~ TRY AGAIN ~

Voici ma première fanfiction ! (enfin sur ce site)

Alors, évidemment, elle n'est pas des plus parfaites, étant donné que je ne suis pas habituée à ce genre d'écriture. Mais j'ai voulu tenté l'expérience avec le couple Destiel qui m'a vraiment tapé dans l'œil.

Je dois vous prévenir que le style sera particulier. On retrouvera Destiel, Sam et quelques autres protagonistes dans l'univers Supernatural mais l'intrigue ne se rattache pas particulièrement aux dernières saisons. Elle est plutôt intemporelle et quelques faits ont été déformés ou inventés.

Il y aura sûrement du Lemon mais cela restera très fluffy. Il faudra prévoir des moments un peu difficile, étant donné que c'est aussi une histoire de Comfort où Dean s'en prend beaucoup en pleine poire. Donc accrochez-vous ;)


Pairing : Destiel (donc Dean/Castiel dans Supernatural)

Type : IC et OC (May) - Hurt/Comfort (mais Happy ending ne vous inquiétez pas)

Rating : M (même si de nombreux chapitres ne dépasseront pas le T)

Disclaimer : Rien ne m'appartient. Seulement l'intrigue et mes mots. Ah et May j'ai oublié x)

Spoil : Je ne risquerai pas de dire aucun. Il se peut que certains se baladent sans que je ne me rende compte mais parmi eux il y a des choses inventées donc bon ;)

Note : Je m'excuse d'avance pour toutes les coquilles qui peuvent se trouver dans ce récit...


Pfff, je suis de retour ! Et ça faillit ne pas l'être ! Bon je n'ai pas beaucoup de temps donc je vous souhaite une bonne lecture, le chapitre parlera de lui-même !

Ah et promis le chapitre suivant sera du pur destiel !

Ps :

Yakusokuyumi, Toujours des reviews si gentilles et adorables ! et j'ai comme l'impression que cette fois-ci mon indice n'était pas assez discrets !

Courtney Ackles, ah ah ! Pour le savoir, il faudra lire la suite ;) Et merci pour ce compliment, il va droit au cœur !


/!\ Warnings ! Ce chapitre contient du langage grossier et mentionne de la souffrance psychologique. Rated : T/M


:: Chapitre 8 ::

~.*.~

[ Hiver 2018 – Écosse ]

Castiel naviguait dans l'espace personnel de May, cherchant à comprendre cette humaine si différente de son espèce.

Elle semblait être adulte, son corps de femme s'étant épanouie, mais quelque chose dans sa manière de s'exprimer, dans son attitude et la posture de son corps, les bras constamment croisés en travers de sa poitrine comme si celle-ci la gênait... Castiel avait l'impression de retrouver Claire Novak en face de lui. Soit une jeune adolescente dans la fleur de l'âge, s'épanouissant tant bien que mal entre doutes existentielles et crainte intense de ne pas être à la hauteur.

May lui avait tout raconté. Dans les moindres détails. La mention de l'homme aux yeux jaunes qui n'en était pas un l'avait frissonné. Il avait revu Azazel en face de lui. Il ne l'avait croisé qu'une fois, quand les anges avait commencé à prêter à attention aux frères Winchester.

Ce prince des Enfers lui avait glacé le sang. Lui, l'ancien grand et imperturbable séraphin, ange du jeudi, avait été troublé à la vue du démon aux yeux jaunes. Lorsque Dean lui avait tiré dessus avec le Colt, le supprimant définitivement du plan de l'existence, il avait ressenti une vague de soulagement l'envahir. Durant un bref instant. Juste avant que le calme plat ne revienne le saisir, s'installant comme à son habitude dans chaque recoin de ses pensées. Pour toujours. Enfin, il le croyait. Jusqu'à qu'il pose la main sur ce chasseur si particulier...

Il avait l'impression de se répéter mais il ne parvenait pas comprendre. Comment une âme brûlée à vif, écorchée, déchirée, étripée, empalée, égorgée, démembrée et privée de tous espoirs pouvait-elle continuer à briller avec une telle intensité ? Ce feu intérieur aurait dû mourir étouffé sous les cendres d'une vie rêvée bien trop vite consumée par la dure réalité. Pourtant, elle était toujours là, faible et incertaine mais intense dans son éclat. La rendant d'autant plus particulière que n'importe quelle âme pure.

Celle du chasseur n'aurait dû plus exister. Sa force, sa puissance, sa beauté résidait dans cette lutte sans fin. On voulait l'écraser ? Dean résistait. On voulait le soumettre ? Dean se rebellait. On voulait l'utiliser ? Dean retournait les stratagèmes contre son ennemi. On voulait l'éliminer ? Dean l'éliminerait en premier.

