~ TRY AGAIN ~
Voici ma première fanfiction ! (enfin sur ce site)
Alors, évidemment, elle n'est pas des plus parfaites, étant donné que je ne suis pas habituée à ce genre d'écriture. Mais j'ai voulu tenté l'expérience avec le couple Destiel qui m'a vraiment tapé dans l'œil.
Je dois vous prévenir que le style sera particulier. On retrouvera Destiel, Sam et quelques autres protagonistes dans l'univers Supernatural mais l'intrigue ne se rattache pas particulièrement aux dernières saisons. Elle est plutôt intemporelle et quelques faits ont été déformés ou inventés.
Il y aura sûrement du Lemon mais cela restera très fluffy. Il faudra prévoir des moments un peu difficile, étant donné que c'est aussi une histoire de Comfort où Dean s'en prend beaucoup en pleine poire. Donc accrochez-vous ;)
Pairing : Destiel (donc Dean/Castiel dans Supernatural)
Type : IC et OC (May) - Hurt/Comfort (mais Happy ending ne vous inquiétez pas)
Rating : M (même si de nombreux chapitres ne dépasseront pas le T)
Disclaimer : Rien ne m'appartient. Seulement l'intrigue et mes mots. Ah et May j'ai oublié x)
Spoil : Je ne risquerai pas de dire aucun. Il se peut que certains se baladent sans que je ne me rende compte mais parmi eux il y a des choses inventées donc bon ;)
Note : Je m'excuse d'avance pour toutes les coquilles qui peuvent se trouver dans ce récit...
: Chapitre 2 :
~.*.~
[ Hiver 2017 – New-Jersey ]
Dean soupira, sa respiration s'en allant au-dessus des toits sous la forme de ce nuage blanc évaporé. Il tapota la bière qu'il tenait entre ses mains gelés, assis sur le toit de sa Baby.
L'obscurité lui faisait du bien. Et mal en même temps. Quelque chose dans sa tête ne tournait plus rond. Il ne saisissait pas trop quoi, mais ce vide au sein de son être, comme une pièce manquante enraillant le mécanisme, lui faisait peur. Il ne pouvait se confier à Sam, qui lui était si heureux. Littéralement rayonnant.
Les monstres décroissaient. Les démons se taisaient. Les anges s'étaient renfermés dans leur foutu paradis. Et heureusement. Dean avait vu assez de connard emplumé pour la fin de ses jours. Et pourtant... Il ressentait une panique sans pareil à la simple idée de fermer boutique.
Dean Winchester... L'homme droit, le chasseur ayant battu Lucifer – deux fois – l'homme qui était mort tant de fois qu'il avait pu partager une tarte avec la Mort elle-même. Avant de la tuer. Mais en dehors de cette vie obscure, qui était-il ? Un prétendu conjoint qui n'avait pu se résoudre à abandonner la chasse et était parti un an après ? Un grand frère raté, un père qui n'en est pas un ?
La vérité était là. Douloureuse mais présente. Sans ces monstres, sans ces démons, sans ces connards d'emplumés, il n'était rien. Son inconscient lui avait-même montré à quel point sans la chasse sa vie serait banale mais atroce. Sans la chasse, comment aurait-il pu resté proche de son frère, l'ambitieux ? Alors que lui, il complexait de cette intelligence, de cette mémoire et de ces connaissances que possédaient Sam ? Oui, sans la chasse, Sam et lui ne pourraient se voir en peinture.
Il poussa un nouveau soupir, ses doigts se renfermant sur le goulot froid de sa bouteille. Le verre lisse aurait pu céder si facilement sous sa poigne mais il conservait le contrôle.
Le ciel semblait l'appeler. Quelque chose lui chuchotait que tout n'était pas fini. Qu'il ne s'agissait que du calme avant la tempête. Il se sut horriblement égoïste car la seule pensée qui le traversa fut : « Si seulement... ».
Il baissa les yeux vers son poignet droit. Le bracelet en cuir offert par Castiel frottait contre le verre à chaque mouvement. Il était simple, d'un brun basique, tressé. Mais la beauté que les autres ne pouvaient pas voir était ce petit flacon, bloqué entre les lanières dans le creux de son poignet. Il était minuscule, presque indiscernable à un rapide coup d'œil. Mais lui, Dean, savait qu'il existait. Il s'était toujours interrogé ce qu'il contenait. Une symbolique puissante devait s'y trouver là, mais Castiel s'était contenté de lui adresser un sourire face à sa question.
