Août 2001

On peut pas dire que ce matin, je me réveille avec une envie folle de me lever. Je sais pas pourquoi j'ai dis oui, ni pourquoi Masa-chan a dit oui. Dans « Hana yori dango », ça fait plus que foirer. Et vu que ma vie a parfois tendance à ressembler à celle de Makino, je le sens mal. Mais Tesshi m'a supplié avec des yeux de chat potté et comme d'habitude, j'ai cédé. Masa-chan a accepté pour me faire plaisir… même si c'est pas le mot exact qui correspond. Non mais sérieusement quoi, un rendez-vous à quatre, qu'est ce qui lui est passé par la tête… Je grommelle, peste, râle, mais finis quand même par quitter ma couette. En plus, son nouveau copain… Ben j'en sais rien, je le sens pas. En même temps, il les enchaîne à une telle cadence, que je sais plus avec qui il est presque d'une semaine à l'autre. Après Fujigaya-kun (avec qui il est quand même miraculeusement resté presque six mois. Je me demande encore comment), il y a eu Ueda-kun, Tamamori-kun, Maruyama-kun… et je perds le compte. Le dernier en date, c'est un certain Kamenashi-kun. C'est avec eux qu'on sort aujourd'hui. J'ai rien contre ce mec, je le connais pas plus que ça, mais bon, voilà quoi. En plus faudra m'expliquer pourquoi Tesshi choisit ses copains uniquement dans l'agence. Genre y'a pas assez de mecs à l'extérieur quoi. Je soupire et me dirige vers la salle de bain. De toute façon, grogner sert à rien vu que j'ai dit oui. Je crois que mon meilleur ami arrivera toujours à me faire céder à tous ses caprices. J'ai beau essayer, impossible de lui refuser quoi que ce soit. Je suis faible, je sais. C'est pour ça qu'un dimanche, alors que pour une fois on a pas de live ni rien du tout à faire derrière Arashi, ben je dois me lever quand même au lieu de roupiller. Et je me lève à la même heure que pour aller en cours quoi, c'est abuser. On aurait au moins pu se donner rendez-vous en début d'aprèm, ça m'aurait permis de dormir, mais non, Tesshi vous lait qu'on mange tous les quatre « parce que c'est plus sympa, tu vois ». Non, je vois pas. Surtout que je vais rien avoir à dire à ce Kamenashi… Ca va être sympa si je reste muet…

Après une bonne douche, je vais m'habiller et m'autorise à rêvasser un peu. Il s'est passé plein de trucs en un an. Il s'est passé des trucs dans l'agence, en dehors… mais je suis toujours avec Masa-chan et ça fait quatre ans cette année. Enfin ça fera quatre ans en décembre. Si on m'avait dit un jour que je resterais si longtemps avec mon tout premier copain, je l'aurais probablement jamais cru. C'est vrai quoi, il a vingt ans, moi dix-sept… en général, à cet âge, on est pas si sérieux. Enfin de ce que je vois autour de nous. Mais Masa-chan et moi, c'est… Je sais pas comment dire, je crois pas qu'il y ait de mots pour décrire. Dans l'état actuel des choses, je me verrais très bien avec lui pour toute la vie. Je sais, je suis trop jeune pour dire ça, mais c'est ce que je ressens.

Je suis content aussi, parce que les relations entre les membres du groupe se sont resserrées. Enfin entre presque tous les membres.

Yamashita (on l'appelle « Pi » plutôt que « Yamapi » maintenant) est très demandé, c'est impressionnant. Il me donne l'impression de gérer genre trois ou quatre emplois du temps de front, je sais pas comment il fait, surtout qu'il passe beaucoup de temps avec nous. Ce met est pas humain, c'est impossible, il est bionique. Il m'épate en tout cas.

Nishikido… On a enfin su pourquoi il se barre régulièrement à Osaka : il a une bande de potes là-bas (six) qu'il veut pas lâcher. Comment on l'a su ? Bah un jour, ils l'ont accompagné. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils sont… remuants. Et bruyants. Et je crois qu'ils ont un sérieux grain aussi. Tous. Im-po-ssible de se concentrer sur quoi que ce soit quand ils sont dans la pièce, c'est l'enfer. Et le pire, c'est que Uchi les connait aussi. Et le pire du pire c'est qu'ensemble, ils parlent même pas normalement. Non, ils parlent tous en kansai-ben, du coup nous on est largués. Et le pire du pire du pire c'est que quand ils sont là, tous les mecs de l'agence qui sont originaires du Kansai se regroupent dans la loge. C'est comme ça que j'ai appris que Ohno-sempai est de là-bas aussi. Ca m'a fait un choc. Et vu que Johnny-san s'est pris d'affection pour ces six loustics (comprendre qu'il a estimé qu'ils pouvaient aussi lui rapporter gros), il les a intégrés à l'agence, du coup, la loge est devenu un lieu de rassemblement. Au secours.

