29 décembre 2003

Aujourd'hui, ça fait exactement une semaine que je sors officiellement avec Hiro et mon soupirant reste planté comme un piquet. Je veux dire qu'il s'est encore rien passé de plus que le baiser qu'il m'a volé le soir même. Et quand je dis rien, c'est absolument rien. C'est à peine s'il ose me prendre la main quand on est seuls. Je commence à me demander si je suis intimidant ou quoi. Il me semble pas pourtant. Mais j'ose pas le brusquer, alors autant dire qu'on est pas rendus.

Notre premier Countdown en tant que NewS est dans deux jours et on est tous super excités. Par contre, j'ai jamais autant vu ma tête et sur tous les supports possibles : posters, tissus, photos, t-shirts, uchiwas, badges, porte-clés, unes de magazines… ça donne le vertige, c'est flippant… et ça commence à être un peu écœurant. Trop de moi tue le moi. Enfin de mon point de vue. Nishikidiot, ça doit lui faire plaisir de se voir partout. Bref… Dans notre marathon promotionnel, on a enfin une journée off. Je sais que la plupart des membres vont tranquillement buller chez eux, mais j'ai d'autres projets. Ou plutôt j'ai pris une décision : je vais aller voir Masa-chan à l'hôpital. J'y suis pas allé une seule fois depuis notre rupture. C'est aussi lâche que dégueulasse, je sais, mais tant que j'avais pas remonté la pente, c'était infaisable, je me serais effondré. Maintenant, je vais pouvoir lui faire face sereinement. Du moins j'espère.

Dans le bus qui m'emmène là-bas, je me dis que j'aurais du demander à Hiro de m'accompagner. En renfort moral. Au cas où je m'effondre quand même. Mais je suis tout seul et du coup, je flippe. Si j'ai pas autant tourné la page que je pensais et qu'ne le voyant… Non non Taka, calmes-toi. J'inspire profondément, frappe et l'entend dire « entrez ». Cette fois, je peux plus reculer. Je fais coulisser la porte et pénètre dans la chambre. Cette même chambre où il m'a largué.

- Taka-chan ? fait-il, stupéfait.

Cette voix… comme elle m'a manqué. Et le sourire lumineux qui apparait sur son visage en me voyant aussi, même si ça me serre la gorge.

- Je suis content de te voir. Viens, approche-toi. Désolé, je ne peux pas me lever pour le moment.

- Comment tu te sens ? Il y a du mieux ?

- Ca dépend des jours. Il y a des hauts et des bas, mais je garde espoir et courage. Mais parlons plutôt de toi. Comment ça se passe avec les NewS ? Tu t'amuse ? J'ai lu ta première interview, je suis fier de toi.

Je souris de son empressement. C'est tout lui ça. Je m'assois sur la chaise, près de son lit ? J'avais oublié la beauté particulière de son visage.

- Raconte-moi. Je veux tout savoir, me presse-t-il.

Alors, les yeux rivés sur lui avec autant de fascination qu'avant, je lui raconte les moindres détails. Il s'esclaffe à plusieurs reprises, affiche parfois un air réprobateur ou un sourire réjouit. Toutes ces mimiques, je les connais par cœur et je sens au fond de moi qu'il en faudrait vraiment très peu pour retomber amoureux de lui. Je sens qu'un simple « reviens » suffirait à me ramener à lui. Mais il le dira pas, puisque c'est lui qui m'a poussé à m'envoler loin de lui… et ça me fait quelque chose. Ca devrait pas vu que j'essaye de construire une histoire avec Hiro. J'aurais pas du venir, je le savais. C'était trop tôt, j'ai préjugé de mes forces. Aucune de mes blessures n'est vraiment cicatrisée. Je suis pas encore assez solide. La preuve ? Les larmes qui me brûlent les yeux.

- Taka-chan, pourquoi tu pleure ? me demande-t-il doucement en essuyant du revers de la main les larmes qui coulent malgré moi.

Je répond pas. Qu'est ce que je pourrais dire de toute façon ? « Je pensais t'avoir oublié mais en fait non » ? Non, je peux pas dire ça. Et puis j'ai Hiro maintenant, c'est méchant pour lui. Je me sens mal. J'aurais pas du venir, c'est une certitude. Les larmes dévalant mes joues en torrent, je bredouille un « jaa ne » et m'enfuis lâchement en courant. Pauvre Masa-chan, il doit rien comprendre à ce qui se passe, mais je pouvais pas lui expliquer. Je suis perdu. Totalement perdu. Une fois dehors, je sors mon portable de ma poche et fais le numéro de Hiro.

