12 janvier 2006
On a pas tellement eu le temps de chômer avec la préparation du Countdown. Et on s'est bien éclatés avec KAT-TUN et les autres malgré ce qui nous est arrivé. Les Countdown, c'est toujours sympa à faire, on rigole bien. Mais depuis son retour, Pi est… je sais pas comment dire… plus distant. Il a jamais été le genre chaleureux comme Keii-chan ni tactile comme Tesshi, mais là, c'est comme s'il se méfiait de nous. Je pige pas pourquoi, on a rien fait de mal, c'est un peu blessant quand même.
En plus, depuis quelques jours, Hiro a l'air triste. Malheureux même. Et quand je lui demande ce qui va pas, ce qui le tracasse, il me fait un sourire forcé, me répond que tout va bien et que j'ai pas à m'en faire Baka… évidemment que je m'inquiète puisque je l'aime. Mais ça a pas l'air de l'effleurer.
Aujourd'hui, on est sensés répéter pour un live, mais Pi et Hiro manquent à l'appel. Ils habitent dans la même direction, il doit y avoir des embouteillages. Du coup, pendant que Keii-chan et Shige discutent, je me pose à côté de Tesshi et on en fait autant. Il me parle de son dernier copain en date. Qui se trouve être Tanaka-kun, le rappeur de KAT-TUN. Je me demande bien comment ces deux-là en sont venus à sortir ensemble, ils sont aussi différents que le jour et la nuit. Je sais bien que les contraires s'attirent, mais là c'est pire que des contraires quoi.
Un quart d'heure plus tard, aucun des deux retardataires n'est encore arrivé et ça commence à m'inquiéter. Je sors mon portable et lui envoie un message « Mon cœur, tu es où ? », puis le range. Les minutes s'écoulent sans la moindre réponse de sa part et je dépasse le stade de l'inquiétude pour entrer dans l'angoisse. Et s'il avait eu un accident ? J'essaye de l'appeler pour me rassurer, mais je tombe directement sur son répondeur. J'aime pas ça, mais je me force à laisser un message.
- Hiro, c'est Taka, je sais pas où tu es, mais rappelle-moi vite.
Une main se pose sur mon épaule. Celle de Yuya.
- Calmes-toi, Massu, je suis sûr qu'il va bien, me dit-il.
- J'aimerais en être aussi sûr que toi. C'est pas dans ses habitudes de faire le mort comme ça. Je suis sûr qu'il est arrivé quelque chose… Je le sens…
Ne trouvant plus rien à dire pour me tranquilliser, il se rassoit près de moi et l'attente interminable se poursuit. Le temps continue à passer et mon portable reste désespérément muet. Je commence à me dire que tant pis pour la répète, je vais sortir à sa recherche, quand la porte s'ouvre sur lui et Pi. Un tel soulagement s'empare de moi, que je me précipite vers lui, bien décidé à l'étouffer dans mes bras, avant de piler à un mètre. Mon copain a la tête basse, mais je vois bien qu'il a les yeux rouges. Il a pleuré. Pourquoi ?
- Hiro ? fais-je en espérant une explication.
Au lieu de quoi, j'entends la voix de notre leader résonner, froide et tranchante comme un couteau :
- Va chercher tes affaires.
- Ses affaires ? Pourquoi ? demande Shige. Il vient d'arriver et on a pas de déplacement prévu aujourd'hui.
- Lui si. Un aller simple pour chez lui.
- Kusano, tu es malade ? questionne alors mon meilleur ami.
Je dis rien. Un filet de sueur glacé dégouline le long de ma colonne vertébrale tandis que je regarde mon copain aller à son casier sans dire un mot. Cette scène a un air de déjà-vu et j'ai un très très mauvais pressentiment.
- Il aurait de quoi l'être, répond notre leader. Apparemment l'exemple Uchi lui a pas servi. Monsieur Kusano a été surpris en bas de chez lui, une bouteille d'alcool à la bouche. Lui aussi est suspendu. On est plus que six.
