Je tombe des nues. Littéralement. Il avait pourtant l'air tellement sûr de lui tout à l'heure…

- Mais… pourquoi ? demandé-je alors que je vois arriver la réponse gros comme une maison.

« Ils disent que je suis trop jeune et pas assez responsable. »

- Pas assez responsable ? Alors que tu es une idole ?

« Je l'ai dis. Ils disent que ça a rien à voir. J'ai lutté pendant plus d'une heure, mais rien à faire. Je suis désolé, Taka. »

Et moi donc… Ca veut dire qu'on va devoir continuer à se voir à la sauvette, sans réelle intimité… Je suis dégoûté, même si j'aurais du m'y attendre.

- Moi aussi…

« Et toi, t'en as parlé à ta mère ? »

- Oui et elle est d'accord.

« Ah… Ben c'est cool pour toi. Mais t'es plus vieux que moi aussi, t'es majeur dans un an. »

- Hai…

« Ben je viendrais sans arrêt quand tu seras installé, ne. »

- Hai…

« Mon Taka, je dois filer. A demain. Je t'aime. »

- Moi aussi. A demain, réponds-je avant de raccrocher.

Le moral dans le fond des chaussettes, je rejoins ma place, mais je fais une telle tête, que ma mère comprend tout de suite qu'un truc cloche.

- C'était Hironori-kun ? fait-elle.

Je la regarde, étonné. C'est la première fois qu'elle parle d'Hiro en utilisant son prénom complet. Je hoche la tête.

- Il ne peut pas emménager avec toi, c'est ça ?

J'écarquille les yeux cette fois. Je lui ai pas parlé de ça, comment est ce qu'elle…

Elle rigole.

- Je suis ta mère, Taka, je te connais comme si je t'avais fais. Il me paraissais évident que ta soudaine envie d'indépendance ne pouvait qu'avoir un rapport avec ton petit ami. De là, le reste n'était pas bien difficile à deviner ?.

Je sais pas si je l'ai déjà dis, mais ma mère est formidable.

- Mais ça ne doit pas t'empêcher de prendre un appartement, mon chéri. On pourrait regarder les annonces ensemble si tu veux.

- Bonne idée, dis-je en hochant la tête. Je regarderais aussi de mon côté.

En réalité, j'ai un peu perdu ma motivation, mais c'est vrai que je serais plus libre de mes mouvements quand je serais chez moi. De façon à pouvoir ruminer ma malchance, je décrète que je me charge du repas et m'exile dans la cuisine.

- N'en profite pas pour déprimer, mon cœur ! me crie ma mère depuis le salon.

Elle me connait trop bien. Je soupire. Du coup, au lieu de rabâcher ça, je repense à ce que Pi nous a dit avoir appris par téléphone de Fujioka-san : on va enregistrer un nouveau single. Sur le coup, j'avais pas compris correctement, alors je me demandais à quoi ça servait de sortir encore un single alors que l'album était déjà en vente. Je me disais que les fans seraient pas assez bêtes pour acheter un single comptant au mieux trois chansons, quand elles pouvaient en avoir dix-sept pour proportionnellement moins cher. C'est après que j'ai pigé le truc : les singles qui sortent après un album, sont des chansons qui feront partie de l'album suivant ! Partant de ça, c'est vachement motivant, parce que ça veut dire qu'on marche assez bien, qu'on est rentables pour l'agence, au point qu'on nous fasse confiance pour un autre album.

13 juillet 2005

Aujourd'hui, « TEPPEN », notre nouveau single, sort, mais je suis moins confiant sur celui-là que sur les autres. Je sais pas pourquoi, mais je l'aime moins que les autres. Je suis le seul du groupe à ressentir ça, alors j'espère que je me plante et que les fans aimeront. Ca me fait toujours aussi bizarre de me dire qu'on a des fans, qu'elles s'arrachent nos singles, achètent des trucs avec nos têtes dessus et hurlent nos noms quand on est en perf'. J'ai pleinement réalisé qu'on était vraiment connus, la dernière fois que je suis allé faire des courses avec ma mère, quand une bande de filles qui m'avait reconnu, s'est jetée sur moi en pleine rue en criant. J'en suis pas revenu et ça fait que quelques mois pour nous. Je veux même pas imaginer ce que ça donne pour les membres d'Arashi. Ils doivent jamais pouvoir sortir à visage découvert, les pauvres.

