~ TRY AGAIN ~

Voici ma première fanfiction ! (enfin sur ce site)

Alors, évidemment, elle n'est pas des plus parfaites, étant donné que je ne suis pas habituée à ce genre d'écriture. Mais j'ai voulu tenté l'expérience avec le couple Destiel qui m'a vraiment tapé dans l'œil.

Je dois vous prévenir que le style sera particulier. On retrouvera Destiel, Sam et quelques autres protagonistes dans l'univers Supernatural mais l'intrigue ne se rattache pas particulièrement aux dernières saisons. Elle est plutôt intemporelle et quelques faits ont été déformés ou inventés.

Il y aura sûrement du Lemon mais cela restera très fluffy. Il faudra prévoir des moments un peu difficile, étant donné que c'est aussi une histoire de Comfort où Dean s'en prend beaucoup en pleine poire. Donc accrochez-vous ;)


Pairing : Destiel (donc Dean/Castiel dans Supernatural)

Type : IC et OC (May) - Hurt/Comfort (mais Happy ending ne vous inquiétez pas)

Rating : M (même si de nombreux chapitres ne dépasseront pas le T)

Disclaimer : Rien ne m'appartient. Seulement l'intrigue et mes mots. Ah et May j'ai oublié x)

Spoil : Je ne risquerai pas de dire aucun. Il se peut que certains se baladent sans que je ne me rende compte mais parmi eux il y a des choses inventées donc bon ;)

Note : Je m'excuse d'avance pour toutes les coquilles qui peuvent se trouver dans ce récit...


"I'm back, baby !"... Désolé, c'était trop tentant ;) Bref, me revoici pour un nouveau chapitre. Cette fois-ci, ce sont de nombreux passages assez courts afin de faire avancer l'histoire sans pourtant oublier l'objectif premier : Destiel.

J'aimerai tout de suite faire un petit avertissement personnel. Si vous ne preniez pas attention précisément à ce qui était marqué entre les crochets jusqu'à présent, je vous conseille de relire en diagonale la fiction. En effet, ces marqueurs spatio-temporels sont là pour simplifier la lecture et surtout de suivre le dédale d'indices que je vous laisse chapitre après chapitre sur le nœud de l'intrigue. Par exemple, si vous avez oublié qui est May et les passages un peu énigmatiques qui la concernent, je vous conseille de filer relire le prologue. Sinon vous n'allez rien comprendre à ce chapitre qui, justement, entre dans le vif du sujet et joue avec les liens de temporalités.

En espérant que faire ce petit retour en arrière pour ceux qui ont le besoin ne soit pas trop pénible (désolé vraiment), je vous souhaite bonne lecture !

Ps :

Yakusokuyumi, merci beaucoup encore pour cette superbe review ! Je vais en devenir addicte si ça continue ! Mes études se passent plutôt bien merci même si je dois avouer que c'est très intense que je n'ai plus le temps pour grand chose, à part réviser et écrire. Merci du soutien en tout cas !

Courtney Ackles, le problème de Castiel c'est à la fois un gros bisounours qui est un peu perdu par rapport aux "règles sociales" humaines mais aussi un soldat, un guerrier et un leader. Gérer ces deux facettes est assez complexe, surtout que je souhaite vraiment coller au personnage et non seulement à une part de lui... Et évidemment, cela perturbe les deux frères qui ont perdu l'habitude de voir un Castiel plus autoritaire ! Ce qui est assez drôle à côté :)


/!\ Warnings ! Ce chapitre peut heurter les âmes sensibles puisqu'il mentionne de la torture psychologique à peu près tout le long. Rated : T/M


:: Chapitre 6 ::

~.*.~

[ Hiver 2018 – Écosse ]

« — L'Écosse ? C'est quoi cette histoire, Cas' ? »

Les yeux de May s'embrasèrent derrière ses rétines. Ses nerfs optiques furent si maltraités qu'elle fut projetée hors de sa transe. Son crayon vola dans l'air et se brisa contre un mur tandis que son corps tendu se relâchait sur le dossier de sa chaise. Elle hoquetait, à bout de souffle, ses globes oculaires revenus à la normale. Posant une main fébrile sur sa poitrine, elle pouvait sentir son cœur cogner contre sa cage thoracique.

Que s'était-il passé ? Ce n'était pas censé se dérouler ainsi. Pour la première fois de sa vie, May n'avait pas seulement entraperçu des lambeaux de visions. Non, elle avait suivi son cours, se laissant emporter par le flot. Les détails avaient été si nombreux, les sensations si riches qu'elle s'était crue dans la réalité.