Les mots résonnent à mes oreilles comme un écho et je sens le sang refluer de mon visage alors que tout se met à tourner autour de moi. Mon souffle se bloque dans ma poitrine et la dernière chose que j'entend avant de sombrer, c'est la voix d'Hiro.
- Je suis désolé, Taka… Tellement désolé…
Je reprend connaissance dans ce qui semble être l'infirmerie de l'agence étant donné les murs blancs et le lit sur lequel je suis allongé.
- Massu ! s'exclame Tesshi assis à côté, en me voyant ouvrir les yeux. Ca va ?!
- Tu nous as fais une belle peur, renchérit Keii-chan, debout à côté de lui.
- On s'est demandé si t'allais te réveiller, renchérit Shige.
- Désolé. Qu'est ce que je fais là ?
- Ryo-tan t'as porté là quand tu t'es évanoui, me renseigne Yuya.
- Evanoui ?
- Oui, quand...
Il a pas besoin de finir sa phrase, tout me rvient d'un bloc et je regarde mes amis, paniqués.
- Hiro ?! Où il est ?!
- Il... Il est parti, Massu, me répond doucement Tesshi. Il a laissé une lettre pour toi, ajoute-t-il en me tendant une feuille pliée en quatre qu'il vient de sortir de sa poche.
Parti... Parti... Parti... Le mot tourne sans fin dans ma tête, se répercutant en mille échos infernaux et je fais même pas gaffe aux larmes qui roulent sur mes joues, alors que je saute sur mes pieds pour courir dans le couloir.
- HIRO ! HIRO ! HIROOOOOO ! hurlé-je à m'en déchirer les cordes vocales.
Je sens les bras de Nishikido se refermer sur moi et me débat pour lui échapper. Je dois rejoindre Hiro ! Je dois !
- Nishikido, laisse-moi ! HIRO !
- Massu, Massu, calmes-toi, intervient Yuya en se mettant devant moi. C'est trop tard. Il est parti et ne reviendra pas...
- Non ! Non, tu mens ! crié-je en me débattant moins vivement. Hiro !
- Bordel, Masuda, tu vas te calmer oui ?! On te dit qu'il s'est barré ! C'est fini, merde !
- Ryo ! fait alors Pi, revenu entre temps. Tu vois pas qu'il souffre ?! Un peu de compassion, bordel !
Mais rien ne m'atteint, à part cette cruelle vérité assénée brutalement : Hiro et parti. Il m'a abandonné lui aussi. Je m'afaisse à genoux au sol, secoué de sanglots et de tremblements incontrôlables.
Autour de moi, je sens la présence des autres sans les voir, j'entends des sons sans en comprendre le sens. Je sens seulement le trou béant dans ma poitrine. Un trou qui grandit de seconde en seconde et m'aspire de l'intérieur comme un trou noir.
Quelqu'un me fait lever et asseoir sur le lit que je viens de quitter. Mais plus rien n'a d'importance. J'ai pas le droit d'être heureux. Apparemment, le bonheur, c'est pas pour moi. J'ai si mal... Comment je peux avoir mal là où il y a plus rien qui devrait me faire souffrir ?
- Massu, tu veux pas lire sa lettre ?
- Je crois pas qu'il soit en état, Tesshi.
J'ai envie de mourir. Je veux mourir. Ca m'éviterait cette intolérable souffrance qui me déchire comme des dizaines de couteaux chauffés à blanc. Mais on peut pas mourir sur commande, hélas.
- Tu vas pas faire comme la dernière fois, ne Masuda ? ärce wque je serais pas si…
- Ryo, la ferme. On le sait que t'es inquiet pour lui, pas besoin d'en rajouter. Il va s'en remettre.
- Allez Massu, courage, on sait que c'est très dur, mais faut que tu te ressaisisses.
- Keii a raison. Et puis t'es pas seul. On va tous t'aider à t'en remettre.
Soudain, les mots prononcés prennent un sens, mais je les supporte pas.
