Le vent était doux cette fois-ci dans la forêt de pins noirs, malgré la neige qui tombait rythmiquement à travers les branches et sur le sol qui, à chacun de mes pas, craquait sous mon poids. Mais je n'étais pas là juste pour la tranquillité de l'endroit, pas non plus pour la beauté du paysage, mais seulement pour trouver le feu follet de la dernière fois, retrouver la chaleur et lumière qu'il m'avait procurée quand tout était si froid... il ne pouvait pas être loin, il ne pouvait pas avoir disparut...

- « Goupil... » murmurai-je en posant une main sur le tronc d'un arbre, derrière, il n'y avait qu'une falaise abrupte d'où s'élevaient de nombreuses plaintes celles du vent...

Mǔqīn

- « K- Kotarō ? » murmurai-je en me penchant un peu plus vers le vide.

AHHHHHHH

- « Kotarō ! » hurlai-je en avançant d'un pas puis, sans réfléchir, je sautai de la corniche et, dévalai la pente abrupte en courant, glissant, tombant et m'écrasai dans une épaisse couche de neige. Immédiatement, je me relevai, secouant l'excédant de neige de ma tête.

láng

Les yeux ronds je relevai la tête et, devant moi, à environ trois mètres, se trouvait le loup de la dernière fois un géant blanc d'au moins trois mètres de long avec des yeux noirs et, entre ses dents immenses et pointues... une lumière mourante...

- « Mǔqīn ! » appela soudainement une petites voix plaintive lorsque, entre les mâchoires du monstre, je vis un petit être de flammes...

Criii

- « Kotarō ! » m'exclamai-je en voyant le verre se briser peu à peu sous la pression. « Lâche-le saloperie ! » hurlai-je en me relevant un hurlement animal se fit entendre dans le lointain.

Clanck

Surprise, je m'arrêtai et regardait ce sur quoi j'avais posé ma main un dao.

Je redressai la tête et, dans sa gueule, la lumière sembla mourir un peu plus l'arme en main, je me redressai et la brandit, tremblante entre mes doigts incertains je voulais le défendre mais rien en moi ne voulait bouger.. je n'y arrivais pas... je ne voulais pas voir ça...

MǓQĪN !

hurla alors la voie lorsque dans un craquement sinistre, le verre se brisa, déversant, au même moment un liquide rouge qui se répandit sur la neige. Paralysée, je regardai les traits pourpre se frayer un chemin jusqu'à moi, baignant en peu de temps mes pieds...

Soudain, une force immense me poussa en arrière et, dans un cri douloureux, je m'écrasai au sol, les épaules transpercées et brouillées par ce qui se trouvait au dessus de moi le loup !

Il approcha sa tête dégoulinante de mon visage et commença à renifler chaque morceau, laissant sur son trajet, des traînées de sang gluantes. Je ne pouvais rien faire, ne bougeais pas et tentais tant bien que mal de garder mes gémissements terrifiés pour moi autant que mes larmes... Et peu à peu, je sentais le sang tiède passer de mon visage à mon cou et, quand mon T-shirt fut soulevé par l'air qu'il venait d'expirer, il l'agrippa et, d'un coup, le déchira.

Exposée, coincée, je tirai le plus possible sur mes bras et refermai, de toutes mes forces, mes mâchoires sur son museau. Le goût du sang coula sur ma langue et dans ma gorge et relevai les yeux lorsqu'un grondement sourd se fit entendre deux yeux bleus acier et étrangement humains me regardaient, à la fois surpris et amusés.

Immobile, je le vis diriger son regard vers le bas et, après qu'un autre grognement ne se soit fait entendre, un petit gémissement étouffé, lui répondit ça venait de moi ?! Sans crier gare, il enleva ses pattes de mes épaules endolories et entama mon ventre d'un coup de dent je ne parvins pas à crier. Morsure après morsure, il me dépouilla de ma peau, et la plupart de mes organes, craqua plusieurs de mes côtes et ce, malgré le fait que, de mes mains affaiblies, je tirai sur sa fourrure pour l'en éloigner mais c'est seulement lorsqu'un aboiement aigu arriva à mes oreilles, que la sensation de ses crocs transperçant ma chair s'arrêta.

Les yeux en larmes, la bouche ouverte et sèche, je relevai légèrement la tête et, dans le trou béant que ses dents avaient creusé dans mon corps, je vis une petite chose couverte de sang remuer.

