Je n'ai pas respecté la date réelle de sortie du single « NewS nippon » (7 novembre 2003), parce que je n'ai pas pu regarder le net au moment où j'écrivais le chapitre précédent. Là aussi, je m'en excuse auprès des fans.
Chapitre 15
NewS
22 décembre 2003
Inutile de dire qu'après cette journée mémorable, tout s'est enchaîné très vite. Si j'ai cru un jour être occupé, je sais maintenant qu'en réalité, j'avais énooooormément de loisirs. Interviews à n'en plus finir (avec toujours les mêmes questions, sinon c'est pas marrant), shoots quotidiens pour tellement de magazines que je me souviens même pas lesquels… sans compter le boulot pour enregistrer « NewS nippon ». On s'imagine pas ce que ça fait d'enregistrer sa propre chanson, son premier single. On est tellement fiers, tellement heureux…
On a pas mal discuté dans le van qui nous emmenait vers le studio d'enregistrement. La première étape de notre journée marathon. Aucun de nous y avait jamais mis les pieds et du coup, on était tous aussi curieux qu'excités. En arrivant sur le parking, j'ai reçu un mail de Masa-chan. Il avait appris le début de NewS dans un magazine et il était très heureux pour nous et très fier de moi. Son mail m'a tellement touché, que j'ai senti les larmes me monter aux yeux.
- Massu, ça va ? me demande Hiro, jamais très loin de moi.
- Hai. Daijobu.
- T'es sûr ? Ca a pas l'air pourtant.
- Qu'est ce qui se passe ? questionne Tesshi, que j'ai pas entendu arriver derrière.
- Ben je sais pas, justement, j'ai juste l'impression que Massu est triste.
- Je suis pas triste, me défends-je. J'ai juste reçu un mail de félicitations de Masa-chan.
- Ah…
L'exclamation a jailli de leurs deux bouches. Ouais, comme ils disent. Quand on sait ça, on sait tout. Quand on me connait assez du moins. Je range mon portable et me concentre. On a un boulot très important à faire et je peux pas me permettre d'être larmoyant ou je sais pas quoi.
On rentre dans le bâtiment et notre désormais manager (ça fait quand même vachement classe de se dire que maintenant on a un manager) nous indique la porte du studio qui nous est attribué. Si on peut dire une chose, c'est que c'est impressionnant. Devant nous quand on rentre, se trouve une gigantesque console informatique avec tellement de boutons, mannettes, leviers etc, que je me demande comment un gars tout seul peut suffire à la manœuvrer. Parce que je pense pas que le mec d'à côté, en costard cravate, s'y connaisse.
- Fujitaka-san ? fait Fujioka-san.
- Ah vous êtes là ! fait le type en costard. Irrashaimase ! Je suis Fujitaka, le responsable de ce studio.
- Konnichiwa. Yoroshiku onegaishimasu, faisons-nous tous en nous inclinant.
Mon regard dépasse la console. Derrière une vitre, il y a une salle qui doit être insonorisée, avec des micros sur pieds placés en cercles, protégés par un genre de plaque. Contre les postillons ? Autour de moi, j'entend les gars pousser des exclamations stupéfaites en découvrant certainement la même chose que moi. Moi, je suis juste trop impressionné pour dire quoi que ce soit.
- On y va, les garçons ? fait finalement Fujitaka-san.
On acquiesce tous et on dépose nos affaires sur un banc situé derrière, qu'aucun de nous n'avait remarqué. Une fois qu'on est tous rentrés dans la salle, il referme la porte et une voix qui n'est pas la sienne nous parvient du haut-parleur placé dans un coin du plafond.
« Placez-vous chacun devant un micro, à un pas de distance. »
Un Johnny's c'est discipliné, ça fait ce qu'on lui dit, donc on s'exécute.
« Vous allez dire quelque chose chacun votre tour, que je teste les micros. »
C'est Pi qui commence en prononçant son nom. Trouvant que c'est une bonne idée, Uchi, placé à sa droite, fait de même et finalement on fait tout pareil. Sans surprise, Tesshi s'est mis à ma gauche et Hiro à ma droite. On est l'inséparable trio.
