Les évènements de type « faits divers » décrits dans ce chapitre sont inspirés d'un fait réel survenu dans la ville où je travaille.
26 mars 2008
Adieu vacances. On a repris de plus belle et même à un rythme effréné, mais bon, vu qu'on est tous bien reposés, ça va. La promo de « Taiyou no namida », c'est un truc de malade. A chacune de nos apparitions, les fans hurlent comme si elles avaient été en manque de News. Trente jours sans nous et ça donne ça. Pendant le live d'hier soir, j'ai même vu deux filles évanouies au premier rang. Elles ont du être évacuées par les pompiers, c'est complètement ouf. Flatteur, mais complètement ouf.
Aujourd'hui, Tomo m'a prévenu qu'on allait faire un débrief d'hier justement. Et je crois que je sais ce qu'il va dire, parce qu'il y a plusieurs moments où on était décalés d'un temps. Je sais pas comment ça se fait, parce que cette choré, on la connait tous par cœur, mais bon. Du coup, j'en mène pas large sur le chemin de l'agence.
A notre arrivée dans la loge, tout le monde est là, sauf Tesshi. Je parie qu'il est encore allé draguer en boite hier soir et que du coup il a pas réussi à se lever ce matin. A mon avis, s'il se pointe pas dans les dix minutes, il va se prendre un sacré savon, parce que mon leader de petit ami est bien remonté.
- Salut les gars, fait-il. Quelqu'un a des nouvelles de Tego ?
- Salut Pi, salut Massu, dit Keii-chan. Non, aucune nouvelle.
- Bon, on va l'attendre pour le débrief alors, soupire mon petit ami. Je n'ai pas envie de me répéter.
Il va poser ses affaires et je l'imite, puis on se pose sur le canapé et on attend.
Au bout de presque trois heures, la porte s'ouvre enfin sur mon meilleur ami. Je voudrais pas être à sa place. Tomo en colère, c'est pas une sinécure.
- Tego, t'as vu l'heure ?! l'apostrophe-t-il de son ton de leader. On avait dit huit heures, c'est pas onze heures ! J'espère que t'…
Il s'interrompt immédiatement en remarquant que notre cadet est plus blanc qu'un linge.
- Tego ? Tu es malade ? Qu'est ce que tu as ? s'inquiète-t-il alors immédiatement, sa colère évanouie en un instant.
- Je… En venant, j'ai vu… Il y a un homme qui… balbutie Yuya.
- Calmes-toi, on comprend rien, dit Shige. Viens t'assoir.
Le prenant par les épaules, il pilote Tesshi vers le canapé qu'on vient de quitter et le fait assoir. Filant au distributeur, je lui ramène une canette de jus de fruit bien sucré pour essayer de le remettre un peu d'aplomb et il la boit pratiquement d'un trait, mais il a toujours l'air aussi retourné. Je l'ai jamais vu comme ça, ça m'inquiète vraiment. Qu'est ce qui a pu se passer ?
- Tu peux tenter de nous expliquer ? demande gentiment Keii-chan.
Mon meilleur ami hoche la tête, prend une inspiration, puis débute son récit.
- J'étais parti de la maison à l'heure habituelle et ça roulait plutôt bien. J'étais content parce que ça voulait dire que j'allais pas être à la bourre.
- Loupé, commente sourdement Ryo.
- Ryo… le réprimande Tomo. Continue, Tego.
- Juste quand j'arrivais à un croisement… ils ont déboulé.
- Qui ça ?
- Aucune idée. Tout ce que je sais, c'est qu'ils étaient quatre et qu'ils en avaient après le type qui était sur le trottoir d'en face.
- Comment ça ? demande Shige.
- Ils l'ont attrapé, tabassé un bon moment et finalement, l'un a sorti un flingue et lui a tiré dessus trois fois.
- Oh merde… fais-je. Est-ce que le type est…
- C'est ce que je me suis dis, parce que quand ils se sont barrés, il bougeait plus du tout… Moi, j'étais tellement flippé, que j'ai mis des plombes avant de penser à appeler les secours et la police.
