivants. Mais je pense que si tu veux un exemple plus proche de ce qu'on fait en ce moment, il va falloir demander à Pete. Tu sais qu'il faisait partie du groupe de démantèlement de la Team Ombre ?
- Sérieux ? C'était quand, ça, déjà ? Il y a dix ans non ?
Blue hocha la tête.
- Je connais pas vraiment tous les détails, et j'ai jamais vraiment cherché à savoir, mais je pense que lui se fera un plaisir de répondre à tes questions. Tu l'appellera quand on rentrera à la base, ça fera profiter les autres, ok ?
Vicky approuva malgré son regard qui redevenait pensif. Il posa son crayon et se releva, attrapant ses affaires.
- 'Vais me laver, lança-t-il avant de quitter la pièce en faisant attention à na pas claquer la porte.
Le rouquin ne répondit pas et continua à travailler encore un peu. Quand il eut fini, il sortit son vieux pokématos, d'où un porygon-Z apparut.
- Salut, Pory. Tu peux me scanner ça ?
- Bien sûr, fit la voix robotique aussi chaleureusement qu'il lui était possible de l'être.
Le garçon releva la carte et l'hologramme se mit au travail. Pendant ce temps, Blue se jeta sur son matelas. Son évoli vint se rouler en boule sur son torse, et il profita pour le prendre dans ses bras, le levant au-dessus de sa tête. Le petit canidé avait le museau blanchissant et la fourrure un peu terne.
- Tu commences à te faire un peu vieux, pas vrai ? Faudrait que je te fasse évoluer.
Fauve lui lécha le bout du nez, le faisant sursauter. Il avait toujours détesté ça, mais ça faisait partie des mauvaises habitudes que l'animal avait prises. Il le laissa alors descendre et Fauve vint se remettre à sa place initiale.
Blue ferma les yeux. Juste deux secondes.
Et il se réveilla en sursaut à cause d'un bruit sourd. Il fallut quelques secondes à son cerveau embrumé pour faire le lien entre le bruit sourd et Vicky étalé par terre, puis entre l'état de ce dernier et la sangle de son sac qui traînait. Il lui fallut encore quelques secondes pour remettre les éléments dans l'ordre et reconstituer l'histoire, puis ricana. Le blond ne répondit rien, se relevant dignement pour épousseter son pull.
- T'es pas en pyjama ? Fit alors Blue, un peu perdu.
- Wow, tu devais vraiment être crevé, mec.
- Quoi ?
- T'es tombé comme une pierre hier soir. Au cas où t'aurais pas remarqué, il fait jour là.
- Attends, on est déjà demain ?
- Il… faut croire, oui.
Blue se laissa retomber, bien décidé à se rendormir.
- J'ai mis Pory en veille, au fait. Et passe une bonne journée, fit Victor en fermant les stores.
Il ramassa son sac, fit signe à son oiseau de le suivre et quitta la pièce. Qu'est-ce qu'il allait faire ? Peu importait. Blue voulait juste dormir.
Victor pensait que se promener lui ferait du bien. Pas vraiment. L'air était d'une fraîcheur vive, cinglant le visage et s'infiltrant dans chaque espace laissé découvert par les vêtements. Le ciel était gris, la lumière blanchâtre et les rues plus peuplées de voitures que de gens. La neige avait fondu depuis longtemps, laissant par endroit des flaques boueuses et des plaques de verglas traîtresses. Puisqu'il n'avait pas vraiment de destination en tête, Vicky vagabonda au hasard, évitant toutefois soigneusement la direction de la zone industrielle. Il lui sembla passer devant le même immeuble deux fois. Il fut tenté un instant d'aller faire un tour à l'arène, mais se dit qu'on combat était la dernière des choses dont il avait envie. Les concours ne le tentèrent pas non plus, ni le parc. Il faisait trop froid pour se planter sous un arbre et regarder l'eau, quand bien même l'activité en elle-même était une agréable perspective.
Alors il continua de marcher, et peu importe comment, ses pas les menèrent jusqu'à la grande église d'Unionpolis. Aurore lui en avait parlé un peu, disant qu'elle était très jolie. Il avait dû y aller lui-même une fois ou deux. Le souvenir des vitraux éclaboussant les banc de lumières chaudes, de la lueur des cierges sous les statues et l'odeur entêtante de l'encens lui revinrent par bribes confuses. Il décida d'entrer.
Il fut un peu déçu. Même à travers les vitre colorées, la lumière était morne. L'air était stagnant, frais, l'odeur lourde de l'encens mêlée à celle de la poussière. Les bougies étaient éteintes, les statues baignées dans l'ombre, peu rassurantes. Même le silence était pesant.
