Chapitre 6

C'est reparti !

Tomo a l'air super heureux de nous annoncer ça et je l'aurais sûrement été moi aussi si les circonstances avait pas été ce qu'elles étaient. Après le cirque que le vieux Johnny a fait pour nous dégager, qu'il retourne si facilement sa veste me laisse un arrière-goût amer dans la bouche. Il nous prend vraiment pour de vulgaires pions qu'il peut écarter ou remettre en course quand et comme il veut. Et là, c'est pour quoi ? Pas parce qu'il a des remords d'avoir été totalement injuste. Nan, c'et juste parce qu'il a vu le fric qu'on peut encore lui rapporter.

Et vu le silence des autres, je crois qu'ils pensent comme moi.

- Et la cerise sur le gâteau, vous la connaissez ? continue Tomo que notre manque de réaction semble pas arrêter. Les fans ont fait le siège devant l'immeuble presque jour et nuit en réclamant notre retour !

- Quoi ?! fait Shige, estomaqué.

- C'est vrai ?! demande Tesshi, stupéfait.

- Oui. Fujioka-san m'a dit qu'à partir du moment où la nouvelle a été diffusée, elles se sont relayées pour crier « rendez-nous News ! » en brandissant des banderoles et des uchiwa.

Ah bah ça aussi ça explique le retournement de situation. Le vieux a aussi eu la pression des fans et s'est senti obligé de céder.

- On pourra les remercier du calvaire qu'elles nous évitent, dit Keii-chan.

- Donc… on peut retourner à l'agence dès demain, c'est bien ce que tu essaye de nous dire, Tomo ? demandé-je, désireux de l'entendre clairement.

- Oui. D'ailleurs Fujioka-san est passé chez moi ensuite pour me rendre nos badges.

Sur ces mots, il sort une enveloppe de sa poche, l'ouvre et en tire les six rectangles de plastique qui ont tant d'importance. Presque avec avidité, je m'empare du mien et le serre longuement dans ma main. Pour un peu, je l'embrasserais tellement je suis content de l'avoir à nouveau. J'en ai été privé qu'une semaine, mais c'est encore trop. Je me sentais presque nu sans lui.

- Moi je dis qu'il faut fêter ça ! s'exclame alors Tesshi.

- Et comment ! fais-je, mon entrain revenu et tant pis pour la raison profonde ayant motivé notre retour.

- Mais on peut pas aller boire ni aller en boîte, y'en a deux qui sont pas encore majeurs, objecte Ryo.

- Mais presque ! proteste l'un des concernés. J'aurais vingt ans dans neuf mois !

- Neuf mois, c'est pas maintenant, tête de pioche, rétorque Ryo en lui mettant une pichenette sur le front. Tu tiens vraiment à finir comme Kusano et Uchi alors que t'es presque libre ?

- Nyon mais…

- Mais rien du tout. T'as pas l'âge, t'as pas l'âge, c'est tout.

- Mou… C'est pas marrant d'être le plus jeune… boude encore Tesshi.

- Allez, Tesshi, c'est pas grave, dis-je.

- Oui, renchérit Shige, et puis moi non plus je suis pas encore majeur et j'en fais pas un plat.

- Oui mais tu le seras quatre mois avant moi…

- Roh arrête un peu de râler, reprend Ryo, en attrapant le bas du visage de mon meilleur ami dans sa main et en appuyant sur ses joues.

- Ryo-tan, tu me fais mal, proteste Yuya.

- Alors arrête de râler j'ai dis, on entend que toi.

- Mou…

Ces deux-là, ils arrêteront jamais de se chamailler comme des gamins j'ai l'impression. Et c'est bon de retrouver ça après tout ce temps sans complicité.

- Et tout ça nous dit pas comment on va fêter la nouvelle, dit Keii-chan.

- On a qu'à aller chez moi, proposé-je alors. Ca fait longtemps qu'on a pas fais un truc tous ensemble et vous êtes plus revenus tous d'un coup depuis que j'ai emménagé.

