Les pâles raies de lumière commençaient à se glisser entre les fissures et imperfections du bois et, bientôt, des stries jaunes et grisâtres se reflétèrent sur la garde de cuivre de mon dao ; enfin, le matin était arrivé. Les yeux lourds, je regardai les colonnes lumineuses onduler sur les taches de sang au sol et les sentais réchauffer mon dos. Difficilement, mon regard se leva vers le visage de Bai-Bao ; elle n'avait rien et son visage était enfoui dans le tissu épais et pourpre.
Je soupirai en souriant. 'Elle est pas possible...' me dis-je en contemplant les contrastes de lumière sur son petit visage endormi. Grognant légèrement, je me relevai lentement et me dirigeai vers les nids pour voir si des œufs pouvaient déjà êtres mangés ; il y en avait sept et j'en pris trois. Soudain, j'entendis un hoquet de surprise derrière moi et, après avoir légèrement tourné la tête, je vis le visage effrayé de la gamine.
- « Nǐ hǎo. » lui souhaitai-je en esquissant un sourire. Elle fronça les sourcils et lentement, regarda la cape contre laquelle elle était lovée. Ses yeux s'écarquillèrent d'un coup et se débattit contre le tissu comme s'il était couvert de sang. Une fois la cape à terre, elle se leva précipitamment, et sprinta vers la porte. Haussant les épaules, je retournai à l'inspection et des nids et, quand un cris strident atteignit mes oreilles, je soupirai, récupérai ma cape et marchai vers la sortie. Là, je vis la petite Bai-bao debout devant au moins cinq cadavres de loups dont quelques uns avaient sans doute été déchiquetés par des charognards pendant la nuit. Certes ce n'était pas un spectacle de toute beauté, mais j'avais faim et plus je resterais là devant, moins la perspective d'un déjeuné me tenterait alors, je la poussai un peu sur le côté et, marchant entre et sur les carcasses d'animaux, je me dirigeai vers la porte du logis.
Le temps que le millet finisse de cuire, je ramenai, avec grand mal, plusieurs bûches qui me pesaient déjà sur les bras et plantaient leurs échardes dans ma chair encore trop tendre. Le dos complètement cambré, je rentrais dans le logis et posai le tout sur le sol. Enfin, j'aurais aimé pouvoir les poser plus délicatement... mais ça devenait vraiment trop pour moi.
La vieille Shin-Mu et moi étions déjà devant nos bols lorsque Bai-bao arriva d'un pas lent... très lent... et une fois assise, c'est à peine si elle mangea une bouchée. Pendant tout le repas, Shin-Mu tenta de lui parler... de savoir ce qui n'allait pas, mais à chaque fois, elle baissait un peu plus la tête vers son bol au point de faire tremper quelques mèches de cheveux dedans. Comme je l'avais remarqué, je voulus les enlever, mais d'un coup sec, elle balaya ma main ainsi que, sans le faire exprès, son propre bol. Ses yeux semblaient au bord des larmes et ses lèvres étaient serrées en une fine ligne. Soupirant, je remerciai Shin-Mu pour son repas, sorti de table et poussai mon bol à moitié vide devant Bai-bao. Sans dire un mot, je pris les seaux et sortis avec tout le poids du ressentiment de la petite sur les épaules.
Une fois de plus j'étais avec mes seaux devant la rivière furieuse, remplissant ces derniers en vérifiant qu'aucun loup ne viendrait m'attaquer, mais j'avais beau avoir peur de cet environnement hostile, je ne parvenait pas à lui donner la priorité dans mes pensées. J'aurais beau dire que ce n'était pas de ma faute, que je n'avait jamais voulu ça et que si je pouvais, je remonterais le temps pour éviter tout ça, mais aucune parole, aucune prière et certainement pas une rivière de larmes pourraient faire s'effacer le passé. Je serrai les dents et, attrapant un galet, je le lançai de toutes mes forces dans la rivière en mouvement ; rien... rien n'en avait altéré la surface... peu importait le nombre de galets lancés, peu importait leur couleur ou leur forme... aucun d'eux ne parviendrait à affecter le courant.
- « Tu duì eau as/exister yuànhèn. » rit une voix derrière moi. Je me retournai et, marchant lentement vers moi, Shin-Mu ne semblait pouvoir réprimer son sourire. Pensant que j'avais passé trop longtemps dehors, je crus qu'elle était sortie pour voir si je revenais avec l'eau ; je lui présentai les deux seaux remplis. Elle sembla surprise et secoua doucement la tête de droite à gauche ; je penchai la tête sur le côté. Qu'est-ce que je n'avais pas compris ?
- « Tu duì eau as/exister yuànhèn. » répéta-t-elle plus lentement.
- « Oui; eau » répétai-je en lui présentant encore une fois les seaux. Elle soupira et, gardant son sourire, elle s'agenouilla devant moi et... étrangement, j'eus l'impression qu'elle venait de s'endormir sur place.
- « Eh.. Shin-Mu...est-ce que ça v-ahjzkz ! » balbutiai-je en perdant l'équilibre ; je tombai sur le dos et le seau que je tenais se renversa entièrement sur ma tête. Jamais je n'aurais pensé voir une telle expression de haine sur son visage aux traits marqués mais doux... Et pourtant, cette facette de sa personnalité m'avais plus que refroidie...
