~ TRY AGAIN ~

Voici ma première fanfiction ! (enfin sur ce site)

Alors, évidemment, elle n'est pas des plus parfaites, étant donné que je ne suis pas habituée à ce genre d'écriture. Mais j'ai voulu tenté l'expérience avec le couple Destiel qui m'a vraiment tapé dans l'œil.

Je dois vous prévenir que le style sera particulier. On retrouvera Destiel, Sam et quelques autres protagonistes dans l'univers Supernatural mais l'intrigue ne se rattache pas particulièrement aux dernières saisons. Elle est plutôt intemporelle et quelques faits ont été déformés ou inventés.

Il y aura sûrement du Lemon mais cela restera très fluffy. Il faudra prévoir des moments un peu difficile, étant donné que c'est aussi une histoire de Comfort où Dean s'en prend beaucoup en pleine poire. Donc accrochez-vous ;)


Pairing : Destiel (donc Dean/Castiel dans Supernatural)

Type : IC et OC (May) - Hurt/Comfort (mais Happy ending ne vous inquiétez pas)

Rating : M (même si de nombreux chapitres ne dépasseront pas le T)

Disclaimer : Rien ne m'appartient. Seulement l'intrigue et mes mots. Ah et May j'ai oublié x)

Spoil : Je ne risquerai pas de dire aucun. Il se peut que certains se baladent sans que je ne me rende compte mais parmi eux il y a des choses inventées donc bon ;)

Note : Je m'excuse d'avance pour toutes les coquilles qui peuvent se trouver dans ce récit...


Alors, petites notes supplémentaires que je ne préciserai que sur ce chapitre : des expressions très connues du show Supernatural ressortiront. Elles seront essentiellement en anglais pour la seule et unique raison que, regardant la série en vostfr, je connais principalement les versions anglaises. Ensuite, si je m'amuse à traduire pour une histoire de cohérence d'implantation de la citation, les citations ne seront pas entièrement correctes et je m'excuse d'avance !

Je souhaite aussi dire que la Rentrée m'épuisant énormément, les publications seront chaotiques mais j'essaierai de tenir un rythme pas trop long !

Et enfin, je remercie de tout cœur mes nouveaux lecteurs et surtout yakusokuyumi et Miasako2 pour leurs si gentilles reviews qui m'ont fait énormément plaisir ! Savoir que ma fic puisse plaire est un vrai moteur quand il s'agit de saisir son pc après une journée bien chargée afin de taper les mots qui tournent dans ma tête.

PS : Dans ce chapitre, l'action est au point mort, je suis désolée. Mais on explore un peu mieux la tête de Castiel et ses souvenirs. Bref, le destiel arrive doucement en creusant son chemin. Bonne lecture ! :D


: Chapitre 3 :

~*.*~

[ Hiver 2017 – New-Jersey ]

Dean ne pouvait garder son sempiternel sourire. Sa bonne humeur s'était évanouie, sous le regard inquiet de son frère.

Le contact du volant de Baby le laissait indifférent. Le bitume se dévoilant sous sa vue avant d'être avalé par les pneus lui remémorait des souvenirs douloureux.

Il courrait sur cette longue route perdue au milieu de nulle part, s'étendant en pointe jusqu'à l'horizon voilé. L'air emplissait ses poumons dans une toux profonde, un arrière-goût de mort se collant à son palet.

Il ne courrait pas mais fuyait. Il fuyait la Mort de toutes ses jambes, son souffle s'affolant, la peur se déposant dans les recoins de ses pensées telle une poussière gluante et persistante. Il se perdait, autant dans sa course que dans son esprit.

Il ignorait ce qu'il faisait là, pourquoi la Mort le poursuivait et encore moins ce qu'il risquait. Sûrement rien de bon. Puis généralement, il se réveillait en sursaut alors qu'une lumière blanche perçait des nuages et descendait en rayons sur la terre.

Il ne comprenait pas ses rêves. Ceux-ci le harcelaient et le torturaient. Souvent, il s'agissait de ce cauchemar énigmatique. Mais parfois, il se voyait, compressé par un autre corps contre son matelas.

