Juillet 2000

C'est trop bizarre de me dire que j'ai quinze ans aujourd'hui et que donc, ça fait déjà deux ans que je suis un Johnny's. j'ai pas vu le temps passer.

Pour fêter ça, j'ai invité tout le groupe et on s'est tous entassés dans ma chambre (oui « entassés » parce qu'elle est pas prévue pour accueillir dix personnes à la base), on mange n'importe quoi à s'en faire exploser le ventre (si Fujioka-san était là, il serait horrifié même si on brûle tout vu qu'on est tous en pleine croissance) et on s'amuse. Ca fait plaisir de se voir en dehors de l'agence et je suis content parce que tout le monde est venu, même Nishikido, alors que je suis sûr qu'il m'aime pas.

On finit par échouer dans le salon, devant un film d'horreur. Le genre de film de série moins Z, tellement nul que tu te demande même pourquoi tu regarde, mais devant lequel tu bloque. Le style qui fait même pas peur parce que 1) la nuit tombe brusquement, sans raison et à n'importe quelle heure 2) y'a déjà eu un carnage à l'endroit où vont les héros et qu'on a envie de leur dire « mais vous êtes cons ou quoi ? vous allez y passer aussi, bande de débiles, cassez-vous » mais bien sûr ils le font pas 3) on sait d'avance que le coupable c'est un des héros, puisqu'il y a qu'eux dans le truc et 4) la fin est tellement prévisible que limite on pourrait arrêter le DVD un quart d'heure avant la fin. Mais bon, du coup, ça devient marrant, alors on regarde. Rien que le titre déjà…

- Qui a eu l'idée de mettre « le retour du tueur psychopathe 4 » ? demandé-je alors que tout le monde prend place comme il peut.

- C'est Tegoshi, firent-ils en chœur.

Ahuri, je regarde le concerné.

- Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de mon meilleur ami ?

- Bah quoi ?

- Mais Tesshi, t'es déjà pas rassuré devant « Casper », alors un film d'horreur, tu crois pas que c'est un peu…

- Mou…

- Laisse-le tranquille, Masuda, s'il a envie de se faire dessus, intervient Nishikido.

- Je me ferais pas dessus, j'ai pas quatre ans ! proteste mon ami, indigné.

- Presque.

- Nan !

- Ca suffit tous les deux, intervient Yamapi. Si ça continue, j'en prends un pour taper sur l'autre.

Ca a le mérite de calmer les deux, qui décident de s'ignorer royalement et de reporter leur attention sur le film que Hiro vient de lancer.

Bon, ben je tombe pas de mon coussin quand, après un quart d'heure, y'a déjà deux morts. Violentes en plus. Mais tellement mal faites, surjouées et prévisible, qu'on rigole tous. Enfin sauf Tesshi, qui s'est réfugié dans mes bras et regarde parfois l'écran à travers ses doigts écartés, en poussant de petits gémissements plaintifs et en sursautant sans arrêt.

- Oh, Tegoshi, ça suffit ton cinéma là ! finit par exploser Nishikido. Si t'es trop bébé pour regarder un truc aussi pourri, retourne jouer avec tes petites voitures et fais pas chier !

- Ryo, du calme.

- Nan mais il soule là, sérieux !

- C'est pas en lui criant dessus que ça va aider, tente encore Yamashita.

Effrayé autant par la colère de Nishikido que par le film, mon meilleur ami enfouit encore plus son visage contre moi.

- Massuuuuu… fait sa voix étouffée par mon sweat.

- Il a pas tout à fait tort, tu sais, lui dis-je doucement en lui caressant les cheveux. Je pige pas pourquoi t'as proposé ce film en sachant que t'aurais la trouille.

- Parce que toi, t'aime, répond-il sans relever la tête.

Touché, je sais pas quoi dire sur le coup.

- C'est adorable, mais le but de la journée, c'est qu'on s'amuse. Si t'as peur, tu t'amuse pas et si tu t'amuse pas, moi non plus.

Je supporte pas de le voir dans cet état, surtout quand c'est pour moi qu'il se force comme ça.

- Ne, minna, ça vous va si on regarde un truc marrant plutôt ?

- C'est ton annif, Massu, alors on fait ce que tu veux, répond Hiro, approuvé par les autres.

Enfin sauf un. Nishikido qui continue à râler.

- Et voilà, monsieur joue les martyrs et tout le monde cède ! Sérieux, vous êtes naïfs quand même ! Il joue la comédie !

- Nyon, c'est pas vrai !

