Sur le chemin de chez Tomo, bien que concentré sur la route, je réfléchis à pas mal de choses. Surtout une qui me trotte dans la tête depuis quelques temps. Je cherchais le bon moment pour aborder le sujet avec lui. Mais bon, là… je vais plutôt attendre qu'il soit guéri.

Une fois chez lui, je lui fais couler un bain chaud et lui prépare un thé au miel. Je sais pas si ça va faire quelque chose pour sa voix, mais ça peut pas lui faire de mal. Et pendant qu'il va barboter, je vais appeler ma mère. Elle doit savoir quoi faire dans ce genre de cas.

- Tomo, va prendre ton bain, mon cœur. Je t'apporte ton thé.

Il me regarde et ouvre la bouche pour me dire un truc, mais je l'en empêche.

- Nan, essaye pas de parler. Ecris-moi sur ton portable plutôt.

Il hoche la tête, sort son téléphone de sa poche, tape un texte et me montre l'écran.

« J'aime bien quand tu t'occupe de moi. C'est agréable. »

- Baka. Evidemment que je m'occupe de toi. Tu croyais quoi ? Que j'allais te laisser comme ça ?

Je pose ma main sur son front et l'autre sur le mien pour comparer. Il est un peu chaud, mais pas brûlant, il doit pas avoir de fièvre. Tant mieux.

- Allez, file, conclus-je en souriant.

Il me sourit aussi, s'éloigne vers la salle de bain et j'en profite donc pour appeler ma mère. Ca fait un bon moment que je l'ai pas eue au bout du fil. Ou que je suis pas allé la voir d'ailleurs. Je me fais l'effet d'un fils indigne, mais pour ma défense, vu qu'on bosse quasi non stop, c'est dur de trouver un créneau pour y aller. J'irais demain. Avec Tomo s'il veut bien m'accompagner. Ce qui me fait penser que j'ai encore jamais rencontré la famille de mon chéri. Mais il attendait peut-être aussi qu'on soit moins occupés.

« Moshi moshi ? Masuda Tomoko desu. », fait la voix de ma mère dans l'appareil.

- Ohayo, kaa-chan. Comment tu vas ?

« Oh mon nounours, c'est toi ! Je suis si contente de t'entendre ! Je vais bien, même si tu me manque beaucoup. »

- Tu me manque aussi. Désolé de pas venir te voir plus souvent.

« Mais non, mon nounours. Je sais que tu es très occupé. Je ne t'en veux pas du tout. »

- Je sais bien, tu m'en veux jamais de rien. Mais quand même, tu es toujours toute seule, ça m'ennuie…

Il y a un petit silence. Gêné ? Est-ce que par hasard…

- Kaa-chan ? Il y a quelque chose que tu voudrais me dire ?

« Et bien… c'est un peu délicat d'en parler par téléphone… »

Mais oui, j'ai bien l'impression que ça sous-entend que je ne suis enfin plus le seul homme dans la vie de ma mère !

- Tu as rencontré quelqu'un ?

« Tu verras, je suis sûre qu'il va te plaire. »

Donc c'est bien ça. Je m'étais pas gouré dans mes suppositions.

- Vous êtes ensemble depuis longtemps ?

« Huit mois environ. Je te l'aurais bien dis avant, mais parler de ça par téléphone fait un peu impersonnel. »

- Ecoute, je passerais à la maison demain avec Tomo, d'accord ?

En parlant, je suis en train de me demander si je lui ai dis que je sors avec lui ou non. Et je suis infoutu de m'en souvenir.

« Tomo ? »

A son ton, je comprends que je lui ai rien dis. Ca, c'était pas prévu dans mes plans.

« Tu parle de Yamashita-kun ? Toi aussi tu as oublié de me parler de quelque chose ? »

- Ano… Oui, on sort ensemble maintenant.

« Je suis contente de savoir que tu t'es remis de ta rupture avec Hironori-kun. »

Ah elle est restée sur ça… Ca veut dire que je lui ai pas donné de nouvelles depuis. Misère…

- Bon, ben je passe demain avec Tomo alors.

« Ca marche, mon nounours. J'ai hâte de te voir. A demain. »

J'allais raccrocher, quand la raison de mon appel me revient en mémoire et je la retiens.

- Kaa-chan ?

« Oui nounours ? »

- Tomo est aphone. Tu aurais pas un remède ? Il me fait de la peine le pauvre.

« Oh… Si bien sûr. Mais il va falloir que tu trouve tout, je ne suis pas sûre que tu aie tout ce qu'il faut. »

Et vu la liste qu'elle me fait, effectivement, je sens que je vais devoir aller au combini.

- Arigato, kaa-chan.

« De rien, mon nounours. J'espère que ça va fonctionner, sinon ça va être ennuyeux pour vous. »

- Pas vraiment, on est en vacances pour un mois. Mais c'est pas pratique pour lui.

« Je vois. A demain alors. »

- A demain, kaa-chan.

