Bonjour bonjour ! C'est avec fierté que j'ai réussi à ne pas mourir de chaud pour écrire ce chapitre, en espérant qu'il vous plaise !
Le prochain arrivera peut-être la semaine prochaine, peut être dans deux semaines, mais je vais essayer de le faire vite, promis !
Autre chose : ce chapitre sera suivi d'un récap des personnages, que je posterai ce soir ou demain :)
Bonne lecture !
Le dracolosse de Peter adorait voler près de l'eau. Raser la surface du bout de ses ailes puis remonter pour éviter tout juste une vague plus haute que les autres, laissant un sillage semblable à celui des bateaux.
Peter adorait ça.
Louka passa les vingt minutes les plus longues de sa vie.
Lorsqu'ils posèrent enfin pied à terre, l'assistant dût réunir toute sa force et sa concentration pour empêcher ses jambes de trembler. Il se redressa avec fierté et offrit le sourire le plus large qu'il puisse arborer à Aurore, qui les attendait devant le refuge. Bras croisés, nonchalamment appuyée contre le mur de bois, elle avait l'air de les attendre – et totalement cool du point de vue de Louka.
- Vous avez fait vite ! Ravie de te revoir Peter ! Très joli…coup de soleil.
- Oh, merci, je me le suis fait moi-même. Ravi de constater que tu es en forme. Salut, Riker.
Le prinplouf secoua la tête tandis que Peter plissait un peu les yeux.
- Il est pas un peu trop grand ?
Aurore haussa les épaules, alors il se tourna vers Louka.
- C-c'est possible oui. En général ils mesurent aux alentours de quatre-vingt centimètres, un mètre pour les plus grands. Mais c'était un tiplouf de taille tout à fait normale.
- Il était plus petit au moment de son évolution, fit Aurore en levant les yeux. Je suis sûre que ça vient du fait qu'il traîne à évoluer.
Riker hocha la tête, comme s'il était d'accord. Il mesurait environ un mètre quarante, avait des ailes aussi tranchante que des lames et son bec était strié de cicatrices, fendu sur la gauche et une de ses cornes était complètement craquelée. Malgré tout, il avait une allure farouche et un regard de défi qu'il partageait avec sa dresseuse. Cette dernière leur fit signe de la suivre, et avança sur le chemin qui menait à l'entrée de la mine. Elle ne s'y engagea pas, mais continua tout droit jusqu'à tourner pour suivre un petit passage dérobé pratiqué dans la paroi, menant à la sortie de la mine. Il s'agissait d'un grand plateau relié à un embarcadère hors d'usage où se terminait un chemin de fer. Un wagonnet oublié là depuis longtemps était en train de rouiller contre la barrière de terminus, offrant un abri pour Draco qui y faisait une sieste.
Peter sembla ravi de le voir mais dût le laisser à contre-coeur puisque Aurore s'engageait déjà sur le chemin. Le tunnel descendait en ligne droite vers l'endroit où se trouvait la machine.
- Je vous présente Armand, au fait, fit Aurore quand ils mirent le pied dans la salle souterraine. Il s'occupe de garder la mine depuis qu'elle a été abandonnée.
L'homme se leva et les salua d'un signe de tête poli. Il était plus grand encore que Peter, bien que plus fin. Le dracologue sembla étonné d'avoir à lever la tête pour regarder quelqu'un dans les yeux.
Louka s'approcha de l'écran, toujours allumé, et jeta un œil curieux aux titres des cases dont les chiffres étaient à présent tous à zéro. Il leva les yeux, suivit les câbles du regard.
- Qu'est-ce qu'il y avait dans les cages ? Demanda-t-il.
- Des pokémons. De type acier uniquement, répondit Armand de sa voix égale, en s'approchant. À quoi cela correspond-t-il ?
- C'est encore un peu confus, hésita Louka en cherchant un disque dur dans son sac.
Il le sortit et le brancha. Il ouvrit une interface et commença à copier toutes les données enregistrées.
- Tu crois qu'on aurait le moyen de les envoyer au tribunal avec ça ? Fit Peter d'un ton brusque.
- Non, le nom de La Team Galaxie n'apparaît nulle part, fit Louka après quelques instants de recherches. Tout est au nom de Pluton. C'est assez… édifiant.
Il ramena en arrière une mèche qui lui tombait sur les yeux mais était trop courte encore pour tenir derrière son oreille, parcourant les dossier un à un.
La plupart était des statistiques, des formules ou des schémas les autres ressemblaient à des rapports.
- On dirait qu'ils cherchent le moyen de mettre au point des ondes psychiques. Comme des ondes radio, mais basées sur la fréquence d'un cerveau. Pour le faire…disjoncter ? C'est bizarre…
- Pour quoi faire ?
Armand semblait sincèrement confus, et les trois se rappelèrent soudainement qu'il ne savait absolument rien de cette histoire. Peter jeta un regard interrogatif en direction d'Aurore, qui répondit :
- On peut lui faire confiance. Armand, promets-moi juste de garder ça pour toi.
- Je le jure, répondit ce dernier d'un ton solennel.
Elle entreprit alors de lui résumer ce que la Team complotait. Quand elle en vint aux pokémons des lacs, l'homme l'interrompit :
- Créhelf, créfollet, créfadet… ils sont de type acier ? Je pensais qu'ils seraient de type eau.
- Non, ce sont des pokémons psy. Peut être qu'ils ne le savent pas ?
- Non, ils ne savent pas, confirma Louka. Regardez. Il y a des mois de recherche dans la construction d'une machine, et il s'agit d'un prototype. Pour faire simple, toute énergie se trouve sous formes d'ondes, plus ou moins faciles à créer. Les ondes psychiques également, mais chaque cerveau à sa propre fréquence, ce qui fait qu'il est impossible de communiquer par la pensée, ou ce genre de trucs. Toutefois, entre espèces, on peut déterminer une longueur d'onde moyenne, et les pokémons de type ont apparemment la plus facile à reproduire, parce qu'elle s'approche de ce qu'on est capable de faire avec les sonars ultramodernes. Toute cette machine, c'est juste un immense émetteur radio. Ce qu'ils faisaient là, c'était un test pour savoir si leur projet était viable avant de commencer à chercher à l'appliquer à tous les types.
- C'est… wow. On parle de pirater des cerveaux là, quand même.
Aurore resta là, mâchoire pendante, ne sachant pas quoi dire de plus. Peter arborait la même expression consternée, mais avait la décence de fermer la bouche. Une ampoule s'illumina soudain dans le cerveau de la jeune femme.
- Attends, mais comment tu expliques les télépathes ?
- J'imagine qu'ils sont juste capable de modifier la fréquence de leur cerveau, supposa Louka en se rongeant l'ongle du pouce. On devrait prévenir Barry. Si ils font le même genre d'expérimentations à Frimapic il pourrait être en danger.
- Leur présence là bas n'est pas encore confirmée, calmes-toi. On lui dira juste de faire attention.
Peter les interrompit.
- Si ça ne te déranges pas, Louka, j'aimerai que tu m'envoie une copie du dossier des que possible. Et dès que vous aurez fini de récupérer toutes les informations, je tiens à ce cette machine soit détruite.
- Mon lucario s'en chargera avec plaisir, agréa Armand.
Durant le temps qu'il fallut pour copier le nombre conséquent de données, les quatre dresseurs remirent en état la mine. Les dracolosses firent disparaître tous les gravats d'un coup d'aile, les pokémons d'Aurore déblayèrent les tunnels et Louka, aidé de son équipe, reconstruisait et consolidait les poutres. Armand et lucario vérifiaient que tout soit parfaitement sécurisé et remettaient en place toutes les lanternes et les fils électriques.
Quand Louka les prévint que le téléchargement était fini, tout était presque en ordre. Ils n'eurent plus qu'à débrancher et démanteler la machine, faisant fondre les pièces de métal à coup de lance-flamme.
- Armand, tu penses avoir besoin d'aide pour débarrasser ça ?
- Non, ne vous en faites pas, vous m'avez déjà grandement aidé. Par contre, Aurore, il y a deux ou trois chose dont j'aimerais te parler. En privé. Si ça ne te dérange pas, bien sûr.
- Non, non, pas du tout ! Les garçons, vous pouvez y aller sans moi si vous voulez, je prendrai le ferry pour rentrer.