Dean avait une soif insatiable de vivre. Et toutes les fois où il avait été tenté par la solution de facilité, Sam avait été là pour lui.

Sauf que cette fois-ci, Castiel avait peur. Une trouille incommensurable qui tiraillait son estomac, qui asséchait sa bouche à cette simple pensée. Car l'ange savait. Il le savait si bien alors que le chasseur prétendait encore et encore, persuadé qu'à force de convictions il pourrait se convaincre lui-même que tout allait le pour mieux sous son crâne. Mais Dean était définitivement brisé. Il ne tenait à la vie que par la force de ses doigts, agrippés autour d'une prise infime sur une falaise abrupte où la moindre chute serait fatale. Dean avait besoin d'aide et il ne voulait pas l'assumer. Sam ne parvenait plus à l'atteindre : il ne pouvait pas percer cette carapace faite de chair lacérée et d'os brisés.

Or, il semblait que l'aîné Winchester exprimait un certain besoin de sa présence, à lui, à l'ange du jeudi. Il avait essayé d'analyser la situation, en avait fait part au cadet. Il avait juste tu le passage où il s'était connecté à l'esprit de son frère en touchant la marque sur son épaule. Ainsi ce que ses pensées pouvaient contenir. Ainsi, il ignorait toujours pourquoi Dean avait pu penser à lui dans de telles circonstances. Il avait bien des pistes de réflexion mais il avait du mal à y croire.

La seule chose dont l'ange était sûre était que Dean avait besoin de lui. Or, il était son ange, son protecteur. Il ne pouvait ignorer son besoin d'affection si cela participait à sa guérison. Il devait laisser de côté ses sentiments égoïstes et se focaliser entièrement et uniquement sur son protégé. Peut-être qu'ainsi, il trouverait un moyen de se racheter de toutes ses erreurs ? Peut-être qu'en soignant le chasseur, il panserait ses propres blessures ?

Maintenant qu'il était dans cette chambre, avec May l'observant avec une attention mêlée de curiosité et d'admiration, il n'avait qu'une envie : retourner auprès de Dean. S'assurer qu'il allait bien. Son départ précipité avait dû le secouer. Peut-être qu'il avait encaissé, comme toujours. Ou peut-être qu'il n'avait pas pu le supporter. Bien que cela lui semblait difficilement concevable, connaissant le côté obtus intériorisant la moindre fichue émotion chez le chasseur, Castiel se devait de considérer toutes les options.

May, adossée contre un mur, se racla la gorge. L'ange lui reporta son attention et remarqua enfin pour la première fois la particularité de sa silhouette.

Sa peau translucide brillait sous l'éclairage artificiel tandis que ses deux iris bleu glacier, presque blanches, suivaient chacun de ses mouvements. Sa chevelure blanche se fourchait sur les pointes et était emmêlée sur toute la longueur. Il connaissait le mot qui résumait cette combinaison de coloris si rares : albinos. May était une sublime albinos au visage juvénile trop vite grandi et la stature si fine que les os de ses poignets et de ses phalanges étaient visibles.

— Castiel, fit-elle de sa voix douce et quelque peu trébuchante, comme s'il avait perdu l'habitude d'utiliser sa langue. Je crois que je peux vraiment t'aider.

L'ange souleva un sourcil. Certes son récit avait été d'une richesse intéressante mais qui n'apportait finalement que peu de réponses à ses questions.

— Je veux dire, reprit-elle en fronçant des sourcils, luttant contre les mots qui présentaient des difficultés à se former sur ses lèvres. Je veux dire que plus je te vois bouger dans ma chambre, plus j'ai la certitude que je peux vous aider. Mais pour cela, je crois qu'il faut que je vienne avec vous.

Castiel pencha la tête sur le côté, brusquement bien plus intrigué.

— Parce que tu crois que tu ne peux nous ramener tous les deux dans mon temps ?

Une expression confuse passa brièvement sur les traits de la jeune femme.

— Je crois. Je crois que j'en ai la force si on maintient un contact physique.

— Et après ? s'enquit l'ange. Il faudra bien que tu retournes dans ta période temporelle. D'autant plus que nous prendrons des risques dans cette manœuvre. Imagine si tu te croises ?

Le regard glacier s'assombrit.

— Je sais, je sais... Mais je crois que cela vaut la peine de prendre le risque.

Castiel resta longuement silencieux, ses pensées vagabondant sous son crâne.

— D'ailleurs, fit-il soudain ses yeux plissés par le doute, où es-tu pendant le printemps 2017 ?

May réfléchit un instant puis ouvrit la bouche sans prononcer un son, comme muette. Alors, après un moment de réflexion supplémentaire, elle la referma et passa une main sur son front.