- La ferme… murmuré-je.
- Quoi ?
- La ferme ! LA FERME ! LA FERME ! hurlé-je avec rage. PERSONNE SAIT CE QUE JE TRAVERSE, ALORS PARLEZ PAS DE CE QUE VOUS SAVEZ PAS ! LA FERME !
Il y a un gros blanc et ils se regardent tous comme si j'avais perdu la raison. Mais je suis fou. Fou de douleur.
- BARREZ-VOUS ! crié-je encore. BARREZ-VOUS TOUS PUISQUE VOUS ETES INCAPABLES DE COMPRENDRE !
- Mais Massu, tu…
- Je pense qu'il vaudrait mieux que vous le laissiez pour le moment, intervient alors Asahi-san, l'infirmier de l'agence. Il ne se calmera pas tant que vous serez là.
Un par un, mes « amis » sortent de la pièce et le silence retombe, seulement troublé par mes sanglots. Je m'étais même pas rendu compte que je pleurais.
Sans dire un mot, Asahi-san me fait allonger d'une pression douce mais ferme sur mes épaules et met une couverture sur moi. Je tremble comme si le froid qui semble me glacer de l'intérieur se ressentait aussi à l'extérieur.
- Buvez un peu et essayez de dormir, me dit-il en me tendant un verre d'eau.
Me redressant à demi, j'en avale le contenu à petites gorgées, puis m'allonge de nouveau. Jusqu'à ce qu'on frappe à la porte et que j'entende une voix bien trop familière.
- Je l'ai entendu crier dans le couloir et je me suis inquiété, dit Masaki à l'infirmier.
- Je comprends et c'est gentil de votre part, Aiba-san, mais pour le moment, Masuda-san n'est pas en état émotionnel de recevoir des visites. Surtout la votre si je peux me permettre, dit l'homme, montrant ainsi qu'il ignore rien de ce qui se passe dans l'agence.
- Il est malade ? Qu'est ce qu'il a ?
Je sais pas ce qu'Asahi-san lui a répondu, parce qu'il est sorti dans le couloir en refermant la porte, mais je lui suis reconnaissant d'avoir fait barrage. J'ai vraiment pas besoin de la présence de mon premier ex maintenant. Ca risquerait juste d'agrandir le trou noir dans ma poitrine.
23 janvier 2006
Sept jours. Sept jours se sont écoulés depuis l'annonce fatale qui m'a plongé au fin fond de l'abysse où je suis toujours. Sept jours et il a même pas cherché à me contacter. Sept jours que je suis terré chez moi. Comme la première fois. Sauf que cette fois, je suis totalement seul. Enfin techniquement, parce que ce matin, les gars ont carrément démonté ma porte d'entrée verrouillée à double tour pour entrer.
- Allez Massu, on sait que t'as mal, mais tu as pas le droit de te laisser aller comme avant, décrète Pi en faisant voler ma couette.
- Il faut te reprendre et on a du boulot, alors ça va t'aider, ajoute Keii-chan en attrapant un de mes bras, aidé de Shige qui prend le deuxième pour m'extirper de mon refuge.
- Non, geins-je en essayant de leur échapper.
Mais ils sont plus forts qu'il y parait, les enfoirés et je me retrouve debout malgré moi.
- Vous pouvez pas me foutre la paix ? grogné-je.
- Non, répond Tesshi. Parce qu'on a pas envie que tu te laisse dépérir comme après ta dernière rupture. On fait ça pour ton bien.
Mon bien… Tu parles…
- Tu seras mieux avec nous à l'agence que tout seul dans ton coin, ajoute Nishikido.
- Et ça servira à quoi que je vienne ? J'ai envie de rien.
- T'as écouté ce que j'ai dis, Masuda ?
- Humf, grogné-je encore.
- Bah alors pose pas des questions cons. Allez, décare ton joli petit cul dans la salle de bain. Et plus vite que ça.
- Et puis le groupe a besoin de toi. Faut qu'on se serre les coudes maintenant, ajoute Keii-chan.
