Bon, comme je viens de me rendre compte que, par erreur, j'ai placé en 2007 des événements qui ont eu lieu en 2006, donc comme je ne vais pas refaire toute ma datation, j'ai raccourci drastiquement le hiatus du groupe d'un an à quelques semaines seulement. Je m'en excuse auprès des puristes.

- Heeeeee ?! crions-nous tous ensemble.

- En fait vous l'êtes déjà officieusement depuis la fin du Countdown, mais je viens seulement d'apprendre ça de façon officielle.

- C'est une blague ?

- Non, hélas. Ca fait quarante-neuf jours qu'on est suspendus et on en savait rien ?! s'énerve Ryo, prouvant que lui aussi a compté.

- Oui, je suis désolé, répète notre manager.

- Quand vous dites qu'on est suspendus, c'est-à-dire qu'on est virés comme… commence Shige.

- Non non. Aucun de vous n'est viré. C'est juste que le groupe n'aura absolument plus la moindre activité jusqu'à nouvel ordre.

- Ben voyons, on est pas virés, on va juste plus rien foutre pendant des semaines voir des mois, ironise Ryo. C'est quoi le délire là ?!

- Je suis désolé, fait notre manager qui a vraiment l'air de l'être.

- Pourquoi on est suspendus ? demande Tesshi d'une petite voix.

- C'est vrai, on a le droit de savoir appuie Tomo.

- Apparemment c'est une… punition à retardement pour les erreurs de vos anciens collègues… Vous êtes… suspendus pour l'exemple.

Il y a un gros blanc. Enorme. Gigantesque. Personne semble parvenir à réaliser, puis soudain, une explosion. Ryo.

- Vous voulez dire qu'ils savent qu'on est innocents mais qu'on est punis quand même ?! Vous vous foutez de notre gueule ?!

- Du calme, Ryo. Fujioka-san n'y est pour rien, il ne fait que nous apporter la nouvelle.

- Et on doit le remercier pour ça p'têt ?!

- On doit surtout garder notre calme et chercher une solution. Fujioka-san, cette décision a été prise par qui ?

- Kitagawa-san en personne.

- Et il n'y a aucun moyen de le faire changer d'avis ?

Notre manager secoue la tête. Dans ses yeux, on peut lire combien il regrette que les choses se passent comme ça.

- Je crains bien que non… répond-il. Vous avez bien vu que ses précédentes décisions concernant Uchi-kun et Moriuchi-kun ont immédiatement été appliquées…

- Putain, je vais me le faire !

- Ryo-tan, arrête, ça servira à rien… essaye de le calmer Tesshi.

- Mais t'as vu ce qu'il fait, ce pourri ?! Il fait trinquer les innocents !

- On sait et ça nous met tous en colère, Ryo, interviens-je à mon tour, mais Tomo a raison, il faut réfléchir calmement.

Il arrête de monter sur ses grands chevaux et part grommeler à un bout de la pièce.

- Qu'est ce qu'on fait alors ? demande Keii-chan, l'air perdu.

- On va aller voir Johnny-san. Tous ensemble. Il faut surtout qu'on fasse front devant lui et qu'on se laisse pas déstabiliser.

En disant ça, il nous regarde tous un par un et on hoche la tête. Il va voir, ce Johnny-san, qu'on est pas de vulgaires pions.

- Je vous en prie, les garçons, ne faites rien qui pourrait encore empirer votre situation, intervient notre manager, de plus en plus inquiet.

Mais plus aucun de nous l'écoute. On quitte la loge et on se dirige vers l'étage où se trouve le bureau de notre grand patron. On essaye de rester calmes, mais on est tous furieux, alors c'est pas évident. Pour le coup, j'en veux à Hiro et Uchi. C'est de leur faute si on en est là !

Une fois devant la porte, Tomo nous prévient une dernière fois :

- Surtout, personne ne s'énerve. Il faut qu'on réussisse à le convaincre et si l'un de nous perd son calme, on perdra aussi toute crédibilité.