Je raccroche et vais à la salle de bain pour prévenir mon petit ami que je sors un moment, mais je le trouve assoupi dans la baignoire. Il doit vraiment être épuisé, parce que c'est jamais arrivé. Et pour dire la vérité, je me sens pas franchement plus en forme. Ces trente jours off vont nous faire un bien fou. Mais du coup, j'hésite à le réveiller, il a tellement besoin de repos… Ce qui me décide, c'est de penser que le temps que je sois dehors, l'eau du bain va refroidir et que c'est pas bon pour lui. Faudrait pas qu'il tombe malade en plus.

Je m'accroupis donc à côté de la baignoire et lui caresse la joue en souriant.

- Tomo…

- Mmmh…

Il a juste soupiré, mais ça ressemblait tellement à un gémissement que… Non, Taka, stop ! Pense pas à ça, réveille-le et c'est tout !

- Tomo, insisté-je.

Il finit par ouvrir les yeux, mais ça semble lui demander un effort considérable. Comment j'ai pu envisager de lui sauter dessus ? Je suis vraiment devenu un pervers… Mais à ma décharge, rester de bois devant le corps de rêve de mon Tomo, mouillé en plus, c'est pas possible. Ce serait même inhumain.

Il dit rien, mais il y a des points d'interrogation dans ses yeux.

- Je vais aller au combini acheter de quoi préparer le remède que m'a conseillé ma mère pour ta voix, lui dis-je. Pendant ce temps, va te mettre au lit, d'accord ?

Il hoche la tête en souriant et se remet debout. Ruisselant. Gloups… Non non, Taka, t'as rien vu. T'as rien vu du tout.

- A tout à l'heure ! fais-je en prenant presque la fuite, après lui avoir volé un baiser.

Je suis irrécupérable. Je pouvais parler de Ryo, je suis pas mieux.

21 février 2008

Bon, le remède de ma mère a pas été très efficace, vu que mon chéri est toujours aphone. Mais je suppose que l'effet est pas instantané, alors je lui en redonnerais ce soir, quand on sera rentrés de chez ma mère.

J'ai expliqué la situation à Tomo, qui a accepté de m'accompagner. Mais du coup, je suis un peu nerveux. Je me demande à quoi ressemble ce type, ce qu'il fait dans la vie, s'il s'occupe bien de ma mère… Bref des questions normales pour un fils dont la mère est restée célibataire pendant des années.

- Tomo, dépêches-toi, fais-je en m'éjectant de la salle de bain comme un boulet de canon.

Il est en train d'écrire sur son portable quand je le rejoins.

« Calmes-toi, mon cœur, on va pas voir l'impératrice, juste ta mère. Je comprends que l'idée de rencontrer son nouveau compagnon te rende nerveux, mais te stresser comme ça ne changera rien, alors zen. »

Tu parle, c'est facile pour lui de dire ça… J'inspire profondément, les yeux fermés, mais ça me calme pas vraiment. Du coup, je sursaute quand mon leader de petit ami me tapote l'épaule pour attirer mon attention sur l'écran de son téléphone.

« Tu veux que je conduise ? Tu es une boule de nerfs, on risquerait un accident. »

- D'accord, fais-je immédiatement car je me sens effectivement pas en état de prendre le volant.

Le problème, c'est que non seulement mon état s'améliore pas du trajet malgré les régulières pressions rassurantes de la main de Tomo sur les miennes, mais plus on se rapproche de la maison que je connais si bien, plus j'ai l'impression de partir vers l'inconnu. Comme s'il s'agissait pas de ma mère.

Une fois garé devant la maison, mon chéri prend son portable et se met à taper comme un possédé sur le clavier tactile. Et ça dure un sacré bout de temps. Quand il a fini, il me prend par les épaules, me regarde bien en face et me tend l'appareil, les sourcils froncés.

« Je ne peux pas le dire à voix haute, alors considère que ce message est sur un ton très mécontent.

Je te l'ai dis, ta nervosité est compréhensible, mais là, elle est vraiment démesurée. Tu réagis vraiment comme si on rendait visite au couple impérial et pas à ta mère que tu adore. Toi tu as encore la chance d'avoir une mère, bon sang ! Et peut-être un futur beau-père ! bref d'avoir encore une famille ! (à ce passage du message, il pose une main sur ma bouche, ayant anticipé que j'allais réagir. Du coup, je dis rien et je continue ma lecture) Moi, mes parents m'ont renié quand ils ont découvert que j'aimais les hommes ! Je n'ai plus que toi au monde ! Et toi tu fais une montagne de cette simple visite ! Le pire qui puisse arriver c'est quoi ? Que tu ne t'entende pas avec lui ? La belle affaire ! Ce n'est pas pour le nombre de fois que tu le verras que ça va changer quelque chose ! Le plus important, c'est que ta mère soit heureuse, non ?! A ce compte-là, c'est moi qui devrais être le plus stressé des deux, vu que je vais les rencontrer tous les deux pour la première fois et pas dans des conditions optimales puisque je ne peux pas parler ! Alors calmes-toi ! »

J'arrive au bout de ma lecture du pavé (si, à partir de deux mémos, j'appelle ça un pavé et là, il y en avait quatre) et mon petit ami qui s'est rembruni récupère son portable, me laissant pantois. Je m'attendais pas du tout à ce genre de réaction, ni aux révélations que je viens d'avoir.