L'invitation sonnait plus comme un ordre, qu'ils suivirent avec plus ou moins de réticence. Louka n'avait simplement pas hâte de voler à nouveau, et Peter détestait recevoir des ordres, purement et simplement. Ils s'envolèrent depuis le vieux ponton, tandis qu'Aurore et Armand se dirigèrent vers le refuge.
- De quoi tu voulais me parler ?
- De ce don de télépathie, comme tu l'appelles. Il y a deux ou trois choses que je pourrais t'apprendre là-dessus.
Il resta sourd aux questions jusqu'à ce qu'ils soient arrivés au refuge et installés dans les fauteuils, une tasse de café chaud à la main.
- Avant toute chose, il faut que je te parles de lucario. Ce pokémon peut voir et utiliser l'aura naturellement. Sa famille d'évolution est la seule à pouvoir faire ça naturellement. L'aura joue sur les émotions et le lien empathique avec les gens, ce qu'on confond souvent avec les pouvoirs des kinésistes, plus proches de ceux des pokémons psy, et qui consistent en l'utilisation de la force mentale pour influencer la réalité. En gros, l'un touche aux émotions, à l'âme, l'autre touche au réel, aux molécules. Tu me comprends ?
Aurore hocha la tête lentement.
- Je penses que cette capacité dont tu m'as parlé, avant l'attaque, c'est exactement celle là. Elle se développe rarement par hasard, puisqu'elle nécessite un lien particulier avec un autre être vivant doté de cette même capacité pour commencer à se développer.
- Ça se transmet ?
- Oui et non. En vérité, chaque être humain a le potentiel de manipuler l'aura, mais il faut un déclencheur, un déclic extérieur. Ce pouvoir est basé sur l'empathie, il n'est donc pas rare que ce soit une personne maîtrisant déjà le don qui créée le déclic.
- Alors Sara…
- Elle a créé le déclic, probablement. Mais le reste, tu l'avais déjà à en toi. Tu l'as travaillé. Bien sûr, il y a des gens pour qui le déclic se fait grâce au lien qu'ils entretiennent avec des pokémons qui ont propension à maîtriser ce genre de pouvoir. C'est les dracologues qui enregistrent le plus de taux, suivis des mystimaniacs mais puisque cela se fait le plus souvent au hasard, ce don n'est jamais développé à son plein potentiel.
- Et c'est quoi, le plein potentiel, exactement ?
- Théoriquement, tout ce qu'est capable de faire un lucario. Peut-être plus. L'aura est une chose partagée par tous les êtres vivants, qui les relie et les différencie. Il s'agit d'une chose très puissante qui ne doit pas être prise à la légère.
Il prit une grande gorgée de café pendant qu'Aurore s'efforçait d'effacer le parallèle avec la Force de sa tête.
- Le fait même que tu sois consciente de ce don, même si tu ne sais pas de quoi il s'agit exactement…ça prouve que tu l'utilise, que tu le maîtrise en quelque sorte. Mais tu es toujours en train d'apprendre.
Il sembla hésiter.
- Tu sembles être quelqu'un d'intègre. Alors si cela peut t'aider à mener ta mission de protéger la région à bien, j'aimerai que tu prennes avec toi un nouveau compagnon.
- Quoi ?!
- J'ai un œuf de riolu. Je comptais m'en occuper moi-même, mais je pense qu'il te serait bénéfique. Si il ne t'aide pas à maîtriser l'aura, alors au moins fera-t-il un compagnon d'aventure sur qui tu pourra compter.
Avant qu'elle ne puisse répondre quoi que ce soit, il avait attrapé une couveuse dissimulée au pied de la cheminée. Il la lui tendit.
Aurore se leva et attrapa l'objet, ne sachant quoi dire. Son cœur s'était mis à battre la chamade, et Riker regardait l'œuf avec des yeux brillants.
- Je te remercie. Du fond du cœur, merci, Armand. J'en prendrai soin.
- Je sais, fit-il avec un sourire.
La jeune femme fit aussitôt sortir son leuphorie et retira l'œuf de la couveuse pour le mettre dans sa poche. Le gros pokémon rose fut heureux de le recevoir et se mit à caresser sa surface poreuse tout doucement.
- Je pense que le ferry devrait bientôt arriver, fit alors Armand. J'ai été ravi de te rencontrer, Aurore, et j'espère que nos chemins se croiseront à nouveau. Je vais retourner dans la mine, il y a deux ou trois choses que j'aimerais finir avant demain.
Il enfila son chapeau et réarrangea sa veste avant de sortir en baissant la tête pour ne pas se cogner au linteau. Effectivement, la sirène du bateau retentit peu après son départ, et Aurore et son équipe se précipitèrent sur le quai. Le marin les accueillit avec un grand sourire, heureux d'avoir pour une fois des passagers à son bord.
- Quoi, comment ça, à Kanto ?
- Juste pour quelques jours.
Aurore se laissa tomber sur le lit de Blue. Celui-ci remettait de l'ordre dans son sac, plus pour occuper ses mains que par réelle minutie.
Les chambres avaient bien changé : toujours le même parquet, mais propre et ciré, des murs repeints en beige, des rideaux blancs. Chacune comportait deux lits et deux armoires totalement dépareillés, mais en bon état. Chacun avait choisi sa place, et certains avaient même commencé à décorer. L'endroit commençait vraiment à ressembler à un foyer.
- C'est pas un problème, de partir quelques jours, mais pourquoi est-ce que tu tiens tant à ce que je vienne ? Tu as dit à tout le monde que tu préférais y aller seul.
Il se mit à triturer la boucle de son sac, détournant le regard.
- C'est stupide.
- Ne dis pas ça. T'as une idée derrière la tête, je le sais, alors va jusqu'au bout.
- Ok, heu… comment dire… Je retourne pas là-bas que pour Fauve. Enfin, si , principalement, mais…
- Mais ?
- Ok, j'aimerais que tu m'aides à retrouver quelqu'un ! Voilà, c'est dit !
Elle le regarda avec des yeux écarquillés.
- Mais j'ai jamais mis les pieds à Kanto, comment tu veux que je…
- Si ça peut te rassurer, coupa Blue, personne ne sait où il est. Il a disparu il y a deux ans. Je me demandais seulement si avec tes pouvoirs ce serait possible de… enfin, de le localiser, quoi.
- En théorie c'est possible.
- Et en pratique ? Fit Blue d'un ton hésitant.
- En pratique, la région est immense et je ne sais pas du tout à quoi peu bien ressembler l'aura de cette personne. À moins de trouver quelque chose qui en porte une trace, mais là encore…
- Quoi comme objet ?
Aurore se gratta la tête.
- Un truc que personne d'autre n'aurait touché et qu'il aurait porté super longtemps. Mes sens sont pas assez fins pour détecter autre chose que les empreintes les plus grosses.
- Ça vaut toujours le coup d'essayer, fit le garçon en haussant les épaules.
Elle soupira, un sourire en coin étirant ses lèvres.
- T'as pas tors. Et au pire ça me permettra de faire une halte à Johto sur le chemin du retour, pour voir Trillian.
- Qui ?
- Un kranidos femelle, que j'avais échangé contre Draco. Peter l'a confié à une éleveuse. Céleste, ou un truc du genre.
- Célesta ?
- Oui, voilà ! Tu la connais ?
- Non, pas vraiment, répondit Blue en secouant la tête. Peter m'en a parlé avant que j'arrive à Sinnoh, elle fait partie des trois gamins qui l'aident avec la Team Rocket. Enfin, qui l'ont aidé, apparemment ils ont arrêté les chefs y'a pas si longtemps.
- Sérieux ?
- Ouais, à Doublonville. Ils ont pris la Tour Radio en otage. Ça s'est fini sans trop de blessés mais apparemment les locaux ont été dévastés.
- Au moins maintenant la Team Rocket ne posera plus trop de problèmes, j'imagine. Et est-ce qu'ils ont retrouvé Giovanni, au final ?
- Apparemment pas. Il est bien caché, lui aussi.
Il se stoppa.
- Hé mais attends, tu pourrais le retrouver !
- Peut-être, oui. Mais c'est pas la priorité pour le moment, pas vrai ? Je suis sûre que la police finira par mettre la main dessus un jour où l'autre.