— Je... Je ne sais plus. Je crois que j'étais là, dans ma chambre... Les jours se ressemblent tous ici. Parfois je me demande comment je fais pour ne pas perdre complètement la notion de temps.

~.*.~

[ Printemps 2017 – Écosse ]

Sam soupira. Cela faisait la trentième pièce qu'il passait au peigne fin. Qui aurait pu croire qu'il était possible d'élever autant de murs et toujours trouver assez d'espace pour les encombrer avec les meubles les plus patauds et épais qu'il n'avait jamais vu ?

Il renifla par dépit, ses mains s'agitant dans la poussière qui avait réussi à s'infiltrer à travers les interstices des tiroirs, s'agglutinant sur le bois étrangement collant. Il regretta aussitôt son choix quand l'humidité qui perçait les pierres s'engouffra avec violence dans ses narines, le privant de son odorat.

Il ferma les yeux, maîtrisant l'agacement qui prenait naissance dans sa poitrine. Cela faisait des heures qu'il fouillait, sans aucun résultat. Castiel avait-il seulement suivi correctement la piste ? Il se sentait mal rien à la simple idée de douter des capacités de recherches de l'ange, mais il ne comprenait pas la raison de Crowley à les envoyer sur une mauvaise piste. Son pacte qui lui était si cher ne serait pas valable tant que celui-ci ne leur aurait pas fournir un véritable sentier à explorer. Ce qui était totalement contraire à ses intérêts.

À moins qu'il aie eu un rôle dans l'enlèvement, l'enfermement et la torture de son frère ? Après tout, le Roi des Enfers était connu pour son habilité à infliger la souffrance de la manière la plus horrible qui soit. Selon lui, il s'agissait d'un art. Lacérer la chair, concasser les illusions jusqu'à poussière, jusqu'à que l'âme craque, qu'elle se disloque et disparaisse dans le Néant. Donnant naissance alors à un démon tout neuf, prêt pour enrichir son royaume.

Mais Sam ne le voyait pas dans une telle manipulation. Il ne le savait pas trop pourquoi. Il était juste convaincu que Crowley tenait un peu à Dean. À sa manière. Trop en tout cas pour réaliser une manigance aussi tordue et dévastatrice pour le chasseur.

Sam grogna, son irritation prenant le dessus sur la raison. Il en avait marre. Il en avait par-dessus la tête de son impuissance. Il voyait son frère se renfermer un peu plus chaque minute, se repliant sur les blessures empoisonnées qu'il refusait qu'on purifie. Et Sam luttait pour le retenir, pour le garder auprès de lui, pour lui faire comprendre que leur lien serait toujours plus fort que tout.

Après l'Apocalypse, après le Purgatoire, plus rien ne pouvait les séparer. Ni la distance, ni les différents, ni la crainte de se perdre l'un l'autre. Ils étaient soudés, un frère ne partant pas sans le second. Ils avaient abandonné leur nom dans leurs relations avec d'autres chasseurs pour porter celui des frères Winchester. Ils étaient un ensemble, mieux une unité, qui ne se brisait à travers la Terre, les Cieux et les Enfers.

Et pourtant... Sam avait la désagréable sensation que Dean s'éloignait de lui. Il ne pouvait pas expliquer ce sentiment, mais celui-ci devenait plus certain au fur et à mesure que son aîné se renfonçait dans le déni.

Il avait peur de le perdre. Il avait peur qu'un jour, il ne puisse plus l'atteindre du tout. Restant immobile face à son monologue, les yeux dans le lointain. Ne réagissant à aucune stimulation. Juste enfermé dans son propre esprit. Cette crainte subsistait chez lui depuis longtemps mais à présent, elle en paraissait d'autant plus oppressante.

Pour la énième fois, il retournait chaque vieux vêtements suintant le moisi depuis même l'intérieur des mailles. Et pour la énième fois, il referma le tiroir dans un grincement à faire gémir les tympans.

Il en avait vraiment marre. Expirant violemment, ses mains se mirent à trembler. Les levant devant son visage, il les dévisagea sous toutes les coutures. Cela faisait depuis si longtemps que ces mains ne s'étaient pas mises à trembler... Pas depuis que Castiel avait recueilli le fantôme de Lucifer qui le hantait au sein de son esprit. Ensuite, plus rien ne lui avait paru suffisamment cruel pour que son corps montre à nouveau des signes de faiblesses.

Soupirant, il passa de force une main tremblante dans sa chevelure. Il ferma les yeux, se concentrant sur l'obscurité. Il devait s'apaiser. Positiver. Raisonner.