Ils pigent pas que j'ai envie de rien ? Ils sont bouchés ou quoi ?
- Et si vous vous cassiez ? suggéré-je.
- Compte là-dessus et bois de l'eau ! répondit Nishikido. Et joue pas au mec de mauvaise humeur, tu gagneras contre moi. Allez à la douche ou je te jure que je t'y emmène moi-même !
Je le regarde en face. Il a pas l'air de rigoler et les autres qui se sont regroupés autour de lui ont l'air de soutenir son discours. Putain de solidarité à la con…
Je les foudroie du regard, ce qui a franchement pas l'air de les traumatiser et, de mauvaise grâce, vais faire ce qu'ils veulent.
Un quart d'heure plus tard, je les rejoins.
- Allez, les pompes maintenant, me brusque encore Nishikido qui semble être devenu leur porte-parole. Et accélère un peu, on va pas tout te dire comme à un gamin.
- Oh ta gueule ! le rembarré-je comme à la bonne époque.
- OK, alors tu commence pas comme ça, sinon ça va mal se passer.
- Mais je vous ai rien demandé moi !
- Et ça tombe bien, on t'as pas demandé ton avis ! Pense un peu aux autres, bordel, au lieu de te regarder le nombril en geignant que le monde est méchant ! T'es pas tout seul, on est six !
C'est vraiment l'hôpital qui se fout de la charité, mais je m'attendais tellement peu à cette répartie, que j'en perd la pique cinglante que j'avais sur le bout de la langue.
- Allez, grouille-toi, on a pas l'année !
Je suis tellement sous le choc, que je m'exécute sans rien ajouter et emboîte le pas à Tesshi, Shige et Keii-chan, pendant que lui et Pi remettent ma porte en place.
4 février 2006
Je suis là, présent dans la salle de répète avec les autres, mais je suis que physiquement là en fait. Je chante, je danse, je participe même aux conversations, mais il n'y a plus de soleil dans ma voix, plus de sourire dans mes yeux. Je suis vivant, oui, mais ça s'arrête là. Plus rien m'intéresse. Je le sens encore plus vide qu'après ma rupture avec Masa-chan et c'est pas peu dire.
La lettre, la fameuse lettre qu'il m'a écrite est toujours au fond de mon casier, là où Tesshi l'a fourrée il y a quelques jours, mais je l'ai toujours pas lue. J'en ai pas le courage. Je sens que si je la lis, mon état va empirer. C'est sûrement idiot, d'autant qu'une part de moi veut savoir, mais l'autre part, celle qui dit « non Taka, tu vas souffrir encore plus, fais pas ça », est plus forte pour le moment.
- Massu…
Yuya. Je sais très bien ce qu'il va dire. Ca fait des jours qu'il me répète la même chose inlassablement.
- Non, Tesshi, toujours pas, fais-je d'un ton morne, lui coupant l'herbe sous le pied.
- Mais pourquoi ? S'il a pris la peine de te l'écrire, c'est qu'il voulait s'expliquer vis-à-vis de toi. T'imagine s'il attend que tu le contacte ?
La phrase me fait sortir de mes gonds.
- Que JE le contacte ?! explosé-je, faisant sursauter la table entière et tourner tous les regards vers nous.
Je me fous que tous les groupes présents dans la cafète ce midi nous dévisagent. Là, les vannes sont ouvertes, il faut que ça sorte.
- Que JE le contacte alors que c'est sa connerie qui l'a éloigné ?! Que JE le contacte alors que j'ai même pas eu UN mail depuis son départ ?! Que JE le contacte alors que…
- Chut, Massu, chut, pas besoin de crier, fait Keii-chan en agitant les mains vers la table.
- C'était une suggestion comme ça, se justifie mon meilleur ami. Je sais pas ce qu'il a écrit dedans.
- Tu l'as pas lue ? demande alors Shige.
- Bien sûr que non, pour qui tu me prends ? fait Yuya, vexé.
- Désolé, désolé.
