Chapitre 7
GJ123
Septembre 1999
Neuf mois se sont écoulés depuis le Countdown et, quand j'y repense, c'était tellement incroyable…En fait, dès que j'ai commencé à danser, ma peur est partie toute seule et je me suis vraiment éclaté, j'avais un grand sourire tout du long. Au point qu'à la fin des trois heures, j'aurais voulu que ça continue, mais il fallait voir la vérité en face, j'étais tellement mort que rien que tenir debout c'était un miracle. Et encore, il parait que quand c'est un groupe seul qui se produit, il y a deux voire trois rappels. Heureusement qu'on y a échappé. Mais cette euphorie, les cris du public, tout le monde qui chante… j'ai adoré et en sortant de scène, j'avais plus aucun doute : c'était ça que je voulais faire.
Mais depuis, rien n'a vraiment changé, juste que les entraînements se sont espacés en passant de quotidiens à tous les deux jours. Je suppose que cet allègement du rythme de travail est du à celui qu'on a fourni pour le Countdown et c'est tant mieux. La situation avec Hayama-kun a pas empiré, mais elle s'est pas améliorée non plus. Il regarde toujours Tesshi avec dégoût et moi avec moquerie. J'ai l'impression que les mots « gros lard » sont tatoués sur mon front dès qu'il pose les yeux sur moi et je vous garantie que c'est pas agréable du tout… mais je sais pas pourquoi, il a arrêté de nous agresser.
Aujourd'hui, même si on est samedi, je dois me grouiller d'aller à l'agence. Johnny-san a laissé un mot à Fujioka-san pour dire qu'il voulait nous parler. Je me demande bien pourquoi. Quand j'arrive, Tesshi se précipite vers moi.
- Massu ! Tu sais ce qui se passe, toi ?
- Salut Tesshi, fais-je en lui ébouriffant les cheveux. Non, aucune idée.
Pour autant que je sache, Johnny-san quitte presque jamais son bureau sans une bonne raison, alors il peut se passer n'importe quoi. Je vais m'asseoir et, comme d'habitude, mon ami me suit comme mon ombre et on commence à discuter pour passer le temps. Au bout d'un quart d'heure, la porte de la loge s'ouvre sur Fujioka-san, Johnny-san… et Arashi. J'échange un regard avec Tesshi, qui a l'air d'y piger autant que moi, c'est-à-dire rien du tout, puis je fixe mon Aiba-chan… enfin Masa-chan comme je l'appelle depuis plusieurs mois maintenant. Lui et ses amis ont des sourires jusqu'aux oreilles (enfin sauf Ohno-sempai qui a l'air aussi largué que d'habitude, limite à se demander ce qu'il fait là).
- Boys, j'ai some things à vous dire this morning, commence notre boss.
Assez difficilement, je quitte mon petit ami des yeux et reporte mon attention sur « papi » comme on l'appelle tous.
- As you can see, Hayama-kun n'est pas là. (Ah mais oui, je me disais bien qu'il manquait une présence désagréable !) Il a finalement décidé de nous quitter et de faire son chemin de son côté.
Un murmure de stupeur parcourt nos camarades. Ah ben oui, vu qu'ils le suivaient comme des toutous, ils vont se sentir perdus sans lui.
- So, travaillez bien without him.
On hoche la tête en chœur et on attend la suite, mais ça me paraît quand même bizarre qu'il se tire comme ça. Enfin, comme on aura pas d'autre explication… et puis de toute façon, bon débarras.
- Next, Arashi débute aujourd'hui.
Les gars applaudissent la nouvelle poliment, mais moi, je laisse éclater ma joie sans aucune gêne. Enfin ! ca commençait à faire long ! Je me demande pourquoi il a attendu si longtemps. En tout cas, ça explique leurs sourires. Ca doit leur faire trop plaisir.
- And, pour la dernière news, I let Arashi l'annoncer.
Il se recule en laissant place au groupe.
- En fait, il va nous falloir rapidement des backdansers attitrés, commence Sakurai-sempai.
- On s'est concertés et on a décidé de choisir parmi vous, le groupe un et le groupe trois, continue Ninomiya-sempai.
- Donc, on va appeler ceux qu'on a choisis, dit mon Masa-chan.
- Pour ceux qui resteront, ne le prenez surtout pas mal, ça ne veut pas dire que vous êtes mauvais, essaye de nous rassurer Matsumoto-sempai. Vous aurez bientôt votre chance aussi, on en est tous sûrs.