« Conserve-le et un jour tu comprendras » avait-il dit avec sa voix grave, légèrement déformée par une émotion que le chasseur n'avait pas réussi à cerner.
Il passa sa bière dans son autre main puis fit tourner le bracelet autour de son poignet. Le flacon se dévoila à sa vue, presque transparent tant le verre était fin. À l'intérieur une poussière noire se collait jusqu'à la moitié de la paroi.
En l'observant, Dean se sentit apaisé. Comme si la présence de l'ange avait suffi pour combler cette pièce manquante. Pour le moment, du moins.
~*.*~
[ Printemps 2017 – Le Bunker des Héritiers ]
— Dean !
Il s'agita, son souffle se heurtant contre sa cage thoracique fermé.
Il courrait vers lui. Aussi vite que ses jambes lacérées le pouvaient.
La panique afflua dans son cerveau. Se tournant et se retournant, aucune position ne lui convenait.
— Dean ! Dean, je brûle !
Son visage le dévisageait. Il était torturé par les flammes de l'Enfer et il ne parvenait pas à l'atteindre, la distance entre lui et l'ange ne se réduisant jamais. Il ne parvenait pas à le sauver.
Sa respiration s'alourdit, sa peau suinta à grosses gouttes. Il fronça des sourcils et commença à gémir.
— Dean , sauve-moi...
Sa supplication le frappa en pleine figure. Il tendit la main vers lui, tentant par-dessus tout de le toucher. De le tenir contre lui. Il était si proche et si loin en même temps ! L'ange brûlait mais les flammes ne l'effrayaient pas. Non, son cœur se soulevait plutôt à l'idée de le perdre. Il était la seule once de lumière qui lui restait.
— Cas', souffla-t-il dans la pénombre de sa chambre, remuant tant que les draps formèrent une prison autour de son corps dégoulinant de sueur.
Ses yeux bleu azur plongèrent dans les siens, s'accrochèrent à lui. Et il hurla de souffrance, le feu dévorant ses grandes ailes noires.
— Regarde ce que tu as fait de lui, souffla une voix bien trop familière à son oreille. Ses ailes brûlent pour toi. Ses ailes brûlent à cause de toi.
Il ne trouva pas la force de se retourner. Ni de courir vers son ange. Il était paralysé, dans l'attente de la quotidienne dose de souffrance que son bourreau aimait lui administrer. Chaque jour, dans cette foutue cage, Dean criait, hurlait, se débattait, son âme écorchée à vif incendiant sa poitrine.
— Pas aujourd'hui, susurra-t-il de son timbre détestable. Aujourd'hui, tu vas rester ici. Et tu vas observer les conséquences de tes actes.
Sa présence s'évanouit dans son dos, le laissant seul face au spectacle terrifiant de l'ange brûlant vif. Ses ailes se détachaient plumes par plumes, dégageant une odeur de carbone mais aussi de sang. Le parfum de la chair grillée collait au palet, en arrière-plan. Et le visage suppliant et tordu de douleur de Jimmy Novak devant lui...
Mais il n'était pas complètement aveugle. Ni complètement sourd. Ni complètement insensible. Car il savait que ce n'était pas uniquement le corps de Jimmy qui brûlait devant lui. C'était l'essence de Castiel qui se consumait sous ses yeux impuissants.
Ses mouvements se firent plus violents. Il se débattait avec sa propre couverture, se cambrait tel un étalon ruant. Sa poigne agrippait, tordait, déchirait. Et sa gorge restait nouée, l'asphyxiant.
Il ne sut pas très bien si les larmes qui glissèrent en-dehors de ses yeux étaient dues à la chaleur dégagée par ce bûcher ou par la peine si fulgurante qui le traversa de part en part. Il tomba à genoux, hurla pour le salut de l'ange. Il promit tant de choses en échange... Il alla même jusqu'à proposer son âme et ceux de toute sa lignée.
Mais son bourreau ne cherchait pas à lui soutirer quoique ce soit de ce genre. Il voulait le briser. Entièrement. Détruire chaque pièce du mécanisme qui faisait de Dean ce qu'il était. Et si pour cela, il devait subir le supplice du survivant, l'horreur du spectacle, il le ferait. Rien, même l'offre la plus alléchante ne pourrait l'épargner de cette torture.
Alors, les yeux grand ouverts, ne pouvant détourner le regard de l'ange agonisant, les joues si humides que la fumée s'y collait, il supplia. Pas pour son bureau. Non, il priait. Une supplique à ses yeux, une preuve de foie pour lui. Pour son ange.