Leurs souffles s'emmêlaient, des mains glissaient sur sa peau en caresses légères, des lèvres humidifiaient et aspiraient sur leur sillage. Le plaisir était si intense qu'il en perdait la tête, qu'il répondait aux étreintes passionnément, son visage s'enfouissant dans le creux du cou de l'inconnu.

Oui, l'inconnu. Car les formes sèches et musclées qui se pressaient contre lui, que ses propres doigts redessinaient sous l'extase qui menaçait de l'envahir, ne laissaient aucun doute sur le genre masculin de celui-ci. Mais ce n'était qu'un rêve. Un rêve bien plus agréable que les autres qui le hantaient. Jusqu'à qu'il entraperçoive deux yeux bleus le fixant. Deux yeux bleu océan.

Il avait peur de dormir à présent. Il se couchait, couvé par le regard suspicieux de Sam, attendait que celui-ci s'endorme, lové dans ses draps, puis se levait discrètement afin de s'échapper. Afin de s'enfuir.

Souvent, il laissait Baby en dehors de ses escapades nocturnes. Il n'avait plus le goût de conduire et se faisait violence par nécessité.

Il avait l'impression de ne plus se reconnaître. Les chasses touchant à leur fin, son inconscient qui faisait des siennes et cette sensation de tourner en rond tel un stupide hamster dans sa roue. Il faisait sûrement une pré-crise de la quarantaine. Une peur panique de perte d'identité.

Contrairement aux autres adultes de son âge, sa vie ne se résumait pas seulement à ses échecs amoureux et professionnels. Non, lui, avait vécu la damnation des Enfers, survécu au Purgatoire parmi la crème des monstres défunts et s'était perdu l'espace de quelques mois dans la peau d'un démon retord influencé par la marque de Caïn. Ce qu'il avait vu, entendu et ressenti dépassaient largement toutes les expériences que pouvaient vivre un humain lambda.

Comment pouvait-il retrouver le petit gars de vingt-six ans qui s'en était allé retrouvé son frère dans son appartement afin de le tirer des bras de Jess, sa défunte petite-amie de l'époque ? Ce même gars très renfermé sur ses sentiments mais qui trouvait toujours une occasion pour rire ou pour lancer une plaisanterie douteuse. Qui profitait de la vie en s'empiffrant de tartes, de cheeseburgers, et en flirtant avec toutes les filles qui lui tombaient sous la main.

Quand Dean y réfléchissait, retraçant dans sa mémoire confuse ses souvenirs heureux bien que frustrés, il avait la sensation que des années lumières le séparaient de cet autre grand frère. En bien ou en mal, il avait changé. Les épreuves qu'il avait subi avaient remodelé son âme.

Il en portrait les marques. Les cicatrices sur son dos qui s'entrecroisaient, celle filant discrètement entre ses pectoraux et cette rougeur qui s'étendait sur son épaule, en forme de main. L'empreinte de Castiel.

Il lui arrivait parfois de passer ses doigts sur la brûlure. Il grimaçait sous l'afflux de la douleur. Pourtant, il ne les retirait pas. La souffrance avait quelque chose de rassurant, comme une ancre qui lui permettait de lui rappeler brièvement qui il était. Le protégé de l'ange du jeudi.

— Dean ! s'exclama soudainement Sam à ses côtés. Attention, la boîte aux lettres !

Il émergea de ses pensées avec la sensation de se débattre dans de la gelée. Son esprit embrumé ne parvint pas à réagir à temps et le coup de volant ne permit pas d'éviter à sa Baby de subir un accrochage. Métal contre métal, la carrosserie y laissa un éclat.

— Ah mince... laissa-t-il échapper, la fatigue l'étreignant trop pour qu'il ne puisse exprimer ses émotions en conséquences.

Il perçut du coin de l'œil son frère se tendre, un air soupçonneux flottant sur ses traits, mais il ne réussit pas à décrisper sa mâchoire. Sa tête était emplie d'un bourdonnement constant. Ce son vrillant ses tympans était amplifié par le bruit du moteur et le crissement des pneus.