Blue acquiesça, lâchant enfin son sac pour attraper un pull dans son armoire.
- On partirait quand ? Demanda alors Aurore.
- Le plus vite possible. Plus tôt on y va, plus vite on sera revenus. Tu as un pokémon volant ?
- Non.
- Bon, j'imagine qu'on va devoir demander à Rufus de nous porter tous les deux. En faisant des pauses de temps en temps ça devrait le faire. Il est solide, ajouta-t-il en voyant qu'Aurore allait répliquer. Il y arrivera sans problème.
Elle haussa les épaules et se leva. Elle était arrivée à peine une heure plus tôt, et n'avait pas eu le temps de poser ses affaires, manger quoi que ce soit ou même prendre une douche et commençait à être épuisée.
- Écoutes, là j'ai juste besoin de deux ou trois heures, le temps de me poser un peu. Quelles chambres sont encore libres ?
- Il y a le deuxième lit ici, après les deux autres de l'étage sont occupées, et je crois que Perrine dort en bas. Ils ont réussi à en caser trois autres dans le grenier, t'as qu'à choisir.
- Le grenier c'est cool, fit elle en se relevant.
Elle s'étira et ne pût réprimer un bâillement, qu'elle transmit à Riker. Beth était au rez-de-chaussée, ayant du mal à monter les escaliers étroits de la maison. Aurore choisit la chambre la plus à l'écart, jetant son sac sur le lit qu'elle désigna comme sien. Des draps se trouvaient sur le matelas nu, propres et pliés au carré. Elle chargea son équipe de faire le lit pendant qu'elle vidait l'intégralité de son sac sur le sol. La plupart des vêtements qu'elle transportait trouvèrent immédiatement leur place dans l'armoire, quelques autres rejoignirent la poubelle. Elle songea qu'il lui faudrait encore une nouvelle paire de chaussures, et probablement des pantalons. Le voyage lui avait fait perdre les quelques kilos qu'elle avait en trop en partant, et ses jambes commençaient à développer des muscles d'acier.
Aurore fut également étonnée du nombres de choses qu'elle avait pu ramasser : des pierres en tout genres, des perles, mais aussi des tessons, des grelots et un bon nombre de baies qui trouvèrent tous leur place dans le tiroir de la table de nuit.
Elle attrapa sa serviette et fila droit vers la salle de bain, étincelante de propreté.
Un miroir avait été installé, lui renvoyant l'image d'une touffe de cheveux désordonnés et coupés n'importe comment, encadrant des cernes sur lesquelles se trouvaient éventuellement des yeux bleus. Glamour.
L'eau brûlante ne la fit même pas broncher, et elle manqua de s'endormir en rinçant sa tête. Aurore faillit trébucher en sortant et s'enroula dans sa serviette, constatant qu'elle avait oublié ses vêtements.
Elle se traîna donc jusqu'à sa chambre, avec une envie de dormir telle qu'elle ne fit même pas attention aux gouttes d'eau qu'elle laissait derrière elle.
Aurore s'écroula sur son lit et s'endormit presque aussitôt.
Pour se réveiller dans un endroit complètement noir.
Des chuchotements familiers lui parvinrent aussitôt.
- Humain ? Humain de Follet ?
- Créfadet, c'est toi ?
- Oui ! Humain, gentil humain ! Fadet voulait te voir !
Une petite silhouette longiligne apparut. Ses deux queue ondulaient comme des vagues tandis que son corps semblait sautiller. Il vint voleter autour d'Aurore, tout en gardant une distance raisonnable.
- L'humain de Fadet va s'éveiller.
- Je ne l'ai toujours pas trouvé, tu sais. Il y a vraiment beaucoup d'aura bleues, c'est compliqué…
- Fadet le sait. Fadet veut t'aider. Helf aussi veut t'aider, mais Helf viendra plus tard. Regarde bien Fadet, gentil humain.
Aurore n'eut pas le temps de répondre que la silhouette se teintait de bleu. Une couleur aussi pure que du cristal, qui s'entendit bientôt autour d'elle, puis vint colorer la totalité de l'espace. Entourée de ce cocon azuré, Aurore fut capable de ressentir le plus précisément possible l'aura qu'elle devait chercher.
Un bleu azur d'une froideur de matin d'hiver, qui pourtant émanait une douce chaleur. Elle dégageait beaucoup de force, malgré le profond sentiment de vide et d'incertitude qu'Aurore pouvait ressentir.
Elle se demanda à quoi pouvait bien ressembler une personne avec une âme aussi complexe et lumineuse.
Peu à peu, tout redevint noir, et totalement silencieux. Aurore se réveilla avec l'impression d'avoir fait une nuit complète, alors qu'elle n'avait dormi qu'un quart d'heure d'après sa montre. Son prinplouf s'était lui aussi accordé une sieste, et était roulé en boule au pied du lit. Draco, à moitié réveillé, la suivit jusque dans la cuisine.
L'agitation des premiers jours avait laissé place à un calme relaxant. Beth se trouvait dans un des fauteuils du salon, surveillant d'un œil maternel l'œuf, que Perrine examinait. Peter, qui avait décidé de rester un peu, lisait d'un air atterré ce qui ressemblait à des documents officiels dotés de l'en-tête de la Ligue de Kalos.
- Qu'est-ce que ça dit ?
- Ils auraient trouvé le profil correspondant à Pluton, répondit Peter sans lever les yeux. D'après ce qu'écrit Dianthéa, il ferait partie des scientifiques portés disparus après un accident à la centrale, dans la branche de développement d'énergie. Il y a eu une espèce d'explosion, probablement due à une erreur de sécurité, et trois personnes n'ont jamais été retrouvées. Ce Pluton, donc, une femme du nom de Maria Shmidt qui travaillait dans le même département, et un employé de maintenance, Eric Lauvert.
- Et sur quoi il travaillaient ?
- Apparemment, la possibilité d'utiliser les capacités des motismas pour augmenter la production d'énergie. Johto avait lancé le truc en faisant des tests avec des porygons, mais ça n'avait rien donné de concluant. À la place, il les ont utilisées pour tester les réseaux informatiques.
- Tu penses qu'il est possible qu'il continue de ses servir des motismas ? Ce sont bien des pokémons spectre, non ? Peut être que c'est ça qu'ils cherchaient à Vestigion !
- Ça demande confirmation, en effet, dit Peter. J'en toucherai un mot à Marion.
Tout en parlant, Aurore avait déniché du pain et cherchait dans le frigo de quoi se faire un sandwich. Elle attrapa un bocal de cornichon, et tenta de l'ouvrir. Elle le tendit à Peter.
- D'ailleurs, Victor est resté à Unionpolis ? Ça donne quoi ?
- De ce que j'en sais, ça avançait plutôt bien, et il continue seul. Enfin, pour le moment. Louka va certainement aller là-bas pour prêter main-forte, vu qu'il est le plus débrouillard en ce qui concerne le…le bidouillage informatique ? Comment t'appelles ça ?
- Aucune idée, fit-elle en sortant un couteau à beurre. Tant que ça marche, c'est le principal.
Elle jeta un bout de pain à Draco qui l'attrapa au vol, manquant de renverser une bouteille qui traînait sur le plan de travail. On pouvait dire ce qu'on voulait sur leur gracilité, un dragon de quatre mètres, ça prend quand même de la place.
Aurore dévora son repas avec un appétit non feint et entreprit de tout ranger.
- Du coup, par rapport à ce qu'on a vu sur l'Ile de Fer, tu penses que le labo secret servirait à développer cette machine ? La machine à ondes, je veux dire.
- C'est possible, mais il leur faudrait vraiment un souterrain immense, t'as vu la taille de cette chose ? Pour l'énergie, il s'agit certainement du stock volé à la centrale.
Peter grimaça.
- Et les pokémons test ?
- Comment ça ?
- Il faut qu'ils testent leur machine sur des pokémons, on est d'accord ? Jusque là, on sait qu'ils ont utilisé des type acier, et ils doivent probablement faire des tests sur les type eau au lac.
- Dans ce cas, il est possible que les spectres capturés à Vestigion servent autant pour les recherches que pour les test, sans oublier que leur bâtiment là-bas leur donnait un avantage puisque la forêt est juste à côté et regorge de pokémons plante et insecte. Pourquoi ils ont pas cherché à le reprendre ?