Il priait si ardemment, les mains jointes, que ses genoux étaient en sang.
— Castiel, je t'en prie, Castiel ! Ne pars pas ! Ne meurs pas !
Un sanglot agita sa cage thoracique, emplit sa poitrine d'une moiteur qui amplifia ses larmes.
— CASTIEL !
Son cri avait percuté la barrière psychologique qui entravait sa gorge, laissant sa détresse s'échapper avec une violence sans pareil. Cela suffit enfin pour déchirer le rêve qui l'étouffait à petits feux, le réveillant en sursaut.
— Dean ? murmura une voix dans la pénombre.
Son pouls s'apaisa au son de ce timbre si particulier. Dont la tonalité douce était une caresse à chaque syllabe. Le chasseur, inspirant profondément, une main sur son front, tourna la tête vers la source sonore.
Castiel était là. Vivant. La lumière qui filtrait d'en dessous de la porte était suffisante pour que son pauvre regard d'humain puisse distinguer les reliefs et les aspérités de son visage. Il semblait inquiet, ses sourcils froncés et son regard lui rappelant tant ceux des petits chiots.
— Cas', souffla Dean.
Penchant la tête sur le côté, l'ange vient s'asseoir près de lui. Sa main posée sur le lit effleurait celle du chasseur.
— Pourquoi m'as-tu appelé ?
Le brun l'observa tandis que Dean cherchait ses mots. Il ignorait comment lui expliquer une telle chose. Pourtant, face à son silence, le regard de l'ange sembla s'éclairer.
— Je vois, fit-il finalement. Un cauchemar, c'est ça ?
Il hésita un instant, humidifiant ses lèvres, puis acquiesça. Un long silence s'étendit alors que Castiel semblait peser ses mots.
— Est-ce que tu voudrais... que je reste près de toi ? Pour t'aider à t'endormir ?
Dean leva plus franchement son regard vers lui et le plongea dans le sien qui brillait presque dans le noir. Bien qu'une légère rougeur envahit son visage, il hocha lentement la tête.
Avec un sourire, l'ange se leva afin de se débarrasser de son imperméable, de sa veste puis de ses chaussures. Ensuite, il se glissa auprès du chasseur, soulevant la couverture au passage. Doucement, il prit place à côté de lui et se cala contre son dos. Ses bras n'osaient pas l'enserrer mais Dean le tira vers lui et les enroula délicatement autour de son torse.
Castiel sentit son rythme cardiaque accélérer en effleurant sa peau de ses doigts. Rien ne pouvait être plus perturbant que de toucher peau contre peau son protégé tout en sachant à quel point celui-ci était un fervent défenseur de son « espace privé ». D'autant plus que c'était lui qui avait cherché le contact.
Avec un pincement au cœur, il songea à ce qui avait bien pu lui arriver dans cette cage. Depuis son retour, le chasseur était avide de contact physique. Le nombre de fois où celui-ci avait agrippé son poignet, frôlé le dos de sa main, touché le bout de ses doigts – sans compter les étreintes auxquelles il avait eu droit pour les retrouvailles mais aussi à la sortie du bain – était si faramineux que l'ange craignait que ce désir insatiable ne dissimulât quelque chose d'autre. Un traumatisme plus grand encore.
Le souffle de Dean s'était apaisé. Castiel ne pouvait discerner son visage depuis leur position, mais il sentait que celui-ci avait fermé les yeux et s'était laissé sombrer. Son sommeil paraissait si doux et l'ange souhaitait tant obtenir sa revanche qu'il envisagea de partir.
Il hésita un long instant, ses pensées ne parvenant pas à se mettre en diapason. Il ne voulait pas quitter Dean. Il devait le protéger autant qu'il le pouvait et sa présence paraissait être un bouclier suffisant pour éloigner les cauchemars qui le harcelaient.
Toutefois il savait qu'il devait aider Sam dans ses recherches au sujet de cette fameuse Cage. Il était avec lui avant qu'il n'entende l'appel désespéré du frère aîné. Il s'était téléporté dans la chambre de Dean sans même le prévenir. Maintenant, il devait revenir vers lui pour avancer.
Alors, il détacha ses bras du torse de Dean à contrecœur. Aussitôt la main du chasseur agrippa son poignet.
— Reste... fit-il dans un souffle.