- Il y avait dix places. Il n'en reste que deux, reprend Sakurai-sempai.
Il y a un blanc. On se regarde tous, conscients que les prochaines secondes peuvent totalement changer notre avenir dans l'agence. Tesshi a saisi ma main et la serre si fort qu'il pourrait me la casser s'il était plus costaud. Mon cœur bat à toute vitesse et j'ai l'impression qu'il va éclater.
- Tegoshi-kun, appelle Ninomiya-sempai à la stupéfaction générale, celle du concerné le premier.
- Et Masuda-kun, appelle mon Masa-chan adoré.
Moi ? J'hallucine totalement. Tesshi et moi quoi, c'est complètement dingue. Je suis encore en train d'essayer de réaliser, quand une voix se fait entendre, que j'identifie comme appartenant à Asakawa-kun.
- Masuda, on peut comprendre, mais Tegoshi est nul. Ca va vous servir à quoi d'avoir quelqu'un d'aussi mauvais derrière vous ?
Je jette un coup d'œil à mon meilleur ami, qui a pâli après avoir rougi.
- Il est travailleur, ça nous suffit, répond Ohno-sempai qui avait encore pas dit un mot.
- On n'a pas choisi en fonction du niveau en danse. Enfin pas uniquement, précise Sakurai-sempai.
Il y a un nouveau silence, pendant lequel Masa-chan me fait un clin d'œil discret. Je suis flatté d'avoir été choisi, mais j'espère que je l'ai pas été parce qu'on est ensemble, ce serait vexant.
- So, à présent, sweet boys, nous allons vous présenter vos nouveaux camarades, conclut Johnny-san, avant de s'adresser aux autres : Continuez à bien travailler, boys.
Comme s'ils avaient le choix…
Tesshi me serre de près, je le sens tendu et pas rassuré pour deux yens, même s'il a été choisi avec moi parmi dix… heu non , neuf gars. On traverse le couloir, encadrés par Arashi et Masa-chan frôle ma main. Je sais que c'est voulu, je le connais. Personne est au courant pour nous. On est tombés d'accord depuis longtemps pour dire que ce serait une mauvaise idée. Mais dès qu'on en a la possibilité, on se voit et dès qu'on peut se toucher même innocemment, on le fait aussi. Enfin c'est toujours innocemment, ne. On a pas encore… Enfin on fait rien de plus que s'embrasser quoi. Moi, ça me suffit. J'espère qu'à lui aussi.
Au bout du couloir, le boss a ouvert une porte et nous a tous laissés entrer avant lui. Là, il y avait déjà huit garçons.
- Boys, voilà Masuda-kun et Tegoshi-kun. Ce sont les derniers membres du groupe GJ123. Vous êtes maintenant au complet. Entendez-vous bien.
Et il s'en va sans rien ajouter de plus. Il est à peine sorti, qu'un glapissement clair se fait entendre. Enfin un glapissement… Un balbutiement presque incompréhensible plutôt.
- Massu… Il est là… Il est vraiment là devant moi… murmure-t-il.
- He ? Qui ça ? demandé-je à mon ami, aussi paumé que Ohno-sempai pour le coup.
D'un geste presque tremblant, il me désigne un garçon au visage fin mais sévère, encadré de mèches châtain. Il me faut quelques instants, avant de le reconnaitre, parce que je l'avais plus vu depuis l'audition : c'est Yamashita Tomohisa, l'idole de Tesshi. Je comprends mieux sa réaction. C'est sûr que découvrir en même pas cinq minutes, qu'on va devenir backdanser officiel d'Arashi et qu'on sera dans le même groupe que celui qu'on adore, c'est un choc.
- On va vous laisser faire connaissance, déclare Sakurai-sempai. Quand vous serez prêts, rejoignez-nous à notre loge. C'est la troisième sur la droite.
- Très bien, merci, fait Yamashita.
Le groupe quitte la pièce et on peut pas dire que je me sente à l'aise. Il est intimidant, ce mec. Presque autant que celui qui se trouve deux pas derrière et dont l'air ni aimable ni commode m'inspire ni confiance ni rien d'autre de sympathique. On dirait un psychopathe.
- Bon, le mieux, c'est qu'on commence par se présenter vu qu'on est nombreux. Je suis Yamashita Tomohisa.