— Dean, tu es sûr que ça va ?

— Ça fait la dixième fois que tu me poses cette question depuis ce matin, Sammy, gronda-t-il en retour, tout en s'efforçant de tapoter un rythme à trois temps sur le volant afin de dissiper les doutes de son cadet.

— Ne détournes pas la conversation, Dean.

— Sammy, je n'ai pas vraiment envie de me taper un de tes discours sur la puissance du lien fraternel que nous partageons et l'importance de se confier l'un à l'autre.

Un silence. Puis un soupir de sa part.

— Très bien. Si c'est que tu veux.

Le chasseur détourna la tête, ignorant le regard accusateur qu'il lui lançait à demi. Il ne voulait pas que son frère le voit ainsi. Défiguré jusqu'au plus profond de son âme.

Après tout, pour arriver à désirer un ange, il fallait qu'il commence sérieusement à perdre les pédales.

~*.*~

[ Printemps 2017 – Le Bunker des Héritiers ]

Castiel ferma les yeux et pressa deux doigts contre son front. Il avait horriblement mal à la tête. Cette migraine inexplicable le lançait depuis que Dean s'était réveillé en hurlant.

Il s'était téléporté sans attendre dans sa chambre et l'avait découvert, acculé dans un coin de la pièce, genoux remontés jusqu'au torse et mains enfouies dans sa chevelure, la tête dans le creux de ses jambes. Il gémissait et haletait fortement, tel un animal blessé se dissimulant dans un recoin obscure pour y mourir.

Oui, Castiel en voyant Dean ainsi démuni, son psychisme ainsi démoli pierre par pierre, sa santé mentale ainsi lacérée par une folie subjacente ; Castiel avait ressenti une haine pure l'envahir. Cet éboulement de ténèbres poisseuses le long de sa gorge l'avait fait titubé, les yeux écarquillés.

Son souffle s'était figé tout au fond de lui. Son cerveau ne voulait plus raisonner. Son esprit vide se cognait sans relâche contre sa boîte crânienne. Que devait-il faire ? Que devait-il faire pour sauver son protégé de ses propres démons intérieurs ?

L'atmosphère oppressante avait fini par le pousser en avant. Il s'était accroupi prudemment auprès de lui puis avait apposé une main délicate sur son avant-bras faisant office de barricade au reste de son corps. La pression de ses doigts sur sa peau brûlante et transpirante avait déclenché un long frisson qui avait couru le long de son bras.

Puis le poing serré de Dean avait fusé, percutant la tempe de Castiel avec une violence insoupçonnée. La tête de l'ange était partie en arrière et la souffrance s'était diffusée à une vitesse folle, étendant ses racines venimeuses jusqu'au centre de son cerveau.

À présent, Castiel souffrait, accoudé à la table de la cuisine, un chocolat chaud fumant dans un mug en porcelaine blanche sur lequel était écrit : « I didn't understand that reference ». En repensant au message en capitales noires, l'ange se remémora le jour où son protégé le lui avait offert, un air grognon sur les lèvres.

Il n'avait pas compris la signification de cette citation ni sa provenance mais Dean s'était contenté de sourire en tripotant le bracelet que Castiel lui avait donné quelques semaines auparavant. Alors, sentant que ce petit geste anodin dégageait de nombreux sentiments refoulés, l'ange avait accepté le présent en courbant de manière hasardeuse sa bouche, ne sachant pas réellement quel genre de sourire était attendu dans cette situation. Sa réaction avait eu le don de détendre les traits contractés de Dean, lui faisant même relâcher un rire léger, presque étouffé par politesse.

Castiel ne pouvait s'empêcher de trouver cela très ironique de boire dans cette tasse, afin d'éloigner le mal de crâne provenant de celui qui la lui avait offert. Or, l'ange n'aimait pas l'ironie. Ni cette sensation d'avoir un marteau-piqueur creusant une galerie à travers son cortex.

