~ TRY AGAIN ~
Voici ma première fanfiction ! (enfin sur ce site)
Alors, évidemment, elle n'est pas des plus parfaites, étant donné que je ne suis pas habituée à ce genre d'écriture. Mais j'ai voulu tenté l'expérience avec le couple Destiel qui m'a vraiment tapé dans l'œil.
Je dois vous prévenir que le style sera particulier. On retrouvera Destiel, Sam et quelques autres protagonistes dans l'univers Supernatural mais l'intrigue ne se rattache pas particulièrement aux dernières saisons. Elle est plutôt intemporelle et quelques faits ont été déformés ou inventés.
Il y aura sûrement du Lemon mais cela restera très fluffy. Il faudra prévoir des moments un peu difficile, étant donné que c'est aussi une histoire de Comfort où Dean s'en prend beaucoup en pleine poire. Donc accrochez-vous ;)
Pairing : Destiel (donc Dean/Castiel dans Supernatural)
Type : IC et OC (May) - Hurt/Comfort (mais Happy ending ne vous inquiétez pas)
Rating : M (même si de nombreux chapitres ne dépasseront pas le T)
Disclaimer : Rien ne m'appartient. Seulement l'intrigue et mes mots. Ah et May j'ai oublié x)
Spoil : Je ne risquerai pas de dire aucun. Il se peut que certains se baladent sans que je ne me rende compte mais parmi eux il y a des choses inventées donc bon ;)
Note : Je m'excuse d'avance pour toutes les coquilles qui peuvent se trouver dans ce récit...
Voilà, cela fait exactement une semaine et un jour que je vous ai laissé sur cette histoire de château en écosse (vous devez me haïr) mais me revoilà avec un bon vieux chapitre qui avance dans l'intrigue ! Youpi ! En vrai, en l'écrivant je me suis dit que le côté Destiel disparaissait un peu mais je vous promets de le ramener sur le devant des planches dès le prochain chapitre !
Pour l'instant, vous avez celui-ci qui vous attend à bras ouverts ^^
/!\ Second avertissement personnel : Je sais, j'insiste, mais faites attention au marqueur spatio-temporels qui parsèment le texte. Si la date n'est parfois pas très précise, l'emplacement peut aider. Par exemple, dans ce chapitre, un passage marqué par [Hiver 2017 - Sur le chemin de New-Jersey ] se situe avant [Hiver 2017 - New-Jersey]. Ce détail est important pour la compréhension de l'intrigue puisqu'elle se déroule sur plusieurs périodes temporelles et qu'on peut s'y mêler les pinceaux.
Bonne lecture !
Ps :
Yakusokuyumi, merci pour cette nouvelle adorable review ! C'est toujours agréable de lire les ressentis face à son chapitre. J'espère que pour l'instant cela te plaît ! En tout cas, au vue de tes questions, je pense que tu peux apprécier ce chapitre ;) Ah et merci encore pour les encouragements sur mes études :) Et oui Castiel en mode autoritaire a un charme fou **
/!\ Warnings ! Ce chapitre contient du langage grossier. Rated : T
:: Chapitre 7 ::
~.*.~
[ Hiver 2017 – Sur le chemin de New-Jersey ]
— Allez, mec, réponds.
Le bip lancinant de communication rejetée résonna contre son tympan. Dean crispa les mâchoires. Adossé contre la Impala, une main fourrée dans la poche de son jean tandis que l'autre se gelait dans l'air glacial, il pressait son téléphone contre son oreille rougie par le froid.
— Putain de merde, Cas'... jura-t-il dans un souffle presque inaudible.
Il abandonna, son pouce verrouillant son portable.
— Cas', merde !
Il grogna, frottant sa main contre son front qui le lançait. Il n'avait plus beaucoup de temps. Sam allait revenir du magasin de l'air d'autoroute.
— Cas', putain j'ai besoin de toi. Tu m'entends ? Je prie, je te prie. J'ai besoin de toi. Alors ramène tes petites fesses à mes côtés. J'ai.. Je.. Je crois que je vais vers la mauvaise voie. J'ai... J'ai besoin de tes conseils, Cas'.