- Oh Tomo… Je suis désolé, mon cœur, je savais pas… C'est arrivé quand ?

« Peu importe… »

- Mais pourquoi tu m'as rien dis ?

« C'est arrivé avant qu'on se mette ensemble. »

- Et tu en as parlé à personne ? T'as continué à bosser comme si de rien était ?

« Je voulais ennuyer personne avec mes histoires. »

- Baka… T'aurais ennuyé personne. On est tous amis, ça veut dire qu'on est tous là les uns pour les autres. T'en as déjà eu la preuve à plusieurs reprises pourtant. Les autres seraient fâchés de savoir que tu leur a caché un truc si grave pour toi.

« Ne leur dis rien, onegai, Taka. C'est du passé, pas la peine de revenir dessus. »

- C'est pas du passé puisque ça te fait encore souffrir. Alors c'est arrivé quand ?

« Au moment où Uchi a été suspendu. »

- Ah…

« Tu vois. On était tous dans un tel état… Si j'avais ajouté mes problèmes… »

Je soupire et l'embrasse tendrement, parce que je sais pas quoi ajouter. C'est vrai qu'on aurait peut-être pas été très réceptifs.

- C'est la première fois que je me fais engueuler par écrit. Ca fait drôle, déclaré-je pour le faire penser à autre chose.

Il éclate de rire silencieusement. Je préfère ça.

- Bon, allons-y, sinon on va vraiment être en retard.

On se dirige donc vers la maison et je frappe. Ca aussi ça me fait bizarre : frapper pour rentrer dans cette maison qui était encore la mienne il y a pas si longtemps.

Après quelques secondes, la porte s'ouvre sur ma mère, qui sourit largement.

- Mon nounours ! s'exclame-t-elle en me serrant contre elle, pendant que Tomo répète le mot silencieusement, visiblement amusé du petit nom. Laisse-moi te regarder… Tu es si beau, mon Taka… Encore plus qu'avant !

- Kaa-chan… fais-je, embarrassé car cette effusion a lieu sur le pas de la porte et devant témoin. On est pas tout seuls…

- Et alors ? Je ne t'ai pas vu depuis des mois, je peux, non ? dit-elle en me lâchant quand même, avant de sourire à mon chéri : Bonjour, Yamashita-kun. Je suis ravie de te rencontrer enfin après tout ce temps.

Tomo sourit et s'incline, ce qui peut vouloir dire « Moi aussi, Masuda-san ».

- Tomo est toujours aphone, expliqué-je pour qu'elle s'étonne pas de pas l'entendre.

- Oh mon pauvre chou… Allez entrez vite avant qu'il se mette à pleuvoir.

On rentre donc tous les deux et on se déchausse. Je m'attendais presque à ce que le décor ait changé depuis que je suis parti, mais non, il est toujours aussi familier, ce qui termine de me rassurer. On est simplement à la maison. Même si j'y suis plus, ça sera toujours ma maison aussi.

Une chose me frappe en entrant dans le salon : un feu est allumé dans la cheminée. Cette cheminée qui a toujours été inutilisée depuis le départ de mon père, parce que kaa-chan a peur du feu et refusait que j'en fasse, de crainte que je me brûle ou déclenche un incendie par mégarde. Et ce feu rend encore plus chaleureuse l'atmosphère de cette pièce qui l'est déjà.

- Asseyez-vous, les garçons. Taka, tu connais la maison, nounours, alors ne fais pas ton timide, ne.

- Heu… Kaa-chan, fais-je en baissant la voix pendant que Tomo s'assoit., est ce qu'il sait pour… Tomo et moi ?

- Bien sûr, nounours. Kei et moi ne nous cachons rien.

Alors il s'appelle Kei… A moins que ce soit un diminutif. Mais il est où ?

- Et ça le dérange pas ?

- Je ne dirais pas qu'il est à l'aise avec l'idée, mais non, ça ne le dérange pas.

La porte de la cuisine s'ouvre sur ces mots et un bel homme d'une cinquantaine d'années aux cheveux poivre et sel, en sort.

- Tomoko chérie, est ce que tu as… (il s'interrompt en nous voyant) Oh vous êtes déjà là… (il s'essuie les mains sur son tablier et nous tend la droite) Oomasa Keisuke. Hajimemashite.

Donc c'est Keisuke. Il a l'air sympa à première vue. Et surtout, le plus important pour moi : il a l'air d'adorer ma mère, ça se voit à la façon dont il la regarde. On dirait Tomo quand il me regarde.

