~ TRY AGAIN ~
Voici ma première fanfiction ! (enfin sur ce site)
Alors, évidemment, elle n'est pas des plus parfaites, étant donné que je ne suis pas habituée à ce genre d'écriture. Mais j'ai voulu tenté l'expérience avec le couple Destiel qui m'a vraiment tapé dans l'œil.
Je dois vous prévenir que le style sera particulier. On retrouvera Destiel, Sam et quelques autres protagonistes dans l'univers Supernatural mais l'intrigue ne se rattache pas particulièrement aux dernières saisons. Elle est plutôt intemporelle et quelques faits ont été déformés ou inventés.
Il y aura sûrement du Lemon mais cela restera très fluffy. Il faudra prévoir des moments un peu difficile, étant donné que c'est aussi une histoire de Comfort où Dean s'en prend beaucoup en pleine poire. Donc accrochez-vous ;)
Pairing : Destiel (donc Dean/Castiel dans Supernatural)
Type : IC et OC (May) - Hurt/Comfort (mais Happy ending ne vous inquiétez pas)
Rating : M (même si de nombreux chapitres ne dépasseront pas le T)
Disclaimer : Rien ne m'appartient. Seulement l'intrigue et mes mots. Ah et May j'ai oublié x)
Spoil : Je ne risquerai pas de dire aucun. Il se peut que certains se baladent sans que je ne me rende compte mais parmi eux il y a des choses inventées donc bon ;)
Note : Je m'excuse d'avance pour toutes les coquilles qui peuvent se trouver dans ce récit...
Bonjour bonjour ! J'ai remarqué que des nouveaux lecteurs ont rejoint ma petite troupe ! Merci beaucoup pour vos reviews qui me font chaud au cœur (surtout à yakusokuyumi qui est d'une gentillesse extrême, lire tes reviews est juste la meilleure activité pour me booster !) Je suis heureuse que cet embryon d'histoire vous plaise malgré les fautes et les maladresses qui s'y cachent, que vous prenez votre temps pour la lire et pour commenter.
Aujourd'hui (avec seulement une semaine d'attente je suis fière de moi !) je vous propose un chapitre un peu moins conséquent mais qui creuse encore un peu plus le sentier Destiel, du côté de Dean cette fois-ci ! Avec du Crowley en bonus ! J'espère qu'il vous plaira bien qu'il reste un peu brouillon (manque de temps oblige) et n'avance pas beaucoup dans l'intrigue.
/!\ Attention ! Ce chapitre peut-être troublant pour les âmes sensibles. De la torture psychologique et des tensions érotiques sont mentionnés. Rated : T/M
Ps : J'écoute beaucoup de musique en écrivant et en lisant. Je vous propose donc quelques chansons triées sur le volet pour vous mettre dans l'ambiance.
Comptine d'un autre été - Yann Tiersen [Instrumental piano à arracher des larmes]
Hold Me Down - Halsey
Paint it Black - Hidden Citizens
Sad Song - We The Kings (je vous conseille si vous aimez les clips destiels celui de AngelDove, il est très bien réalisé !)
I hate I love you - Gnash
Voilà, si vous vous en voulez d'autres, je peux faire ça à chaque chapitre :)
:: Chapitre 4 ::
~.*.~
[ Hiver 2017 – New-Jersey ]
Dean détestait le froid. Il haïssait cette sensation glacée qui courait sous sa peau, se logeait dans sa chair. Engourdissant ses nerfs si elle ne lui infligeait pas une terrible brûlure.
Sam, lui, semblait préoccupé. Quand Dean entra dans la chambre du motel, les clefs tournant autour de son index, l'attitude joyeuse de l'aîné était démentie par son regard morne. Celui-ci se portait sur l'ensemble de la pièce, jugeant du regard la literie qui allait briser leur dos en plusieurs morceaux durant la nuit, mais aussi la kitchenette inexistante dont les placards ne payaient pas de mine et l'aperçu bref de la salle de douche décrépite à travers l'entrebâillement.