- Hum… fait Tesshi avant de reprendre à mon intention : Imgine si'l a plus de moyen de te contacter ?
- Qu'est ce que tu veux dire ? demandé-je, un peu calmé.
- Tesshi a raison, renchérit Pi. S'il a eu des ennuis ici, j'imagine qu'il a du en avoir chez lui aussi. Du coup, il a peut-être plus la possibilité de te contacter.
L'hypothèse, qui m'avait pas effleuré, fait son chemin dans mon esprit. Et s'ils avaient raison ? ca excuserait pas ce qu'il a fait, mais…
- Non, pas moyen, me refermé-je.
- Allez, Massu, fais pas ta mauvaise tête et lis-la, cette lettre, appuie encore Keii-chan.
Juste avant qu'ils se mettent à scander « lis-la ! lis-la ! lis-la ! », hymne bientôt repris par toute la table, même si ses autres occupants ignorent totalement de quoi il est question. Et forcément, avec tout le bordel qu'ils font, tous les autres gens dans la salle, nous regardent à nouveau. Je me sens pas DU TOUT (notez l'ironie) obligé de céder quoi…
- C'est bon, c'est bon, vos gueules, je la lirais, capitulé-je.
- Ouais ! s'exclame alors mon meilleur ami, déclenchant les applaudissements de la tablée entière/
Décidément, « Johnny's » et « discrétion », ça va pas, mais alors pas du tout ensemble.
Il est un peu plus de vingt-deux heures et on a fini pour aujourd'hui. Tous le monde a pris une douche bien méritée et les gars sont rentrés chez eux un par un. Moi seul reste, la main sur a poignée de mon casier, hésitant à faire le geste qui me mettra en présence de la fameuse lettre. J'ai dis que je la lirais, mais j'ai peur de ce que je vais y découvrir. Les minutes passent et dans un effort de volonté, j'ouvre la porte. Elle est là, sagement pliée en quatre à l'endroit même où Tesshi l'a posée. Elle semble presque m'appeller. Comme les biscuits d'Alice au pays des merveilles qui clamaient « mange-moi », elle paraît me dire « lis-moi ». Je dégutis et m'en empare en tremblant presque. Allez, Taka, c'est juste une bête feuille, elle va pas t'exploser à la figure, un peu de courage, t'es un homme, merde !
Je referme la porte du casier et vais m'assoir sur le canapé de la loge (au cas où, on est jamais trop prudent) et me décide à la déplier. L'écriture est précipitée, difficilement lisible, comme s'il s'était vraiment dépêché pour la rédiger.
« Mon Taka,
Je veux que tu sache que je suis vraiment désolé de ce qui s'est passé. J'ai été complètement idiot et je m'en veux mais c'est trop tard. Tout est trop tard, Johnny-san ne reviendra pas plus sur sa décision pour moi qu'il ne l'a fait pour Uchi. Tu dois sûrement te demander pourquoi j'ai fais ça, sachant justement ce qui est arrivé à Hiroki. Tu dois sûrement me maudire... Mais j'avais une raison. Ca faisait des jours que je m'engueulais avec mes parents de plus en plus souvent et pour des conneries, mais surtout parce que j'avais pas abandonné l'idée de vivre avec toi. J'avais fini par carrément faire ma valise pour me tailler en douce et venir quand même, mais bien sûr, vu comment ils sont, ils m'ont rattrapé. Et consigné. Ouais ouais t'as bien lu, consigné, comme dans l'ancien temps. Mais le pire c'est qu'ils ont pris mon portable et mon pc en représailles et qu'ils les ont revendus, pour « me donner une leçon ». Du coup, essaye pas de me contacter, j'aurais jamais aucun message et ils me le transmettront pas. Bref... j'étais tellement dégoûté, désespéré et tout ce que tu veux, que j'ai pas réfléchi, j'ai chopé la première bouteille que j'ai trouvé et je suis juste allé devant la maison, dans l'idée de prendre une bonne cuite qui me ferait oublier leur connerie pour un temps. Je me disais que ça craignait rien puisque j'étais pas dans un bar, tu vois ? Mais ça c'est pas si bien passé et le reste, tu le sais vu que Pi l'a dit. Mes parents ont décidé de m'envoyer en pension à l'étranger pour que j'ai plus de tentations du genre. Quand tu liras cette lettre, je serais sûrement en train de faire mes bagages pour la Suisse. La Suisse, tu te rend compte ?! Ils m'expédient carrément à l'autre bout du monde. Et pour des mois. Je suis tellement désolé, mon Taka... Sache que je t'aime comme un fou et que ça ne changera jamais... mais vu les circonstances... ne m'attends pas. Je ne sais que trop bien dans quel état toutes ces nouvelles vont te mettre et je m'en veux terriblement, mais je t'en prie, sois fort. Ne t'effondre pas, tu sais que je déteste te voir comme ça. Même si je ne te verrais probablement pas.