- Hi… ro… hoqueté-je quand il décroche.

- Massu ? fait sa voix stupéfaite. Tu pleure ? Pourquoi ? Qu'est ce qui se passe ?

- J'ai… fais une… bê… tise…

- Comment ça ? Quelle bêtise ?

Mais les sanglots me submergent et redoublent, me rendant incapable de parler, ce qui le panique encore plus.

- Tu es chez toi ?

Perdu, je commence par secouer la tête, avant de me souvenir qu'il me voit pas.

- N… Non… murmuré-je, si bas que je me demande s'il a entendu.

- Où alors ?

Ah bah si il a entendu.

- A… Aiiku Hospi… tal…

- Aiiku Hospital ? Qu'est ce que tu f… Bon, bouge pas d'où tu es, j'arrive !

Il raccroche et je m'écroule à genoux, secoué de sanglots que j'arrive pas à contrôler. Je me sens tellement mal. Le trou béant que je pensais refermé s'est rouvert et saigne de plus belle dans ma poitrine. Hiro, NewS… tout mon bonheur tout neuf vient de voler en éclats comme un fragile verre en cristal. Et d'ailleurs c'est comme ça que je me sens : fragile comme du cristal. Est-ce que j'arriverais à être heureux à nouveau ? Là, ça me semble impossible.

Je sais pas combien de temps s'est écoulé, quand je sens des bras se refermer sur moi. Déduisant qu'il s'agissait de Hiro, je me jette à son cou et me remet à sangloter sans pouvoir m'arrêter. Mes larmes dévalent mes joues à torrent, trempent son t-shirt et je suis même pas capable de lui expliquer ce qui se passe. Le temps pase, mais il me brusque pas, il m'assomme pas de questions, il me laisse me calmer tout seul, en caressant juste ma nuque et en déposant des petits baisers dans mes cheveux. Il aura fallu que je pleure pour qu'il se bouge…

Finalement, j'ai du me vider de toute mon eau, parce que les larmes s'arrêtent de couler et je reste à hoqueter bêtement.

- Viens, on va s'assoir, me dit-il gentiment.

Il passe un bras autour de mes épaules et me pilote vers le parc tout proche où on prend place sur un banc inoccupé.

- Maintenant tu veux bien m'expliquer pourquoi tu es dans cet état et pourquoi près d'un hôpital ?

- C'est… lié.

- Comment ça ? Tu es malade ?

Je secoue la tête, mais j'hésite à lui dire la vérité. Est-ce qu'il va pas prendre ça pour une trahison ? Tant pis, il a le droit de savoir.

- Je… suis allé… voir Masa-chan.

- Ah.

Juste ça. C'est sa seule réaction. Il doit être déçu et j'ose pas le regarder pour voir ce qu'il y a au fond de ses yeux.

- Pourquoi t'y es allé ? C'était évident que t'étais pas encore assez remis pour ça.

He ? il es pas fâché ?

- Tu m'en… veux pas ?

- Baka… Je t'en veux pas d'y être allé, c'est ton ex, mais je comprend que tu puisses pas couper tout lien avec lui vu le temps que vous avez passé ensemble. Ce que j'aime pas, par contre, c'est te voir dans cet état. Et vu ta sensibilité, c'était sûr que le voir allait…

- Non c'est… pas ça… hoqueté-je, lui coupant la parole.

- Ah non ?

- Enfin… pas que.

- Quoi d'autre alors ? demande-t-il en me caressant les cheveux.

- Je… crois que… je l'ai pas… autant oublié… que je… croyais… avoué-je, piteux.

- Tu l'aime encore ? c'est pour ça que t'es si bouleversé ?

- Un peu…

Il y a un silence. Cette fois, c'est fini, je vais me retrouver tout seul. Et je l'aurais pas volé.

- So ka.

- Gomen nasai… m'excusé-je en m'inclinant.

Je me sens minable de trahir ses sentiments aors qu'ils sont sincères. Pardon Hiro, je suis trop nul…

- Tant pis, je vais pas me laisser écarter par un souvenir, un fantôme de relation, décrète-t-il soudain. Je vais me battre pour qu'il y ait plus que moi dans ton cœur.

He ? Il me fixe d'un air décidé, en m'attrapant par les épaules. Je l'ai jamais vu si sûr de lui, ça fait bizarre.

- T'entend, Massu ? Je vais me battre !

Il me laisse pas tomber ? Il veut encore de moi alors que je viens de lui dire que mes sentiments pour Masa-chan sont pas tout à fait morts ? Je dois être en train de rêver.