Il n'avait aucune raison de paniquer ni de dramatiser. Si, lui, avait l'impression de perdre les pédales en plein milieu d'une descente arpentée, Castiel paraissait savoir quoi faire. Comme lors de la crise de Dean. Quand Sam était resté figé, l'angoisse et l'inquiétude le paralysant, l'ange avait sauté sur ses pieds et s'était empressé de le rejoindre. De l'agripper. De l'enlacer. N'était-ce pas un signe ? Qu'à présent le cadet pouvait relâcher sa surveillance constante sur son aîné, qu'il pouvait ne plus être dans l'attente à ce qu'il craque ?

Parfois, il se disait qu'il préférait avoir un Dean démon en face de lui, aux yeux entièrement noirs et au sourire goguenard et froid, plutôt que ce Dean-ci, tiraillé entre l'envie de paraître lui-même et celle d'extérioriser toute la souffrance qu'il avait toujours encaissé. Avec le premier, il savait quoi faire. C'était son boulot de chasseur. Avec le second, il était perdu, n'ayant aucune prise pour s'accrocher à lui durant ses crises.

Il ouvrit brusquement les yeux, profondément agacé. Rien ne fonctionnait. Il était totalement déconcentré de sa tâche. Autant brasser de l'air. Il fallait qu'il fasse une pause. Les rejoindre pour voir où ils en étaient était alors l'une des meilleures solutions.

Humidifiant ses lèvres, le géant se détourna de la commode encombrante, ses pensées toujours ailleurs. Il s'imaginait un monde meilleur où chacun n'aurait pas tant souffert. Où chacun aurait été des « chochottes » dont l'un aurait eu un peur bleue des clowns et l'autre des chats. Bien que la pensée de clowns le poursuivant le refroidit bien vite, il sourit en se rappelant de la mine ferme et déterminée que lui avait offert son frère lorsque celui-ci lui avait expliqué par A plus B en quoi les félins n'étaient pas dignes de confiance. Une histoire de rejeton de Satan qui, avec un peu de recul, le faisait bien rire. Après tout, qui était capable de ne pas rire en imaginant Lucifer avec des enfants chats qu'ils mettaient sur son trône... ? Peut-être des gens normaux.

Seulement, Dean comme Sam n'avait plus la même perception du monde que le reste de l'humanité. Un repas partagé pouvait se révéler être le plus beau présent au monde. Un sourire offert comme le plus étincelant bijou sur Terre. Un regard échangé comme la plus belle preuve d'amour dans l'univers. Et dans cet océan de noirceur, leurs deux âmes s'accrochaient tant bien que mal à ces perles de lumière si éblouissantes dans l'obscurité. Tout afin de ne pas sombrer.

Or les plaisanteries douteuses faisaient parties de ces moments privilégiés où le bonheur leur était enfin accordé temporairement.

Frottant nerveusement ses bras, il refit légèrement surface dans la réalité afin de monter les premières marches de l'escalier majestueux. Celles-ci craquèrent sous son poids, ne le rassurant nullement sur leur solidité prétendue. Il s'empressa alors de rejoindre le palier, grimpant quatre à quatre les marches. Il s'autorisa une respiration seulement lorsqu'il fut certain d'être hors de danger, les deux pieds ancrés sur le plancher du premier étage.

Mais alors qu'il réfléchissait à bien où pouvaient se trouver les deux idiots, le silence qui recouvrait les lieux d'une lourde couverture étouffante finit par le frapper.

Fronçant des sourcils dans une mine inquiète, il s'avança vers le long couloir perpendiculaire à la rampe d'escalier et tenta d'une voix faible :

— Dean ? Cas' ?

Aucune réponse.

Au bout du corridor, il aperçut une porte entrouverte. L'unique parmi ses compères.

L'angoisse le submergea.

Le souffle brusquement comprimé, il s'élança et s'engouffra à la volée dans la pièce.

Il n'eut pas le temps d'analyser correctement où il se trouvait, bien que ses yeux accrochèrent un lit, déduisant ainsi qu'il s'était précipité dans une chambre. Non, son regard se posa immédiatement sur la silhouette recroquevillée contre un pan de mur près de la porte, ne s'attardant pas sur les détails de la pièce. Toute son attention fut alors portée sur le corps crispé et renfermé, tel une boule de nerfs. Et très vite, il y discerna les traits caractéristiques de Dean.

Sam sentit sa peur fondre. Son frère était en vie. Puis l'attitude de celui-ci finit par l'intriguer. Il n'était pas seulement recroquevillé... Il sanglotait. Dans le plus grand des silences.

Abasourdi, le cadet se sentit tomber à genoux. Son corps prenait les rênes tandis que son esprit présentait des difficultés à se rattacher au moment présent.

Tout semblait trop irréel. Dean, pleurer ? Il était certain de n'avoir jamais vu son frère se laisser libre cours aux larmes, avec tant d'indifférence sur l'image qu'il renvoyait et sans une seule hargne ou fureur dans ses gestes. Seulement et purement de la tristesse.