Seulement, bien qu'elle n'avait pas entendu ce dont les deux hommes avaient prévu de faire en Écosse, son instinct lui hurlait qu'il s'agissait d'elle. Leur but il y avait un an de cela, s'ils existaient réellement, avait été de la trouver. Selon eux, elle détiendrait la clef pour l'énigme qu'ils s'étaient donnés à résoudre. Mais face à cette théorie farfelue, des incohérences avaient commencé à ronger sa vision. Ses yeux s'étaient mis à lui brûler, comme si une main griffue sous son crâne s'était prise de plaisir à racler ses orbites.

Comment pouvaient-ils la trouver si elle-même ne se souvenait pas d'avoir fait leur rencontre ? Et surtout, comment avait-elle pu détenir la clef à toutes ces visions depuis le début sans qu'elle ne le sache ?

Apeurée, elle déglutit. Elle rassembla ses forces afin de se lever. Ses jambes tinrent bon mais elle se sentait faible. Elle ignorait combien de temps elle avait passé assise sur ce bureau, à noter tout ce qu'elle entrevoyait. Seul les feuilles couvertes de griffonnages qui s'étalaient sur le sol en une mare sombre pouvaient lui donner un ordre d'idée.

Elle avait faim. Horriblement faim et soif. Et sommeil. Ne résistant plus, elle s'allongea avec précaution sur son lit, reportant son regard sur le plafond.

Bien que l'effroi s'était dissipé de son système nerveux, l'adrénaline continuait de battre tel un second pouls dans tout son corps. Elle ne trouverait pas le sommeil, quelque soit son niveau de fatigue.

Exténuée et stimulée à la fois, elle porta son avant-bras sur son front et réfléchit. Que pouvait-elle faire ? Aider ces trois hommes ? Après tout, leur proposer ses services pouvait être à son avantage. Il y avait trois ans, sa vie était devenue insupportable. Si cela faisaient douze longues années qu'elle avait croisé le chemin de cet être maléfique et que toute sa famille avait péri à petits feux, elle ne parvenait même plus à sortir de chez elle depuis le commencement de ses visions. Et si celles-ci s'arrêtaient en résolvant ce problème de... « cage originelle » ?

Une vague d'espoir la submergea. Pour la première fois depuis il lui semblait des années, elle sourit. Un vague sourire, tangible, proche du rictus. Mais existant.

Elle allait les aider. Il restait à savoir comment.

Mais pas tout de suite. Pas maintenant. Elle était trop fatiguée.

Elle bascula alors sur le flanc et dévisagea son réveil. Ses pensées vagabondèrent sous la lueur rouge et s'évadèrent. Peut-être qu'elle arriverait à se reposer à présent.

Peut-être qu'elle pourrait fermer les yeux quelques minutes. Peut-être...

« — Rien n'est jamais aussi simple, Cas'... »

~.*.~

[ Printemps 2017 – Sur les routes d'Écosse ]

— Pourquoi es-tu venu ? grogna Sam une énième fois alors que Dean rageait contre le moteur crachotant.

Le chasseur haïssait cette voiturette écologique. Elle avait été malheureusement la dernière en location dans le garage le plus proche de l'aéroport. Sam avait été enchanté mais l'aîné Winchester avait pâli. Plus que sa peau ne l'était déjà.

Heureusement, à cette période de l'année, le soleil n'était pas très vivifiant. Sa pâleur maladive due à l'enfermement et à la torture ne serait pas cuite sous le coup s'il sortait le bout du nez en dehors du bunker. Pourtant, Castiel, actuellement encastré sur la banquette arrière, les genoux compressés contre les sièges avant, montrait un désir presque embarrassant à prendre soin de cette peau.

Avant de grimper dans la voiturette, l'ange avait insisté pour lui appliquer de la crème solaire. Après de multiples protestations, le chasseur avait fini par céder face au regard intransigeant spécial « C'est-un-soldat-de-Dieu-qui-te-donne-un-ordre » de Castiel. Sam avait tenté de toutes ses forces de ne pas rire, se mordant la joue jusqu'à en sentir le goût du sang se répandre dans sa bouche. La tête de son frère avait été magistrale, entre la colère contenue et un soupçon de méfiance. Du grand Dean.