« Il y a un casque posé sur chaque micro. Mettez-le. »
J'arrive pas à croire qu'on y est. Pn va enfin enregistrer notre premier single. Je me demande comment se sont senti les Arashi quand ils ont enregistré « Arashi »… Excités ? Heureux ? Inquiets ? Tout à la fois ? Moi en tout cas, c'est comme ça que je me sens. J'ai le cœur qui bat à dix mille à l'heure au moins. Je met le casque et regarde les autres. On a tous l'air un peu idiot avec ce gros machin sur la tête (enfin sauf Yamashita qui a la classe. Il a toujours la classe ce mec d'ailleurs, je sais pas comment il fait), mais c'est pas grave.
« La musique va démarrer. A vous de jouer. »
Je sursaute quand la voix, qui sortait du haut-parleur il y a même pas une minute, se fait entendre directement dans mes oreilles. Et dans celles des autres par la même occasion. Effectivement, la musique démarre… mais si vite qu'on a pas le temps de réagir. Aucun de nous était prêt à chanter. La musique se coupe.
« On reprend. Tenez-vous prêts cette fois. »
Il y a de la lassitude dans la voix du technicien. Un peu comme s'il avait l'habitude de faire enregistrer des groupes pour la première fois. Lâchant mes réflexions, je me reconcentre très vite, car la musique est repartie du début. On commence le refrain… avant d'être obligés de s'arrêter trois phrases plus tard : Moriuchi est pris de hoquet. Ca fait rigoler tout le monde… sauf le technicien apparemment.
« Toi là, avec le hoquet, va boire pour le faire passer et reviens vite. »
- Hai, j'y… HIC… J'y vais. HIC, répond le pauvre en posant son casque. Gomen les… HIC… gars.
Il sort en vitesse et je me sens désolé pour lui. Du coup, on commence à discuter, mais Pi nous recadre tout de suite.
- Restez concentrés, sinon on ne s'en sortira pas.
- Hai.
Moriuchi tarde pas à revenir, reprend sa place après de nouvelles excuses à tout le monde et remet son casque. On est repartis. Le refrain passe bien. La voix de Yamashita, aussi posée et fluide que d'habitude, aussi. Deuxième couplet avec Uchi, Hiro, Keii-chan et Nishikido. Keii trébuche sur plusieurs mots, bafouille. La musique s'arrête à nouveau et Nishikido le foudroie du regard.
- J'ai pas fais exprès ! se défend le pauvre Koyama.
« On reprend du début. », fait le technicien, impitoyable.
On s'exécute et finalement, le passage en question passe nickel. Pi reprend sans le moindre accroc (ce gars-là est vraiment incroyable) et c'est le tour de mon groupe. J'inspire profondément. Allez, Taka, tu peux le faire. Go. Je commence à chanter avec Tesshi, Shige et Moriuchi, mais plus on avance dans le couplet, plus je sens ma voix dérailler dans les aigus sans que j'y puisse rien. Finalement, au bout du couplet, la musique s'arrête pour la quatrième fois.
« Toi, avec la coupe bizarre. (je me retourne. Une coupe bizarre, ça peut être que moi vu ma tignasse) Ouais toi. Tu peux faire attention à placer ta voix correctement ? »
Je me sens rougir jusqu'à la pointe des cheveux.
- Ha… Hai… Sumimasen…
Les autres me jettent un regard de compassion. Visiblement, ils m'en veulent pas, même si par ma faute on va encore devoir tout refaire du début. Enfin ils m'en veulent pas… sauf Nishikido qui me lance un regard noir. Il commence franchement à m'agacer celui-là. Il faut que quelqu'un lui fasse fermer sa grande gueule. J'explose.
- Sérieux, arrête de regarder les gens comme ça à la moindre erreur, Nishikido ! Toi aussi tu peux te gourer, t'es pas à l'abri, alors écrase !
Tesshi et Hiro me fixent en clignant des yeux, visiblement hallucinés de ma réplique. Ben oui, ils ont pas l'habitude de m'entendre hausser la voix.