Il vit confusément sa main se soulever et se poser sur l'épaule de son aîné. Il s'entendit parler, murmurant des mots rassurants et encourageants, sans comprendre comment ses lèvres pouvaient se mouvoir d'elles-mêmes sans qu'il n'y songe. Il sentit sous sa paume les muscles du trapèze de son frère se détendre légèrement, signe qu'il l'entendait. Dean l'entendait. Il parvenait à l'atteindre !

Cette révélation le libéra totalement. Reprenant la maîtrise de son corps, Sam enlaça son aîné de toutes ses forces, le visage enfoui dans son cou. Dans l'étreinte, Dean cessa de sangloter.

— Respire, chuchota le cadet. Respire, Dean.

Celui-ci hoqueta, son souffle compressé se cognant de force contre sa gorge nouée. Luttant pour se frayer un passage. Sam, en réponse à ces tentatives, resserra son étreinte et frotta sa main contre le haut de son dos, dans un geste qui se voulait rassurant et affectueux.

— Voilà, c'est ça, fit-il toujours d'une voix basse et douce tandis que son frère s'aménageait une respiration plus saine et régulière entre quelques à-coups.

— Sam, murmura ce dernier d'une voix étranglée.

— Chut, s'empressa de le couper l'interpellé. Chut, respire.

Les doigts de Dean se crochetèrent sur l'épaule de son cadet, tel un noyé s'agrippant à une planche hagarde.

— Non, Sam, balbutia-t-il, sa respiration alourdie hachant sa dialecte. Il est parti...

Le géant se sentit s'effondrer, son cœur se décrochant de sa cage thoracique et chutant plus bas que terre. Il n'avait nullement besoin que son frère ne lui précise qui se cachait derrière ce « il ». Il n'existait qu'une seule personne dont le départ pouvait le mettre dans un tel état.

Il était mort de trouille, à présent. Car il ignorait l'enchaînement des événements et encore moins si l'ange était encore en vie. Or, il savait que si Castiel n'était plus de ce monde, Dean le rejoindrait bientôt. Il n'y pourrait rien, cette perte dépassant toutes celles qu'avait dû encaisser l'aîné.

Toutefois, il s'efforça de ne pas s'effondrer totalement. Il s'obligea à positiver, à raisonner, à respirer et surtout, à ne pas paniquer ni à ne baisser les bras. S'il existait une chance, une minuscule et infime chance que l'ange n'ait pas passé l'arme à gauche, il la saisirait. Et il y croirait jusqu'à preuve du contraire. Il y croirait dur comme fer, même si l'espoir constant ne lui infligerait plus de mal que de bien. Il le ferait. Pour Dean.

— Chuuuut, souffla-t-il, une main soutenant l'arrière du crâne de l'aîné alors que le front de celui-ci se reposait sur son épaule. Tout va bien, Dean.

Un hoquet de sa part, marquant le début de nouveaux sanglots.

— Chuut, Dean, chuut. Je suis sûr qu'il va bien. Il va revenir, ne t'inquiète pas.

Il sentait ses propres larmes poindre tant son psychisme s'abreuvait de la détresse de son frère, espérant ainsi le soulager quelque peu de son fardeau.

— Je sais qu'il va revenir.

Il crispa les mâchoires, se haïssant de mentir ainsi à son aîné alors qu'il lui avait promis de lui livrer la vérité en toutes circonstances. Mais c'était pour son bien. C'était pour qu'il s'accroche encore un peu. Juste le temps de s'assurer que Castiel était bien parti pour de bon. Juste s'accorder encore quelques minutes de plus d'espoir.

— Il revient toujours.., fit alors brusquement Dean contre son épaule, d'une voix presque apaisée. Il revient toujours... Toujours...

Sam prit ce revirement pour une avancée. Libérant quelque peu son frère de son étreinte, il le força à se relever en tirant sur ses bras. Mais celui-ci gémit et se débattit une fois debout. Il parvint même à se retourner et à indiquer du menton un petit objet brillant sur le sol.

La montre à gousset avec laquelle jouait Dean il y a de cela une heure. Le souvenir le plus récent de Sam était lorsque Castiel s'était emparé de force du joujou de son frère. Sûrement afin de décrypter lui-même les symboles énochiens sur son pourtour. Mais évidemment, la tension entre eux-deux avait été telle lorsque leurs peaux étaient entrées en contact, que l'ange avait dû oublier la raison première de son agissement. En tout cas, il n'avait aucun souvenir de celui-ci traduisant le message caché qui devait s'y trouver.

Sam retint un soupir. Il comprenait pourquoi Dean lui prêtait une telle attention. Si Castiel n'y avait pas posé la main dessus, il aurait sûrement négligé sa présence. Or, ce n'était pas le cas. Cet objet contenait peut-être les dernières traces de l'existence de l'ange.