Soudain, j'entendis un rire ponctué de reniflements sonores venir de devant moi et, soulevant légèrement le seau qui me cachait la vue, je me rendis compte que cette chère Shin-Mu s'amusait bien de ma maladresse. Cependant, la voir comme ça, me réconforta et, bien que je m'étais fait ridiculisée, j'étais tout de même contente d'avoir appris quelque chose de nouveau ; le mot 'colère/haine' et comment faire rire même dans mon 'malheur'.
Toujours le sourire aux lèvres, je pris les deux seaux et retournai, contente, vers la maison ; ranimai le feu, aidai Shin-Mu à trier les herbes puis aidai à la préparation de quelques pâtes dont je ne connaissais pas encore les effets. Le temps semblait passer à la vitesse grand 'v' et rien pendant ce jour-ci ne parvint à faire disparaître la joie que je ressentais à aider et à être, enfin... utile...
Il faisait déjà nuit et, couchée sur le coffre de bois avec ma cape comme seule couverture, je me mis à fixer le plafond, un sourire satisfait sur le visage. Absente, j'écoutais le bruit qu'émettaient les crépitements des braises qui ne tardèrent pas à s'amenuiser et, après que les flammèches furent mouchées et que le noir se fut, j'eus l'impression que les clous qui dépassaient légèrement du bois au niveau de mon dos, étaient entrain de sortir pour mieux se planter dans ma chair.
Tout à coup, je sentis quelque chose de doux et frais contre mon front et, lorsque mes yeux s'ouvrirent, je me trouvais face à face avec un ciel bleu marine parsemé de flocons tombant à une allure régulière sur toutes les surfaces présentes. Réalisant que j'étais une fois de plus dans une clairière enneigée au milieu de bois de résineux, je me redressai et, les yeux exorbités, je scannai les environs ; pas un loup en vue. Je soupirai.
Légèrement soulagée mais toujours sur mes gardes, je me relevai et, sans vraiment savoir pourquoi, me mis à marcher. La neige crissait à chacun de mes pas et des nuages de vapeur se dessinaient devant mes yeux à chaque expiration ; étrangement, ça me calmait...
À cet instant, mon pied ne rencontra pas le sol et tombant en avant, je m'étalai dans la poudreuse fraîche. Lentement, je relevai la tête et, après avoir enlever une partie de la neige qui s'était inviter dans mes vêtements, je dirigeai mon attention vers la chose qui m'avait fait chuter ; un trou. J'y jetai un coup d'œil et, à y regarder de plus près, ça ressemblait bien plus à une empreinte très profonde. Je regardait alors tout autour de moi, mais entre les arbres sombre et la neige blanche, rien ne semblait bouger. Doucement, je me relevai et repris ma route.
Plusieurs fois, je regardai le ciel mais étrangement, je ne voyais aucune source de lumière... comment faisais-je seulement pour voir devant moi ? C'est alors que, laissant mon regard se poser sur le sol, je vis une singulière tache orangée. Intriguée, je m'en approchai et vis que des reflets plus prononcés illuminaient une fine couche de glace. Je relevai alors la tête et vis, un peu plus loin, un halo lumineux. D'un pas lent, j'arrivai dans une clairière où, en son centre, un petit lampadaire trônait. Je m'en approchai et, à bien y regarder, il ne m'arrivais qu'au ventre mais comment un feu si petit pouvait-il rendre l'air hivernal alentour si chaud ?
Heureuse d'avoir trouvé une source de lumière, je m'assis juste devant et contemplai la flamme qui, bientôt, me paru avoir une forme étrange ; Goupil ?
Était-ce mon imagination ou bien mes yeux qui me jouaient des tours ? 'Je rêve...' murmurai-je en regardant les petites flammes prendre la forme du garnement puis courir dans tout le sens. Fascinée, je restai devant le petit être de flammes, la bouche entre-ouverte et les yeux ronds de surprise mais plus je regardai ce petit spectacle, plus mon visage se relaxai en un sourire nostalgique... 'tu me manques...' pensai-je à voix haute. Soudain, le feu-follet s'arrêta et tourna son petit visage vers moi ; il s'avança lentement vers le verre qui le protégeait du vent et posa une petite main dorée contre. Sans trop réfléchir, j'avançai ma main dont seul l'indexe était tendu vers la paroi translucide et, alors que mon doigt allait se poser sur le verre chaud, des bruits de pas rapides... non, une véritable course ! Une débandade même ! Se fit entendre derrière moi et, alors que mes yeux scannaient les alentours, je sentis la chaleur peu à peu me quitter et vis la lumière clignoter.
- « KOTARŌ ! » criai-je en me retournant. Soudain, je remarquai le petit étalé sur son socle, recroquevillé, terne et parcouru de spasmes ; il s'éteignait !
Tout à coup, des éclairs blancs se reflétèrent dans la paroi de verre et le sol se déroba sous mes pieds. « KOTARŌŌŌŌ ! » hurlai-je avant d'ouvrir mes yeux ; respiration haletante et front en sueur, j'étais de retour sur le coffre.
'Encore un cauchemar' murmurai-je en me tenant la tête. Je sentais le froid me remonter le long du dos à travers le tissu de mon vieux T-shirt dégueulasse et bien que je tentai de fermer, les yeux, ils s'y refusaient... comme si... inconsciemment, ils avaient peur de revoir la même chose... comme si, les cauchemars que j'avais fait ces derniers temps... étaient de trop pour eux... pour moi... 'Kotarō...' gémis-je en en serrant d'autant plus mes doigts sur mon crâne.
