Chapitre 3
Ryo
Je me doute qu'il reviendra, mais j'ai des remords. Il méritait pas d'entendre ça comme ça, même s'il savait que Pi m'attirait.
Soudain, je sens une main se glisser dans la mienne et tourne le tête. Pi, toujours souriant, est sorti de sa béatitude.
- Tu t'inquiète pour les autres, dit-il. C'est une des choses que j'aime chez toi.
Rien que ça me fait rougit, ce qui fait pouffer Yuya.
- Quoi ? fais-je alors de mon ton le plus bourru, que Hiro avait baptisé « nounourson des cavernes ».
- Rien rien, répond mon meilleur ami. Vous êtes trop mignons, c'est tout.
Gêné, je tourne la tête vers mon nouveau petit ami, qui sourit de plus belle. Et pourtant, pour le faire sourire en temps normal, c'est quasi mission impossible. Du coup, malgré moi, ça me fait sourire aussi.
-Bon, finit par dire Tesshi, Pi-chan, je t'enlève ton Massubidou d'amour.
- He ?!
L'exclamation a jailli de nos deux bouches. Qu'est ce qu'il raconte ?
- Ben oui. Tegomass, t'as oublié ? Faut peut-être qu'on le bosse, ce single, vu qu'on a promis qu'on pouvait faire les deux.
Sur le coup, j'en reste presque bouche bée. Déjà parce que mon Tesshi qui fait le raisonnable, c'est super rare. Et ensuite parce que ouais, le boulot, j'avais totalement zappé avec tout ça.
- C'est vrai, tu as raison Tego, acquiesce Pi. Allez filez tous les deux, nous on va essayer d'avancer de notre côté.
Sur ces mots, sans prévenir, il m'embrasse à la commissure des lèvres en me laissant les yeux écarquillés. Depuis quand Pi est spontané ?!
- L'amour fait des miracles, me souffle alors Keii-chan en se dirigeant vers la chaîne hifi.
J'ai rien le temps de répondre, parce que Yuya me chope par le poignet et je suis bien obligé de le suivre. On sort donc de la loge pour monter d'un étage et entrer dans une loge inoccupée. Histoire de travailler au calme je suppose. Mais avec tous les évènements qui se sont enchaînés, le boulot était franchement sorti de mes préoccupations bien qu'on soit à l'agence, alors je sens que je vais avoir du mal à me concentrer vraiment.
- Bon, tu as appris les paroles de « Miso soup » ? me demande-t-il.
- Heu…
- Roh Massu, t'abuse. Comment tu veux qu'on avance si tu fais pas ce qu'il faut ?
- Gnagnagna, réponds-je de façon très mature et adulte. Chante-la moi au lieu de me faire la leçon. Je suppose que tu la connais.
- Ben oui, j'ai bossé moi.
Je décide d'oublier le reproche pas du tout voilé, surtout qu'il est justifié et le regarde tirer de son sac une partition sous les portées de laquelle sont écrites les paroles.
Il commence ensuite à chanter après deux mesures et je me concentre au maximum pour enregistrer les phrases en même temps que je les lis et les écoute. Il recommence trois ou quatre fois jusqu'à ce que l'air me reste dans la tête et que, sans vraiment m'en rendre compte, je me mette à chantonner à voix basse en même temps que lui. Au bout de six fois, je la chante franchement, même si je regarde encore la partition et, il recommence encore et encore sans se lasser. Du coup, en même pas deux heures, je connais les paroles par cœur, mais il faut avouer qu'elles ne sont pas bien difficiles à retenir.
- Bon, alors comment on fait ? demandé-je. On chante tout tous les deux ou… ?
Mais Tesshi secoue la tête.
- Non, je pense qu'il faut chanter à tour de rôle sauf pour les refrains.
- D'accord, alors…
On se penche à nouveau sur les paroles et on réfléchit à voix haute, le crayon à papier dans la main.