Alors, tout en retenant son frère d'un bras – il présentait des difficultés purement psychologiques à soutenir son propre poids – il se pencha et ramassa la montre.

À son contact, il faillit sursauter et la relâcher. Toutefois, grâce à une très forte maîtrise de lui-même, il conserva sa prise. Dieu, comme l'arrière de la montre était bouillante ! Elle lui en avait presque brûlé la main !

Dean protesta, sa voix rauque se perdant dans le silence :

— S'il te plaît, Sam...

Mais cette fois-ci, le cadet ne répondit pas à la demande son aîné. Au contraire.

Il fronça des sourcils puis l'empocha. Même à travers l'épais tissu du denim, la montre continuait de chauffer contre sa cuisse.

— Plus tard, Dean, répondit-il. Pour l'instant, on va descendre et se faire du café avec le thermos que j'ai emporté.

— On va attendre, Cas' ?

Voix faible. Presque prudente. Comme un enfant tentant le tout pour le tout en demandant à ses parents un cadeau qu'il savait impossible à obtenir.

Sam déglutit, ravalant la peur et l'inquiétude qui battait comme un second pouls dans son fort intérieur.

— Voilà. On va attendre, Cas' en buvant du café.

~.*.~

[ Hiver 2017 – Sur le chemin de New-Jersey ]

Dean ferma les yeux et pressa deux doigts entre eux. Le soupir qu'il relâcha s'engourdit dans le froid de janvier, le faisant frisonner. Il laissa sa tête retomber contre le dossier de l'Impala, son souffle s'élevant vers le plafond de l'habitacle.

Il avait froid, ses extrémités étaient gelées. Sam était parti se faire une toilette dans les douches mises en libre-service sur l'aire d'autoroute. Le connaissant, il avait le temps de s'endormir avant qu'il ne revienne, laissant le froid s'engouffrer à nouveau à l'intérieur de l'armature métallique alors qu'il se glisserait sur la banquette arrière.

Mais Dean n'avait pas sommeil. Ses doigts effleuraient le verre du flacon imbriqué entre les lanières de son bracelet. Presque inconsciemment. En parallèle, ses pensées qui vagabondaient sans sens dérivèrent sur l'image d'un sourire fin et légèrement craquelé par le manque d'hydratation. Sa réflexion remonta le long du visage dont il connaissait tous les traits par cœur. Il les savoura, les appréciant pour ce qu'ils étaient. Il aimait la légère courbure de sa mâchoire avant de s'affiner autour de son menton. Ses cheveux indomptables et noirs de jais aussi lui plaisaient : ils lui donnaient toujours envie de passer une main curieuse entre les mèches qu'il soupçonnait soyeuses comme le satin. Mais ce qu'il adorait chez lui, ce qui avait le don de renverser tout son système gastrique dans une symétrie horizontale parfaite, était son regard.

Le bleu profond de ses iris constatant avec les ténèbres de sa chevelure. Presque scintillant, mêlé à cette lueur d'intérêt poli et curieux. Un brin innocent, qui avait arraché au chasseur tant de rires lorsqu'il ne saisissait pas une expression ou une situation. Puis cette gravité qui pouvait s'y loger, intensifiant son expression, tendant ses traits dans une mimique solennelle et sérieuse, faisant accélérer sans aucune raison le rythme cardiaque de l'aîné Winchester. Et enfin, cette connexion que ce dernier ressentait entre eux. Lorsque âme et Grâce s'agrippaient, devenant l'un, devenant l'autre, rien d'autre ne comptait. Le monde s'évanouissait autour d'eux. Un tout nouveau cosmos prenait alors naissance entre leurs deux corps, s'épanouissait contre leur peau, dans leurs veines, dans chaque inspiration hasardeuse.

Dean ouvrit brusquement les yeux, sa bouche happant l'air d'une inspiration incontrôlée. Ses phalanges blanchirent contre le cuir qu'il enserrait sur le rebord du dossier. Il prit un certain temps afin de reprendre sa respiration, son cœur cognant un rythme d'AC-DC contre sa cage thoracique.

Doucement, il bascula sa tête, la laissant retomber menton contre son torse. Sa main gauche fit tourner son bracelet autour de son poignet droit, contemplant l'éclat des étoiles se réfractant sur le verre.

Avait-il le droit ? Pouvait-il... ? Il ne parvenait pas à l'exprimer. Cette envie qui pulsait dans tout son corps... Elle le torturait depuis si longtemps. Il rêvait de sentir la chaleur corporelle du vaisseau de l'ange contre sa peau et c'était le cas de le dire. Il lui arrivait aussi de temps en temps de faire un cauchemar mais son psychisme semblait être comme protégé par les visions étranges qui s'implantaient un peu plus dans sa conscience.