Je me suis super rapproché de Hiro. C'est vraiment un mec super. On passe pas mal de temps à traîner ensemble vu que Tesshi joue de moins en moins les crampons et raréfie ses crises de jalousie amicale. Ca nous permet d'apprendre à nous connaître. Et plus je le connais, plus je l'apprécie. C'est vraiment quelqu'un sur qui on peut compter.

Par contre, malgré le temps qui a passé, zéro rapprochement avec Uchi. J'ai tenté le coup plein de fois, mais rien à faire. On se déteste pas, on s'entend pas mal, mais le courant passe pas, y'a aucun feeling. J'espère que ça finira par s'arranger un jour quand même, parce que si on finit un jour dans le même groupe, ben ça va pas le faire.

Moriuchi… Ben on l'entend toujours aussi peu et il a l'air toujours aussi perdu parmi nous. Je pige toujours pas pourquoi, parce qu'on le met pas à l'écart ni rien, mais c'est lui qui se mêle pas à nous. Je crois qu'il est pas fait pour évoluer dans un groupe. Ou du moins pas aussi nombreux. Au fond, je me demande même si être un Johnny's lui plaît, mais aucun moyen de le savoir vu qu'il nous parle pas. Une énigme, ce mec.

J'ai rien de spécial à dire sur Keii-chan et Shige, parce que ces deux-là ont pas changé. Keii est toujours aussi adorable, gentil et mère-poule. Il dit pas mal de conneries qui nous font rire, surtout avec Shige, mais des fois, on sent vraiment que c'est lui l'aîné du groupe. Et Shige, ben… J'ai l'impression qu'il se décrispe un peu, mais qu'avec Keii. C'est des vrais siamois, comme Tesshi et moi quand ça le prend encore. On les a surnommés KoyaShige.

Tesshi… je crois que mon meilleur ami a un peu mûri. Il scotche un peu moins Pi, prend des cours de danse et de chant à l'extérieur de l'agence parce qu'il se trouve pas au niveau et il fait moins de caprices. Enfin si on excepte cette histoire de double rendez-vous.

Quant à Izumi, il est parti l'année dernière. Personne s'y attendait et on a pas eu trop d'explications. Tout ce qu'il a dit avant de quitter le groupe, c'est qu'il se sentait pas à sa place mais que ça venait de lui et qu'on y était pour rien. On a bien essayé de le retenir, mais y'a rien eu à faire, sa décision était prise. Je me demande ce qu'il est devenu depuis. Il avait une belle voix, j'espère qu'il va pas lâcher le chant. Du coup, on est plus que neuf.

Après ce résumé mental de la situation, je me dépêche de descendre pour prendre mon petit-déjeuner, sinon je vais finir à la bourre.

- Ohayo, 'kaa-chan, fais-je en entrant dans la cuisine.

- Ohayo, mon cœur, répond ma mère. Tu es tombé du lit ce matin.

- A cause de Tesshi, oui, bâillé-je.

- Qu'a donc encore fait ce pauvre Yuya-chan ? sourit-elle.

- Oi, dis pas ça comme ça, on dirait qu'il est martyrisé.

- Et bien tu te plains souvent de ton meilleur ami, Taka.

- Parce qu'il cherche un peu quand même et même si je l'adore, des fois il abuse.

- Et quel est le problème du jour ?

- Il m'a supplié de participer à un double rendez-vous…

- Oh… Il s'est encore trouvé quelqu'un ?

- Encore, ouais c'est le mot.

Oui, finalement, ma mère est au courant pour moi. Depuis l'année dernière. Elle avait vu Tesshi et son copain du moment (je sais plus qui c'était) s'embrasser et elle m'en avait parlé. Comme elle avait l'air plus étonnée que choquée, j'ai pris mon courage à deux mains et je lui ai tout avoué. J'avais la trouille, mais elle l'a bien pris, du coup, je suis vachement plus zen maintenant.

- Et ?

- Ben je lui ai dis oui, mais ça m'enchante pas. C'est foireux ce genre de plan. En plus je le connais que de vue, ce Kamenashi.

- Et bien c'est l'occasion de faire connaissance, tu ne crois pas, trésor ? Après tout, c'est le copain de ton meilleur ami. Et puis, ce n'est pas comme si tu y allais seul, puisque Masaki-kun sera avec toi.