Castiel se figea, la poigne de Dean brûlant sa peau. Un élan étrange pulsa de son poignet, comme si toutes ses sensations étaient décuplées sous le contact de sa peau.
Alors, il céda. Il se rallongea près de lui, son souffle effleurant sa nuque. Son protégé desserra son étau et le fit glisser jusqu'à sa main qu'il saisit et pressa délicatement, doigts contre doigts.
Castiel ne comprit pas l'ampleur que ce geste si minuscule signifiait. Il se contenta d'observer les épaules de Dean, de leur courbure soulignée par la lumière filtrante du couloir. Il sentait le dos de celui-ci se soulever au rythme de sa respiration, se collant en peu plus contre son torse.
Mais s'il était apaisé à présent, il ne dormait toujours pas. L'ange le voyait par la tension dans sa nuque mais surtout par les pressions irrégulières de ses doigts contre les siens. Inquiet, Castiel chuchota :
— Dean ?
Un silence. Puis d'une voix basse mais éveillée :
— Oui, Cas' ?
L'ange pesa le pour et le contre, pressentant qu'il allait s'aventurer sur un terrain glissant. Mais il devait savoir. La curiosité et le désir de le protéger étaient plus fort que tout.
— De quoi s'agissait ton cauchemar ?
Dean resta longuement silencieux, mais il ne le rejeta pas. Au contraire, sa poigne devenait si forte que Castiel ressentait des fourmis dans son bras.
— J'ai rêvé que... j'étais à nouveau dans la Cage.
Le brun ne dit mot, ses lèvres serrées. Muet. Il connaissait Dean. Il savait que le bousculer ne menait à rien. Seulement à des dénis ou à des sujets complètement différents. Parfois même à des mensonges. Alors, il le laissa trouver ces mots. Trouver ce qu'il souhaitait dire.
Mais alors qu'il s'attendait à ce qu'il taise ou à ce qu'il continue, il fit la seule chose auquel il ne s'était pas préparé. Il bascula sur le dos puis se tourna vers lui. Son regard vert creusa dans le sien, sa main relâchant la sienne afin de l'enlacer lui-même. Sa tête se reposa dans le creux de sa poitrine, le tissu de la chemise frottant contre sa barbe naissante.
Castiel, surpris, resta immobile. Son attention était entièrement concentrée sur la force avec laquelle il s'accrochait à lui.
— L'Enfer n'est rien par rapport à cette Cage...
Son haleine chatouilla les joues de l'ange. Sa voix s'était brisée sur les derniers mots, ses cordes vocales vacillant sous les souvenirs qui menaçaient de le submerger. Une once de fureur s'infiltra à travers les barrières de Castiel, rallumant une flamme qu'il avait éteinte il y avait cela des années.
— Cas' ? fit soudainement à nouveau le chasseur.
Ils étaient toujours serrés l'un contre l'autre et ses mouvements de mâchoire frottait le tissu de sa chemise.
— Tu sais ce qu'était le pire ?
L'ange se tendit. Il craignait que les révélations de son protégé détruisent le peu de contrôle qu'il avait.
Il savait que celui-ci ne supportait pas lorsqu'il empiétait son espace personnel et ce n'était pas pour rien. Lorsqu'il recouvrirait ses esprits, Castiel savait qu'il se souviendrait de ce moment avec cette rougeur qui s'échauffait sur ses joues quand ils étaient trop proches l'un de l'autre. Il en aurait honte. Il pourrait même s'énerver contre lui, le blâmant d'avoir profité de la situation.
C'était pour cela que Castiel faisait attention au moindre de ses gestes, au moindre contact, au moindre regard. Il calculait tout, réfléchissait constamment. La dernière chose qu'il souhaitait, c'était que le chasseur trouve une preuve suffisante pour démanteler son seul argument à propos de cette proximité : il devait le protéger.
Le tenir éloigné des cauchemars, apaiser son sommeil, le laver et lui donner à manger quand il ne pouvait pas tenir une cuiller sans trembler faisaient parti de son travail d'ange gardien. Travail qu'il avait endossé aussitôt que sa main avait effleuré son épaule dans les profondeurs infernales.
Toutefois, Castiel ne pouvait le nier plus longtemps. Entre Dean et lui, il y avait un lien plus profond que celui d'un ange pour son protégé. C'était plus que cela. C'était...