- Nishikido Ryo, groupe trois, dit le brun pas commode d'une voix légèrement rauque.
Les présentations se poursuivent : Uchi Hiroki du groupe un, Kato Shigeaki du groupe trois, Moriuchi Takahiro (on a le même diminutif c'est marrant) du groupe trois, Koyama Keiichiro (oooh il est vachement typé lui !) du groupe trois, Kusano Hironori du groupe un, Yoshioka Izumi du groupe trois. Trois mecs du groupe un, quatre du groupe trois et seulement deux du groupe deux. Je peux pas m'empêcher de me dire que ça fait bizarre qu'ils aient pas pris plus dans notre groupe à Tesshi et moi. Je sais pas si j'arriverais à me souvenir des noms de tout le monde tout de suite, mais bon c'est pas très grave, je suppose que je finirais par m'en rappeler à force.
Ensuite, Yamashita commence à nous dire qu'il faut qu'on se serre les coudes et qu'on devienne soudés, parce que maintenant on est dans le même bateau etc etc, mais j'ai l'impression que Tesshi l'écoute même pas. Ou du moins qu'il lui prête qu'une oreille distraite. Il a l'air totalement envoûté. C'est marrant, on dirait moi avec Masa-chan au début. Il le regarde avec un air béat assez drôle.
- Tegoshi-kun, qu'et ce que je viens de dire ? demande soudain Yamashita.
Mon ami sursaute, l'air perdu, puis rougit, pris en faut. C'est bien ce qu'il me semblait, il a rien écouté du tout.
- Heu… Je… Je…
- Si ça ne t'intéresse pas, on peut te remplacer par quelqu'un d'autre.
Alors là, non, je vais pas laisser faire. Maintenant qu'on est débarrassés d'Hayama-kun, je refuse d'avoir un autre tyran sur le dos.
- Doucement, ne. Il vient juste d'apprendre qu'il est pris. Tu peux peut-être lui laisser le temps de digérer la nouvelle quand même.
- Masuda-kun, c'est ça ? (je hoche la tête) On va avoir rapidement beaucoup de travail, alors il va falloir vous adapter rapidement. Tous.
Il nous regarde d'un air froid. Il a pas l'air méchant ni rien, mais ça me congèle un peu quand même. Et puis depuis Hayama-kun, je me méfie un peu. Lui non plus avait pas l'air méchant au début.
Intimidé, Tesshi se cache à moitié derrière moi, sans pour autant quitter son idole des yeux. Le pas commode le regarde d'un air moqueur et je me mets tout de suite devant lui en bouclier, même si je suis pas moi-même spécialement rassuré. Il est effrayant, ce type.
- Ca va, je vais pas le bouffer, ton pote, relax mec, dit-il d'un air agacé.
- Nishikido-kun, Masuda-kun, calmez vous. Si vous commencez comme ça, ça ne va pas le faire, intervient Yamashita comme une mère séparant ses gosses.
Je suis parfaitement zen moi, mais il agresse Tesshi lui là.
- Désolé heu… Nishikido-kun… mais on vient juste d'avoir des problèmes avec un ancien membre du groupe deux, alors je suis un peu… méfiant.
- Mouais. Ben calme ta joie, ne, sinon ça va pas le faire avec moi.
Wouhou, lui c'est vraiment pas l'amabilité qui l'étouffe.
Je jette un coup d'œil aux autres et tente de me souvenir de leurs noms. Kato, c'est celui qui est scotché à… mince, c'est quoi son nom au typé ? Ko… quelque chose. Enfin ils ont l'air de s'entendre comme Tesshi et moi. Ca se voit qu'ils étaient dans le même groupe. Après, il y a le pas aimable qui s'appelle Niskikido, puis Yamashita. Le petit minuscule et dont j'ai retenu que le prénom : Izumi. Et puis un qui s'est totalement mis à l'écart et du coup je me souviens pas du tout de son identité. Mon regard est attiré par un des deux derniers, qui a le même genre de tignasse que moi, en un peu plus long. Nos regards se croisent et on se sourit. Après tout, on a aucune raison de faire la gueule, surtout aujourd'hui quoi. Son nom va me revenir… Ku… Ku… Allez cerveau, réfléchis ! Ah ! Kusano ! Kusano Hironori ! Et le dernier… heu… Non, je me rappelle pas.
Quand mon regard revient sur Tesshi, je constate qu'il a toujours les yeux rivés sur Yamashita.