Précautionneusement, il pris place sur un des bancs, une rangée derrière un garçon qui pouvait avoir son âge, ou moins, accompagné d'une femme aux cheveux grisonnants sur ses tempes. Il posa son menton sur ses avant-bras, affalé sur l'espèce de barre séparant les rangs, sur laquelle était également perché Corvus. Le cornèbre ne produisait aucun son, à moitié endormi. La matinée n'était pas le moment qu'il préférait.
Les yeux violine du garçon restèrent fixés sur le vitrail. Comme tous les enfants de la région, il connaissait l'histoire. Sa mère lui racontait avant d'aller dormir. Edulcorée, simplifiée peut-être, mais au moins cela lui permettait de mettre un nom sur les figures représentées en grand. Sur deux panneaux, un de chaque côté, se trouvaient représentés Cresselia et Darkrai. La première était dépeinte avec un fond d'une jolie couleur dorée, d'une douceur de pleine lune la silhouette du second était à peine discernable sur le fond noir parsemé de petits éclat blanc et dorés qui devaient figurer des étoiles. La nouvelle lune, probablement. A moins qu'il ne soit associé aux éclipses lunaires ? Vicky ne savait plus très bien, mais les dessins que formaient les plaques de verre étaient hypnotisants.
Il se mit à les fixer, ses pensées s'embrouillant de plus en plus jusqu'à disparaître. Il sentit ses paupières devenir lourdes, et sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, il s'endormit.
La cave continuait toujours en s'enfonçant. Le chemin était dégagé mais étroit, les ampoules verdâtres au mur parfois éclatées, parfois remplacées par des torches. Le libégon de Gabrielle était régulièrement aux prises avec un quelconque pokémon de type acier, ce qu'elle avait noté comme étant anormal sans pour autant savoir d'où cela pouvait provenir.
Elle avait également remarqué des traces de pas nombreuses et régulières, formant une piste qu'elle suivait avec de plus en plus de curiosité. Tous était en bon état dans la caverne, sauf ce qui facilitait la descende de cette voie-là en particulier : escaliers effondrées, monte-personnes hors de fonction, crochets de sécurité sabotés. Ceux qui avaient fait ça étaient passés dans un sens sans aucune intention de faire demi-tour, ce qui laissait supposer qu'il y avait un autre accès plus loin.
Gabrielle finit par atteindre un cul de sac. Le chemin se stoppait dans une sorte de renfoncement éclairée faiblement par un puits de lumière minuscule dû à une longue fissure et sous laquelle se dressait un immense stalagmite. Le sol humide regorgeait de traces confuses, et en y jetant un coup d'œil plus attentif, Gabrielle se rendit compte que la voie n'était pas vraiment sans issue. Les quelques personnes qui étaient passées par là s'étaient faufilées dans une faille entre deux parois épaisses, si étroite que libégon y passait à peine. Retenant son souffle, la dracologue fit rentrer ses équipiers dans leur capsule et se glissa entre les deux murs humides. Une goutte d'eau glacée vint lui tomber dans le cou, elle se rappa les genoux sur une pierre tranchante proéminente. Les hannetons de métal se cognaient contre les parois, raclaient la pierre avec un écho lugubre qui lui donna l'impression de faire un raffut de tous les dieux au milieu du silence pesant. Elle sortit enfin à l'entrée d'un passage à peine plus large que celui qu'elle venait de quitter, mais les lumières étaient en meilleur état. Les traces de pas continuaient, mais étaient plus espacées.
- On doit atteindre le bout, marmonna Gabrielle. Ils se sont mis à courir.
Elle patienta quelques secondes pour que son libégon la rejoigne et se mit à suivre silencieusement, intimant à Sonic de rester derrière elle. Le plus grand dragon flairait la piste, ses antennes vibrant doucement contre ses ailes repliées dans son dos. Il ressemblait à un serpent, prêt à bondir sur sa proie.
Le couloir était interminable. Toujours tout droit, bien dégagé, silencieux.
Les dragons étaient sur leur garde, Gabrielle prête à bondir au moindre bruit pour se défendre contre un pokémon sauvage agressif, mais rien ne vint. Au bout de trois ou quatre cent mètres, Sonic se mit à voleter chaotiquement, l'air paniqué. Cela empirait à mesure qu'ils avançaient, alors la dresseuse le rappela dans sa capsule. Elle dut s'y reprendre à deux fois sous les yeux étonnés du libégon quelques chose interférait sur le signal de dématérialisation. Pour faire le test, Gabrielle essaya de faire sortir son minidraco, mais la pokéball restait close, peu importe le nombre de fois qu'elle appuyait sur le bouton.
Les choses devenaient de plus en plus claires, et paradoxalement plus confuses.
- Ils émettent des ondes, résuma-t-elle à mi-voix. Trop hautes pour que les nosféraltos les captent, trop basses pour l'oreille humaine et pour ton sonar à toi.