En disant ça, il regarde Ryo, le plus sanguin de nous, avec insistance.

- Ouais ouais, c'est bon, j'ai pigé.

Une fois d'accord, Tomo frappe et, un instant plus tard, la voix de Johnny-san nous donne l'autorisation d'entrer. Il a l'air franchement surpris en nous voyant devant lui d'ailleurs. Il croyait quoi ? Qu'on allait se laisser écarter sans protester ? C'est mal nous connaitre, on est pas des pions.

- Hi boys, nous salut-il. What vous amène dans my bureau ?

Je grimace. Son japanglais est toujours aussi moche et ridicule à entendre.

- Johnny-san, commence Tomo, pourquoi nous suspendre ? Nous ne sommes pas fautifs.

- I know, my boy, répond le boss en posant le dossier qu'il tenait. But votre groupe a donné le mauvais exemple to the others. Il fallait stop the machine et show to the autre groupes qu'on ne peut pas going against the règlement et s'en tirer safe.

- Mais nous n'avons pas été contre le règlement, intervient Keii-chan, et les coupables ont été déjà été punis il y a plusieurs mois.

- Une punition à retardement et qui vise des innocents est aussi stupide qu'injuste et inutile, fais-je à mon tour.

- Boys, ça suffit, fait Kitagawa en se levant, paumes plaquées sur son bureau en nous toisant. My décision is prise and it's irrévocable. Now go out, take vos affaire and rendez vos badges to your manager, then go home.

Rendre nos badges si durement gagnés… L'ultime humiliation… Parce que ne plus avoir de badges veut dire qu'on pourra même plus rentrer dans l'agence pour quelque raison que ce soit. On redevient personne.

- Et les fans, vous y avez pensé ? tente encore Tomo en désespoir de cause. Vous avez pensé à ce qu'elles vont dire en découvrant que vous nous écartez du jour au lendemain ?

Bien joué, Tomo ! Ca c'est bien…

- L'explication a déjà été donnée sur le site of the agency, répond Kitagawa.

… parlé… Putain, j'y crois pas, il a pensé à tout cet enfoiré…

- Now, do what I said, conclut le vieux en replongeant dans son dossier sans plus s'occuper de nous.

Du coup, on se sent obligés de partir et, une fois la porte refermée, la consternation la plus totale se lit sur tous nos visages.

- Tomo, qu'est ce qu'on fais ? demandé-je, désemparé, après plusieurs minutes de silence pesant.

Mais il répond pas.

- Tu veux pas dire qu'on se laisse faire, quand même ?! bondit alors Ryo. Il est complètement dérangé, le vieux, il sait plus ce qu'il fait, c'est évident !

- Tu vois une autre solution ?! répond mon petit ami. Il est peut-être maboul, mais il reste le boss ! Essayer de lui faire entendre raison était notre dernière chance, mais il a déjà fait savoir aux fans qu'on était hors jeu pour une durée indéterminée ! C'était le pot de terre contre le pot de fer et il avait gagné avant même qu'on réagisse ! C'est fini, Ryo, fini !

- Fini ? relève Shige. Tu veux pas dire… ?

Il hoche la tête.

- Quand il nous autorisera à revenir, si ça arrive un jour, les fans seront passées à autre chose, elles nous auront oubliés.

- Nyon, je veux pas… gémit Yuya.

- Personne veut, Tesshi, fais-je à mon tout, mais j'air peur que Tomo ait raison. D'ici peu, un nouveau groupe naitra sûrement et prendra notre place dans leur cœur. On a vécu une belle aventure, mais… rendons-nous à l'évidence, elle est terminée.

On se regarde tous et la tristesse nous submerge. On savait bien que notre carrière serait pas éternelle, mais aucun de nous s'attendait à ce qu'elle s'arrête si brusquement, trois ans à peine après nos débuts. Et pour quelque chose dont on est pas responsables en plus. C'est tellement dégueulasse, tellement cruel et injuste, que je suis dégoûté. Ca me révolte totalement !

