La date des débuts des Kanja a aussi été modifiée. Gomen nasai…

Dire qu'après ça on était déstabilisés est pas peu dire. Surtout qu'on a quand même le Countdown ce soir. Mais visiblement, ça perturbe pas notre manager, puisque cinq minutes plus tard, il lance :

- Allez, au boulot. Vous avez du pain sur la planche.

On se tourne tous vers lui d'un même mouvement, hallucinés. Il est sérieux là ? Comment il veut qu'on se remette à bosser comme si de rien était, alors qu'on est encore tous sous le choc du départ de Moriuchi ?

- Allez les gars, on a la générale pour ce soir à faire, déclare Pi, donnant raison à Fujioka-san.

Ah bah oui, c'est vrai qu'à la Jimusho « the show must go on » quoi qu'il arrive. Du coup, on quitte la loge pour se mettre en route pour le Tokyo Dome.

Mars 2004

Il est tôt et pourtant on est tous dans la loge. Nishikidiot nous a demandé de tous nous réunir, mais comme il a pas voulu donner plus d'explications, on sait pas pourquoi. Tesshi somnole à moitié, la tête sur les genoux de Pi qui bronche pas et moi sur ceux d'un Hiro aux anges. Je regarde du coin de l'œil Uchi qui tourne en rond comme un ours en cage. A mon avis, il est au courant d'un truc. Et je pense même qu'il est de mèche avec Sa Majesté, parce qu'ils s'absentent toujours en même temps. Et c'est super fréquent en plus. Genre ils ont commencé à se barrer par intermittence en avril de l'année dernière. Autant dire que ça fait un paquet de temps. Pas que ce soit dérangeant vu qu'ils se tirent quand il y a un trou dans notre planning, mais c'est zarb quand même. Même Pi, qui est le meilleur pote de Ore-sama-kun, a l'air au courant de rien.

Soudain la porte s'ouvre sur une tribu de mecs bruyants (vous voyez de qui je parle je pense), qu'Uchi rejoint illico. Ca faisait longtemps qu'ils avaient pas pris la loge pour une salle de réunion, tiens. Ca me manquait pas. Nishikidiot regarde ses potes, puis nous, puis Uchi, qui lui fait un signe du menton genre « vas-y toi ». Je commence à craindre le pire. Qu'est ce qui se passe encore ?

- Ano, les gars… Uchi et moi on a un truc à vous avouer.

Ca part mal. Je sens Pi se tendre légèrement et j'attends la suite.

- On fait partie de deux groupes en fait.

Avec les autres, on se regarde et j'éclate de rire, soulagé.

- Ben ça, on le savait déjà, fais-je, le sourire aux lèvres.

- Non, Masuda, t'as pas compris. On fait VRAIMENT partie de deux groupes. Les Kanja ont débuté en avril dernier.

Gros silence. Attéré une fois encore. C'est quoi le problème dans ce groupe à la fin ? Pourquoi tout le monde fait des trucs dans le dos des autres ?

- Et vous comptiez nous le dire quand ? A la sortie de votre premier single ? Quand vous nous seriez passés devant dans le top Horicon ?

Yamashita a pas élevé la voix, mais la colère est évidente dans son ton.

- Ils sont pas fautifs, intervient le type aux cheveux longs dont j'arrive pas à retenir le nom (Shi… Shi… quelque chose). On a estimé d'un commun accord que vous le dire tout de suite serait pas une bonne idée.

Je vais rien dire. Vaut mieux laisser Pi parler. Moi, mes mots risqueraient de dépasser ma pensée.

- Et là, selon vous, c'est le bon moment ? Alors qu'on prépare notre deuxième single ? Je te préviens, Ryo, si NewS pâtit de cette double vie…

- Il en pâtira pas, répond Uchi à sa place. Jusqu'ici ça a jamais été le cas, alors qu'on a cette… double vie depuis des mois.

- Il vaudrait mieux pour vous.

- Et tu feras quoi sinon ? fait Uchi entre ses dents.

Visiblement, il aime pas les menaces, même voilées. Immédiatement, Keii-chan et le rouquin des Kanja s'interposent.

- Oh là, on se calme. On discute là, pas besoin de s'énerver.

Pi et Nishikidiot se fixent avec tellement d'intensité, qu'on entendrait presque de l'électricité crépiter dans l'air.