- Je sais, 'kaa-chan.

- Allez, arrête de bouder.

- Je boude pas.

Ma mère adore Tesshi depuis le départ, j'aurais du me douter qu'elle prendrait sa défense. Non pas que ce soit grave, il reste mon meilleur ami en dépit de tout.

J'engloutis rapidement mon petit-déjeuner, puis file me laver les dents et sors de la maison en prenant mon sac. Tesshi voulait aller au zoo je crois. Bizarre comme ça me rappelle encore « Hana yori dango »… J'espère que ça se passera pas comme dans le manga, sinon ça voudra vraiment dire que j'ai la poisse. Mais bon je crois pas parce que Kamenashi-kun a pas l'air d'une racaille et Masa-chan aime pas la bagarre. Il est là quand je sors, comme prévu. Déguisé aussi. C'est devenu un réflexe maintenant. Le visage de Tesshi aussi est connu depuis qu'on fait des concerts derrière Arashi et qu'ils nous présentent tous à chaque fois (même si j'ai du mal à me faire au prénom en premier. Takahisa Masuda, ça me parait bizarre), sans compter les magazines divers., alors j'espère qu'il y aura pensé aussi, sinon on va pas être tranquilles longtemps. Et Kamenashi ben, je sais même pas s'il est backdanser ou pas.

- Ohayo, Masa-chan, fais-je en souriant.

- Ohayo, mon coeur, répond-il de même. On y va ?

- Hai, acquiescé-je en prenant sa main.

Une vingtaine de minutes de b Bon ok, donc le problème vient de plus tard, on arrive au zoo. Immédiatement, Tesshi me repère et me fait des grands signes. Super discret.

- Massuuuuuuuu !

Je fais presser le pas à mon compagnon pour qu'on traverse la rue avant que mon meilleur ami ameute tout Tokyo.

- Coucou, sempai, salue-t-il gaiement Masa-chan.

- Bonjour, Tegoshi-kun, tu va bien ? répond doucement l'interpellé.

- Hai, très bien. Je vous présente mon chéri.

- Kamenashi Kazuya desu, se présente ledit chéri. Hajimemashite.

- Ano... Masuda Takahisa. Hajimemashite.

- Aiba Masaki Hajimemashite.

C'est super space de se présenter aussi formellement alors qu'on est dans la même agence et que, théoriquement, on peut s'y croiser tous les jours. En tout cas, ça aide pas du tout à me mettre à l'aise. Je jette un coup d'œil à Masa-chan pour savoir s'il pense comme moi, mais lui est parfaitement détendu. Bon, ok, donc le problème vient de moi. Youpi.

- On y va ? demande Tesshi demande Tesshi qui a l'air d'être branché sur du dix mille volts comme d'habitude.

- Hai, acquiescé-je sans conviction.

Je l'aurais juré, la première chose qu'il veut aller voir, c'est les pandas. Puis les koalas. Tous les animaux "kawaii" y passent en priorité et Kamenashi a l'air blasé. Il doit tellement avoir l'habitude de la "kawaii-tude" de son copain, qu'il doit plus faire gaffe (quoique je sais même pas depuis combien de temps ils sont ensemble). Mais du coup, il a l'air de se faire royalement chier. On sent bien qu'il est juste là pour lui faire plaisir et basta. Du coup, je me sens un peu moins seul dans cet état d'esprit, ça me dégèle un peu et je décide d'entamer la conversation.

- Tu fais partie d'un groupe ? demandé-je.

- Plus ou moins.

Sa réponse me laisse perplexe. Je vois pas comment on peut faire "plus ou moins" partie d'un groupe. On y est ou on y est pas, mais il y a pas de milieu quoi.

- Heuuuu... comment ça ?

- Je suis avec d'autres gars, mais c'est tout.

- Ah... So ka...

Je vois pas grand chose en fait, mais c'est histoire de dire un truc. Le silence retombe. Retour à la case départ. IL est très beau mais pas causant, c'est pas pratique. Moi je veux bien faire des efforts, mais il y met pas beaucoup du sien. Enfin Tesshi parle assez pour deux faut dire : ça fait bien dix minutes qu'il parle à Masa-chan (enfin disons plutôt qu'il monologue vu qu'il le laisse pas en placer une). Bon bon bon, essayons une deuxième fois.

- Alors comment tu en es venu à sortir avec Tess... Yuya ?

Je me suis repris, parce qu'à part les autres membres de GJ123 et moi, personne appelle mon meilleur ami "Tesshi".