A la pause, j'ouvre mon ordi et me met à ma recherche d'appart. Hiro tarde pas à me rejoindre pour m'aider, parce que je suis un peu paumé, y'a trop de critères sur lesquels réfléchir : le quartier, la distance depuis les transports, l'exposition, le nombre de pièces… et j'en passe.

- Vous faites quoi ? demande Tesshi en posant le menton sur mon épaule.

- On regarde des apparts pour Taka, répond mon chéri à ma place.

- Oh, Massu, tu vas emménager tout seul ? demande alors Keii-chan vu que mon meilleur ami a pas été discret.

- Ouais. Enfin je vais essayer du moins.

A partir de ce moment-là, ils ont tous voulu me donner des conseils comme s'ils étaient experts en la matière. Enfin sauf Nishikido qui en a profité pour filer chez les Kanja. C'est sympa de leur part, mais limite lourd, alors quand notre manager entre avec les singles, ça me soulage un peu. Je ferme mon pc et m'approche avec les autres. Il nous laisse regarder et franchement, ça va. Enfin pour la version régulière où il y a juste nos têtes dans des cercles bordés d'une couleur, sur un fond de pantalon en jean bleu (un peu space comme fond, mais ça passe). Par contre, la version limitée… Des photos à la con avec des fringues moches, ils nous en ont fait faire un paquet, mais là, franchement, avoir pris celle-là, c'est abusé. J'ai l'impression qu'on est des paquets de pâtes géants vu qu'ils ont choisi celle où on est en rond et affublés de sweets à énormes carreaux rouges et blancs. Et on fait des tronches de débiles dessus en plus. La loose totale quoi. Enfin encore une fois, c'est pas comme si on avait notre mot à dire sur la question, même si ce serait normal. Je me demande si Arashi, KAT-TUN, les Kanja etc sont aussi mis devant le fait accompli comme ça à chaque nouvelle chanson.

24 septembre 2005

Aujourd'hui, après des semaines d'activité intense, on est enfin off, mais c'est pas pour ça que je vais pouvoir me tourner les pouces. Pas du tout même, parce que ma mère et moi on a rendez-vous pour visiter des apparts qui ont retenu mon attention sur le net. Ca a pas été simple, mais j'ai réussi à m'en sortir et on va voir si ça a payé ou pas. C'est bizarre, mais je suis un peu nerveux, alors que chanter devant un public me fait plus rien niveau trac. Allez comprendre… J'aimerais bien avoir l'appart de Shinjuku. Franchement, d'après les photos, ça a l'air d'être le mieux de tous et on s'y sentirait pas à l'étroit quand Hiro viendrait.

- Taka, mon cœur, tu es prêt ? On y va.

J'emboîte le pas à ma mère et hop, direction la voiture. Ce qui me fait penser que c'est la première chose que je ferais quand je serais majeur : passer mon permis.

Il nous faut un peu plus de dix minutes pour arriver et je regarde l'immeuble d'un air songeur pendant qu'on se gare. Je l'ai pas encore vu autrement qu'en photos, mais je l'aime déjà, cet appart. C'est décidé, s'il me plaît, je le prendrais et tant pis pour les autres.

Devant la porte, un agent immobilier nous attend en souriant et son sourire s'agrandit en me voyant. Il m'a reconnu ou… ?

- Itaide Susumu, hajimemashite, dit-il en nous serrant la main.

On se dirige vers l'appartement et mon cœur se met à battre très vite. Un peu comme avant de rentrer sur scène. J'en attend tellement aussi il faut dire… Et on peut dire que quand je rentre, je suis pas déçu. Spacieux, lumineux, avec plein de placards… et une cuisine équipée. Franchement, ça fait plaisir. Je me ballade dedans, en imaginant déjà à quoi ressemblera mon canapé, où il sera placé etc. Je suis tellement parti dans mon installation mentale, que j'entend à peine ce qui se dit derrière moi.

- Votre fils a l'air conquis par ce bien, Masuda-san, dit Itaide-san.

- Oui, je pense aussi, approuve ma mère.

- Pensez-vous utile de voir les autres ?

- Et bien c'est toujours mieux. Taka ? Chéri ?

Je me tourne vers elle.

- On va quand même aller voir les autres, mon cœur.

- Pas la peine, 'kaa-chan, c'est celui-là que je veux ?

- Mais imagine que l'un des autres te plaise encore plus ?

- Impossible.

- Allons-y quand même.

Je soupire.

- Si tu veux… Mais je changerais pas d'avis.