- « Mauvais/méchant rêves/sommeil ? » demanda alors une voix derrière moi. Je tournai immédiatement la tête pour trouver la vieille femme assise sur son vieux matelas de paille.
- « Mh. » fut tout ce que je pus répondre ; je ne voulais pas paraître impolie, mais je ne faisait pas confiance à ma voix... j'avais peur... peur de laisser échapper ma douleur... il avait déjà fait les frais de la poisse que je traînais... je ne voulais pas en plus... 'C'est ça ! Je vais pas les saouler avec ces bêtises... qui sait, elles sont peut-être superstitieuses... elles pourraient s'inquiéter plus que de raisonnable... non ! Je vais pas rester très longtemps de toute façon... juste le temps de repayer ma dette, les laisser dans une situation convenable.. et ensuite, je partirai chercher Goupil...
Soudain, un hoquet m'échappa. Honteuse de ma faiblesse, je me recroquevillai et, posant mes bras croisés sur mes genoux, j'enfouis ma tête dans le creux qu'ils formaient.
- « Le passé kěyǐ mentir/faire croire on/nous shǐ on/nous croire/avoir confiance, on/nous peut pas en avant zǒu » murmura-t-elle au bout d'un moment. Beaucoup de mots me manquaient... les plus importants... mais que 'le passé nous fasse croire quelque chose'... et 'qu'on ne peut pas aller avant' ?
Je relevai alors la tête prête à demander une traduction à Shin-mu... mais quand mes yeux se posèrent sur le lit sous les plantes séchées, je vis qu'elle s'était déjà recouchée ; c'était certainement mieux comme ça.
Silencieusement, je me rallongeai sur mon côté gauche les yeux fixés sur les imperfections du bois sur lesquelles dansaient les vagues ombres créées par les braises mourantes.
'Le passé... ment...' murmurai-je absente. 'Le passé ment... et fait croire que on peut pas avant...' formai-je sans pour autant prononcer ces mots. 'on peut pas avant... peut pas 'retourner' avant ?.. peut pas 'aller en avant... aller de l'avant ?' murmurai-je en laissant mon regard se poser sur un objet un peu plus brillant ; la bague. Par réflexe, je couvris ma main de l'autre et fermai les yeux ; très bien... autant essayer...après tout, le malheur est le père du bonheur de demain, non ?
J'ai essayé de m'en tenir à ça, j'ai essayé de relativiser... de voir le verre vide à moitié plein... quitte à le remplir de mes larmes ou de ma sueur... je pense avoir travaillé dur pour cette tranquillité, je pense avoir tout fait pour éviter les vagues... je ne saurais trop dire combien de temps il m'a fallut depuis que j'ai pris cette décision ; six, sept mois... ? Peut-être même un an complet... nan, pas un an... la neige n'est pas encore revenue... En fait, c'était encore l'été.
Le soleil tapait fort sur les plantes et sur nos têtes et, quand on relevait les yeux de la terre qu'on travaillait, seules quelques taches bleues parvenaient à passer outre le blanc aveuglant. J'avais eu du mal avec les travaux manuels.. beaucoup de mal... surtout avec les courbatures qui me faisaient ressentir chaque muscle de mon corps... même ceux dont je ne soupçonnais pas l'existence !
Plusieurs fois, j'ai trébuché dans les sillons que j'avais tracé... plusieurs fois, j'ai eu envie de rester face au sol en attendant que mon coup de chaud passe et bien trop souvent, j'ai regardé les cales sur mes doigts en me disant que j'avais mal... mais je me suis toujours relevée... j'avais trop à faire, trop à donner... bien trop de choses à repayer.
Le soleil était déjà haut dan le ciel ; il devait être pas loin de midi... Je me relevai lentement, mis une mèche de cheveux trempe derrière mon oreille et, avec ma faux sur l'épaule et mon sac remplis de millet sur l'autre, je m'en retournai au logis. Sur le chemin, mes yeux se posèrent sur une petite chose qui avançait d'une façon étrange... je m'en rapprochai 'furtivement' et, une fois suffisamment proche, je me rendis compte que cette chose étrange n'était en fait que Bai-Bao qui revenait avec son sac d'herbes dans ses petits bras tout en s'efforçant de cacher le plus possible sa peau des rayons du soleil...
Elle se donnait tellement de mal pour garder une peau pâle... mais, même si le ridicule ne tuait pas, la façon dont elle se contorsionnait et les minuscules pas qu'elle faisait, ne pouvaient que provoquer la moquerie... qu'elle soit bonne enfant ou non.
- « Besoin aide ? » demandai-je en arrivant à son niveau. Elle ne me répondis rien, mais ses petits doigts se plantèrent d'autant plus dans le tissu rêche du sac qu'elle gardait au dessus de sa tête et, ses enjambées, bien que toujours aussi petites, avaient doublé en fréquence. Je soupirai, un sourire sur mes lèvres ; elle n'était pas bien méchante... un peu blessante parfois et aigre la plupart du temps... je pourrais lui en vouloir de ne même pas essayer de me connaître avant de me juger... mais la voir tracer comme un oiseau de rivage avec ce gros sac sur la tête... c'était juste trop...
Après quelques minutes de marche, je parvins devant la porte en bois que j'avais tenté de réparer et, passant ma main contre, je me rendis compte que la neige l'avait abîmé au point de la faire s'effriter à plusieurs endroits... 'Eh, ça fera encore l'affaire.' me dis-je en haussant les épaules.