Cette nuitée s'annonçait être un enfer. Et le chasseur connaissait pas mal sur le sujet.
Il laissa son sac rempli d'affaires de rechanges glisser de son épaule sur le lit le plus près de la sortie. Autant être préparé à filer discrètement sans détour.
Il savait dores et déjà que le sommeil ne le trouverait pas ce soir-là. Il ressentait depuis quelques heures des picotements le long de son échine, réveillant des souvenirs qu'il préférait garder tus – le subconscient pouvait se trouver être de drôles de conseils et sa manifestation troublante.
Plus précisément, il avait l'impression qu'un orage couvait sur la ville entière. Pourtant, le ciel était dégagé et l'air léger. Alors d'où venait cette sensation d'électricité sous son palet ? Et ces palpitations dans son torse, comme s'il venait tout juste de piquer un sprint sur cinq cent mètres ?
Il finit par conclure qu'il s'agissait encore de son esprit déglingué ne faisant qu'à sa tête. D'autant plus que Sam ne paraissait pas remarquer ces modifications subtiles, son attention bien trop occupée à être fixée dans le vide. Alors, il se contenta de faire la comédie habituelle.
En passant à table – une table ronde branlante qu'il aurait pu scinder en deux du tranchant de la main – il rit avec son frère au sujet des vampires – des plaisanteries vraiment passables – mais il lui sembla que tous deux se forçaient afin de ne pas décevoir l'autre. Il parlèrent même de projets futurs et Sam lui tendit une perche – d'une évidence presque létale – au sujet de Castiel.
Le pire dans ce repas de fausses confessions, c'était que ni l'un ni l'autre n'était réellement aveugle. Dean voyait bien que Sam se doutait de quelque chose alors que Sam collectait de plus en plus d'indices alarmants. Toutefois, les frères Winchester passaient outre cette situation afin de se laisser aller à cette comédie fraternelle qu'ils aimaient orchestrer à l'unisson.
Mais dès que les lèvres du cadet formèrent le mot « Castiel », la main de l'aîné qui s'était tendue pour saisir son fameux cheeseburger s'était figée à mi-chemin.
— Dean ? avait insisté Sam, sa fourchette plantée dans sa salade verte.
L'interpellé déglutit. Que pouvait-il faire ? Son manque de réaction venait tout simplement de le trahir. N'importe quel mensonge serait plus voyant qu'un furoncle sur le bout du nez.
Il inspira profondément puis déclara d'une voix lente, ses yeux toujours fixés sur le cheeseburger attendant dans l'assiette poussiéreuse fournie par le motel :
— Je crois que Castiel et moi avons... quelques problèmes de communication.
Sam haussa un sourcil, un léger coin relevé déformant ses commissures.
— Quel genre de problèmes de communication ?
Face au silence interdit de Dean, le géant continua :
— Du genre, plus de réseau ou du genre, il-ne-répond-plus-à-tes-prières ?
Le chasseur rougit et détourna encore peu plus les yeux.
— Du genre, pour tout. Je lui dis un truc, il me répond mais il y a... comme...
— Une tension ? tenta Sam.
Dean acquiesça.
— Voilà, une tension.
Bien que son frère conservait une attitude détachée, l'aîné Winchester vit bien qu'il se contenait à grande peine. Il le connaissait par cœur et savait que ce double pli naissant entre ses sourcils, tel deux barres verticales se courbant vers son front, était l'un des signes de l'hilarité intérieur qu'il subissait en silence.
— Peut-être que tu devrais lui parler, tu sais. Lui parler vraiment, insista-t-il alors que Dean s'apprêtait à répliquer. Ne pas le rembarrer à chaque fois qu'il fait un pas vers toi.
La bouche entrouverte du chasseur se figea, ses mots s'étranglant dans sa gorge. Si seulement il pouvait lui dire ! Si seulement il pouvait lui expliquer ce qui se tramait sous son crâne, pareil à un ouragan déchaîné ! Mais non, l'éloquence avait toujours été son point faible et les rares moments où sa langue se découvrait une certaine agilité, c'était pour cracher son venin. Ou pour se glisser en ballet autour d'une autre, mais ceci était une autre histoire.