Aimerait-il... ? Non, il n'arrivait toujours pas à le dire. C'était comme si un barrage s'était formé de lui-même à l'approche de cette idée.

Il soupira. Sa main tripota nerveusement les lanières.

Il fallait l'avouer, il en avait envie. Là, maintenant. Il donnerait beaucoup pour que cela lui arrive sans qu'il n'ait à affronter son propre jugement. Mais il connaissait son œil intérieur : rien lui échappait et chaque écart lui faisait essuyer un violent uppercut de sa part. Rien ni personne ne pourrait mieux le juger et le sanctionner que lui-même. Il était son pire ennemi : voilà pourquoi il parvenait à résister à chaque bataille, remportant toutes les guerres, une par une.

Mais celle-ci... S'il y avait un endroit où le chasseur avait peur d'y mettre un pied, c'était bien son subconscient. Et actuellement, ce dernier était très bavard, empiétant sa conscience un peu plus chaque nuit.

Pouvait-il... ressentir de l'attirance... envers les hommes ? Voilà, c'était dit. Aussitôt pensés, les mots le firent rougir. Car au fond de lui, une certitude naissait, encore plus perturbante que s'il s'était contenté de répondre par l'affirmative.

Il n'était pas attiré par les hommes. Pas spécialement. Mais par contre... Il ne pouvait le nier... Castiel était plutôt pas mal... Enfin, d'un point de vue objectif bien sûr ! Après tout, qui pouvait résister à ce regard océan de chien battu ? Certainement pas le chasseur.

Il inspira profondément, pressentant qu'il s'enfonçait plus qu'il ne s'extirpait des insinuations. Déglutissant, il se frotta nerveusement l'arrière du crâne, ses yeux papillonnants sur la bande d'asphalte vide et froide qui luisait sous la lumière argentée de la lune. Le parking était désert, les marquages blancs presque effacés à peine visibles. Et Sam n'était toujours pas revenu. Il prenait son temps, comme toujours, digne de la Samantha intérieure qu'il préservait à l'abri des regards par l'entretien de sa musculature. Mais Dean qui avait l'habitude de le voir se nourrir exclusivement de feuilles vertes savait que, derrière cette apparence de mauvais garçon, intellectuel sur les bords, se trouvait l'âme d'une jeune femme frustrée.

Il étouffa un rire dans le silence tandis que son esprit, pour faire passer le temps, listait toutes les preuves de la dominance féminine dans le comportement de son frère.

Mais alors que son sourire s'agrandissait, bientôt prêt à se percer dans un grand éclat de rire, un mouvement sur sa gauche l'extirpa de ses songeries.

Tournant vivement la tête, il dévisagea l'obscurité à travers la vitre passager. Il fronça des sourcils. Il n'y avait personne dehors. Avait-il rêvé ?

Soudain, une vague de froid s'engouffra dans l'habitacle, le glaçant de la tête au pied. Se retournant plus vif que l'éclair, il aperçut la mine un peu bouffie par le sommeil de son idiot de petit-frère dans le rétroviseur. Ses muscles contractés, prêts à l'affrontement, se détendirent.

— Hé, tu ne pourrais pas prévenir au lieu de me foutre une frousse pareille, bitch ? fit-il avec un sourire un peu faible.

Bien heureusement, son frère était trop dans le coaltar pour pouvoir s'en rendre compte. Il se contenta de froncer des sourcils et de marmonner un : « jerk » entre ses dents. Alors qu'il s'allongeait, Dean reporta son regard sur le volant de cuir. Celui-ci l'attendait, éclairé par la lumière argentée dans la pénombre.

Il ne sut pas trop pourquoi mais son instinct lui criait de prendre la route. Maintenant. Sans plus tarder.

Il se pinça la lèvre inférieure. Hésita.

Durant cet instant où sa réflexion se suspendit, ses pensées dérivèrent à nouveau vers l'ange du jeudi. Il songea à l'appeler une nouvelle fois. Il n'aurait aucune réponse toutefois. Castiel avait cessé de venir à lui, que ce soit à ses messages ou à ses prières.

Il parlait dans le vide. S'adressait au Néant. Car plus aucune oreille angélique ne se tendait vers ses dires. Il était à nouveau seul face à ses démons, accompagné seulement de la présence réconfortante de son frère. Comme un bon vieux temps, quand tout n'était pas que catastrophes en chaîne. Alors, pourquoi avait-il aussi mal ?

Il soupira lourdement puis céda. Se mouvant, ses gestes le moins bourrin possible pour ne pas réveiller son cadet dont les embryons de ronflements s'élevaient déjà à l'arrière, il se glissa derrière le volant et enclencha la première.

