Je suis tellement en rogne, qu'il faudrait que je tape sur un truc pour me calmer, mais vu que j'ai rien sous la main et que ma bagnole m'a rien fais, je décide d'aller courir. J'attend même pas Tomo qui me poursuit. Mes talons frappent rageusement le sol et à chaque foulée, j'imagine que c'est Akanishi que je piétine. Quel connard ce type, putain ! Et Tomo qui prend sa défense, c'était le pire.

Quand je m'arrête enfin, je suis en nage, mais calmé. C'est là que mon petit ami me rejoint , lui aussi en sueur.

- Taka… halète-t-il. Ca y est… je peux te… parler ?

- Je vois pas… ce qu'il y a… à dire ?

Il fait une pause pour reprendre son souffle et j'en fais autant en évitant de le regarder pour pas que mon ressentiment fonde comme neige au soleil.

- Taka, je suis désolé.

- De quoi ? fais-je, exprès pour savoir s'il pige pourquoi je lui en veux.

- Jin a été odieux avec toi et c'est lui que j'ai défendu.

- Hum, fais-je en fixant le trottoir.

- Comment je peux me faire pardonner ?

Je soupire et lève finalement les yeux vers lui.

- C'est pas la question, Tomo. Le problème c'est qu'une fois de plus, je suis passé pour le connard et que ça commence à me gaver profondément. Alors oui, c'est vrai que j'attendais un minimum de soutien de la part de mon petit ami.

- Je comprends, excuse-moi.

Il y a un blanc.

- Bon, vu que de toute façon la journée est flinguée, tu veux venir chez moi ? demandé-je.

- Avec plaisir.

- Bon, alors il faut retourner à la bagnole qui est toujours devant chez Bakanishi.

- Taka ?

- Hum ?

Il m'embrasse. Et comme je m'y attendais pas vu qu'on vient de s'engueuler pour la première fois, j'en reste coi et le regarde, interrogateur.

- Merci.

- He ?

- La fête surprise, c'était ton idée non ?

- Ah. Heu ouais. J'ai organisé ça avec Kame et ce crétin de Bakanishi. Ca a pas été simple.

- J'imagine. Donc je te remercie encore plus.

- Heureusement que j'avais Kame pour m'aider, parce que ton pote est totalement inutile. A part gueuler…

- Bon, si on arrêtait de parler de choses désagréables et qu'on se concentrait sur nous ?

- Quand on sera chez moi. Trop dangereux dehors.

Il hoche la tête et on se grouille d'aller récupérer la voiture.

J'avoue qu'après l'engueulade, j'ai pas très envie de faire l'amour, mais on va au moins pouvoir parler.

Une fois chez moi, on s'installe sur le canapé et je m'allonge en posant la tête sur ses genoux. Comme je reste totalement silencieux parce que je pense à des trucs, Tomo finit par demander :

- Taka ça va ?

- Hum.

- Ne Tomo… tu pense que j'ai pas d'intérêt en tant qu'acteur ?

- He ? fait-il, manifestement surpris par le tour qu'ont pris mes pensées.

- Ben oui… Ryo et toi arrêtez pas de partir en tournage de dramas, Tesshi a fait « My boss, my hero » l'année dernière, même Keii-chan a eu une proposition pour une apparition dans un épisode d'un drama avec Taguchi et ton pote Bakanichi et pareil pour Shige dans un autre drama… et moi rien du tout.

- Taka, Shige a presque fais de la figuration tu sais, dit-il en me caressant les cheveux.

Je me redresse et le fixe.

- C'est pas le problème, Tomo. Le problème, c'est que de nous six, je suis le seul à qui on propose rien du tout, alors je me pose des questions. J'ai pas une tronche d'acteur ou quoi ? J'en suis aussi capable que vous. Ou du moins autant que Tesshi ou Keii-chan.

- Je suis sûr que tu es un très bon acteur, chéri. Sois patient. Toi aussi tu finiras par avoir des propositions.

- J'en doute, fais-je en reprenant ma position initiale.

Je le sens m'embrasser sur la tempe. Il est si doux. Comme une peluche. Nan mieux qu'une peluche. C'est mon Tomo.

- Ne te démoralise pas tout seul, mon Taka. Ils n'ont juste pas encore réalisé ton potentiel. Mais ça va venir très bientôt, j'en suis sûr.

- Hum.