- Mais MOI je me suis pas planté, contrairement à toi, Masuda, alors si quelqu'un doit la fermer, c'est plutôt toi.
- « Je », « moi », « moi », « je »… T'en as pas marre de penser qu'à toi ?
- Oh la, oh là, stop ! intervient Fujioka-san en entrant dans la pièce. On se calme, les gars. Qu'est ce qui se passe ?
- Il se passe que j'en ai ras le bol de voir ce crétin foudroyer les gens du regard dès qu'un truc lui plait pas !
- Pauvre petit, ricane ledit crétin.
- Ce n'est pas le moment de vous disputer, dit encore notre manager. Si vous avez des différends, vous les règlerez après. Là, vous avez du travail et le temps c'est de l'argent, surtout en studio. Compris ?
Seul le silence lui répond. C'est lui qui fait chier et c'est moi qui me fait engueuler avec, j'hallucine quoi.
- Nishikido-kun, Masuda-kun, c'est compris ? insiste Fujioka-san.
J'acquiesce du bout des lèvres. Il m'énerve ce type, mais il m'énerve… Bon allez Taka, zen. Tu verras ça après, c'est pas grave. J'inspire profondément et décide d'ignorer royalement mon… « ennemi » (il l'est pas vraiment, c'est juste qu'il m'agace à se croire supérieur aux autres). Fujioka-san sort, referme la porte et la voix du technicien résonne de nouveau dans nos oreilles.
« C'est reparti. Faites tous attention. »
On reprend donc. Refrain tous ensemble, couplet de Pi, couplet du groupe un (Uchi, Hiro, Nishikidiot et Keii-chan), de nouveau Pi et à notre tour. Cette fois, je suis bien concentré et ma voix passe normalement au milieu de celles des autres. Je me sens soulagé mais ne me déconcentre pas et on enchaîne tout jusqu'à la fin. Je me détends. On l'a fait ! Yattaaaaaaaaaaaa !
« Qui fait la deuxième voix ? », demande le technicien.
Tesshi lève timidement la main.
« Bien. On va t'enregistrer à part. Tiens-toi prêt. »
Il hoche la tête. Ses joues sont rouges comme s'il était gêné d'être le centre de l'attention, mais je sais, parce que je le connais, que c'est plutôt de la fierté. Il est heureux d'avoir tellement travaillé sa voix, qu'il a été choisi pour faire la seule seconde voix. Et il faut avouer qu'il y a de quoi. Je continue à fixer mon meilleur ami. Il a fermé les yeux comme pour mieux se concentrer, les mains posées sur les gros écouteurs du casque. Il y a un silence pendant lequel je suppose qu'il entend juste la musique, puis sa voix s'élève seule dans le silence. Claire, pure, cristalline. Pour moi, sa voix sera toujours un miracle.
Quelques instants plus tard, il termine et je me retiens très fort pour pas l'applaudir.
« Revenez à côté. », demande le technicien.
On repose tous les casques et on s'exécute.
- Bon, écoutez le résultat sans la deuxième voix, fait l'homme assis devant la console.
Il a pas l'air de déborder de joie. A son ton, j'ai même l'impression qu'on s'est royalement plantés. Il lance l'enregistrement et l'arrête à la fin, avant de faire pivoter son siège pour nous faire face, mais c'est pas lui qui prend la parole.
- Vous en pensez quoi ? fait Fujitaka-san.
On hésite tous à s'exprimer. C'est… comment dire… une catastrophe. Je sais pas si c'est parce qu'on était trop concentrés ou quoi, mais on a l'impression, en nous écoutant, que c'est une corvée de chanter et/ou qu'on lit les paroles en même temps qu'on les chante. C'est plat, il y a pas d'âme, pas de vie, bref… je crois qu'on est bons pour tout recommencer.
- Il n'y a pas de vie, résume Yamashita.
- Exactement, acquiesce le directeur du studio. Cette chanson est censée être un hymne entraînant, quelque chose qui doit donner du punch, donner envie de danser. Là, on a l'impression que vous revenez d'un enterrement.
- Sumimasen, s'excuse notre leader en s'inclinant, imité de nous tous.