- Tout le monde se calme. Pi, je sais que c'est un choc, mais Hiroki a raison. Si vraiment ils ont débuté depuis plusieurs mois et qu'on a rien deviné, c'est qu'ils peuvent faire les deux sans qu'aucun groupe soit lésé.

Notre leader se passe une main sur le visage et soupire.

- Admettons. Et pourquoi nous le dire maintenant ? Vous auriez pu continuer comme vous l'avez fait jusqu'à présent.

- On en avait marre de vous mentir, répond Ore-sama-kun.

- So ka.

De toute façon, qu'est ce que tu veux répondre à ça. Le silence retombe. Les Kanja ont pas l'air bien à l'aise quand même. Y'en a pas un qui moufte, alors qu'ils sont tellement bruyants d'habitude.

- Donc il va se passer quoi maintenant ? demande Shige qui avait pas encore ouvert la bouche.

- Ben on va continuer comme on faisait jusqu'ici, dit Nishikidiot.

- Et si on doit faire un truc, on s'arrangera pour que ça tombe quand vous avez rien, ajoute le décoloré qui s'appelle Yoko… quelque chose.

- Comme vous avez rien grillé quand on a fait notre pièce d théâtre en 2002, lance le plus grand du lot (il est même plus grand que Keii-chan qui est pas petit).

Tous les mecs de son groupe le regardent alors l'air de dire « ça c'était pas utile comme précision ». Ah ouais, donc ça fait vraiment longtemps qu'ils font des trucs de leur côté. On savait qu'ils se retrouvaient régulièrement, mais je pensais pas que c'était dans ce genre de cadre. Je sais que j'ai jamais été proches des deux, loin de là, mais ça empêche pas que ça me reste un peu en travers de la gorge. Ils menaient une double carrière dans notre dos quoi, c'est pas rien. Je suis un peu deg.

- Bon, on va vous laisser bosser, finit par dire le chevelu. Ryo, Uchi, jaa.

Ils se ruent tellement vite et en même temps vers la porte, qu'ils restent coincés comme dans les mangas et on entend un concert de « moi d'abord ! », « laissez passer ! », « les leaders d'abord ! », « tu m'as foutu ton coude dans l'œil, baka ! » etc.

Une fois qu'ils sont finalement tous sortis (enfin six sur huit), le silence retombe dans la loge et, pour la toute première fois depuis que je le connais, je vois Ore-sama-kun manifester un peu de gêne : il se mordille nerveusement la lèvre inférieure. Woh, alors lui aussi peut être embarrassé ? Impressionnent, je l'en pensais incapable, vu qu'il se fout tout le temps des autres.

- Vous nous en voulez beaucoup ?

La voix d'Uchi s'est élevée dans le silence, incertaine.

- Les autres, je sais pas, mais moi je me sens trahi, lancé-je puisqu'on me demande mon avis.

- Moi aussi, répondent en chœur Tesshi et Hiro.

- Moi je sais pas comment je dois le prendre, répond Shige. Apprendre que l'un ou l'autre des groupes vous suffisait pas, c'est choquant.

- Ce qui me blesse, c'est que vous nous ayez rien dit tout ce temps, alors qu'on est sensés être amis, dit à son tour Keii-chan.

Les regards se tournent vers Yamashita. C'est le seul a pas avoir dit ce qu'il en pensait.

- Pi ? fait Nishikidiot, inquiet du silence de son meilleur ami.

- Je n'ai rien à dire, répond notre leader. Comme je le disais tout à l'heure, du moment que ça ne nuit pas à NewS, vous pouvez faire partie d'autant de groupes que vous voulez, ça me va.

Il est tellement zen, il m'impressionne. Un vrai roc inébranlable.

- Merci, Pi.

- Mais il est bien entendu que si ça fout une sale ambiance dans le groupe, ça se passera pas comme ça.

- Hai !

Un large sourire totalement crétin apparait sur leurs lèvres. A croire qu'ils ont zappé qu'il y a que Pi qui leur en veut pas de leurs mensonges par omission. Ou du moins qui semble pas leur en vouloir, mais je le soupçonne d'être prêt à toutes les concessions pour le bien du groupe. Moi, perso, je capte déjà pas ce qui est passé par la tête de Johnny-san pour les autoriser à faire partie de deux groupes officiels en même temps. Comme si bosser dans un seul, c'était déjà pas assez épuisant. Une unit, j'aurais pu comprendre, mais là, c'est nimp. Il a pété un plomb, papi.