Muette devant une telle horreur, je regardai la chose se faire lécher par le loup blanc, se faire nettoyer mais malgré les coups de langue, la chose ressemblait toujours une espèce de rat rose qui couinait continuellement...

Soudain, des hurlements de loup résonnèrent dans la forêt de cyprès le loup blanc tendit immédiatement l'oreille, mais ne répondit pas. Au lieu de ça, il resta là à regarder ce qu'il avait fait... Je ne savais pas si c'était moi qu'il regardait, ou la chose qu'il avait trouvé entre mes entrailles.. mais je me sentais partir... le froid m'emportait... peu à peu... d'autres hurlements s'élevèrent alors, plus agressifs et pressants que les précédents il répondit finalement en un hurlement court et grave avant de s'écarter de moi, mais il s'arrêta. La chose gémissait encore et, un douleur intense remonta tout du long de ma poitrine elle essayait de se cacher du froid entre mes entrailles. Les larmes remontèrent à mes yeux et gelèrent immédiatement, brûlant mes yeux avant que je ne le voix arracher sa propre peau.

Je me levai en sursaut et pris immédiatement ma tête entre mes mains... je tremblais et mes yeux me brûlaient... ma respiration était saccadée... un cauchemar... un cauchemar... rien qu'un cauchemar...

C'est alors que quelque chose bougea mollement sur mes genoux entre mes doigts, je pus voir, dessinée par les flammes, le visage paisible de Bai-Bao.

- « Elle considérer toi très froid. » dit soudainement une voix à côté de moi. Toujours sur les nerfs, je me retournai, c'était le vieil homme de la dernière fois... enfin, il avait l'air vieux. Mon regard alla une fois de plus vers elle et une main passa sur ses cheveux un faible sourire passa brièvement sur mon visage. « Toi avoir été núlì.. » dit-il au bout d'un moment.

- « núlì ? » répétai-je en me tournant vers lui. Ce mot me disait quelque chose, j'étais sûre de l'avoir entendu bon nombre de fois, mais je n'arrivais pas à savoir quand... ni en quelle occasion... Il ne perdit pas beaucoup de temps, et, de son archer, il me pointa une caravane d'où, je venais de me rendre compte, s'élevait quelques plaintes douloureuses... des esclaves !

Immédiatement, je voulus me lever, mais une main m'arrêta je me tournai vers le type, il me fit 'non' de la tête.

- « Pas la mettre danger. » murmura-t-il en donnant un rapide coup d'œil vers Bai-Bao je fis de même avant de relever les yeux vers la caravane... il n'y avait pas plus de trois marchands... mais il avait raison, s'il y avait la moindre répercussion sur Shin-Mu ou Bai-Bao, je ne me le pardonnerais pas... mais je pouvais toujours la jouer plus fine...

Tout à coup, un hurlement se fit entendre non loin les loups... Un frisson me parcourra le dos et mon estomac se tordit sous la douleur, j'y portai une main. Le mois commençait bien...

- « C'est un bon dao. » dit-il soudainement en me tirant de mes pensées mes yeux s'écarquillèrent et, rapidement, ma main se jeta sur l'endroit où j'avais laissé mon arme elle n'y était plus. « bon de pínghéng... » ajouta-t-il en le faisant reposer sur son indexe... il devait parler de l'équilibre... « Loin de shǒuwèi... » dit-il avant de se lever lentement et visiblement avec quelques difficultés ses os craquaient. Ma main se resserra autour des épaules de Bai-Bao lorsqu'il plaça ses deux mains sur la fusée de l'arme il y avait quelque chose qui ne me plaisait pas la dedans.

Mais lorsqu'il fit tournoyer l'arme entre ses mains, je ne pus que le regarder avec des yeux hébétés... qui était ce type ?! Il s'arrêta, un sourire sur son visage et, après avoir fait quelque pas vers un tronc d'apparence robuste, il leva l'arme et, avec beaucoup de force, il abaissa son arme une grimace de douleur traversa son visage juste après l'impacte. Il regarda alors ses mains, puis le vide devant lui et finalement, il s'approcha de nous et me tendit l'arme.

- « Frappe arbre. » ordonna-t-il. Dubitative, je pris la tête de Bai-Bao, la posai délicatement sur le sol, me levai et, lentement, pris la fusée de l'arme en main. Après ça, je fis quelques pas jusqu'à ce que j'arrive devant la souche et, voyant où son entaille était, je me préparai à taper à côté. « Frapper fort » dit-il lorsque j'eus mes bras levés sans acquiescer, j'abattis la lame de toutes mes forces dans le bois et, autre les vibrations du choc, je ne sentis pas grand chose...