- Déjà, on peut dire, comme tu proposais, qu'on chante les refrains sous les deux. Ensuite… il y a deux phrases par couplet, donc je pense que tu devrais toujours faire la première et moi la deuxième.
- Pourquoi dans cet ordre ? me demande-t-il, surpris.
- Ca me parait plus naturel que l'inverse. On essaye comme ça ?
- Ok.
Il s'éclaircit la gorge et commence une nouvelle fois, avant de s'interrompre à la fin de sa phrase pour que je reprenne immédiatement derrière… sauf que je me suis encore laissé emporter par les accents magique de sa voix cristalline et que j'ai loupé le départ ?
- Massu ? fait Yuya en claquant des doigts près de mon visage.
- He ?
- Ben c'était à toi. T'étais plus avec moi ou quoi ?
- Si si au contraire.
- He ? fait-il à son tour.
- Rien, laisse tomber. Allez on recommence.
- Ok, mais tu suis cette fois, ne ?
- Oui oui.
Il reprend donc en me surveillant et, à la fin du mot « dinner », je démarre. Avant qu'il m'arrête au bout de quatre mots.
- Stop. Tu peux m'expliquer pourquoi t'es à contretemps là, alors que t'étais en rythme tout à l'heure ?
- J'en sais rien. J'avais l'impression d'être synchro pourtant, fais-je, sincèrement étonné.
Il fait une petite moue, puis soupire et reprend une fois de plus. Cette fois, je fais bien attention et on arrive à terminer la chanson.
- Cool, fait Tesshi en souriant. Que tous les deux, ça rend bien aussi, tu trouve pas ?
Mais il déchante en voyant que moi, je souris pas.
- Tu trouve pas ? s'inquiète-t-il.
- Si si, mais y'a un truc qui me chiffonne.
- Ah bon ? Quoi ?
- Je crois pas qu'on devrait garder l'alternance toi, moi, nous toute la chanson en fait. Ca va faire vachement répétitif à force et même nous ça va finir par nous souler.
- Pas faux. Qu'est ce que tu propose alors ?
- Laisse-moi réfléchir…
Je me penche à nouveau sur les paroles et regarde la répartition actuelle.
- On va dire qu'on garde cette alternance pour les deux premiers couplets et le premier refrain.
- Ok et ensuite ?
- Hum… les deux couplets suivants, on peut inverser, c'est-à-dire moi, puis toi.
- Et on arrive au deuxième refrain.
- Exactement. Et pour celui-là…
Je m'interromps pour bien réfléchir, puis efface ce qu'on avait heureusement écrit au crayon. Sur la première moitié, j'indique qu'on chante ensemble, avant d'inscrire son nom devant la phrase qui suit, puis le mien devant celle d'après et les deux sur la dernière.
- Ah ouais, pas mal, approuve mon binôme. Il reste un couplet et un refrain…
Il me prend le crayon, efface à son tour les noms devant les deux derniers passages et, portant l'extrémité du crayon à sa bouche, la mordille d'un air pensif. Je dis rien pour pas le déconcentrer, puis le regarde mettre ses propres annotations sur le couplet : son nom sur la première phrase, le mien sur la seconde, puis encore le sien et les deux. Il s'est adjugé deux phrase et ça me fait rire pare que son petit égo a encore frappé.
- Il manque le dernier refrain.
- C'est le dernier et on est un duo, alors je pense qu'il faut en chanter le maximum à deux.
Je hoche la tête pour l'approuver et le laisse mettre nos noms sur les trois premières, puis le sien, le mien et encore les deux. Ensuite il me regarde, interrogateur.
- Qu'est ce que tu en pense ?
- Ca peut marcher comme ça. C'est plus rythmé, moins monotone. Faut essayer de la faire avec ces arrangements pour voir.
On se redresse et on se regarde en souriant de nouveau.
- Prêt ? lui fais-je.
- Prêt !
Et il recommence en vérifiant comme moi qu'on suit bien la nouvelle répartition.
