~ TRY AGAIN ~

Voici ma première fanfiction ! (enfin sur ce site)

Alors, évidemment, elle n'est pas des plus parfaites, étant donné que je ne suis pas habituée à ce genre d'écriture. Mais j'ai voulu tenté l'expérience avec le couple Destiel qui m'a vraiment tapé dans l'œil.

Je dois vous prévenir que le style sera particulier. On retrouvera Destiel, Sam et quelques autres protagonistes dans l'univers Supernatural mais l'intrigue ne se rattache pas particulièrement aux dernières saisons. Elle est plutôt intemporelle et quelques faits ont été déformés ou inventés.

Il y aura sûrement du Lemon mais cela restera très fluffy. Il faudra prévoir des moments un peu difficile, étant donné que c'est aussi une histoire de Comfort où Dean s'en prend beaucoup en pleine poire. Donc accrochez-vous ;)


Pairing : Destiel (donc Dean/Castiel dans Supernatural)

Type : IC et OC (May) - Hurt/Comfort (mais Happy ending ne vous inquiétez pas)

Rating : M (même si de nombreux chapitres ne dépasseront pas le T)

Disclaimer : Rien ne m'appartient. Seulement l'intrigue et mes mots. Ah et May j'ai oublié x)

Spoil : Je ne risquerai pas de dire aucun. Il se peut que certains se baladent sans que je ne me rende compte mais parmi eux il y a des choses inventées donc bon ;)

Note : Je m'excuse d'avance pour toutes les coquilles qui peuvent se trouver dans ce récit...


De retour en avance pour un nouveau chapitre ! Celui-ci est un plus fluffy et avance doucement dans l'intrigue. J'espère qu'il vous plaira, j'ai particulièrement apprécié l'écrire !

Je remercie d'avance tout ceux qui me lisent et m'apportent du soutien ! Si mes études me le permettent, je vous accorderai plus de temps à l'avenir, promis ! D'autant plus que j'ai déjà d'autres idées de destiel fics pour plus tard ;)

Pour l'instant, je vous laisse avec Try again et l'avancement entre un Dean à la santé mentale bien entamée et un Castiel perdu face à ce qu'il éprouve. Ah et un gentil petit Moose qui a aussi besoin d'un électrochoc, je crois que cela ne lui fera pas de mal !

Kiss ! Bonne lecture ;)


:: Chapitre 5 ::

~.*.~

[ Printemps 2017 – Le Bunker des Héritiers ]

Sam pianotait sur l'écran de son téléphone, son regard n'accrochant qu'à demi les caractères qui s'affichaient devant lui. Des écouteurs vissés dans ses oreilles, la musique de fond n'étouffait seulement le silence qui vibrait dans sa chambre, pas ses pensées.

Nerveux, il changea de position sur son lit, basculant sur son flanc droit, avant de revenir à celle initiale, sur le dos. Il avait beau tenter de se changer les idées, son esprit revenait sans cesse sur cette même image.

Dean, ruant, cambrant, ses muscles fondus empreignant sa lutte d'une aura de désespoir si intense qu'elle le lui avait donné la nausée. Il n'avait pas l'habitude de voir son grand-frère, ce roc humain ayant résisté à tant d'épreuves, flancher ainsi. Perdre pied, perdre toutes raisons. N'être plus que folie.

Sam soupira, grognant et montant le son. Mais si les décibels agressaient ses tympans, ses rétines ne cessaient de jouer cette scène. Encore et encore.

Que pouvait-il bien faire de toutes façons ? Dean ne lui avait pas accordé un regard depuis son retour. Toute son attention était focalisée sur l'ange. Ses yeux le suivaient à la trace, ses bras le quémandaient, ses doigts s'accrochaient à lui. Toute son essence le poussait vers lui, s'agrippait à sa Grâce comme à une bouée de sauvetage. Est-ce qu'il avait ressenti de la jalousie face à ce retournement de situation ? Peut-être bien que voir son frère en proie à une addiction spéciale Castiel l'effrayait un peu. Savoir que ce besoin omniprésent n'était pas seulement une histoire de lien entre protégé et protecteur angélique était peut-être même quelque chose qui le tiraillait dans son ego, lui, qui avait toujours été le seul être que l'aîné avait pu aimé.