Le regard sans doute blasé, je me tournai vers lui et n'eus même pas le temps de faire un pas en arrière, qu'il m'avait pris une main et l'observait son regard s'arrêta alors sur les cals qui en recouvraient la paume.

- « Recommencer » dit-il en me rendant ma main. Un de mes sourcils se leva, mais je fis ce qu'il me demanda et, six ou sept fois d'affilé, il me fit frapper contre le bois dur et, au bout de tant d'essais, il repris mes mains, les examina elles étaient un peu rouges et je sentais le sang pulser dans mes veines, mais autrement, il n'y avait pas grand chose à dire. « Mains fortes. » dit-il en les tapotant légèrement. « Bras forts... » ajouta-t-il en agrippant mon avant bras encore couvert de boue sèche. Mais tout à coup, je reçus un coup au genou et, titubant en arrière, je plantai la lame dans le sol pour me stabiliser, mais un autre coup dans la lame la fit sortir de terre, en projeta dans mes yeux et, en quelques secondes, je me retrouvai à genou, mon propre dao pointé vers moi. « mauvais combat/combattant. »

Les sourcils froncés, je me relevai, lentement, les yeux toujours plantés dans les siens.

- « Et alors ? Je pas veut combat. » articulai-je en le toisant de toute ma hauteur. L'air condescendant de ce type commençait sérieusement à me courir sur le haricot, mais à peine avais-je raidis mon dos, que je reçus un coup dans le ventre je tombai à genou, sentant le sang affluer encore plus.

- « Mais garder/protéger, oui. » répondit-il, en enfonçant la lame du dao dans le sol juste devant ses pieds avant de poser ses deux mains dessus, comme pour une canne.

- « Et vous me apprendre, alors ? » crachai-je, à la fois agacée et dubitative ce salop avait vraiment frappé au mauvais endroit. Ses yeux n'étaient pas vraiment visibles à cause du 'contre-jour', mais je vis la commissure de ses lèvres bouger pour finalement s'affaisser sous ses moustaches longues et fines.

- « Non. » répondit-il au bout d'un moment avant de laisser tomber mon sabre qui s'écrasa à côté de moi dans la terre. Absolument pas surprise, je le regardai s'éloigner, prendre son instrument, et retourner au près du feu où il recommença à jouer et chanter.

Fermant les yeux, je me relevai et, toujours une main fermement agrippée à mes côtes, je retournai près de Bai-Bao et rangeai mon dao... mais quand je le fis, je me rendis compte que j'avais le tranchant vers le bas... sans un mot, je tournai les deux dans l'autre sens et, le tranchant vers le haut, je rengainai.

À l'aube, lorsque les loups se furent un peu éloignés, je réveillai Bai-Bao et, avec d'autres marchands, nous marchâmes le long des chemins de terre battue avant de couper à travers des champs de céréales ou prairies d'herbes folles. Le soleil, une fois de plus, était haut dans le ciel mais pour une fois, Bao-Bai ne se plaignit pas... moins qu'avant.. uniquement du soleil... et des insectes.. mais sinon rien. Et bientôt, au loin, se dessina la petite cabane que nous avions quitté quatre jours auparavant. Un sourire sur le visage, je laissai mes jambes me porter plus vite vers l'abri où Shin-Mu devait nous attendre...

Et pile après que nous arrivâmes en dehors du champ, la vielle femme sortit de la maisonnée, soulevant par la même occasion de morceau de tissu qui devait temporairement remplacer la porte. Elle avait toujours le même vêtement marron verdâtre et les cheveux coiffés en un chignon serré qui ne parvenait même pas à la rendre ne serait-ce que sévère.

Continuant sur ma lancée, je m'approchai d'elle et, au moment où elle allait prendre la hache pour couper du bois, je la devançai surprise, je laissa sa main aller le long de son corps et se retourna avec un sourire en coin avant que ses yeux ne s'écarquillent. Elle approcha de moi et regarda mes vêtement avant d'attraper la base de mes cheveux... 'ah.. j'avais oublié' me dis-je, un sourire gêné sur mon visage.