Il releva doucement la tête mais seul le vide se présenta à lui.
— Castiel, je t'en prie...
~.*.~
[ Printemps 2017 - Écosse ]
Ses paupières se soulevèrent sur l'image floue de l'ange penché sur lui.
— Il est temps de se réveiller, Dean. On est arrivé.
Il cilla plusieurs fois, la bouche sèche. Ses souvenirs reprenaient doucement place sous son crâne et il fut surpris de constater qu'il était allongé sur la banquette arrière de la voiturette maudite. La tête sur les genoux de Castiel.
Ses joues s'enflammèrent. Mu d'une impulsion, il se redressa brusquement, se cognant la tête au passage contre le plafond de l'habitacle. Il laissa échapper un « Aïe » plaintif, sa main droite frottant nerveusement le haut de son crâne.
L'ange derrière lui soupira. Il n'eut pas le temps de sentir les deux doigts de celui-ci frôler sa nuque que la douleur s'évanouit.
— Tu devrais éviter de te faire mal ainsi. C'est purement inutile et stupide.
Le chasseur grogna, perturbé par la proximité de son ami. Pourtant, ils avaient été plus proches de nombreuses fois. Cela devait être l'habitacle qui pesait comme couvercle sur eux, lui donnant l'impression d'être poussé à se compresser contre l'ange. Les espaces clos et Dean faisaient définitivement deux.
— Je ne l'ai pas fait exprès, marmonna-t-il en se retournant prudemment, ses yeux verts fixés vers le sol. Bon on y va ou on poireaute ici ?
Du coin de l'œil, il vit l'ange lever un sourcil.
— Poireaute ? Il existerait une femelle du poireau chez les humains ?
Un sourire irrépressible prit naissance sur les lèvres du chasseur. Ah, Castiel et son inculture, un véritable show en lui-même.
— Poireauter veut dire attendre de manière ridicule ou pendant très longtemps. Ou les deux.
Son protecteur fronça des sourcils.
— Pourquoi voudrais-tu « poireauter », Dean ? Cela ne semble pas plaisant.
Cette fois-ci se fut un rire qui s'échappa de ses lèvres. Gardant toujours les yeux baissés toutefois, il reprit en gigotant dans le maigre espace.
— Oublie, Cas'. Où est Sam ?
— Oh, il s'occupe de rassembler le matériel dont on aura besoin pour fouiller ce château.
Joignant ses dires à ses gestes, l'ange indiqua du pouce la vitre derrière lui. Plissant des yeux et penchant légèrement la tête, Dean put distinguer ce qu'il avait toujours imaginé étant petit quand on lui parlait de chevaliers et de demoiselles en détresse. Un château. Un foutu château aux murs si épais qu'ils pouvaient sûrement contenir un homme dans sa largeur.
— C'est une blague, c'est ça ? laissa-t-il échapper en croisant le regard bleu pour la première fois depuis son réveil.
L'ange se pinça la lèvre inférieure, dans une grimace qui aurait pu être diablement sexy pour n'importe quelle femme. Ou homme. Après tout, il ne savait pas dans quel camp l'emplumé se trouvait. Sûrement aucun, connaissant sa pudeur et son inexpérience.
— Malheureusement non, fit ce dernier, extirpant Dean de ses songeries pour le moins décalées. La piste de Crowley mène bien ici.
À la mention du démon court sur pattes, l'expression du chasseur s'assombrit aussitôt. Il serra les dents et détourna le regard.
— Sortons, fit-il d'une voix légèrement vacillante sous l'afflux de la colère.
L'ange acquiesça sans chercher à savoir plus puis ouvrit la portière.
Quand Dean pointa le bout de son nez dehors, la première chose qu'il remarqua était qu'il faisait étrange beau dans cette zone précise. Dans le ciel, des gros nuages noirs d'orage s'aggloméraient mais étrangement, un vaste cercle au-dessus de la bâtisse en pierre était épargné, dévoilant un fond bleu et une lumière éblouissante.