- On va faire quoi maintenant ? demande encore Yuya, les yeux pleins de larmes.

Excellente question : on va faire quoi maintenant ? Parce que, les uns comme les autres, nos journées étaient uniquement des journées de Johnny's, chargées de neuf heures le matin à minuit passé bien souvent… alors imaginer comment les occuper de façon « normale »… Sans compter que la vie va nous paraître bien fade après l'excitation des live, des concerts etc…

Personne répond à la question, ce qui prouve que personne a de réponse et le retour à la loge se fait dans un silence de plomb. Dans ce même silence, chacun se dirige vers son casier pour en sortir ses affaires. Pour la dernière fois.

Soudain, la porte s'ouvre brusquement, laissant le passage aux Kanja, aux KAT-TUN et aux Arashi.

- C'est vrai cette rumeur ?! interroge immédiatement Shibutani… avant d'apercevoir nos sacs à nos pieds.

- Merde, alors c'est vrai, souffle Kamenashi, estomaqué.

- C'est dégueulasse de vous faire ça ! explose Yokoyama.

- Vous êtes allés voir Johnny-san ? demande Sakurai-sempai.

- On en vient, répond Keii-chan d'une voix éteinte.

- Et ?

- Et on doit même rendre nos badges, répond Tesshi en fondant en larmes.

Instinctivement, je le prend dans mes bras , pas loin de l'imiter devant ma vie qui s'écroule.

- Taka-chan, ça va aller ? questionne alors Masa-chan.

Je secoue simplement la tête. Si j'ouvre la bouche, je vais craquer. Mon regard se pose sur Tomo, qui a l'air d'avoir pris dix ans en quinze minutes tellement il a la tête basse Tesshi continue à pleurer contre moi, incapable de se calmer Keii-chan, malgré son légendaire optimisme, parait totalement abattu Shige s'est refermé sur lui-même, et Ryo semble prêt à mordre le premier qui lui adresse la parole.

Notre état prive nos collègues, pourtant venus en soutien, de la parole. Même les plus loquaces savent plus quoi dire. Ce qui se comprend, il y a quoi à dire, de toute façon ? Je veux pas entendre des « je suis désolé pour vous » et autres phrases bateau du genre. J'en ai pas le courage.

Je lâche Yuya, chope mon sac, balance mon badge par terre et, sans un regard en arrière, quitte la loge. Je dois pas me retourner. Si je me retourne, que je regarde mes amis, mon copain, mes collègues… Je vais craquer. Pour de bon. Personne me suit, même pas Tomo. Tel que je le connais, il doit comprendre mon état d'esprit. Je trace jusqu'à ma voiture et décide d'aller dans le premier bar venu, histoire de me mettre la première murge de ma vie. Ca résoudra rien, mais ça me fera peut-être oublier pour quelques heures. Et puis même si je suis surpris par des paparazzi, ça fera quoi vu que de toute façon on est finis ? Sans compter que je suis majeur, alors personne peut rien me dire. Je rentre dans le bar et, de mon ton le moins aimable, commande la boisson la plus forte de la carte. A ce que j'ai compris, plus c'est fort et plus vite on est à ramasser à la petite cuillère. C'est ce que je veux. Même si j'aurais personne pour me ramasser vu que je suis tout seul. Tant pis.

Je sais pas combien de temps s'est écoulé, ni même exactement quand et comment je me suis endormi, mais j'ai du pioncer sacrément longtemps quand même. Quelqu'un me secoue. Je grogne et tente de me retourner, mais je me casse la gueule. Et j'ai même pas mal. Des mains me relèvent mais je garde les yeux fermés, ça fait trop mal aux yeux la lumière. Qui c'est qui vient me faire chier ?

- L… L… Lâchez-m… moi, grogné-je en espérant faire fuir le casse-pieds.

- C'est moi, Taka, viens, je te ramène chez toi, fait une voix.

Taka ? Qui c'est qui m'appelle Taka ? Avec une voix douce en plus ? Rah je me souviens pas, c'est le bordel dans ma tête et réfléchir, ça fait mal.