- Ca le fait, décrété-je une fois arrivés au bout de la chanson.
- Yeah ! s'exclame mon meilleur ami en me claquant dans les mains.
- Bon, ben faut voir ce que ça donne avec la musique maintenant, ne. Parce que c'est bien beau de la réussir a capella, mais si le résultat en musique est pourave, on aura bossé pour rien.
- On va chercher la musique alors.
- Hum !
Tout joyeux, on redescend de quatre étages, et on continue jusqu'au sous-sol où se trouvent toujours les salles de cours. Là, on frappe à la porte de celle de chant.
- Entrez, fait la voix de Sakamoto-san.
C'est Tesshi qui ouvre la porte et, à notre entrée, tout un groupe de Juniors se tourne vers nous. Soudain embarrassé, j'y reconnais Nakayama-kun et ses deux amis.
- Regardez donc qui nous fait l'honneur d'une visite, dit notre ancien professeur.
- Ohayo sensei ! le salue Yuya.
- Tegoshi-sempai, Masuda-sempai, ohayo ! nous disent alors les ados.
- Saluuuuuut ! répond mon meilleur ami, toujours à l'aise. Ca va comme vous voulez, les Juniors ?
- Haiiiiii !
- Ils vont pas te répondre non devant sensei de toute façon, baka, dis-je en souriant malgré tout.
- Mais qu'est ce que vous faites-là, sempai ? demanda un petit choupi placé tout devant sûrement à cause de sa taille minuscule.
- Ah oui, se souvient soudain Yuya. Sensei, c'est vous qui avez la musique de notre premier single ?
- Effectivement, répond Sakamoto-san. Il vous en aura fallu du temps pour venir la récupérer. Qu'est ce que vous fabriquiez ?
- Ben on était occupés avec News, réponds-je en mentant sans vergogne.
Je vais pas lui dire que c'est à cause du bordel qu'il y a dans ma vie, je suis pas fou. Pas envie d'entendre un sermon du genre « on ne mélange pas le travail et la vie privée et blablabla », j'ai passé l'âge.
- Je vois, dit-il en allant fouiller dans les piles de cd qui continuent d'encombrer son bureau et m'en tend un.
- Et si vous nous faisiez une démonstration ? propose-t-il.
- Ouiiiiii ! s'enthousiasment aussitôt les Juniors.
- Une démonstration ? relevé-je en le regardant sans comprendre.
- Oui, que vos kohai se rendent compte à quoi ils sont sensés arriver.
En disant ça, il me regarde fixement et je sais que si on accepte, il va continuer pour voir si j'ai toujours les mêmes défauts, pour vérifier si je continue à chanter en apnée ou si j'ai enfin appris à chanter avec mon ventre comme il me l'a seriné pendant des années. Et passer de nouveau sous le microscope de son regard tant de temps après, j'ai pas des masses envie en fait. Je me tourne vers Yuya pour lui demander quand même son opinion, mais à ce moment, j'entend sa voix résonner :
- D'accord !
- He ? Mais Tesshi, on…
- Massu, c'est un super moyen de voir si nos arrangements tiennent la route devant un public.
- Et tu ne voudrais pas décevoir vos kohai, Masuda-kun, renchérit le prof.
Et là, mon erreur est de leur jeter un coup d'œil. Arg, on dirait une armée de poussins attendant la becquée tellement ils me fixent avec ferveur. Comment refuser maintenant ? Impossible. C'est ce qui s'appelle être pris au piège.
- Bon, d'accord, capitulé-je.
- Yeaaaaaah ! font alors les Juniors, avant de s'assoir sur le sol comme pour un concert privé.
Kami-sama, je déteste ce genre de situation…
J'ai même pas le temps de dire ouf que la voix claire de Tesshi se fait déjà entendre dans la pièce à l'acoustique parfaite. C'est limite un show-case qu'on fait là. Enfin bref, je démarre à mon tour et ignore délibérément le professeur pour ne pas être déconcentré.