Plissant le nez, son attention se reporta sur la flore verdoyante qui grimpait le long des pierres grises puis glissa sur le pont en métal enjambant les douves asséchées. Sam s'y tenait là, coudes contre la rambarde, observant le ciel d'un air préoccupé.
Inspirant profondément, Dean enfila son masque de grand frère agaçant et joueur. Plus que jamais il avait besoin de coller à ce mythe cousu à même sa peau. Il avait eu un moment de faiblesse, certes, mais à présent, il allait mieux. Il ne succomberait plus. C'était la dernière fois. Il se l'assurait.
Ses pas craquèrent d'une manière non rassurante sur les plaques de tôles et Sam baissa ses yeux sur lui, esquissant un sourire.
— La Belle au Bois Dormant s'est réveillée ? le railla-t-il, ses iris tirant vers le gris émeraude brillant d'une lueur particulière.
Pendant l'espace d'un instant, Dean eut la sensation d'avoir été téléporté douze ans en arrière. Son souffle se coupa dans sa poitrine et ses globes oculaires s'irritèrent. Il reprit néanmoins le contrôle d'un sourire, un peu de travers.
— Je préfère être une princesse plutôt qu'un élan au régime de lapin.
Les commissures de son frère se courbèrent un peu plus. Instinctivement. Signe d'une surprise et d'une joie mêlées.
— Depuis quand les princesses mangent des hamburgers ?
— Charlie te dirait que les princesses ne sont pas que des jolies filles dans des belles robes qui ne mangent que des petits pois mais des âmes destinées pour la majesté de ce titre, fit Castiel en les dépassant de sa démarche autoritaire, les pans de son imperméables claquant dans le vent.
Dean eut un sourire goguenard face à la mine pantoise de son cadet, songeant que c'était du typique Charlie. Cela l'étonnait d'autant plus que l'ange avait pu saisir le magma complexe et épais qu'étaient habituellement les explications de la rousse. Et qu'il avait su s'en servir pour moucher Sam.
— Bien lancé, Cas', le félicita-t-il dans un rire avant de lui emboîter le pas.
L'ange ne lui adressa aucun regard. Il était concentré sur la porte à laquelle il faisait face. Se mordant les lèvres, le soldat de Dieu pencha la tête sur le côté.
— Sam ? Dean ? s'enquit-il alors de sa voix sérieuse.
— Oui, Cas' ? s'empressa de répondre d'un air inquiet le géant.
— Expliquez-moi pourquoi... sur le front de porte d'un château de simples êtres humains se trouve de l'énochien ?
L'aîné Winchester fronça des sourcils.
— Je ne vois rien.
— C'est normal. Seuls les anges peuvent percevoir ce type d'écriture. Ce qui rend sa présence encore plus incongrue.
L'ange hésita, son regard bleu s'attarda sur le front de porte qui semblait au chasseur entièrement lisse, sans la moindre aspérité.
— Cela dit: « Que celui qui entre ici perçoit le jaune infernal dans l'écarlate des éphémères. ».
Dean grogna.
— Pourquoi, vous les anges, vous parlez constamment par énigmes ? Allez au but pour une fois, ça nous épargnera beaucoup de mal.
Castiel se tourna vers son ami et lui lança un long regard intense. Un regard que le chasseur aurait qualifié de tueur s'il ne connaissait pas mieux son protecteur.
— C'est toi qui dit ça, Dean ? Avant de critiquer, regarde un peu comment, vous les humains, faîtes quotidiennement pour exprimer vos sentiments.
Dean déglutit sous le faisceau de ses iris. Si au premier abord il conservait son air « malicieux-au-dessus-de-tout » qui était propre au personnage de Dean Winchester le chasseur de monstres, dans les profondeurs de sa conscience un véritable incendie embrasait chacune de ses pensées. Il frissonna, des lambeaux de souvenirs lui revenant en mémoire. Le corps de l'ange pressant le sien contre le carrelage froid de la douche, son souffle contre son cou, ses dents contre son oreille...