- Peut être qu'ils ont déjà un stock suffisant, marmonna Peter. Mais si on enlève ces types, là, on pourrait peut-être prévoir les prochains lieux qui vont être pillés par rapport à leur population ?
- Ça nous fait seulement cinq types en moins sur les dix-huit existants. Treize localisations potentielles au minimum. Ce serait impossible de tout surveiller.
- Frimapic et ses alentours sont le seul endroit de Sinnoh comportant des type glace, et Barry est déjà en route, ça fait un. Et on peut d'entrée éliminer le type dragon car il n'y a pas de réel nid dans la région, seulement des solitaires, horriblement difficiles à trouver. Si ils ont besoin d'une grosse quantité, soit ils iront à Johto ou dans le désert de Kalos, soit ils ses feront éclore. Dans tous les cas, ce n'est pas de votre ressort. Et d'autre part, je pense qu'il faudrait recruter d'autres membres.
- Oui, mais le problème c'est qu'il faut qu'on puisse leur faire confiance et qu'ils soit assez fort pour ne pas mettre en danger eux-même ou le groupe.
- On pourrait faire appel à des apprentis dracologues ? C'est pas ce qui manque à Ebenelle…
- Je croyais qu'ils ne devaient pas quitter leur formateur ?
- Oh, euh, oui, en théorie. En pratique, c'est pas toujours vraiment le cas.
- Laisses-moi deviner : tu as eu un apprenti que tu as réussi à oublier voire perdre régulièrement et a fini par tout apprendre par lui-même par un sombre miracle ?
Le regard de Peter devient subitement fixe, son sourire crispé. Une goutte de sueur coula sur son front.
- Non, je vois pas de quoi tu veux parler.
Aurore leva un sourcil.
- Ah oui ?
- Bon, j'étais vraiment un jeune dracologue à l'époque, j'ai eu du mal, ça arrive ! Et puis elle s'en est sortie, c'est le principal !
- Je… ne sais pas quoi dire.
Elle se leva, se retenant de rire devant l'expression vaguement constipée du dracologue, et se dirigea vers l'escalier. Sac, manteau, chaussures. Réveiller le pingouin qui dort. Éviter un coup d'aile. Aurore toqua à la porte de la chambre de Blue et ouvrit sans attendre la réponse, pour le trouver allongé, en train de fixer le plafond d'un air absent.
- On y va, le zombie.
- J'arrive.
Au moment de partir, Aurore hésita un instant à laisser Beth et l'œuf à la base, mais le regard déterminé du gros pokémon rose la dissuada de le faire. Elle la fit rentrer dans sa capsule, de même que le reste de son équipe, et les deux dresseurs sortirent dans le jardin de derrière, une simple bande pavée qui servait également de berge. Elle s'élevait à deux mètres au dessus de la mer.
- Ok, t'as déjà volé ?
- Pas vraiment, non.
- Pas grave. Va juste falloir que tu me fasse confiance. On va se jeter de là, et Rufus va nous rattraper.
- Quoi ?
Blue haussa les épaules.
- Question de morphologie. Il peut porter des charges incroyables, mais ne peut pas décoller avec.
Tout en parlant, il avait relâché le rapace auburn qui s'était mis à tournoyer à basse altitude, prêt à la tâche.
- On y va ?
Blue remarqua la pâleur qui s'était installé sur le visage de la jeune femme et soupira.
- Si t'as peur, tiens-moi la main, mais on a pas dix ans devant nous si on veut partir avant la nuit.
- Tiens d'ailleurs, pourquoi est-ce qu'on vole de nuit ? Demanda Aurore, la panique perçant dans sa voix. On pourrait pas attendre demain ? Hein ? On y verra mieux !
- Je pourrai t'écrire un roman sur le nombre de raison à ça, à commencer par les conditions météo, l'état du ciel, ou encore le temps qu'on a pas à perdre. Si on arrive là-bas vers une ou deux heures du matin, on aura le temps de dormir avant de commencer une journée complète. Je continue ?
- Non, c'est bon.
- Alors à trois. Un… deux…
- Attends !
- Quoi ?!
- C'est un, deux, trois on saute ou un, deux, trois et puis on saute ?
- C'est la même chose !
- C'est totalement différent !
Blue la regarda, consterné, puis se frotta les yeux en pouffant.
- Ok, viens, fit-il en la poussant tout au bord de la berge. Tu vas fermer les yeux et te laisser faire, sinon on y arrivera jamais. Surtout, n'oublies pas que tu ne craint absolument rien.
Elle hocha la tête, avalant difficilement sa salive, et ferma les yeux en rentrant son cou dans les épaules. Aurore sentit soudainement Blue la pousser en avant, se sentit tomber, mais n'eut pas réellement le temps de réaliser avant de se retrouver sur une surface chaude et duveteuse. Elle se dépêcha de se raccrocher comme elle put tandis que le rapace montait rapidement, et quand il fut stabilisé, elle en profita pour s'installer un peu plus confortablement.
Confortablement était un bien grand mot toutefois, parce qu'elle ne sut pas vraiment comment s'installer. Blue se tourna vers elle, lui indiquant un creux entre les ailes et le corps du roucarnage où mettre ses jambes sans que ça ne le dérange.
La première heure de vol se fit en silence, Aurore cramponnée à la veste de Blue comme si sa vie en dépendait – ce qui était, selon elle, tout à fait le cas. Les nuages s'étaient dissipés et les étoiles était totalement visibles la mer en dessous était plate et réfléchissait la lune avec douceur. On y voyait assez pour voler sans être ébloui, et malgré le froid mordant, il était vrai qu'il s'agissait du meilleur moment pour un trajet à dos d'oiseau.
Quand aurore commença à prendre confiance, elle osa lâcher un peu sa prise et détendre ses jambes.
- J'ai cru que t'avais prévu de m'étrangler avant la fin du voyage, fit aussitôt la voix moqueuse du garçon.
- Je suis sûre que t'en menais pas large non plus, la première fois que t'as volé !
- Attends, je t'ai jamais raconté cette histoire ?
- Non, pourquoi ?
- Elle est démente !
Il se décala un peu pour se tourner, essayant d'être le plus en face possible pour ne pas avoir à hurler. Avec moins de théâtralité que lorsqu'il l'avait narrée à Victor, il raconta la Fameuse Histoire de son Premier Vol, suivi de la rencontre avec le Mystérieux Poulet Glacé.
- Et tu penses que c'était réellement Artikodin ? Fit Aurore, ébahie, quand il eut fini.
- Aucune idée, mais ça y ressemblait beaucoup alors j'imagine que oui. T'en a pas une sympa, toi ?
- D'histoire ? Bof, rien que tu connaisse pas. A part les deux trois accrochages avec Galaxie il s'est rien passé de bien intéressant.
- Je suis sûr que non ! Allez, dis-moi comment t'as eu ton premier pokémon, ce sera un bon début !
Elle rit.
- Ça tient en deux lignes. Barry a vu un reportage sur le lac et a voulu attraper un pokémon légendaire, sauf qu'on était en tongs, sans pokémons et qu'on s'est fait attaquer par deux étourmis en voulant récupérer la valise que le prof avait oublié.
- Pffff.
- Te moques pas !
- Je me moque pas !
Mais il peinait à réprimer son rire.
- C'est quand même l'histoire la plus ridicule que j'aie entendu, juste après celle de Red.
- Pourquoi, il s'est fait attaquer par un aspicot ?
- Non, pire ! Dans la région c'est la tradition de donner un pokémon aux enfant pour leur premier jour de cours. Ils lui ont refilé un pikachu qui le supportait pas et a passé l'année à essayer de l'électrocuter. C'était surtout que…mon dieu, t'aurais dû voir cette teigne !
Il se mit à pouffer tout en parlant, rendant la moitié de ses phrases incompréhensibles.