- Vendu ! s'exclame alors Tomo. Je propose que chacun ramène quelque chose chez Taka, de façon à ce que tout le monde puisse profiter de la fête. C'est notre dernière journée de liberté avant longtemps, alors profitons-en à fond.

- Yeah ! nous exclamons-nous tous.

- News un jour… fait Keii-chan en tendant son bras devant lui, paume vers le bas.

Comprenant immédiatement ce qu'il cherche à faire, nous plaçons tous nos mains sur la sienne et, en relevant nos bras, lançons la fin de notre cri de guerre :

- News toujours !

- On fait des équipes ! Moi je me mets avec Massu ! décrète alors Tesshi sans me laisser dire quoi que ce soit.

Mais je proteste pas. Ca faisait une éternité qu'il avait plus fais le crampon avec moi comme ça et je réalise maintenant que ça me manquait un peu. On dirait que finalement, cette suspension de cinquante-sept jours n'a pas été que négative. On dirait qu'elle a renforcé les liens qui nous unissaient déjà, retissant d'autres qui s'étaient peut-être un peu relâchés.

- On dit vingt heures chez moi ? dis-je.

- Ca marche ! approuvent les autres.

Du coup, on se disperse et je garde mon crampon préféré.

- Je. suis. trop. con. teeeeeent ! piaille-t-il, toujours accroché à mon bras.

- Moi aussi, mais si tu me lâche pas, je pourrais pas conduire.

- D'accord.

Je lui ébouriffe les cheveux en souriant. J'ai l'impression d'avoir à nouveau douze ans et qu'il en a de nouveau onze. Mis à part que je suis assis derrière le volant bien sûr. J'ai une fois de plus l'impression de pouvoir m'enthousiasmer pour de petites choses. Malgré moi, je repense à la soirée pour mes quinze ans et souris en en évoquant mentalement le déroulement.

- Massu ? Ouh ouh, Massu ?

La main de Yuya qui passe devant mes yeux me tire de mes souvenirs.

- A quoi tu pensais pour sourire comme ça ?

- A la soirée qu'on avait fait pour mes quinze ans. Tu t'en souviens ?

- Bien sûr. On avait regardé un horrible film d'horreur.

- Que TU avais choisi, je te rappelle, neeeeee.

Il rigole.

- Mais pourquoi tu repense à ça maintenant ? C'est une drôle d'idée.

En souriant, je lui explique mon cheminement d'idées.

- C'est vrai. Et je te scotchais tout le temps à cette époque en plus.

- T'as arrêté après que je t'ai repoussé sentimentalement parlant. Et ensuite t'as plus jamais arrêté de papillonner d'une relation à l'autre. Je me suis souvent demandé si c'était ma faute, dis-je en mettant le contact et en braquant pour quitter le parking.

- Oui et non, répond-t-il. En fait, sur le coup, je me suis dis que ça servait à rien de m'attacher si les personnes que j'aimais voulaient pas de moi et puis j'ai continué par habitude.

- Mais c'est de l'histoire ancienne maintenant, tu n'as pas envie de te fixer ?

- Non je suis trop jeune.

- Mais pas te fixer de cette façon, baka. Je veux dire, avoir une relation durable. Il n'y a personne qui fasse battre ton cœur plus vite ?

- Non.

- Ca viendra. Mais il faut que tu t'en laisse la possibilité.

- Comment ? Tu le sais, toi ?

- Hum… et bien en arrêtant de papillonner déjà. Ca donne de toi l'image d'un coureur et c'est un répulsif de taille pour les mecs sérieux.

Je lui jette un très bref regard. Il a écarquillé les yeux. Visiblement, l'idée lui avait même pas traversé l'esprit. C'est mon Tesshi tout craché ça.

- Tu veux dire que je dois plus draguer ?!

Ah ben non, son étonnement c'était pas pour ça.

- Si mais pas à tout va. Une fois que tu t'es fixé sur quelqu'un, garde-le plus qu'une nuit ou quelques jours. Attends de le connaître pour déterminer si oui ou non il vaut le coup.