- Ha… Hai.

- On va chez moi.

J'ai même pas le temps de répondre qu'il m'entraîne. Du coup, sûr de lui, décisif, volontaire, il a l'air… viril. C'est dingue parce que je l'ai jamais vu comme ça. Il y a encore dix minutes, c'était le Hiro un peu nounours que je connais depuis longtemps et maintenant… woh. Et bizarrement, ça me plait. Les joues rouges d'avoir pensé ça, je serre sa main et le suis sans rien dire. Je suis encore jamais allé chez lui, ça m'intimide un peu. Mais en même temps, je tiens sûrement une occasion de me rapprocher de lui.

Vingt minutes de bus plus tard, pendant lesquelles il a pas lâché ma main (des fois que je m'envole), on descend, puis une fois à l'immeuble où il vit, on monte à son appart' (enfin celui de ses parents) et, à peine déchaussé, il m'emmène à sa chambre. Je sais pas à quoi m'attendre en fait et ça mangoisse un peu, même si je sais qu'il me fera aucun mal.

- Anooo… et maintenant ? demandé-je dans un souffle.

Sans que rien le laisse deviner, il fond sur mes lèvres comme un affamé. Son baiser (le premier réel) est possessif, exigeant. J'ai l'impression que, en m'embrassant comme ça, il veut me faire oublier tous ceux que j'ai reçus jusqu'ici. Et ça marche plus ou moins, parce que Masa-chan m'a jamais embrassé comme ça, avec cette urgence, cette fougue… et ça aussi ça me plait. Plus les minutes passent, plus ma vision de lui est en train de changer. Il a beau être plus jeune que moi (il a le même âge que Tesshi à neuf mois près), là, il fait tellement… mâle… que je me sens tout chose. Je lui répond de mon mieux et nos langues jouent l'une contre l'autre, mais la sienne a une dextérité surprenante. Pourtant, je suis prêt à parier que je suis son premier copain. A bout de souffle, je m'écarte légèrement.

- Woh… Où t'as appris à embrasser comme ça ? demandé-je, haletant.

- Nulle part. t'es le premier que j'embrasse, répond-il, désarmant de naturel.

- Et ben t'es doué.

Il vire au rouge cerise. Trop mignon. Hiro est un contraste vivant : mâle et viril à un moment, timide et craquant la minute d'après. J'adore. Pour le taquiner et le plaisir de voir ses joues se colorer, je lance :

- tu sais que t'étais très sexy, décidé comme tu l'étais tout à l'heure ?

Gagné, il devient carrément cramoisi. A-do-rable.

- Ah… Ah bon ?

Et il bafouille en plus. Je souris.

- J'adore quand tu rougis.

- He ? Ca veut dire que t'as dis ça exprès ?

- Un peu, fais-je dans un sourire contris.

Quelques secondes passent, puis il répond :

- Pas grave. Au moins tu souris maintenant. Je préfère.

Je me blottis contre lui. J'ai besoin de contact et il semble le comprendre car il m'enlace.

- Arigato, murmuré-je en posant la tête sur son épaule.

- De quoi tu me remercie ? s'étonne-t-il.

- D'être là.

- C'est parce que je t'aime, baka. Pas besoin de me remercier pour ça.

C'est la première fois qu'il le dit depuis qu'on est ensemble. Et je sais même pas s'il s'en est rendu compte tellement c'est sorti naturellement dans sa phrase.

- Tu veux te reposer un peu ? je crois que t'en as besoin après toutes ces émotions.

Maintenant qu'il en parle, c'est vrai que je me sens à plat. Comme si toutes les larmes que j'avais versées m'avaient vidé de mon énergie.

- Hai…

- Alors prend mon lit.

Je m'allonge sans protester et je le sens remonter la couette sur moi.

- Tu t'en vas pas, ne ? demandé-je comme un enfant effrayé.

- Non, je reste avec toi, t'inquiète pas.

- Hum.

Je prends sa main pour me rassurer et ferme les yeux, me laissant emporter par le sommeil.

A mon réveil, je sais plus où je suis. Le cadre, autour de moi, me dit rien et je suis tout seul. Il me faut un moment pour me souvenir des derniers évènements.

- Hiro ? appellé-je comme un gosse qui appelle sa mère.

Il arrive presque immédiatement, preuve qu'il devait pas être bien loin.

- Nani ?

- Betsuni. Je me demandais où tu étais.

- A la salle de bain. Tu te sens mieux ?