Sandel hocha la tête, émettant un petit son semblable aux symbalisations des crikzik en agitant ses ailes.
- Attends, c'est pas logique, seuls les infrasons peuvent interférer le système de dématérialisation. Des ondes radio ?
Elle remonta sa manche et régla sa pokémontre. Elle ne captait que de la neige.
- Plus bas ?
Le libégon pencha la tête sur le côté, ses yeux curieux paraissant encore plus larges sous leur membrane écarlate.
- Assez bas pour troubler les pokémons de type acier, en tout cas. À combien est réglé leur sonar, déjà ?
Elle continuait d'avancer en cherchant le nombre précis d'Hertz, convaincue qu'elle l'avait déjà lu quelque part. En classe ? Chez elle ? Elle connaissait deux-trois trucs sur les wailords, ça ne devait pas être très loin.
- Wailords…wailmer…démantas… allez, je le sais, je l'ai lu… 20 hertz ! La fréquence est de 20 hertz ! Ça fait partie des gammes des sonistrelles, c'est vrai qu'ils communiquent en infra et pas en ultrasons.
Elle secoua la tête.
- Mais pourquoi faire ça ici ?
Il n'y eut aucune réponse de Sandel. Il s'était relevé sur ses pattes arrières, cou tendu, antennes déployées. Ses ailes battaient doucement. Il resta ainsi quelques secondes, puis regarda sa dresseuse.
- On s'approche, hein ? Tout va bien pour toi ?
Il sautilla, agitant sa queue vigoureusement. Comme tous les pokémons de type sol, il utilisait plutôt les vibrations du sol et de la roche que les sons pour communiquer.
Gabrielle lui frotta la tête et se mit à marcher d'un pas plus vif. Au bout du tunnel se trouvait un monte-charge, visiblement en état de marche. Jugeant qu'il valait mieux ne pas l'utiliser, Gaby se glissa entre la cage et la paroi, attrapant le premier barreau d'une échelle qui s'enfonçait dans l'obscurité.
- Bon, le tout pour le tout, j'imagine. Grimpe sur mon dos et ne bouge pas.
Il lui fallut quelques secondes pour s'habituer aux quatre-vingt-kilos sur ses épaules. Fort heureusement, Sandel avait réparti son poids avantageusement, de manière à plaquer sa dresseuse contre la paroi plutôt que de la faire basculer en arrière. La dracologue ne regretta pas une seule secondes ses années d'entraînement rigoureux, et eut même quelques remords à ne pas avoir continué ses exercices plus sérieusement.
Elle descendit l'échelle lentement, testant la solidité de chaque barreau avant d'y poser le pied. Le libégon tournait la tête dans tous les sens, à l'affût du moindre danger. Enfin, Gabrielle mit le pied au sol.
Ce dernier était totalement aplani, et débouchait sur une espèce de couloir large et court menant droit à une caverne souterraine. Il était parfaitement éclairé, et un garde était posté au bout, de dos. À la manière dont il se tenait, il ne faisait aucun doute qu'il s'ennuyait.
D'un geste, la dracologue fit signe à son équipier de s'envoler. Il mit à peine quelques secondes pour planer jusqu'à l'homme, l'étouffer de sa queue et l'attirer plus loin pour l'assommer, sans émettre le moindre bruit. Gaby récupéra l'uniforme et remarqua que l'homme avait équipé ses pokéball d'une espèce de capsule transparente ressemblant à celles utilisées pour les concours. Elle en chipa une et l'appliqua sur la pokéball de Sandel, qui se mit à fonctionner. Elle le rappela.
Elle rangea ses vêtement dans son sac et fit en sorte de cacher son visage du mieux qu'elle put avec la perruque vert d'eau du sbire. Elle se mit à son poste, comme si de rien n'était. Personne n'avait rien remarqué. A vrai dire, tout le monde s'affairait un peu plus bas, au centre de la caverne, autour d'une espèce d'immense machine. Il s'agissait d'un gros bloc de métal doté d'une antenne immense, avec un écran et un clavier sur lequel était penché un vieil homme dont l'uniforme se distinguait des autres. Il était trop loin pour qu'elle aperçoive clairement son visage, mais elle était certaine qu'il s'agissait du scientifique en chef. Pluton, le nom lui revint quelques secondes après. Elle regarda ensuite un peu aux alentours et sursauta.
Elle ne s'en était pas rendue compte de suite, mais tout autour de la machine – et reliées à elle par des câbles – étaient disposées des cages, pleines de pokémons enragés ou pétrifiés. Les sbires qui s'occupaient des premiers gardaient une distance raisonnable. Ils avaient des protections par-dessus leur uniforme et un bâton à la main, mais semblaient tout de même terrifiés. En regardant d'un peu plus près, Gaby remarqua au milieu des tonnes de dinocliers, mysdibules et steelix, un lucario qui semblait encore plus difficile à tenir que les autres. Il lançait des aurasphères à travers les barreaux, et les quatre ou cinq personnes assignées à sa cage étaient d'obligée d'enchaîner des attaques de protection telles qu'abri ou mur lumière pour l'empêcher de tout dévaster.