- « Qu'est-ce qui s'est passé ? » murmura-t-elle avant que ses yeux ne dérivent des miens, et vers quelque chose derrière moi. « Bai-Bao ? » s'étonna-t-elle en lâchant mes cheveux. Je me retournai, mon regard fixé sur la vieille femme qui avançait vers sa petite-fille, dont les joues étaient presque entièrement rouges. Sans vraiment dire quoi que ce soit, elle examina l'habit que j'avais acheté... c'était orange... enfin, brun-orangé, avec une ceinture plus clair, mais le tissu était simple, fonctionnel, ou du moins, autant que celui qui avait été ruiné par ces types...

- « Ça dû être beaucoup or... » l'entendis-je murmurer avant que Bai-Bao ne baisse la tête.

- « J'avoir vendu bague. » répondis-je elle se retourna et, comme pour affirmer ce que j'avais dit, je lui présentai ma main et bougeai mes doigts l'un après l'autre. « Ancien avoir être cassé/déchiré. » ajoutai-je en baissant ma main elle regarda la gamine, inquiète puis passa une main sur sa joue.

- « Ça kàn qǐlái beaucoup/très brillant. » dit-elle finalement avant de se tourner vers moi. Vu le sourire nerveux de la petite, j'en conclue qu'elle venait de lui faire un compliment et donc, souris à mon tour, laissant mes bras se croiser sur mon torse et mon poids reposer sur ma jambe gauche... ça me rappelait la fois où une amie m'avait demandé de départager pour savoir quelle couleur de haut lui irait le mieux...

À cet instant, je me rendis compte d'une chose, tout ça... tout ce que j'avais avant... ça ne m'avait jamais vraiment manqué... et pour être parfaitement honnête, ça ne me manquait pas vraiment... même maintenant... et puis, ce n'était qu'un rêve... et encore assez plaisant pour le moment... bon, ça avait ses hauts et ses bas... ça pouvait faire peur... mais je ne risquais pas grand chose... à part avoir très peur...

Soudain, je vis une main passer devant mes yeux et, sortant de mes pensées, je me rendis compte que les deux étaient devant moi, l'air à la fois curieuses et inquiètes...

- « Je... » commençai-je en levant mon bras j'avais encore la hache en main. « j'aller couper bois. » dis-je avant de poser mes planches contre le linteau de porte et prendre quelques petites bûches.

Quelques minutes plus tard, je pris toutes les bûchettes que j'avais coupé et, passai le rideau avant que des bras ne m'enserrent les épaules et ne me tournent, vers l'extérieur.

- « Qu- »

- « Tu pas pouvoir/devoir aller dedans ! Tu devoir xiān finir ton/ta/tesyǎnjīng ! » débita Bai-Bao qui, me lâcha brutalement électricité statique ?

- « yǎnjīng ? » demandai-je en lui montrant l'une des bûchettes, un sourcil levé. Ça ne devait pas être ça car elle tapa faiblement du pied, soupira puis avança son visage vers le mien, quoi que encore loin du fait qu'elle soit si petite et, des ses deux indexes, elle pointa ses yeux qui étaient alors grand ouverts.

- « yǎnjīng. » dit-elle alors. « Yǎnjīng bì shàng. » annonça-t-elle en fermant ses deux yeux. « Yǎnjīng zhēng kāi. » continua-t-elle en les rouvrant aussi grand qu'avant. Je ne pus alors m'empêcher de rire à ma bêtise, mais aussi à la tête de chaton mécontent qu'elle faisait, et même un coup dans les côtes ne fis que me plier de rire.

- « Tíngzhǐ cháoxiào wǒ! » gémissait-elle en me frappant l'épaule de ses petits poings.

- « D'accord, d'accord. » dis-je finalement, le souffle court elle arrêta de me taper et je dus me contenir pour ne pas me remettre à rire elle avait encore ce visage là... on aurait Goup-

Mon sourire tomba et mes yeux allèrent vers l'horizon où des oies sauvages volaient... 'j'espère que tu vas bien...' me dis-je avant que quelque chose me passe devant les yeux et ne me tire en arrière.

- « Bai-Bao ! Qu'est-ce qu- » balbutiai-je en essayant de me redresser, les mains serrées sur le morceau de tissu qui me bouchait la vue.

- « Tuìchū yídòng! » dit-elle d'une voix autoritaire la grande dame était de retour... Mais elle prenait un temps fou alors, soulevant un morceau de tissu, je tournai légèrement la tête et vit qu'elle était sur la pointe des pieds, les bras en l'air en train d'essayer de faire un nœud.