J'ouvris donc la porte et
Crac
Il me fallu un moment, mais je me rendis bientôt compte que la poignée de bois était dans ma main... mais pas rattachée à la porte...
À ce moment, la porte s'ouvrit sur Shin-Mu dont les yeux s'écarquillèrent en entendant la porte s'écraser au sol.
- «Je/moi xiǎng nous/on besoin un/une xīn de » constata la vieille femme en regardant les reliquats qui jonchaient le sol.
- « Wǒ xiǎngdàole » dis-je en jetant la poignée par dessus mon épaule avant de baisser la tête pour rentrer. Maintenant que j'y pensais, je n'avais jamais eu besoin de me pencher pour passer le seuil... était-ce par ce que je ne pouvais me tenir droite à cause de ma blessure ouverte ou bien avais-je grandi ? Bah, l'un dans l'autre, ça ne me changeait pas grand chose.
Un sac tressé sur le dos débordant de breloques, remèdes et autres concoctions, j'avançais sur les chemins de terre battue en compagnie de notre chère diva... En y repensant, je crois que j'avais perdu le compte du nombre de fois où mes yeux avaient roulé dans leur orbites... et, ce, en ne comprenant qu'un tiers de ce qu'elle miaulait ; vraiment, j'avais l'impression de traîner un chat à l'agonie ! Absente, je tirai une plaque de bois de ma poche ; Shin-Mu y avait gravé des symboles simples avec des barres à côté... j'avais cru comprendre que c'était pour le prix des remèdes... en même temps, c'était logique, puisque Bai-Bao n'y connaissait rien et que je n'avais pas eu le temps de tout retenir ; le code couleur devait faire référence aux étiquettes...
À ce moment, le pied d'un poteau arriva dans mon champ de vision ; je relevai la tête et rangeai la plaquette dans ma poche. Je sentis alors que le tissu commençait à s'effilocher ; je devrais bientôt l'abandonner ou le rapiécer. Gravées sur des planches, les directions menant aux différents villages étaient finalement visible mais incompréhensibles à mon cerveau inexpérimenté.
- « Hoi ! Bai-Ba- » commençai-je avant de regarder derrière moi... juste pour me rendre compte qu'elle était à bien cent mètres de là où j'étais... 'au moins maintenant je sais pourquoi je m'entendais à nouveau penser...' grommelai-je réajustant mon chapeau de bambou, un dǒulì je crois...
J'attendis pendant un moment, mais elle était lente... mais lente... tellement leeeente... Mon regard faisait des allez-retour entre le panneau et la traînarde et, finalement, je me mis à essayer de lire ce qui était gravé dans le bois.
'Bù... Bai-cha... Bai.. merde euh... Bai-chun ? Oh et puis merde ! Allez, suivant.' pensai-je en regardant les différent symboles, les yeux plissés pour mieux voir. 'X-iii... euh... Ch-chi... fu..eng... ? Chifeng !' m'exclamai-je en reconnaissant le nom de la ville dont Shin-Mu avait parlé. Je rajustai mon panier et, avant de me mettre en route vers la direction indiquée, je jetai un coup d'œil à Bai-Bao. 'elle rattrapera' me dis-je en reprenant ma route.
Sur la route de Chifeng, nous rencontrâmes des dizaines de porteurs, chargés comme moi, des caravanes tirées par des bœufs, des familles presque au complet portant des fardeaux extrêmement lourds... et quand je voyais un enfant qui devait faire seulement un tiers de ma taille et de mon poids, transporter plus que ce que j'avais sur le dos... et le tout en ne rechignant pas le moins du monde... J'aurais préféré voyager avec eux...
Mais il y avait quelque chose de singulièrement tranquillisant à marcher sur ce chemin... Pour une fois depuis longtemps, j'avais enfin plus de deux personnes autour de moi... et aucun regard inquisiteur, rien... je faisais parti du troupeau...
Perdue dans mes pensées, j'eus l'impression d'être observée et, regardant un peu partout, je vis une petite tête sortir de dessous un panier qui cachait entièrement le reste du corps. Le gamin ne dit rien ; à ce moment là, je me surpris à espérer que mon dǒulì cachai mon visage. Soudain, je vis son corps partir en avant. Par réflexe, mon bras jaillis et attrapa le haut de son panier. Par chance, les lanières qui lui permettaient de transporter le tout le retinrent et aucuns d'eux ne tomba.
- « Ça va ? » demandai-je immédiatement après que ses jambes se soient postée de façon à ce qu'elles supportent à nouveau son poids ainsi que son chargement.
Soudain, quelqu'un me poussa et, reculant de quelques pas le temps de me stabiliser, je vis une femme tout aussi chargée que l'enfant le poussé dans le dos pendant qu'elle me lançait des regards mauvais. Mes yeux étaient tout d'abord écarquillés mais, alors que ma tête se penchait vers le sol, mes paupières en firent tout autant et, les yeux vagues, je fixais mon chapeau de paille qui était à présent dans la poussière, à terre.
À partir de cet instant, je sentis un poids supplémentaire sur mon dos, une charge dont je ne voulais pas... et étrangement, même si personne ne criait vraiment, même si les murmures étaient presque aussi inaudibles qu'incompréhensibles... je savais bien ce qu'ils voulaient dire...
'retourne d'où tu viens', 'tu ne sera jamais comme nous', 'ne t'approches pas', 'barbare', 'monstre de l'ouest'...