La question était simple : comment faire à présent ?
Balayer quelques sbires était une chose, s'attaquer au groupe tout entier en était une autre. Surtout avec un seul pokémon capable de sortir de sa capsule. Et concrètement, un seul pokémon capable de tenir tête à une horde. Le sonistrelle était encore en entraînement, et le minidraco bien trop faible.
Les dragons étaient puissants, mais bien difficiles à élever. Elle aurait tout de même dû tenter d'attraper un griknot à l'époque où elle commençait son entraînement.
Avec un rictus, ses yeux se mirent à scruter la caverne. Deux autre couloirs permettaient certainement de sortir, et les chemins descendaient en spirales nettes jusqu'en bas. Il y avait encore des poutres métalliques le long des murs, et des rails s'enfonçaient dans la sortie la plus à gauche. Le tunnel de droite n'était pas surveillé, et ce fut avec surprise que Gabrielle vit apparaître un manteau rose familier.
Aurore était accompagnée d'un homme en bleu qui semblait être de leur côté, puisque le prinplouf qui se tenait à ses côtés semblait totalement détendu. Aurore resta figée quelques instants, puis disparut à nouveau dans le chemin. Sans hésitation aucune, Gaby quitta son poste et rejoint le tunnel par une des plate-forme de bois qui longeait le mur. Personne ne la remarqua, mais elle faillit se faire attaquer quand elle surgit devant eux. Le prinplouf, qui avait bondit, s'arrêta net, à deux doigts de lui trancher une jambe, en la reconnaissant. Aurore ne mit pas plus de temps à comprendre, mais l'homme resta confus.
- Vous… vous faites partie de la Team Galaxie ? Demanda-t-il, d'un ton incertain, en reculant prudemment.
- Non, non, pas du tout ! Je m'appelle Gabrielle, je viens de Celestia et je suis dracologue ! Je fais pas partie de la Team Galaxie, je suis même là pour filer un coup de main !
Elle leva les bras, paumes ouverte et yeux écarquillés.
- Est-ce que vous savez ce qu'il se passe ici, par contre ?
Aurore secoua la tête.
- Pas plus que ce que tu viens de voir, excepté le fait que ça n'agit que sur les pokémons de types acier, qu'ils ont en otage le lucario d' Armand – il s'appelle Armand au fait – et que ça fait à peine quelques jours qu'ils sont là.
- Attends, le lucario déchaîné, c'est le tien ? S'exclama Gabrielle.
Armand hocha piteusement la tête.
- Il est incroyablement calme, habituellement. Ces ondes… je ne sais même pas ce qu'ils peuvent diffuser, mais c'est tout sauf naturel.
- Bah, c'est des basses fréquences, ça a tendance à résonner beaucoup. Si ça fait quelques jours qu'ils diffusent ces ondes, c'est normal que les pokémons se soient énervés. Imagine avoir un signal allumé H24, l'horreur !
L'homme secoua la tête, pas convaincu.
- Ils se sont mis à devenir agressif d'un seul coup, tous en même temps. Et Lucario résistait plutôt bien, il était même absolument normal, jusqu'à ce qu'on arrive trop près.
- Peut-être que la connexion avec leur dresseur les protège, en quelque sorte ? Supposa Aurore.
- Oui, oui, c'est possible, répondit Armand, l'air absent.
Gabrielle fronça les sourcils, Aurore fit un pas en avant, cherchant le regard d'Armand.
- Non, il y a quelque chose d'autre.
Il eut l'air étonné.
- Je le sens.
Et elle se tut, refuser de briser le contact visuel. Une surprise totale passa dans les yeux acier de l'homme l'espace d'un instant, et il écarquilla encore plus les sourcils. La connexion s'établit presque aussitôt.
- Toi aussi ?
Aurore sursauta, et se hâta de reprendre contenance.
- Oui.
Armand hocha la tête. Gabrielle, l'air plus perdu que jamais, hésita avant de demander :
- Heuu… c'était quoi… ça ?
- Lui aussi est capable de faire ce truc de kinésisthe que j'arrive à faire, répondit aussitôt Aurore.
- Oh, ok.