— En fin de compte, Dean, les humains ne parlent pas énigmes mais par des non-dits. Par des absences de mots. Et ils s'attendent qu'en face, les autres les comprennent. Ne t'étais-tu jamais demandé si les anges ne s'adaptaient tout simplement pas au comportement et au langage des humains ?
Le chasseur inspira profondément, tentant de chasser les idées lubriques qui s'étaient emparées de son esprit. On aurait dit une adolescente de seize ans avec un trop-plein d'hormones. Pitoyable.
D'autant plus qu'il avait cette étrange sensation que son protecteur tentait de lui faire un message. Qu'il ne parvenait pas entièrement à saisir.
— Alors dis-moi ce qui signifie cette phrase tordue, Cas'. Parce que moi, en tant qu'humain, je t'assure que ce langage me reste hermétique.
Une lueur confuse prit naissance dans les prunelles océan de l'ange.
— Je dois bien avouer que cette phrase-ci est particulièrement énigmatique.
— Est-ce qu'elle nous empêche de rentrer ? intervint brusquement Sam, ses yeux fixés sur les poignées de la porte.
Castiel secoua la tête.
— Je ne pense pas. Mais elle me dit rien qui vaille. Une phrase en énochien n'est jamais à prendre à la légère.
— Et si pour une fois on s'en foutait clairement des jacassements de ces emplumés ? s'agaça Dean, en grognant sa mauvaise humeur.
En l'occurrence, ce pont lui filait les jetons. Il avait l'impression tenace d'être observé. Pourtant il avait beau porter son regard sur les fenêtres qu'il avait dans son champ visuel, pas une seule ombre ne se dessinait derrière.
Castiel soupira puis posa sa main sur la porte. Les deux lourds battants en bois vibrèrent sous l'impulsion de grâce qui jaillit de sa paume et des cliquetis se firent entendre à répétitions. Le loquet déverrouillé, l'ange saisit l'une des poignées et poussa le battant. Il dut recourir à sa force angélique afin de le déplacer, le temps, la poussière et l'humidité l'ayant coincé dans sa position initiale. Il émit un long grincement lorsque les gonds rouillés pivotèrent, dévoilant un spectacle avalé par l'obscurité de l'autre côté.
~.*.~
[ Hiver 2017 – Dans la Cage ]
— Dean, reste près de moi.
— Dean, Dean, aide-moi !
— Je meurs, Dean...
— J'ai besoin de toi, Dean !
— Dean ?
— La ferme !
Un rire.
— Es-tu sûr de vouloir ne plus l'entendre ? Ton petit ange semble avoir désespérément besoin d'aide...
— Ce n'est pas lui. Je sais que ce n'est pas lui.
— Comme tu sais que je ne suis pas toi ? Pourtant j'ai ton visage, j'ai ta voix. J'ai tes souvenirs, j'ai tes désirs, tes rêves, tes peurs. Je suis tout ce que tu es, tout ce que tu as toujours été et tout ce que tu seras toujours. Suis-je toujours non toi ?
— Tu ne peux pas être moi. Tu n'es qu'une illusion. Une foutue hallucination qui essaie de devenir réelle à travers mon esprit ! Mais je ne me laisserais pas faire. J'ai traversé l'enfer, dans tous les sens du terme. Tu ne me fais pas peur.
Un second rire.
Il faisait si sombre à l'intérieur de sa tête. Si froid.
— Mais, Dean, cela n'a même pas commencé.
~.*.~
[ Printemps 2017 – Écosse ]
Le hall était silencieux. Et vide. Complètement désert.
Castiel se sentait coupable de fouler ce sol couvert de poussière. L'impression d'écraser une part muette du passé de ce château le tiraillait.
Des murs vibraient des murmures. Des tapisseries s'élevaient des chants susurrés. Des bibelots grisâtres alignés sur les diverses commodes encombrant l'entrée émergeaient des vagues d'énergie, vestiges d'un temps perdu.
La bâtisse n'était pas seulement des gros morceaux de roches empilés les uns sur les autres et enduits de mortier. À travers cette pierre siégeait une âme.