- « J'aimerais bien... » murmurai-je après avoir ramassé mon dǒulì. Soudain, un panier fut poussé dans mes bras.
- « Rènwéi ton/toi hěn chance, je/moi pas ràng tu/toi cóng yī kāishǐ jiù porter ça. » expliqua Bai-Bao d'une voix que je savais condescendante en réajustant ses manches en de grands gestes ; Mais bien sûr ! D'un pas décidé, je posai le panier par terre et la dépassai.
- « Toi débrouiller. » lui lançai-je avec un regard en coin ; si je ne pouvais pas partir maintenant, alors je n'allais pas me laisser pourrir la journée par une gamine imbue de sa petite personne et de toute façon, la nuit n'allait pas tarder à tomber et je ne pourrais certainement pas compter sur elle pour surveiller les alentours...
En effet, la nuit avait fini par pointer le bout de son nez et, pour la première fois, je me rendais compte de ce que ça faisait de se retrouver véritablement dans le noir, sans rien pour protéger, sans briquet, sans allumettes... ça, je le savais et, c'était pour être sûre d'avoir au moins un feu convenable que j'avais décidé de stopper notre voyage quand le ciel commença à disparaître derrière l'horizon. Un silex et une bái tiě kuàng. Heureusement, avec un temps aussi sec, la paille que j'avais ramené était restées bien sèches et avait donc prit presque instantanément.
'Au moins, avec ça, les loups ne viendront pas trop près...' me dis-je en souriant, fière d'avoir réussi à faire mon premier feu... c'est dans ce genres de moments que je regrettais un peu de ne pas avoir été chez les scouts... Toutefois, le choix d'emplacement avait été du quitte ou double ; en restant loin des autres caravanes. J'avais pensé réduire nos chances d'êtres pris pour cible par des voleurs, bandits et autres... mais d'un autre côté, c'était plus facile de ce cacher derrière le nombre, de donner de l'importance par au moindre individu par sa participation dans la simple logique de masse... ou du moins, c'était mon excuse.
Dans le lointain, je les voyais... leurs feux... j'entendais des voix, des rires, des bruits d'animaux, presque le crépitement sous les marmites... ça me faisait envie... vraiment...
- « J'espère qu'elle prend soin des paniers... » me dis-je en pensant à la gamine. Je l'avais laissé là-bas, avec les autres, elle serait plus en sécurité... même si j'avais, au fond de moi, un peu peur d'avoir fait le mauvais choix ; elle avait une grande gueule et aimait jouer les grandes dames... mais au niveau physique... pas un vendeur d'esclaves ne se priverait... Mais si j'y allai...
Je savais ce qui m'attendais là-bas ; au mieux, des regards noirs et des remarques chuchotées... ou carrément d'être caillassées par les plus extrêmes... bizarrement, j'aspirai pas trop à la deuxième version... Mais s'il lui arrivait quelque chose... la pauvre Shin-Mu avait déjà perdu un fils, un petit fils, une belle-fille... il ne lui restait plus qu'elle...
- « Je vais quand même pas risquer mon cul juste pour elle... » me dis-je en repensant à toutes les fois où elle avait été infecte avec moi ; rien à foutre que son père soit mort ! C'était y'a un an. Et pour une stupide bague ! Et de ce que Shin-Mu m'avait dit ; elle m'en voulait peut-être juste pour l'avoir 'empêché' d'avoir une vie plus confortable. 'une égoïste. ' me dis-je en vérifiant l'état de mon feu.
Mais ça ne collait pas... ça n'irait pas. J'avais dit que j'irais de l'avant, toujours de l'avant... je me l'étais promis ! Mais j'avais juste dit que j'essaierai... Mais 'essayer' n'est pas suffisant ! Dans la vie, il ne faut pas juste essayer ; il faut le faire ! Tracer ses limites, choisir un but précis, une ligne de conduite qui y mène et c'est tout !
- « Et merde ! » vociférai-je en jetant un autre coup d'œil au 'campement'. Je ne savais même pas si mon dǒulì serait suffisant pour 'passer inaperçu'... en admettant que le fait de porter un chapeau en pleine nuit soit quelque chose de 'normal'... « Comme si je pouvais y changer quelque chose ! » grognai-je en me levant. Rapidement, je recouvrai mon feu de terre et, une fois sûre qu'il était éteint, je me mis en route vers les lumières qui éclairaient tant bien que mal la nuit.
J'étais à deux doigts et j'hésitais encore un peu, mais il me fallait y aller ; je mis mon dǒulì et avançai à travers la végétation jusqu'à ce que mon pied glisse. Immédiatement, je sentis tout mon corps s'écrouler et, une fraction de seconde plus tard, je me retrouvai la tête dans la boue.
- « Unh, génial... » vociférai-je en enlevant un maximum de boue de mon visage. L'été avait été si chaud cette année, les plus petites rivières n'étaient plus que des ruisseaux boueux et c'est avec beaucoup de mal, que je sortis de son lit. J'étais trempée, boueuse, je sentais la vase et il y avait quelque chose qui gigotait définitivement dans ma chaussure.
Enfin, ce n'était pas vraiment un problème pour le moment et, faisant abstraction de la chose qui se débattait pour sortir, j'arrivai au campement dont les feux m'éblouirent avant que, peu à peu, mes yeux ne s'y habituent... Mais je n'avais pas attendu plantée là que ce soit le cas et, l'air de rien, j'étais entrée, avait fait le tour de plusieurs tentes et caravanes avant de trouver la petite Bai-Bao qui, toujours aussi droite qu'à l'accoutumé, était assise devant le sac d'onguents. Poussant quelques enfants de devant mes pieds, j'avançai d'un pas lent vers elle et ne prêtai pas attention lorsqu'elle retroussa hautainement son nez après que je me sois assise à côté d'elle.