Il repensa brièvement la première fois où il avait vu. La chaleur était étouffante, le sol grondant, les flammes léchant ses ailes avec minutie. Enfin, ceci était sa vision de l'Enfer. Assez classique à vrai dire. Jusqu'à ce qu'il tente d'agripper l'âme en peine de Dean. À partir de là, l'Enfer n'avait plus été seulement un lieu oppressant et un tant soit peu trop chaleureux à son goût. Non, il était devenu tout autre chose : un univers sombre, entièrement noir, peuplés de chuchotis, de visages avalés par l'obscurité.
Il les avait vu. Les souvenirs de ces âmes damnées devenues démons. Ils rampaient, suintaient, grimpaient, glissaient de toutes parts et elles hurlaient silencieusement l'injustice qui les avait frappé. Il les avait vu, chose que jamais autre ange n'avait pu voir. Il les avait vu à travers le regard de Dean.
Était-ce pour cela qu'il se sentait plus proche de lui ? Comme relié par un cordon invisible dont chaque pas les séparant lui infligeaient une douce torture ? Il avait alors tenté de combler ce vide, cette distance, mais le chasseur n'avait pas aimé : « Mon espace personnel, Cas'. On en avait parlé ».
C'est pourquoi il prit peur quand son protégé se détacha de lui, son visage grave le fixant sans mot. Avait-il fait quelque chose de mal ? Avait-il dit un mot de travers ? Castiel voulait tellement bien faire... Mais les humains étaient si complexes. Ils pouvaient crier quelque chose et faire l'inverse. Ils pouvaient faire quelque chose et penser l'inverse. Et ils pouvaient penser quelque chose et ne jamais rien dire.
Le pire, c'est qu'il n'y avait rien pour l'aider. Il avait pourtant cherché parmi toutes les bibliothèques, toutes les librairies, tous les supermarchés. Rien, pas un seul manuel ou un de ses livres dont le titre commence par : « Cent et une leçon pour... » au sujet des êtres humains. « Comment comprendre les humains et satisfaire leurs désirs tout en préservant leur intimité » : voilà ce dont avait besoin Castiel. Malheureusement, ceux-ci n'avaient pas une assez large perception d'eux-mêmes pour réaliser une telle œuvre et toutes les autres espèces se moquaient ouvertement de prendre soin d'eux. À vrai dire, les démons trouvaient cela bien plus satisfaisant de les faire souffrir et les anges étaient totalement indifférents à eux.
Alors, lui, Castiel, était-il anormal ? Après tout, il était un ange et son indifférence n'était pas très indifférente. La question qui le harcelait était si c'était lui ou Dean qui était suffisamment différent afin de permettre cette étrange alchimie.
Mais en percevant cette lueur dans son regard vert, comme si des éclats de verre avaient traversés de part en part ses globes oculaires avant de se loger dans ses iris, il eut sa réponse. Probablement les deux.
— Tu n'étais pas là, Cas', chuchota-t-il finalement, ses lèvres tremblant et se pliant sous la pression de ses dents.
La sensation qui grossit dans la poitrine de l'ange lui parut impossible à décrire. Tout ce qu'il en émergeait, c'était la diffusion d'une telle aura de chagrin que ses yeux se mirent à lui brûler. Instinctivement, ses bras se refermèrent sur le dos de son protégé et l'attira contre lui. Ses ailes imperceptibles aux sens humains se plièrent en avant afin de se resserrer en cocon autour du chasseur.
Il souleva une main tandis que la tête de Dean reprenait place contre son torse et hésita. Il avait vaguement conscience de dépasser les limites de son espace personnel mais la tentation était trop forte. D'autant plus lorsqu'il enfouit son visage entre les plis de sa chemise, gigotant contre lui pour trouver la meilleure position.
— Tu n'étais pas là, Cas', répéta-t-il dans un souffle. Tu n'étais pas là...
Fermant les yeux et serrant les mâchoires, il lutta. Mais très vite la bataille fut perdue et sa main se posa sur le crâne de son protégé, ses doigts se mêlant à sa chevelure. Elle était étrangement douce et longue, quelque chose d'assez inhabituelle pour lui.
— J'avais beau te prier, j'avais beau t'appeler et imaginer ta présence, tu n'étais pas là...
La culpabilité était devenue affreuse. Il sentit confusément une larme s'échapper de ses paupières closes.
— Et j'avais besoin de toi, Cas'...
Il craqua. Resserrant son étreinte, il prit enfin la parole.
— Chut Dean, dors... Je suis là à présent.
~*.*~
[ Quatre heures plus tard ]
Sam poussa un long soupir et enfouit sa tête entre ses bras. Les lumières de la bibliothèque lui agressaient les rétines alors que tout son corps clamait la fatigue.