Jusqu'à présent.

Sam n'était pas aveugle. Il avait vu une intimité grandir entre ces deux idiots, jour après jour. Il avait perçu la peur, l'envie et la colère dans leurs échanges de regards. Il avait entendu la rancune, la joie et la détresse vibrer dans leurs voix. Mais surtout les tensions qui étaient nées entre eux et qui les électrifiaient avaient confirmé ses doutes : l'ange et le chasseur étaient attirés l'un par l'autre. Ils étaient juste trop coincés, Castiel dans son rôle de soldat des Cieux sans émotions et Dean dans sa figure d'homme virile coureur de jupons.

Sam soupira une nouvelle fois et éteignit son téléphone d'un pressage de pouce sur la tranche. La musique résonnait toujours en volutes contre ses tympans mais très vite, il perdit patience et arracha ses écouteurs.

Que pouvait-il faire ? Car se terrer dans sa chambre par peur de croiser son frère devenait ridicule. Cela faisait deux jours qu'il n'avait pas quitté cette pièce. Deux jours que Castiel valsait entre les demandes incessantes d'affection de son frère et la réaction puérile de Sam.

Mais qu'était-il en train de faire ? Comment pouvait-il laisser l'ange gérer l'entière responsabilité de son frère au psychisme plus détruit que jamais ? Comment pouvait-il abandonner celui-ci après toutes les fois où il avait conservé un semblant de santé mental afin de le préserver ?

Il sentit brusquement la honte l'envahir. Se pinçant les lèvres, Sam se redressa d'un bond, abandonnant son téléphone sur son lit et se saisissant de son laptop. Finie la cachette, finis les remords et les regrets . Il n'avait pas été là quand Dean avait traversé son enfer personnel. Mais il serait là durant son chemin inverse. Tandis que Castiel s'occuperait de soigner avec sa Grâce le corps ankylosé et parcouru de cicatrices de son aîné, il allait fouiller la piste donnée par Crowley. Cette fois-ci, en dehors de cette chambre.

Alors, inspirant profondément, il s'apprêta à ouvrir la porte. Mais alors que sa main effleurait la poignée, le battant s'ouvrit d'un bond. Son regard surpris croisa celui bleuté et déterminé de l'ange. Sur le seuil, Castiel le dévisagea sévèrement, ses sourcils froncés.

— Sam ! s'exclama-t-il de son ton solennel et ferme. Je pense que cette comédie a assez duré ! Dean n'est pas seulement brisé, il est en manque de reconnaissance. Or, le fait que tu l'évites amplifie son mal-être. Ce que je ne pourrais accepter. Dean est mon protégé. Il est de mon devoir de veiller sur lui et sur son bonheur. Et actuellement, tes caprices que j'ai laissé passé au nom de notre amitié menacent mes projets de restauration de l'ancien Dean. Maintenant, ça suffit ! Tu vas accepter que ton frère n'est pas un dieu ni une créature surnaturelle bénéficiant d'une force surhumaine : il est un humain avec plus de faiblesses que l'ensemble de l'humanité et sa seule constante dans ce monde de variables, c'est toi. Son petit frère qu'il a élevé presque comme son propre fils et qui a été le premier à obtenir son amour inconditionnel.

Il s'arrêta un instant, ses iris bleues fouillant au fin fond des yeux de son interlocuteur. Ce dernier s'était immobilisé, sa prise sur son laptop s'étant resserrée jusqu'à en menacer l'espérance de vie de celui-ci.

Sam avait oublié cette part particulière de Castiel. Il avait oublié combien l'ange pouvait être incisif et d'une pertinence presque insolente. Qu'il pouvait viser et ne manquait aucun tir, autant en combat que lors de discours enflammés.

Puis soudain, le regard de Castiel tomba sur le laptop qui venait juste d'émettre un couinement de protestation, le plastique et le métal se froissant sous sa poigne. Un long silence s'étendit tandis qu'il s'affairait à faire le lien avec les différents éléments qu'il possédait pour comprendre la situation. Son visage se fit confus :

— Tu sortais ? fit-il alors d'un ton plus timide.