- Tesshi, tu bave, murmuré-je pour l'embêter.
- Mou…
Je lui ébouriffe les cheveux et souris. La scène fait rigoler Kusano, qui s'approche de nous.
- Vous avez l'air de bien vous entendre tous les deux, dit-il, de l'amusement dans la voix et dans les yeux.
- On se connait depuis l'audition. 'C'est mon meilleur ami, dis-je en souriant.
- Ce se voit. Vous avez l'air vraiment proches.
Du coup, comme on discute, deux autres nous rejoignent : Kato et… Ah ! Koyama ! Le courant a l'air de bien passer entre nous cinq. C'est trop tôt pour être catégorique, mais peut-être que là, je me sentirais plus à l'aise. J'ai déjà eu plus de contacts avec eux en dix minutes, qu'en plusieurs mois avec les membres du GJ2.
Après quelques minutes, un toussotement nous fait tourner la tête.
- Je vous rappelle qu'on est attendus, fait Yamashita.
Ah ben oui, avec tout ça, j'avais zappé la nouvelle du millénaire : on est devenus les backdansers d'Arashi ! Pour un peu, j'en aurais sauté sur place en manifestant bruyamment ma joie, mais je crois pas que ça aurait été du goût des deux pas marrants là.
- Yoshioka-kun, Moriuchi-kun, Uchi-kun, on y va, appelle notre leader.
Ou du moins, je suppose qu'il l'est, vu qu'il l'a pas dit mais que depuis tout à l'heure, il donne des consignes qui sont suivies par tous. Avoir un leader, c'est classe, ça donne l'impression qu'on est un vrai groupe. Même si on a pas de nom et qu'on chante pas. Et c'est logique que ce soit lui, vu que c'est le seul qui a de l'expérience parmi nous. Les trois concernés bougent vers nous. Faut vraiment que j'essaye de me souvenir de leurs noms, mais ils ont pas l'air spécialement motivés à s'intégrer.
On emboîte le pas à Yamashita et Tesshi me souffle :
- Il est surnommé Yamapi.
- He ? Qui ça ?
- Ben Yamashita.
Aaaaaah. Ben oui, suis-je bête. Je sais pas pourquoi, mais je sens que notre leader va devenir pour longtemps notre unique sujet de conversation.
- « Yama », je comprends, réponds-je tout bas, mais le « pi » il sort d'où ?
- J'ai pas les détails exacts, mais il parait que c'est un sempai qui l'a appelé comme ça et c'est resté.
- C'est à cause d'une tenue rose que j'ai du porter il y a quelques temps, répondit gentiment le sujet de la conversation, en se tournant vers nous dans le couloir.
Oups, il a entendu. Pour la discrétion, on repassera. Mais il a pas l'air en colère, c'est déjà ça. Tant mieux s'il est sympa en fait. Y'a déjà assez d'un type effrayant dans le groupe. Sans déconner, on dirait un tueur psychopathe, ce Nishikido. Vraiment flippant. Surtout quand il te foudroie du regard. Brrrrr… Ca fait froid dans le dos.
Après deux semaines à côtoyer les autres, je me suis fait une petite idée de la personnalité de chacun.
1. Même si Yamashita sourit pas souvent er que, de premier abord, il a l'air aussi cordial qu'un ours polaire, en fait, il est super gentil et amical. Sans rire, il passe son temps à nous donner des conseils pour que tout se passe au mieux et c'est ça que j'apprécie chez lui. Et puis il est adorable avec Tesshi, qui le colle pourtant comme un pot de glue (au point qu'il me délaisse presque) et passe plus une heure sans parler de son « Pi-chan » adoré (oui, il a trouvé un diminutif à son surnom. Très fort, mon Tesshi).
2. Nishikido est vraiment sans pitié, c'est terrifiant. Il mâche pas ses mots et quand un truc lui plait pas, il le fait savoir direct et cash. C'est souvent Tesshi qui en fait les frais d'ailleurs (j'ai cru comprendre qu'il le trouvait geignard et bruyant. Mon pauvre Tesshi…). Mais peut-être qu'au fond il est gentil, je sais pas, il est dur à cerner et il donne pas envie de l'approcher pour le faire.