- Alors c'est vous le fameux Takahisa dont Tomoko me parle sans arrêt. J'ai l'impression de déjà vous connaitre avant de vous rencontrer, me dit-il en serrant ma main fermement. Vous êtes bien mieux en vrai qu'en photo ou à la télévision. Merci d'avoir pris soin de ma Tomoko pendant toutes ces années.

Je me sens un peu bête, là, parce que c'est plutôt elle qui a pris soin de moi.

- Et vous êtes donc le compagnon de Takahisa, ajoute-t-il pour Tomo.

C'est totalement con, mais entendre parler de mon petit ami comme de mon compagnon me fait un plaisir fou. Il va vraiment falloir que je lui parle de mon idée.

- Oui, c'est Yamashita Tomohisa, le leader de mon groupe, confirmé-je. Il ne peut pas vous répondre, il est aphone depuis hier.

- Oh. Alors je peux sûrement l'aider.

- He ?

- Kei est médecin, explique ma mère.

Wahou ! Un médecin, carrément ! Elle a tiré le gros lot ! J'ai pas à m'en faire pour elle, elle va vivre plus que décemment.

- Je vous examinerais tout à l'heure si vous me le permettez, dit-il à mon chéri qui hoche la tête.

Des vrais médocs seront peut-être plus efficaces que le remède de grand-mère de kaa-chan.

- Mais d'abord, il faut que je vous demande quelque chose, ajoute Keisuke-san.

- D'abord, on va boire un peu, Kei. Ta question peut attendre un peu, dit-elle en nous tendant des verres.

On dirait qu'elle s'est affirmée aussi. Tant mieux.

On trinque et boit quelques gorgées, puis je regarde Keisuke-san.

- Vous vouliez me demander quelque chose ?

- Oui… En fait je voudrais votre accord pour épouser votre mère.

Dire que je suis stupéfait serait un euphémisme tellement je m'y attendais pas. Du coup je dois avoir une tête de poisson hors de l'eau.

- Heu… C'est… Je… balbutié-je avant d'assembler mes mots correctement. Pourquoi vous me demandez la permission ? Ma mère est assez grande pour décider seule si…

- Elle y tenait absolument, me coupe-t-il.

- He ?

- Tomoko voulait que je vous demande l'autorisation.

Ahuri, je regarde ma mère avec des yeux ronds.

- Pourquoi ?

- Je ne veux pas t'imposer un beau-père à ton âge, mon nounours…

- Ce qui veut dire que si je dis non, tu l'épouseras pas ? Alors que manifestement tu as déjà dis oui ? Voyons, kaa-chan, c'est pas sérieux. Comme tu l'as souligné, j'ai presque 22 ans maintenant, alors je suis justement assez mûr pour juste vouloir que tu sois heureuse. Arrête de penser à moi ou à ce que je pourrais dire et vis pour toi. Tu as pas besoin de mon autorisation pour te remarier.

Des larmes d'émotion se mettent alors à couler sur son visage comme elle me serre très fort contre elle.

- Merci, mon nounours… Tu es le meilleur fils qu'une mère puisse rêver d'avoir…

Derrière moi, j'entends un reniflement discret et je comprends immédiatement pourquoi. Ca doit faire vraiment longtemps que la mère de Tomo l'a pas étreint comme ça… C'est horrible… Je comprends pas comment on peut renier son propre enfant juste parce qu'il a des préférences sexuelles différentes. Dirigé vers un homme ou une femme, de l'amour reste de l'amour, non ?

Ne voulant pas retourner le couteau dans sa plaie, je m'écarte d'elle.

- Vous nous direz quand sera la cérémonie, ne. Qu'on essaye de se libérer.

- Kei voudrait une cérémonie occidentale à l'église, alors j'aimerais que tu me conduise à l'autel, nounours.

- Bien sûr, kaa-chan. Ce sera un honneur. Oomasa-san, je vous la confie. Veillez bien sur elle.

- Avec plaisir et bonheur. Mais appelez-moi Keisuke. Bien que je n'aime pas le terme, je vais devenir votre beau-père, toutefois, je préfèrerais que nous ayons plutôt des relations amicales, car vous êtes trop âgé pour vous retrouver affublé d'un père de substitution. Et on ne vouvoie pas ses amis, n'est ce pas ?

Je lui souris sincèrement. J'ai vraiment un bon pressentiment le concernant.

- Faisons comme ça dans ce cas, Keisuke. Mais alors tutoie-moi également. Je suis pas encore assez vieux pour être vouvoyé par la famille. Je le suis déjà assez au boulot.

Notre entente a l'air de ravir ma mère, qui affiche un sourire radieux.

- Tous tes amis du groupe sont invités à la cérémonie, bien sûr. Comment va Yuya-chan ?

- Très bien, kaa-chan. Il se porte comme un charme. Toujours gai et sautillant. Tesshi quoi, conclus-je en riant, passant sous silence les nombreuses liaisons de mon meilleur ami pour ne pas la choquer.

- Tant mieux.