- Témoin d'un meurtre… Pauvre vieux… Pas étonnant que t'aie pas l'air bien… compatis Shige.
- Et il s'est passé quoi ensuite ?
- Les secours m'ont posé des tas de questions, avant de recouvrir la victime avec un drap.
- Donc il était bien mort…
- Hum… Et après, les flics m'ont demandé de les accompagner au poste pour prendre ma déposition.
- Et ben quelle histoire… commente sobrement Keii-chan.
- Donc c'est pour ça que je suis à la bourre, Pi-chan. Gomen.
- Baka. Comme si c'était ta faute… fait Tomo en lui ébouriffant les cheveux d'un air fraternel.
- Tu t'es retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment, c'est tout.
- Mais les types, t'as vu leurs visages ?
- Oui… Tout s'est passé sous mes yeux.
- Tu vas devoir témoigner au procès s'ils les chopent, dis-je.
Ryo me regarde alors comme s'il venait d'entendre la plus grosse connerie du siècle.
- Parce que tu crois qu'il y aura un procès ? Réfléchis, Massu, y'a pas des masses de japonais qui se baladent avec des flingues.
- Tu veux dire…
- Ouais. Ou au moins des mecs qui sont en contact étroit avec. Et personne fait de procès à des yakuza s'il tient à la vie. Nan, ce pauvre type va juste aller rejoindre la longue liste de macchabées qu'on doit à ce genre d'affrontement entre gangs rivaux et l'affaire sera étouffée. Tu verras ce que je dis.
- Mais c'est horrible… Ce pauvre homme devait avoir une femme, des enfants… Qu'est ce qu'ils vont devenir ? fais-je, touché par ce décès comme s'il s'agissait de ma mère ou de Tomo.
Ryo hausse les épaules, tandis que mon petit ami serre doucement les miennes.
- Si tu crois que c'est le genre de truc dont les yakuza se soucient… Et puis même si par miracle un procès avait lieu… ils sont pas réputés franchement tendres avec ceux qui sont pas dans leur camp et ils sont sûrement pas que quatre. Sachant ça, tu voudrais que Tego témoigne ? Au risque qu'ils le retrouvent plus tard ? Parce que c'est pas comme si notre Tego était pas une cible idéale, ne. Médiatique et exposée à souhait. Ils auraient quasi rien à faire pour le buter. Une balle entre les deux yeux pendant un concert et fini la balance.
A cette lugubre conclusion, Tesshi pousse un glapissement de terreur et enfouit son visage contre le t-shirt de Keii-chan, qui lui caresse les cheveux pour tenter de l'apaiser.
- C'est pas très malin de lui dire toutes ces horreurs, Ryo, reproche doucement notre aîné. Regarde, le pauvre est épouvanté.
- Bah c'était juste pour faire comprendre à Massu qu'il vaut mieux pas qu'il y ait de procès.
- Mais y'avait peut-être pas besoin d'aller jusque là quand même, appuie Shige. Il est déjà assez effrayé d'avoir vu l'assassinat sans que tu rajoute qu'il pourrait y passer aussi. Tu feras quoi s'il flippe trop pour sortir de chez lui après ?
- J'y peux rien si c'est une petite nature, répond encore Ryo en haussant de nouveau les épaules.
A ces mots, je vois rouge et bondis à la rescousse de mon meilleur ami calomnié.
- Petite nature ?! PETITE NATURE ?! TU TE FOUS DE MA GUEULE ?! J'aurais bien voulu te voir dans la même situation, pour voir comment le si merveilleux et courageux Nishikido Ryo aurait réagi, tiens ! Tesshi a eu le courage de rester sur les lieux, d'appeler les autorités, de les attendre, de faire le nécessaire et ensuite de venir travailler malgré le traumatisme ! Je suis pas sûr que tu en aurais fais autant, alors avant de critiquer, analyse-toi et surtout, ferme ta gueule !