Ah oui, pas mal la comparaison, j'y avais pas pensé. Bon ben… y'a plus qu'à recommencer quoi.
- Souvenez-vous de votre joie pendant votre live et mettez-y le même coeur, nous conseille notre manager.
On acquiesce tous et on retourne dans le studio, avant de remettre les casques. Allez les gars, cette fois, c'est la bonne !
Il aura fallu presque trois heures pour arriver au résultat voulu par le directeur du studio. Quand on a écouté la bande finale, c'était bluffant. Même moi j'avais envie de danser en l'écoutant. C'est émouvant de l'entendre finie, cette chanson.
- Otsukaresama, fait Fujitaka-san.
On répond tous la même chose et on récupère nos affaires avant de suivre notre manager vers la sortie. J'ai juste le temps d'entendre le directeur s'adresser au technicien :
- Ils vont faire des étincelles, ces petits.
Malgré moi, je souris. J'espère qu'il a raison.
Pas le temps de souffler, on file à l'étape suivante : le studio photo où sera prise celle qui figurera sur la jaquette du single. Je commence à fatiguer et en plus, j'ai faim, j'entend mon estomac grogner. Hiro, assis à côté de moi (il a pris Tesshi de vitesse), a du l'entendre aussi, parce qu'il ouvre son sac et en sort un paquet de gâteaux, qu'il me tend discrètement.
- T'es sûr ? murmuré-je. Je veux pas te piquer ta bouffe.
- Sûr, sourit-il. T'inquiète.
- Wakatta. Arigato, dis-je en lui souriant.
Mon regard se pose sur l'emballage. C'est ceux que je préfère. Ceux qu'on trouve uniquement au combini à côté de l'agence. Coïncidence ? Peut-être mais je crois pas. Je jette un coup d'œil à Hiro. Il regarde par la fenêtre, comme absorbé par la ville qui défile à mesure que le van avale les kilomètres, mais je suis pas dupe. Enfin pas totalement. J'ai bien remarqué à quel point il s'est rapproché de moi ces dernières semaines. Ce que je sais pas, c'est pourquoi. Enfin j'ai un doute mais je suis pas sûr et je voudrais pas conclure de travers. Le plus simple serait que je lui parle… mais je suis pas certain d'être prêt à entendre ce que j'entendrais peut-être. Pensif, j'ouvre le paquet et engloutis un biscuit sans même faire attention à son goût.
- Massu, ça va ? me demande mon ami, ses grands yeux pleins d'inquiétude.
- Hum ? Oh oui ça va.
- Tu pensais encore à lui, ne ?
- A lui ? relevé-je avant de comprendre. Ah non. Pour être franc, c'est à toi que je pensais.
La stupeur lui fait écarquiller les yeux et le rouge envahit ses joues. J'aurais pas du dire ça.
- A moi ? Pou… Pourquoi ? bafouille-t-il.
Normal qu'il pose la question après ça. Masuda Takahisa, le roi de la boulette.
- Pour rien.
- Demo…
- Allez, les gars, on descend, fait la voix de Fujioka-san.
Ouf. Safe. Voilà un manager qui tombe à pic.
- On en reparlera plus tard, dis-je en posant le paquet de biscuits à peine entamé sur les genoux de mon ami.
Je me lève, sors du van sans lui laisser le temps de dire un mot. En même temps, qu'est ce que j'ai été dire, sérieux… « on en reparlera plus tard »… Genre je vais lui dire « dis-moi, j'ai l'impression que t'es amoureux de moi, c'est vrai ? ». Ca fait super orgueilleux et en plus, je me fais sûrement des films. Reste à espérer qu'avec ce qui nous attend jusqu'à la fin de la journée, il va oublier. Je peux vraiment être crétin, des fois. L'air de rien (donc l'air absolument pas naturel), je rejoins les autres, la tête pleine de questions. Et si c'était vrai ? Si je me faisais pas du tout des films et qu'il m'aimait pour de bon, ça me ferait quoi ? Est ce que j'ai assez tourné la page Masa-chan pour envisager autre chose ? Pour envisager de sortir à nouveau avec quelqu'un ? Pour sortir avec Hiro ? Qu'est ce que je ressens pour lui au juste ?
