Kaemon avait finit par accepter le défi lancé par Ichiho et Sasuno. Après tout, qu'avait-elle à y perdre ? De ce qu'elle en avait compris, cela serait une course orchestrée dans tout le village. Une course dont le but ultime était bien-sûr d'atteindre les portes de l'académie de Konoha à temps, et sans être en retard.

Après cet échange, Kaemon était partie déjeuner dans son coin, en achetant quelques brochettes sur la place du marché à l'un de ses vendeurs favoris. Son après-midi fut agrémentée de quelques rencontres avec des civils, des gens qui avaient besoin d'aide : une vieille femme demanda à l'enfant de porter ses courses, une autre de retrouver son chat. Toutes ces petites choses que Kaemon accepta avec grand plaisir, car après tout, cela faisait parti du Bushido comme du Nindo qu'elle respectait à la lettre. Elle retourna ensuite sur le terrain d'entraînement numéro quatre pour parfaire certains de ses gestes, son placement, sa main sur la garde de son wakizashi.

Lorsque la nuit commença à tomber sur le village de Konoha et que le vent se leva, Kaemon estima qu'il était tant pour elle de rentrer. Elle aimait la fraîcheur de la soirée sur sa peau, dans ses cheveux. On trouvait qu'elle ne se couvrait pas assez, qu'elle allait attraper froid. Mais jamais Kaemon n'était tombée malade, les cuisses et le ventre à l'air. Une fois chez elle, l'enfant s'occupa de préparer un dîner. Son père finit par passer la porte d'entrée, comme chaque soir, une demi-heure après son enfant.

— Bonsoir, Kaemon.

— Bonsoir papa.

Deux sourires échangés. Kakashi avait l'oeil cerné et fatigué de sa journée. Pour y remédier, Kaemon avait préparé l'un de ses petits plats préférés.

— Oh mais, Kaemon, ce sont des ramens au boeuf que tu nous fais ? Je suis certain que cela va être succulent.

Kaemon, à cet instant, était emplit de joie. Elle adorait lorsque son père se sentait bien chez lui, avec elle. C'était leur jardin secret. Ils s'installèrent autour de la petite table de la salle à manger, et entamèrent le repas du soir dans un silence tranquille. Seul le "tic tac" de l'horloge mural venait rompre leur tranquillité. Mais pour une fois, Kaemon ne tenait pas en place. Toutes les deux minutes, l'enfant jetait un regard à son père et détaillait son oeil, ses cheveux blancs, son épaule. Puis elle se ravisait. Mais une question lui brûlait les lèvres, et son père ne tarda pas à le remarquer.

— Kaemon, si tu as quelque chose à me demander, fais-le au lieu de trépigner sur ta chaise, lança Kakashi sur un ton doux et chaleureux.

— Oui... je voulais te demander... tu... tu viendras à ma remise de diplôme, demain ?

Kaemon se figea, dans l'attente de la réponse à la fois attendue et redoutée. Elle savait que son père était très occupé, et une réponse négative serait logique et raisonnable. Son coeur rata un battement lorsque Kakashi afficha un air un peu triste.

— Je risque d'être très occupé demain...

L'enfant ne céda pas à la déception. C'était normal, elle était fière de l'homme qu'elle avait en face d'elle, et cela lui suffisait. Elle balaya les doutes de son vis-à-vis d'un mouvement de tête, et se remit à sourire.

— Ce n'est pas grave papa ! Et puis, je ne serais qu'aspirante et non ninja, ce n'est pas un diplôme très important.

La petite relativisait dans une tentative de se réconforter et d'apaiser les craintes de son père. Cette technique trop mature pour son exécutante arracha tout de même un sourire à Kakashi.

— Tu as quelque chose de prévu demain matin ? ajouta le père Hatake, pour changer de sujet.

— Ichiho... Akimichi Ichiho-san et Uchiwa Sasuno-san m'ont proposé un entraînement matinal.

— Alors finis ton plat et va te reposer. Je m'occupe de la vaisselle pour ce soir.

La discussion se termina ainsi. Kaemon s'échappa dans sa chambre pour se préparer et se mettre au lit, avec un dernier regard au travers de sa fenêtre ouverte. Le ciel était clair, et la lune portait de son oeil unique une lumière qui berçait le monde. Un frisson traversa l'échine de l'enfant lorsqu'elle pensa à l'astre au-dessus d'elle.

On dirait la lune dans mon rêve...

Un sommeil sans ténèbre enveloppa Kaemon de sa douce couverture. Au crépuscule matinal, une légère excitation la tenait au ventre. Avec des gestes plus vifs que d'habitude elle entreprit de s'habiller, de nouer ses cheveux blancs, de soigner son wakizashi, puis de partir dans le couloir. Trois coups sur la porte de son père, un café, du thé, du riz...

L'impatience était un défaut qu'elle n'appréciait guère. Mais l'idée d'être défiée par deux de ses camarades mettait l'enfant dans un état particulier. Elle lutta pour ne montrer aucune émotion sur son visage pâle, mais son père devinait sans mal ce qui trottait dans la tête de Kaemon. Soudain, la sonnerie de la porte d'entrée retentit. La petite se leva sans précipitation, sous le regard attendri de son paternel.

— Ohayou Kaemon-san ! Alors, tu es prête ? Bonjour Hatake-san !

La fille Hatake avait ouvert la porte sur une Ichiho plus en forme que jamais. Un sourire mesquin séjournait sous ses joues bouffies, alors qu'un poing était posté sur sa hanche.

— Oui, laisse-moi une seconde le temps d'attraper mes affaires.

Elle s'éclipsa dans sa chambre pour prendre une sacoche qu'elle accrocha à sa cuisse gauche et son arme favorite. De retour dans le salon sobrement décoré, elle salua son père d'un signe de tête. Le visage de Kaemon était froid, neutre, mais ses yeux trahissaient son engouement pour la situation. Elle allait prouver une nouvelle fois sa valeur !

— Allez viens, on va aller chercher les autres ! lança Ichiho.

— Les autres ?

— Bah oui ! On fait une course, il nous faut bien des arbitres !

Kaemon opina du chef, peu convaincue par cette intervention. Sous le rire fort de la rouquine, une voix plus masculine s'éleva de la foule qui commençait à s'éveiller dans le village.

— Ah ! Vous voilà !