Il quitta l'air d'autoroute avec la sensation tenace d'être observé.

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[ Printemps 2017 - Écosse ]

Dean était allongé sur la banquette arrière de la voiture, ses yeux fermés se reposant.

Une migraine infernale l'avait saisi, le pourchassant malgré son inactivité et la dose de caféine qu'il avait ingurgité. Par désespoir, il s'était enfermé dans la voiturette, avait tiré une couverture de ses affaires et s'en était recouvert.

Plongé dans l'obscurité, ses pensées à vif s'étaient apaisées. Une certitude avait grossi au sein de sa poitrine.

Castiel ne pouvait être parti. Il ne pouvait pas être parti définitivement. Car il lui avait promis.

Une partie de ses souvenirs avait percé sa mémoire trouée. Il se rappelait à présent des premiers mots que l'ange lui avait adressé. Au fin fond des Enfers, la première fois que sa voix grave avait atteint ses tympans.

« Tiens-toi à moi. Je ne te lâcherais pas.

— Permets-moi d'en douter.

— Je te jure que je ne te lâcherais pas. Jamais. »

Dean frissonna sous sa couverture et se retourna sur le flanc.

« Accroche-toi. Tu glisses entre mes mains.

— Tu m'as promis que tu ne me lâcherais pas !

— Arrête de bouger, alors ! »

Le chasseur grimaça. Un pressentiment sur la suite des événements lui pesait sur sa cage thoracique. Toutefois ces lambeaux de souvenirs s'arrêtaient là. Et à une lumière éblouissante, à une main pure s'abattant sur son épaule.

Il ne saisissait pas d'où provenait une telle obsession sur le pourquoi du comment de cet instant qu'il aurait préféré oublier.

« Je suis celui qui t'a agrippé et tiré en dehors des Enfers, Dean. »

Néanmoins, il y avait cette sensation qui vibrait dans son être, en phase avec l'énergie qu'émergeait de Castiel. Ce moment précis, ces premiers mots échangés, ce premier regard croisé lui était important. Il y voyait le réceptacle dans lequel reposait sa paix intérieure.

« Je voulais te rendre ceci...

— C'est un cadeau. Tu les gardes.

— … Merci, Dean... »

C'en était trop. Le chasseur se redressa sur son séant improvisé d'un mouvement ample puis se pencha vers son sac coincé entre les deux sièges de l'avant. Ses mains tremblaient un peu lorsqu'elles attaquèrent la fermeture éclaire et entamèrent la fouille. Le souffle comprimé, ses doigts finirent par cogner contre un fin parallélépipède au fond de son sac. N'ayant aucun doute sur la nature de celui-ci, il referma sa main sur la boîte allongée puis libéra son bras.

Le portant devant ses yeux, il dévisagea la cassette en question. Il ne se souvenait plus pourquoi et dans quelles circonstances il avait réalisé une mix-tape axée sur les Zepplins. Et encore moins pourquoi il l'avait offerte au soldat de Dieu. Il l'avait fait par pur instinct. Il avait laissé ses désirs et ses besoins s'exprimer. Peut-être devrait-il faire de même cette fois-ci ? Abaisser la barrière, faire sourire l'ange par ses remarques stupides, le rendre inquiet pour son état, sentir sa fureur se déchaîner contre son bourreau par nécessité de protection ? Devrait-il accepter et savourer les moments quelque peu spéciaux avec son protecteur ? Ou bien continuer de nier ?

Un bruit contre la vitre avant le sortit de sa réflexion. Relevant brusquement de la tête, il croisa le regard de Sam à l'extérieur, me demandant par signes de sortir de la voiturette et fissa.

Grognant, Dean ne chercha pas à négocier. Il conservait ses arguments afin d'empêcher son frère de conclure sur la mort inévitable de Castiel. Il avait tant à dire ! Tant de choses à expliciter ! Mais aucune preuve tangible.

Alors, en sortant de la voiturette, le chasseur sentit sa mâchoire se décrocher d'elle-même.

— Cas' ? murmura-t-il.

Émeraudes fusionnant aux cieux sans nuage.

— Dean...

Voix grave, veloutée. Et il se rendit compte que son imagination ne rendrait jamais complètement justice à ce timbre particulier qui, sous cette intonation soulagée, le fit perdre pied.

Il était revenu. Comment avait-il pu douté ? Il était revenu.

Cas' revenait toujours.

— Castiel ? fit alors Sam, un peu l'écart, les mains enfoncées dans les poches. Qui est-elle ?

Elle ?

Sa bulle de rêveries fut éclatée d'un seul coup alors que ses yeux se décrochaient enfin de ceux de l'ange : aux côtés de ce dernier se trouvait une jeune femme dont il connaissait trop bien la silhouette.

Dean pâlit.

— May ?