Cette idée était complètement folle. L'existence d'un tel phénomène était impossible. Ou bien seulement novateur ? Après tout, jamais Castiel n'avait imaginé un tel scénario. Il ne l'avait jamais donc expérimenté. Comment pouvait-il alors savoir ce qu'était possible ou non ?
— Alors, fit soudain la voix de Dean dans son dos, on fouille quoi ?
D'un coin de l'œil, l'ange remarqua que le chasseur ne s'était pas contenté d'examiner les lieux. Il s'était emparé d'une vieille montre à gousset en argent qui patientait sur le rebord d'un buffet au bois sombre et lisse. Il la tournait entre ses doigts actionnant la clef de montre à plusieurs reprises. Ses yeux verts détaillaient le mécanisme de l'ouverture de la lunette, s'accrochant sur le pourtour cuivré piqueté de nuances émeraude rouillées.
— Tiens, Cas', il y a un truc gravé ici. On dirait... de l'énochien ?
Castiel fronça des sourcils et s'avança vers Dean. Il tendit la main mais face au manque de réaction de l'aîné Winchester, l'ange se sentit obligé d'empoigner le poignet de son interlocuteur. Celui-ci sursauta vivement sous la pression inattendue des doigts angéliques contre sa peau. Il en lâcha la montre qui fut rattrapé de justesse par l'ange de sa main libre. Mais alors qu'il relevait son regard vers celui de son protégé, il distingua une émotion étrange vibrer dans ses iris. Son attention entière fut alors dérobée. Si ses doigts n'étaient pas serrés aussi fortement autour de la montre, l'ange l'aurait laissé échapper à son tour.
Que se passait-il ? Quel était ce lien ? Ce lien qui les faisait vibrer sur la même longueur d'onde ? Il ne savait même plus si le battement profond qu'il entendait se répercuter dans le vide était celui de son vaisseau ou le sien.
Sam derrière eux se racla la gorge, brisant le silence pesant qui s'était installé entre eux, un air passablement embarrassé sur ses traits.
— Hum, Dean a raison. On devrait se répartir les recherches. Moi je fais le bas et vous, vous vous répartissez les étages ?
Castiel déglutit. Il ne parvenait toutefois à lâcher le bras du chasseur. Ses doigts y étaient accrochés et ne voulaient plus répondre à la raison. Ce fut Dean qui doucement se dégagea, cillant et détournant ses iris vertes.
— Espace personnel, fit-il à mi-voix, les derniers sons s'étouffant presque dans sa gorge.
L'ange recula à contrecœur d'un pas puis porta son attention sur le majestueux escalier. Tout, sauf regarder Dean en face. Son cœur avait entamé un ballet rythmé qui faisait rougir les joues de son vaisseau sous l'afflux de sang.
Il devait à tout prix dissimuler cette réaction au chasseur. Car contrairement à lui, qui ne comprenait rien à rien, son protégé avait l'avantage d'être humain. Il avait l'expérience suffisante pour décrypter les signaux faciaux et leur associer une raison. Et sans trop savoir pourquoi, il ne souhaitait qu'une chose : que Dean ne découvre jamais ce qui se passait actuellement sous son crâne, sous sa peau et dans ses poumons. La fournaise qui s'allumait en lui à son simple contact lui paraissait honteuse. Elle démontrait ô combien sa chute avait eu des conséquences désastreuses sur sa Grâce.
Il n'était qu'un jouet de Dieu brisé, il le savait. Il le dissimulait juste. Tout comme le chasseur dissimulait la peine et la souffrance qui pulsaient, noires de toxines, dans son âme. Mais contrairement lui, Castiel n'avait rien de fabuleux. Il ne possédait pas cette beauté éblouissante que l'humain avait par la pureté de son âme, même altérée. Il n'était qu'un vulgaire séraphin déchu, dont la Grâce était tout juste équivalente à celle d'un ange de basse catégorie.