— Je ne le rembarre pas, fut la seule chose qu'il parvint à marmonner.
Finalement, il se renfonça dans son siège et dédaigna l'assiette.
— Je crois que je n'ai pas très faim en fait, grinça-t-il avant de sortir de table et de s'occuper à sortir son nécessaire de toilette.
Alors qu'il fouillait dans son sac, il sentit le regard de Sam lui brûler le dos. Mais il ne pipa mot.
Dean fila sous la douche comme s'il avait Lucifer à ses trousses. Ce qui, d'une certaine manière, était une réflexion intéressante à creuser.
L'eau chaude s'écoulant le long de son corps frigorifié le fit frissonner de plaisir. Il posa une main contre le carrelage et ploya le cou, offrant son visage aux extrémités gelées à la chaleur du liquide. Un râle sortit de sa gorge tandis que le froid s'éloignait, tel un fantôme refaisant bagages et quittant les lieux.
C'est alors que dans la vapeur, il eut cette impression fugace d'une présence derrière lui. C'était un corps matériel, dégageant sa propre chaleur corporelle, sa propre aura. Il était pressé contre lui, il pouvait presque discerner chaque partie d'anatomie effleurant la sienne.
Tout à coup, des lèvres s'appuyèrent contre son oreille, les dents s'attardant sur ses lobes. Bouger était devenu impossible, tout son corps tendu réclamant d'avantage. Son esprit avait beau lutter, quelque chose en lui demandait plus. Il voulait sentir le souffle chaud et épicé vibrer contre son cou, il souhaitait plus que tout au monde se presser de toutes ses forces contre ce corps inconnu et il crevait d'envie de prendre son pied, là, maintenant.
Il sentit des mains toucher délicatement ses hanches, glissant le long de ses flancs dans un frôlement subjuguant. Ce contact délicieux suffit à accélérer sa respiration et affoler son pouls. Sa poitrine lui faisait mal tant son organe vital cognait contre et sa gorge lui tirait sous les inspirations irrégulières. Chacun de ses nerfs semblait s'éveiller complètement, décuplant les sensations. Particulièrement celle du carrelage froid sous sa main.
— Dean ! s'écria une voix de l'autre côté de la porte.
Cela suffit pour briser l'illusion en milliard d'éclats. Reprenant pied, le chasseur constata qu'il était debout sous la douche. Seul. Paradoxalement, il eut soudainement froid sous l'eau chaude. Cela n'avait été qu'un rêve éveillé.
— Ne vide pas tout le ballon d'eau chaude ! insista Sam depuis la chambre. J'aimerai pouvoir me passer de douche froide pour ce soir, vue la température ambiante.
Dean déglutit et passa une main tremblante dans ses cheveux mouillés.
— Oui, oui !
Que lui était-il arrivé ? S'était-il endormi sous le jet d'eau ? Pourtant, tout cela lui avait semblé si réel. Rien que d'y penser, Dean se sentit mal. Car rêver d'un jeu érotique sous la douche, pourquoi pas ! Ce n'était définitivement pas la première fois que cela lui arrivait. Non, ce qui le rendait malade, c'était qu'il n'y avait rien pour discerner l'identité de cette personne et que, pourtant, le chasseur n'avait pu détaché ses pensées de Castiel.
Il soupira bruyamment et coupa l'eau. Aussitôt le froid l'assaillit.
Quelque chose clochait chez lui. Définitivement. Au point qu'il se demanda si cela ne valait pas la peine d'y toucher deux mots à son frère. Après tout, même si cette soirée avec été contrôlée au moindre centimètre carré d'espaces personnels et de prétendus amours fraternels dégoulinant d'affection, elle s'était plutôt bien passée. Peut-être pourrait-il pousser sa chance en peu plus loin ?