Difficile à croire que dissimulé par cette apparence prudente, observatrice et assagie , l'ange possédait une part plus sombre de lui-même où toute la notion de Soldat de Dieu prenait enfin son sens.

Sam se racla la gorge, un air gêné et coupable se dessinant sur son visage.

— Effectivement, répondit-il sur le même ton que l'être supérieur. Je voulais faire des recherches dans la bibliothèque sur la piste que Crowley nous a donné.

L'autre l'observa longuement, dans un silence embarrassant, puis haussa des épaules. Sûrement pour se redonner une contenance.

— Si tu veux, je peux te donner un coup de main.

— Et Dean ?

C'est alors que la chose la plus étrange que Sam n'avait jamais vu, se produit sous ses yeux. L'ange rougit. Puis détourna vivement le regard.

— Il va bien ! s'exclama-t-il un peu trop vivement. Il dort, actuellement.

Le géant fronça des sourcils mais ne commenta pas. Au contraire, son expression faciale se modifia bien vite en un grand sourire :

— Je ne dirais pas non pour un peu d'aide, alors ! Je suis sûr que Crowley ne nous aura pas donné la tâche plus facile que nécessaire.

Castiel sembla soulagé de le voir changer de sujet et le remercia d'un micro sourire tandis que ses traits s'apaisaient, reprenant leur allure impassible.

— Bon, si ça te gêne pas par contre Cas', reprit son interlocuteur d'un ton amusé, j'aimerais pouvoir passer.

— Oh, oui, mes excuses, répondit-il bien vite en reculant d'un pas sur le côté.

Le passage libéré, Sam sortit afin de sa caverne, décidé d'affronter la vérité en face. Vérité dont il trouverait un début de sentier parmi les bouquins poussiéreux du bunker.

Castiel, lui, se contenta de le regarder s'éloigner, non pressé de le suivre. Il serait déjà dans la bibliothèque depuis quelques secondes avant que l'intellectuel n'en franchisse le seuil. La téléportation avait du bon, cela il devait le reconnaître. Même s'il avait appris à apprécier le cuir des sièges de la Impala et le roulement des pneus sur le goudron. Surtout son conducteur à vrai dire. Il trouvait cela fascinant comme ses doigts s'allongeaient sur le volant, tapotaient des rythmes improbables ou se perdaient l'espace d'une seconde dans sa chevelure pendant un temps de méditation intérieure.

Dean, en lui-même, était fascinant. Même actuellement, avec son âme écharpée et sanguinolente, elle paraissait plus brillante que toutes les autres. Diffusant une chaleur qui palpitait sous la peau de son vaisseau à son contact.

Son regard dériva le long des murs du couloir pour se poser sur la porte du sujet de toutes ses pensées. Dean, Dean, Dean. Il n'y avait que pour lui sous ce crâne. Au point de le rendre malade d'inquiétude lorsque le silence s'éternisait.

Car il savait. Il avait exploré son âme sans faire exprès. Durant un bref instant, il avait perçu ses pensées les plus profondes . Et certaines auraient dû rester privées. Si Castiel avait bien appris quelque chose en étant humain c'était que certaines choses devaient rester secrètes. Que tout n'était pas bon d'être dit. Ce qui complexifiait automatiquement les relations humaines, évidemment. Peut-être était-ce en cela qu'elles étaient si belles ? Que malgré tous ses obstacles deux êtres puissent se faire confiance suffisamment pour laisser tomber les barrières ?

Or, Castiel doutait de la nature de sa relation avec Dean. Étaient-ils amis ? Une fois, le chasseur l'avait comparé à un frère. Il n'avait pas trop su pourquoi, mais il n'avait pas aimé cette comparaison. Dans tous les cas, il ne se jugeait pas assez proche pour obtenir le droit d'accéder à ce type de pensées et souvenirs. Cette constatation et son contenu l'avaient alors confondu, l'embarras lui faisant perdre pied.

Il n'aurait pas dû voir ces images. Entendre ces sons. Sentir la chaleur de l'eau, savourer le contact de la peau de Dean. Il n'aurait pas dû savoir que celui-ci nourrissait de telles pensées à son égard.

Malheureusement, sa main avait dérapé...