— Dean va mieux ?

La voix de Sam s'éleva, prudente et basse, à l'autre bout de la cuisine. Castiel rouvrit les yeux à contrecœur.

Le cadet Winchester se tenait dans l'encadrement de la porte, un air soucieux sur le visage. Entre ses mains reposait un sac plastique déformé par un semblant de boîte en carton.

Suivant le regard de l'ange, Sam haussa des épaules et s'avança d'une démarche hésitante.

— Je suis sorti acheté un bon vieux cheeseburger tout à fait non diététique et une tarte aux pommes industrielle. Pour Dean, ajouta-t-il face à l'expression surprise de son interlocuteur. Je pensais que cela pouvait lui faire un peu de bien s'il mangeait son repas favori.

Les commissures de Castiel se soulevèrent légèrement alors que son regard se perdait à nouveau au loin. Bien qu'il avait retrouvé sa Grâce, sa force et ses pouvoirs angéliques dans sa totalité, quelque chose en lui était resté définitivement humain. Par exemple, bien que manger ne lui produisait plus aucun plaisir direct à cause de l'absence d'explosion de goûts sous son palet, ses souvenirs se chargeaient de combler ce manque. Il savait quelle saveur avait maintenant la plupart des aliments et son imaginaire reconstruisait un semblant de vérité. Pâle et tangible, mais existante. Alors, oui, malgré ses nombreuses lacunes au sujet de la vie humaine – même un séjour de quelques mois dans la peau d'un humain n'avait pas suffit – Castiel parvenait à comprendre ce que voulait dire Sam.

Et cela lui faisait mal. Car il savait au fond de lui que jamais il n'aurait une telle initiative. Comprendre était déjà un travail conséquent avec lequel il n'avait pas fini de se débattre. Mais s'adapter à ce type de vie était une autre paire de manche.

Rien qu'en pensant à Dean recroquevillé dans le coin de sa chambre, appelant à l'aide tout en repoussant quiconque s'approchant, Castiel ressentit à nouveau cette sensation particulière que les humains appelaient « culpabilité ». Un joli nom pour une si terrible émotion.

Il avait mal réagi face à cette situation. Or, l'équilibre mental de son protégé n'était pas un jeu ni un QCM sur lequel il avait le droit à l'erreur. Avec Dean, la moindre faute pouvait être fatale. D'autant plus dans cet état de détresse et de destruction.

— Cas' ! s'exclama vivement Sam en claquant des doigts sous son nez.

L'interpellé fut extirpé de ses réflexions dans un sursaut mental. Toutefois, conservant son habituel masque impassible, il ne fit percevoir à son ami qu'un regard un peu plus attentif sur sa personne.

Sam n'allait pas bien, lui non plus. Malgré la proposition réfléchie de Castiel, il avait continué à faire des recherches jusqu'à l'aube. Il s'était endormi d'épuisement sur la table de la bibliothèque et l'ange s'était contenté de l'amener dans sa chambre pour le coucher dignement. Il l'avait cependant laissé dans ses vêtements de jours – qu'il portait encore actuellement et qui étaient plus froissés qu'à leur habitude – trop gêné à la simple idée de déshabiller le petit frère de son protégé.

Car Sam, bien que sympathique et sensible, était avant tout à ses yeux le « petit frère de son protégé ». Il n'avait jamais réellement compris la signification du mot « ami » avant de tirer le fameux Dean Winchester hors des Enfers. Aujourd'hui, un ami était pour lui une personne essentielle. Quelqu'un dont la présence permettait de remplir le vide et réchauffer le froid qui emprisonnait parfois le cœur humain qu'il portait au sein de cette enveloppe charnelle.

Son ami, c'était Dean. Il ferait tout pour lui. Il s'était sacrifié tant de fois et avait emprunté des chemins qui avait souillé l'être angélique qu'il était. Tout cela pour lui. Pour cet idiot, pour ce chasseur borné aux tendances suicidaires nommé Dean Winchester.