- « Tu chòule » dit-elle d'une voix indignée... je supposai qu'elle se plaignait de l'odeur de vase, mais je ne pouvais pas y faire grand chose... ou du moins, je n'avais pas l'intention d'y changer quelque chose... en fait, j'étais tellement sale que, sous la boue, personne n'aurait exactement pu dire qui ou quoi j'étais, mais au moins j'avais un œil sur la gamine et les marchandises ; je ne lui faisais pas confiance pour veiller toute la nuit... je n'aurais même pas insisté pour qu'elle le fasse ça ne l'aurait que encouragé à se plaindre.
La nuit fut relativement froide malgré le fait que l'été se soit installé depuis longtemps, mais ça devait être une impression plus qu'une vérité car, pendant que beaucoup se resserraient et grelottaient, je restai là devant nos paquetages, couverte d'une boue qui avait depuis longtemps durci, à regarder les flammes mourir peu à peu ; les loups n'attaqueraient pas.. pas en été... ils avaient suffisamment à manger.
Mes paupières se faisaient de plus en plus lourdes, mais pour me tenir éveillée, je me mis à observer, dans le noir, les ombres lupines qui passaient de temps à autre autour du camp, sans doute pour aller boire...
Soudain, un son étrange s'éleva dans la nuit, comme une guitare étrange dont on faisait vibrer les cordes puis un sifflement... intriguée, je me mis à chercher la source de tels son et, quand une voix étrange et gutturale commença à 'chanter', je remarquai une silhouette assise plus loin, à côté d'un sac comme le notre. Je n'avais jamais rien entendu de tel ; ça ne ressemblait pas à de la musique chinoise, pas même à celles du XX ème siècle... en fait, on avait l'impression que ce n'était même pas humain... oui, ça ressemblait peut-être un peu aux distorsion de voix... sans dire un mot, je restai là à regarder l'ombre de cet homme faire passer son archer sur les cordes devant un feu qu'il avait sans doute ravivé... Il y avait quelque chose de rassurant dans ces sons... quelque chose de familier dans l'étrangeté qui m'entourait depuis si longtemps... depuis que je m'étais retrouvée enfermée dans ce rêve éveillé...
- « Pas de là, non ? » demanda soudainement une voix ; je secouai la tête ; je ne m'étais même pas rendu compte que j'avais fermé mes yeux. La musique s'était arrêtée et le visage buriné que la lueur des flammes soulignait, me regardait ; je ne répondis rien... il n'avait pas à savoir. « Fille doit/devrait être froid » ajouta-t-il en pointant vers moi de son archer. Immédiatement, je me tournai vers Bai-Bao qui, effectivement frissonnait malgré la couverture qu'elle avait ramené alors, rapidement, je me levai, cherchai ma cape et la drapait au dessus d'elle.
- « Tu est qīng dàofū... ? » demanda-t-il. Un sourcil relevé, je tournai la tête vers lui, toujours à genou devant la gosse.
- « qīng dàofū ? » répétai-je à mi-voix.
- « Preneur/voleur de bataille. » dit-il au bout d'un moment.
- « Non. » grognai-je au bout d'un moment avant de me rasseoir à côté de Bai-Bao. Le type ne posa pas plus de questions mais, les yeux cachés par mon dǒulì, je pouvais encore sentir qu'il m'observait ; heureusement que je n'avais pas sorti mon dao...
Le jour arriva lentement dans les sifflements et bruits des bœufs que les loups affolaient malgré leur passivité. Cette fois-ci, je pris ma cape avant que quelqu'un d'autre ne la voit, la rangeai et réveillai Bai-bao. Elle ronchonna encore, mais une fois son bol dans les mains, elle ne parla plus et se contenta de manger, petite bouchée après petite bouchée la bouillie de millet que Shin-Mu nous avait préparer pour le trajet.
Il nous fallut pas moins de cinq heures de marche au milieu de marchands bruyants pour arriver finalement devant des murs de pierre gris derrière lesquels disparaissaient d'autres caravanes et personnes. Toute cette énergie me rappela la dernière fois où j'avais été dans une grande ville...
Immédiatement, je secouai la tête et, les sourcils froncés, je me mis à marcher plus vite jusqu'à ce que Bai-Bao ne me rappelle à l'ordre, mais je ne l'attendis pas pour autant et, une fois dans la rue principale, je cherchai un emplacement puis me mis à déballer les affaires.
Bizarrement, passer plusieurs heures à vendre des produits aux passants ne me dérangeait pas... c'était même une raison supplémentaire pour donner le meilleur de moi-même... mais beaucoup semblaient avoir très bien compris que je n'étais pas d'ici... et pourtant, ils ne me fuyaient pas comme les autres... mais la réponse m'arriva bien assez vite. Plus loin, devant une autre échoppe, je vis une personne aux cheveux roux que certains montraient du doigt alors que d'autres n'y prêtaient même pas attention... lui aussi semblait vendre des onguents et autres plantes, mais en rien cela ne semblait affecter ses ventes.. ou du moins était-ce le cas ici.