Je suis pas convaincu, mais j'ajoute rien sur le sujet.

Au bout d'un moment, je sens mes yeux se fermer tout seuls. Mais il faut pas que je m'endorme, il faut profiter de ce jour de repos inattendu. Mais aussi forte soit sa volonté, elle arrive pas à repousser le sommeil. Ma dernière observation consciente est que Tomo me soulève dans ses bras.

Je me réveille je sais pas combien de temps après, en ayant perdu toute notion du temps et de l'espace. A côté de moi, mon petit ami qui s'est glissé dans mon lit, dort comme un ange et je résiste pas à la tentation de l'observer. Il est si beau. Pas étonnant qu'il soit souvent en couverture de AnAn et dans ses pages sexy. Tendrement, je dégage quelques mèches brunes tombées sur son front et lui caresse la joue. Un soupir lui échappe et il remue vaguement, avant de s'immobiliser face à moi, les lèvres entrouvertes. Je mords les miennes en le voyant si abandonné et sens une vague de désir me traverser. Nan, il faut que je le laisse dormir, il en a besoin aussi.

Nan, décidément, vaut mieux que je me lève. C'est mieux pour lui. Je quitte donc le cocon douillet de la couette et de ses bras et vais prendre une douche. C'est l'idéal pour me calmer. Je fais vraiment obsédé par moment.

Dix minutes plus tard, je me sens déjà mieux et vais regarder la télé. J'arrive à trouver une série américaine, ce qui me fait toujours rigoler parce qu'avec le doublage, les persos parlent tous japonais, alors que l'action se passe à Los Angeles. Bref je finis par m'absorber dedans et suis carrément à fond quand Tomo refait surface je sais pas combien de temps après.

- Taka ?

- Oh Tomo, fais-je en lui souriant. Bien dormi ?

- Très bien.

- Ils sont forts ces américains.

- He ?

Comme il a pas l'air de piger de quoi je parle, je désigne l'écran.

- Ah, rigole-t-il. Ouais, ils sont plutôt bons.

Je prend sa main pour l'attirer près de moi et la garde dans la mienne pendant que je retourne dans la série. Quand l'épisode se termine, je tourne la tête vers lui. Il est en train de m'observer.

- Quoi ? fais-je, un peu gêné.

- Rien. Je me rends compte que je ne t'avais jamais vu regarder quelque chose à la télé.

- Et ?

- Et tu vis littéralement ce que tu regarde. Ils ont peur, tu as peur ils sont choqués, tu es choqué... Même pas besoin de regarder l'écran.

- Mou, Tomo, te moque pas...

- Ah mais je me moque pas du tout. Au contraire, je trouve ça très intéressant.

- Ah...

Je vois pas quoi dire d'autre en fait. Du coup, pour me donner une contenance, je décide d'aller préparer le petit-dej.

Quand il me rejoint, m'enlaçant par derrière alors que je prépare la pâte à pancakes, je souris, puis demande :

- Ne Tomo, tu trouve pas qu'on s'ennuie un peu à l'agence en ce moment ? On a pas trop d'activité à part un live de temps en temps.

- C'est vrai que c'est très calme.

- Je regrette presque la période où il y avait pas assez de vingt-quatre heures dans une journée pour tout ce qu'on avait à faire.

- T'en fais pas, mon Taka, ça va revenir.

- Ce serait bien, parce que même avec Tegomass on a pas d'activité ces derniers temps. Pas étonnant que Ryo ait plus ou moins fui chez les Kanja. Ca bouge de leur côté au moins.

- Jaloux ?

L'amusement est perceptible dans sa voix.

- Un peu.

Il rigole franchement.

- Demande à Shibutani s'ils ont pas une place pour toi, dit-il en riant encore.

- Ah nan merci, je suis pas dingue moi. Sans compter que je viens pas du Kansai. Et heureusement pour moi.

Il rigole encore plus. J'aime le voir rire. Ca arrive pas assez souvent.

- Bon allez, si tu veux déjeuner, laisse-moi faire ces... pancakes...

Il y a eu un blanc avant le dernier mot, parce que Tomo m'a embrassé dans le cou. Mais pas juste un petit bisou sage. Nan, il m'a carrément fait un suçon ! Moi qui avais réussi à me calmer...

- Tomo...

- Oui, mon Taka ? fait-il d'un ton innocent.

- C'est pas une bonne idée de faire ça...

- Pourquoi ?