Soudain, Pi frappe dans ses mains, me faisant sursauter.

- Bon, les gars, on a du boulot.

Sur ces mots, il se dirige vers son casier, en tire une liasse de feuilles et nous en distribue une à chacun.

- Ce sont les paroles de « Kibou – yell ». Il vaut mieux les avoir en avance cette fois, ça évitera le déchiffrage quand on travaillera sur la musique, explique-t-il une fois qu'on a tous les yeux dessus. J'ai noté qui chante quoi à quel moment.

Effectivement, chacun de nos noms est écrit à côté d'une partie. Le prof de chant a essayé d'éviter la répartition en direct cette fois. Je sais pas si ce sera plus efficace, mais c'est une autre méthode.

- Je vous laisse les lire pour vous en imprégner.

On acquiesce et je vais m'isoler un peu pour lire en paix, en regardant du coin de l'œil Tesshi qui parait avoir décidé de scotcher Keii-chan. S'il a décidé de jeter son dévolu sur notre aîné, je le plains presque. Je secoue la tête et me plonge dans les paroles de notre nouvelle chanson. Au out de dix minutes, Yamashita nous rassemble pour nous annoncer la suite du programme.

- Gardez bien ces feuilles. Là, on a une pub à tourner, puis une interview pour un magazine, ensuite on reviendra ici pour manger et on commencera à bosser sur la chanson.

- Hai ! répondons-nous comme un seul homme.

- Alors c'est parti.

Le tournage de la pub a été plutôt marrant. C'était pour du chewing-gum. On avait un parfum chacun : Pi a eu fraise, Nishikido cassis, Tesshi framboise, Uchi orange, Keii-chan myrtille, Shige menthe, Hiro chlorophylle et j'ai hérité du citron. Ca m'a fait penser aux combinaisons de couleur qu'on avait du porter sur une photo au moment du shoot pour le single de « NewS nippon ». Les parfums qu'on a eu étaient de la même couleur que les combis de ce jour-là. Enfin sauf pour Hiro. Il a fallu faire des bulles et j'ai bien galéré. Déjà parce que je suis pas super fan de chewing-gum et ensuite parce que j'ai jamais su faire de bulles. Du coup, tout le début a dégénéré en « cours » pour m'apprendre comment faire. Et chacun avait sa technique. Après une demi heure, j'ai finalement réussi à en faire une. Minuscule. Et j'ai pas réussi à faire mieux. Le réalisateur a dit que ça suffirait, mais c'est quand même un peu la loose à côté des autres qui y arrivent très bien. Mais au moins, ça nous a fait rigoler.

L'interview a été moins fun, parce qu'on a droit exactement aux mêmes questions depuis qu'on a débuté et le fait que ce soit jamais le même magazine change rien au contenu. Les journalistes les posent quand même, des fois que nos réponses aient changé. Ce qui est évidemment pas le cas. Mais à chaque fois, on fait tous comme si on les découvrait. Un vrai travail d'acteurs pour pas montrer qu'on en a ras les paillettes et qu'ils devraient penser à se renouveler un peu. A croire qu'il y a une base de donnée unique et commune pour toutes les interviews et que tout le monde tape dedans parce qu'ils ont pas d'imagination. Bref…

Quand on est rentrés, on était tous affamés, alors on s'est un peu jetés sur la bouffe au réfectoire. Le repas a été englouti en moins de quinze minutes, ce qui nous laissait trois quarts d'heure pour buller. Et on s'est pas fait prier pour s'affaler sur les canapés de la loge. Je crois même que je me suis assoupi, parce que Hiro a du me secouer pour me prévenir qu'on y retournait.

La séance de travail sur « Kibou- yell » s'est déroulée de la même façon que pour « NewS nippon », sauf que je crois qu'on a moins ramé, parce que le prof a moins râlé. Ca veut dire qu'on s'améliore, c'est cool.

Il est presque vingt heures quand notre journée se termine. Je suis crevé, mais c'était plutôt sympa dans l'ensemble. Après une bonne douche, je reviens vers mon casier en en sors mon sac en discutant avec Hiro. On s'est pas beaucoup parlé et encore moins touchés. J'ai une furieuse envie de lui prendre la main, mais je peux toujours pas. Enfin tout le monde est au courant de mon homosexualité depuis la fin de ma relation avec Masa-chan, mais je sais que certains l'acceptent pas (je citerais personne), alors je vais pas faire dans la provoc inutile. Je le ferais quand on sera sortis. Au moment où je referme mon casier et que je m'apprête à dire au revoir à tout le monde pour rentrer, j'entends Uchi s'exclamer :

- Et si on faisait un truc tous ensemble avec les Kanja ?