- Hum.

- Désolé, ça devrait pas être à moi de te donner des conseils sur ce sujet, m'excusé-je en faisant tourner la voiture dans la rue du combini.

- Bah si au contraire.

- He ?

- Ryo-tan est comme moi, sa plus longue relation a pas duré plus de quelques jours Shige sort avec ses bouquins Pi-chan avec son boulot et Keii-chan a pas de copine. Tu es le plus expérimenté de nous tous en matière de longues relations.

Son explication me fait rougir. J'avais pas vu ça comme ça.

- Je vais méditer tout ce que tu m'as dis.

- Ah heu… d'accord, acquiescé-je en me garant, mal à l'aise qu'il me considère comme un exemple alors que, au fond, j'ai déjà « testé » trois mecs de l'agence avant Tomo.

Même si le troisième compte pas réellement vu que c'était juste un sexfriend.

- Bon, tu sais ce que tu veux prendre pour la fête ? lui demandé-je pour faire dévier le sujet.

- Oui !

Son sourire jusqu'aux oreille annonce très bien la couleur avant même qu'il ait commencé à remplir un panier : il veut tout ce qu'on a pas franchement le droit de manger en temps normal (rapport à notre poids qui doit rester stable etc etc). Tout ce qu'on avait pris quand on avait fêté mes quinze ans.

- Fais gaffe quand même, le prévins-je en entrant à sa suite dans le magasin, on a plus quinze ans et je suis pas sûr que les saletés qu'on avait mangé à l'époque fassent plaisir aux gars autant qu'à toi.

Ce n'est un secret pour personne que Tesshi et le sucré, c'est une histoire d'amour éternel et que son adoration pour les pâtisseries lui a déjà valu plusieurs remarques de notre manager, même si ses prises de poids sont ponctuelles et légères.

Ma remarque a au moins le mérite de freiner ses ardeurs et une moue adorable apparait sur son visage rieur.

- On prend quoi alors ? demande-t-il du ton de celui qui pense que s'il y a pas de sucreries, c'est pas une vraie fête.

- Déjà, de quoi boire pour tout le monde. Ce qui veut dire de l'alcoolisé et du soft. Tu t'occupe du soft ?

- D'accord.

Il y a plus trop d'enthousiasme dans sa voix, mais ça ira mieux quand je lui dirais ok pour quelques gâteaux et bonbons. Qu'il sera le seul à manger, mais bon, si ça peut lui faire plaisir.

Quant à moi, je vais chercher assez de bières pour Ryo, Tomo, Keii-chan et moi. Après quelques minutes, je récupère mon meilleur ami, en plein dilemme : limonade, coca, diabolo fraise, jus d'orange… ?

- Bah alors, t'as rien pris ? fais-je. Tu fabrique quoi ?

- Ben… je sais pas quoi prendre…

- Bah une bouteille de chaque, comme ça vous serez tranquilles.

Je joins le geste à la parole et son panier est vite plein. Il doit être lourd, mais il se plaint pas. Du coup, j'estime qu'il a mérité sa récompense.

- Allez, vas chercher quelques gâteaux et bonbons.

- Pour de vrai ?! fait-il en me fixant, les yeux brillant de gourmandise par anticipation.

Il est pas croyable. A mon avis, c'est pas du sang qui coule dans ses veines, c'est du sucre liquide.

Comme on va chez moi après avoir terminé nos achats et payé, je le préviens :

- C'est pas très rangé.

- C'est pas grave ça, c'est un appart de mec quoi, répond-il en souriant.

- Ouais mais…

J'ouvre, le laisse entrer… et s'ébahir. Depuis que je suis seul, je me suis laissé vivre et j'ai jamais tellement eu le courage de vraiment ranger et/ou faire le ménage, alors tout s'est « un peu » entassé partout. Rien que dans l'entrée, y'a quatre paires de pompes (sans compter celles que j'ai encore aux pieds), deux blousons qui se sont cassé la gueule du porte-manteau parce que j'ai pas pris le temps de les accrocher correctement et le truc à clés regorge d'un courrier juste ouvert.