— Castiel, je t'en prie, soupira Sam, reviens et ne repars pas dans ta tête cette fois-ci.

Celui-ci baissa les yeux, un peu honteux. Il essayait mais depuis qu'il avait vécu « l'expérience humaine », l'ange ne parvenait plus à dompter ses pensées. Il avait pris l'habitude et goût à ce vagabondage incessant, à cet arbre prenant racine à une idée et s'étendant branche par branche, emplissant l'espace d'une vue d'ensemble effrayante mais si belle, gorgée de sentiments !

— L'esprit humain est un joyau, marmonna-t-il dans sa barbe, le bout de ses doigts traînant sur le pourtour du mug.

Sam haussa un sourcil mais ne commenta pas. Il devait être habitué à ses divagations, songea l'ange.

— Alors, Dean, comment va-t-il ?

Un silence durant lequel il n'osa pas croiser son regard.

— Sam... Je crois qu'il faut qu'on parle sérieusement de ton frère.

— Quoi ? s'exclama celui-ci, l'inquiétude submergeant entièrement ses traits.

Castiel déglutit, sa gorge sèche l'agaçant. Qu'un corps humain pouvait être faible ! Sous sa forme angélique, il n'aurait probablement ressenti aucune de ses sensations gênantes malgré l'afflux de l'anxiété. Il n'aurait sûrement pas été anxieux du tout.

Et pourtant, il aimait ce corps. Il était devenu lui à force de se présenter ainsi aux frères Winchester. Il était mort dans cette enveloppe et était revenu à chaque fois avec. C'était une part de lui. Une part bien trop importante dont il se devait de maîtriser.

Les Winchester n'avaient pas besoin de lui en tant que faible humain. Il avait encombré plus l'espace qu'autre chose lorsque que sa Grâce s'était envolée. Il s'en voulait encore d'ailleurs. Il avait été si pitoyable piégé dans ce corps, soumis aux besoin primaires dont il n'avait jamais réellement pris en compte leur importance dans le rythme d'une vie humaine. Et puis ces fichues émotions décuplées qui l'avaient harcelé ! Il s'était perçu comme une loque, sans aucune volonté ou force. Juste un poids lourd de plus à traîner pour les deux frères.

— Dean... Dean a été bien plus affecté par son séjour dans cette cage qu'il ne l'avait laissé paraître.

Sam fronça des sourcils.

— Qu'est-ce que tu veux dire, Cas' ? Exprime-toi clairement !

L'irritation prenait dessus sur l'inquiétude. Castiel ignorait comment gérer cette situation. Il conserva toutefois son calme et vrilla son regard dans celui du cadet.

— Sam, j'ai retrouvé Dean hurlant dans sa chambre, recroquevillé dans un coin. Je crois qu'il pleurait.

Le géant resta un instant sans voix, sa bouche entrouverte inspirant lourdement. Puis, apposant ses mains sur la table, il contempla son sac plastique avec minutie.

— Il m'a frappé, Sam, insista l'ange. J'ai essayé de l'aider et il m'a envoyé son poing à la figure. Je pense qu'il ne savait même plus où il était.

— Terreurs nocturnes, souffla l'autre, sa respiration profonde s'entrechoquant contre ses dents en de légers sifflements.

Castiel fut intrigué. Terreurs nocturnes ? Voilà un sujet qu'il ne connaissait pas. Il savait ô combien il était difficile de s'endormir – d'ailleurs Dean avait tenté de l'aider sans trop de résultats, sa présence le rendant trop nerveux pour une raison qu'il ne s'expliquait pas – mais il ignorait qu'on pouvait ressentir de la terreur pure durant la nuit. Il avait eu certes quelques crises de paniques et de larmes durant lesquelles il avait détruit trois tables de chevets les trois nuits consécutives mais ensuite son protégé était intervenu, renversant les rôles avec sa voix contrariée et ses regards furieux. Il se demanderait toujours d'ailleurs comment un être humain pouvait exprimer tant de colère et d'agacement et agir avec tout autant de précaution et de tendresse.