- Parce que je risque de te sauter dessus.

- Et si c'est ce que je veux ?

Je me retourne et le fixe. Kami-sama, ces flammes dans ses yeux... Comment résister ? Il se lèche les lèvres et je craque. Tant pis pour le petit dej, c'est lui que je vais dévorer.

29 juillet 2007

Je suis au bord de l'implosion. Il doit bien y avoir quelque chose à faire, c'est pas possible. Je trouve que News a un peu trop souvent de longues périodes d'inactivité et c'est pas tenable. Sans compter que les fans doivent en avoir ras le bol de nous attendre sans arrêt. Moi, en tout cas, j'en ai marre. Je veux des nouvelles. Et des bonnes tant qu'à faire.

- Massu, arrête de tourner en rond, tu me donne le tournis, finit par dire Shige depuis sa chaise.

Je m'immobilise et le regarde.

- Mais ça me rend fou de rien faire.

- On est tous blasés, mais faire les cent pas dans la loge changera rien, tu sais, dit Keii-chan.

- Il est où Pi-chan déjà ? demande Yuya.

- Parti voir Fujioka-san, Tesshi, on te l'a déjà dis, répond encore Shige, lassé.

Je m'assois à mon tour et le silence retombe dans la loge. Je m'ennuiiiiiie.

Tomo passe la porte ce qui me semble une éternité plus tard. Il est accompagné de notre manager et tous deux sourient. Est-ce que par hasard...

- Les gars, bonne nouvelle, on va avoir du pain sur la planche à partir d'aujourd'hui !

Kami-sama, merci de m'avoir entendu !

- Exactement, reprend Fujioka-san. Début novembre, un single intitulé « Weeeek » sortira et fin novembre, votre deuxième album qui s'appellera « Pacific ».

- Donc, dès aujourd'hui, on va se mettre sur le single, reprend Tomo et on a pas intérêt à chômer.

- Yeah ! m'exclamé-je.

Beaucoup d'occupation en perspective ! Pour un peu, j'en ferais presque une dans de la joie.

Du coup, Tomo nous distribue les paroles de la nouvelle chanson et je les lis rapidement. Ah elles sont sympa. Très sympa même. Je me demande ce que donne la musique qui va avec.

- La musique, je k'ai, fait mon petit ami en écho à mes pensées, en sortant un cd de sa poche. On peut pas se lancer à l'aveuglette, parce qu'elle est rapide.

- On en a déjà fais des rapides, objecte Ryo, qui nous a rejoints en passant en douce derrière les deux arrivants.

- Je sais, mais celle-là... Ah je vous en dis pas plus, vous allez entendre vous-mêmes.

Il va jusqu'à la chaîne hifi, insère le cd... et on comprend immédiatement ce qu'il voulait dire : ça démarre tout de suite à fond les ballons. Et je vois pas comment faire rentrer la première phrase du refrain là-dedans, c'est trop speed.

- On va pas avoir le choix, il va falloir avaler des parties de mots, fait remarquer Keii-chan.

- Et speeder pour prononcer le reste, ajoute Tesshi.

- Ca va faire moche, nan ? Genre « oups on avait pas prévu qu'il y avait autant de mots à faire rentrer dans la musique ».

- Il n'y a qu'un moyen de savoir, c'est d'essayer, décrète alors Tomo.

Il remet la piste au début... et franchement c'est la cata. Aucun est calé avec les autres comme si on avait jamais bossé une nouvelle chanson. Et franchement, c'est juste trop laid. Je plains les oreilles de Fujioka-san qui est resté « pour voir ».

- Heu bon... on va reprendre, ok ? fait mon bien-aimé petit ami et leader. Faites gaffe aux temps.

- Aux temps ?! s'indigne alors Tesshi. Mais ça fait longtemps qu'on compte plus les temps en chant !

- Tu vois une autre solution pour qu'on soit tous calés ? Moi non. Donc tu compte les temps et tu évite d'en faire perdre à tout le groupe. Bon, on y retourne.

Je regarde mon meilleur ami qui tire la gueule. Faut dire qu'il a pas l'habitude de se faire engueuler par son Pi-chan adoré (et Tomo y est pas allé de main morte, vu qu'il rigole pas avec le boulot) et qu'en plus, il est obligé de faire ce qu'il voulait pas. Compter à nouveau les temps en chant, pour lui qui a tant travaillé, c'est une régression.