- J'beux p… pas. J'beux encore poire…

- Tu as déjà assez bu. Imagine si quelqu'un te voit dans cet état ?

- J'men f… fous. Ma vie elle est fuinie d'toute façon…

- Ne raconte pas n'importe quoi.

- S… Si j'vous dis. Chuis pl… pleins rien…

- Mais oui, allez…

La voix douce, soudain lasse, a des accents tristes. Pourquoi ?

Malgré moi, je suis tiré hors de l'endroit et j'ai beau pas vouloir, chuis obligé de suivre quand même.

- Beuh j'me sens pas bieeeeeeen… fais-je.

- Essaye de ne pas vomir dans ma voiture, d'accord, on sera bientôt arrivés, fait encore la voix.

Une main se pose sur mon front. Elle est fraîche, c'est agréable, j'ai tellement chaud. Empêtré dans la ceinture de sécurité, j'essaye de dégager mon t-shirt, mais la voix veut pas.

- Je t'en prie, Taka, reste habillé, fait-elle en retirant mes mains du tissu.

- M'j'ai chauuuuud.

- Reste habillé quand même. Tu me facilite pas la tâche. On est tous affectés par ce qui se passe, tu aurais pu éviter de me rajouter des soucis supplémentaires. J'ai…

Je rouvre les yeux sur un épouvantable mal de tête, qui me force à refermer immédiatement les yeux. Je sais ni où je suis, ni ce que j'y fais. Mon dernier souvenir conscient est d'avoir enchaîné les verres dans un bar. Ensuite… bah j'en sais rien du tout.

- Tu es réveillé ?

He ? C'est la voix de Tomo ça nan ?

- Je suis où ? fais-je, la bouche pâteuse.

- Chez moi.

- Qu'est ce que j'y fais ?

- Je t'ai ramené après t'avoir difficilement sorti du bar. Heureusement que personne nous a repérés.

Ah. Ceci explique cela.

- Tiens, je t'ai ramené un anti-douleur, dit-il en me mettant un verre dans la main.

J'ouvre péniblement les yeux.

- Merci, Tomo, fais-je en buvant le liquide effervescent d'un trait.

- Tu peux m'expliquer ce qui t'as pris maintenant ? Pourquoi tu as bu et pourquoi autant ?

- Je voulais oublier…

- C'est idiot, regarde dans quel état tu es. L'alcool n'est pas une solution, surtout quand on en a jamais bu. Tu aurais pu faire un comas éthylique.

- Désolé…

- Taka… comme je te disais dans la voiture –mais je ne crois pas que tu m'aie entendu, tu t'es endormi en plein milieu d'une de mes phrases-, on est tous affectés par ce qui se passe, mais on s'en sortira ensemble.

- Je vois pas comment. On est finis là, tu l'as dis toi-même…

- C'est vrai… Mais notre vie n'est pas terminée pour autant. On est tous jeunes, on peut rebondir, faire autre chose.

- Quoi ? Etre des Johnny's, c'était toute notre vie.

- On trouvera. Et puis… on s'a et ça aussi c'est important.

- He ? fais-je, essayant de le suivre malgré le sang martelant douloureusement mes tempes.

- Je t'ai et tu m'as.

- C'est vrai.

- Alors ne baisse pas les bras comme ça. Mon Taka n'est pas comme ça.

J'essaye de lui sourire rien qu'un peu, mais ça vient pas. J'ai pas le courage.

- Bon, tu dois mourir de faim après cette cuite mémorable, je vais te préparer un truc.

Au moment où il le dit, je prend conscience qu'effectivement, mon estomac gargouille bruyamment.

- Merci, Tomo. Je t'aime.

Il me sourit doucement.

- Moi aussi même si aujourd'hui tu t'es conduit comme un baka. Reste allongé et attend que le médicament fasse effet. Essaye pas de te lever, sinon toute la pièce va tanguer autour de toi et tu vas te casser la figure.