3. Kato… Ben c'est pas compliqué, dès qu'il y a une pause, il a un bouquin à la main. Et puis pas des petits machins comme je lis moi, nan, lui c'est des pavés. Un jour, on discutait de l'avenir et il a sorti qu'il voudrait être avocat. Ca m'a surpris parce que je pensais que quand on rentrait à l'agence, c'était pour y rester. Et puis en plus, c'est des études longues je crois. Il a du courage et je l'admire pour ça, mais par contre, j'aime pas trop son comportement à l'agence. Je crois que c'est le genre de mec qu'il faut juste connaître à l'extérieur.
4. Koyama… Je crois que de toute ma vie (ouais je sais, je suis pax vieux, chut), j'ai jamais connu un mec si gentil. Il est toujours de bonne humeur, il est toujours là pour tout le monde, il essaye toujours d'arranger tout le monde, de faire plaisir à tout le monde… sans jamais penser à lui. J'ai jamais vu si peu égoïste non plus. Une vraie crème tellement il est adorable. Et puis il est marrant. Et toujours calme. Rien que le regarder, c'est relaxant.
5. Izumi. Rien à faire, son nom, j'arrive jamais à le retenir. Il est tellement discret, qu'il parle pratiquement jamais. Le seul moment où on l'entend, c'est quand il chante. Il a une très belle voix d'ailleurs. Moins belle que la voix d'ange de Tesshi, mais belle quand même.
6. Uchi. Il est comme cul et chemise (j'ai entendu ma mère dire ça une fois, ça m'avait fait marrer) avec Nishikido, alors je l'approche pas trop. Il a pas l'air désagréable mais… je sais pas. Je peux pas trop me faire d'opinion du coup.
7. Moriuchi. Alors lui, il a carrément l'air de toujours se demander ce qu'il fait là. C'est pas qu'il est à l'ouest, mais on dirait qu'il est perpétuellement mal à l'aise et du coup, tout le monde l'est avec lui. Yamapi fait sans arrêt des tentatives d'approche mais vu que le courant passe pas, je serais même pas étonné qu'il fasse comme Hayama-kun et qu'il s'en aille. Enfin je me trompe peut-être. Quinze jours, c'est pas énorme pour connaître les gens.
Aujourd'hui, on a un shoot. Apparemment, en tant que backdansers d'Arashi, c'est nécessaire, mais j'aime toujours pas les photos. Les photographes et leurs idées loufoques, on est pas super copains. Alors j'irais pas jusqu'à dire que c'est un calvaire, mais c'est loin d'être une partie de plaisir. Et puis j'aime pas trop qu'on me dise quoi faire, comment et quand sourire ou pas, comment m'habiller… Je sais que c'est obligé, mais bon… heureusement que je suis avec les autres. Hormis Tesshi, ceux avec qui je m'entend le mieux, c'est Yamapi et Koyama. J'ai rien de spécial contre Uchi, Moriuchi et Izumi donc ça va. Par contre, je crois que je fais un sérieux blocage avec Nishikido et à en juger par l'air effrayé de mon meilleur ami quand il est à proximité, je crois que je suis pas le seul. Bref, du coup, j'espère qu'on me demandera pas de poser avec lui. Enfin bien sûr, je le ferais, mais ça m'éclatera pas, quoi.
- Ohayoooo ! lancé-je en entrant dans la loge.
- Massuuuuu ! Ohayoooo ! s'exclame tesshi en se ruant vers moi comme tous les jours.
Je le reçois contre moi et lui ébouriffe les cheveux. Ca, c'est un rituel qui changera jamais. Et puis j'ai l'impression qu'on peut se lâcher sans honte maintenant. Je me sens comme libéré en fait.
- Salut Massu ! répond joyeusement Koyama.
- Salut Massu, fait Kato en écho.
Mon diminutif a été adopté à l'unanimité, comme le surnom de Tesshi et celui de Yamapi.
- Salut Keii-chan, salut Shige.
Ah oui, en fait on a tous des diminutifs. On a décidé que c'était plus sympa. Au moins ça fait groupe soudé. Enfin… personne a osé en donner un à Nishikido par peur de sa réaction, Uchi a déjà un nom très court et Izumi, finalement, tout le monde l'appelle par son prénom.
On commence à discuter gaiement comme on en a pris l'habitude, quand Yamapi entre.
- Ah bah tout le monde est là à l'heure, ça fait plaisir, dit-il.
Il sourit pas (ça lui arrive presque jamais, je sais pas pourquoi), mais il y a beaucoup de chaleur dans sa voix.
