16 mai 2004

Voilà, l'enregistrement de « Kibou – yell » s'est bien passé (on avait retenu le truc depuis « NewS nippon ») et la sortie du single pareil. Mon seul regret, c'est que notre « cher » manager ait pété un plomb pour la jaquette et choisi l'ignoble photo où on a tous un costume blanc avec d'énormes fleurs rouges, sur un fond rose flash. Sérieusement, je crois que je préférais encore les combis de couleur contre lesquelles je râlais l'autre fois. Même moi qui aime les trucs un peu… spéciaux niveau fringues, je trouve ça juste immonde. Ce photographe a aucun goût et du coup, notre manager non plus. Je capte pas ce qui lui est passé par la tête à Fujioka-san. On est juste totalement ridicules sur cette photo, ça fait pas sérieux pour un premier single réel (oui parce qu'apparemment, « NewS nippon » compte pas comme premier single, je pige pas pourquoi). Bref, c'est fait donc c'est trop tard.

Aujourd'hui, j'ai décidé d'aller chez Hiro vu qu'on est off. A part quelques bisous, il se passe rien de plus entre nous que quand on était juste potes. Et ça me frustre, alors il est temps que ça change, du coup, je vais prendre les initiatives moi-même.

Enfin je dis ça, mais plus j'approche de chez lui, plus je suis nerveux. Je ne sais pas si j'arriverais à faire le premier pas, alors que c'est pas moi qui l'ai fait… avant. Je lève la main, la baisse et l'immobilise à quelques centimètres de la porte. Allez Taka, un peu de courage. Finalement, après avoir pris une nouvelle inspiration, je frappe. J'entends des bruits de pas feutrés, puis la porte s'ouvre sur mon copain. Il a les cheveux mouillés, il doit sortir de la douche. Trop sexy.

- Massu ? Qu'est ce que tu f…

Je le laisse même pas finir, je le pousse contre le mur le plus proche et l'embrasse à perdre haleine. Sur le coup de la surprise, il commence par rester sans réaction, puis m'enlace et se fait plus entreprenant. Le baiser s'intensifie. Mon cœur bat comme un tambour, ma température est montée en flèche et j'ai l'impression que mon sang bouillonne dans mes veines tellement j'ai envie de lui. C'est complètement dingue. Il me guide quelque part, pousse une porte d'un élégant coup de fesses et je comprend que c'est sa chambre quand il me fait doucement basculer sur un lit pour m'embrasser plus à son aise. Mes mains se perdent dans ses cheveux et je gémis légèrement lorsque sa bouche délaisse mes lèvres pour descendre dans mon cou, suçotant ma peau pour y laisser de légères marques. Comme il est au dessus de moi, je glisse mon genou entre ses jambes et le remonte pour le frotter contre son entrejambe. Surpris, il me fixe et, pour le provoquer, je me lèche les lèvres sans cesser de le regarder. Le brasier que je découvre alors au fond de ses yeux, me convainc qu'il attendait que ça.

- Massu… Non, Taka… murmure-t-il d'une voix rauque que je lui connais pas.

Je répond pas, je me mordille un doigt pour continuer à le provoquer. Et ça semble marcher à la façon dont il replonge aussitôt dans mon cou. Presque aussitôt, je sens ses mains sur la peau de mon ventre. Il a passé les mains sous mon t-shirt. Ca agit comme un électrochoc et j'attrape ses poignets pour les éloigner de moi.

- Taka ? fait sa voix toujours rauque, alors qu'il me regarde d'un air de totale incompréhension.

- Je… J'ai envie… mais je peux pas…

- He ? Tu peux pas ? répète-t-il, halluciné. C'est une blague ? Tu… Tu me chauffe comme un malade et d'un coup, tu change d'avis ? Merde, Taka, de quoi tu crois que je suis fait ? J'ai cru que tu t'étais décidé ! Je me retiens depuis tout ce temps par égard pour ce que tu as vécu et toi, tu… Qu'est ce que t'as dans la tête, merde ? A quoi tu t'attendais, bon sang ?