Je suis tiré de mes réflexions par Tesshi, qui me flaque un coup de coude dans les côtes. Itai ! Qu'est ce qui lui prend ? Il est fou ou…
- Masuda-kun, ce que je dis ne t'intéresse pas ? fait alors la voix de Fujioka-san.
Merde, j'ai rien entendu de ce qu'il racontait. Mens, Taka, mens.
- Si si, bien sûr. Je vous écoute.
- Hum, fait-il, pas vraiment convaincu. Donc, pour Masuda-kun, je répète : plusieurs genres de photos vont être prises et c'est moi qui choisirais celle qui sera sur la pochette du single, alors faites de votre mieux.
On acquiesce tous, mais je sens le regard d'Hiro sur moi. Je sais pas si c'est à cause de notre conversation avortée ou s'il m'a toujours regardé avec cette intensité, mais son regard semble me brûler et je me fais violence pour pas le croiser, sinon adieu ma concentration.
- Massu, t'es tout rouge, ça va pas ? s'inquiète Tesshi alors qu'on se dirige vers les vestiaires.
Merde, il manquait plus que ça…
- Si si, j'ai juste très chaud, mens-je.
- Normal, intervient Keii-chan, me sauvant la mise. Il faut super lourd. Je serais pas étonné qu'on ait un orage dans la journée.
Merci, Keii-chan, je t'adore !
- Si c'est le cas, j'espère qu'on sera pas à l'extérieur, sinon on va se faire sacrément saucer, dit à son tour Shige.
La conversation dérivant sur un sujet bien moins dangereux (le temps), je me détends un peu. Je suis toujours pas fan des photos, parce que je me trouve une drôle de tête dessus et surtout moins beau et plus gros que les autres. Et je sais pas pourquoi, je sens que je vais devoir me battre pour jamais me retrouver torse nu devant un objectif.
On rentre dans les vestiaires assez grands pour qu'on ait chacun un miroir et une tablette. Sur le haut de chaque miroir, un papier avec notre nom est scotché et à côté, il y a un portant avec tous les costumes prévus pour le shoot. Et quand je dis « tous », c'est qu'il y en a une bonne dizaine. J'ose même pas m'approcher des miens pour découvrir l'étendue des dégâts. Le seul qui me bousille les yeux, c'est une combinaison jaune citron. Désespéré, je regarde autour de moi. Apparemment on en a tous une. Rouge pour Pi, bleue pour Nishikidiot, rose pour tesshi (pourquoi c'est le seul qui a hérité de la « couleur fille » ?), violette pour Keii-chan, verte pour Shige. Je vois pas celles de Hiro, Uchi et Moriuchi, ils sont trop loins. Mais c'est quoi le trip des couleurs ? On est NewS, par l'Arc-en-ciel (d'ailleurs j'ai appris qu'il y a vraiment un groupe qui s'appelle comme ça mais qui n'est pas composé de Johnny's et ne fait pas du tout le même genre de musique que nous). Je croise les doigts pour que notre manager choisisse pas la photo où on portera ces trucs, sinon on aura l'air ridicules sur notre premier single et je veux pas. Yada !