- Et t'aurais dû voir ça, il avait cette fille, Leaf, elle avait eu un toudoudou, et le machin, il…il rebondissait partout et une fois il a assommé deux élèves, comme ça, paf ! Alors dans la panique, il s'est mis à chanter au moment où la maîtresse arrivée, et elle s'est écroulée net, endormie, ça a été la panique, et y'avait ce gamin un peu débile qui a pensé que c'était une bonne idée de leur vider l'eau du bocal du magicarpe dessus pour les réveiller. Au final ça s'est mal fini, parce qu'il a trébuché et tout renversé sur moi, alors Fauve a essayé… de… le mordre…
Les ricanements se muèrent en sanglots discrets. Aurore enfonça la tête contre son dos, ne pouvant rien faire d'autre que fermer les yeux et étendre son aura autour d'eux, la plus réconfortante possible. Blue se ressaisit vite, mais resta silencieux un long moment, le visage résolument tourné droit devant lui. Il n'y avait aucun doute sur le fait qu'il continuait de pleurer, mais était trop fier pour montrer quoi que ce soit.
Il y avait quelques chose dans son âme qui avait été fissuré longtemps et venait de se briser, en changeant subtilement la nature. Ce qu'Aurore n'avait jamais réellement perçu, c'est que sous son apparente désinvolture et la fierté qu'il portait comme une couronne, Blue était quelqu'un de fondamentalement, profondément, désespérément seul.
Elle n'osa pas briser le silence.
Au bout de trois heures, ils aperçurent les îles écume et se posèrent sur la falaise la plus haute. Il décidèrent de se poser une heure, pour repartir à minuit et compléter d'un coup les deux heures de vol qui les séparaient à présent de Bourg-Palette.
- Ça va pas déranger ta sœur, qu'on arrive si tard ?
- Je l'ai prévenue. De toute façon, Nina est insomniaque. J'imagine que ça court dans la famille.
Il parlait d'une voix faussement enjouée, ramassant des petits cailloux pour les jeter dans la mer. Les vagues s'écrasaient contre la roche avec un fracas assourdissant. Aurore vint s'asseoir à côté de lui, agitant ses jambes au-dessus du vide.
- T'arrivera pas à dormir, pas vrai ?
- Mh.
- On peut discuter un peu si tu veux.
- T'as un truc à me dire ? Fit-il, plissant les yeux.
- A vrai dire, j'espérais plutôt le contraire. Ça te ferait du bien de parler un peu.
- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Que je suis pas super en forme ? T'avais remarqué, non ? Fit-il, de plus en plus sur la défensive.
Aurore resta silencieuse, cherchant en vain les mots adéquats.
- Blue, ce que je veux dire, c'est… Écoutes, je sais que c'est douloureux, et c'est pas en te renfermant autant que ça va aller mieux, et-
- Qu'est-ce que t'en sais d'abord ?! Explosa Blue. C'est facile pour toi, tu passes au travers de tout ! T'as jamais perdu personne ! T'as survécu par miracle je sas pas combien de fois ! Tout à l'air de te réussir quoi qu'il arrive, excuse moi de pas être aussi chanceux !
Il serra les dents et se remit à fixer la mer, la rage dans le regard.
- C'est pas exactement pareil, j'imagine… mais j'ai j'ai perdu mon père, quand j'étais petite. Enfin, ce que je veux dire, c'est… je sais pas. Je suis passée par là, c'est tout. Je veux juste t'aider.
Elle se releva, frottant le bas de son manteau, et fit demi-tour.
- Attends.
- Mh ?
- Heu… enfin… désolé, marmonna Blue. Je savais pas.
- Tu savais pas. C'est pas de ta faute, dit elle en reprenant sa marche.
- Attends !
Elle se retourna à nouveau.
- Je…j'ai toujours été un lâche. Je veux dire, j'ai passé ma vie à fuir. Mon grand-père, le labo, mes responsabilités, tout. J'ai jamais pris de décision. J'ai jamais… vraiment pris de risques non plus. Pas physiquement, je veux dire, plutôt… enfin, tu vois. Et… là…
- Tu t'es retrouvé en face de tes responsabilités ?
- Plutôt en face des conséquences de… tout ça. J'ai jamais réussi à faire évoluer Fauve parce que… parce que ça voulait dire faire des compromis. Peu importe l'évolution, ça demande des conditions de vie spécifiques, ça influence… plein de choses, et… j'ai jamais réussi à me résoudre à le voir changer. Alors je me suis mis des œillères, et j'ai tout nié en bloc. C'est ce que je fais à chaque fois.
Il replia ses jambes contre lui, posant son menton sur ses genoux.
- J'ai juste réalisé que j'avais assez fui. Que…qu'il fallait que je mette des choses au clair, parce qu'un jour ou l'autre, elles risquaient de… partir. Que ce serait trop tard. Enfin, c'est peut être trop tard, mais…
- C'est courageux.
Il pouffa.
- Courageux ? Je suis le roi des lâches.
- Et tu as décidé de changer. Il faut beaucoup de courage pour ça. Alors on peut dire que tu es… courageux en formation ?
- Ça peut le faire.
Aurore sourit et se releva pour s'étirer, ne pouvant contenir un bâillement.
- Et tu pense qu'une semaine devrait suffire pour tout résoudre ?
- Il le faut bien, je ne vais pas fuir un problème pour en régler un autre, ce serait stupide. Mais tu sais, c'est surtout une ou deux grosses discutions à avoir et quelqu'un à retrouver. Une semaine suffira.
Il eut un sourire qui ressemblait davantage à un rictus et se releva à son tour.
- Ruf' doit être reposé maintenant. Prête à sauter d'une falaise ?
Ce n'est qu'après quelques minutes de discussion qu'ils purent reprendre leur vol, un peu plus lentement pour ménager les ailes du roucarnage. Les Îles Écume s'éloignèrent doucement, et ils passèrent au dessus de Cramois'Ile avant de prendre un tournant, suivant le chenal en perdant de l'altitude. Bientôt apparurent les pelouses soignées et les maisons coquettes de Bourg-Palette. L'oiseau se dirigea sans hésitation aucune vers une à la façade claire et aux fenêtres allumées, et se posa silencieusement sur l'allée menant au perron. Les deux dresseurs mirent pied à terre prudemment et Blue rappela son pokémon. Il inspira un grand coup, bien que l'air frais lui glace les poumons.
- Ça faisait un bail. Bienvenue à Kanto, j'imagine. Juste là, c'est le labo de mon grand-père, fit il en désignant un bâtiment un peu plus loin. Et normalement il doit y avoir un centre en construction près de la sortie de la ville. Enfin, peu importe.
Il s'avança vers l'entrée en faisant signe à Aurore de le suivre. Il toqua à la porte, et des pas rapides se firent entendre quelques secondes plus tard. La porte s'ouvrit à la volée, et une masse verte se jeta droit sur Blue, manquant de le faire tomber en l'étraignant.
- Blue !
- Nina !
- T'aurais pu m'appeler plus souvent ! Ah la la, entrez, entrez ! Enchantée, Nina.
- Aurore.
Elle embrassa également Aurore avant de les entraîner à l'intérieur, les menant directement à la cuisine. La table était occupée par une pile de dossiers, un bouquin ouvert à côté d'un ordinateur portable et une tasse de thé encore fumante. Nina remonta les manches du gilet vert pomme dans lequel elle était emmitouflée, attrapant la théière dans le même mouvement. Blue était en train de sortir deux tasses d'un placard et Aurore se contentait de fixer le mangriff assis sur une des chaises et qui la fixait en retour.
- Heu…salut, tenta-t-elle
- Griff.
- Il est toujours un peu méfiant avec les gens mais il n'attaque pas, s'exclama Nina en s'approchant à nouveau de la table pour pousser ses affaires. Là ! Assieds-toi !
Aurore s'exécuta et Blue lui fourra une tasse de thé un peu trop infusé dans les mains avant de s'installer à côté. Nina reprit sa place devant sa propre tasse, juste à côté du mangriff qui s'était à nouveau roulé en boule.
- Tu travailles sur quoi ? Demanda Blue en désignant le pile du menton.
- Comme d'hab, des fiches pokédex. On est en train de développer un nouveau glossaire par rapport aux formes alternatives.
- Dimorphismes sexuels ou formes adaptatives ?
- Évolutions alternatives, je dirai. Je crois que je t'en ai parlé, mais pépé travaille avec un chercheur d'Alola en ce moment. C'est encore un peu compliqué parce que c'est un archipel majoritairement sauvage, alors toutes les espèces présentes n'ont pas forcément été homologuées, mais on a pu constater une population de pokémons similaires à ceux de Kanto mais…différents.