Peut-être que ces démences provenaient de quelque chose de supérieur à lui-même. Peut-être que c'était l'occasion rêvée de relancer cette fameuse affaire de famille : tuer des monstres, sauver des gens. Rouler sans trop savoir dans quel motel ils allaient s'arrêter. Ne pas avoir d'attaches, rien qui ne puisse les retenir. Plus de Roi des Enfers capricieux, plus d'ange protecteur grincheux, plus d'Hommes de Lettres cruels. Seulement, lui et son frère, dans l'Impala. Roulant encore et encore, les pneus s'usant sur l'asphalte, à la recherche d'affaires extravagantes mais rien de bien difficile à gérer. Comme au bon vieux temps.
Pourtant, très vite en se regardant dans le miroir, il changea d'avis. Il ne pouvait rien dire à Sam. S'il racontait une chose, le reste serait découvert par la suite. Et il ne voulait surtout pas que son petit frère sache que ses rêves n'étaient pas seulement peuplés de cauchemar ces derniers temps.
Oui, il n'allait rien dire à Sam. Il allait se contenter de se coucher dans ce lit trop petit et étroit avant de prendre la poudre d'escampette et oublier.
En passant en voiture tout à l'heure, il avait repéré un bar qui pouvait l'intéresser s'il faisait abstraction des néons roses. Quelques séries de shots et une séance de contemplations du ciel sur le toit de sa Baby : le parfait remède pour les moments de crises majeures.
Fermant les yeux, il prit une profonde inspiration, s'habilla hâtivement de ses vêtements propres et sortit pour se réfugier sous les draps. Le regard de son frère détaillant chacun de ses gestes.
~.*.~
[ Printemps 2017 – Le Bunker des Héritiers ]
Dean ouvrit un œil, la bouche pâteuse.
L'obscurité l'entourant le perturba tout d'abord. Elle était étouffante, lui faisant perdre tout repère.
Il se redressa péniblement, les muscles de son dos le tirant tant qu'il en gémit. Il était sur un lit, torse nu, habillé d'un simple pantalon en coton qui flottait sur ses jambes amincies. Sa tête pesait sur ses épaules mais il s'efforça de la tenir droite.
Il ne se souvenait plus de grand choses. Son corps était ankylosé, ses sens embrumés. Il se racla la gorge, surpris de la trouver si sèche. Il laissa ses pensées vagabonder dans sa tête, le temps de mettre le doigt sur le lieu où il était. Il passa une main sur sa figure, sa respiration lourde vibrant dans l'air.
Sa chambre, voilà où il se trouvait. Elle sentait le renfermé et l'angoisse des nuits. Voilà pourquoi il se sentait tant oppressé.
Ne résistant plus à ses pulsions, il bascula ses jambes dans le vide. Le mouvement plus brusque qu'il ne l'avait cru lui donna le vertige et durant quelques secondes, sa vision devint totalement noire avant de s'éclaircir à nouveau.
La lumière qui perçait l'obscurité filtrait d'entre le battant de sa porte et le sol. Le couloir était illuminé. Cela signifiait deux choses : il n'était pas seul et ceux qui se trouvaient dans le bunker étaient réveillés.
Il déglutit. Ses souvenirs refaisaient surface, tels des cadavres imbibés d'eau. Lourds, glacials et rigides. La panique l'envahissait mais comme toujours, il sut comment la contrôler. Tout d'abord, il mit en pratique les exercices de respiration que lui avait enseigné son père. Puis il ferma les yeux et focalisa ses pensées sur ce qui avait le potentiel de le rendre heureux.
Mais alors qu'il pensait faire face au visage juvénile de son petit frère Sam âgé tout juste de huit ans, l'image derrière ses rétines se modifia. Son regard intérieur était piégé dans deux iris bleutés, ancré dans le ciel le plus profond et le plus pure malgré tous les orages qui l'avait traversé. Il voyait dans ses prunelles ces lueurs distinctes qui faisaient de lui ce qui il était. Il aimait songer qu'il s'agissait de sa Grâce se manifestant dans ses yeux. Après tout, les croyances populaires disaient bien que les yeux étaient les fenêtres de l'âme. Pour un ange, pourquoi ne serait-ce pas sa Grâce ?