- Et en plus, tu parle comme un môme. Tu crois peut-être que c'est mignon mais c'est surtout ridicule et agaçant. T'as quatorze ans ou presque, Tegoshi, alors arrête de jouer au gamin.

- T'es méchant, renifle mon meilleur ami, les larmes aux yeux.

- Hé, stop les deux, finit par s'interposer Hiro. Vous êtes en train de gâcher la fête d'anniversaire de Massu.

Pris par leur dispute, ils se sont même pas rendu compte que je me suis levé et éloigné. Même mon meilleur ami a rien vu et ça me rend un peu triste. Finalement, Tesshi sautille vers moi et agrippe mon bras.

- Pardon, Massu… fait-il d'une petite voix.

Je suis trop faible, je sais, mais comment en vouloir à cette bouille d'ange qui me regarde avec des yeux larmoyants ?

- C'est bon, marmonné-je.

Le reste de l'aprèm se passe sans autre incident, Nishikido et Tesshi s'ignorant de nouveau. Vers dix-huit heures, après le gâteau et les cadeaux (ils m'ont gâté !), ils partent tous et je les remercie chaleureusement d'être venus. A part l'engueulade, tout s'est super bien passé et je suis très content de cette première partie d'anniversaire. Première partie, parce que la deuxième commencera quand Masa-chan arrivera pour la soirée et la nuit. Je suis impatient, alors pour m'occuper, je range tout le bordel qu'on a mis (normal à dix) et puis je vais me faire tout beau. Je sais pas combien de temps j'ai passé sous la douche, mais du coup, je dois speeder pour m'habiller bien et je me casse la figure par terre en sautillant pour rentrer plus vite dans mon pantalon rouge. Je suis à peine prêt, que la sonnette retentit.

- J'y vaiiiiiiis ! m'exclamé-je pour éviter que ma mère se déplace et avoir la primeur de lui ouvrir moi-même.

- Kombawa, Taka-chan, me dit mon petit ami avec un sourire à tomber. Otanjobi omedeto.

Je lutte très fort pour pas l'embrasser, mais ma mère est pas loin, alors je dois me retenir. Je me suis toujours pas résolu à lui dire alors que ça fait presque deux ans. Elle croit toujours que Masa-chan est un très bon ami.

D'ailleurs, elle sort de la cuisine.

- Kombawa, Masaki-kun, le salue-t-elle en souriant.

- Kombawa, Masuda-san, répondit-il poliment.

- C'est gentil d'être venu. Ca fait très plaisir à Taka-chan.

- 'Kaa-chan… il le sait très bien… marmonné-je.

- Pardon, trésor. Bon, je vous laisse. J'ai des courses à faire. Soyez sages.

Elle m'ébouriffe les cheveux (alors que j'avais plus ou moins réussi à en faire quelque chose d'acceptable… la Terre entière m'en veut), puis met ses chaussures et sort après avoir pris son sac.

J'attends quelques minutes pour être bien certain qu'elle est partie, puis me jette dans ses bras, pour l'embrasser de tout mon cœur. Il me rend mon baiser et me sourit.

- Ta mère a dit qu'il fallait être sage, me rappelle-t-il malicieusement.

- Je suis sage, mais j'avais besoin de bisous.

Il éclate de rire et passe sa main dans mes cheveux. C'est bien le seul, avec ma mère, que j'autorise à faire ça. Je prends sa main et le dirige vers le canapé, dans lequel je le pousse presque avant de me blottir contre lui. Pour un peu, je ronronnerais tellement je suis bien comme ça.

- Visiblement, tu étais aussi en manque de câlins, sourit-il en refermant les bras sur moi

Ses lèvres se posent tendrement dans mes cheveux, sur ma tempe, ma pommette, ma joue, le coin de ma bouche, tandis que sa main caresse tendrement mon bras. Je suis trooop bien comme ça, je veux plus jamais bouger. Au bout d'un moment, je pose carrément la tête sur ses genoux et le regarde en contre-plongée. Il est trop beau, je sais pas si je l'ai déjà dis. Ca fait groupie de le dire, mais tant pis. Je sais pas pourquoi les fans sont à fond sur Sakurai-sempai ou « Dômyoji »… Pour moi, ils arrivent même pas au ras de la chaussette de Masa-chan. Je reste comme ça un moment, puis, le cœur battant comme un dingue, je me décide à lui poser la question qui me trotte dans la tête.

- Ne… tu dors avec moi cette nuit ? murmuré-je.

Il me regarde, manifestement stupéfait. En général, quand il reste pour la nuit, il prend toujours le futon de la chambre d'ami.

- Qu'est ce que… tu entends exactement par là, Taka ?