- D'accord.

Sur ces mots, il m'embrasse et s'éloigne. J'ai vraiment de la chance de l'avoir.

19 février 2007

Ce soir, réunion de crise au resto de la mère de Keii-chan. Je suis déjà attablé avec lui, Tomo et Shige, il manque que Tesshi et Ryo. Sans rien dire, on se contente de s'observer parfois, notre regard se perdant le reste du temps sur la déco de l'endroit. C'est un endroit très chaleureux, où on a l'habitude de manger une fois par mois environ, parce qu'on sait qu'on y sera pas dérangés, surtout que la mère de Keii est adorable et sait très bien chasser les importuns. D'ordinaire, quand on vient, on remplit la petite salle avec des éclats de rire, des conversations à bâtons rompus, des boutades etc, mais ce soir, elle est simplement remplie de notre silence. Personne n'a le cœur à rire ni à quoi que ce soit.

La porte coulissante s'ouvre soudain et une bourrasque glacée s'engouffre dans la pièce, faisant tinter le petit carillon accroché près de l'entrée. Deux bibendums font leur apparition, emmitouflés jusqu'aux oreilles dans des épaisseurs de vêtements recouverts de neige, sous lesquels ils disparaissent presque totalement. C'est à peine si on aperçoit des bouts de nez rougis et des yeux qui permettent de les identifier.

- Vous avez mis le temps, constaté-je.

- Ma bagnole est tombée en rade, explique une voix étouffée que je reconnais comme celle de Ryo. Et vu que je devais aller chercher Tego, on a du choper un taxi.

- Il fait trop froiiiiiiid, fait la voix tout aussi étouffée de Yuya sous son écharpe et son bonnet.

Chacun d'eux retire toutes ses couches moelleuses et, une fois plus libres de leurs mouvements, ils nous rejoignent autour de la table.

- Des ramens, ça va vous réchauffer, dit Keii-chan, avant d'appeler : Kaa-chan ! c'est bon, on est tous là !

- Très bien, les garçons, je vous apporte la même chose que d'habitude, fait la voix de Koyama-san depuis l'arrière du restaurant.

Le silence retombe, on se regarde tous, puis Tomo décide de prendre la parole à propos du sujet qui nous occupe.

- Est-ce que… vous avez réfléchi à ce que vous allez faire ? demande-t-il doucement.

Il y a tant de tristesse dans sa voix. Ca se sent que nous demander ça lui arrache le cœur.

- Il y a pas mal de monde au resto en ce moment, répond Keii-chan, alors je vais y bosser un moment.

- Je pense reprendre mes études, répond Shige. Le droit, ça me dit bien.

- Je vais traîner avec les Kanja quand ils sont off, dit Ryo. Avec ma gratte, je leur tiendrais compagnie, même si je peux plus foutre les pieds à l'agence.

Mon regard se pose sur Tesshi et son air désespéré dit assez bien qu'il n'a pas encore trouver comment il va s'occuper pendant des mois.

- Si ça peut te consoler, je ne sais pas non plus ce que je vais faire, lui dis-je. Et toi, Tomo ?

- J'irais peut-être faire un voyage.

- Où ça ?

- Je ne sais pas. J'ai envie d'apprendre d'autres langues, surtout celles des pays proches, alors peut-être en Corée.

- Si on avait encore été des Johnny's, on aurait pu continuer Tegomass… Ryo-tan et Pi-chan auraient pu jouer dans des dramas, Keii-chan rester présentateur et continuer KoyaShige avec Shige…

- Arrête, Tego ! s'exclame alors Ryo. On est déjà assez déprimés, alors tu veux bien ne pas en rajouter sur ce qu'on a perdu s'il te plait ?!

- Pardon… renifle Yuya.

Je soupire mais ne dis rien parce qu'il a raison. Ils ont raison tous les deux en fait. J'arrive pas à me faire à l'idée que c'est terminé.

- En plus… techniquement, on est toujours des Johnny's, fait doucement Keii-chan. On est suspendus, pas virés.