Je regarde Tomo, qui tapote sur son téléphone, puis tourne l'écran vers les futurs mariés. Au passage, j'ai le temps de lire ce qu'il a écrit : « Mes sincères félicitations à tous les deux. Vous faites un très beau couple. »

- Merci beaucoup, répondent-ils en cœur, avant d'éclater de rire de la même façon.

Depuis combien de temps je l'avais plus entendue rire comme ça ? J'ai l'impression que Keisuke est ce qui pouvait lui arriver de mieux. Elle est métamorphosée. La chenille est enfin devenue papillon.

15 mars 2008

C'est le grand jour aujourd'hui, alors je me suis réveillé tôt pour me préparer. Je sors à peine d'une longue douche, quand je sens les bras de Tomo m'enlacer et ses lèvres ses poser dans mon cou.

- Bonjour toi, murmure-t-il à mon oreille.

- Bonjour toi, fais-je en écho. Je suis pas sec, tu vas être tout mouiller.

- Pas grave.

Je me retourne entre ses bras et l'embrasse tendrement.

- Je parie que tu n'arrivais plus à dormir, dit-il.

- Hum. J'avais peur de pas réussir à me lever et d'être en retard.

- Avec quatre réveils ?

Son ton est incrédule et amusé à la fois. Pas étonnant, en plus de celui de mon portable, j'avais mis le sien, celui du radio-réveil et un mécanique. Et malgré tout ça, la trouille d'être à la bourre m'a fait lever avant les sonneries.

- J'ai tout éteint, m'informe-t-il. Maintenant qu'on est levés tous les deux, ça ne servait plus à rien.

Je hoche la tête et l'embrasse encore. Je crois que je m'en lasserais jamais.

- A quelle heure tu dois aller chercher ta mère ? me demande mon chéri quand je le laisse respirer.

- Dix heures. Et j'ai jamais mis les pieds dans une église. Ca fait bizarre de savoir que Keisuke est chrétien. Y'en a tellement pas beaucoup au Japon…

- Heu… Et le rapport entre tes deux réponses, mon ange ?

- Aucun mais j'avais envie de le dire. Je vais préparer le petit-déjeuner, tu me rejoins ?

Il me regarde, surpris.

- Bah tu reste pas là ? D'habitude, tu me regarde toujours quand je prend ma douche.

- Et je finis toujours par te sauter dessus. Et comme ce matin je peux pas me le permettre… Me tente pas, je suis faible face à toi…

- D'accord, fait-il en rigolant. File alors, j'arrive.

Je m'exécute avant d'être horriblement tenté et que résister devienne un calvaire et je vais donc faire notre repas du matin. Rien de bien compliqué, bien sûr, mes compétences en la matière se sont pas améliorées. Du coup, le menu c'est soupe miso déshydratée (un peu d'eau bouillante et c'est bouclé), riz (cuit à l'autocuiseur offert par Keii-chan à mon dernier anniversaire. Y'a juste à appuyer sur un bouton) et anguille sous vide (plus qu'à la découper à la sortie du micro-ondes.). Bref, pas de la grande cuisine.

Je viens de sortir le poisson, quand Tomo me rejoint.

- Alors, tu as déployé tous tes talents de chef ? demande-t-il, amusé, en regardant le sachet sous vide qui traine encore sur le plan de travail.

- Mou, te moque pas…

- Mais non, mon Taka, sourit-il.

- Si tu te moque, vilain…

Il rigole et m'embrasse.

- Je suis pardonné ?

- Hum, je sais pas trop. Recommence pour voir ?

- Profiteur, rigole-t-il encore.

- Avec toi toujours.

Cette fois, le baiser prend un tour passionné et je me sens réagir presque instantanément. Nan il faut pas. Pas ce matin. Je m'écarte donc à regret.

- Allez, à table.

- C'est exprès que tu as cuisiné en boxer ?

- Hum. Pour pas perdre de temps à m'habiller, pour me déshabiller et me rhabiller.

- J'aime beaucoup en tout cas. C'est super sexy.

Je frissonne en l'entendant.

- Venant du mec le plus sexy de la Jimusho, c'est un sacré compliment.

- Ca aussi, mon ange.

- Faut pas me dire des trucs comme ça, Tomo, fais-je d'une voix légèrement rauque.

- Pardon, pardon, je suis sage, dit-il en s'asseyant devant son bol, avant de prendre ses baguettes. Itadakimasu !

Il attaque son petit-déjeuner et je soupire presque de soulagement. C'est bien la première fois.

Pendant que je m'assois en reprenant le contrôle de mes sens chamboulés, j'essaye de rassembler mon courage pour lui poser la question qui me trotte dans la tête depuis un bout de temps.

- Tomo…

- Hum ?

- Est-ce que tu…

Je m'interromps. Je peux pas lui demander ça comme ça, entre la poire et le fromage, ça fait pas sérieux. Or je le suis vraiment.

- Est-ce que je… ? fait-il en voyant que je continue pas.