- Le photographe nous attend, les gars.
Pour une fois, la séance se passe dans les locaux de l'agence et pas à l'extérieur. C'est reposant de pas monter dans le van pour une fois. On descend au rez-de-chaussée et on rentre dans ce qui est d'habitude une salle de conférence je crois. Un décor a été installé (une chambre) et le photographe nous accueille.
- Ohayo gozaimasu. Ishikawa desu, dit-il en souriant.
On s'incline tous et il nous désigne une pile de vêtements.- Le thème c'est « soirée pyjama entre copains », donc mettez ça onegaishimasu.
Qu'est ce que je disais en parlant de thèmes bizarres… On se demande d'om il a sorti celui-là. Enfin je suppose que ça aurait pu être pire. Un par un, on déplie celui qui nous est attribué et en défaisant le mien, je pâlis.
- Non… murmuré-je en voyant mon cauchemar devenir réalité.
- Massu ? Qu'est ce que t'as ? me demande Tesshi.
Comme je réponds pas, les yeux fixés avec horreur sur le seul bas de pyjama que je tiens toujours, il panique.
- Pi-chan ! Massu est tout pâle et il a pas l'air d'aller bien !
Il en faut pas plus pour que Yamapi, Koyama et Kusano se précipitent vers moi.
- Qu'est ce qui t'arrive ? demande gentiment notre leader.
- Raconte-nous, on est tes amis, ajoute de même Keii-chan.
Mais comment leur raconter ce que même mon meilleur ami ne sait pas ? Je secoue simplement la tête et murmure :
- Je… peux pas… je peux pas…
- Qu'est ce que tu peux pas ? insiste patiemment Yamapi.
- Il… n'y a que le bas…
- Et ? fait Tesshi du ton de celui qui comprend rien.
Evidemment. Comment pourrait-il ? Je garde tout ça enfoui en moi depuis tellement longtemps…
- Attend, on comprend rien, fait Kusano.
- Ishikawa-san, excusez-nous, on a un problème. On arrive, fait notre leader à l'intention du photographe qui nous attend.
Tous quatre m'entraînent ensuite dans un coin de la pièce et me font asseoir.
- D'abord, calmes-toi, conseille Koyama, accroupi devant moi.
- On t'aidera si on peut, mais il faut que tu nous explique le problème, ajoute Yamashita, dans la même position juste à côté.
- Vous pouvez rien…
- Dis pas ça, fait Tesshi.
- Je peux pas… montrer mon corps. Je veux pas…
- He ? Mais pourquoi ? font-il en chœur.
- Je le déteste. Je peux pas.
Ils se regardent tous. Apparemment aucun comprend. Pas étonnant, ils ont aucun complexe eux.
- Bon, on va trouver une solution au moins pour le shoot et on reparlera de ça plus tard, décrète Yamapi en réfléchissant.
- Je vais demander le haut du pyjama, déclare Koyama en s'éloignant.
Il revient cinq minutes plus tard, avec les hauts de tout le monde et je le regarde sans comprendre.
- J'ai pensé que tu serais peut-être mal à l'aise d'être le seul habillé différemment pendant la séance, m'explique l'aîné du groupe. Alors voilà, on sera tous pareil.
Une crème, je l'avais dis.
- Merci, Keii-chan, dis-je en le regardant avec reconnaissance.
- Voilà, tout est arrangé, déclare Yamapi dans l'un de ses rares sourires, en me tapotant l'épaule. Ca va aller ?
- Hai.
Du coup, on va tous se changer, puis notre leader va expliquer la situation au photographe, tandis que Tesshi me fixe, à la fois inquiet et vexé je crois. Il doit penser qu'en tant que meilleur ami, j'aurais du lui parler de mon problème. Sûrement même, mais j'ai honte. En plus, maintenant, tout le groupe va être au courant. J'ai juste envie que la terre s'ouvre sous mes pieds et m'engloutisse.