- Je te signale, Keii, que Uchi et Kusano aussi étaient « juste suspendus ». Et depuis, silence radio, plus personne en a entendu parler, alors on sait très bien que…

- Moi j'en ai entendu parler, intervient alors Yuya.

Stupéfaits, on le fixe tous avec des yeux ronds.

- Quoi ?! fait Ryo.

- Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Comment ?

- Pourquoi t'as rien dis, Tego ? demande Tomo d'un ton de reproche.

- Parce que je l'ai su qu'hier matin.

- Su quoi ?

- Qu'ils ont été réintégrés, répond-il.

- HEEEEEEEEEEE ?!

- Mais comme trainees.

- HEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE ?!

- Cette fois c'est sûr, le vieux est devenu sénile, tranche Ryo. Il pensait à quoi, bordel ?! Des Majors qui redeviennent trainees ?! C'est nimp !

- Comment tu le sais, Tesshi ? lui demandé-je, mon cœur se serrant à l'idée que Hiro était revenu depuis dieu savait combien de temps et qu'il avait même pas cherché à me contacter.

- Je les ai croisés en allant dire un truc à un Junior. Ils vont participer au prochain Playzone.

- Quoi ? fais-je. Mais c'est du délire !

- Pourquoi ils ne sont pas venus nous voir ? demande Tomo.

- Parce qu'on avait honte, tout simplement, répond une voix familière derrière nous.

D'un même mouvement, on se retourne et, stupéfaits, on voit Uchi et Hiro dans l'encadrement de la porte coulissante, les cheveux pleins de neige et en bataille.

La stupeur nous fige tous, bouche bée. On nous croirait transformés en statues de cire. Par quel miracle…

Je regarde mon meilleur ami, qui en mène pas large et comprends immédiatement que c'est lui qui leur a dit qu'on serait tous là ce soir.

- Salut les gars, dit Uchi.

Il sourit pas et Hiro ose même pas nous regarder. Pourquoi ? A cause de leurs conneries qui nous ont amenés à la situation actuelle ? Parce qu'ils ont contacté personne depuis leur retour ? Ou parce qu'ils sont plus que des trainees comme s'ils avaient douze ou treize ans ? Ou les trois peut-être.

Vu l'amitié qui liait Uchi à Ryo, je pensais que mon ex sexfriend allait filer une grande tape dans le dos de son pote en lui demandant des nouvelles, mais visiblement, il est furax, parce que la seule question qui sort de sa bouche, c'est :

- Qu'est ce que vous foutez là tous les deux ?! Vous savez dans quelle merde on est par votre faute ?!

- Oui, c'est pour ça qu'on est là, répond son pote.

- Et ben cassez-vous, on a pas envie de vous voir.

- Ryo… le réprimande Tomo. N'exagère pas s'il te plait. Ils sont là, ça prouve qu'ils ne se fichent pas de ce qui nous arrive.

- Encore heureux !

Mon petit ami leur fait signe de nous rejoindre autour de la table et, pendant qu'ils s'approchent, j'arrive pas à savoir si je suis content de les voir, si je leur en veux… ou autre. Surtout à Hiro.

- Massu… comment ça va ?

- Hum, grogné-je.

- Tu… Je sais que tu avais eu ma lettre tardivement. Ma mère m'a dit que tu es venu chez moi en larmes après mon départ.

- Hum, oui, fais-je, pas très désireux de me souvenir de cette époque.

- Tu as pu… surmonter ça ? J'étais tellement triste de t'abandonner comme ça…

- Hum, fais-je encore.

- Bon dites, c'est pas le moment, grince encore Ryo, moins aimable que moi encore.

- Désolé, s'excuse Hiro en replongeant son regard vers la table.

Il y a un blanc, puis je demande :

- Alors, comment ça se passe avec les trainees ?

- Comment tu veux que ça se passe ? répond Uchi. On est avec des mômes, qui savent très bien pourquoi on est là. Ils se foutent de nous sans arrêt.