- A vrai dire, ce n'est pas vraiment de la kinesthésie, dit l'homme doucement. C'est même totalement différent. Enfin, on en parlera plus tard. Tu voulais me faire avouer quelque chose, n'est-ce pas ? La vérité, c'est que lucario et moi somme capables de communiquer en utilisant ce lien. Les pokémons de son espèce ont un lien très fort avec le pouvoir de l'aura, ce qui fait d'eux des pokémons extrêmement calmes et…civilisées, si je peux me le permettre. Et là, j'ai perdu le lien. Impossible de communiquer, ou quoi que ce soit d'autre, c'est comme si… comme si il avait totalement perdu l'esprit. Des ondes sonores ne devraient pas faire perdre l'esprit. Ce qu'ils font là, ce n'est pas normal, c'est… dangereux. Contre-nature. Personne ne devrait être capable de construire de telles choses.
Ses lèvres tremblaient en prononçant la dernière phrase. Armand avait le regard perdu au loin, le visage aussi impassible que possible, et pourtant il avait pâli de terreur.
- Ok, on fait quoi ? Lança alors Aurore avec détermination. On ne peut pas les laisser continuer. Il faut détruire cette machine, les faire fuir.
- Nous somme trois. Enfin, vous êtes deux, puisque malheureusement je ne vous suis d'aucune aide. Les pokéballs ne marchent pas. On ne peut rien faire.
- Pas par nous même, non, répliqua Gabrielle. Mais on pourrait utiliser leur machine à notre avantage. On pourrait essayer de libérer les pokémons enragés, ça mettrait assez de pagaille pour qu'on puisse agir.
- Ils risqueraient de se retourner contre nous, c'est ça le problème. Il vaudrait mieux couper l'antenne, ça pourrait nous permettre d'appeler nos équipes et de récupérer lucario.
- Même sans ça ils seraient en supériorité numérique. Et si on détruit l'ordinateur, on saura jamais ce qu'ils font là, répondit Aurore.
Un silence tomba sur le groupe.
- Combien de temps ça prendrait pour remonter et appeler quelqu'un ?
- Beaucoup trop si on ne récupère pas le mec que j'ai assommé. Je pourrai essayer de prendre sa place, ceci dit.
Les yeux d'Aurore s'illuminèrent soudain.
- Mieux, j'ai une idée ! Armand, tu prends l'uniforme, Gabrielle, suis moi !
Les deux filles s'éloignèrent, laissant au troisième le soin de s'habiller. Aurore avançait d'un pas certain le long de la galerie sombre, et s'arrêta soudainement quand elles atteignirent un embranchement vers une autre voie totalement écroulée.
- On devrait être assez loin pour que les pokéballs fonctionnent. Sors ton équipe au complet. Sauf minidraco, ajouta-t-elle en anticipant la question. Sauf s'il peut se battre.
- Non, il ne peut pas. Quel est le plan ?
- On va envoyer Armand au milieu des autres membres, avec Sonic, si tu veux bien. Une fois en plein milieu, le but pour lui serait de détruire l'antenne et de récupérer son lucario dans la foulée, pour qu'il détruise les cages. Ça devrait causer pas mal de remue ménage pour nous permettre d'attaquer. On bloque cette issue, celle par laquelle tu es arrivée, puis tu utilises ton libégon pour aller au plus près de la machine et tu la protèges pendant que moi et mon équipe les poussons à fuir.
- Et les pokémons des sbires ? Ils vont pas te poser problème ?
- Je pense que ton sonistrelle pourra pousser les nosféraptis à fuir, et après ça risque d'être un peu chaotique avec les steelix, les mysdibules et tout le bazar. Si ces pokémons retrouvent la raison, je pense que la première chose qu'ils vont faire va être d'attaquer ceux qui les ont mis dans des cages. Bon point pour nous, je trouve.
- En effet. Oh, un dernier point.
- Mh ?
Gabrielle ne répondit pas et se mit à fouiller dans son sac. Elle mit la main sur un t-shirt, qu'elle déchira.
- Qu'est-ce que tu fait ?
- Des masques. Ce serait bête de ficher nos couvertures en l'air maintenant.
- oui, c'est vrai, fit Aurore après un léger blanc.
Elle entreprit elle même de chercher des bonnets dans ses affaires pendant que Gabrielle s'affairait à faire des trous pour les yeux.
- Tu pourra cacher le bas de ton visage avec ton écharpe, fit-elle en enfilant la casquette qu'Aurore lui tendait.
Elle attacha un bandana autour de son cou et le remonta jusqu'au dessus de son nez, à l'endroit où commençait son masque.
- Prête ? Lui parvint la voix étouffée d'Aurore, dont les pans de laine rouge tombaient dans le dos à la manière d'un super héros.
- Prête !
Elles retournèrent à leur point de départ et mirent Armand au courant du plan. Il arrangea sa perruque et tira les manches un peu courtes, inspirant longuement.
- C'est parti, marmonna-t-il avant de quitter leur cachette.