- Il m'a sauté dessus dans un couloir. Et comme il est mignon, j'ai dis oui.

Les bras m'en tombent et je reste bouche-bée. Je sais bien que mon meilleur ami est spontané, vif et plutôt tactile, mais là quand même... Sauter sur un parfait inconnu dans un couloir... A l'agence en plus... Il m'hallucine.

Voilà. Voilà, voilà, voilà... Les sujets de conversation sont déjà épuisés. J'aimerais bien que Tesshi revienne s'occuper de lui ou que Masa-chan revienne vers moi, parce que là c'est limite pénible comme ambiance. Heureusement, je suis sauvé, car Tesshi file vers moi, m'attrape par le bras et m'entraîne devant un enclos parfaitement incongru dans un zoo.

- T'as vu les petits lapins, Massu ? Ils sont trop kawaii, j'en veux un !

Oui oui, j'ai été sauvé par des lapins. D'ailleurs je me demande bien ce qu'ils font là. Même si j'avoue qu'ils sont vraiment mignons. Mais bon, ce "j'en veux un !", j'y ai droit dès qu'il croise un chat, un chien, un lapin, un poussin... (barrer la mention). Si on l'écoutait, la maison de ses parents ressemblerait à une ménagerie ou un parc animalier.

- Mais oui, mais oui, réponds-je comme à chaque fois, avant de l'entraîner vers un enclos moins dangereux vers ses parents, celui des ours polaires.

J'évite les singes, parce qu'il est capable de dire "j'en veux un !" là aussi. Bref, après deux bonnes heures, on décide de s'arrêter pour manger dans un des restaurants du zoo. Un court répit sans "Haaaaaaan trop kawaaaaaaii !". L'essentiel de la conversation du déjeuner est faite par Tesshi, mais il n'a pas l'air de le remarquer. Masa-chan et moi, ça nous dérange pas de pas parler, parce qu'on en a pas forcément besoin pour se comprendre, se regarder suffit très souvent.

On arrive à la fin de la journée sans incident. Malgré mes craintes, ça n'a pas été un fiasco et ça n'a pas non plus ressemblé au rendez-vous à quatre de "Hana yori dango", pourtant, je suis pas fâché que ça prenne fin. J'espère qu'il me fera plus ce genre de plan, parce que bon... On se sépare devant le zoo et Masa-chan et moi repartons de notre côté. Je reprend sa main et on se dirige vers l'arrête de bus.

- Taka, j'aimerais te présenter à mes parents, tu veux bien ? me demande-t-il soudain.

Je sursaute, loin de m'attendre à cette question. En plus j'ai jamais eu l'occasion de les rencontrer pour le moment, parce qu'ils étaient toujours absents à chaque fois qu'on allait chez lui.

- Maintenant ?

Parce que je suis pas du tout préparé psychologiquement moi. Rencontrer ses "beaux-parents", c'est un truc qui se médite, qui se travaille... sans compter que je suis absolument pas sûr de moi et la panique commence à me gagner.

- Et s'ils me détestent ? S'ils me trouvent pas assez bien pour toi ? Ils sont au courant ? Ca les dérange pas ?

- Taka, Taka, du calme, on va juste leur dire bonjour, tu sais, dit-il en prenant mon visage entre ses mains pour me regarder en face. Oui ils savent, non ça les dérange pas, il n'y a aucune raison qu'ils te détestent ni qu'ils ne te trouvent pas assez bien pour moi, alors zen, d'accord ?

Zen, zen, il en a de bonnes...

- Alors tu veux bien ?

- Je suis pas sûr, c'est peut-être trop tôt non ?

- Ca fait quatre ans qu'on est ensemble, Taka, il est temps. Ils ont très envie de te connaître, je t'assure.

- Tu leur a parlé de moi ?

- Evidemment.

Je sais pas quoi décider et ça m'agace contre moi-même. J'ai peur en fait. Le jugement des autres me fout toujours autant la trouille qu'avant.

- Bon, laisse tomber, je veux pas te stresser. On verra une autre fois.

Encore une fois il est prêt à laisser ses propres souhaits de côté pour moi. Mais je ne veux pas être égoïste. Tant pis pour ma peur, je veux lui faire plaisir.

- Non, on y va, fais-je.

- Tu es sûr ?

- Hum.

Un magnifique sourire éclaire son visage. Je serais prêt à n'importe quoi pour le voir me sourire comme ça tout le temps. Il m'embrasse tendrement et je ferme les yeux, ronronnant presque.

- Merci, mon cœur.