- Nan rien, oublie. Itadakimasu, fais-je en commençant à manger.

Pas pour longtemps, parce qu'il pose la main sur mes baguettes et m'oblige à le regarder.

- Qu'est ce qu'il y a, Taka ? Te bride pas, tu sais que tu peux me parler de tout.

- Je sais, mais…

- Alors dis-moi.

Bon, puisqu'il insiste….

J'inspire et me lance.

- Est-ce que tu veux habiter avec moi ? J'en ai assez de vivre comme on fait actuellement. Je veux t'assoir près de moi en permanence.

Il me regarde avec surprise, puis me dédie un sourire éblouissant.

- Tu lis dans mes pensées. Je me disais la même chose, mais j'avais peur que ce soit trop tôt pour toi. Bien sûr que je veux.

Ravi, je pose mon bol de riz à l'anguille et me jette à son cou.

- Allez, mangeons, sinon tu ne seras pas prêt à temps, dit-il après que je l'ai embrassé une énième fois. On reparlera de ça en détails après le mariage, ne.

- Hai !

Tout joyeux, j'engloutis mon petit-dej et file m'habiller pour la cérémonie. Les choses se gâtent quand j'arrive à la cravate. J'ai beau avoir bien regardé Ryo quand il a expliqué à Tesshi comment faire, mon nœud ressemble à rien. Je vais devoir crier au secours.

- Tomo ! Je galère avec la cravate, tu peux m'aider ?! m'époumoné-je pour qu'il m'entende du salon.

Je l'entend rigoler d'ici et il me rejoint, visiblement amusé.

- Apprends-moi au lieu de te marrer… boudé-je.

- Attends, je te montre, dit-il en m'embrassant sur la joue.

Il prend ma cravate, la place sur lui et décompose lentement chaque geste, puis il défait le tout, recommence sur moi et me tend finalement le long morceau de soie.

- Essaye tout seul maintenant.

Je hoche la tête et m'applique consciencieusement. Au final, le nœud est fait. Un peu de traviole, mais je l'ai fais tout seul.

- J'ai réussi ! m'exclamé-je, tout content.

- Bravo, mon ange, me félicite-t-il en redressant ledit nœud.

- Quelle heure il est ? demandé-je, rattrapé par l'anxiété.

- Pas encore l'heure. Tu as le temps d'y aller tranquillement.

- Je t'aime, Tomo.

- Moi aussi, mon Taka. Allez file. A tout à l'heure à l'église.

- Hai.

Je l'embrasse une dernière fois, enfile ma veste de costard, vérifie que j'ai bien les alliances dans une poche et la clé de ma bagnole dans l'autre et prend la route de la maison.

Un quart d'heure plus tard, je frappe et entre directement, sachant que Keisuke est forcément pas là et que ma mère doit être en train de finir de se préparer.

- Kaa-chan, je suis là, annoncé-je.

- Je suis dans la salle de bain, nounours !

- Visible ou… ?

- Oui oui, visible.

Du coup, je vais à l'étage et la rejoint.

- Il est déjà si tard ? s'inquiète-t-elle.

- Nan nan, je suis en avance, t'en fais pas. Tu es éblouissante, kaa-chan. Keisuke est un homme chanceux.

Elle se retourne, le satin vert pâle de sa robe froufroutant dans le mouvement, et se tourne vers moi, les yeux brillants.

- Je l'aime vraiment, tu sais. Il est merveilleux avec moi.

- Il a intérêt à te rendre heureuse, sinon il aura affaire à moi.

- Mon petit homme… Tu as tellement grandi et je n'ai rien vu passer…

Je vois des larmes perler au coin de ses yeux et les essuie d'un revers de main.

- Pleure pas, tu vas ruiner ton maquillage, rigolé-je.

Elle renifle et sourit à travers ses larmes.

- Et toi, mon nounours, tu es heureux avec Yamashita-kun ?

- Très. Il est adorable. Je pense que lui c'est le bon.

- Tu es encore tellement jeune pour dire ça, Taka… C'est déjà ce que tu pensais pour Masaki-kun et Hironori-kun. Je ne voudrais pas que…

- Je suis heureux, kaa-chan, la coupé-je. Vraiment. Maintenant, occupe-toi seulement de ton propre bonheur, d'accord ? Surtout aujourd'hui. Keisuke serait pas très content d'apprendre que tu as pensé à un autre le jour de votre mariage. Même si cet autre c'est ton fils. Allez, souris-moi et allons-y sinon tout le monde va nous attendre.

- Je suis prête de toute façon. Tu peux juste m'accrocher mon collier ?

- Bien sûr, donne.

Elle me le tend. C'est un bijou qui a rien de clinquant. Il est même super discret : c'est une simple chaîne avec un brillant en pendentif. Mais je le reconnaitrais entre mille.

- Ce collier… commencé-je.

- Oui, c'est celui que tu m'as offert avec ton tout premier cachet, quand tu avais douze ans.