Il se rendit compte quelques minutes après de contemplation que son rythme cardiaque s'était apaisé. Le calme avait envahi chacune de ses cellules, détendant chacun de ses muscles. Pour la première fois depuis longtemps, il se sentait en paix avec lui-même.
Maintenant, il n'avait plus qu'un seul souhait. Retrouver l'ange et lui foutre une claque à l'arrière du crâne pour l'avoir ainsi abandonné ! N'avait-il pas été assez clair la veille ? Comment pouvait-il mieux lui faire comprendre à quel point il avait besoin de lui ?
Non, « avoir besoin de » n'était pas la bonne expression. Ce n'était pas une nécessité utile. Il ne cherchait rien de lui. Il ne voulait pas de ses pouvoirs angéliques pour lui redonner force musculaire et retrouver ce connard qui l'avait enfermé. Non, il voulait Castiel pour une seule chose. Sa présence. Son contact. À ses côtés, il oubliait tout. Jusqu'à son propre nom. Il ne restait plus que dans son esprit une sensation de bien-être. De protection et de sûreté.
Castiel était sa bouffée d'air frais après avoir été en apnée sous l'eau stagnante pendant des mois. Qui lui avaient semblé des années. Il avait besoin de lui. Alors il se leva sans considérer la souffrance qui enflamma ses jambes.
Son poids bien qu'allégé était insupportable pour ses muscles atrophiés. Ses poumons s'affolèrent, provoquant un souffle rauque s'approchant un peu plus de l'hyperventilation à chaque pas. Mais il continua. Il avança, balançant son pied en avant. Grimaçant, déterminé, il s'occupait de conserver son équilibre tandis que de vieux automatismes se chargeaient de taire la douleur qui l'alertait sur son état précaire.
Il ne se laisserait pas défaire par quelques muscles fondus ! Pas après son séjour en Enfer, pas après Lucifer, pas après la Marque de Caïn. Il n'était plus faible. Plus comme à ses vingt-six ans où le moindre démon l'effrayait. Où il se devait de foncer dans le tas pour que la peur constante le rongeant ne le paralyse pas définitivement.
Il était fort. C'était ce qu'il se répétait alors qu'il atteignait la porte et, qu'en laissant choir son poids sur la poignée, il la franchissait, les jambes flageolantes. Ces dernières cédèrent aussitôt le seuil franchi, la lumière artificielle du couloir lui brûlant les rétines.
Il se sentit tomber en avant, sa main glissant des murs contre lesquels ils se soutenaient. Il vit confusément le sol fuser vers lui mais avant qu'il ne puisse le percuter des bras puissants le retinrent. Le souffle court et compressé par cette force inconnue, Dean leva des yeux incertains et croisa le regard qui le hantait. Bleu, bleu, entièrement bleu et envoûtant.
La bouche brusquement sèche, légèrement entrouverte par l'étonnement, il s'y perdit. Ne prêtant nullement attention aux mouvements délicats de l'ange qui le redressait sur ses jambes mais le conservait serré fermement contre lui, par peur qu'il ne puisse soutenir son propre poids.
— Dean ? s'enquit la voix grave de Castiel alors que ses yeux faisaient des allers-retours sur les différents éléments de son visage.
Celui-ci sourit faiblement. Une vague de soulagement se déversait dans sa poitrine, pansant les blessures à vif de son âme. Puis la fatigue l'assaillit et sa tête retomba dans le creux de l'épaule de l'ange. Il le sentit se tendre, ses mains contractés autour de ses flancs pour le retenir mais le chasseur conserva sa position, savourant le parfum de son protecteur.
— Cas', murmura-t-il, sa voix étrangement cassée, comme s'il avait trop crié. J'ai essayé de me lever mais mes jambes n'ont pas été d'accord...