Malgré tout, Sam restait aux aguets. Il n'était pas stupide : ce que son frère avait traversé aurait détruit n'importe quel homme jusqu'à la moelle de l'âme. Le fait que la Grâce de l'ange du jeudi l'avait rétabli, le permettant de se tenir sur ses deux pieds avec sa posture habituelle, ne signifiait pas que son psychisme n'était plus altéré.

Il le dissimulait, tout simplement. Comme il en avait l'habitude. Sam espérait juste qu'un jour, à force de temps et de méditations, celui-ci finirait par se réparer lui-même. Non pas qu'il ne souhaitait pas l'aider dans cette démarche. Mais son frère était une forteresse blindée qui, même détruite, continuait à défendre ses positions. Le seul qui semblait capable de l'atteindre était Castiel.

Car Cas' était Cas' et Dean était Dean. Il n'y avait rien de plus simple que cela. Le jour où l'un se renfermerait entièrement à l'autre serait la chute des deux. Une chute mortelle. Et Sam craignait cela plus que n'importe qui. Dean et Castiel étaient les deux seuls êtres sur cette terre qui lui restaient. Il ne pouvait pas les perdre. Pas définitivement.

— Parce que je vais mieux, bon sang, Sam ! siffla le chasseur entre ses dents alors que la voiturette peinait à passer de la seconde à la troisième.

Le levier de vitesse grinça horriblement dans l'habitacle et Dean pesta. Du coin de l'œil, Sam remarqua à quel point ses jointures étaient blanchies autour du levier qui craquait sous les coups brusques et impatients de son frère. Non, il n'allait définitivement pas mieux.

— Arrête-toi sur le côté, s'éleva alors la voix grave de Cas' à l'arrière. Tu es trop fatigué pour conduire.

— Tu n'es pas ma mère, Cas' ! aboya le chasseur.

Puis lorsque son regard vert croisa celui bleuté dans le rétroviseur, la honte l'accabla. Mais il ne s'excusa pas. Après tout, il était censé aller mieux, non ? Le Dean d'avant ne se serait jamais excusé sur le coup. Pas ainsi. Il se contenta alors de fuir les iris océan pour reporter son attention sur la route. Il ne manquait plus qu'il confirme les dires de l'ange en ayant un accident ! Surtout que la caution sur cette voiturette valait une fortune.

— Dean, insista alors Castiel d'une intonation plus autoritaire. On roule à gauche au Royaume-Uni.

— Je le sais, Cas', grinça le chasseur en retour.

— Alors va à gauche. Je sais que la route est déserte mais ce n'est pas une raison.

Sam écarquilla les yeux alors que les dires de l'ange se faisaient un chemin dans son esprit.

— Dean ! s'écria-t-il en lui lançant un regard à la fois accusateur et paniqué.

L'interpellé grogna mais d'un coup de volant se positionna sur la voie de gauche. Son corps ne fit que se tendre d'autant plus. Il détestait cette sensation de familiarité et d'étrangeté mêlés. Il avait l'impression d'avoir plongé tête la première dans un monde miroir au sien, le déstabilisant.

— Dean, reprit Castiel d'un ton tranchant. Arrête-toi. Tu n'es pas en disposition pour conduire.

Il s'apprêtait à ouvrir la bouche pour l'envoyer balader quand une bourrasque s'engouffrant entre les vallons fit faire à la voiture un écart important. La légèreté de celle-ci fit monter l'adrénaline dans son système nerveux à toute vitesse, effrayé à la simple idée que leur poids ne soient pas suffisants pour garder les roues sur le bitume.

« Dean, Dean, Dean... Et si ton ange gardien mourrait de ta propre main ? »

Son souffle se coupa et ses mains se crispèrent au volant. Sam fronça des sourcils, alerté par son état.

— Dean ? Tu vas bien ?

Luttant pour refaire surface, le chasseur ralentit et descendit sur le bas-côté. Il s'arrêta après quelques mètres supplémentaires puis laisser sa tête retomber sur son volant.

Il tremblait. Il haïssait les spasmes qui secouaient son corps, dévoilant sa faiblesse qu'il ne faisait que démentir depuis la guérison accélérée que son ange lui avait prodiguée. Il ne voulait pas être faible. Il voulait pouvoir se tenir dignement sur ses deux jambes et regarder froidement, sans état d'âmes, yeux dans les yeux, le salaud qui l'avait enfermé dans cette foutue cage.