Le silence retombe. Personne s'attendait à ce que j'explose, alors ils me fixent tous. Même Yuya qui a pourtant pas quitté les bras réconfortants de Keii-chan. Quant à Ryo… je suis pas sûr de comprendre le sens de son regard.
- Taka a raison, Ryo. Si c'est pour être mal aimable avec le pauvre Tesshi, c'est pas la peine, intervient Tomo.
- Ah putain, vous me faites chier. Je me barre voir les Kanja qui ont du taf.
- Nous aussi on a… commence notre leader.
- Parce que là, dans cet état, Tego va pouvoir bosser peut-être ? Te fous pas de ma gueule, Pi, la répète est flinguée, alors autant que je fasse un truc utile. Ciao les casse-couilles.
Sur ces mots, il sort comme une tornade, nous laissant tous bouche bée.
- Mais quel… commencé-je en amorçant un mouvement pour le suivre.
- Non, Taka, laisse-le. Il va se calmer tout seul. En attendant, Tego a besoin de nous.
Je hoche la tête et reporte mon attention sur mon meilleur ami. Tout le monde essaye de le réconforter, mais quoi qu'on dise, ça a pas tellement l'air efficace. Au bout d'une heure d'efforts, le résultat est toujours le même : Tesshi a toujours l'air over flippé.
- Bon, on y arrivera pas comme ça, décrète finalement Tomo. Taka, tu peux ramener Yuya chez lui ? Je pense qu'il a besoin de repos. On verra demain pour le débrief de la performance d'hier.
Je hoche la tête.
- Viens, Tesshii, je te raccompagne.
- Gomen, Pi-chan…
- Repose-toi, ne.
Il opine à son tour et me suit. En redescendant, on croise tout un tas de Juniors qui se parlent en chuchotant pas très discrètement, tout en fixant mon meilleur ami qui se rend compte de rien et je surprend les mots « témoin » et « meurtre ». Je me demande bien comment ces gosses sont déjà au courant de l'histoire alors que je suis sûr qu'il en a parlé à personne d'autre que nous cinq. Soudain, alors qu'on arrive và la porte d'accès au parking, l'un d'eux s'approche et je reconnais le jeune Chinen. Visiblement, il a pas peur de moi malgré ce qui a failli lui arriver par ma faute des mois plus tôt. Tant mieux.
- Bonjour, Masuda-sempai… Ano… Ano… est ce que c'est vrai que Tegoshi-sempai…
Je le laisse pas finir sa phrase et lui fais les gros yeux pour qu'il se taise. Il déglutit et s'enfuit retrouver ses amis, tout en jetant des coups d'œil dans notre direction. La curiosité de ces gamins… Décidément, la Jimusho est un vrai repère de commères.
Une fois installés dans la voiture, j'attache moi-même un Yuya complètement amorphe et me tourne vers lui.
- Tesshi… commencé-je pour essayer de le secouer. je comprends que tu aie la trouille, mais tu d…
- Ca sert à rien, Massu… me coupe-t-il.
- He ?
- Je vais mourir…
- He ? Mais non, baka.
- Si… Ryo-tan a raison. Ils me retrouveront et me tueront.
J'émets un claquement de langue agacé. Ryo et sa grande bouche…
- Il faut pas prendre ce qu'il dit pour argent comptant enfin, sinon tu vas plus vivre. Il a aucune preuve de ce qu'il avance.
- Non, mais je sens qu'il a raison…
- Mais nan, répété-je. Allez, là tu vois tout en noir parce que t'es encore sous le choc, mais ça ira mieux après une journée et une nuit de repos. Allez, je te ramène.
- Je veux pas rester tout seul chez moi… S'il te plait Massu…
Il a pris un appartement il y a quelques semaines et, comme moi au début, il a beaucoup de mal à s'habituer à la solitude.
- Tesshi…
- S'il te plait… répète-t-il en me faisant des yeux de chien battu.
J'hésite un moment, puis finis par céder.
- D'accord, on va chez moi, capitulé-je. Tu prendras la chambre d'ami.