~.*.~

[ Quelques heures auparavant ]

Dean était assis sur le rebord de son lit, vêtu d'un jean assez large et d'un gros sweat qui pesait sur ses épaules mais qui avait le mérite de le réchauffer.

Il revenait de sa crise et il se sentait juste... Ailleurs.

Se mordant presque sauvagement les lèvres, il appuya son poing serré contre sa paume l'englobant, le regard perdu au loin. Il ne se sentait pas bien. Il avait la nausée.

— Dean ?

Castiel. Sa voix rauque avait laissé échapper une inflexion sur la dernière syllabe de son prénom d'une manière si familière que cela humidifia ses yeux. Il n'osa pas relever la tête. La garder baissée était la solution de facilité.

Bien qu'il était en léthargie, une part de conscience, la plus cruelle, continuait de juger son comportement. Sans aucune pitié.

Il était pitoyable. Une coquille vide à moitié éclatée par le talon d'un être mille fois plus supérieur que lui. Il avait été écrasé d'un coup, sans le moindre effort. Et maintenant, il ne savait plus comment exprimer cette certitude qui pulsait en lui, diffusant son venin à chaque battement : il ne méritait pas d'être sauvé. Quelque que soit le rafistolage que l'ange avait en tête, il resterait brisé. Castiel perdait son temps avec lui.

Peut-être qu'après tout, les mots ne souhaitaient pas sortir car il avait besoin de lui ? Il était obsédé par sa présence, par sa proximité, par son contact. Il ne voyait ni ses ailes, ni son auréole, mais il sentait son aura angélique s'infiltrer dans ses pores, diffusant cette lumière bienfaitrice au sein des ténèbres qu'était devenu son âme. Si Castiel partait... Il se laisserait sûrement mourir.

— Dean, insista ce dernier et s'approchant un peu plus.

Le chasseur inspira profondément puis consentit à relever la tête. Il fallait qu'il affronte son regard maintenant ou il n'oserait plus jamais le regarder en face. Ce qui était hors de question.

Il fut surpris puis soulagé de percevoir sur son visage seulement de la compassion. L'ange s'était débarrassé temporairement de son imperméable et avait enfilé un t-shirt noir lui appartenant sûrement – ceux de Sam lui étaient deux fois trop grands. Le bleu de ses yeux en ressortait d'autant plus. Ses iris étaient à couper le souffle.

Il tenait dans ses mains un plateau sur lequel reposaient des emballages en cartons et sous son bras était calé une trousse en lin aplatie. Il posa le tout sur le lit puis pencha légèrement la tête sur le côté.

— Je t'ai amené ton déjeuner. C'est Sam qui te l'a acheté.

Au nom de son cadet, l'aîné sentit une vague de culpabilité l'envahir. Son frère s'était enfui lors de sa crise. Il avait dû se sentir si embarrassé. Si honteux d'avoir comme grand frère un taré incontrôlable, plongeant dans des crises sans raisons apparentes. Il s'en voulait, ô comme il s'en voulait ! Il n'aurait pas dû céder à ces faiblesses devant lui. Il n'en avait pas le droit.

Sentant que les pensées de son protégé se trouvaient perdues en plein milieu d'une véritable tornade, l'ange s'assit à ses côtés et saisit un carton au hasard sur le plateau.

— Voyons voir ce qu'il y a là-dedans, fit-il avec un ton un peu joueur qui eut le mérite de soulever les commissures de Dean. Tu crois qu'il y a quoi, toi ? demanda-t-il, poussant l'idée des devinettes un peu plus loin.

Face au manque de réaction du chasseur, l'ange modifia ses positions et continua son manège tout seul.

— Je pense qu'il doit s'agir d'un burger. Sam sait que tu aimes les burgers.

Il secoua légèrement la boîte et fit mine d'écouter le son qui en émanait.

— Hum, je pense que ce burger aura des tomates...

Il laissa ses mots se suspendre à ses lèvres, cherchant à distinguer quelconque trace de bonheur apparaissant sur la figure de son protégé. Il en aperçut une, discrète et logée dans les plis de sa bouche : une fossette. Un embryon de sourire prenait forme sur ses lèvres.

— Et puis sûrement du fromage. Tu aimes les cheeseburgers, j'espère ?