Je pose une main sur son épaule en signe d'encouragement et croise son regard. Que je refuse d'interpréter. Du coup, je me concentre à nouveau sur les paroles.

Quelques essais plus tard, on gère déjà vachement plus. En fait c'est surtout le refrain sur lequel il faut précipiter les mots. Le reste, c'est sur un tempo à peu près normal.

- Bon, je vois que tout se passe bien, alors je vous laisse, déclare notre manager. Travaillez bien, je viendrais vous chercher jeudi pour l'enregistrement.

Jeudi. Le délai est court, mais personne s'étonne ni s'indigne. Surtout si en plus on a un album entier à bosser ensuite, vaut mieux enchaîner rapidement.

6 août 2007

On est tous réunis dans la loge et on attend l'arrivée de Tomo, qui doit arriver avec la tracklist du futur album et toutes les paroles de chansons.

Il passe la porte quelques minutes plus tard en tenant une énorme liasse de feuilles, ce qui coupe court au babillage incessant de Tesshi.

- Bon, alors je vous explique. L'album contiendra quinze chansons. Et, contrairement à notre premier, il aura quelques particularités.

- C'est-à-dire ? demandé-je, curieux.

- Les chansons un à six seront collective. Mais la septième sera ton solo, Ryo. Il s'appelle « Code » et elle est plutôt rock.

- Yeah ! Trop bien ! s'exclame-t-il. Ils me connaissent.

Tomo regarde ensuite notre duo infernal, KoyaShige.

- Vous avez la huitième tous les deux. Elle s'appelle « Chirarizumu » et elle est dans la lignée de votre « Murarisuto ».

Surpris mais manifestement heureux, Keii-chan et Shige se claquent dans les mains. Ils ont l'air de s'être réconciliés pour de bon. Du coup, je suppose que le baiser entre Shige et nakamaru était juste un... accident de parcours. Tant mieux. Keii-chan méritait pas ça.

- Tesshi, tu as la neuvième. « Ai nante » est son titre. C'est une ballade.

Je suis content pour lui. Un solo, pour Yuya, c'est l'occasion de réellement faire entendre au public sa voix magique. Les fans vont adorer.

- La dixième est collective et la onzième est pour moi. Elle s'appelle « Gomen ne Juliet ».

J'attends mon tour. Je me demande quel style de chanson on m'a réservé. J'aimerais bien un truc bien rythmé. Actuel quoi.

Je regarde Tomo, mais lui évite soigneusement mon regard. Qu'est ce qui se passe ?

- Toutes les autres sont collectives, conclut-il sans oser tourner les yeux vers moi.

- Quoi ?! m'exclamé-je alors, outré. Tout le monde a une chanson qui le met en avant, SAUF MOI ?! C'est une blague ?!

- Massu... essaye de me calmer Tesshi.

Mais j'écoute pas, je suis vénère sévère là.

- C'est dégueulasse, putain ! C'est quoi le problème avec moi à la fin ?! En plus de pas être jugé digne de faire des dramas, je le suis même pas d'avoir un solo ?! Merde !

Enervé comme jamais, je quitte la loge en claquant violemment la porte. Je suis écœuré, dégoûté et je comprends pas ce que j'ai bien pu faire de mal pour qu'on s'acharne à me faire passer à la trappe. Je suis le membre qui a aucune importance et qu'on peut zapper sans souci, c'est ça ?!

En courant pour rejoindre le jardin intérieur, je bouscule quelqu'un, dont je reconnais instantanément la voix.

- Taka-chan, ça va pas ? fait Masa-chan en m'observant.

- Si... fais-je d'une voix sourde en réprimant l'envie de pleurnicher sur mon sort sur son épaule.

- Je vois bien que non. Tu veux en parler ?

J'ai tellement envie de me confier, de lui parler de mon dégoût, de ma confiance en moi qui est en train de fondre comme neige au soleil... mais je veux pas chouiner tout le temps, après il va croire que je lui parle que pour ça. Mais faut dire qu'il a le don incroyable de débouler devant moi précisément quand je vais pas bien.

- J'allais à la cafète, tu m'accompagne ? demande-t-il avec sa gentillesse habituelle.

Vaincu, je hoche simplement la tête. Quelle importance de passer pour un chouineur insatisfait de son sort, maintenant que j'ai réalisé le peu d'importance que j'ai dans le groupe...