Il s'est éloigné, vraiment fâché. Ses yeux lancent des éclairs dans ma direction. Je dois être maso, mais il est trop sexy et viril quand il est en colère, j'adore. Son explosion est digne de Nishikido, mais en plus attirant. Rah mais à quoi je pense moi…

- Sumimasen…

- C'est bien le tout d'être désolé, mais je fais quoi maintenant avec l'état dans lequel tu m'as mis ? C'est quoi ton problème à la fin ? Quand tu veux un truc, assume-le jusqu'au bout, bon sang ! Et y'a cinq minutes, c'était moi que tu voulais, nan ?

- Hai…

- Alors ?

Je me fais tout petit face à sa colère. Il a raison bien sûr et j'ai vraiment envie de lui, mais… il y a toujours cette peur encrée en moi.

- Taka… (son ton s'est adouci) Qu'est ce qui se passe ? Tu l'as déjà fais, donc c'est pas la peur de l'inconnu qui te retient, alors quoi ?

Je secoue la tête. Comment lui avouer ?

- Est ce que par hasard, tu… aurais toujours ce « problème » avec ton corps ? Tu t'accepte toujours pas, c'est ça ? C'est pour ça que tu t'es enfui quand je t'ai vu dans la douche ?

Je sursaute et écarquille les yeux. Comment il a deviné ?

- Alors c'est ça, ne… Baka… Combien de fois faudra te répéter les mêmes choses ? Tu m'écoute des fois ?

Sans me laisser le temps de répondre, il attrape ma main et me tire après lui, avant de me pousser dans la salle de bain. Là, il ouvre un tiroir, en sort une paire de ciseaux et, avant que j'ai pu l'en empêcher, il découpe mon t-shirt de bas en haut, fait tomber les morceaux de mes épaules, puis retire le sien. Il m'attrape ensuite par les épaules pour me maintenir face au miroir. Et vu dans ce miroir, il a de nouveau l'air fâché.

- Regarde-nous, Taka ! On est pareils ! Tu es PAS GROS ! Sors-toi ça de la tête ! Ou alors si tu l'es, moi aussi !

Par l'intermédiaire de la glace, je détaille son ventre plat, ses abdos légèrement dessinés, sa taille et ses hanches fines…

- Bien sûr que non t'es pas gros, dis-je. T'es parfait, toi.

- Toi non plus t'es pas gros, bon sang ! On est foutus pareil tous les deux ! t'es même plus musclé que moi à cause de tous les efforts que tu fais en danse ! Ouvre les yeux, Taka, tu te bousille la vie à penser à tort ce genre de truc ! Comment tu peux prétendre aimer quelqu'un si tu t'aime déjà pas toi-même ?

Je réponds pas. Parce que j'ai rien à répondre.

- Rien peut changer si au fond de toi tu veux pas. Ca te plait de vivre en te fuyant toi-même sans arrêt ?

- Bien sûr que non… Demo…

- Demo rien du tout ! Si tu aime pas, fais des efforts pour que ça change ! je te soutiendrais, mais je peux rien faire à ta place !

- Hai…

Il soupire.

- Je vais te passer un t-shirt. Rentre chez toi.

J'écarquille les yeux, stupéfait.

- Tu me vire ?

- Reviens me voir quand tu auras décidé d'assumer qui tu es et ce que tu veux.

Il m'a vraiment éjecté de chez lui. Du coup, je suis assis sur le bord du trottoir devant chez lui, la tête levée vers sa fenêtre et je dois avoir l'air au choix d'un clodo ou d'un parfait abruti. Voire d'un parfait abruti de clodo, l'un n'exclut pas l'autre. En plus, son t-shirt est beaucoup moins large que les miens et je me sens pas à l'aise. Enfin c'est pas le plus important. « Reviens me voir quand tu auras décidé d'assumer qui tu es et ce que tu veux » il a dit. Ca veut dire qu'il veut plus de moi tant que j'y suis pas arrivé ? Plus facile à dire qu'à faire. J'ai aucune idée de comment m'y prendre. Je suis pas sorti de l'auberge. Je me lève. Ca sert à rien de rester là de toute façon, il changera pas d'avis. Je soupire et me met en marche machinalement.