Dans le salon, sur les deux tables (la grande et la petite), y'a des montagnes de boîtes à bento du combini vides que j'ai pas jetées (pas le temps de cuisiner avec nos horaires), des piles de magazines effondrées un peu partout et une sacrée épaisseur de poussière sur le tout, y compris le sol en lino qui a pas vu l'aspirateur depuis des lustres.

Dans la cuisine, la vaisselle sale s'est tellement accumulée (mon lave-vaisselle est en panne depuis des semaines et j'oublie toujours d'appeler le réparateur), que l'évier et le plan de travail disparaissent dessous et les plaques électriques sont pleines de nourriture séchée et de lait ayant débordé.

Le sol de la salle de bain est juste une accumulation de linge sale et le calcaire s'est déposé partout sur le carrelage.

Quant à ma chambre, elle est pas dans un meilleur état que le reste.

Face à cette catastrophe ménagère, mon meilleur ami ouvre de grands yeux horrifiés.

- « Pas très rangé » ?! relève-t-il en se tournant vers moi.

- Ok, j'avoue, c'est le bordel.

- C'est une porcherie, oui ! J'espère que Pi-chan a pas vu ton appart dans cet état ?

- Non, fais-je, pas très fier de moi.

- Ben heureusement. Et heureusement aussi qu'il est encore tôt. On a le temps de réparer les dégâts avant qu'ils arrivent et se fichent de toi jusqu'à la fin des temps.

- Hum.

- Mais à deux, on y arrivera jamais. Il nous faut du renfort.

- Du renfort ?

- Ta mère.

- He ? Ah nan, sinon elle va me passer un savon !

- Et tu l'auras pas volé si tu veux mon avis.

- C'est facile pour toi de dire ça, fais-je alors avec la plus totale mauvaise foi, t'habite encore chez tes parents.

- Et après ? Je suis allé chez Ryo-tan, Pi-chan et Keii-chan qui ont les mêmes horaires que toi et moi et je te signale que tout était propre et rangé.

- Même chez Ryo ?

- Même chez Ryo. C'est pas un gros crado.

Il ajoute pas « lui », mais c'est franchement sous-entendu à la fin de sa phrase et il rigole pas du tout là. Du coup, moi non plus.

- Donc t'as aucune excuse. Allez, Massu, appelle-la.

Piteux, je sens que je dois céder (ne serait-ce que parce que je veuc pas que Tomo voit ça) et sors mon portable pour appeler ma mère… sauf qu'au moment om ça sonne, je me le fais piquer.

- Bonjour, Masuda-san, c'est Yuya, dit-il. Vous allez bien ? … Oui moi aussi, merci mais nous avons un petit problème… Non non, rassurez-vous il va très bien, c'est un problème d'ordre domestique… Oui, en fait l'appartement de votre fils est dans un état lamentable et les gars viennent faire la fête ce soir. S'ils le voient comme ça… Oui, voilà c'est ça… Oui, absolument… Merci, Masuda-san. A tout à l'heure.

Il raccroche et me tend mon portable avec l'air triomphant des belles-sœurs de Cendrillon après que l'une ait trouvé Gus sous sa tasse de thé et l'ait mouchardé à sa mère.

- Elle arrive.

Avec le ton genre « tu vas voir c'que tu vas prendre ».

Oh misère… Ma mère plaisante pas avec l'ordre et la propreté. Ca va être ma fête ouais. Je suis un homme mort.

- Kami-sama, qu'est ce que c'est que cette porcherie ?! s'exclame ma mère en entrant dans le salon après nous avoir dit bonjour. Pourquoi ton appartement est-il dans cet état, Taka ?

- …

- Masuda Takahisa, je t'ai posé une question, j'attends une réponse. Et elle a intérêt à être convaincante.

Mais comme je réponds toujours pas (y'aurait quoi à répondre de toute façon ? « J'ai la flemme » ? Elle me tuerait. Nan, vaut mieux se taire dans ces cas-là, c'est plus sûr), elle fronce les sourcils et me chope par l'oreille en m'entraînant à sa suite vers la salle de bain, dans un « viens ici ! » grondeur.