Ironiquement, Dean, l'humain qui se roulait dans les pêchés les uns après les autres, était plus brillant, plus pure, plus bon que ne l'était Castiel, un soldat de Dieu. Et cela lui allait. Il voulait juste éviter que son protégé ne le comprenne. Sans Dean, qui était-il ? Il avait tout abandonné pour lui. Il n'avait plus rien à cause de lui. Il n'avait plus rien à part lui. Alors, égoïstement, il se cachait. Il lui tournait le dos.
— Hum, hum, fit la voix de Sam, parasité par l'embarras. J'y vais, j'ai du pain sur la planche.
L'ange entendit le cadet s'éloigner, s'engouffrant dans une pièce au hasard. Mais il entendit surtout les pas de l'aîné se rapprocher de lui.
Lorsqu'il sentit le souffle du chasseur effleurer sa nuque, un long frisson le parcourut. Dieu, qu'est-ce qu'il détestait cette sensation de perte de contrôle sur son vaisseau ! Et qu'est-ce que cette perte de contrôle était délicieuse...
— Bon, tu attaques le premier ou le second étage ?
Castiel tenta un regard vers lui mais se ravisa bien vite, battant des paupières de manière exagérée, comme si ses rétines avaient été brûlées à sa vue.
— Je pense qu'il vaudrait mieux ne pas nous séparer.
Venait-il tout juste de prononcer ces mots ? Il n'y croyait pas... Si sa langue lui échappait elle-aussi, comment allait-il pouvoir continuer la mascarade ? Bon sang, Dean et Sam mentaient constamment, cela ne semblait pas si difficile ! Pourquoi, lui, n'en était-il pas capable ?
Un long silence de la part de l'aîné Winchester toutefois finit par l'intriguer et il rapporta à contrecœur ses yeux sur son visage. Ce dernier était fermé, ses traits lourds et sa bouche légèrement pincée. Castiel pouvait entendre le son de la fine membrane glissant contre les dents supérieurs. Et il sonnait harmonieusement contre ses tympans aiguisés, d'une justesse vibrant de vérité.
— Bien, fit alors Dean. Si c'est ce que tu souhaites.
Castiel fronça brièvement ses sourcils mais se reprit. Il fallait qu'ils se mettent au travail. Ils se pouvaient qu'ils y passent des heures à chercher et à mettre sans dessus dessous cette demeure. S'ils ne trouvaient rien, Crowley allait entendre de lui.
Alors, sans plus de cérémonie, l'ange agrippa le bras du chasseur. Ignorant tant bien que mal la vague de chaleur qui se répandait depuis sa poitrine, glissant vers son ventre, il se téléporta en haut de l'escalier.
Le chasseur se dégagea bien vite de l'emprise et longea le long du couloir, d'une démarche déterminé. L'ange lui emboîta le pas, examinant chacun de ses gestes. Son attitude sonnait fausse, comme si l'aîné Winchester tentait de s'imiter lui-même. Castiel avait l'impression d'observer le vrai Dean à travers un miroir déformant. C'était lui sans l'être.
Celui-ci finit par s'arrêter devant une porte. Son corps était tendu, aux aguets, tandis qu'il tendait une main vers la poignée. Sa paume l'effleura puis d'un mouvement d'épaule il y imposa tout son poids et fit pivoter le battant.
Il s'engouffra dans la pièce alors qu'un sourire s'étendait sur ses lèvres :
— Hé, Cas', on est dans la chambre d'une ado !
L'ange fronça des sourcils avant de le suivre, ne comprenant pas ce qu'il y avait à se réjouir.
Mais alors qu'il franchissait le seuil, il la sentit. De l'énergie s'enroulait autour des meubles abandonnés, vibrant dans l'air, et Dean traversait les flux sans les percevoir.
En un battement cil, la force fusa vers lui et le percuta de plein fouet.
Il déglutit et fit un pas en arrière, sonné.
Dean qui serpentait entre le bureau et le lit défait s'attarda sur les feuilles blanches qui parsemaient le sol. Elles étaient vierges d'écriture, seulement étalées en fouillis sur la moquette blanche. Cela l'intrigua mais avant qu'il ne puisse se pencher pour en ramasser une, il entendit un appel étranglé à l'autre bout de la pièce :
— Dean...