Mais s'il s'effondrait à la simple réminiscence de sa voix, comment pourrait-il lui faire face ? Serait-il toujours incapable de se relever ? La colère qui l'envahissait menaçait de le faire suffoquer. Il n'avait aucun moyen pour l'expulser et son mental était déjà saturé. Il fallait qu'il trouve une solution.

— Dean, calme-toi.

Il se rendit alors compte qu'il n'avait pas entendu Castiel sortir de la voiturette ni ouvrir la porte du conducteur, ses mains agrippant ses épaules.

— Dean, respire.

Alors, sans repère, le chasseur s'accrocha à lui, se guidant au son de sa voix tout près de son oreille. La pression familière de ses doigts, glissant de ses épaules pour entourer son torse et le soulever du siège, le fit hoqueter. Il sentit confusément que l'ange le serrait contre lui, l'extirpant de la voiture et l'allongeant au sol. Ses spasmes lui faisaient replier ses jambes vers son torse, par protection, mais les mains de Castiel appuyèrent avec force sur ses genoux, l'obligeant à se détendre. Sa tête roulant et vibrant sur la terre rocailleuse, les pierres entaillant son cuir chevelu, le chasseur se mit à gémir, sans toutefois lâcher l'imperméable de son protecteur.

— Tu dois respirer, Dean, insista la voix de l'ange au loin, avec gravité et urgence.

Il essaya de s'accrocher à ses mots, tenta de reprendre un tant soit peu de contrôle. Mais il n'y parvenait pas. Bien que son esprit soit vide, son corps s'emballait de lui-même, expulsant comme il le pouvait toute la tension qui s'était accumulé en lui.

— Sam ! Aide-moi ! Viens lui tenir la tête, il ne faut pas qu'il se fasse mal plus que nécessaire.

Il sentit des paumes calleuses et familières se glisser sous sa nuque, englobant son crâne dans une prise ferme. Son frère, son frère était là. Sam l'empêcherait de faire du mal à son ange. Il le savait pertinemment. Sam avait toujours été là pour le ramener dans le droit chemin. Au risque de sa propre vie. Au risque de se perdre lui-aussi dans la démence.

Il était entouré. Il avait sa bouffée d'air qui lui murmurait de respirer, de se détendre, que tout irait bien. Il avait sa prise fraternel, affectueuse et sécuritaire qui l'avait toujours accompagné face à chaque épreuve. Il était là, avec eux le tenant, lui assurant que tout irait bien. Lui affirmant que tout irait bien car ils étaient ensembles.

Alors il lâcha prise. Il se mit à pleurer. D'abord discrètement, honteux. Puis sous les caresses rassurantes de son ange sur le fil de sa mâchoire, il sentit la faille se lézarder le long du barrage qu'il avait construit.

Le mur explosa. Les sanglots se frayèrent un chemin, secouant sa cage thoracique, supplantant les spasmes. Il pleura, tant et si bien qu'il ferma les yeux, se laissant aller à l'obscurité derrière ses paupières.

— Tout va bien, Dean. Tout va bien.

~.*.~

[ Hiver 2017 – New-Jersey ]

Le bar ne lui plaisait pas. Mais il ne pouvait plus faire demi-tour. Il avait soif.

D'un grognement incertain, il poussa la porte et s'engouffra dans le bar enfumé. Des lumières roses balayaient le sol dans un motif psychédélique. Il s'avança de sa démarche d'homme virile, attirant le regard de quelques serveuses sur lui. Il leur retourna un sourire avant de s'installer au bar. Le barman était fluet, un tatouage de serpent remontant de son col jusqu'à sa tempe. Ses yeux étaient étranges, trop ronds, comme deux pièces de monnaie, et ses iris d'un noir abyssal.

Il n'en prit pas compte, trop occupé à quémander un shot de vodka, son regard balayant la salle avant de tomber sur une superbe et gracile sirène. Enfin, une humaine séductrice et envoûtante. Enfin... Il le pensait. Oh et puis merde ! Il en avait marre de se prendre la tête avec tout ceci, de compter les jours restants avant que sa vie de chasseur ne s'effondre. Il allait prendre du bon temps pour une fois.