Une fois coiffés et maquillés, on est priés d'enfiler la fameuse combinaison. C'est moche et flashy, mais je vais éviter de me plaindre, parce qu'au moins, c'est pas moulant et je suis pas torse nu. Tesshi a pas l'air embêté par sa « couleur fille » vu comment il rigole avec Keii-chan. Je tourne la tête quand des « taches » de couleur apparaissent dans mon champ de vision : ah tiens Uchi est en orange, Moriuchi en vert clair et Hiro… Woh flashant le bleu turquoise, on risque pas de le louper sur la photo. Le pauvre. On se dirige tous vers le studio pour la première série de photos. On nous fait prendre des poses totalement ridicules et absolument pas naturelles. Je me sens con, mais je souris puisqu'il faut. Bref, après dix minutes, on est priés d'aller se changer et je découvre sur mon portant la couleur de la tenue numéro deux. Ben c'est ce qui s'appelle passer d'un extrême à l'autre : de la couleur flashy au bête noir et blanc. Un t-shirt blanc tout simple, un pantalon gris foncé, des baskets et un gilet sans manches noirs. C'est presque déprimant, mais au moins c'est presque classe et on a tous la même chose cette fois. Y'a juste Pi qui a des petites chaînes chromées en plus sur son gilet. Quand on est tous prêts, on y retourne et le photographe nous fait ranger en V, avec Pi à la pointe. Du coup, vers la gauche en partant de lui on a Uchi, Nishikidiot, moi et Tesshi. De l'autre côté il y a Keii-chan, Shige, Hiro et Moriuchi. J'ai pas le bol, quand même d'avoir le crétin imbu de lui-même juste à côté de moi. J'aurais préféré avoir Hiro. Depuis l'autre côté, d'ailleurs, il me lance des regards, je le sens même si je regarde l'objectif (que par conséquent lui ne regarde pas puisque c'est moi qu'il regarde). Mon « on en parlera plus tard » doit lui trotter dans la tête. Quelle idée de dire ça franchement… Il va sûrement me bondir dessus dès la fin du shoot vu qu'on sera « plus tard » et je sais absolument pas ce que je vais bien pouvoir lui dire. C'est la loose.
Quand cette série de photos est prise, on repart dans les vestiaires et la comédie se poursuit jusqu'à ce que la dernière tenue, presque totalement blanche, y soit passée. Ouf, enfin fini. Le photographe nous remercie, nous aussi et on retourne s'habiller. Dans les vestiaires, je sens à plusieurs reprises que Hiro veut venir me parler, mais Tesshi est en mode moulin à paroles et j'avoue ne l'écouter que d'une oreille distraite pendant qu'il commente l'après-midi avec l'enthousiasme qui le caractérise. C'est pas que j'aime pas l'entendre piapiater ou qu'il me soule, mais là, j'ai deux préoccupations plus importantes : l'émission de ce soir où on va devoir se présenter, parler de nous, du groupe, de la chanson et la chanter… et ma future conversation avec Hiro. Et je dois dire que c'est cette dernière qui me tracasse le plus. Un quart d'heure plus tard, le van reprend la route vers l'agence. On va avoir trois heures de répit avant l'émission. Tant mieux, je suis crevé et j'ai faim, parce que le micro repas avalé en vitesse sur un coin de table en début d'aprèm, ça cale pas une table bancale si vous voulez tout savoir. A peine assis, Hiro, qui a de nouveau pris Tesshi de vitesse (« j'en ai marre, je peux plus me mettre à côté de Massubidou, t'es chiant. Bah je vais voir Keii-chan, voilà »), lance les hostilités.
- Ne, Massu… on est « plus tard » là nan ? chuchote-t-il.
Voilà qu'est ce que je disais. Je savais qu'il dirait ça. Je hoche la tête.
- Alors tu veux bien m'expliquer pourquoi tu… pensais à moi tout à l'heure N
J'aimerais bien. Le problème, c'est que j'en ai pas la moindre idée. Enfin plutôt, je sais pas l'expliquer. Vaut mieux procéder autrement pour vérifier ce que je soupçonne.
- Tu me regarde beaucoup en ce moment, remarqué-je « innocemment ».
- Ah bon ? fait-il mine de s'étonner alors qu'il est soudain devenu tout rouge.
- Hum. Et c'est pas la première fois que t'as dans ton sac ma boisson ou mes gâteaux préférés.
- Ben… Ben on est amis… bafouille-t-il.
- Et c'est parce qu'on est amis que t'essaye de battre Tesshi à la course à chaque fois qu'on doit s'assoir quelque part ?
Là, c'est peut-être un peu trop. Le pauvre a l'air au supplice et la rougeur de ses joues s'est accentuée. Je crois que mes soupçons sont fondés, mais je voudrais qu'il le confirme lui-même. Je sais pas où ça va nous mener, mais j'ai envie qu'il confirme.