Mais je devais aller faire quelques achats pour les réparations de la porte alors, vers la fin d'après-midi, lorsque les prix avaient suffisamment baissé pour être abordables, je me levai et partis, laissant Bai-Bao s'occuper des marchandises.
J'aurais voulu prendre mon temps pour tout regarder, mais je ne voulais pas la laisser seule trop longtemps alors, d'un pas rapide, je me dirigeai vers toutes les étales présentant des types de bois différents. Il fallait quelque chose de solide, de fiable et qui pourrait résister à l'humidité et au froid... Au bout de quelques minutes, je m'arrêtai devant un ensemble de planches qui dégageaient une forte odeur qui me rappelait celle des pins ; parfait.
- « Combien ? » demandai-je en pointant les planches du doigt.
- « Deux pièces. » répondit l'homme en regardant ses planches d'un air impatient ; il n'avait pas dû vendre grand chose... mais c'était tant mieux pour moi.
- « Six planches. » dis-je alors en sortant douze pièces de ma poche. Lentement, il les empila sur deux cordes disposée aux extrémité et parallèlement aux planches puis les attacha, fit un nœud et pris l'argent que je lui tendais avant de me donner ce que je venais de payer. Le tout était un peu lourd et je devrais sans doute trouver un moyen de me l'attacher dans le dos, mais au moins la porte serait réparée dans peu de temps et les nuits moins froides.
- « Xiǎoxīn! » cria une voix à ma droite ; de suite, je me retournai et, laissant tomber les planches, je projetai mes deux bras en avant ; une espèce de hallebarde avait failli me tomber dessus. Le tranchant de la lame brillait au soleil et, lentement, je l'éloignai de mon visage avant qu'un homme de petite taille n'arrive et la prenne, totalement paniqué. « mes excuses... » bégaya-t-il en portant l'arme, il ne semblait pas savoir où la mettre. Sans trop le quitter du regard, je ramassai mes planches et, intriguée par le reflet des armes, je restai un moment à observer les épées, sabres, outils, haches et autres...
- « Zhùshǒu! » cria soudainement une voix aiguë et plaintive ; immédiatement, je relevai la tête et, au loin, je vis une petite foule tout près de la où j'avais laissé Bai-Bao... Rapidement, je me rapprochai et, au dessus de toutes les têtes et dǒulìs, je vis la petite recroquevillée par terre avec quatre types autour.
Sans attendre, je poussai les gens, les envoyai sur le côté et quand j'arrivai près de l'un d'eux, je lui donnai un revers dans la tête ; il tomba par terre.
- « Hēi! Qu'est-ce que tu crois fai-...re... » s'exclama l'un d'eux avant que sa voix ne s'étouffe et lentement, il leva la tête vers la où mes yeux le toisaient. Jamais je n'aurais pensé avoir à regarder quelqu'un de si haut, mais bon, ils étaient tous assez petits...
- « Laisser la. » dis-je au bout d'un moment, les dents serrées.
- « Tch ! Tu vas me/nous arrêter/empêcher ? » rit l'un d'eux et étrangement, celui qui avait eu l'air étonné de me voir, retrouva sa consistance et même un sourire narquois. C'est alors qu'une raie de lumière me frappa à l'œil et, regardant immédiatement dans cette direction, je vis une espèce de dague ; je n'étais pas armée !
Ses muscles bougèrent et, rapidement, je pris la corde avec laquelle je portait mes planches et l'envoyai sur eux ; celui à la dague n'évita pas le coup et fut projeté un peu plus loin, malheureusement, le second était passé derrière moi et, quand je voulus me tourner pour lui décocher un coup de poing, du sable m'arriva dans les yeux.
Aveuglée, je ne pus qu'encaisser le coup qui me fut donné.
- « Gamin ! » cria une voix familière et, comme la dernière fois, un éclair gris apparut à mes yeux irrité ; sans même réfléchir, je l'attrapai et donnai un coup au hasard. Un cri retenti ; j'avais touché.
Je tentai alors de me relever, mais lorsque je fus sur mes pieds, quelque chose me taillada le bras et, de douleur, je laissai tomber l'arme et, titubai en arrière avant de trébucher ; je m'écrasai au sol.
- « Lèsè... » grogna une voix devant moi. Un peu sonnée, j'ouvris les yeux et vis devant moi le type qui venait de ramasser mon dao. « Tu l'as/auras voulu.. » dit-il en levant mon dao au dessus de sa tête. Immédiatement, je voulus me relever, mais une main m'agrippa les cheveux et tira un grand coup en arrière. « dit ton/tes de dǎogào, monstre ! » ajouta-t-il en abaissant son arme.
À cet instant, tout sembla se dérouler au ralenti et, à la place du type aux moustaches, je revis les hommes en cape rouge, la tête de la fille rouler sur le sol de glace et de boue, le corps du marchand convulser à terre... Rapidement, mes yeux se posèrent sur le poignard de tout à l'heure ; je le saisi, tranchai ce qui m'agrippai aux cheveux et, redressai les planches dans lesquelles la lame frappa avant que je ne me retourne, poignardant le type qui était derrière moi dans le genou.
Crack
Les yeux grand ouverts, je regardai le type tomber au sol, le poignard toujours entre mes doigts et, lorsqu'il se délogea de la plaie son l'action de la pesanteur, je pus entre-apercevoir l'os sous le sang ; je frissonnai.