— Cas'…

Le son ténu avait été si faible qu'il se serait perdu dans le silence si l'ange n'avait pas les sens si affinés. Pourtant, cet appel plus fin qu'un souffle le frappa en plein ventre. La faiblesse qui en resurgissait était plus puissante que de n'importe quel cri, que n'importe quelle crise.

Ceci était une nouveauté. D'habitude, Dean s'exprimait à corps et à cris. Alors, ne sachant comment faire face à cette démonstration de faiblesse, Castiel déglutit et reprit son jeu comme si rien n'était :

— Sam a aussi pensé à t'acheter une tarte. Une tarte aux pommes industrielle, il a précisé.

Joignant ses mots et à ses gestes, il saisit l'emballage contenant la part de tarte. Il s'apprêtait à le lui ouvrir pour prouver ses dires quand la main de Dean fusa et retint la sienne. Baissant les yeux sur les doigts du chasseur qui s'enlaçaient autour des siens, il ressentit une émotion étrange le traverser. Il se demanda bien ce qu'elle pouvait signifiait mais la voix de son protégé s'éleva, le faisant lever son regard confus vers son visage.

— Cas', arrête.

Les traits de Dean étaient si graves mais il ne trompait pas l'ange. Il n'était pas dupe de son manège et voyait bien cette lueur de détresse émettre comme un éclat brisé au fin fond de ses iris vertes.

— Pourquoi Dean ? s'enquit-il, sa voix grave roulant sous son palet dans un murmure.

Il était perdu, ses pensées ne parvenant plus à s'aligner dans son esprit. Les sensations typiquement humaines bouillonnaient en lui et il ignorait comment les gérer. Comment faire pour ne pas être submergé. Car si durant toute sa vie de pluri-millénaire il avait acquis un savoir-faire sans faille pour contrôler chacun de ses gestes, chacun de ses mots et chacune de ses pensées, aujourd'hui, face à ce simple humain, il était dépossédé de sa maîtrise légendaire. Et il avait si peur de perdre le contrôle que la frayeur se mêlait au sein de son ventre avec cette émotion étrange, créant un cocktail plus explosif que jamais.

Il devait s'éloigner de lui. Maintenant. Avant que ce simple contact ne le rende fou.

— Arrête de faire comme si rien ne s'était passé… Arrête de me ménager comme si j'allais exploser entre tes mains.

Il pouvait compter chacune de ses tâches de rousseurs sur son nez malgré l'obscurité. Il s'efforça de se focaliser là-dessus, afin d'oublier la chaleur de sa peau contre la sienne. Afin d'oublier que quoi qu'il puisse se dire, il était incapable de s'éloigner de lui. Pas dans cet état en tout cas. Il devait être là pour lui.

— Mais c'est le cas, Dean, répliqua plus vivement l'ange, irrité.

Il ne le comprenait pas. Il ne saisissait pas ses signaux. Que voulait-il enfin ?

— Peut-être mais je ne veux pas être considéré comme ça. Je suis un grand garçon, Cas'.

— Non. Tu ne peux me demander ceci.

La voix de Castiel avait été sans appel. Tranchante et ferme. Le regard vert du chasseur s'assombrit et aussitôt, l'ange regretta. Mais il pouvait retirer ses mots. D'autant plus qu'il le pensait sérieusement. Il voulait prendre soin de lui. Il crevait d'envie de s'occuper de lui. De le voir s'élever de ses cendres, de le voir à nouveau sourire, rire. Vivre. Grâce à lui.

C'était sans doute égoïste. Rejeter ainsi les volontés de son protégé pour satisfaire les siennes n'étaient pas dignes d'un ange gardien. Mais c'était ainsi. Tout son corps, toute sa Grâce le réclamait.

— Et tu sais pourquoi ? reprit-il d'un ton dur, imitant celui de Dean lorsqu'il s'apprêtait à laisser échapper une vérité douloureuse.

Cela fit tiquer ce dernier. Il fronça des sourcils, ouvrit la bouche puis la referma.