Et tout aussi machinalement, j'arrive devant chez Tesshi. Comment, pourquoi, j'en ai aucune idée, vu que je savais même pas moi-même que je voulais le voir. Surtout qu'il pourra rien pour moi. Pourtant, malgré moi, je vais frapper à sa porte. Une minute passe, puis deux, trois, cinq, sept PERSONNE Je fais une moue désabusée. Je m'auto-désespère. Pourquoi il serait resté chez lui alors qu'on est off et que moi-même je suis sorti ? Je tourne les talons pour repartir, quand un cliquetis se fait finalement entendre. Je me retourne, surpris. Il est là en fait ? Pourquoi il a pas ouvert av… je termine pas, parce que la porte s'ouvre sur un Tesshi échevelé et débraillé, qui laisse passer un gars à l'air aussi peu commode que Nishikido. Oh là… Nan je veux rien savoir…

- Massu ? fait mon meilleur ami en m'apercevant finalement.

Vu son air étonné, il a pas du m'entendre frapper. Je refuse de savoir pourquoi. Du coup, s'il a ouvert, c'est juste un coup de chance.

- Salut Tesshi, fais-je, un peu gêné. Désolé de te déranger.

- Tu me dérange pas du tout. Entre.

J'entre donc, me déchausse et pose mon sac.

- Tu connais Tama ?

- He ?

- Tamamori Yuta. Le mec qui vient de sortir. Il est dans le même groupe que Taisuke.

Taisuke ? Ah oui, un de ses nombreux ex. Je m'y perd.

- De vue, ouais.

- C'est un bon coup.

J'écarquille les yeux, halluciné encore une fois. J'ai failli m'étrangler avec ma salive même. C'est mon mignon petit Tesshi qui parle comme ça ?

- Fais pas cette tête, rigole mon cadet. Il est d'accord pour que ça se limite à ça.

- C'est pas ça, demo…

- Bon, au lieu de parler de ça, si tu me disais ce qui t'amène. Ca fait un sacré bail que t'es pas venu, dit-il en se dirigeant vers la cuisine.

J'entend la porte du frigo s'ouvrir. Je sais qu'il va revenir avec du soda. Parce qu'on a toujours fait comme ça. Il revient, me tend une canette, puis s'assoit face à moi, ouvre la sienne, la choque contre la mienne et en boit une gorgée. Il me regarde ensuite d'un air interrogateur. Alors je lui raconte tout depuis le début et conclus :

- Et il m'a mis dehors en me disant, en gros, de pas revenir avant de savoir ce que je veux.

- So ka…

Il a même pas l'air surprit. Mais de rien du tout, alors que je lui avais pas dis pour Hiro et moi. Ca veut dire qu'il était déjà au courant ? Comment ? on est pourtant discrets.

- T'aurais pas une idée des fois ? demandé-je en désespoir de cause.

Il prend l'air pensif et reste silencieux un moment.

- J'en ai peut-être une, mais ça va te demander un énorme travail sur toi-même, autant de volonté et pas mal de courage, finit-il par déclarer.

Woh… Formulé comme ça, ça fout un peu la trouille.

- Ton idée peut marcher tu crois ?

- Si t'es prêt à ce que j'ai dis et que tu crois que ça peut s'arranger, oui je pense.

Je déglutis. Dans quoi je m'embarque ?

- … Hai…

- C'est pas une réponse franchement enthousiaste ça…

- Hai, répété-je.

- J'ai rien entendu, Massu, t'as dis quoi ?

- HAI !

- Mieux, sourit-il. Bon, faut que je passe des coups de fil du coup. Mon idée peut pas se mettre en place du jour au lendemain, donc je te préviendrais. Fais-moi confiance, ne.

23 mai 2004

Une semaine plus tard, alors que je suis bien tranquillement au pays des rêves (Hiro uniquement habillé de barbe à papa rose, j'aime bien moi), une voix démesurément amplifiée se fait entendre depuis la rue. Mon joli rêve éclate comme une bulle de savon et je sursaute si violemment que j'en tombe de mon lit.

« MOOOOOOOOOORNING LIIIIIIIIIIVE ! DE 7H A 9H ! L'EMISSION QUI REVEILLE TEEEEEEEEEES… »

Je me relève vite, ouvre rideaux et fenêtre et aperçois Tesshi, un mégaphone à la main.

- Nan mais t'es pas dingue ? fais-je, totalement halluciné. Tu sais quelle heure il est ?

- Ben oui, 7h je viens de le dire.

- T'as du réveiller tout le quartier, baka ! En plus ça veut rien dire, ce que t'as beuglé !

- Je sais. Allez viens, c'est l'heure.

- L'heure de quoi, on est off.

- Viens je te dis !

Woh, je lui avais jamais entendu ce ton autoritaire.