Le chasseur leva vivement la tête vers la source sonore et croisa le regard confus de l'ange. Il hoquetait, une main portée vers sa gorge, à moitié replié sur lui-même.
— Cas' ? paniqua-t-il.
Il contourna aussi vite qu'il le put le bureau et accourra vers lui.
— Cas', qu'est-ce qui se passe ?
Ses mains agrippèrent ses épaules, le secouèrent.
—Cas' ! Réponds-moi !
L'ange leva ses iris bleues vers son protégé.
— Dean, hoqueta-t-il. Elle me parle...
Le chasseur en avait les larmes aux yeux. Il voyait défiler ses cauchemars et ses souvenirs dans son esprit, rejouant les scènes avec d'autant plus d'intensité qu'une identique se déroulait juste sous ses yeux. Dans la réalité. Castiel souffrait en face de lui. Tout était réel.
Castiel souffrait et il était paralysé, l'angoisse le submergeant.
— Qui, Cas' ? Qui !
L'ange inspira profondément, les yeux exorbités. Ses iris luisaient – signe que l'agression qu'il subissait lui demandait toutes ses forces pour ne pas céder – tandis que son regard était devenu flou et distant.
— Une fille. Je ne sais pas ce qu'elle est... Mais...
Il hoqueta et un filet de sang roula sur son menton.
— Elle canalise ma Grâce pour me parler...
— Elle canalise ta Grâce ? fit la voix de Dean, urgente. Inquiète.
— Dean... souffla soudain l'ange, ses iris bleues abasourdies s'attardant sur le visage de son protégé. Elle est de notre...
C'est alors que sous ses mains, Dean sentit Castiel se désintégrer. Il s'évanouit dans une explosion de lumière, laissant le chasseur seul, agenouillé, le vide sous ses paumes.
— Cas'... ?
Un appel discret. Cassé.
Aucune réponse.
Seul un tic-tac prenant naissance sur le sol attira son regard perdu. La montre à gousset qu'avait saisi Castiel était ouverte à l'exact emplacement de celui-ci il y avait quelques secondes.
Dean dévisagea la fine aiguille métallique glisser le long du cadran en rebonds réguliers. Cela lui donnait envie de vomir.
Alors Dean craqua.
~.*.~
[ Hiver 2018 – Écosse ]
May se tenait debout sur le seuil de sa chambre lorsqu'elle l'entendit. Elle entendit non sa voix ni ses pas mais ses pensées. Le premier mot qu'elle capta fut : « Dean ».
Aussitôt, elle sut. Instinctivement, elle avait fermé les yeux, cherchant à rejoindre son état de transe. Quand ses paupières s'étaient soulevées, ses globes oculaires entièrement blancs, elle l'avait alors vu.
Deux prunelles plus profondes que les cieux, des lèvres fines, une barbe de trois jours sur les joues et des cheveux noirs de jais en bataille.
« Jimmy Novak »
Le nom lui était venu de lui-même, se frayant un chemin jusqu'à ses pensées.
Se serait-elle trompée ? Elle pensait avoir affaire avec le Dean de ses visions mais ce n'était apparemment pas le cas. Coïncidence ?
Puis elle avait fini par discerner ce qui se trouvait en-dessous de l'enveloppe charnelle. Et ce qu'elle avait distingué l'avait perturbé. Ce n'était pas humain.
Instinctivement, réagissant à des peurs plus profondes, elle s'imposa dans l'esprit de l'être et l'écrasa avec toute la supériorité psychologique que sa transe lui procurait. Alors, elle l'entendit gémir. Pleurer. Mais surtout la supplier pour épargner un certain Dean.
« Dean, pitié que Dean vive ! »
Dean ? Mais était-ce le bon ? Curieuse, elle relâcha la pression sur le psychisme de l'intrus et se concentra sur ses souvenirs. À travers les yeux de l'être, elle le vit enfin. Le Dean qui envahissait son sommeil, qui peuplait sa mémoire de cauchemars et qui l'avait forcé à s'exiler dans ce château mal isolé, seule, à l'écart de tous. Le Dean qu'elle s'était promise d'aider.