- « Besoin aide ? » demandai-je en riant doucement. Elle ne dit rien mais, d'un coup, je fus tirée encore en arrière maintenant c'était à moi d'être dans une position inconfortable... moi qui avait juré devant tous mes potes de ne plus jamais faire de limbo...

Après plusieurs autres secondes, elle me laissa me redresser et, au moment où mes mains remontèrent machinalement vers le bandeau, deux petites mains les attrapèrent avant de les lâcher tout aussi brusquement et à la place, je sentis mon vieux T-shirt être tiré vers l'avant et le bruit du tissu se froisser sur mon passage

Bam !

Un peu sonnée, je fis plusieurs pas en arrière, le temps de retrouver mon équilibre je soulevai alors le bandeau... je m'étais pris la porte.

- « Jiè diào yúnòng ! » s'énerva-t-elle en me replongeant dans le noir. Une fois de plus, elle me tira en avant mais, au cas où, je restai penchée en avant jusqu'à ce que j'entende à nouveau le bruit du rideau derrière moi. « Prêt ? Voir/regarder ! » dit-elle.

Lentement, je pris le haut du bandeau et le descendit mes yeux mirent un moment avant de s'ajuster à la pénombre de la pièce, mais quand ce fut fait, mes yeux s'écarquillèrent. Devant moi, Shin-Mu tenait des habits proprement pliés... incrédule, je donnai un rapide coup d'œil à Bai-Bao qui, me fit alors signe d'avancer. Lentement, j'allai vers la vieille femme qui, une fois tout proche, me tendis les vêtements. Doucement, je les pris en main et passait mes pouces dessus, comme pour tester le tissu je sentis un sourire remonter sur mon visage.

- « Tu aimes ? » demanda soudainement la voix de Shin-Mu je hochai la tête et, après avoir rapidement posé les vêtements sur la table, je la pris dans mes bras. Elle sembla d'abord surprise, mais me tapota dans le dos en riant doucement. « Allez, chuān- » commença-t-elle avant de m'attraper par les épaules et m'écarter d'elle. « Tu devrais te laver avant... » dit-elle après un moment... je regardai mes vêtements... déchirés, sales, pleins de limon sec... je ne pus qu'acquiescer.

Bien que mes jambes commençaient à se faire lourdes, je partis vers le ruisseau avec mes seaux puis revins et, sans prendre le temps de les faire chauffer, je les mis dans la petite bassine au dehors et commençai à enlever mes vieux vêtements.

Clunk

Surprise, mais les bras toujours coincés dans mon T-shirt et au dessus de ma tête, je le remontai un peu plus et vis Bai-Bao devant la porte mais n'eus pas le temps de dire quoi que ce soit elle était déjà rentrée. Un sourcil levé, je laissai mon regard aller devant moi, puis haussai les épaules avant d'enlever complètement mon haut, aller chercher le bol et la serviette qu'elle avait laissé tomber puis me débarrassai du reste de mes vêtements.

L'eau, au premier abord, me sembla glacée, mais avec le soleil qui tapait sur les seaux et la bassine, elle se réchauffa au point que, quand l'eau venait à couler sur ma tête et mes épaules, c'était comme avoir un morceau de soie qui me tombait dessus je ne pensais pas avoir jamais ressentis ça même après une dure journée en prenant une douche... peut-être parce que ces journées étaient moins dures... ? En y repensant, tout dans ma réalité était quasiment instantané... pas d'eau à aller chercher au ruisseau, pas de millet à aller couper sois-même, pas de champs à retourner, pas de cales sur les mains... mais au final, c'était peut-être ça qui rendait les autres moments plus beaux...

Perdue dans mes pensées, je me laissai aller en arrière et la tête posée contre le bord de la bassine, le la laissai pendre et fermai les yeux... dans de bruit de voiture, pas de voisins qui hurlent, pas de téléphones ou de réfrigérateur faisant un bruit de tous les diables... juste le bruit de l'eau, du vent dans les herbes et les oiseaux... malgré ses moments horribles et pesants, je n'étais pas tout à fait sûre de vouloir quitter ce rêve... en fait, j'en étais même venue à espérer que ce 'rêve' soit réel... que le temps m'avait réellement joué un mauvais tour en me transportant dans le passé... mais alors si c'était le cas...

- « Kotarō... » murmurai-je en rouvrant les yeux... Si tout ça était vrai, alors ces types allaient réellement lui faire du mal... je me redressai, les yeux fixés sur l'eau, les sourcils froncés et les dents serrées...

- « Tu as fini ? » demanda soudainement une voix de suite, mes yeux se plantèrent sur ma droite où Shin-Mu se trouvais.