Mais l'ange n'allait pas attendre qu'il trouve enfin réponse à sa question. Car il allait la lui donner, là, maintenant. Il ne pouvait plus patienter. Plus rechercher le bon moment. Parce qu'il ne viendrait jamais. Il ne s'agissait pas de contexte ou de temps mais de courage. Et si Dean ne pouvait trouver suffisamment de bravoure pour accepter son état, il allait trouver la sienne pour lui dire ce qu'il avait sur le cœur.

— Parce que je dois te protéger. Non ! Non, non pas que je dois… Désolé... J'essaye de trouver les bons mots... Parce que… Parce que je suis égoïste, Dean. Parce que j'en éprouve le besoin. Parce que je veux te protéger. Je veux être là pour toi.

Dean écarquilla lentement les yeux, son souffle s'accélérant. Sa prise sur son poignet se fit moins brusque. Plus… tendre. C'était le mot.

Alors, l'ange comprit ce qui se passait sous ses yeux. La carapace de son protégé avait commencé à fondre.

— Donc oui, tu ne peux pas me demander ceci. Car ce que je désire, je le veux enfin pris en considération. Je m'en moque à quel point cela sonne égoïste. À quel point cela montre que je suis tombé bien bas. J'en ai besoin. Un point c'est tout. Donc tu vas l'accepter pour une fois. Il n'y a pas sujets à discussion.

Les yeux de Dean brillaient. Il déglutit et inspira profondément. Il semblait réfléchir si intensément que Castiel n'osa pas reprendre, de peur d'étouffer un semblant de lâcher prise chez son protégé.

Celui-ci ferma les yeux, se mordit la lèvre, la respiration lourde. Il était en proie à l'hésitation, à la peur et à l'envie. Ses démons étaient toujours là, à ses côtés, attendant le moindre faux pas. Ils l'effrayaient toujours. Pourtant le moment qu'il partageait avec l'ange prenait toute la place sous son crâne. Leur proximité l'apaisait. Il savait que c'était temporaire, que ce n'était pas si efficace qu'il en apparaissait, mais il voulait le prolonger. Il voulait approfondir, creuser, fouiller. Il souhaitait juste savourer cet instant comme si plus rien ne comptait.

Alors, cédant à ses impulsions, il saisit la main de l'ange et la posa sur sa joue, le rapprochant sensiblement de lui. Leurs deux corps étaient si proches que leurs chaleurs corporelles se mêlaient. Le temps suspendit. Il n'y avait plus qu'eux, séparés par seulement une poignée de centimètres. L'infime distance amplifiait leur proximité. Dean savoura, se perdit dans les yeux bleus confondus de l'ange, plongeant dans les cieux qu'ils contenaient.

Si le paradis était un lieu familier dans lequel il pouvait se sentir en sécurité et lui-même, alors Castiel était son paradis.

— Tu devrais manger, souffla la voix de celui-ci, une certaine tension y vibrant.

Si le chasseur avait été plus audacieux, il l'aurait sommé de se taire. Comment ? Il avait bien quelques idées mais il n'arrivait toujours pas à les expliciter, bien trop effrayé par ce qu'elles pouvaient signifier de lui. Alors, il obéit et relâcha sa main.

Castiel la récupéra avec hésitation et prudence, ses iris bleues luisant dans la pénombre.

— Je vais d'abord manger le burger, fit Dean d'une voix posée.

L'ange acquiesça et le lui passa. Dans la transition, leurs doigts se frôlèrent et il ressentit un frisson le parcourir. Il ne comprenait plus rien. Il allait avoir besoin d'aide pour décrypter les signaux de Dean. Il allait avoir besoin de Sam.

En attendant, Castiel se contenta de retirer le plus vite possible sa main, les yeux baissés vers le sol. Sa gorge était sèche, sa cage thoracique présentait des difficultés à se soulever. Il observa du coin de l'œil son protégé ouvrir la boîte en carton et porter le sandwich à sa bouche. Le gémissement qu'il échappa alors qu'il savourait le goût de la viande et du fromage se fondant avec le pain contre son palet accéléra le pouls de l'ange.

Pire que de ne plus comprendre le chasseur, il ne comprenait plus son propre corps. Toutefois il endurait. Pour Dean.

Lorsque celui-ci eut fini son hamburger, il passa une main sur ses lèvres tâchées de sauce. Castiel frissonna alors que l'idée de les essuyer de lui-même le traversait. Il ne contrôlait plus rien !