Pas vraiment et je crois que ce sera pas le cas avant un bon moment, mais il est tellement gentil, que je veux pas l'inquiéter plus.

- Hai.

- Tu as faim ou soif ?

- Un peu.

- Alors viens.

De nouveau, il s'empare de ma main avec autorité. Elle est très légèrement plus petite que la mienne, mais plus forte aussi. Il a de vraies mains de mec. Pendant qu'il sort de quoi grignoter des placards, je m'assois sous le kotatsu. Il y fait bon, c'est agréable cette chaleur.

- Tu te rend compte qu'on a rien fait pour noël ? dis-je doucement pour changer de sujet.

- … Je sais. Désolé, je savais pas où t'emmener en fait.

- N'importe où aurait fait l'affaire, du moment qu'on était ensemble…

- Sumimasen. On se rattrapera. Yakusoku.

Il dépose sur la table du jus d'orange, du lait et gâteaux (ceux que je préfère, encore une fois. A croire qu'il en a toute une réserve), puis s'assoit à son tour et reprend la parole.

- Faut que je te parle d'un truc.

- Gnagni ? fais-je, la bouche pleine.

Du revers de la main, il retire les miettes que j'ai autour de la bouche et reprend :

- Pi m'a demandé de te parler, mais je sais pas comment te dire ça.

J'avale ma bouchée, la fais passer avec une gorgée de jus de fruits et le fixe.

- Tu m'inquiète là. C'est si grave que ça ?

- Pour nous non, mais toi… je sais pas comment tu vas le prendre…

Oh oh… Je crains le pire…

- Vas-y, je suis prêt à tout là, dis-je, tendu.

- , dit-il, si vite que je comprends rien.

- Ano… tu peux ralentir ? J'ai rien pigé.

Je demande, mais vu son agitation et la façon dont il a expédié ça, je sais que je vais pas aimer. Rien que le fait que Pi lui ait demandé de préparer le terrain est mauvais signe.

- Pour le shoot de demain on sera tous torse nu, répète-t-il plus lentement.

A ces mots, je blêmis. Non… Pas ça… je vous en prie, faites que j'ai mal entendu et qu'il ait pas dis ce que je crois qu'il a dit…

Me voyant pâlir, Hiro s'empresse d'ajouter :

- Pi, Tesshi, Keii-chan et moi, on a essayé de faire changer le photographe d'avis, je te jure, mais il a rien voulu savoir. Il dit qu'il en faut au moins une.

C'est un cauchemar… C'est un cauchemar et je vais me réveiller… Ca peut pas m'arriver. Pas ça… Je peux pas… Je veux pas que tout le monde voit que je suis gros…

- Massu, du calme. C'est juste une petite photo de rien du tout. Après tu pourras te rhabiller.

- Pour vous c'est une photo de rien du tout… Je peux pas, Hiro. Je peux pas. M'oblige pas à faire ça… Onegai… Je le supporterais pas…

- Tu devais bien te douter que ça finirait par arriver, ne, dit-il en me prenant dans ses bras. Calmes-toi… Je peux te voir ?

- Non !

Ma réponse a fusé, catégorique et dans un réflexe dicté par l'habitude, je tiens fermement mon haut vert pomme très large sur moi.

- Je suis ton copain et je t'aime. Onegai, juste un petit coup d'œil.

- Non, refusé-je à nouveau.

Je peux pas. Je crois que toute ma vie, j'entendrais Hayama-kun me traiter de gros lard.

- Massu…

Son ton est ferme, réprobateur, un brin autoritaire et son aura, presque intimidante. Vaincu, je lâche mon t-shirt et le laisse le remonter jusqu'à mes aisselles. Je sens son regard me parcourir et j'ai honte, alors je me dépêche de le remettre en place.

- Massu, tu es mince. T'as même pas un poil de graisse, rien que du muscle. C'est dans ta tête, ça. Uniquement dans ta tête. Faut que t'arrête de te torturer avec des complexes qui ont pas de raison d'exister.

Je réponds rien. Il a beau dire, je sais ce que je vois quand il arrive que je me vois dans la glace : un visage bouffi et banal, un corps difforme. Je me dis souvent que je suis effectivement une erreur de casting qui a, par miracle, un petit talent en danse, mais c'est tout. Quand je suis à côté des autres, j'ai honte de moi. Mais vu que personne semble partager mon point de vue, je vais garder ma souffrance pour moi à partir de maintenant. Peu importe ce qu'on exigera de moi désormais, je le ferais sans me plaindre en enfouissant mon mal être au plus profond de moi.