On va prendre deux boissons et on s'assoit. Je fais une telle tête, qu'il reprend.

- Alors, qu'est ce qui se passe ? Tu sais que tu peux tout me dire. Si je peux t'aider, je le ferais.

- C'est gentil, Masa-chan, mais personne peut rien.

- Ca faisait longtemps que je t'avais pas vu avec un air aussi déprimé. Ca m'inquiète. Raconte-moi.

Alors, en soupirant, je lui raconte les derniers évènements. Et conclus :

- Après avoir tant travaillé, se rendre compte qu'on est que la cinquième roue du carrosse, c'est déprimant.

- Hum... Désolé, je vais être franc mais... est ce que tu ne dramatise pas un peu ?

- He ?

Je regarde mon ex petit ami comme s'il avait perdu la tête. Bien sûr que non je dramatise pas !

- Comprends-moi, je ne cherche pas à t'enfoncer, loin de là... mais là, je ne vois pas le Taka-chan combatif que je connais, juste un enfant qui fait une crise parce que ses frères ont eu un jouet et pas lui.

- Mais...

- Je comprends que tu trouve ça injuste, mais tu ne t'es pas dis qu'il y avait peut-être une raison au fait que tu sois « écarté » ?

- Je vois pas quelle raison il pourrait y avoir, bougonné-je.

- Réfléchis bien. Est-ce que l'un de vous n'a pas déjà eu un solo auparavant ?

Je fouille dans ma mémoire.

- Nan. Ah si ! Keii-chan a eu « Private hearts » en piste deux de notre premier single.

- Et depuis, est ce que quelqu'un d'autre en avait eu ?

- Heu... non. Mais qu'est ce que tu cherche à me dire, Masa-chan ?

- Que peut-être on a d'autres plans pour toi. Peut-être qu'ils te gardent en « botte secrète » pour un solo plus tard.

Je le regarde, ahuri. Ca m'aurait jamais traversé l'esprit ça.

- Tu crois ? fais-je, sceptique.

Je me demande s'il cherche pas juste à me calmer.

- Tu devrais savoir que tout est possible dans cette agence. Et aussi que rien n'est jamais fait par hasard. La moindre action est pensée, étudiée... Donc si tu n'as pas de solo dans votre prochain album, c'est qu'il y a forcément une raison.

Hum pas faux...

- Tu te prends trop la tête pour des broutilles, Taka-chan. Laisse faire. Ton tour viendra, j'en suis persuadé. Du talent, tu en as à revendre.

Je le regarde avec reconnaissance. Il sait toujours trouver les mots que j'ai besoin d'entendre.

- Maintenant, tu vas rejoindre les autres News, t'excuser de ton attitude et reprendre le travail comme si de rien était, ne.

- Hai...

Je me sens honteux du coup et pourtant, Masa-chan n'a même pas élevé la voix. Il en a pas besoin.

Je bois ma limonade d'un trait et me lève.

- Merci, Masa-chan.

Il se redresse à son tour.

- De rien, sourit-il en m'ébouriffant les cheveux. Je ne suis pas souvent disponible, mais n'hésite pas à m'appeler ou à m'envoyer un mail quand tu as un problème ou que ça ne va pas. Les amis sont là pour ça.

- Hai, acquiescé-je de nouveau, avant de filer jusqu'à la loge.

- Ah vous voyez, qu'est ce que je disais ! claironne Tesshi à mon entrée. Je savais qu'il bouderait pas longtemps.

- Ca y est, t'as fini ton caprice de diva ? se moque Ryo depuis le canapé.

Je m'y attendais, donc je relève pas.

- Désolé pour tout ça, dis-je. C'est mon égo qui était blessé, c'est tout. J'en veux à personne ne particulier.

- C'est rien, sourit Tomo. Je suis content que tu sois revenu rapidement, on a pas mal de boulot.

- Je sais. Et je veux pénaliser personne.

- Alors on va commencer. La première chanson s'appelle « Ai no matador ». Elle est un peu... grivoise on va dire, explique Tomo en nous distribuant les paroles.

Grivoise... Tout un programme... Et en lisant, je me rends compte que c'est joliment dit, pour une chanson qui décrit en termes poétiques, ce qui se passe quand on fait l'amour avec une fille. D'habitude, on chante du gentillet romantique à tendance sautillante, alors qu'est ce qui a pris au parolier ? Il a trop écouté KoyaShige ?