Le regard vert de Dean se posa à nouveau sur lui et l'espace d'un instant, l'ange angoissa. Avait-il perçu ce qui lui était venu à l'esprit ? Sentait-il lui aussi la tension qui s'était emparé de son vaisseau ?

— Je pourrais avoir la tarte, Cas' ?

Réprimant un soupir de soulagement, l'ange acquiesça. Ce n'est qu'après un long regard insistant de la part du chasseur qu'il finit par se rappeler de sa demande. Il s'empressa de lui tendre le carton correspondant et évita son regard quand il le saisit. Le contact bref de ses doigts lui provoqua ce même frisson, ce même sursaut chez son cœur, qui lui donnait l'impression d'être malade. Comment expliquer autrement cette chaleur et cette sensation de froid mêlé, cette gorge complètement sèche ou bien ces spasmes cardiaques ?

Il s'autorisa un regard plus franche vers Dean alors que celui-ci dévorait la part de tarte, un bonheur visible sur ses traits. L'ange trouverait toujours étrange comment la nourriture pouvait réconforter un être humain. Bien qu'il avait expérimenté ce fait, il n'avait jamais été aussi satisfait de manger que Dean pouvait l'être avec cette tarte.

Les joues gonflées par le surplus de nourriture, Castiel eut un petit sourire. Il comprenait pourquoi Crowley le surnommait l'écureuil. Seul cet animal pouvait être si mignon avec cette mimique. Tout comme le chasseur.

— Dean, reprit l'ange après avoir rassemblé à nouveau son courage. Je pense qu'il faudrait que je te soigne.

L'aîné Winchester lui lança un regard froid.

— Je sais que tu n'aimes pas ça, insista Castiel. Que tu penses m'épuiser à chaque demande de guérison. Mais... Tu es si faible, Dean. Tu ne peux même pas marcher. M'épargner t'accablera plus qu'autre chose. Et aujourd'hui, j'ai assez récupéré pour réaliser ce genre de choses.

Son interlocuteur déglutit son morceau de tarte avant de rétorquer :

— Pourquoi tu me demandes alors si tu es si décidé ?

— Pour préserver ton espace personnel, comme tu l'as toujours souhaité. Et comme tu ne me faisais toujours pas la demande, j'ai décidé de prendre les avants.

Lutte de regards. Bien que Castiel avait envie de céder les armes afin de ne plus affronter cette paire émeraude, il continua de croiser le fer. Le bien-être de son protégé était en jeu. Il ne se laisserait pas faire.

Le chasseur grogna finalement, marquant la fin du combat.

— Très bien ! cracha-t-il. Mais en retour, je veux quelque chose en échange.

L'ange fronça des sourcils, suspicieux :

— Quoi ?

— Ton explication.

Ces deux seuls mots firent accélérer son rythme cardiaque. Il pressentait déjà ce qu'il signifiait par là. Il se doutait qu'il ne lâcherait pas l'affaire si facilement.

— Quel explication ? tenta-t-il toutefois d'élucider mais malgré son air flegmatique, Dean ne fut pas dupe.

— Sur ce qui s'est passé lorsque tu m'as tiré hors des enfers.

Castiel déglutit, l'embarras envahissant son vaisseau sous la forme de nombreux symptômes qu'il avait appris à déceler. Tout mais pas ça. Pas son explication sur ce qu'il avait oublié. Il ne voulait pas la lui donner.

— Je ne peux pas, fit-il simplement de sa voix autoritaire.

— Peux ou ne veux pas ? insista le chasseur.

C'était étrange mais l'ange voyait l'ancien Dean refaire surface face à son refus. Sa détermination sans faille et ce rejet à tout compromis. Ce qu'il voulait, Dean Winchester l'avait d'une manière ou d'une autre.

— Les deux, souffla Castiel.

Le regard vert s'attendrit. Se pinçant les lèvres, le chasseur passa une main sur son visage. À ce simple geste, il sentit ses muscles hurler. Peut-être que l'ange avait raison après tout. C'était ridicule de sa part de vouloir endurer cette faiblesse alors que Castiel pouvait l'en débarrasser.