Il n'eut aucun mal à se glisser au milieu de la cohue, le petit pokémon voletant tout près de lui. Il ne lui fallut que quelques instants pour arriver au niveau de la machine. Pendant ce temps, Gabrielle s'était glissée sur le chemin d'où elle venait et avait sorti le sbire toujours dans les pommes pour le cacher derrière un rocher un peu plus loin. Une fois fait, elle échangea un signe avec Aurore qui recula, son charkos devant elle.
- Maintenant !
Dans un énorme fracas, Sandel et Syrius fracassèrent des roches contres les parois, les faisant s'effondrer en soulevant un épais nuage de gravats. Les cris de surprise se changèrent vites en cris de panique quand l'immense antenne tomba au milieu de la foule.
Luttant contre les sbires qui courraient dans tous les sens, Armand s'approcha de la cage de son équipier.
- Tout va bien, partenaire ?
- Oui. Oui, je crois. Que s'est-il passé ?
- On s'expliquera plus tard, pour le moment libère toi et aide moi à détruire les cages !
Il n'en fallut pas plus pour que le Lucario casse le cadenas d'un coup de poing et s'élance à travers la mêlée, visant avec une précision redoutable les serrures, qu'il détruisait de ses aurasphères.
A mesure que les pokémons s'échappaient, ils cherchaient à s'enfuir par la seule issue restante, en panique et guidés par les jets d'eau qui provenaient de l'autre côté de la salle. Beth, elle, récupérait ceux qui avaient été pétrifiés et les ranimait avant de les pousser à s'enfuir. Syrius chargeait des sbires au hasard, s'arrêtant juste avant de les frôler, les poussant à se retirer jambes à leur cou. Aurore et Draco veillaient à ce que les pokémons sauvages les plus petits ne soient pas blessés tout en cherchant du coin de l'œil Pluton, qui avait malheureusement dû être le premier à s'échapper. Le centre de la salle était impossible à atteindre, Gabrielle ayant formé une immense barrière de sable tournoyant tout autour de la machine qu'elle défendait. Sandel émettait un son cliquetant qui résonnait au travers de la tornade de manière fantomatique, couvrant les hurlements et les rugissements qui emplissaient la salle.
La panique dura quelques minutes, et petit à petit la salle se vida totalement. Les sbires n'avaient même pas cherché à sa battre, trop effrayés, et avaient tous fui sans demander leur reste. Il ne resta que des carcasses de métal fracassées, des rochers éclatés, et trois dresseurs échevelés. La tempête de sable tomba, recouvrant le sol d'un épais manteau doré. La machine se révéla alors, immense cube noir de métal brillant. Dans l'œil du cyclone, elle n'avait même pas reçu un grain de poussière.
L'écran affichait toutes sortes de diagrammes et de courbes, personne n'avait aucune idée de ce que cela pouvait représenter.
- On va télécharger les données, dit Aurore. Gaby, tu préviens la base, et je resterai ici avec Armand pour surveiller la mine jusqu'à ce que Louka ou Blue puisse venir jeter un œil. Si ça ne te dérange pas, bien sûr, ajouta-t-elle en direction de l'homme.
- Aucun problème. Avec plaisir, même. Il faudra inspecter les tunnels, tout sécuriser, un coup de main sera le bienvenu.
Sandel atterrit dans le petit jardin que possédait la base et Gabrielle faillit ne pas la reconnaître.
Les portes et volets repeints en bleu, le toit parfaitement réparé, la façade nettoyée blanche à nouveau. C'était comme si les années d'abandon avaient disparu.
La surprise fut plus grande encore quand elle entra.
La pièce était correctement meublée et sentait la peinture fraîche, mais ce qui était le plus incroyable était probablement Peter, assis sur une chaise et se battant pour retirer des bouts de papier peint de ses cheveux pendant qu'il discutait avec un homme aux cheveux mauves, des papiers étalés entre eux. Avec eux, il y avait seulement Perrine, qui buvait un café en écoutant, l'air intéressé.
Tous trois levèrent la tête quand elle les salua.
- Gabrielle Walker, la nouvelle dracologue, c'est ça ? Lança Peter d'un ton enjoué en bondissant de sa chaise.
Il lui serra la main énergiquement, manquant de lui broyer les phalanges. Il avait de la peinture sur les vêtement et un coup de soleil sur le visage.
- Ah, et lui c'est Lucio.
- En effet. Je fais partie du Conseil de Sinnoh, spécialisé dans le type psy. Enchanté.
Elle lui renvoya les mêmes politesses avec une retenue curieuse, avant de changer de sujet.
- Je reviens de l'Ile de Fer là, et heu… il semblerait qu'elle ait servi de lieu d'expérience à la Team Galaxie.
- Aurore va bien ? Coupa soudainement Louka, qui était entré dans la pièce sans qu'on ne l'aperçoive.