- Ok ok, laisse-moi prendre une douche et manger quand même.

- t'as quinze minutes, pas une de plus. Grouille.

Je referme la fenêtre en grognant et sors de ma chambre. Je croise ma mère en robe de chambre. Bien sûr, il l'a réveillée aussi à gueuler comme un putois dans son engin.

- Taka ? C'était quoi ce bruit ? me demande-t-elle en bâillant.

- Rien, 'kaa-chan. Juste Tesshi qui a pété un câble.

- So ka…

- Je sors, du coup…

- Wakatta… passe une bonne journée, mon nounours.

- Hai…

Enfin c'est vite dit vu que je sais pas ce que peut bien manigancer mon meilleur ami pour me faire lever à l'aube (oui oui, quand on est off, sept heures, c'est l'aube, faut pas déconner).

Après une douche éclair (un crime pour moi qui aime prendre mon temps) et un mini petit-déjeuner (même remarque), je sors de la maison. A peine à côté de lui, mon cadet bondit sur moi et me glisse un bandeau sur les yeux.

- Qu'est ce que tu fabrique ? fais-je en commençant à le retirer.

- Tu laisse ça sur tes yeux, ordonne-t-il. Tu me fais confiance, non ?

- Bien sûr, Tesshi, mais…

- Mais rien du tout, dit-il en s'emparant de ma main. Puisque tu me fais confiance suis-moi sans poser de question.

Il a trouvé l'argument imparable. On fait quelques pas, puis il s'arrête.

- Attention à ta tête, baisse-toi.

Je m'exécute et ma main rencontre du tissu, à hauteur de genoux. Une banquette de voiture ? On va faire de la route ?

- On va où ? demandé-je une fois assis et ceinturé.

- Tu verras quand on y seras, répond mon cadet, énigmatique.

Je suis pas à l'aise sans rien voir, mais du coup, j'entends plus de trucs : le bruit du moteur, la respiration de mon meilleur ami juste à côté de moi… et deux autres, un peu plus éloignées.

- Qui est avec nous ? fais-je, un peu tendu.

- Bon, dites-lui, sinon il va stresser.

- Koyama, fait la voix de Keii-chan.

- Shige.

Je me détend un peu, soulagé même si je sais toujours pas ce qui se passe, ni pourquoi Keii-chan et Shige sont là aussi.

Je sais pas combien de temps on a roulé, mais aveuglé comme je suis, j'ai l'impression que des heures ont passé. Soudain, la voiture s'arrête. J'entends deux portières s'ouvrir à quelques secondes d'écart, puis de l'air s'engouffre dans l'habitacle : quelqu'un a ouvert la portière de mon côté.

- Descend, Massu, me dit Tesshi.

Pas surper rassuré, j'obéis quand même. Je lui fais confiance, mais vu que je sais pas ce qu'il trame… Cela dit, je lui pose pas de questions, vu qu'il répond pas ou que ses réponses m'avancent pas plus. Accroché à sa main, je franchis une porte, puis une ligne droite (un couloir ?) et une autre porte. Où est ce qu'il m'emmène ? D'un coup, il me pousse dans un siège et me retire le bandeau. La lumière m'agresse les yeux et me met quelques secondes à m'y habituer. Debout autour de moi, il y a Tesshi, Keii-chan et Shige, qui ont des têtes de conspirateurs qui me disent rien de bon. Dans ma tête, un néon « danger » s'est allumé, mais je sais pas danger de quoi.

- Bon, Massu, c'est là que ça va commencer, déclare mon cadet.

- Que quoi va commencer ?

- Onegai, te débats-pas. Rappelle-toi que c'est pour ton bien qu'on fait ça. Seulement pour ton bien.

Me débattre ? Pour mon bien ? Le néon dans ma tête a viré au rouge sang. Là, je commence à flipper léger. Et même plus. Mais soudain, Keii-chan et Shige me chopent chacun par un bras, ce qui me force à me lever et soudain, je sens Tesshi commencer à me désaper. HE ? ME DESAPER ? NON ? Je tente de leur échapper, mais ils sont trois et je suis seul.

- Arrêtez !