- C'est dire ?
- Par exemple, il y a des goupix et des feunards, qui évoluent de la même manière que ceux de Kanto, mais qui se sont adaptés au climat en prenant le type glace et en changeant de couleur.
- Cool.
Nina hocha la tête avec un sourire. Blue semblait s'efforcer de regarder ailleurs et Aurore cherchait au plus profond de son âme la signification de « dimorphisme sexuel ». Les yeux ambrés de Nina, un brin plus foncés que ceux de son frère, se posèrent sur Aurore.
- Alors, Aurore, tu es l'assistante du professeur Sorbier, c'est ça ?
- Oui.
Nina gloussa.
- Tu sais, je crois que tu es la première fille que mon frère me présente.
- Oh mon dieu, Nina, non.
- Alors vous avez fait de la route ensemble, hein ?
- Non non non non non.
- Heu, oui, en effet. Pour, heu… aider un ami.
- Ah ouiiii ?
- Peter ! On aide Peter à mener une enquête Nina ! Rien de plus !
- Alors vous êtes juste amis, hein ? Fit elle avec un air dépité.
- Oui !
- Absolument, fit Aurore en fourrant le nez dans sa tasse, partagée entre l'envie d'éclater de rire et celle de se cacher sous la table.
Nina lui faisait l'effet de sa mère dès qu'elle cherchait à s'intéresser un peu à sa vie sentimentale. Ça partait d'une bonne intention, mais ça finissait par être atrocement gênant. Une vague de compassion pour Blue l'envahit. Nina rit un peu, puis reprit un air sérieux, regardant son frère droit dans les yeux.
- Mis à part ça, je pense qu'on a des choses à se dire, tous les deux. Enfin, pour le moment, au lit. Il est tard.
- T'étais toujours en train de bosser, je te signale.
- J'allais pas tarder à m'arrêter. Aurore, je t'ai installé un matelas dans la chambre de Blue.
- Merci beaucoup !
- Oh, c'est normal, va ! Fais comme chez toi !
Ils sortirent de la pièce et se retrouvèrent dans le petit couloir devant l'entrée. Aurore put entrapercevoir le salon, petit et coquet, en se dirigeant vers l'escalier. La chambre de Blue semblait ne pas avoir été utilisée depuis des lustres : les draps parfaitement tendus sur le matelas, les livres qui prenaient la poussière sur les étagères, l'ordinateur débranché sur le bureau parfaitement vide. Les murs avaient été peints en bleu sombre, qui contrastait avec le sol couvert d'un épais tapis beige, et étaient envahis de posters de compétition de dressage, de cartes de la région, de photos, d'affiches de film, et probablement d'autres choses encore.
- Elle a remplacé ma lampe, marmonna Blue d'un ton déprimé en allumant sa lampe de chevet.
- Mh ?
- C'était un wailord. Je l'aimais bien.
- Pfff.
- Te moques pas, je suis sûr que t'en avait un aussi.
- Non. Par contre mon lustre était en forme de solaroc.
- C'est encore plus naze.
Elle lui grimaça en guise de réponse et jeta son sac sur le matelas pour en sortir son pyjama.
- C'est ça, la fameuse cicatrice ?
- Attends, tu me matais, là ?!
- Non, il m'est arrivé de tourner la tête dans ta direction générale. Tu réponds pas à ma question.
Blue, son t-shirt dans les mains, soupira. Il se tourna vers elle.
- Ouais. Moche, hein ?
Une épaisse ligne blanche s'étalait sur toute la partie gauche de son corps, partant du creux de sa hanche jusqu'à l'omoplate.
- T'as mieux ?
- Un éclair sur le bras.
Elle releva la manche de son haut, révélant la marque laissée par l'incident de la forêt de Vestigion. La blessure avait cessé d'être rougeâtre depuis le temps, et il semblait qu'un éclair s'était formé sur sa peau, prenant base à l'épaule pour finir au coude, brûlant tous les vaisseaux sanguins en s'étendant comme de l'encre jetée sur une feuille humide.
- Et du coup, combien de fois t'as survécu à Voldemort ?
Elle pouffa de rire et se jeta sur son lit pour retirer ses chaussettes, qu'elle jeta sur la pile de vêtements qu'elle venait de retirer. Blue s'installa à son tour, et éteignit la lumière, plongeant la pièce dans une semi-pénombre agréable. La lumière des lampadaires passait par les volets mal fermés et formait des tâches orangées sur les murs. Le silence dura quelques minutes.
- Tu dors ?
- Non.
Un bruit de froissement indiqua à Aurore que Blue se tournait.
- Tout à l'heure, tu disais que tu voulais trouver quelqu'un, commença-t-elle. Qui ?
- Red.
- Red ? Genre Red, le légendaire Maître fantôme ?
- Ouais.
- Alors il a réellement disparu ? C'était pas une rumeur ?
- Malheureusement, non.
Il se retourna sur le dos, tordant le tissus de sa couverture entre ses doigts.
- Juste après être devenu Maître, il a renoncé au titre et laissé la place vacante. Il y avait mon grand-père, Peter et moi. On est tous sortis de la salle du panthéon pour se retrouver dans le jardin du plateau. Peter tentait de le convaincre de rester à son poste, pépé me faisait un de ses sermons qui durent des heures et ne mènent à rien sur combien j'aurais été meilleur si j'avais eu la flamme du dresseur ou je sais pas trop quoi. Enfin bref. Il a juste sorti son dracaufeu et dit en truc du genre « Je dois devenir plus fort. » et c'est tout. Il s'est envolé et a totalement disparu. Je sais même pas quelle tête il faisait en disant ça, sa casquette lui cachait le visage. Et depuis, silence radio. Les deux premières semaines, personne s'est réellement inquiété, puis le temps à passé et on a commencé à le chercher un peu partout dans la région, puis dans Johto. Et ensuite dans les autres régions, sans résultat. Le seul endroit à ne pas avoir été passé au peigne fin a été le Mont Argenté, parce que c'est vraiment dangereux. Peter à cherché plusieurs fois, sans rien trouver. On a supposé qu'il était là, mais ça fait plus de deux ans maintenant. Personne peut survivre sur le Mont aussi longtemps.
Il se stoppa un instant.
- Ça va faire quelques mois, peut être plus que… enfin, qu'on a abandonné. Tout le monde pense qu'il est mort pour de bon, et tout pousse à le croire, mais…
- T'as toujours pas pu te résoudre à l'accepter, pas vrai ?
- T'as pas idée. Je l'appelais de temps en temps, j'y envoyais des messages, en espérant qu'il réponde. Je l'ai supplié de revenir, je l'ai insulté, je lui ai raconté n'importe quoi, mais j'ai jamais eu de réponse. J'arrive pas à me résoudre à penser qu'il est mort. Si il y a une personne qui peut survivre là-haut, c'est lui ! Mais d'un autre côté, j'ai jamais cherché à escalader le Mont non plus.
- T'as peur de pas le trouver, c'est ça ?
- Ouais. Si je sais pas, alors je peux toujours me persuader qu'il est toujours en vie. Tu sais, un peu comme pour le miaouss de Schrödinger. Mais encore une fois, c'était juste un moyen de fuir. Je…
Il soupira et se tourna encore encore. Sa voix parvint à Aurore un peu étouffée, comme s'il avait enfoncé sa tête dans son oreiller.
- J'ai peur de le perdre.
- Ça devait vraiment être un bon ami.
- Pff. Si tu savais. Je le détestait, au début.
- Sérieux ?
- Ouais. On s'est juste mis à traîner ensemble parce qu'on était tout les deux seuls. Enfin, j'étais seul. Il était juste solitaire. Et on a pas arrêté de sa disputer pendant l'intégralité de notre voyage. C'est devenu encore pire quand il a fallu combattre la Team Rocket. Et quand on est arrivés à la Ligue, je crois qu'il me détestait. Je pensais le détester aussi, je lui en voulais pour des tas de trucs. C'est juste que, quand on a fini par s'affronter…
Blue soupira, hésitant.