- Oui, elle est restée là bas pour surveiller.
Elle leur résuma les événements, et il n'en fallut pas plus pour que Louka remonte faire son sac.
- On devrait prévenir Blue, non ?
- Il est toujours à Unionpolis, je pense qu'il vaut mieux le laisser finir sa mission avant de le déranger. Louka s'en sortira très bien, tempéra Peter.
Il retourna s'asseoir et désigna les papiers étalés devant lui.
- Tant que tu es là, autant t'expliquer la raison de la présence de Lucio ici.
- Je viens de la part de Cynthia, intervint ce dernier. Pour certaines raisons, dont je ne suis pas au courant, elle ne peux pas s'impliquer elle-même dans le démantèlement de la Team Galaxie. Mais elle a envie de les voir tomber, c'est certain.
- La décision a mis beaucoup de temps à venir, grommela Peter.
- C'est vrai. J'imagine qu'il y a quelque chose de personnel là dedans, mais elle ne réponds pas à nos questions. Enfin, toujours est-il que la Ligue de Sinnoh a décidé de vous apporter tout son soutien à défaut de pouvoir s'impliquer. Puisque officiellement Galaxie corp. n'a rien à se reprocher, c'est tout ce qu'on peut faire. Enfin, tout ça pour dire, on est en train de faire en sorte de transformer cet endroit en caserne officielle de Topdresseurs. Ça vous donnera le droit à quelques aides financières, et d'autres choses utiles du point de vue de la loi, puisque les membres de la caserne ne seront plus des dresseurs indépendants mais sous tutelle du maître de Caserne, en l'occurrence, moi. Ça vous laisse un peu plus de libertés, des choses comme ça, dont j'ai pas envie de détailler parce que concrètement c'est juste des détails de codes.
- Et une caserne étant considérée comme un centre de soins, je m'occuperai du job d'infirmière. On est même en train d'emménager un petit centre dans la chambre du bas, compléta Perry avec un sourire.
Louka déboula à ce moment, le souffle court.
- Je suis prêt à y aller !
- Le bateau est en fin d'après-midi, lança Perry avec un petit rire.
- Ah.
Son sourire tomba d'un coup. Peter rit à son tour, puis se leva.
- Je t'y emmène. Il faut que je discute un peu avec Aurore, de toute façon. En attendant, je pense qu'on peut annoncer aux autres que l'Ile de Fer a été inspectée et est à présent une zone sécurisée. N'est-ce pas Lucio ?
- Bien sûr, bien sûr. J'en tiendrai un mot à Charles, il se fera un plaisir d'envoyer ses apprentis s'entraîner là-bas.
- Parfait. Si tout est réglé, nous partons sur le champ.
Il attrapa sa cape, suspendue à l'entrée, et la jeta sur ses épaules d'un geste théâtral, avant d'ouvrir la porte en grand. Louka le suivit, bafouillant des remerciements en devenant de plus en plus rouge.
La porte claqua, et ils entendirent clairement un rugissement doublé d'un battement d'aile à travers la fenêtre ouverte.
- Sacré Peter, soupira Lucio avec un sourire un peu forcé. Perrine, je te laisse le soin de signer les derniers papiers et de les poster. Si jamais vous avez besoin de moi, je serai certainement à la bibliothèque.
Il quitta lui aussi la maison, bien plus silencieusement, suivi par un mentali que Gabrielle n'avait même pas remarqué en arrivant.
La sonnerie de téléphone réveilla Victor en sursaut. Il batailla quelques secondes avant de se rendre compte que c'était sa montre qui sonnait, et que les gens présent dans l'église le regardaient avec un air profondément consterné.
Il s'excusa et s'éclipsa à toute vitesse, décrochant au passage pour tomber sur la voix douce de Perrine, qui l'informa de la fin de la mission de l'Ile de Fer. Ils échangèrent quelques banalités puis :
- Tu es avec Blue ?
- Non, pourquoi ?
- J'ai essayé de le joindre, il répond pas. C'est pas vraiment son genre.
- Bah, il doit probablement dormir. Il fait des insomnies de barge, ça m'étonnerait pas que même une bombe puisse pas le réveiller.
Elle rit.
- Tu me rassures alors. Mets le au courant des que possible, et faites attention à vous.
- Oui, on fera gaffe. A plus.
Il raccrocha et regarda l'heure, en espérant ne pas avoir ronflé durant sa sieste. La matinée se finissait presque, et son estomac lui faisait bien sentir. C'est donc tout naturellement qu'il se dirigea de nouveau vers le centre pokémon.
Il grimpa les escaliers quatre à quatre, et ouvrit la porte rapidement avant de se figer.