Ses hallucinations étaient en train de le tuer à petits feux. Toute cette tension sexuelle réprimée et inassouvie lui avait fait tourner la tête. Penser à Castiel pendant les rares moments où il lâchait prise malgré lui était l'un des signes les plus évidents. La situation était anormale. Il devait se défouler. Cela faisait depuis bien trop longtemps qu'il n'était pas allé chercher son quota de plaisirs charnelles. Les courbes rondes et graciles des femmes lui manquaient... En tout cas, elles devaient lui manquer pour qu'il arrive à de tels pensées de corruption avec l'ange du jeudi. Avec un putain de soldat de Dieu !

Dean sentit son sourire s'agrandir quand la jeune femme lui adressa un regard en retour. Ses mains se resserrèrent autour de son verre et l'enfila d'un coup de mâchoire. L'alcool enflamma son gosier mais la brûlure était devenue habituelle. Anecdotique.

Son regard ne pouvait se détacher de la silhouette de la sirène sur jambes. Et celle-ci le lui rendait bien en approfondissant l'échange, un sourire malicieux naissant sur ses lèvres pulpeuses. Une bouche qui se promettait moelleuse et douce, source de réconfort. Mais la jeune femme finit par briser le moment en détournant ses yeux l'espace d'une seconde afin de répondre à la question d'une de ses amies.

Grognant de frustration, Dean retourna son attention sur son verre. Il était vide à présent. Il humidifia ses lèvres, récoltant le souvenir amer de l'alcool du bout de sa langue. Il voulait plus. Il voulait oublier. Tout oublier. Jusqu'à son nom. Jusqu'à sa vie. Jusqu'à qu'il ne soit plus qu'un être sans existence, libéré de toutes contraintes, prêt à se vautrer dans la luxure et l'envie.

Alors, il leva deux doigts pour attirer l'attention du barman et réclamer la même chose. Ce soir, il ne s'imposait aucune limite. Ce lieu était la perfection même pour la débauche : pitoyable et tentateur à la fois. Identique aux bouillonnements qui vibraient contre sa peau depuis l'intérieur. Parfait pour lui.

Il porta à nouveau le verre plein à ses lèvres et le but cul sec. Les effets de l'alcool prendraient du temps à venir, il le savait. À force d'en ingurgiter, son organisme ne réagissait plus de la même manière. Mais il ne se laisserait pas décourager.

Il en commanda encore un autre, faisant soulever le sourcil du barman mais celui-ci ne commenta pas. Le verre à nouveau plein, il pencha la tête en arrière. Et encore un. Toujours un de plus. Il ne s'arrêterait pas avant de sentir cette effluve alcoolisée se mêler à son sang jusqu'à saturation.

Il ne cesserait que lorsque l'image de Castiel imprimée sur ses rétines serait noyée.

Deux doigts se baladant sur sa nuque découverte l'extirpèrent de sa songerie empoisonnée. Confus, les sourcils froncés, il releva la tête et croisa le regard de la sirène qu'il avait remarqué. Ses iris étaient perturbantes, d'un bleu si profond qu'il crut tout d'abord avoir Cas' en face de lui. Avait-il entendu ses prières muettes, refoulées, réprimées mais hurlantes ? Avait-il enfin compris qu'il avait besoin de lui plus qu'il ne le laissait paraître ? Avait-il encore fait une exception à ses propres règles – dans ce cas, s'interdire à tous efforts inutiles comme la téléportation – seulement pour lui ?

Mais non. Comprendre que tous espoirs étaient vains fut comme se laisser tomber du haut d'un gratte-ciel. Une sensation vertigineuse durant laquelle ses pensées furent sens dessus dessous. Un véritable bazar duquel émergeait une seule même émotion terrassante : la déception.

— Alors, beau gosse, que fais-tu ici dans notre petite ville perdue ? susurra la sirène en rapprochant un peu plus son visage.

Ses mèches courtes et effilées, noires comme l'ébène, effleurèrent sa joue. Elles pointaient dans tout sens, comme indomptables, encadrant son visage au teint claire et velouté, ses lèvres charnues s'étirant dans un grand sourire éclatant de blancheur. Elle était belle, d'une taille moyenne, et élancé. Elle respirait l'épanouissement et l'envie de séduire.

Dean déglutit. L'alcool n'avait pas encore une emprise suffisamment forte pour qu'il puisse se perdre dans le réconfort proposé par cette femme. Pas alors que de si proche, il pouvait distinguer chaque détail de ses iris et les comparer avec la seule nuance de bleu aussi intense qu'il connaissait. Pas alors que Castiel avait dérobé chacune de ses pensées. Pas maintenant.