La séance est moins pire que je pensais, grâce à la bonne idée de Keii-chan et mon sourire est plus facile. Je suis pris seul, puis avec Tesshi et Yamapi, mais pas avec Koyama, Shige et les autres, je sais pas pourquoi. Il trouve peut-être que nos visages sont pas compatibles, j'en sais rien. Soudain, les assistants nous apportent des oreillers en nous demandant une bataille et j'explose de rire en imaginant l'ogre Nishikido dans une bataille de polochons. Bien sûr, personne ne comprend pourquoi je me marre comme ça, même pas mon meilleur ami, qi se met pourtant à rire aussi et bientôt, tout le monde est mort de rire. Le photographe en profite d'ailleurs pour nous mitrailler, avant le début de la bataille proprement dite. Sans réfléchir, j'attaque mon voisin (c'est-à-dire Tesshi), qui se baisse en laissant mon « arme » atteindre Yamashita juste derrière. En représailles, notre leader tente de me frapper, mais je me décale et l'oreiller touche Nishikido, qu'Uchi vient aider et, à partir de ce moment, la baston devient générale. Des plumes volent dans tous les sens, des rires et des appels au secours fusent… on a tout oublié à part de s'amuser. Au bout d'un bon quart d'heure, mon ami s'écroule, donnant ainsi le signal de la fin de la bataille et on s'étale tous par terre, en étoiles de mer, pour reprendre notre souffle. Certains sont même écroulés sur les autres : Shige a la tête sur les jambes de Koyama, Uchi sur l'épaule de Nishikido, et Tesshi a posé la tête sur mon ventre. Je souris. C'est sympa d'avoir une bande de copains avec qui jouer et se défouler. Je me souviens même pas de la dernière fois où j'ai joué comme un garçon de mon âge (avec tout ce qui arrive, j'oublie toujours que j'ai que treize ans).
- Je vais retourner à Osaka quelques temps, fait soudain la voix de Nishikido.
De surprise, on se redresse tous et on le fixe.
- Pourquoi ? demande Yamapi. Il se passe quelque chose dans ta famille ?
- Non.
Pas plus d'explications. Cool. Envoie-le bouler, Yamashita.
- Et si on a besoin de toi ? demande Kusano.
- Alors je reviendrais.
Yamapi hoche la tête, acceptant ainsi la décision de notre collègue et je le dévisage, ahuri. Comment ça il est d'accord ? Mais pourquoi ? Ca a pas de sens. J'ai beau réfléchir, je pige pas. Et puis pourquoi il sort ça maintenant, alors qu'il y a aucun rapport ? Je sais bien qu'il est zarb, lunatique et tout ce qu'on veut mais là quand même… Et j'ai l'impression d'être le seul à trouver ça anormal.
On se relève et notre leader qui semble avoir pété un plomb se tourne vers Ishikawa-san.
- Vous avez ce que vous vouliez ?
- Et même davantage. Otsukaresama deshita.
- Otsukaresama, répond Yamashita, avant de se tourner à nouveau vers nous.
- Anooo… pourquoi il a le droit de s'en aller comme ça ? demandé-je alors qu'on retourne vers les vestiaires.
- C'est pas tes oignons, Masuda, répond le concerné.
J'aurais du m'attendre à cette réponse… et elle me satisfait pas. Je veux dire, j'ai l'impression que notre leader nous cache des trucs et j'aime pas trop ça. Enfin je peux rien exiger de toute façon.
Une fois dans les vestiaires, alors qu'on se change pour partir, Yamapi nous explique que le lendemain sera occupé par une répétition avec Arashi, car un live est prévu le surlendemain. J'ai du mal à cacher ma joie, car c'est la première fois qu'on va travailler avec eux depuis qu'on est devenus leurs backdansers.
Juin 2000
J'ai plus le temps de rien. En neuf mois, il s'est passé tellement de trucs, que j'ai encore du mal à réaliser. Pour commencer, les débuts officiels d'Arashi ont fait exploser leur cote de popularité. La première fois que je suis sorti avec Masa-chan dans les temps qui ont suivi, j'avais pas idée à quel point il était devenu connu… et lui non plus. J'avais eu mon argent de poche la veille, donc je l'avais appelé pour qu'on se voit et on avait décidé de faire les magasins. On venait de rentrer innocemment dans une boutique Uniqlo, quand une horde (oui, à partir de douze, moi j'appelle ça une horde) de filles s'est précipité vers nous dans un concert de cris assourdissants. Sur le coup, on a compris ni l'un ni l'autre ce qui se passait et puis il a réalisé que c'était lui qui était l'origine involontaire de l'émeute. Inutile de dire qu'on s'est pas éternisés , surtout que dans le tas, certaines m'avaient reconnu aussi. Il a attrapé ma main et on a filé à toute vitesse vers les toilettes, seul endroit « sécurisé » vu qu'elles pouvaient pas nous y suivre. Une fois là, on s'est regardés, haletants et on a compris tous les deux que désormais, espérer avoir une vie privée et en profiter tranquillement n'était plus qu'un souvenir. Après, il a fallu qu'on quitte le centre commercial sans (trop) se faire remarquer, ce qui a pas été une mince affaire (on a appris le sens de l'expression « raser les murs ») et du coup, on est venus à la conclusion que si on voulait pouvoir continuer à sortir, il faudrait qu'on se cache ou au moins qu'on se déguise.