La chambre était dévastée, comme si quelqu'un avait cherché un objet dans la panique. Des affaires éparpillées au sol, la chaise renversée, les draps en boule, les coussins contre les murs. Et au centre de le pièce, recroquevillée, une silhouette tremblant violemment.
Victor mit un moment à réaliser que la personne secouée de sanglots était Blue.
Il s'approcha doucement, mal à l'aise, et s'agenouilla devant lui. Ce ne fut que comme ça qu'il put voir que Blue tenait au creux de ses bras, avec une délicatesse surprenante pour quelqu'un dans un tel état de panique, Fauve roulé en boule. Immobile.
- I-Il est… Il est mort, Vic.
Blue émit un grondement douloureux, et tenta en vain de reprendre son souffle. Victor ne sut pas quoi faire et se sentit mal de rester là, les bras ballant.
Il leva une main hésitante et la posa sur l'épaule du garçon, en se rapprochant un peu. Les gestes lui revinrent aussitôt, comme à chaque fois que son frère se sentait mal.
Il le serra dans ses bras, parlant du ton le plus posé qu'il pouvait, pendant que Blue enterrait la tête dans son pull. Il lui fallut un bon moment pour se mettre à respirer normalement, et plus encore pour qu'il arrête de trembler.
- Tu veux…tu veux parler un peu ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Il crut que Blue n'allait pas répondre, mais sa voix lui parvint, balbutiante et entrecoupée de reniflements.
- Il était v-v-vieux. Il avait pas évolué. T-tu sais q-q-que l'évolution rallonge la durée de v-vie des pokémons ? Les évolis font partie de c-c-ceux avec la p-p-plus c-c…
Le reste de la phrase se perdit au milieu d'un nouveau sanglot.
Vicky ne répondit pas. Il ne savait absolument pas quoi dire. Blue finit par se calmer et s'écarta, se frottant les yeux avec sa manche d'un air absent.
- Tu vas rentrer à Joliberges, ok ?
Le rouquin secoua la tête, le visage résolument penché vers le sol. Le voir complètement figé et inexpressif était certainement encore pire que de le voir fébrile. Victor continua de parler, doucement, tandis qu'il se levait pour tout remettre en ordre.
Il fut difficile pour Blue de dire au bout de combien de temps, mais il finit par se lever, le petit animal encore roulé en boule dans ses bras. Il parcourut la pièce d'un œil embué et attrapa la capsule de Fauve. Il le rappela pour la dernière fois.
La pokéball ne détectant aucun signe de vie, elle se scella et devint complètement opaque. Le bouton d'appel s'enfonça et se bloqua. C'était fini.
Maladroitement, Blue rangea la capsule dans la poche de son sac, et entreprit de rassembler ses affaires. Il laissa le projet d'espionnage en plan sur la table – c'était le dernier de ses soucis – et dut s'y reprendre à trois fois avant de réussir à enfiler son manteau.
- Je rentre, dit-il au bout d'un moment.
Il eut un instant de latence.
- Avec Rufus.
Vicky hocha la tête.
- Je crois que ça vaut mieux.
- Tu…tu peux continuer tout seul ?
- Sans problème. Tout va bien pour moi, ok ? Juste, rentre.
Il hésita.
- Je gère.
Victor hocha la tête en guise d'au revoir, tapotant maladroitement le dos de Blue. Ce dernier eut un sourire triste. Il hocha la tête et sortit, rejoignant le toit.
L'énorme oiseau frotta sa tête contre lui quand il l'appela, se voulant réconfortant. Ils décollèrent rapidement, et le roucarnage entreprit de monter comme une flèche le plus haut possible, prenant son dresseur par surprise. Une fois bien haut, il se laissa tomber.
Blue se mit à hurler, manquant de tomber.
L'oiseau se mit alors à vriller et le rouquin dût lutter pour rester accroché, complètement en panique et hurlant des mots sans aucune logique particulière. Quand enfin Rufus se remit à voler raisonnablement, Blue se détendit.
- Mais t'es complètement dingue !
Alors l'oiseau partit dans une série de loopings, et Blue, le souffle coupé, lâcha un couinement de surprise. Il n'avait plus la force de crier, alors sans savoir pourquoi, il se mit à rire. Un rire incontrôlable, qui lui tordait les entrailles, lui faisait mal aux joues, pleurer. Le temps qu'il se remette, Rufus s'était stabilisé et volait près des nuages, les ailes largement déployées.
- Merci, mon vieux. Allez, on retourne à Joliberges, maintenant.
L'oiseau émit un cri perçant et battit des ailes, accélérant son allure.
Il leur fallut un peu moins de deux heures pour poser le pied devant la maison. Les volets bleus et les tuiles rouges lui rappelèrent ceux du laboratoire de son grand-père.
Blue poussa la porte avec l'air fatigué et triste, mais au moins avait-il repris toutes ses couleurs.