Mais aucun m'écoute et je finis en boxer. J'en pleurerais presque de honte. Mon traître d'ex meilleur ami siffle et une femme entre, armée de pinceaux et divers produits de maquillage. Je capte rien de ce qui se passe, mais j'ai juste envie de me planquer dans un trou pour jamais en sortir. Elle me maquille tout le corps, puis déclare que c'est bon et mes trois ex ami (je crois pas que je pourrais leur pardonner ça…) me poussent en avant, hors de la pièce, jusque dans une autre où un décor est installé. Avec un lit. Et un photographe devant. Oh non… Non ! NON ! C'est un cauchemar… Dites-moi que c'est un cauchemar et que je vais me réveiller… Ca peut pas être réel… Ils peuvent pas m'avoir fait ça…

Soudain, Tesshi me pousse violemment en avant, juste devant le photographe, tandis qu'il crie :

- MAINTENANT !

Je tourne la tête juste pour voir ma seule issue bloquée : Keii-chan et Shige se sont mis devant la porte façon videurs. Ils avaient tout prévu, les fourbes…

- Alors c'est toi mon modèle ce matin ? fait le photographe, avant de me tourner autour. Superbe…

- Vous fichez pas de moi…

- Pas du tout. Vos proportions sont parfaites et en plus vous êtes musclé.

He ? Proportions parfaites ? Il parle de moi là ? C'est quoi cette arnaque ?

- Vous avez mis vos lunettes ce matin ? J'ai rien de parfait.

- Jeune homme, c'est mon métier, je sais ce que je dis. Bien, nous allons faire une série debout pour le moment. Il y a une table derrière vous, appuyez-vous dessus et prenez une pose sexy.

J'écarquille les yeux et manque m'étrangler avec ma salive. Une pose sexy ? Moi ? Paniqué, je tourne immédiatement la tête vers mes trois traîtres d'amis.

- Tu peux le faire, Massu, me dit Tesshi en souriant. Aie confiance en toi.

- MASSUUUUUU ! GAMBATTEEEEE ! crie à l'unisson le KoyaShige, toujours à son poste devant la sortie.

Je crois que c'est ce qu'on appelle être piégé. La mort dans l'âme, perturbé et paniqué, je vais à l'endroit indiqué et réfléchis à ce que peut bien être une « pose sexy » et à quoi ça peut bien ressembler.

- Ne réfléchissez pas, me dit le photographe en me voyant cogiter. Faits-le à l'instinct.

A l'instinct ? Genre il existe un « instinct sexy » comme il y a un instinct de survie ? Ben mon instinct de survie crie « fuis ! » en ce moment. Mais je peux pas, alors j'essaye d'oublier que je suis presque nu, mais ça veut pas sortir de ma tête.

- Allez Massu ! m'encourage encore Tesshi, hors champ.

Oui, allez Taka. Plus vite tu feras ce qu'ils veulent, plus vite tu seras débarrassé et plus vite tu pourras te rhabiller. Et faire leur fête aux trois fourbes.

Sans savoir ce que je fais au juste, j'appuie mes fesses sur le bord de la table, met une main dans mon cou et tourne la tête sur le côté. Ca doit me donner un air lointain, mais ça m'évite surtout de regarder l'objectif, parce que c'est très gênant. J'entends une série de cliquetis et je demande une bouteille d'eau. J'ai même pas pris le temps de boire tellement j'étais pressé ce matin. Je me grouille tellement d'avaler le contenu de la bouteille, que ça me coule partout dessus. Aaaah c'est froid ce… Il fait quoi lui ? Je m'arrête de boire, parce que le photographe est en train de me mitrailler. Il est dingue ? Il a jamais vu quelqu'un en train de boire ou quoi ?

- Vous faites quoi là ? dis-je, pas très content.

- C'est parfait la bouteille d'eau, continuez.

- He ?

- Massu, t'occupe et bois ! me crie Tesshi.

Rah mais je peux plus là, il me bloque l'autre là aec son appareil… Je vois pas en quoi c'est intéressant de me prendre en train de boire. Un peu agacé, je repose la bouteille brusquement, le foudroie du regard… et note qu'il me photographie encore. Il a un problème ce mec ou quoi ?

- Changez de pose, onegaishimasu.

Après avoir entendu ça plusieurs fois, je me suis pris au jeu. C'est amusant en fait. Je place donc un pouce dans l'élastique de mon boxer, me cambre légèrement et entrouvre les lèvres, les yeux mi clos.