- « Oui ! » répondis-je de suite, en planquant un sourire sur mon visage mais lorsqu'elle partit, il retomba. Je ne pouvais pas partir à sa recherche maintenant... j'avais encore tellement à leur rembourser... Soudain, l'odeur de la soupe de légume arriva à mon nez et, immédiatement, je me relevai. 'Allez, on réfléchit mieux le ventre plein et après une bonne nuit !' me dis-je en enjambant la bassine de bois.

Là, je me séchai le plus possible avant d'enrouler la serviette autour de mon torse, vidai la bassine du côté où l'herbe était la plus présente, pris mes vieux vêtements et rentrai dans la cabane où Shin-Mu et Bai-Bao semblaient vivre au ralenti.

- « Où je mettre ça ? » demandai-je en m'approchant un peu de la vieille femme elle releva les yeux de ses herbes, regarda le tas informe dans mes mains et me montra, dans un coin un peu plus sombre, un pot. Je les mis dedans mais, lorsque j'y jetai mon pantalon, un bruit étrange résonna intriguée, je fouillai dans les poches et, dans l'une d'elle, je trouvai mes clefs d'appartement...

Je restai là un moment à les regarder puis, refermant mes doigts sur l'objet métallique, je fis de même pour le pot et partis prendre les nouveau vêtements que l'on m'avait offert.

- « Bēngdài sont sur l'étagère. » annonça Shin-Mu lorsque je dépliai ma tunique marron foncé, presque noir.

- « Bēngdài ? » répétai-je en tournant ma tête vers elle.

- « Bai-Bao, tu peut/pourrais lui présenter/montrer ? » demanda-t-elle et, de suite, j'entendis les ballerines de la gamine fouler le sol je tournai la tête vers le bruit et me rapprochai un peu pour voir... Elle me tendit des bandages... 'ah oui... pas de soutien-gorge...' pensai-je en la remerciant. Bon, au moins une chose du monde moderne qui risquerait vraiment de me manquer... même si, je devais bien avouer, après les quelques tailles que j'avais perdu, le mien ne tenait plus grand chose... mon regard alla alors vers mon torse... en effet, plus grand chose à tenir...

Haussant les épaules, je partis vers l'endroit où se trouvai le pot où mes vieux vêtements étaient et entrepris de m'habiller avec les nouveaux. Mettre les bandages me pris un peu plus de temps que prévu, mais je comptais bien le faire toute seule et, finalement, au lieu de ne faire qu'une bande en dessous des épaules, je pris l'initiative de passer également sur mes trapèzes au moins ça ne risquai pas de tomber. Après ça, et toujours avec la serviettes sur les hanches, j'enfilai la tunique qui, contrairement à ce à quoi j'avais l'habitude, se fermait avec la partie gauche au dessus... Après ça, j'enlevai ma serviette mais, une trace sombre descendait déjà le long de ma jambe... Comment avais-je pu l'oublier... je n'avais rien demandé les fois précédentes... après tout, mon pantalon en avait déjà tellement vu... mais celui-là... Je regardai l'espèce de pantalon qu'on venait de m'offrir... et le tacher dès le premier jour ne m'emballait guère...

- « Il y a un problème ? » demanda soudainement la voix de Shin-Mu un peu gênée, je finis par lui pointer la coulée de sang du doigt... Elle fit hocha la tête et alla vers un tiroir duquel elle sortit un tissus de la taille d'un mouchoir comportant des sortes de lacet à chaque extrémité puis du coton et l'enveloppa à l'intérieur avant de refermer. « Voilà. » sourit-elle en me le tendant je fis de même en le prenant de ses mains. Après ça, je mis mon pantalon, le resserrai un peu avant d'aller mettre la serviette un peu plus près du feu pour qu'elle sèche.

- « Ça fait bien, zhuǎnguò shēn lái. » demanda soudainement la vieille femme. Sans trop réfléchir, je me tournai vers elle et écartait mes bras, un grand sourire sur le visage. « Même xiùzi de chángdù semble/paraît dōu va/vont bien... » marmonna-t-elle en se penchant, tirant un peu sur mes manches. « Qu'est-ce que tu en penses, Bai-Bao ? » demanda-t-elle en se redressant.

Elle se décala un peu sur ma gauche et, un peu plus loin, je vis Bai-Bao relever la tête du tissu qu'elle semblait rapiécer elle fit des yeux rond avant de hocher la tête et immédiatement retourner à son ouvrage. Pas exactement ce à quoi je m'étais attendue, mais bon, si même elle n'avait rien à redire.