— En quoi consistent ces terreurs ? s'enquit Castiel en saisissant sa tasse.

Il posait cette question tout en sachant qu'il voulait éviter la réponse.

— C'est compliqué à expliquer, Cas', soupira Sam, ses mains fourrageant nerveusement dans ses cheveux longs. En gros, Dean fait des cauchemars dans lesquels il ne fait plus la différence entre la réalité et ce que lui souffle son inconscient. Il t'a sûrement frappé en voyant à la place de ton visage celui de son tortionnaire.

Castiel fronça des sourcils.

— Jamais je ne ferai souffrir Dean ! protesta-t-il avec un timbre autoritaire et intimidant.

Pourtant, Sam ne se dégonfla pas. Il eut même un léger sourire aux coins des lèvres.

— Il le sait ça, Cas'. Il le sait.

— Alors pourquoi m'a-t-il confondu avec son bourreau !

Le cadet soupira et reprit plus posément son explication.

— Il rêvait Cas' quand tu es allé le voir. Bien qu'il soit debout et semblait conscient, son esprit était accaparé par ce qui se passait à l'intérieur de sa tête. Or, le truc avec les terreurs nocturnes, c'est que chaque interaction dans le monde réel a une répercussion dans le cauchemar. Dean a juste réagi comme il a fait dans son rêve.

— Alors...

L'ange mesura ses mots, déterminé à comprendre ce que subissait son protégé.

— Il ne m'a pas vu, c'est ça ?

— Non, pas réellement.

Castiel détourna le regard. Il essaya de reprendre contenance mais la peine qu'il ressentait était trop grande. Pourquoi ses yeux lui faisaient-ils si mal ? Comme si ses globes oculaires allaient prendre feu ou se liquéfier dans la minute.

— Hé, Cas'...

La main de Sam sur son épaule le fit sursauter. Il releva un regard ahuri vers le géant, le souffle englué par... oui par des sanglots ! Que lui arrivait-il donc !

— C'est normal d'être triste, tu n'as pas besoin de te cacher tu sais.

La voix du cadet avait été douce et basse, comme s'il craignait de l'effrayer. Après tout, avec ses cheveux en bataille, ses yeux rouges et son expression pantoise, il devait ressembler à l'un de ses lapins pris dans les phares d'une voiture. Une fois, il avait failli en écraser un. Théoriquement, il l'avait fait mais il s'était aussitôt arrêté et l'avait ramené à la vie.

— Ce n'est pas parce que mon idiot de grand frère joue les gros durs mais n'est en réalité qu'un gros bébé trop effrayé de se retrouver vulnérable aux yeux des autres que tu dois te sentir embarrassé d'exprimer ce genre de sentiments.

— Je ne suis pas embarrassé, Sam, finit-il par lâcher dans un souffle. J'ai juste l'impression de perdre le contrôle de tout et même de moi-même ces derniers temps.

Le géant esquissa un sourire compatissant puis enleva sa main.

— Tu sais quoi Cas' ? Je pense que le meilleur moyen de reprendre le contrôle, c'est de retrouver ce salopard et de lui peler la peau des fesses, en appelant une bonne fois pour toutes ce bon vieux Crowley !

Castiel fronça des sourcils, les yeux encore humides.

— Tu sais, c'est sûrement une mauvaise idée, Crowley n'hésitera pas à...

— … Vous jouer de vous et à m'esclaffer devant vos mines déconfites si je vous ne traîne pas par la peau du cou jusqu'en Enfers dans mes cellules V.I.P, fit une voix rocailleuse à l'accent définitivement écossais dans leur dos.

Les deux compères se retournèrent d'un seul mouvement et dévisagèrent le démon vêtu de son costume trois-pièce sur-mesure. Face aux expressions à la fois déterminée de Sam et suspicieuse de Castiel, le Roi des Enfers leur adressa son plus beau sourire commercial.

— Hello, Moose. Bonjour, l'emplumé. J'ai cru comprendre que l'écureuil n'était pas dans son assiette ces derniers temps.