A la fin de la dernière note, un tonnerre d'applaudissements se fait entendre de la part des ados, mais notre ancien prof se contente de lâcher un simple :
- C'est du brut. Vous avez encore beaucoup de travail.
- En même temps, c'est le premier jour.
- Ca s'entend, lâche-t-il, impitoyable.
Je m'apprête à répliquer vertement, mais m'abstient lorsque, en me décidant à le regarder en face, je vois au fond de ses yeux une lueur de fierté. En fait, il est dur pour l'apparence, mais il est content de ce qu'on est devenus. Ca fait plaisir en fait.
- Quand doit sortir ce single ? nous demande-t-il.
- Au mois d'octobre, répond mon binôme.
- Ca vous laisse un peu de temps, mais l'enregistrement ne devrait pas trop tarder, alors il ne faut quand même pas traîner. Si vous avez besoin, vous savez où me trouver.
- Hai, merci sensei.
- Oh, Masuda-kun, ta respiration s'est considérablement améliorée, mais tu peux mieux faire, j'en suis sûr. Travaille ça aussi.
Je retiens un grognement et me contente de hoche la tête. Ca m'aurait étonné qu'il m'en touche pas un mot.
On sort et je soupire.
- Ca va pas Massu ?
- Si si.
- Si c'est pour la remarque qu'il t'as faite, fais pas gaffe. Un prof reste un prof, qu'on soit un ancien élève ou pas. Il a du se sentir obligé de te dire ça vu qu'il l'avait noté.
- Ouais mais bon…
- Et puis vois le bon côté des choses : il a dit que tu t'étais considérablement amélioré, c'est pas rien.
- Pas faux.
- Bon, alors fais pas la tête. Allez on va retrouver les autres pour bosser un peu avec eux. On reprendra demain tous les deux. Et puis… tu dois avoir hâte de retrouver Pi-chan.
Hâte ? Je sais pas. C'est tellement nouveau que je suis pas sûr de vraiment réaliser en fait, alors de là à dire que j'ai hâte de le revoir. Enfin si mais bon… c'est compliqué en fait.
Au moment où on retourne dans notre loge, on entend la voix de Keii-chan.
- Et ben ça tombe super alors, parce que nous, on a une chanson !
- Re coucou, fait Tesshi en entrant. Qu'est ce qui se passe ? Oh bonjour, Fujioka-san, ça faisait un moment.
- Oh Tegoshi-kun, Masuda-kun, bonjour, nous salue notre manager. Je disais à vos amis que puisque la prochaine tournée n'est pas prévue avant décembre, il faudrait donner aux fans un peu de nouveauté pour patienter et je leur demandais s'ils avaient une idée.
- Heu… mais le premier single de Tegomass sort bientôt, objecté-je. C'est nouveau ça.
- En effet, Masuda-kun, mais c'est programmé, les fans le savent et l'attendent. Je pensais plutôt à quelque chose qui les surprendra.
- C'est pour ça que je disais que Shige et moi, on a une chanson, reprend Keii-chan.
- Mais elle sort d'où cette chanson ? Pourquoi vous nous en avez pas parlé avant ? demande alors Ryo qui est finalement revenu.
Malgré moi, je lui jette un coup d'œil, mais il ne regarde pas dans ma direction. Ni dans celle de Pi d'ailleurs.
- On bossait en secret, c'était une surprise justement. Là, c'est l'occasion de la sortir, répond Shige.
- Alors on peut l'entendre ? demande Tesshi.
- Ok, font les deux compères.
Ils se regardent, démarre… et le moins qu'on puisse dire, c'est que le ton est donné tout de suite. C'est très… Ca fait franchement pervers en fait. Ca parle de regarder sous les jupes des filles, de voir leur paradis etc… C'est super osé. Pas du tout dans le style de News et encore moins dans celui qu'ils ont l'air de vouloir pour Tegomass. Nos fans sont des ados fleur bleue, alors j'ai un gros doute sur l'impact de cette chanson.