- Ben… dormir. Avec moi.

- Juste dormir, ne ?

- Ben oui.

Il a l'air soulagé. Je me demande ce qu'il a cru.

- On peut essayer, mais si ça va pas, je dormirais par terre dans le futon.

- Ben pourquoi ça irait pas ?

- Parce que… non rien, oublie. C'est rien, sourit-il.

- Me dis pas ça comme si je pouvais pas comprendre. Explique-moi.

- Parce que je pourrais peut-être pas empêcher certaines réactions… physiques.

- He ?

Qu'est ce qu'il veut dire par là ? Allez cerveau, réfléchis ! Oh ! Je viens seulement de comprendre et bien sûr, je vire instantanément au cramoisi.

- Voilà, tu as compris. Alors tu veux quand même essayer ?

- Oui.

- Wakatta… fait-il en me calant de nouveau contre lui.

Le silence retombe entre nous et du coup, moi qui avais encore jamais vraiment pensé à ça, j'ai des idées pas très nettes qui me traversent l'esprit. Je commence à me demander ce que ça me ferait s'il posait ses mains à certains endroits de moi… et puis je réalise que pour ça, il faudrait que je sois pas très habillé, voir nu devant lui. Impossible. Totalement impossible. Je pourrais jamais, je suis trop moche. Pour tenter de penser à autre chose, je lui propose de boire un truc et m'esquive vite fait à la cuisine. J'ouvre le frigo, choppe deux canettes de soda et en passe une sur mon front pour essayer de faire baisser ma température. J'ai trop chaud. Pourquoi j'ai si chaud d'un coup ? C'est pas normal. Allez, Taka, on se calme. J'inspire à fond, puis le rejoint.

- Ma mère a prévu du curry, dis-je en lui tendant l'une d'elles.

Je me rassois et me mordille la lèvre inférieure. Pourquoi je suis si gêné ? C'est juste mon Masa-chan.

- Ne, Taka-chan… on en a jamais parlé mais… tu sais comment « ça » se passe ?

- He ? De quoi ?

- Quand… heu… tu sais…

Je m'étrangle avec une gorgée de soda en comprenant de quoi il parle. Mais pourquoi il me demande ça d'un coup ? C'est quoi le rapport avec la discussion d'avant ? Masa-chan…

- Anooo… plus ou moins… murmuré-je, cramoisi, sans oser le regarder.

- Plutôt plus ou plutôt moins ?

- Masa-chan, onegai… arrête c'est trop gênant…

- Gomen ne…

Fe nouveau un silence. Long. Et qui s'éternise. On doit trouver un truc à dire ou à faire, sinon on va avoir plombé l'ambiance. Pour rien.

- Anooo… on mange devant la télé ? suggéré-je.

- Si tu veux.

- Alors je vais préparer les assiettes.

Je retourne à la cuisine, sors le plat du frigo et en remplis deux assiettes avec chacune une portion de riz. Je les pose sur un plateau histoire de pas me brûler les doigts et ramène le tout.

- J'espère que t'aime quand c'est épicé, parce que ma mère a l'habitude de le charger.

- Ca ne me dérange pas.

Purée… L'ambiance est aussi tendue que si on avait prévu de « le » faire ce soir… Pour finir, je me met à chercher un DVD qui nous occupera, puis le lance et reviens me blottir contre lui. Ce geste semble avoir un genre de pouvoir magique, puisque c'est naturellement qu'il passe un bras autour de moi. Encore une fois, je ronronnerais presque tellement je suis bien. Tant pis pour le curry, on lui fera un sort plus tard. A intervalles réguliers, on éclate de rire et je ne peux pas m'empêcher de quitter l'écran du regard pour l'observer lui. Il est tellement… tellement… Oh oui, tellement. Mais ça, à moins de le fréquenter d'aussi près que moi, personne peut imaginer à quel point. Même pas les autres Arashi avec qui il passe pourtant la majeure partie de son temps.

A la fin du film, je m'arrache à regret à ses bras pour aller faire réchauffer nos assiettes, puis on entame finalement le repas. Et là… Ah la vache ! J'en ai les yeux qui pleurent tellement c'est épicé. On dirait que ma mère a vidé le pot de wasabi dans la sauce. Je tousse à m'en déchirer la gorge et vois Masa-chan aller à la cuisine. Il en revient avec un verre de lait qu'il me tend et je le vide d'un trait. Le feu apaisé, je le fixe, halluciné : il a déjà avalé plus de la moitié de son assiette et a pas l'air plus traumatisé que s'il mangeait une salade.