« Qui es-tu ? » avait-elle demandé, son esprit fouillant toujours la mémoire de son interlocuteur psychique. Mais celle-ci était trop disparate. Plusieurs mailles manquaient, trouant le tissage de toutes parts.
« Castiel, un ange du Seigneur. Qui es-tu, toi ? »
Une hésitation. Puis un éclair de génie.
« Castiel, comme Cas' ? »
Un silence durant lequel elle perçut jaillir de l'étonnement et de la suspicion.
« Comment le sais-tu ? »
« J'ai des visions de vous depuis bientôt trois ans. De vous deux. »
Une pause. Elle ignorait comment expliquer tout ceci. Cela paraissait déjà bien trop fou dans sa propre tête. L'exprimer le rendait plus dément encore.
« Je ne sais pas pourquoi, mais je crois que nous sommes liés. »
« Liés comment ? » s'enquit la voix mental de l'ange dans sa tête.
« Actuellement, j'ignore complètement ce que je suis en train de faire, je le fais par pur instinct. Mais je ne crois pas que ce soit par hasard qu'on se soit retrouvé sur ce seuil au même moment. »
Un silence. Le temps de comprendre, de réfléchir aux conséquences de ses mots. Elle saisit vite que l'être céleste possédait un esprit vif.
« Qui es-tu ? Et d'où me parles-tu ? »
« Je suis May. Et je te parle depuis le même endroit d'où tu te tiens. Seulement un peu moins d'ans dans le futur. »
« Tout ceci est impossible » chuchota-t-il pour lui-même. « D'abord l'inscription, ensuite la bâtisse et maintenant ça ? »
« Tu dois me croire, Castiel. Je pense que je peux vous être utile dans vos recherches. »
« Tu le penses. Tu ne le sais pas. »
« Crois-tu que Crowley t'aurait envoyé ici si je ne pouvais pas t'être une quelconque aide ? »
Un nouveau silence. La méfiance enveloppait à présent leur conversation mental d'un arrière-goût désagréable sur le palet.
« D'où connais-tu Crowley ? Et qui me dit que ce n'est pas un piège ? »
« J'ai des visions de vous, Castiel. Je t'ai vu avec l'autre géant faire un pacte avec ce petit homme. Je l'ai vu te donner ce morceau de papier que tu n'as pas ensuite montré à ton acolyte. Tu es le seul à le savoir, n'est-ce pas ? »
Elle sentit l'ange serrer la mâchoire. En parallèle, la scène avec Castiel et Dean dans sa chambre un an dans le passé se déroulait au ralentit. Elle voyait à travers ses yeux le chasseur se précipiter vers lui, la mine paniquée.
« Je t'en prie, ne dis rien. Je préfère garder ça secret pour l'instant. »
« Je peux t'aider, Castiel. Crois-moi. »
« Et comment ? »
Une hésitation de sa part. Elle ignorait jusqu'où ses capacités pouvaient s'étendre. Elle marchait à l'aveuglette dans un champ miné. Mais elle n'avait pas le choix.
Cela lui prit un certain temps afin de canaliser les dernières miettes de Grâce de l'ange mais une fois cela fait, elle inspira profondément et posa une main sur son cœur.
Elle sentit quelque chose se briser dans son fort intérieur. Une vague de chaleur l'envahit et elle ferma les yeux. Sa main s'embrasa sous sa peau mais elle ne ressentit aucune souffrance. Un flash de lumière traversa alors la barrière de ses paupières.
Cillant précautionneusement, elle croisa un regard bleu juste en face d'elle.
L'ange la dépassait d'une bonne tête et semblait perturbé, un pli vertical entre ses sourcils se formant.
— Tu es May, souffla-t-il, l'examinant des pieds jusqu'à la tête.
Elle inspira profondément et esquissa un sourire prudent.
— Et toi, tu es le fameux Castiel.