- Tu l'as gardé… murmuré-je, ému.

- Evidemment, mon nounours. C'est un trésor pour moi. C'est pour ça que je veux le porter aujourd'hui.

La gorge nouée, je lui accroche autour du cou. Elle est resplendissante. Même habillée simplement le jour se ses secondes noces, elle a plus de classe et d'allure que n'importe quel top model.

On va jusqu'à la voiture, je lui ouvre la portière et roule rapidement jusqu'à l'église. Sur le parvis, je repère rapidement les gars, tous en costard bien classe.

Je me dépêche de me garer et aide ma mère à sortir, puis elle prend mon bras et on rejoint tout le monde. Enfin « tout le monde », c'est beaucoup dire, parce qu'en comptant les mariés, on est une quinzaine à tout casser. C'est une cérémonie vraiment intime.

- Massuuuuuu ! s'exclame mon meilleur ami en se précipitant vers moi à son habitude.

- Salut Tesshi, le salué-je en souriant.

- Bonjour, Oomasa-san, salue-t-il ma mère qui a changé de nom depuis qu'elle a signé et tamponné le document officiel la veille. Vous êtes très belle et élégante. Votre mari a beaucoup de chance.

- Oh bonjour, Yuya-chan. Veux-tu bien ne pas dire de bêtise, petit flatteur… proteste-t-elle en rosissant comme une ado sous le compliment.

- Il ne te flatte pas, ma chérie, fait alors la voix de Keisuke derrière nous. Ce jeune homme a entièrement raison : tu es splendide et j'ai effectivement beaucoup de chance.

Immédiatement, elle se retourne et se jette dans ses bras en m'oubliant totalement. Mais je m'en fous, elle a l'air tellement heureuse, que moi aussi je le suis du coup. J'ai même les larmes aux yeux.

- Regardez Massu, vu comment il a l'air ému, on dirait un père qui marie sa fille, rigole Shige qui s'est approché avec les autres.

- Ca va, Massu ?

La voix de Tomo. On s'est mis d'accord pour qu'en public, hors de l'agence, on soit juste « Massu » et « Pi », mais ça fait drôle quand même, je suis trop habitué à « Taka » et « mon cœur » venant de lui.

- Hum, fais-je en reniflant un peu. Merci, Pi.

Aucun de nos potes réagit. Normal, on leur a expliqué.

- Ta mère a l'air vraiment heureuse, note Keii-chan.

- Oui, ça fait plaisir à voir, renchérit Yuya. Au moins elle risque plus d'avoir cet air triste et mélancolique qu'elle avait toujours avant.

- Non et je remercierais toujours Keisuke pour ça, dis-je. Etre de nouveau amoureuse l'a métamorphosée.

Notre attention est alors attirée par le prêtre sorti nous accueillir. Il fait signe à tout le monde d'aller à l'intérieur et je reste seul à l'extérieur avec ma mère. C'est con, mais maintenant, je me sens nerveux comme si c'était moi qui m'apprêtais à me marier.

- On va y aller, mon nounours… me dit doucement ma magnifique mère en prenant mon bras.

Je pose ma main sur la sienne et hoche la tête.

- Pas trop vite, ne. Comme à la répétition.

J'opine de nouveau. Je sais pas si c'est à cause de la déformation professionnelle ou de la nervosité, mais oui, il m'a fallu une répétition avant le jour J.

On avance jusqu'à la porte et la musique cliché des mariages démarre. Les invités se tournent vers nous et je déglutis. J'ai qu'une trouille : trébucher et nous faire tomber tous les deux. Non, non ! Allez, Taka, du nerf ! T'as juste à marcher quelques mètres sur une ligne droite, pas de quoi t'emmêler les pieds alors que tu fais pire au boulot ! Je me donne une claque mentale et on avance lentement le long de la nef. Un pas après l'autre, comme prévu. Très vite, on est à l'autel devant lequel se tient Keisuke. Je la lâche et elle me serre contre elle.

- Merci, nounours, me murmure-t-elle, avant de prendre place auprès de son mari.

Je rejoins la mienne à côté de Tomo, qui me prend discrètement la main et la presse doucement.

Une petite heure plus tard, tout est bouclé même si j'ai pas pigé grand-chose au déroulement de la cérémonie et on sort de l'église. J'ai eu beau essayer de me retenir, j'ai pas pu m'empêcher de pleurer un peu pendant l'échange des consentements et celui des anneaux. Maintenant, ma mère est définitivement plus du tout une Masuda.

Immédiatement, elle s'approche de moi et, de nouveau, me serre dans ses bras.

- Félicitations, kaa-chan, lui soufflé-je.

- Merci, mon nounours.

A son tour, Keisuke vient me serrer la main.

- Merci d'avoir été là. C'était tellement important pour Tomoko que ce soit toi qui le fasse… me dit-il.

- Pas la peine de me remercier. C'était évident que je le ferais.

Il me sourit, puis va serrer la main de mes amis et des autres invités. Pendant ce temps, Tomo me rejoint et, toujours discrètement, reprend ma main.