- Tu… Ca te dérange pas ? fais-je, la voix encore hachée et rouge comme une tomate.

- Non, sourit-il. Je te l'ai dis, j'aime ce qui est épicé.

- bah moi aussi d'habitude, mais là c'est plus qu'épicé. Je pourrais jamais avaler ça. Je vais manger quoi ?

Je suis totalement paumé. La cuisine c'est pas mon truc. Je la mange, mais je la fais pas.

- Je peux te préparer un truc si tu veux.

Mon sauveur !

- Mais non, Masa-chan, t'es l'invité, protesté-je pour la forme.

- Petit baka, sourit-il en m'ébouriffant les cheveux.

- Mou, chuis pas petit ni baka, boudé-je pour de faux dans une moue à la Tesshi, mais les yeux pétillants.

Il rigole, se lève, va à la cuisine et commence à farfouiller dans les placards, avant de mettre de l'eau à chauffer dans une casserole.

- Tu vas faire quoi ? demanda-je, curieux.

- Tu verras, répond-il, énigmatique.

Un quart d'heure plus tard, je suis attablé devant une assiette de nouilles aux petites sardines (je savais même pas qu'on avait ça dans nos réserves). Tout content de manger un truc préparé par mon chéri, je lance un joyeux « itadakimasu ! », puis porte une portion à ma bouche. C'est… super fade. En dehors du salé du poisson, ça a absolument aucun goût. Je pourrais aussi bien manger le poisson tout seul, ce serait pareil. Du coup je peux même pas dire si c'est bon ou mauvais, mais bien sûr, je vais pas lui dire un truc pareil alors qu'il a adorablement pris la peine de le faire pour moi. J'avale donc ma bouchée et lui souris.

- C'est bon ? demande-t-il.

- Très. Merci, Masa-chan.

Je devrais probablement pas lui mentir, mais j'ai pas le courage de le décevoir, il a l'air si content… Dix minutes de bouchées sans goût plus tard, j'ai terminé l'assiette. Bon, au moins j'ai quelque chose dans l'estomac, c'est déjà ça. Au moment où je ressors de la cuisine où j'ai mis nos assiettes au sale, ma mère rentre.

- Gomen, les garçons, j'ai été plus longue que prévu. Vous avez mangé ? demande-t-elle.

- Oui oui.

- Votre curry était délicieux, Masuda-san, fait poliment mon parfait petit ami.

Un sourire ravi apparait sur le visage de ma mère et des couleurs sur ses joues. Elle aime beaucoup Masa-chan, je le sais depuis longtemps. En tant que mon ami du moins. Je sais pas si elle réagirait aussi bien en sachant la vérité à notre sujet. Elle file ensuite dans sa chambre en nous laissant seuls et je soupire intérieurement de soulagement : j'ai si peur qu'elle découvre ce que je suis, que j'arrive pas à me détendre quand Masa-chan et elle sont dans la même pièce, surtout que mon chéri est un peu gaffeur et tête en l'air sur les bords. Ca fait partie de son charme et c'est adorable, mais je crains toujours qu'il fasse une bourde et en plus j'ai toujours l'impression d'être suspect, même si je fais que parler avec lui.

Finalement, on regarde un autre film en nous câlinant sur le canapé, puis je bâille et Masa-chan propose qu'on aille dormir. Je rougis un peu après ce que je lui ai proposé. Surtout que dormir ensemble, ça veut dire se retrouver tout collés et tout serrés dans mon petit lit une place. Ce qui veut dire que quoi qu'il se passe, il le sentira et moi aussi. Je le laisse se préparer dans ma chambre et vais mettre mon pyjama dans la salle de bain. Un pyjama complet : haut large à manches longues et pantalon. Je me brosse rapidement les dents et en revenant dans ma chambre, je constate que lui, par contre, n'a pas mis de haut du tout. Ca m'embarrasse, parce que ça va être beaucoup moins facile de pas penser à des trucs louches. Je déglutis et me jette presque dans mon lit. Je suis bien trop conscient du moindre de ses gestes, c'est over louche aussi. Avec sa douceur habituelle, il se glisse tout contre moi (pas le choix de toute façon vu le peu de place) et me prend dans ses bras. Du coup, j'ai la tête sur sa poitrine et j'entend son cœur.

- Masa-chan, pourquoi ton cœur bat si vite ? chuchoté-je.

- T'as vu comment on est collés ? C'est normal, répond-il de même en éteignant la lumière.

Oh oui j'ai vu. Très bien même. Et je suis sûr que j'arriverais jamais à dormir. Quel anniversaire… Je me souviendrais toute ma vie du jour de mes quinze ans.