- Je dirais que ça m'a rappelé avant. Avant qu'on parte, je veux dire. Le bon vieux temps. Et je me suis rendu compte d'à quel point il me manquait. D'à quel point j'étais seul. Et quand il est parti, j'aurais… je voulais lui dire, mais j'en ai pas eu le courage. Quoique, en fait je crois que c'était surtout que je faisait le fier.
- J'ai l'impression que ta fierté t'a coûté beaucoup.
- Mh. Je pensais que ça me rendait plus fort, ou plus cool, ou, je sais pas, mieux. Alors qu'en fait, c'était tout l'inverse. Et maintenant je m'en veux, et j'aurais voulu lui dire des tas de trucs, et… et c'est peut être trop tard pour tout réparer, maintenant. Et j'arrive juste pas à m'y faire. C'était...
Il enfonça un peu plus son visage dans son coussin, et sa dernière phrase parvint à grand peine aux oreilles d'Aurore.
- C'était le seul ami que j'avais.
Une semaine. Apparemment, c'était le temps qu'il fallait pour arriver jusqu'à Frimapic à pied, quand les conditions étaient bonnes. Et par bonnes conditions, Barry entendait tunnels dégagés et pas de tempêtes de neige.
Avec, c'était plus compliqué.
Bien sûr, Barry avait assez de réserves pour un long voyage, mais plus d'une semaine pour traverser le mont Couronné, c'était beaucoup trop long. Il lui faudrait encore quelques jours à traverser des chemins enterrés sous soixante centimètres de neiges, et la rafale de grêlons qu'il venait de se prendre dans la figure n'était pas pour le rassurer.
- Et bien sûr, pas possible de voler, évidemment, parce que je suis une brêle en géographie qui pourrait pas différencier l'emplacement de Frimapic et de Littorella sur une carte, marmonnait-il en avançant à grands pas lents, s'enfonçant dans la neige jusqu'aux genoux. Et Speed aurait même pas pu me porter, dans tous les cas, et je suis même pas certain que ce soit possible de voler avec ce temps là.
Une rafale particulièrement violente lui fit perdre l'équilibre, et il s'étala dans la neige, les bras sur la tête pour ne pas que la grêle le blesse.
- Mais pourquoi j'ai accepté cette mission ? Pourquoi ? Évidemment Barry, faut toujours que t'impressionne tout le monde ! Faut que tu sois le meilleur, Barry ! Mais tu sais quoi, Barry ? Tu es totalement et irrattrapablement stupide ! Aaaah !
Avec un hurlement de frustration, il jeta sa jambe pour faire un nouveau pas en avant. La neige tourbillonnant devant lui l'empêchait de voir à un mètre, malgré les flammes ardentes du ponyta qui ouvrait la voie en vacillant sous l'effort.
- Courage ! On va trouver un abri !
Flame hennit. Barry serait bien resté à l'abri de la caverne si l'état des tunnels avait été plus stable. Il avait failli se perdre plusieurs fois à cause de voies écroulées et improvisées, transformant le tunnel en labyrinthe. Heureusement, malgré ses difficultés en géographie, Barry avait un sens de l'orientation infaillible.
Ils continuèrent à avancer inlassablement, jusqu'à ce qu'une lueur finisse par apparaître.
- Une maison ? Ici ? Flame, va là-bas ! Hurla-t-il pour couvrir le vent.
A mesure qu'ils s'approchaient, Barry distinguait de mieux en mieux la maisonnette, solidement bâtie en briques, à la cheminée fumante. Il rappela son pokémon et frappa à la porte.
- B-B-Bonjour. Articula-t-il entre ses dents tremblantes quand une femme lui ouvrit. J-je me suis fait p-piéger par la tempête, est-ce qu-
- Oh mais bien sûr, entrez, entrez ! Le coupa la femme en l'attirant à l'intérieur. Si vous saviez le nombre de dresseurs qui passent par ici chaque hiver ! Les tempêtes sont affreuses, elles arrivent d'un coup, impossible d'y échapper !
Tout en parlant, elle s'affairait dans la petite maisonnette. Elle attrapa une couverture, qu'elle tendit à Barry.
- C'est une chance que vous aillez trouvé la maison. Enlevez donc vos affaires, installez vous près de la cheminée ! J'étais en train de me faire du café, en voulez-vous ?
- Si ça ne vous dérange pas, avec plaisir !
- Allons, allons, si je vous le propose !
Toujours avec un sourire chaleureux, elle attrapa la tasse, la cafetière, se mouvement avec grâce et rapidité comme si la gravité n'avait pas d'emprise sur elle. Elle tendit un mug fumant à Barry avant de s'asseoir dans l'unique fauteuil de la maison, prenant garde à ne pas renverser son café sur la grande robe de laine blanche qu'elle portait. Ses yeux bleus restaient fixés sur le jeune homme.
Barry commençait à ressentir un certain malaise. Le sourire chaleureux semblait de plus en plus artificiel, crispé.
- Vous êtes sûr que je ne vous dérange pas ?
- Non, non, vraiment. Buvez, buvez ! La tempête devrait bientôt tomber.
Les mains de Barry ses serrèrent autour de la tasse, en absorbant toute la chaleur. L'odeur lui remontait au narines, forte et réconfortante. Il savait que le liquide était juste à son goût, un mélange d'amer et de sucré auquel il manquait peut-être un peu de lait pour être parfait, mais n'avait plus aucun envie d'en boire la moindre gorgée. Du coin de l'œil, il vit la femme toujours en train de le fixer, son sourire se faisant un brin pensif tandis qu'elle enroulait une mèche de cheveux sombres autour de son doigt.
Barry se força à finir sa tasse d'un coup, se brûlant la langue.
- En voulez-vous encore ? Demanda-t-elle tandis qu'il posait sa tasse.
- Non, ça ira. Merci beaucoup.
Elle hocha la tête et transféra enfin son attention sur un livre qui reposait sur la table. Barry tendit ses mains vers le feu, le regard résolument fixé sur les flammes pour ne pas avoir à regarder la femme. Il ne savait pas si elle lisait réellement, mais il avait la désagréable sensation d'être fixé.
Entre le crépitement du bois et la chaleur douce de l'âtre, il sentit sa fatigue venir alourdir ses paupières. Il chercha à lutter, mais le sommeil finit par l'emporter.
Il fut réveillé violemment. Cris incompréhensibles. On le secouait ? Oui, on le secouait.
- Il se réveille !
- Il va bien ? Oh bon sang, ce momartik…
- Tu vas bien ? Tu peux parler ?
- Est-ce qu'il a réellement bu de l'eau glacée ?
- Tais-toi, Liod, bordel ! Aides-moi à le porter !
- Hu ? Agqu-
- Tout va bien, tout va bien ! Ne bouges pas !
Barry était totalement incapable d'articuler quoi que ce soit. Ses yeux peinaient à s'ouvrir, comme si ses cils avaient été collés – à la réflexion, ils avaient sûrement dû geler. Il distinguait une forme rouge penchée au-dessus de lui, puis sentit qu'on le soulevait. Il fut projeté dans une position inconfortable en travers des épaules de quelqu'un. Liod, d'après la personne en rouge.
Ce fut un voyage étrange. Barry dérivait entre des moments de semi-conscience et des périodes de black-out total. Il tremblait de tous ses membres, mais n'avait pas réellement froid. Plutôt l'horrible impression de brûler de l'intérieur.
Liod le ballottait comme il pouvait, assurant chacun de ses pas. Il était plutôt fort, mais définitivement pas assez pour transporter une personne sur ses épaules facilement, aussi légère soit-elle. La neige ne lui facilitait pas la tâche heureusement que la tempête se calmait peu à peu.
- Tu tiens le coup ?
- Il est pas lourd. Mais je reste sur mon propos, tu me dois une pizza pour m'avoir forcé à sortir par ce temps !
- C'était pour la bonne cause ! Il faudrait vraiment que quelqu'un s'occupe de ce momartik, ça devient juste ingérable.
La personne en rouge se pencha vers le pokémon qui les guidait – un mélancolux qui flottait à un pas devant eux – et le prit entre ses mains pour l'approcher de son compagnon de route.
- Il te tiendra chaud, je me rappelle du chemin à partir de là.
- Heu, t'es sûre ? Parce que la dernière fois…
- La dernière fois ne compte pas, on était en plein milieu d'une tempête ! Comment tu peux retrouver ton chemin au beau milieu d'une tempête ?!