- Tout va bien, mon Taka ? chuchote-t-il si bas que j'ai même du mal à l'entendre.

- Hum, fais-je en reniflant encore. Allez viens, tout le monde se replie vers la maison. Kaa-chan a commandé un traiteur.

27 février 2008

Le single de « Taiyou no namida » est sorti hier, mais comme on est encore en vacances, on a pas pu voir les pochettes des deux versions. On a seulement reçu chacun un mms avec leur photo. Sur la régulière, à mon grand dam, ils ont mis nos portraits à tous, mais vu le cadrage et le fond, c'est évident qu'ils ont pris ceux où on est trempés ET torse nu. Celle de la version limitée est heureusement plus habillée et d'ailleurs, j'aime assez les fringues que je porte dessus.

4 mars 2008

Aujourd'hui, Tomo emménage chez moi. Du coup, je me suis levé méga tôt pour tout ranger et nettoyer à fond. Résultat, l'appart est tellement clean, qu'on dirait l'appartement témoin d'une société immobilière.

En attendant l'heure convenue, je me pose sur le canapé, allume la télé, zappe sur toutes les chaines sans m'arrêter assez longtemps sur chacune pour identifier le programme diffusé, regarde la pendule, éteins la télé dans un claquement de langue agacé, me relève, tourne en rond, me rassoit, rallume la télé et lance la console… pour l'éteindre presque aussitôt… Bref, je suis nerveux une fois de plus et j'ai peur. Comme si Tomo allait me planter. Mais ça peut pas arriver, pas vrai ? Pas deux fois… Mais non, bien sûr, il va venir. Il va forcément venir… Et cette conne de pendule dont les aiguilles semblent figées… Pourquoi il arrive pas ? Et s'il lui était arrivé un truc ? Soudain angoissé, je prends mon portable et l'appelle. Ca sonne. Plusieurs fois. Mais il décroche pas et je tombe sur sa messagerie. Pourquoi ?

- Tomo, c'est moi. Tu es où ? demandé-je à son répondeur. Il t'es rien arrivé, ne ? Rappelle-moi dès que tu peux pour me dire que t'as rien et que tu arrive bientôt.

Je raccroche. Il va sûrement me trouver ridicule quand il aura mon message, mais tant pis.

Les minutes continuent à sembler figées et je continue à angoisser. Jusqu'à ce que, enfin, j'entende le bruit d'une clé dans la serrure.

Soulagé, je lui laisse à peine le temps d'ouvrir la porte et me jette sur lui, le faisant tomber à la renverse.

- Itai… gémit-il pendant que je couvre son visage de baisers. Mais Taka, ça va pas ?! Tu veux me tuer ?!

- Gomen… fais-je, piteux, en me relevant.

- Qu'est ce qui te prend de te précipiter sur moi comme ça ?! Tu es devenu fou ?! râle-t-il en se relevant et en ramassant ce qui est tombé par terre.

- T'as… pas eu mon message ?

- Je conduisais, Taka ! Je peux pas décrocher ni écouter ma messagerie quand je conduis enfin ! Alors, tu m'explique ?!

Il conduisait… Bien sûr, c'était tellement évident… J'aurais du penser que c'était la seule raison pour laquelle il me répondait pas. Quel idiot je fais…

- Alors ?! me presse-t-il sur le même ton.

Je crois que c'est la première fois qu'il m'engueule depuis qu'on est ensemble.

- J'avais peur… avoué-je.

- De quoi ? fait-il, interloqué.

- Que tu aie changé d'avis… Que… tu aie réalisé qu'en fait, tu pourrais pas me supporter au quotidien… Que tu m'abandonne toi aussi…

Il y a un blanc et j'ose pas le regarder. A quoi il pense en ce moment ?

- Taka… (tiens, la colère a disparu dans sa voix) Regarde-moi, Taka…

Je relève la tête avec appréhension et le sens passer les bras autour de mon cou, puis poser son front contre le mien. Du coup je louche un peu en le regardant, mais c'est pas grave.

- Je ne me doutais pas une seconde que tu étais encore si traumatisé par tes ruptures, que tu pouvais encore avoir peur de ça, me dit-il doucement. Pardon, Taka…

Je secoue lentement la tête.

- Je pensais pas non plus en fait…

- Tu te souviens de ce que je t'ai promis quand on a commencé à sortir ensemble ? Je t'ai juré de ne jamais t'abandonner. Je t'aime, Taka, et vivre avec toi est ce que je souhaite le plus au monde. Alors arrête d'avoir peur. Je ne te laisserais pas. Jamais.

- Hai…

Comme pour prouver ses paroles, il m'embrasse alors et, dans ce baiser, je sens toute la puissance de son amour, alors je lui rends avec la même intensité.

Je reste dans ses bras un moment, puis il me sourit.

- Il reste encore pas mal de choses dans la voiture. Tu m'aide ?

- J'arrive.