- Moqués par des enfants, c'est dur comme traitement j'avoue, compatit Shige.

- On paye notre erreur au prix fort, renchérit Hiro. Et personnellement, je pense pas réussir à supporter ça encore longtemps.

- A mon avis, ce que papi veut, c'est qu'on craque et qu'on démissionne, dit Uchi. Parce que tant qu'on est pas virés, on lui coûte du pognon. Alors que si on démissionne, hop, adieu les soucis. Et franchement, j'ai pas envie de faire plaisir à cet enfoiré d'ancêtre. Surtout après ce qu'il a osé vous faire.

- Ca m'a révolté quand Tego nous a raconté qu'il vous avait suspendus par notre faute. Quel besoin il avait de faire payer le groupe entier pour les erreurs de deux anciens membres ? C'est ridicule.

- Ouais mais maintenant c'est fait. Merci les gars, sympa, grogne Ryo, décidément peu enclin à pardonner.

- Bon allez ça sert à rien d'épiloguer dessus, tranche Keii-chan. On ne va pas y passer le réveillon maintenant que c'est fait.

- Quand es-tu rentré de Suisse ? demandé-je à Hiro.

- Il y a quelques semaines seulement. Je t'ai pas appelé parce que je voulais pas raviver ta douleur. Désolé.

Ca part d'un bon sentiment mais…

- Je vois.

- Tu te sens mieux ?

- Je sors avec Tomo maintenant, dis-je franchement, désireux de lui mettre les points sur les i au cas où il voudrait revenir vers moi.

Il faut qu'il sache que c'est tout à fait terminé entre lui et moi. Ca me fait plus rien de le voir. Enfin presque rien à part ma déception de tout à l'heure.

- Oh, dit-il après avoir regardé mon petit ami. Et bien félicitations, je suis content pour vous deux. J'espérais vraiment que tu arriverais à tourner la page.

- Je l'ai tournée grâce à News.

- Oui, te connaissant, je suppose que tu t'es concentré sur le boulot.

- Voilà.

- Pi s'occupe bien de toi ?

- Oui, réponds-je en repensant au coup du bar.

D'ailleurs, je comprends toujours pas comment il m'a retrouvé. Il me suivait ? Il faudra que je lui demande.

Le silence retombe encore. C'est bizarre, je trouve rien à lui dire, alors que quand on était ensemble, on parlait souvent. Là, j'ai l'impression d'être face à un étranger. Est-ce que c'est moi qui ai changé ou lui ?

Le silence retombe, mais heureusement, Koyama-san revient avec les bols de ramens.

- Et voilà, les garçons ! J'espère que vous… oh, mais nous avons deux invités de plus on dirait.

- Non, ne vous dérangez pas pour nous, nous allons repartir, dit Hiro, manifestement mal à l'aise.

- Ah certainement pas sans avoir quelque chose de chaud dans l'estomac, réplique la mère de Keii-chan.

- Elle a pas tort, les gars, appuie d'ailleurs son fils.

Elle repart en cuisine et, après un moment, Koyama-san revient avec les deux portions de ramens supplémentaires et on commence tous à manger sans rien dire, en se contentant juste de se jeter des regards à travers la vapeur qui monte des huit bols bouillants.

Uchi et Hiro terminent rapidement le leur (ils ont du se cramer, c'est pas possible autrement), puis se lèvent.

- On va y aller cette fois. Portez-vous bien, les gars, dit le premier.

- Je suis sûr que les choses vont s'arranger, ajoute Hiro.

C'est bien mignon de dire ça, mais je vois pas franchement comment.

Bref, sur un dernier regard, mon ex sort avec son compagnon de galère et on se regarde tous les six.

- Vous m'en voulez de leur avoir dit qu'ils pouvaient venir ? demande alors Tesshi, la tête basse.

- Bien sûr que non, répond Tomo. C'est bien de savoir qu'ils vont bien et qu'ils se sentent concernés par ce qui nous arrive.