Je sais, quand je veux, je suis très têtu, mais je trouve qu'aller voir d'autres apparts alors que j'ai déjà trouvé celui qu'il me faut, c'est une perte de temps. Mais bon, j'ai pas très envie de dire ça à ma mère. Je quitte donc à regret ce que je considère déjà comme mon appart et les suis.

Dire que je met de la mauvaise volonté ensuite est un euphémisme. L'agent immobilier a beau mettre en avant tous les points forts des trois autres apparts, je m'obstine comme si je voyais rien. Trop ceci, pas assez cela, je chipote tellement que j'ai l'impression d'être Nishikido vu le temps que je passe à râler.

Après une énième critique et un soupir de ma mère, Itaide-san rend les armes.

- Il n'y a vraiment que le premier bien qui trouve grâce à vos yeux, on dirait, observe-t-il.

Non, tu crois ? Qu'est ce qui t'as mis la puce à l'oreille ? Que je grogne pendant trois heures ou que j'insinue sans arrêt que les autres étaient pourris ?

- Oui. J'ai trouvé mon appartement.

- Très bien. Voulez-vous faire une contre-visite ?

- Pas la peine. Signons vite.

- Très bien. Dans ce cas, allons à l'agence.

Je le montre pas plus que ça, mais intérieurement, je suis tellement heureux que je pourrais chanter en pleine rue et, sur le trajet, je pense déjà à la façon dont je vais l'aménager.

18 octobre 2005

Aujourd'hui, c'est le jour du déménagement. J'aurais voulu le faire avant, mais vu notre planning, rien à faire. Du coup, j'ai embauché les gars en leur donnant rendez-vous chez ma mère pour neuf heures. Et non seulement ils sont à l'heure, mais en plus, Nishikido a ramené ses potes du Kansai pour nous prêter main forte. Je m'y attendais pas de sa part, c'est vachement sympa. Du coup, avec treize paires de bras (bah oui y'a ma mère aussi), les choses devraient aller vite, surtout que j'ai pas tant d'affaires que ça. Heureusement qu'avec ma mère, on a commandé le canapé, les fauteuils, la télé etc et que ça a été livré, parce que ça aurait fait un peu léger comme ameublement avec juste le lit, le dressing et la commode que j'avais dans ma chambre.

- Ouh ouh, Massu ? Tu rêve ? me secoue Tesshi.

- Hum ? Oh oui désolé. On s'y met.

Les cartons déjà faits sont rapidement embarqués dans les voitures de Nishikido et Pi (pratique d'avoir des amis majeurs et motorisés), tandis que mes meubles démontés vont dans celle de ma mère et de Keii-chan. Le chargement se fait vite, c'est une fois arrivés à destination que ça va se corser. Faudra faire des équipes je crois.

- Bon, Masuda, t'as rien oublié ? me demande Nishikido.

Faut dire qu'il est rodé, on a déménagé Pi l'anné dernière et Keii-chan l'année d'avant. C'est marrant de voir qu'on prend tous notre envol l'un après l'autre.

- Nan c'est bon, réponds-je.

- Et au pire, s'il oublie un truc, c'est pas perdu, ajoute Hiro en me souriant.

Je me remet toujours pas du refus de ses parents, même s'il peut se comprendre.

- Clair. Bon ben Masuda, on te suit.

Je hoche la tête, jette un regard à mon petit ami et monte en voiture avec ma mère, direction mon nouveau chez moi. Une fois sur place, je leur fais visiter l'appart encore vide, puis organise les équipes. Puisqu'on est nombreux, autant en profiter.

- Nishikido, tu gère l'équipe chambre, qui comprend une commode, un lit double et un grand dressing. Keii-chan, je te charge de l'équipe salon qui inclus un meuble hifi, une console-table extensible, une bibliothèque et une vitrine. Tesshi, Hiro, 'kaa-chan, on s'occupe du déballage des cartons.

- Oui, chef ! répondent-ils tous avant d'aller chercher les meubles dans les voitures.

Bon, évidemment, il y a eu des ratés, des jurons colorés, des écroulages de meubles à peine commencés, des fou-rires, des tas de conversations, des « la ferme ! » sonores, une pause repas prévue par ma mère… mais l'un dans l'autre, tout s'est bien passé et, en fin de soirée, après un dîner au resto de la mère de Keii-chan « pour fêter ça », je me retrouve seul dans cet appartement que je voulais tant mais qui m'est encore totalement étranger. Je suis pas encore majeur, mais aujourd'hui, ce lien qui me rattachait encore à l'enfance est brisé. Aujourd'hui, sans en avoir l'âge, je suis devenu adulte.