- Parfait. On va en faire une dernière debout. Changez de pose, onegaishimasu.

Je prend appui sur ma jambe droite, ce qui me déhanche légèrement, pose ma main gauche sur ma hanche et, de la droite, enserre mon épaule gauche en tournant la tête vers le mur, les yeux dans le vague et les lèvres entrouvertes. Il y a une nouvelle série de cliquetis d'appareil photo et j'entend des pas se rapprocher, puis s'immobiliser. On dirait que Keii-chan et Shige ont quitté leurs postes de vigiles. Des murmures indistincts me parviennent. Qu'est ce qu'ils peuvent bien se raconter ?

- Parfait, Masuda-san. On va faire la série sur le lit maintenant. Dozo.

Il me désigne ledit lit. J'avais totalement zappé, mais c'est pas grave. Au point où j'en suis, changer de support changera pas grand-chose. Je m'y dirige donc et m'y assois.

- Ano… Ce n'est pas exactement à ça que je pensais quand je disais « sur le lit ».

- He ?

Qu'est ce qu'il entend par là ? Tesshi, Keii-chan et Shige s'approchent alors de moi en même temps et le néon « danger » dans ma tête, se rallume. Ils ont à nouveau des têtes de comploteurs et j'aime pas ça du tout.

- Quoi ? fais-je, sur la défensive.

Aucun me répond, mais je vois Tesshi faire un signe du menton à ses complices. Alors, à ma grande stupéfaction, notre aîné appuie sur mes épaules pour m'obliger à m'allonger, puis lui et Shige me maintiennent, laissant à leur cadet la possibilité de… me retirer mon boxer ?

- Tesshi, non ! NON ! m'exclamé-je, terrifié à l'idée d'être totalement nu devant un objectif.

Ma panique s'arrête net quand il me couvre d'un drap jusqu'à la taille. Là, je pige plus. C'est quoi l'intérêt de me mettre à poil, si après il me planque ?

- Zen, Massu. C'est pas des photos érotiques. Tout est dans la suggestion.

- Tu m'as quand même désapé, l'accusé-je. Alors niveau suggestion, tu repassera, ne.

- Ben oui. Pour suggérer, il faut montrer un peu. Allez, détends-toi, dit-il avant de s'éloigner avec les deux autres fourbes.

Plus facile à dire qu'à faire… Je voudrais bien l'y voir lui, il verrait si c'est si simple.

- Mettez-vous sur le ventre, onegaishimasu.

Je me contorsionne sur le lit en tenant le drap pour garder un minimum de tissu sur moi et un peu de dignité avec. Le photographe demande alors à l'un des trois d'arranger le drap et c'est à nouveau Tesshi qui s'y colle. Je tente de regarder ce qu'il fait par-dessus mon épaule, mais j'y arrive pas, alors je laisse tomber.

Une vingtaine de minutes plus tard, le photographe me remercie, s'incline et quitte la pièce. Mes amis se rapprochent et Keii-chan me tend un peignoir, que je me grouille d'enfiler.

- La première étape est faite.

- C'est bien, Massu, tu as bien travaillé.

Je me sens vachement mieux avec un truc sur le dos quand même. Assez bien pour demander :

- A quoi ça rime tout ça ?

- C'est toi qui m'a demandé une idée pour être à l'aise avec ton corps, répond Tesshi. Et ça a marché, puisque tu t'es pris au jeu au point de tester des trucs.

- Demo…

- Et je parie que le résultat t'étonnera quand il sera sorti.

Malgré moi, je relève le mot.

- Sorti ?

- le photographe était celui de An An, me révèle Keii-chan. Pi a fait jouer ses relations pour que tu sois l'objet des pages centrales et de la couverture du prochain numéro.

- QUOI ?

Ma voix a déraillé dans les aigus malgré moi. An An, c'est bien ce magazine féminin dans lequel des mecs canon posent régulièrement à moitié nus et plus si affinité ? Tuez-moi. Que la terre s'ouvre sous mes pieds ou qu'un bloc de pierre m'écrase. Tout de suite.

- Allez allez, c'est pas la fin du monde, fait Shige en me tapotant l'épaule.

- Pour toi peut-être. J'oserais plus jamais sortir de chez moi.

- Bien sûr que si. Parce qu'on a du boulot et que Pi serait capable de te sortir de chez toi par la peau du cou, rigole Keii-chan.