- Encore heureux qu'ils se sentent concernés, c'est de leur faute si on en est là ! explose Ryo.

- Et à quoi ça t'as servi de leur parler comme ça ? intervient Shige.

- Ils se sentaient déjà pas à l'aise en venant… Tu te rend compte du courage qu'i leur a fallu pour venir ce soir en sachant qu'ils étaient responsables ? dit Yuya.

- Ils ne demandaient pas mieux que faire amande honorable et rester avec nous et tu les as fais fuir, purement et simplement. Alors qu'on les avais pas vus depuis des lustres, ajoute Keii-chan.

- Quoi ?! C'est moi le connard maintenant ?! Je rêve !

- Calmes-toi, Ryo, dit encore Tomo. Personne ne t'as traité de connard. On te fais juste remarquer que tu aurais pu être plus indulgent et diplomate.

- Surtout qu'Uchi est sensé être ton grand pote, renchéris-je.

- Ah putain, vous me faites tous chier ! Je me casse ! vocifère-t-il, avant d'attraper sa montagne de fringues et de sortir sans même les avoir enfilées.

On soupire tous. Ryo est sympa, mais il a un caractère de merde et ça, rien ne pourra jamais le changer.

26 février 2007

Ca fait une semaine qu'on a appris notre suspension. Tous les jours, j'ai une conversation Skype avec le reste du groupe et je sais qu'ils se font chier autant que moi. Avant, au moins, c'était tous ensemble qu'on s'emmerdait, mais maintenant… Sans Tomo pour me soutenir, j'aurais déjà craqué. Je sais pas comment, mais j'aurais craqué, c'est sûr. Il est merveilleux. Du coup, je me demande ce que je vais devenir s'il part en Corée comme il l'a dit…

Soudain, mon portable sonne. Affalé sur le canapé, je tends mollement le bras vers la table basse, sur le coin de laquelle il est posé et décroche.

- Ouais… fais-je du ton de celui qui s'ennuie à mourir.

- Taka, arrête tout ce que tu fais et rejoins-nous tout de suite au resto :

La voix joyeuse au bout du fil, c'est celle de Tomo même si je trouve ça bizarre. Et le resto, c'est celui des Koyama. C'est devenu notre QG depuis qu'on a plus de loge.

- Pour quoi faire ?

- C'est pas explicable par téléphone. Viens vite. Je t'aime.

Il raccroche et je baille à m'en décrocher la mâchoire, avant de me traîner sous la douche. Cette inactivité est en train d'avoir raison de mes muscles et de mon énergie, c'est grave. Du coup je compense en mangeant plus (ça fait un truc à faire de manger) et je crois que j'ai pris un peu de poids, même si Tomo m'en a rien dit. En m'habillant, je me demande ce qui peut bien arriver, mais quoi que ce soit, je le remercie, parce que ça va faire une distraction.

Une fois chaussé, je chope les clés de ma voiture (que j'ai récupérée entre temps) et file en direction du resto. Quand j'arrive, tout le monde est déjà là.

- Qu'est ce qui se passe ? demandé-je en retirant mon bonnet et mon écharpe.

- Aucune idée, me répond Tesshi. Pi-chan a rien voulu nous dire avant que tu sois là aussi.

Intrigué, je m'assois et observe mon petit ami.

- Bon, les gars, je vais faire court… On est réintégrés !

- HEEEEEEEEEE ?!

On le fixe tous avec des yeux ronds. C'est quoi le délire là ?

- C'est une blague là ? demande Shige.

- Tu crois que je plaisanterais sur ce sujet ?

- Alors explique, bordel, fait Ryo. C'est quoi l'histoire ?

- En fait, ce matin, j'ai reçu un appel de Fujioka-san qui avait l'air dans tous ses états. Apparemment, Johnny-san a reçu une super ballade d'un auteur et il ne voyait pas ça chanté par un autre groupe que News, donc il a décidé de passer l'éponge et de nous réintégrer. On enregistre « Hoshi wo mezashite » la semaine prochaine !