- Itaitaitaitaitaitaitaitaitai ! Kaa-chan, lâche-moi ! Itai !

Elle se décide à me lâcher une fois qu'on est arrivés où elle voulait et je masse ma pauvre oreille. J'ai bien cru qu'elle allait lui rester dans la main. Je grogne et ronchonne pour bien lui montrer que je suis pas d'accord avec ce traitement et là, elle m'assène le coupe de grâce. LA phrase qui tue.

- Ce n'est pas comme ça que je t'ai élevé pourtant… dit-elle d'un ton désolé. Tu étais si soigneux quand tu habitais à la maison…

Et gnagnagna et gnagnagna… Je suis sûr que toutes les mères ont cette phrase en réserve pour faire culpabiliser leurs enfants (quel que soit l'âge desdits enfants) quand elles le sentent nécessaire. Et ça marche, c'est ça le pire.

- Et en plus de ça, il se nourrit mal, fait derrière nous la voix de mon traître de meilleur ami, qui a l'air de jubiler.

Sale délateur…

- Qu'est ce que tu veux dire, Yuya-chan ?

- Il mange que des plats tout prêts et des nouilles instantanées.

Je vais le tuer. Quand elle sera repartie, je vais le décapiter avec une cuillère à café. Ce sera lent et douloureux. A la mesure de son diabolisme.

Bien évidemment, après ça, ma mère me regarde de nouveau… et soupire désespérément.

- Finalement, c'était peut-être une erreur de t'autoriser à vivre seul avant ta majorité…

- Non non, la détrompe mon ex meilleur ami (tiens il me défend là ?). Il faut juste le remettre dans le droit chemin (ah non, je me disais aussi). Et pour ça, il faut commencer par nettoyer et ranger.

- Tu as raison, Yuya-chan. Au travail. Je te charge de la cuisine. Je m'occupe du salon et toi, Taka, tu vas faire ta chambre et la salle de bain.

- Oui, chef ! répondons-nous en cœur en faisant un petit salut militaire.

- Et que ça brille !

- Oui, chef !

Et nous voilà éparpillés dans l'appart, bandanas sur la tête comme de braves petites ménagères, pour aller à l'assaut de l'odieux désordre… pardon de l'odieux bordel et de l'infâme poussière.

De mon côté, je décide de m'attaquer d'abord à refaire le lit, mais je suis pris de vitesse par ma mère, qui me crie :

- Retire tes draps, mets-les au sale et change-les !

- Gnagnagna, ronchonné-je en le faisant quand même.

Il nous faut un peu plus de trois heures pour venir à bout de tout. Je suis mort, Tesshi aussi et ma mère a l'air épuisée, mais l'appart a repris « figure humaine ». Comme si j'avais toujours été super soigneux et tout. C'est cool.

- Bon, maintenant que ton appartement est redevenu habitable, j'espère qu'il va le rester, Taka, dit-elle. Si j'apprends à nouveau ce que Yuya-chan m'a dit au téléphone tout à l'heure…

Elle termine pas sa phrase, mais la menace est claire.

- Bon, maintenant…

Elle file à la cuisine et je la suis, intrigué. Elle ouvre alors mon frigo. Aïe.

- Mais… qu'est ce que c'est que tout ça ? demande-t-elle en désignant les clayettes couvertes de bentos et la porte remplie de bouteilles de sodas sans sucre.

- Heu…

- Où sont les fruits ? Les légumes ? Les laitages ? La viande ? Le poisson ?

- Heu…

Devant mes non réponses, elle ouvre mes placards et en inventorie le contenu.

- Nouilles instantanées, riz, plats en boîtes… Non, ce n'est pas possible, ça ne peut pas continuer comme ça. Le désordre et la saleté, je peux encore le tolérer, mais pas le manque de diversité dans la nourriture. Tu te ruines la santé, Taka !

- Mais non… protesté-je faiblement.