- Anooo… pas… exactement…
Je fais celui qui a pas capté.
- Comment ça ?
- Ben… hésite-t-il.
Il s'agite sur son siège. Il voulait cette conversation, mais là, je crois qu'il a juste envie de fuir. Sauf qu'il peut pas vu qu'on roule. Allez, Hiro, je peux pas le dire à ta place…
- Tu sais, je… Enfin… balbutie-t-il.
Je l'encourage d'un sourire… qui semble lui faire encore plus perdre ses moyens. On est bien embarqués tiens… Soudain, je sursaute. Il a pris ma main sans crier gare et la serre un peu dans la sienne. Rien que ce geste veut tout dire.
- Tu ferais mieux de dire ce que j'ai déjà compris, tu sais.
- He ?
Son regard, qui m'avait quitté, se repose sur moi, ahuri. Son innocence me touche. Il a l'air sincèrement surpris que je l'ai grillé. Trop chou.
Du menton, je désigne nos mains aux doigts entrelacés et il retire aussitôt la sienne, avant de l'enfouir vivement entre ses cuisses, le regard sur le sol et plus rouge que jamais.
- Baka… dis-je gentiment en lui caressant la joue. Si je t'ai laissé faire, c'est que ça me dérangeait pas.
- He ?
Deuxième regard ahuri. Trop mignon. De moi-même, je dégage sa main en prenant son poignet et la reprend dans la mienne, déclenchant un troisième regard ahuri. J'ai dis qu'il était trop mignon ?
- Je… murmure-t-il. Tu veux bien sortir avec moi ? Onegai…
Il a pas réussi à le dire finalement, mais sa proposition est un aveu. Et maintenant que je l'ai provoqué, je sais plus quoi répondre. Les interrogations qui me tournaient dans la tête en début d'aprèm reviennent me hanter, mais j'ai aucune réponse et pourtant, maintenant qu'il a posé la question, il faut bien que je dise un truc.
- J'ai beaucoup d'affection pour toi, mais je sais pas si ça deviendra de l'amour un jour et je veux pas que tu souffre par ma faute.
- Ca me va. De l'affection c'est déjà bien et je ferais en sorte que tu tombe amoureux de moi.
- Alors d'accord.
Il me sourit, d'un air si heureux qu'il m'éblouit presque. Remarque, sortir de nouveau avec quelqu'un est le meilleur moyen de tourner définitivement la page Masa-chan. Et j'aime vraiment beaucoup Hiro. J'ai aucun mal à m'imaginer avec lui, alors que c'était impossible avec Tesshi quand il m'aimait (heureusement que c'est plus le cas). Le van nous dépose et notre manager nous relâche en insistant lourdement sur l'heure à laquelle on doit être de retour.
- Ouais ben on a pigé, on est pas des débiles non plus, grogne toujours aussi aimablement Nishikidiot.
Je me demande vraiment s'il sait parler sans râler/grogner/aboyer (ne rayer aucune mention). Je hausse les épaules, me désintéressant de son cas, surtout qu'il s'est déjà barré de son côté et me tourne vers mon désormais petit ami (ça fait bizarre de dire ça).
- J'habite pas loin, tu veux venir ?
- Honto ?
Dingue comme il a l'air heureux pour un truc aussi anodin. Trop chou. Du coup on va chez moi. Ma mère est partie dans un onsen avec une amie, du coup on est tout seuls, alors j'improvise un truc à manger… en le prévenant que ça risque d'être très moyennement comestible vu que je suis un peu très nul en cuisine, mais ça a pas l'air de le déranger. Finalement, on retourne à l'agence pour la dernière partie de la journée. Ca va être amusant et tout le monde a l'air du même avis. Au moment d'aller sur scène, Hiro s'attarde un peu et je l'attend, croyant qu'il a oublié un truc, mais je découvre que c'était une ruse quand il me vole un baiser en rougissant. En temps normal, j'aurais protesté, je l'aurais peut-être même repoussé… mais une sensation étrange est née dans mon estomac. Comme des papillons. Et j'avais plus ressenti ça… depuis que j'étais tombé amoureux de Masa-chan.