Il était éreinté et les livres l'entourant ne l'aidaient pas à avoir bonne conscience. Cela faisait des heures qu'il s'acharnait sur la signification d'une potentielle Cage Originelle. Rien, absolument rien, ne lui apportait la moindre information. Le seul bouquin qui aurait pu le laisser espérer ne mentionnait que vaguement la Cage dans laquelle était enfermée Lucifer.
Cela pouvait être la réponse à son questionnement intérieur. Peut-être que Dean était tout simplement tombé auprès de l'archange déchu et avait subi les pires tortures au monde. Sam frissonna à cette idée, les souvenirs d'une période identique de sa vie refaisant surface. Il espérait toutefois de tout son cœur qu'il ne s'agissait pas de Lucifer mais un quelconque autre connard que la Terre avait porté. Le premier étant enfermé, Sam ne se vengerait jamais de la souffrance qu'avait vécu son frère. Le second lui laissait amplement le champ libre pour s'assurer que ce type allait regretter.
La seule chose qui lui permettait de s'accrocher à ce scénario, c'était la précision de Dean. Il avait dit : « La Cage Originelle » et non pas : « La Cage de Lucifer ». Et bien que l'adjectif originel ne lui disait rien qui vaille, sa présence lui donnait une lueur d'espoir.
— Sam ?
L'interpellé releva brusquement la tête. Castiel se tenait en face de lui, son imperméable ne dissimulant pas suffisamment sa chemise froissée habituellement lisse et repassée. Ses cheveux bruns étaient emmêlés et ses joues légèrement roses. Pourtant son expression était toujours des plus sérieuses.
Fronçant des sourcils, Sam passa une main dans sa propre chevelure.
— Cas' qu'est-ce qui s'est passé ?
Les yeux de l'ange dérivèrent vers les livres ouverts et éparpillés sur la table avant de de se repositionner sur le visage du cadet Winchester.
— Dean faisait un cauchemar, répondit-il de sa voix grave.
Puis il s'avança et déplaça un livre de sous une pile. Il le fit pivoter et le feuilleta d'une main, un air sérieux et solennel figé sur ses traits.
Sam inspira profondément puis se racla la gorge.
— Cas' ?
L'ange ne releva pas la tête, ses yeux bleus fixés sur les lignes. Il émit seulement un « hum-hum » songeur, ses doigts tournant une nouvelle page.
— Cas', dis-moi..., insista Sam. Qu'est-ce qui s'est passé clairement dans cette chambre ? Cela fait quatre heures que tu es parti.
Castiel semblait éviter son regard. Mais il relâcha finalement son attention du bouquin et tira une chaise. Lorsqu'il s'assit, sa démarche était maladroite et son corps tendu.
— Je suis resté près de lui, c'est tout Sam.
Le géant sentit sa mâchoire se décrocher.
— Attends... Tu veux dire que tu as dormi avec lui ?
L'ange inspira profondément puis fronça des sourcils.
— Je ne peux pas dormir, Sam. J'ai retrouvé ma Grâce, je suis un ange maintenant.
— Non, non, ce que je veux dire, c'est que tu t'es allongé dans son lit ? À côté de lui ?
Castiel dévisagea le frère cadet.
— Je me dois de veiller sur lui.
Sam eut un petit rire puis sourit faiblement.
— Oui, oui bien sûr, Cas'.
L'ange ne répondit rien puis ses mains s'activèrent à nouveau en tirant un nouveau livre vers lui.
— Alors, ces recherches ? Quelque chose de nouveau ?
Le géant soupira. Ses yeux lui piquaient, une envie de bâiller gonflait dans sa gorge et il n'avait plus la force ni la concentration pour lire ne serait-ce qu'une ligne.
— Non, rien. Apparemment, la Cage Originelle était inexistante aux yeux des Hommes de Lettres.
— Et si... ?
Castiel s'interrompit, sa langue passant furtivement sur ses lèvres.
— Et si quoi ? le relança Sam.
Il soupira et secoua la tête.
— Non, laisse tomber, ce n'est qu'une idée farfelue.
Son ami leva les yeux au ciel.
— On est un peu en manque d'idées alors, farfelues ou pas, crache-la, Cas'.
L'ange plongea son regard dans celui de Sam. Hésita. Longuement. Puis finalement céda.
— Si les Hommes de Lettres nous amènent à rien... Peut-être que Crowley peut savoir quelque chose.