- La question serait plutôt : qu'est-ce qu'on foutait dehors au beau milieu d'une tempête ? Oh ! Je sais ! Vérifier que ce momartik était pas encore en train de congeler quelqu'un, excuse moi.
La fille en rouge soupira.
- Il aurait pu y avoir quelqu'un et tu le sais.
- Oui, mais j'en ai assez que ce soit nous à chaque fois ! C'est censé être le boulot de ton père, à la fin !
- Tu sais comment il est…
- Flemmard ? Irresponsable ?
- Terriblement nul. On aurait eu deux morts sur les bras si on l'avait envoyé.
- Il est censé être ranger.
- Et je suis censée être à la fac, mais tu sais quoi, la vie c'est pas toujours comme on avait prévu ! Alors tu te tais et tu avances, on est bientôt au lac. Et t'aura droit à deux pizzas.
- Là, ça me plaît !
Ils traversèrent la plaine un peu plus rapidement, arrivant droit sur le port couvert de glace qui annonçait l'entrée de la ville. Quelques tout petits bateaux étaient amarrés là. Leur seule utilité était de relier Frimapic à la mer en passant par le fleuve qui descendait la montagne. Le passage d'eau était large et profond toute l'année, coulant en pente douce. Le descendre était une chose, remonter à contre courant en était une autre, aussi les marins de Frimapic étaient-ils réputés pour leur habileté au commandement de chaloupes et autres bateaux de pêche.
La ville de Frimapic était assez grande, délimitée par une barrière de sapins enneigés. L'arène trônait sur la place principale, servant également de patinoire. Les rues pavées étaient quasi-désertes, les vitres de bars couvertes de buée. Les cheminées fumaient de bon cœur, et malgré le fait qu'il soit presque mars, certaines décorations de noël décoraient encore les balcons et portes d'entrées.
- Tu crois que le centre pourra faire quelque chose pour lui où on l'amène directement à l'hosto ?
- Madame Pomelle est de garde, normalement, elle gère plutôt bien ça. Et puis c'est pas comme s'il était mourant, il tremble comme un dingue.
- Et surtout le centre est plus près, pas vrai ?
- Aussi, fit Liod d'une voix blanche.
L'infirmière en garde, une petite dame brune aux formes généreuses affublée de lunettes immenses, ne sembla pas particulièrement étonnée de les voir arriver. Elle les salua avec entrain, puis leur fit signe de la suivre vers une des chambres, où Liod posa le pauvre Barry sur un lit. Madame Pomelle l'examina rapidement.
- Bon, il va bien, fit-elle avec un soupir de soulagement. Ys, tu dira à ton père de faire son travail, la prochaine fois, il est grand temps que cette route soit sécurisée. Vous l'avez bien trouvé sur la route 217, près du mont ?
- Comme d'hab, fit Liod en haussant les épaules. Je me demande comment il fait, ce Momartik, pour prendre autant de gens au piège.
- Je t'ai déjà expliqué ça, répondit Ys avec lassitude. Il se sert de la différence de température entre la glace qu'il crée et celle de l'air pour faire apparaître des mirages et attirer les voyageurs, puis il se sert de ses aptitudes pour embrouiller les cerveau des gens.
- J'avais pas compris la première fois. Cette histoire de mirage. Trop compliqué.
- Si t'étais pas bête comme un magicarpe t'aurais aucun problème à capter un truc aussi simple.
- Allons, allons, pas de dispute. Ou alors dehors. Oui, rentrez chez vous, mettez vous au chaud, passez le bonjour à vos parents ! Allez, allez ! Zou !
Elle les poussa jusqu'à l'extérieur avec des petits mouvement de main, un air faussement irrité sur son visage joufflu.
- Attends, elle nous a mis dehors, là ?
- Woooow, tu t'en es rendu compte tout seul ? Je suis impressionnée.
- Gna gna gna…
Madame Pomelle secoua la tête et ferma la porte, retournant près du lit pour compléter son auscultation.
- Pas de blessures externes… pas d'engelures… Une bonne grosse hypothermie en revanche, mon garçon.
Barry, toujours à moitié inconscient, ne comprit pas la moitié de la phrase, les mots parvenant à ses oreilles comme une sorte de langage alien. Il réussit à ouvrit vaguement les yeux et cligna pour les refermer aussitôt. Trop de lumière.
- Ah, tu te réveilles ? Non ? Oui ? Trop de lumière ? Je ne peux pas faire mieux pour le moment, désolée. Tu m'entends au moins ?
Il ne répondit pas, trop occuper à ce concentrer sur ses mouvements de paupière.
- Mon garçon ?
Il parvint enfin à tenir un œil à peu près ouvert. Sa vision était floue. Ce n'était plus la personne en rouge, et probablement pas l'autre, celui qui l'avait porté. Elle avait l'air maternel et rassurant.
- Ne bouges pas trop. Je vais chercher quelques couvertures, d'accord ? Tout va bien.
Il tenta de hocher la tête, pas certain d'avoir saisi l'intégralité de ce qu'elle disait. Quelques instants plus tard, il sentit du poids se rajouter sur lui, avec un surplus de chaleur agréable. Il s'était fait à la lumière et arrivait à garder les yeux ouverts.
- Meeer...chiii, articula-t-il maladroitement, sa langue lui semblant être faite de béton.
Elle rit.
- Donnes-moi ton bras, je vais vérifier ta tension. Tu te souviens de ce qui s'est passé ?
- Une… dame. En blanc. Bizarre. Ai bu du cafffé..
- Et après ?
Il réfléchit.
- Saiiis plus.
- C'était un momartik, expliqua-t-elle doucement. Tu n'avais pas de pokémons pour te protéger ?
- Si. Rentrés à cauuuse de la tempête.
- As-tu vu quelqu'un d'autre ?
- Non. J'auraiiis du ?
Il claqua sa langue avec énervement. Il traînait les syllabes, zozotait légèrement. Ça l'énervait.
- Il y a quelques temps que ce momartik est là. Il reste toujours au même endroit, c'est assez étonnant, d'habitude cette espèce occupe différents points de chasse. Tires-la langue, pour voir ? Ou là, je crois que c'est brûlé. Tu as du boire de la glace.
- Pourquoiiii il reste là ?
Elle secoua la tête, ses épaules s'abaissant. Elle semblait soudainement épuisée.
- Je ne sais pas. Personne ne sait. Il est arrivé après le jour du Cauchemar. On pensait qu'il hantait quelqu'un, mais personne n'a été atteins par la malédiction de Darkraï dans la ville. On a pensé que c'était à cause des ces quelques chercheurs au Lac, mais ils sont arrivés après que les premières victimes aient été signalées. Quelques rangers ont patrouillé tout autour de la zone qu'il hante, sans succès. Il n'y a absolument rien.
- Dites, les chercheurs...Iiils aurait pas des uniformes bizaaaares ? Genre astronautes ?
- Heu…si, peut être. On ne les a pas vu beaucoup. Ils sont discrets et restent autour du lac, à vrai dire, pas un n'est passé au centre ! Peut être qu'ils ont leur propre machine de soins ?
Il haussa les épaules, n'ayant ni la force ni l'envie de répondre. Malgré le moment qu'il avait passé assommé, il était épuisé. L'intégralité de son corps était vidé de toute énergie, et soulever ne serait-ce que la main lui semblait être un effort surhumain.
Il airait aire un tour au lac, bien sûr. Une autre fois. En allant remercier ses sauveurs, peut-être ? Oui, il ferait ça.
Demain.
Ou après.
Peu importait.
- Je te laisse, fit la voix chaude de la femme. Je t'apporterai à manger tout à l'heure. Dors un peu, mon garçon.
La lumière s'éteint. Le vent soufflait dehors, la grêle battait à nouveau les carreaux, le poids des couvertures l'étouffait presque, le coussin était un peu trop mou.
C'était comme ces nuits qu'il passait chez Aurore, quand ils étaient enfants. Les tempêtes d'automne et la pluie dense, les coussins empruntés au canapé du salon empilés sur un matelas un peu trop petit, l'écran des consoles comme seule source de lumière dans leur fort d'oreillers.
La paix et le silence. La chaleur.
C'était une autre vie.
Le sommeil l'emporta à nouveau.