- Alors ? fait Shige à la fin.
- Désolé, les gars, mais je pense pas que ça va marcher, dis-je franchement. C'est trop décalé par rapport à News, trop osé.
- Au contraire ! C'est parce que c'est différent que ça va marcher ! défend Keii-chan.
- Ca va surprendre les fans, les intriguer et, comme on les connait, les émoustiller.
- Chacune va s'imaginer que c'est elle et l'un de nous. Ca va le faire, vous verrez.
- Faites-nous confiance.
- C'est pas tellement une question de confiance là, dis-je encore.
Et puis en fait, c'est surtout que ça me surprend des sages Keii-chan et Shige, des paroles comme ça. Ca m'aurait moins étonné de la part de Ryo par exemple. D'ailleurs, en parlant de lui, va falloir que je lui cause sérieusement.
- Bon, je suppose qu'on peut vous laisser essayer puisque vous êtes si motivés et certains que ça va marcher, finit par dire notre manager qui avait plus ouvert la bouche.
- Yeah ! fait alors le tandem en se claquant dans les mains.
- Il y a un live prévu la semaine prochaine, donc vous pourrez faire vos preuves, continue Fujioka-san.
Finalement, avec tout ça, j'ai toujours pas pu parler à Ryo et ça me pèse parce que, tout en ayant aucun tort, j'ai la désagréable impression d'être un sale type vis-à-vis de lui. Et j'aime pas ça du tout.
J'arrive seulement à l'approcher en fin de soirée, alors qu'on se prépare à rentrer chez nous après avoir passé le reste de la journée à plancher sur une choré pour la chanson du KoyaShige.
- Ryo, l'interpellé-je/
- Quoi ?!
Arg, je déteste quand ça démarre comme ça. Déjà que, le Ryo, je sais jamais trop comment le prendre, alors quand il est vénère…
- Ecoute, je…
- Ah nan ! me coupe-t-il. Epargne-moi le coup du « je suis désolé » etc, j'en ai rien à foutre ! T'as même pas eu le cran de m'envoyer chier clairement !
- Mais arrête ! T'as bien entendu comment c'est sorti ! Tu crois franchement que je voulais dire ça comme ça ?! Je voulais faire les choses bien vis-à-vis de vous deux à la base !
- Ben c'est foiré !
- Merci, j'ai remarqué !
On se regarde en chiens de faïence un moment sans rien dire, puis sa voix s'élève à nouveau, totalement différente d'il y a trente secondes.
- Tu vas être heureux cette fois, ne ?
Cette soudaine inquiétude me touche.
- Il est trop tôt pour le dire, j'ai même pas encore réalisé pour de bon. Mais j'espère.
- Si tu l'es, j'aurais moins de regrets de pas t'avoir gardé pour moi.
- Ryo…
- Je vais juste te demander une dernière faveur, en tant qu'ex sexfriend.
- Tout ce que tu veux, réponds-je avec sincérité mais prêt à tout entendre.
- Alors embrasse-moi, onegai.
- He ?
- Embrasse-moi, comme si c'était moi que tu aimais le plus au monde.
Je le regarde avec stupeur. Je m'attendais à ce qu'il me demande une dernière nuit et j'étais prêt à la lui accorder, quitte à expliquer la raison à Pi. C'est son meilleur ami et il le sait amoureux de moi, alors il aurait forcément compris puisque, de toute façon, le lui serais resté.
- S'il te plait… Takahisa.
Mon prénom. C'est la première fois qu'il l'utilise. Jusqu'ici il m'avait toujours appelé Massu, comme tout le monde. Ca me fait quelque chose, du coup.
Je hoche la tête et m'approche au plus près de lui. Heureusement qu'on fait à peu près la même taille, ça aurait pas été pratique s'il avait dépassé le mètre quatre-vingt comme Taguchi. Je sens son haleine de clope, qu'il a essayé de camoufler avec un chewing-gum à la menthe sans y arriver tout à fait, mais ça me dérange pas plus que ça. Pas plus qu'avant, quand on s'embrassait pendant nos ébats.