- « Maintenant, yīnwèi on a accord princesse... » rit Shin-Mu en roulant des yeux et haussant des épaules, juste assez fort pour que je puisse entendre. Je ne pus qu'étouffer mon rire et secouer lentement la tête en me dirigeant vers la table où je disposai les bols ainsi que les cuillères de bois habituelles mais quelque chose me gêna à ce moment là une mèche de cheveux trop longue pour me laisser voir quoi que ce soit, et trop courte pour être rangée derrière mon oreille...

Je me redressai rapidement avant de me dirigeai vers l'établi au fond de la pièce où, après quelques secondes de recherche, je trouvai une paire de ciseaux... enfin, plutôt une pince pour attraper des nouilles à laquelle on aurait mis des couteaux au lieux des pinces. Je les pris donc et partis m'asseoir sur le coffre avec, sur mes genoux, un tissus.

Là, je commençai à couper, tailler les mèches en un carré à peu près convenable en prenant soin de raccourcir quelque peut ce qui, à présent, pouvait presque former une sorte de frange... mais quelque chose me disait que tout ça devait plus ressembler à un buisson épineux que quoi que soit d'autre.

Je ne m'étais pas trompée... enfin, de peu... je n'avais pas encore les épines et mes pointes fourchues étaient enfin parties mais, après avoir passé tant de temps sans me laver, ni même me brosser les cheveux correctement, que c'eut été pendant mon temps dans cette cage ou bien ici, je n'avais pas réussi à maintenir leur aspect lisse... Enfin, il y avait pire dans la vie m'étais-je dis en buvant le reste de mon bol.

C'est alors que, de l'autre bout de la table, un léger rire se fit entendre je relevai les yeux et vis que c'était Shin-Mu.

- « C'est juste que, tu me rappelles dāngshí zhīdào un jeune de liúlàng homme. » parvint-elle à prononcer entre ses petits éclats de rire Bai-Bao, elle sembla moins encline à en rire... moi-même, il me fallut un moment, mais en y regardant bien, il était vrai que la presque afro ne jouait pas vraiment la carte de la féminité pour moi... Bah, comme je l'avais dit ça n'était que des cheveux, ça repousserait.

Ce soir là, je me réveillai une fois de plus dans la forêt de cyprès... comme d'habitude, mais cette fois-ci, non seulement il ne faisait pas froid, mais en plus, il y avait une lueur orangée qui teintait les épines ainsi que la neige. Lentement, je me redressai et, assise, les jambes allongée dans la poudreuse, je laissai mes yeux remonter le long de poteaux métalliques recouverts de stalactites.

Je restai là un moment à les regarder fondre peu à peu, mais me rendis compte que les gouttes, au lieu de descendre le long de la structure givrée, remontai et, en en suivant plusieurs, je vis que, peu à peu, elles se superposaient toutes pour former, peu à peu, la structure d'un autre lampadaire... ou du moins, c'est ce qui me sembla être le cas lorsque je me rendis compte que je me trouvais, actuellement en présence de deux lampadaires... mais celui devant moi... il... il était brisé... il manquait la lanterne...

Soudain, une douleur affreuse me prit au ventre instinctivement, je planquai ma main dessus et, toujours agrippée au tissu sombre de ma tunique, je me relevai.

- « Il ne se réparera pas... » murmurai-je en passant mes doigts devant les morceaux de métal liquide qui s'accumulaient au niveau de la cassure sans pour autant réussir à s'empiler.

Un hurlement s'éleva alors et, sembla balayer les deux autres flammes... sans pour autant parvenir à les éteindre... Sur mes gardes, je guettai les alentours et fis un pas en arrière immédiatement mon pied butta contre quelque chose.

Je baissai rapidement le yeux et vis, partiellement émergé, un dao semblable à celui que l'on m'avait laissé...

Un autre hurlement plus proche. Alerte, je ramassai prestement l'arme sans la regarder et, après m'être coupée au doigt en empoignant la lame, je parvins à en prendre la fuseau... j'avais un très mauvais pressentiment...