Le long de ses mots, l'enveloppe charnelle de Castiel se détendit, rendant d'autant plus attrayant ce creux tendre et doux entre son cou et son épaule. Dean n'oserait jamais l'avouer, même à présent, mais dans les bras de son ange, il se sentait enfin en sécurité.
— Dean ! s'exclama soudain la voix de son frère dans son dos.
Il ne trouva pas la force de se retourner mais Castiel se chargea de lui répondre à sa place.
— Il a essayé de se lever mais son corps est trop faible. Je l'ai retenu avant qu'il ne se fasse mal.
— Il est tombé ? traduit le ton paniqué de Sam.
Les pas précipités contourna le chasseur et celui-ci peut enfin le voir bien qu'il dut dégager son visage du cou de Castiel.
— Il était en train de tomber, corrigea ce dernier alors que Dean ne parvenait pas à exprimer les sentiments qui faisaient rage sous son crâne.
Le regard de son frère. Celui-là, il ne le connaissait que trop bien. Cette expression à la fois inquiète, paniquée et coupable affaissant ses traits alors que ses yeux luisaient d'une tristesse abyssale.
Son cadet venait de faire une connerie. Une très grosse connerie.
— Qu'est-ce que tu as foutu, Sam ? réussit-il par gronder faiblement, ses cordes vocales ne laissant échapper que des sons tenus.
Les épaules de son frère se tendirent, comme à chaque fois que Dean visait juste à propos d'une bêtise qu'il espérait faire passer inaperçue. Il se sentait agressé et trahi. Mais alors qu'il ouvrait la bouche pour se justifier, ce fut la voix de Castiel qui emplit le silence :
— Nous avons passé un pacte avec Crowley pour retrouver celui qui t'a enfermé.
Les mots étaient simples et neutres mais les derniers vibrèrent avec une émotion violente que Dean n'avait plus perçu depuis longtemps chez son ange envers lui. Une sorte de rage contenue, mêlée de cette certitude d'une puissance supérieure en cas de confrontation. Cela lui rappelait tant les premiers jours où tous les deux avaient dû apprendre à s'apprivoiser – l'un en abattant sa forteresse blindée protégeant son esprit de tous espoirs et l'autre en assouplissant son jugement et sa vision du monde – qu'il prit un certain temps avant de comprendre que cette fureur n'était pas dirigée sur lui, mais sur son tortionnaire.
Castiel était prêt à en découdre et cela lui faisait peur.
— Mais Cas', souffla Dean en retour tout en se dégageant un peu plus de l'étreinte de l'ange qu'il trouvait soudainement étouffante, Crowley fera tout pour vous faire regretter ce choix... Tu le sais ça, hein ?
La panique engluait son timbre d'une note désespérée et hâtive. Castiel se contenta de répondre posément, la figure neutre.
— Oui mais nous gérerons ceci le moment venu.
— NON ! s'exclama Dean tout en reculant violemment, sa voix s'enraillant contre sa gorge.
Mais ce retrait le fit tituber et l'ange dut plonger pour le rattraper une seconde fois. Seulement celui-ci se débattait, les larmes aux yeux, une colère intense explosant à travers tous ses pores.
Sam, en arrière-plan, avait sursauté face au changement inattendu de comportement de son frère. À présent, il le dévisageait avec une certaine frayeur. Mais l'aîné Winchester n'en prit pas compte. Son attention entière était concentrée sur les bras qu'il recherchait tant auparavant et qu'il voulait à tout prix fuir maintenant.
— NON ! s'écria-t-il plus fort, sa voix à moitié éteinte au bord de l'agonie.
L'ange resserra ses bras autour de lui et maintint sa prise, ses iris s'illuminant de Grâce. Si Castiel devait employé ses pouvoirs angéliques sur l'être aussi faible qu'était devenu le chasseur, cela ne pouvait signifier qu'une chose : ce dernier mourrait pour être hors de porté, pour s'éloigner de son protecteur.