Je t'aime, Taka.
Hiro »
Les larmes ont commencé à dévaler mes joues dès le début de ma lecture et ne se sont pas arrêtées. Sans réfléchir, je fourre le papier dans ma poche, attrape mon sac et me met à courir comme un dératé vers un seul objectif : la maison des Kusano. Je me moque de la pluie qui s'est mise à tomber dru, me trempant totalement ; je me fiche de l'heure tardive... je me fiche de tout. Il est presque vingt-trois heures quand j'arrive devant leur maison. Je suis dans un état déplorable (pour pas dire que je ressemble à rien), mais tant pis. Fou de douleur, je tambourine sans relâche à la porte de mes poings, jusqu'à ce que sa mère ouvre, en robe de chambre et chaussons, l'air totalement ahurie.
- Masuda-kun ?! s'effare-t-elle. Je suis ravie de te voir, mais tu...
- Hiro ! Où est-il, Kusano-san ?! Où est Hiro ?!
- A Genève, en Suisse, depuis plusieurs jours, répond-elle, étonnée. Il ne t'as pas prévenu ? Je croyais qu'il l'avait dit à tout son groupe.
Je m'écroule au sol. C'est trop tard. J'arrive des jours trop tard. Juste parce que j'étais trop fier et trop blessé pour lire sa lettre tout de suite. Je me hais... Je me hais tellement...
Mes reniflements finissent par lui faire comprendre que je suis en larmes et elle prend pitié.
- Viens, entre, ne reste pas sous la pluie, tu vas attraper froid, me dit-elle gentiment en me prenant par les épaules.
Secoué de sanglots, je la suis comme un pantin dont elle tirerait les fils. Elle me fait asseoir dans le salon et s'éloigne quelques instants, avant de revenir avec une serviette, dont elle commence à me frictionner les cheveux.
- Il faut te changer aussi, me dit-elle ensuite. Hironori doit avoir laissé quelques affaires. Elles ne seront peut-être pas à ta taille, mais au moins, tu seras au sec.
Ces paroles, pleines de gentillesse, me crucifient. Elles me font davantage prendre conscience qu'il n'est plus là, qu'il n'est même plus sur le sol nippon et j'ai même pas le courage de lui dire que c'est pas la peine. Lâchement, j'attends qu'elle se soit éloignée et je prend la fuite. Dehors, la pluie a encore forci et il y a plus âme qui vive. Que moi, mon coeur brisé et mes larmes. Je me remet à courir droit devant moi, sans but, comme un Forrest Gump japonais. Il me demande d'être fort, mais je peux pas. Si seulement je m'attachais pas autant aux gens, si je pouvais faire comme Tesshi et papillonner gaiement d'une relation à une autre, sans conséquence... Mais c'est pas dans ma nature et c'est pour ça que je souffre tant maintenant, comme j'ai souffert quand Masa-chan a rompu. Il a fallu tant de temps ensuite pour recoller les multiples morceaux de mon coeur... et maintenant, tout est à recommencer. Si c'est encore possible. Ce dont je doute.