- « Gāisĭ ! » vociféra alors une voix derrière moi ; je me retournai et, derrière les planches que je soutenais toujours, je vis le type regarder ses mains vides, mais dégoulinant de sang ; l'arme était à ses pieds. Je laissai tomber le bois, me relevai et, dans un même mouvement, lui lasserai le ventre avant de le percuter ; il tomba au sol et dans la poussière.
Mon cœur battait encore à mes oreilles, mes mains tremblait et, pendant qu'il se roulait sur le sol en se tenant le ventre, je ramassai mon dao dont le manche me parut plus agréable en main que le poignard.
- « Húndàn ! » cracha-t-il en essayant de se relever mais il s'écrasa lourdement sur le sol une fois de plus. Personnellement, je ne lui prêtai pas la moindre attention et me contentai d'aller voir Bai-Bao qui, à présent, était assise sur le sol, ses grands yeux noirs emplies de larmes et sa lèvre inférieur tremblante.
- « Toi vas b- »
Sans crier gare, elle s'était relevée et jetée sur moi en pleur. Je ne savais pas quoi faire... et, pendant plusieurs secondes, je restai comme ça, les yeux dans le vide et l'épée à la main avant qu'un sourire ne me vienne. Je fermai alors les yeux et posai une main sur le haut de son crâne avant de passer main toujours armée dans son dos pour la rapprocher ; c'était si adorable.
- « Tout va bien... » murmurai-je en passant une main sur ses cheveux. « C'être fini. » mais elle secoua vigoureusement la tête avant de la relever, ses yeux rouges et encore humides.
- « Non, c'est pas bien ! Ils kǎnle! » gémit-elle, ses doigts encore plus resserrés sur mon vieux T-shirt. « Tóufǎ ! » pleura-t-elle de plus belle avant de me montrer une mèche de ses propre cheveux. Lentement, je portai une main à ma tête et me rendis compte que mon chignon n'était plus là et qu'une masse inégale de cheveux tombaient à présent sur ma nuque et pendaient de part et d'autre de mon visage ; je soupirai un sourire sur mon visage.
- « Pas grave... toi bien et ça est tout important. » dis-je en rouvrant les yeux ; les siens étaient à présent ronds et ses doigts se relâchèrent avant de tomber de part et d'autre de son corps. Je ne savais pas si j'avais dit quelque chose de mal ou de choquant, mais bon, je ne pouvais pas rester là pour toujours alors je le lâchai et retournai chercher mes planches qui présentaient à présent une profonde entaille ; ma langue claqua contre mon palet. 'Super, va falloir que j'en rachète...' pensais-je en retournant auprès du type qui se vidait peu à peu de son sang ; sa bourse ferait l'affaire. « Venir. J'avoir planche à acheter. » dis-je en me relevant avant de prendre mes achats sous mon bras.
Elle acquiesça et, tous deux, nous retournâmes chez le vieux qui, en nous voyant, fit à son tour une drôle de tête, mais accepta de nous vendre une autre planche. À vrai dire, plus personne ne nous regarda normalement après ça... même le roux de l'échoppe d'en fasse... mis bon, j'avais fait ce qui me semblait juste.
- « Bon, maintenant le tout c'est de rentrer.. » dis-je avant de me retourner pour voir si Bai-Bao était toujours là et, juste à côté de moi, je la vis marcher, la tête basse et ses longs cheveux devant les yeux. « Quoi avoir ? » demandai-je en m'arrêtant mais, avant même qu'elle ne dise quoi que ce soit, je me rendis compte que ses vêtements étaient presque entièrement déchirés... mais je n'avais sans doute pas assez pour lui payer un nouveau vêtement... 'mince ! Je peux pas-' me dis-je avant que mes yeux ne se posent sur une échoppe de bijoux.
- « Hey ! » dis-je avant de m'approcher à grand pas du marchand. « Vous m'achetez une bague en or ? » demandai-je en posant mes planches contre la caravanes ; il hocha de la tête. Rapidement, j'enlevai ma bague et la lui tendis, il l'examina et, visiblement ravi, il me donna une bourse bien remplie ; j'en vérifiai toutefois le contenu. Bingo. « Venir ! » dis-je rapidement en partant vers une boutique où après un moment, nous trouvâmes des vêtements à sa taille... Après ça, je retournai prendre notre sac et ce que nous n'avions pas vendu et en utilisai un peu pour soigner nos blessures avant de me diriger, comme beaucoup d'autres marchands vers la sortie de la ville et finalement sur le chemin du retour.
- « Gamin ! » interpella soudainement une voix derrière nous ; un homme d'une bonne quarantaine d'année nous rattrapa, mon fourreau à la main.
- « Merci. » dis-je en le prenant de ses mains puis, commençai à rengainer-
- « Pas comme ça ! » s'exclama-t-il alors que j'allai refermer le tout. Il me l'attrapa des mains et, sorti le dao avant de le rentrer dans son fourreau. « remettre toujours dos bas... pas frotter lame. » expliqua-t-il avant de me tendre l'arme.
- « Ow ! Merci... » dis-je en la reprenant plus doucement cette fois-ci. « Allez, voyage long est. » dis-je en regardant dans la direction de Bai-Bao ; elle détourna rapidement le regard mais acquiesça tout de même.
Ce soir là, quand nous fîmes escale avec les autres, la gamine insista pour que je dorme pendant qu'elle monterait la garde... surprise mais appréciative de son élan de gentillesse, je me couchai et fermai les yeux au son toujours aussi singulier de la voix du type de la dernière fois.