Après de multiples ruades et autres cris cassés, Sam perdit pieds. Il céda face au spectacle terrifiant de son grand frère brisé et s'enfuit, les larmes aux yeux.
Dean le perçut confusément mais rien ne semblait l'arrêter. La peur rongeait son cœur dans un puissant acide, le plongeant dans la folie.
Une seule pensée tournait en boucle dans son esprit. Telle une litanie.
« Je ne supporterais pas qu'il meure encore à cause de moi. Je ne le supporterais pas. Pas encore une fois. Pas encore une fois. »
— Dean...
Castiel l'appelait mais sa voix était trop lointaine. Il se perdait dans les vestiges fumants de son âme, s'ouvrait les paumes des mains en tombant sur le verre pilé qu'étaient devenus ses rêves et ses espoirs. Il errait, pareil à un fantôme se consumant éternellement, dans les dédales de ses illusions ravagées.
C'est alors qu'il comprit qu'il ne serait plus jamais pleinement en paix. Que malgré la chaleur de ses bras, il aurait toujours froid. Que même si son auréole l'éblouissait, il serait à tout jamais perdu dans le noir.
« Pas encore une fois... Je vous en prie. »
~.*.~
[ Quelques heures auparavant ]
— Alors si je comprends bien, fit le démon affalé dans une chaise tout en jouant avec une lame de chasseur sur le bout de l'index, l'écureuil a pété un boulon et vous voulez retrouver celui qui a provoqué ce si malheureux et infortuné événement.
Sam acquiesça tandis que Castiel conservait le silence.
Crowley poussa alors un long soupir et fit disparaître d'un claquement de doigts la lame. Le cadet Winchester serra les dents mais retint sa protestation face à ce gâchis de matériel. Le démon esquissa un léger sourire en discernant la contrariété du géant.
— Mais dis-moi Moose puisque l'emplumé semble décidé à tirer la tronche de bout en bout... Pourquoi accepterais-je de vous aider ?
Sam serra les poings en plus des mâchoires. Dieu, il avait oublié combien l'accent écossais de ce démon d'affaires pouvait lui porter sur les nerfs ! D'autant plus lorsque ses yeux brillaient malicieusement, le narguant de son impuissance dans cette situation.
Crowley le savait : quand les frères Winchester et leur emplumé de compagnie l'appelaient au secours, il avait forcément l'avantage. Il comptait donc en profiter. Surtout qu'il avait gardé un assez mauvais souvenir de la nuit où Dean avait disparu : il avait rencontré l'ange dans un but précis mais celui-ci l'avait renvoyé comme un malpropre. Il avait alors rongé son frein, attendant le moment importun pour se saisir de sa revanche.
— Tu veux quoi en échange ? cracha soudainement Castiel, son regard plus menaçant que jamais.
Le sourire de Crowley s'agrandit.
— Pour ce que vous me demandez, je ne peux que vous proposez mon offre la plus chère.
— Évidemment, fit Sam d'un ton cynique. Crache-la ton offre !
Le démon afficha une mine contrite.
— Cela ne va pas vous plaire.
— Crowley... gronda Castiel, ses yeux si plissés par la fureur que leur bleu n'était plus visible.
Le Roi des Enfers leva les mains en l'air dans une pitoyable comédie.
— Bon, bon ! Si tu prends ce ton là, l'emplumé...
Il laissa le silence se suspendre quelque temps à ses lèvres puis étira ses lèvres dans un sourire démoniaque.
— Je vous donne une piste à explorer et en échange, l'un de vous me jure une faveur.
Sam fronça des sourcils.
— Quel genre de faveurs ?
— N'importe laquelle. Et vous ne saurez jamais sur quoi je peux vous demander avant que je ne le fasse. Il sera impossible de se dérober. Mais une fois que vous aurez accompli cette faveur, nous serions quitte.
— On ne peut pas te faire confiance, grinça l'ange.
Crowley eut un haussement de sourcil.
— Évidemment ! Mais où serait l'amusement dans le cas contraire ?