Mais la femme insista. Ses doigts fins et longs glissèrent de sa nuque jusqu'à sa clavicule, agiles. Une question s'égara dans les méandres de son esprit bouleversé par l'alcool et sa propre démence : l'ange avait-il un toucher aussi doux ?

— Alors, on a perdu sa langue ?

Il voulut répondre qu'il la conservait pour elle mais les mots ne passèrent pas le barrage de ses lèvres. Quelque chose le retenait. Il jeta son dévolu sur la vodka. Il lui semblait être un coupable tout à fait acceptable.

— Ce n'est pas grave, chuchota l'inconnue se collant un peu plus à lui. Je lis dans tes yeux.

Joignant ses mots à ses gestes, elle glissa sa main plus profondément sous le t-shirt du chasseur, étendant ses doigts sur ses pectoraux comme une araignée étendant son territoire.

Il aurait dû s'alarmer. Son détecteur de « situation puante » fonctionnait à merveille habituellement. Mais là, assis sur ce tabouret dans ce bar psychédélique, déchiré entre l'image de l'être céleste et l'envie grandissante de se débarrasser de toute cette tension accumulée, il ne perçut rien.

Ou plutôt, il le perçut trop tard.

La main se referma sous l'emplacement de son cœur, les griffes se plantant dans sa chair. Une vague de chaleur naquit dans son organe vitale, se répandit en un battement de cil dans tout son corps à travers ses veines. Il vit confusément ses mains s'illuminer en face de lui, aperçut du coin de l'œil la mine effarée du barman, le chiffon figée dans le verre qu'il essuyait.

Sa peau vibra et il eut juste le temps de penser : « Les affaires reprennent enfin ! ».

Puis la lumière qui stagnait en lui explosa en dehors de son corps, pulvérisant chaque enveloppe charnelle aux alentours. Alors que la souffrance déchirait son cerveau, il perdit connaissance.

« Bienvenue, Dean... »

~.*.~

[ Printemps 2017 – Sur les routes d'Écosse ]

— Alors, il tient le coup ?

Une voix au loin.

— Je crois... Je n'en suis pas certain. Il gémit beaucoup.

Une pause.

— Est-ce normal qu'il gémisse ainsi, Sam ?

Inquiétude.

— Il doit faire un cauchemar.

Un silence.

— Ne le lâche surtout pas Cas'.

— Es-tu sûr qu'il a besoin de moi ? Il paraissait si en colère contre moi...

— Il a besoin de toi, Castiel. Ce n'est pas une supposition mais une certitude. Il s'est accroché à toi comme à une bouée. Et même là, à l'arrière malgré le manque d'espace, il continue de s'agripper.

— Alors pourquoi m'a-t-il crié dessus s'il n'était pas en colère, Sam ?

Une pause. Une réflexion profonde.

— Peut-être...

Une hésitation.

— Peut-être qu'il était vraiment en colère contre toi. Mais qu'il a aussi besoin de ta présence.

— Comment pourrait-il être les deux ? Et pourquoi il ne le dit pas clairement au lieu de s'enflammer ainsi dès que je fais une remarque censée sur son comportement dangereux ?

Un soupir.

—Rien n'est jamais aussi simple, Cas'...

Un long silence. Puis il crut sentir une peau glisser contre la sienne, au niveau de son front. Des doigts qui soulèveraient ses mèches ?

Un souffle contre sa joue.

— Je crois que je commence à comprendre pourquoi il ne s'est toujours pas coupé les cheveux...

Les doigts longèrent sa tempe jusqu'à sa mâchoire, dans une délicieuse caresse. Mais tout paraissait trop flou. Cela ne pouvait qu'être un rêve. Et qui disait rêve, disait lui. Disait souffrance et ravages. C'était trop beau, trop paisible pour que cela puisse continuer.

Il allait endurer le plus épouvantable tourment pour avoir goûter ne serait-ce qu'à ces quelques minutes de paix. Il le savait, tout au fond de lui. Il n'aurait plus jamais accès au bonheur.

Pourtant, ainsi cramponné à son ange, il espéra. Il espéra et respira une grande bouffée d'air, soulageant la pression sur ses poumons.

— C'est son aide mnémotechnique, chuchota encore la voix grave, à quelques centimètres de son oreille. Pour ne pas oublier qu'il doit détruire celui qui l'a détruit.

Un frisson le parcourut. Il sentait son corps se réveiller, captant la chaleur que le vaisseau de l'ange dégageait.