- Mais si. Allez, en route, on va au combini remplir convenablement ton frigo.

- C'est pas utile, Kaa-chan.

- Masuda Takahisa, n'espère pas m'apprendre ce qui est bien ou non pour mon fils unique. Ce n'était pas une suggestion. Allez ouste. Yuya-chan, tu viens ?

- J'arrive ! fait mon fêlon d'ami qui semble s'amuser comme un petit fou.

Traître… J'ai dis que c'était un sale traître ?

Du coup, on passe une heure supplémentaire à faire les courses que ma mère juge indispensables à ma santé. Et j'ai eu beau lui dire que j'avais pas le temps de cuisiner, rien y a fait. On repart donc avec des sacs pleins de courgettes, daikons, choux chinois, tomates, carottes, pommes, oranges, raisins et j'en passe. Je sais même pas comment tout va tenir dans mon frigo en plus de mes bento. Parce qu'il est hors de question que je les dégage.

Je suis complètement KO cette fois. Le ménage m'avait déjà crevé, mais les courses m'ont achevé. Si je m'assoupis pas ce soir pendant la fête, ce sera un miracle. Je préfère encore bosser non stop toute une journée à l'agence, que ça.

Finalement, toutes les courses plus mes anciennes rentrent dans le frigo (ma mère est championne de Tetris) et elle repart en me lançant un nouvel avertissement quant à la tenue de mon appart. Je soupire. Le tsunami est passé. Safe.

21 mars 2007

La reprise s'est super bien passée. A peine revenus, nos collègues nous ont félicités et dès le lendemain, on commençait à bosser sur la nouvelle chanson. Elle est sympa « hoshi wo mezashite », je l'aime bien. En plus on a fait un shoot super sympa pour la pochette. En extérieur et tout. Pour une fois, celle qui sera choisie sera dans tous les cas sympa. Il faisait super beau en plus le jour où on l'a fait. Les shoot extérieurs, c'est toujours cool même si ça nous arrive pas souvent et que, du coup, il faut faire un périmètre de sécurité autour de la zone, pour que les fans qui « tombent » sur nous en se baladant, nous gênent pas. Bon, ça les empêche pas de crier notre nom etc, mais au moins elles se jettent pas sur nous.

Et aujourd'hui, le single sort. Après notre « suspension éclair » (c'est comme ça que les collègues ont appelé notre retrait temporaire) et la façon dont elles ont milité pour notre retour, les fans ont des attentes élevées et ça se comprend, alors j'espère qu'elles seront pas déçues.

On est tous réunis dans la loge, en train de parler du live prévu le soir même, quand Fujioka-san entre. Il a un grand sourire, comme s'il savait par avance que les pochettes nous plairaient. Et quand il les pose sur la table comme à son habitude, on est pas déçus. Pour l'édition limited, ils ont choisi une photo prise d'un peu loin, sur laquelle on a tous la tête levée vers le ciel bleu. Et pour la regular, ils ont pris celle où, dans des fringues qui nous correspondent (ça aurait presque pu être les nôtres d'ailleurs), on marche dans un parc. Ca fait authentique, simple, cool. Ce sont les meilleures pochettes que j'ai vu depuis un bon moment.

- Génial ! s'exclame Tesshi en s'en emparant. J'adore ces photos !

- C'est vrai qu'elles sont sympa, acquiesce Shige.

- Elles devraient plaire aux fans, ajoute Tomo.

On est tous d'accord apparemment.

- Vous avez un shoot et une interview ce matin, alors ne perdez pas de temps, déclare notre manager.

- He ? Mais on a un live ce soir, il faut qu'on s'entraîne, fait remarquer Keii-chan.

- Vous pourrez le faire cet après-midi. Mais il est évident que l'interview va surtout porter sur votre suspension, alors tenez-vous prêts à répondre à leurs questions.

- Hai !

De toute façon, c'était évident. Depuis notre retour, à chaque interview ou émission, les questions portent que là-dessus. A croire qu'ils sont tous en panne d'inspiration.