Une autre fois, il a été reconnu malgré nos précautions et en descendant trop vite l'escalier pour sortir, j'ai loupé les dernières marches. J'ai poussé un hurlement de douleur suraigu (je savais même pas que je pouvais atteindre ce genre de notes, dommage que Sakamoto-san ait pas entendu, ça lui aurait cloué le bec) en atterrissant par terre. Mal sûrement, parce que dès que je bougeais d'un demi millimètre, la douleur était intolérable. Très pâle, Masa-chan a appelé une ambulance et m'a accompagné à l'hôpital où on m'a fait une radio. Le résultat a été sans appel : je m'étais luxé la rotule (en gros, mon os était passé de l'autre côté d'un autre). Je passe sur la douleur quand ils me l'ont remis en place à l'arrache sans prévenir. J'en ai eu pour un mois de plâtre et un mois de rééducation. Masa-chan a passé tout ce temps à s'excuser et s'accuser de mon accident. Le mal que j'ai eu à le convaincre que c'était pas sa faute… Il est têtu.
Ah ouais, j'ai bien sûr du expliquer mon complexe à tout le groupe (sauf Nishikido qui était pas là à ce moment-là. Ouf)… mais en fait, je crois qu'aucun a vraiment compris. Enfin au moins, maintenant, ils m'évitent les shoots où on est sensés être à moitié nus.
A force de travailler avec lui, je suis devenu vraiment ami avec Kusano et je crois que ça rend Tesshi un peu jaloux. Si je m'avise de lui dire que je vais faire un truc avec Hiro, il me fait la gueule pendant deux jours ensuite. C'est comme ça que je me suis rendu compte qu'il est un peu capricieux quand même. Parce que moi je lui dis rien quand il passe du temps avec Fujigaya-kun, même si c'est pas les mêmes relations. Oui, ils sont toujours ensemble, mais je sais pas si ça veut dire qu'il m'a oublié « amoureusement » parlant. On évite d'aborder le sujet. En fait, on évite d'aborder tout sujet « amoureux » pour éviter que ça reparte en vrille entre nous.
Le travail avec Arashi, c'est vraiment sympa, même sans tenir compte du fait que mon Masa-chan en fait partie. D'ailleurs, en parlant de ça, j'étais halluciné quand il m'a raconté comment ils avaient choisi leur leader. Ils étaient à une émission, je sais plus laquelle et d'un coup, le présentateur leur a demandé qui ils verraient bien en leader. Certains ont désigné Sakurai-sempai et les autres Ohno-sempai (parce que c'est l'aîné je crois). Apparemment, Ohno-sempai a commencé à dire que c'était impossible pour lui car trop dangereux (?), mais le présentateur leur a proposé de jouer le poste au janken (c'est ça qui m'a fait le plus halluciner en fait C'est trop nawak). Apparemment, ils ont fait deux parties et Ohno-sempai a gagné. Sauf que Masa-chan m'a raconté qu'il était tellement à l'ouest, qu'il a commencé à se réjouir à voix haute d'avoir échapper au truc… jusqu'à ce que Sakurai-sempai lui fasse comprendre que puisqu'il avait g agné, il venait de devenir leur leader. Totalement mort de rire, Masa-chan m'a dit que l'unique réaction de leur aîné avait été un blanc, suivi d'un « Heeeeeeeeeeeee ? » stupéfait. Désigner son leader au janken… Ils étaient fous ces Arashi. Il est toujours à l'ouest, Ohno-sempai. Des fois, je me dis même qu'il prend vie qu'avec un micro dans les mains. Et il y a que lui qui soit comme ça dans l'agence, c'est ouf. Dans le rôle, j'aurais plutôt vu… je sais pas moi… « Dômyoji » par exemple. Lui il a la tête sur les épaules. J'espère quand même que Ohno-sempai va s'en sortir.