Un autre coup au ventre me secoua il était plus fort... tout comme mes tremblements... cette chose allait peut-être revenir... elle allait revenir... Le vent se leva bientôt et, devant mes yeux, une forme blanche commença à se découper dans le blizzard... Ma deuxième main se crispa sur le manche de l'arme malgré les coups qui ne faisaient que se répéter contre l'intérieur de mon ventre... et à chacun d'eux, je ne pouvais que tituber d'un pas en avant... Les larmes commencèrent à me monter aux yeux, je ne savais pas quoi faire j'avais peur, je ne voulais pas bouger de là, je n'y arrivais pas, mais je voulais fuir...

Soudain, la silhouette blanche se redressa et, plus fort qu'auparavant, un hurlement à la fois aigu et guttural retentit.

Crac

Ma tête partit en avant et, pliée, la main agrippée à mon ventre, je sentis un liquide chaud couler le long de mes doigts... puis quelque chose de pointu s'y enfoncer, tirer sur mes chairs, faire des bruits de mastication autant que de gémissements...

Deux aboiements

Sans réfléchir, mon bras armé se leva et, dans sa course traça une ligne rouge qui resta étrangement fixe dans l'air, je la regardai un moment avant qu'un aboiement ne résonne derrière moi. Je n'eus pas le temps de me retourner, mon bras gauche, s'élança sur le côté avant que mes doigts ne se referme telles des mâchoires sur une ombre qui, tout comme l'autre, se transforma en un nuage liquide et rouge...

J'avais les yeux grand ouverts et, lorsque je voulus remonter mon bras pour voir si je pouvais 'toucher' cette substance, elle le fit d'elle-même je déglutis.

Mon bras était tordu en un angle étrange, une forure grossière débutait à partir de mon coude et, émergeant de mes doigts et os, des dents de carnassiers avaient poussé en tout sens. Apeurée, je ne parvins pas à bouger et ne pus que gémir d'effroi en voyant le dos de ma main s'ouvrir à la manière de narines et 'humer' le nuage pourpre.

CRAC

Un hurlement quitta ma gorge au moment où mon bras se disloqua en deux avant que la fourrure ne se répande plus loin encore... elle m'arrivait à l'épaule... et s'étendait toujours ! Ma chair se déchira d'autant plus, forma des rejets, des membres, une langue, des paupières, un œil... elle se dispersa, s'enroula, se tordit et au moment où la masse tourna sa tête difforme, son œil unique et mauvais, sa mâchoire pendante et écumeuse

Mais à cet instant, des liens de lumière blanche s'enroulèrent à la façon de tentacules autour de la chose. Elle hurla, se débattit et tenta d'entamer son propre corps, soit mon bras pour s'échapper mais, sans que je ne puisse faire quoi que ce soit à par crier de douleur, tout tomba en cendre à côté de moi...

Je tombai alors au sol, tête la première dans la poudreuse, les yeux fermés et les dents serrés c'était ignoble !

- « Ça va ? » demanda doucement une voix lointaine... Mes yeux s'ouvrir en un instant sur une vue de la porte d'entrée... Je me laissai retomber en arrière sur le coffre de bois avant de laisser pendre mollement mon bras sur mes yeux il faisait déjà jour. Je me rendis alors compte qu'une main me tenait toujours le bras droit... Lentement, je tournai la tête, juste assez pour qu'un de mes yeux puisse voir qui était à ma droite Bai-Bao ?

- « Bonjour. » dis-je après quelques secondes, un sourire un peu forcé et sans doute fatigué sur le visage. Ce fut comme si je l'avais giflée ses yeux s'écarquillèrent et elle me lâcha immédiatement avant de se lever, me jeter un seau dessus avant de sortir.

J'aurais pu être déconcertée par une telle attitude... si elle ne m'avait pas plus ou moins fait le coup ces quatre dernières semaines... Ça pouvait être agaçant, voire vexant de la voir partir au moment où j'arrivais, qu'elle ne me parle plus vraiment, ou bien qu'elle refuse strictement, à certains moments, de même croiser mon regard... tout en me tenant le bras de temps à autres...

Franchement, s'il devait y avoir un guide pour comprendre les femmes ou les hommes, alors je pense qu'une thèse sur la psychologie de cette fille aurait rempli une bibliothèque entière !

Soupirant tout du long, je me levai, pris le seau qu'elle m'avait jeté, puis le deuxième et me dirigeai, comme tous les matins vers la rivière une autre journée à travailler sous un soleil qui, malgré son réveil matinal, commençait à perdre un peu de son intensité. L'automne ne serait plus très loin, et avec lui, les pluies torrentielles... j'espérai juste que Goupil était quelque part, bien à l'abri des éléments autant que des soldats...