- Qu'est ce que tu veux dire par là ? demande Shige qui était occupé à raconter je ne sais quoi à Keii-chan.

- Ben histoire que tout le monde fasse connaissance et apprenne à s'entendre. On est pas ennemis et on est deux à faire partie des deux groupes, alors autant qu'on s'entende tous bien.

Sur le principe, l'idée est pas mauvaise, mais il nous sort ça après la nouvelle de ce matin. Je sais pas si j'ai envie de copiner si tôt, alors que je me sens encore trahi.

- Tu propose quoi exactement ? demande Pi, un peu méfiant.

- Rien de bien méchant. On se rassemble quelque part et on discute, tout simplement.

Notre leader se tourne alors vers nous et nous consulte du regard.

- Ca me va, répond Keii-chan.

- A moi aussi, fait Shige.

- Je suis, ajoute Tesshi.

- De même, fait Hiro.

J'en meurs pas d'envie, mais je vais pas faire mon asocial alors que tout le groupe y va.

- Ok, me contenté-je de dire.

- Génial ! je vais chercher les autres ! fait Uchi en se précipitant hors de la pièce.

Je l'ai jamais vu aussi happy de la life. Ca fait drôle. Bref les six zigotos redébarquent aussi sec et ils sont de nouveau bruyants, preuve que Uchi les a bien déstressés. Je l'imagine bien leur sortir un truc du genre « hé les gars, les NewS acceptent la cohabitation, youhou ! ».

- On va où alors ? demande Tesshi. Parce qu'on est un peu nombreux là.

- Pourquoi pas le réfectoire ?

La proposition est adoptée à l'unanimité.

Bon, après une heure et demi avec les Kanja, ils parlent tellement, que j'ai appris presque tout leur parcours, y compris qui joue de quoi (parce que oui, ces mecs agaçants sont assez doués pour être AUSSI musiciens. Rah). A ce que j'ai compris, ça donne (alors attention, je tente aussi de retenir leurs noms et les surnoms qui vont avec. Ça va être funky style) :

Le grand dadais, Okura, (surnommé « Tacchon » pour je ne sais quelle raison que j'ai pas la moindre envie d'éclaircir) est le plus jeune. Il joue de la batterie et a du apprendre en un mois pour intégrer le groupe (sont pas bien ces types. Et lui c'est le roi des masos…)

Maru… quelque chose, joue de la basse. Apparemment c'est le mec que tout le monde prend pour un crétin, mais qui fait marrer le peuple

Yokotruc (il a un nom à rallonge, j'arrive pas à le retenir) joue des percution. Genre tamtam, maracas etc. En gros on lui a refilé les trucs pourris dont personne voulait. J'ai pas réussi à le cerner

Murakami, celui qui a un visage plutôt… spécial et qui est surnommé Hina (pareil. Les histoires liées à leurs surnoms…) joue de tout ce qui est claviers. Ce qui va du synthé au piano. Il a l'air plutôt malin

Bon, après il y a nous deux agents doubles là : Uchi-001 et Nishikido-002. Je sais que le premier joue de… ben rien en fait, mais que Nishikido joue de la guitare. Et plutôt bien même si ça m'agace de l'avouer. Qui j'ai oublié ? Ah ouais…

Yasu… da (il me semble) joue aussi de la guitare à ce que j'ai compris, mais comme j'ai pas échangé un mot avec lui, j'ai peut-être mal compris

Et puis le chevelu, Shibutani, joue de rien non plus. Lui, son truc, c'est juste le chant en fait. Bref… j'irais pas jusqu'à dire que je les apprécie, mais ils sont marrants, c'est déjà ça. Et un truc de ouf, je me suis rendu compte qu'avec eux, Nishikido sourit. Il fait des vrais sourires, bien bakas, mais vrais. Alors qu'avec nous il râle tout le temps, fait la gueule et j'en passe. On voit où vont ses préférences. Je me demande bien ce qu'il fout avec nous s'il est mieux avec eux. Bref, c'est pas mes oignons, même si c'est un peu vexant et rageant.