D'une main, je chope sa nuque pour me rapprocher encore plus et commence par effleurer ses lèvres des miennes, avant de les y poser tout à fait, appuyant doucement le contact. Glissant ensuite ma langue dans l'interstice qu'il a laissé, je cherche sa jumelle et entame avec elle un ballet plein de tendresse. J'ai pas besoin de me forcer pour l'embrasser comme ça, c'est ce que je faisais avec Masa-chan et Hiro. Comme ça que je ferais avec Pi. Enfin je parle bien sûr de baisers normaux, pas de passionnés, ça c'est autre chose.
Il me laisse faire un bon moment en répondant de telle façon que je sens toute la profondeur de ses sentiments, puis m'écarte et le regarde à nouveau.
A ce moment, des voix se font entendre derrière nous.
- Massu…
Pi, manifestement choqué et blessé.
- C'est rien, Pi-chan, c'était un simple baiser d'adieu. Je pense que Ryo-tan en avait besoin pour faire une croix sur Massu et le laisser partir vers toi.
Tesshi, rassurant.
Je me retourne, mais avant que j'ai pu ouvrir la bouche, la voix de Ryo s'élève.
- Tego a raison, Tomo. Je me mettrais pas entre vous. Vous êtes tous les deux mes potes après tout. Par contre, t'as intérêt à le rendre heureux, ne, il en a déjà assez bavé comme ça.
Un nouveau sourire fleurit sur les lèvres de Pi, me chamboulant complètement. Il s'approche de nous, chope la main de son ami et la serre avec chaleur.
- Merci, Ryo. Je n'oublierais pas ce que tu fais pour nous.
- T'as intérêt ouais. Et s'il pleure à cause de toi, je me gênerais pas pour te casser la gueule, meilleur ami ou pas.
- C'est noté, ne t'en fais pas.
Ils se donnent une accolade, puis mon ex sexfriend sort, Tesshi sur ses talons, me laissant seul avec mon petit ami.
- Pi…
- Ne m'appelle pas comme ça. Pas toi, me dit-il doucement.
- Tomo, rectifié-je, merci d'avoir compris.
- Je t'aime, Taka, dit-il encore en me prenant dans ses bras.
C'est la première fois qu'il le fait vraiment et une sensation me parcours. Une sensation que je n'avais plus éprouvée depuis Masa-chan. Dans les bras de Pi, je retrouve la sécurité que m'avait procuré ceux de mon ex copain. Je me sens protégé, j'ai l'impression que rien de mal peut m'arriver. Et retrouver ça me tire des larmes que je m'efforce de retenir en reniflant.
- Taka, qu'est ce qui se passe ? demande-t-il, instantanément paniqué. Tu regrette ?
- Non, au contraire.
- Alors pourquoi tu pleure ?
- Parce que je t'aime, Tomo. Du plus profond de mon cœur, de mon âme et de mon corps. Chaque fibre de mon être vibre pour toi. Tu es le seul qui m'obsède au point de me faire perdre le sommeil, le seul à qui je pense sans arrêt. Je t'aime à un point qui me fait peur et me rend heureux en même temps. Je t'aime.
Les vannes de mes sentiments ont été franchement ouvertes, alors j'ai plus de complexe à lui dire la vérité et à me déclarer franchement comme mon cœur aspirait à le faire depuis que j'avais réalisé que j'étais réellement amoureux de lui. De Yamashita Tomohisa. Mon ami, mon leader. Mon petit ami.
- Taka…
Sa voix tremble d'émotion. Je l'ai jamais vu si fragile, même le jour où il m'a avoué qu'il m'aimait depuis quatre ans. Sa carapace est tombée et il apparait devant moi aussi vulnérable qu'un enfant… tout en gardant sa force. C'est le paradoxe de mon Tomo. MON Tomo.