- Et à coups de pieds au cul, renchérit Shige.

- Il rigole pas avec le boulot, Pi-chan.

29 mai 2004

C'est affreux. On a du travail par-dessus la tête, on a à peine le temps de souffler entre deux activités, je devrais avoir la tête vide ou du moins à ce que je fais… mais impossible. Depuis que je sais que les fameuses photos vont paraître dans An An, j'arrive plus à faire quoi que ce soit de correct. Nishikido passe son temps à m'aboyer dessus et j'entend au moins vingt fois par jour Pi me dire des trucs comme « fais attention », « concentre-toi » etc avec plus ou moins de patience au fur et à mesure que le temps passe.

A la pause, notre leader s'approche de moi, s'assoit à côté et me regarde.

- Qu'est ce qui t'arrive, Massu ? je ne t'ai jamais vu avoir aussi peu la tête à ce que tu fais. Tu as des problèmes ?

Oh oui… Un problème qui tient en deux mots/quatre lettres. Et tu le sais bien puisque tu as « fait jouer tes relations ».

- Non, aucun.

- Alors comment expliques-tu être à ce point dans la lune N

C'est votre faute, bande de traîtres !

- Je sais pas, Pi.

- So ka…

Il a pas l'air de me croire. Et pour cause, je dis le contraire de ce que je pense.

- Jaa… essaye de faire des efforts, ne, conclut-il en posant une main sur mon épaule.

Il s'éloigne vers Nishikido qui continue à pester en me donnant de charmants noms d'oiseaux, quand soudain, Tesshi qui était parti au distributeur de boissons, revient tout excité, sans canettes… et en tenant ce que je craignais.

- J'ai entendu un Junior m'appeler ! Je reviens ! fais-je en prenant courageusement la fuite sous un prétexte bidon.

J'ai presque atteint mon salut, lorsque Keii-chan me rattrape par le col.

- Oh que non. Toi, tu vas nulle part.

Il me choppe par les épaules, me fait assoir devant la table et laisse ses mains où elles sont au cas où.

- Vous allez pas en revenir, déclare Tesshi en posant le fameux magazine sur la table.

En couverture, moi… en colère. Pourquoi ils ont mis ça comme une ? Tuez-moi…

- Wouahou ! Massu tu fais peur comme ça et en même temps… Wouhahou ! s'exclame Keii-chan.

- Et encore, t'as pas vu l'intérieur !

Tandis qu'il tourne les pages, je tente d'échapper à notre aîné, mais il me tient fermement.

- Tadaaaaaa !

Il a du arriver sur les pages qu'il cherchait, mais j'ai fermé les yeux pour pas voir le massacre. Il y a un grand silence, puis j'entend :

- Impressionnant…

Pi.

- Il a du potentiel.

Nishikido.

- Trop sex…

Hiro.

- J'aurais jamais cru ça.

Uchi.

- Il lui fallait juste un coup de pouce.

Shige.

Intrigué par tous ces commentaires élogieux, je me risque à ouvrir les yeux… et reste figé. C'est qui ce beau gosse au regard lointain, musclé et sans un poil de graisse ? C'est pas moi quand même ? Impossible.

- Ano… Elles sont où les photos ?

- Sous tes yeux, Massu, rigole Tesshi.

- Mais nan, ça peut pas être moi. Je suis pas comme ça.

- Ben pourtant si, appuie Hiro. Et tu es sublime.

Surpris de l'emploi du terme, les autres le dévisagent.

- Ano… je veux dire magnifique… très beau… tente de se rattraper mon copain, mais trop tard.

S'en est fini de la discrétion. Après ça, c'est trop grillé. Enfin Tesshi sait depuis que je lui en ai parlé et je soupçonne qu'il l'a dit à Pi, Keii-chan et Shige pour leur complot. Il restait donc que Nishikido et uchi qui savaient pas.

- Massu, tu sors avec Kusano ? demande soudain notre leader, visiblement surpris.

He ? Ah ban finalement non, il savait pas.

- Depuis quand ?

- Comment ?

Et apparemment Keii-chan et Shige étaient pas au courant non plus. Bah alors qu'est ce que tesshi leur a dit pour qu'il l'aident à mettre son plan à exécution ?

- Ah bah c'est malin, j'avais réussi à rien dire et vous vous cramez tout seuls… boude mon meilleur ami.