— Et ce sera aussi le mien. Pour ne pas oublier que je dois le sauver de lui-même.

Puis le silence complet. Seul un crissement familier qu'il identifia comme celui du levier de vitesse l'emplissait, tel une mélodie mécanique qui le berça. Il aurait presque pu croire qu'il était éveillé et que tout ceci était la réalité.

Mais Castiel ne pouvait comprendre les subtilités humaines. Il devait sûrement rêver. Oui, ce ne pouvait qu'être cela. Tout bonheur ne pouvait qu'être illusoire. Toute paix ne pouvait qu'être imaginée.

Toutefois, il replongea dans les profondeurs d'un autre rêve en se suspendant aux derniers mots oniriques de son protecteur.

« Pour ne pas oublier que je dois le sauver de lui-même. »

~.*.~

[ Quelques heures plus tard ]

Castiel avait le bras qui s'engourdissait depuis bientôt une heure. Pourtant, il conservait sa prise affectueuse autour de son protégé. Tous deux étaient coincés sur la banquette arrière, Dean allongé en travers et la tête enfouie dans l'abdomen de l'ange. Le chasseur dormait profondément. Bien que quelques fois son sommeil avait été ponctué de gémissements et de grognements.

Il l'observait dormir et rêver. Il l'observait et pour la millième fois, Castiel sut qu'aucun autre être humain ne pouvait être si jeune et si beau pendant son sommeil. Ses traits étaient relâchés durant les moments d'apaisement, sa lèvre inférieure légèrement affaissée par la force de son souffle, ses paupières lisses et ses sourcils soulignant ses arcades sourcilières. Et son âme qui luisait faiblement à travers tous ces pores... L'ange pouvait le discerner contrairement aux autres et il n'avait jamais vu pareil phénomène.

Il fut tiré de sa contemplation par l'arrêt complet de la voiturette. Relevant la tête, il croisa le regard de Sam dans le rétroviseur. Une expression inquiète était incrustée sur sa figure.

— On est arrivé... C'était censé être un château, Cas' ?

Intrigué par cette interrogation, l'ange regarda au-dehors.

Effectivement, une bâtisse de pierre s'élevait au milieu de douves profondes où la nature avait proliféré. Elle était haute, épaisse et grise, les murs percés de fenêtres trop grandes par rapport au style architectural d'origine. Le château avait dû être retapé par une famille assez riche, la modernisant au passage.

Mais malgré l'abondance de fleurs colorées et de buissons, la demeure diffusait une atmosphère glaciale. Presque terrifiante. Après un instant durant lequel il ferma les yeux, il comprit. Se concentrant, il perçut qu'aucun signe de vie ne pulsait à l'intérieur. Le château était désert. Pourtant, il était certain que la piste donnée par Crowley menait à ce lieu. Il n'y avait aucune raison pour qu'il y ait erreur. À l'exception de celle-ci.

— Cas' ? l'appela Sam d'un ton anxieux.

— Il n'y a personne à l'intérieur, rétorqua l'ange, trop occupé à retracer sa réflexion afin de déceler la moindre faute de raisonnement pour ménager le cadet Winchester.

— Comme ça personne ?

— C'est désert. Je pensais qu'il y aurait quelqu'un, mais non.

Un silence pendant lequel le géant porta à nouveau son regard sur le château.

— Peut-être qu'on n'a pas besoin. Peut-être qu'on trouvera nos indices à l'intérieur.

— Tu veux qu'on fouille le château ?

Sam esquissa un sourire incertain.

— Est-ce qu'on a un autre choix ?

Castiel baissa aussitôt les yeux vers son protégé. Il dormait et il aimait cette vision.

— Il va falloir le réveiller, fit-il alors à contrecœur.

— Je peux y aller tout seul aussi.

— Hors de question. Si quelque chose t'arrive, je me sentirais coupable et Dean m'arracherai les yeux. Et laisser Dean là n'est pas une solution.

Sam soupira en passant une main dans ses cheveux longs.

— Tu as sûrement raison. C'est dommage, pour une fois qu'il dormait bien.

Castiel laissa glisser ses yeux le long du visage du chasseur, imprimant chaque détail sur ses rétines. Il aimait cette image. Dieu, comme il aimait cette image !

— Ce soir je dormirais avec lui, fit l'ange. Promis, Sam.

Il ne sut juste pas trop si cette promesse était à son profit ou à celui de Dean.