Du coup, on se dirige vers chez lui et je sens mon cœur battre de plus en plus vite à mesure qu'on approche. J'ai les mains moites, je me sens pâlir... J'ai presque autant la trouille qu'avant de monter sur scène. Et pourtant, il s'agit d'un truc tout à fait con, que je fais sans arrêt : dire bonjour. Mais d'habitude, je dis pas bonjour à mes « beaux-parents » quoi… On est presque arrivés maintenant. Plus que dix mètres… cinq… trois… Arg, il ouvre la porte.

- Tadaima ! s'exclame-t-il en m'entraînant à l'intérieur juste avant que la pluie commence à tomber, accompagnant le roulement du tonnerre.

- Okaeri, Masaki, fait une voix féminine enjouée, alors qu'on retire nos chaussures. Oh tu n'es pas seul.

- C'est Taka-chan, mon copain.

J'entends la fierté rayonner dans sa voix alors qu'il me présente et ça me donne assez confiance pour lever la tête et regarder son interlocutrice. Ca doit être sa mère. Elle a l'air douce et gentille. Pas de raison d'avoir peur donc.

- Alors c'est toi ce fameux Taka-chan dont Masaki nous parle sans arrêt. Je commençais à me demander si tu étais réel, dit-elle en souriant. Je suis Mariko, la maman de Masaki.

- Masuda Takahisa. Hajimemashite, Aiba-san, fais-je très cérémonieusement en m'inclinant.

- Ne sois pas si formel, sourit-elle à nouveau. Après tout, au bout de quatre ans, tu fais presque partie de la famille, même si on ne se rencontre que maintenant.

Cette phrase est si inattendue et surtout si adorable, que je ressens comme un coup au cœur et du coup, toute ma peur s'envole instantanément.

- Arigato gozaimasu, réponds-je en lui rendant son sourire bien que je me sente rougir de contentement.

- 'To-san est pas là ? demande Masa-chan

- Il était dans le jardin à s'occuper des mauvaises herbes, mais vu ce qui tombe, il va…

- J'étais bien parti là, foutue pluie, foutu temps ! fait une voix masculine venue du fin fond de… je ne sais quelle pièce de la maison.

- Ah le voilà, fait Mariko-san en se tournant.

Quelques secondes plus tard, un homme mesurant bien un mètre quatre-vingt dix émerge dans le couloir, totalement trempé. Woh… ben je sais d'où Masa-chan tient sa grande taille maintenant. J'ai l'air d'un nain. Et Mariko-san avec son mètre cinquante-cinq à tout casser, encore plus (enfin elle, elle a l'air d'une naine, pas d'un nain).

- Tu te rends compte des mauvaises herbes qui ont envahi les platebandes en même pas une semaine ? C'est de la folie. La nature devient dingue, continue le papa géant.

- Oui, hum, anata, nous ne sommes pas seuls, répond Mariko-san.

Le géant regarde son fils, me regarde… Il a l'air largué. Est-ce qu'il a compris que…

- C'est qui lui ? demande-t-il en semblant finalement percuter qu'il y a un étranger dans son entrée.

Je me retiens de toutes mes forces d'exploser de rire. Woh, j'ai trouvé un Ohno-sempai format giant. C'est vraiment le père de Masa-chan et pas celui d'Ohno-sempai ? Parce qu'il est aussi à la ramasse que lui.

La mère soupire d'un air désespéré (elle doit avoir l'habitude) et le fils pouffe. Je l'ai jamais entendu pouffer, c'est marrant.

- « Lui », c'est Taka-chan, le copain de ton fils, explique-t-elle en le regardant l'air de dire « alors fais pas de conneries ».

- Ah. Oh.

De nouveau, je me retiens d'éclater de rire. Ca c'est de la réponse ! Il est énorme, son père, j'adore.

- Aiba Kenichiro, le père de Masaki, se présente-t-il finalement en me tendant la main.

Du coup, au lieu de m'incliner, je la serre.

- Masuda Takahisa, dis-je pour la deuxième fois avant de la récupérer.

Aïe il a une sacré poigne, il m'a détruit la main.

Après ces présentations pour le moins… étranges, on a passé deux heures chez lui, à discuter avec ses parents. Enfin plutôt avec sa mère, parce que son père était là sans être là. Exactement comme Ohno-sempai. D'ailleurs j'ai un peu flippé quand il a proposé de me ramener chez moi pour éviter que je prenne la pluie, mais non il était concentré sur la route et tout s'est bien passé. Tu parle d'une journée. Je m'en souviendrais aussi de celle-là.