« Mais si Cas' venait à en mourir, pourrais-tu le supporter ? » lui chuchota cette voix dans sa tête. Sa voix.

Il retint à grande peine la crise de panique qui affluait. Il était avec son ange. Il était en sécurité. Tout allait bien. Il n'était plus là. Il ne pouvait plus l'atteindre. Plus jamais.

— Dean ? s'enquit la voix inquiète de Castiel.

— Fais-le, grogna-t-il.

Un instant de silence et d'hésitation durant lequel l'ange se contenta de l'observer. Cela le rendait mal à l'aise mais il supporta son examen sans dire un mot de plus. Il attendait que son protecteur fasse son choix, espérant presque qu'il change d'avis.

Mais, il leva finalement deux doigts et les déposa sur la tempe du chasseur. Sa Grâce se diffusa dans tout le corps de Dean, lui procurant un bien-être insoupçonné. C'était comme si une vague liquide chaude s'engouffrait dans ses veines, réparant chaque cellule de son corps, lui redonnant force et santé.

Puis l'ange enleva sa main et observa son protégé avec une attention particulière.

— C'est étrange. Je t'ai guéri complètement mais quelque chose cloche toujours. J'ignore quoi.

L'aîné Winchester eut un petit rire nerveux avant de se lever afin de dégourdir ses jambes comme neuves.

— Ce n'est pas bien grave, Cas'. Je vais mieux je t'assure.

Bien que celui-ci acquiesça, une mine sceptique restait sur ses traits.

— En tout cas, je pense que tu dois encore te reposer. Je vais aller chercher Sam pour le faire sortir de sa chambre. Cela a assez duré.

Dean hocha la tête, son masque à nouveau collée sur sa figure. Toutefois Castiel devinait que malgré son attitude indifférente, il était blessé à vif par le comportement de son frère. Sam allait l'entendre, c'était sûr.

— Tu devrais aussi te couper les cheveux, reprit-il. Je t'ai posé la trousse avec les ciseaux sur ton lit.

Mais alors que le regard du chasseur se posait sur la trousse en question, un doute affreux saisit l'ange. Il combla la distance qui les séparait en quelques pas et posa sa main sur le haut de son épaule. Mais il s'emmêla quelque peu les pieds dans son empressement et dut se raccrocher à son protégé afin d'éviter la chute. Sa main dérapa et se posa alors exactement sur l'emplacement de l'empreinte qu'il avait laissé sur lui.

Ce fut très bref. L'espace d'une fraction de seconde, leurs esprits se mêlèrent, les pensées de son protégé se révélant à lui. Il y vit toute l'horreur qu'il avait subi, ressentit dans toute son ampleur la culpabilité et la souffrance qui l'étreignait. Puis un peu plus loin, il perçut un de ses souvenirs juste avant sa disparition. Il était sous la douche et quelqu'un le pressait contre le carrelage froid. L'extase qu'il ressentait alors était dès plus perturbants. Il ne saisit toutefois complètement la signification de ce souvenir que lorsqu'il vit l'illusion se briser sous le cri de Sam. Puis lorsqu'il lut ses pensées dirigées vers lui.

Troublé, il relâcha vivement sa prise et croisa son regard vert interrogatif. Apparemment, son statut d'humain ne lui avait pas permit de percevoir cet échange muet. Ne sachant quoi dire, Castiel humidifia ses lèvres et se contenta de lâcher un faible avertissement.

— Fais attention à toi, d'accord ?

La lueur dans les yeux verts se fit confuse mais il hocha la tête silencieusement.

L'ange détourna son regard puis disparut.

~.*.~

[ Retour au présent ]

Sam n'eut pas le temps de franchir le seuil de la bibliothèque que Castiel s'y trouvait déjà, un livre ouvert entre les mains.

— Sam, fit-il de sa voix grave. Il est inutile que tu fasses des recherches. J'ai déjà trouvé où commencer notre enquête.

Sous le regard surpris du cadet, il bascula le livre pour lui présenter une carte qui s'étendait sur les deux pages et pointa du doigt une location. Le géant fronça des sourcils et se rapprocha, juste pour être sûr. Mais non, il n'avait pas rêvé.

— L'Écosse ? C'est quoi cette histoire, Cas' ?