- Merci Massu, fait-il d'un air à la fois soulagé et reconnaissant.
Du coup, quand je démarre, c'est en direction de notre appart à Tomo et moi.
Une fois arrivés, je lui sors tout ce qu'il lui faut, puis m'apprête à repartir.
- Tu vas où ?! me demande-t-il, paniqué.
- Bah je retourne à l'agence.
- Non ! Me laisse pas ! s'exclame-t-il alors, de nouveau apeuré. Seul chez moi ou seul ici, c'est pareil ! Reste avec moi…
- Mais Tesshi, on a du boulot…
- S'il te plait…
Il a agrippé mon t-shirt avec ses deux mains et me regarde avec une telle expression terrifiée, que je peux pas faire autrement que céder.
- Bon… Mais vas t'allonger pendant que j'appelle Tomo pour le prévenir.
- Hai…
Il se dirige vers le lit et s'y couche en chien de fusil. Il me fait vraiment de la peine. Je l'ai jamais vu dans cet état. Là, plus moyen de reconnaitre mon gai et sautillant meilleur ami.
Quand j'appelle mon chéri pour le mettre au courant de la situation, il est même pas surpris. Apparemment, ils s'en doutaient tous. Du coup, il me recommande de prendre soin de lui et m'avertit que lui rentrera tard parce qu'il a des rendez-vous professionnels en fin d'aprèm et début de soirée.
Je raccroche après lui avoir dit que je l'aime et la voix de Yuya s'élève.
- Massu ?
Je le rejoins et viens m'assoir au bord du lit.
- C'est bon, je peux rester.
Encore une fois, il a l'air soulagé.
- Allez, essaye de dormir. Tu as besoin de repos après tout ça, lui conseillé-je.
- Dors avec moi…
- Là, tu exagère, Tesshi, lui reproché-je.
Il me fait alors ce que j'appelle un « petit cri de souris », en me faisant de nouveau des yeux de cocker.
- T'es chiant… râlé-je en m'allongeant près de lui. T'as intérêt à dormir maintenant, ne. Sinon c'est moi qui te tue.
- Hai… Merci, Massu.
Aussi sec, il se blottit contre moi et ferme les yeux. Il est tellement près, que je sens son souffle dans mon cou et que je distingue le grain velouté de sa peau, ainsi que l'ombre pâle que ses longs cils jettent sur ses pommettes. J'avais jamais fais gaffe jusqu'ici parce que pour moi, depuis le premier jour, il a toujours été mon ami et rien de plus, mais je pige enfin pourquoi il fait craquer tous les mecs qu'il veut : il est vraiment beau. Et mignon en même temps. Dommage qu'il soit si dragueur.
Bientôt, son souffle se ralentit, preuve qu'il s'est profondément endormi. J'attends encore quelques secondes pour en être sûr, puis me relève et sors de la chambre sur la pointe des pieds. Quelle histoire quand même… Il a vraiment pas eu de bol sur ce coup là. J'espère quand même qu'il oubliera vite. Enfin s'il est possible d'oublier qu'on a vu un meurtre.
Une heure plus tard, alors que je suis en train de réfléchir au repas du soir, un hurlement se fait entendre depuis la chambre d'ami. Je m'y précipite et trouve alors mon Tesshi assis sur le lit, haletant et en sueur, avec le regard terrifié d'un animal traqué.
- Hé, calmes-toi, fais-je doucement en m'asseyant près de lui.
- Ils allaient me tuer, Massu. L'arme était pointée sur moi. Je veux pas mourir…
- Tu vas pas mourir, baka, c'était juste un cauchemar, fais-je en souriant de mon air le plus rassurant. Tu crains rien ici.
- Hum…
Mais alors qu'il semble se ranger à mes arguments, j'écarquille les yeux, car ses lèvres se sont mises à chercher les miennes avec désespoir. Je tente de le repousser, de l'empêcher de m'embrasser, mais il a tellement l'air d'avoir besoin de ce réconfort innocent, que je le laisse finalement faire. Après tout, ça signifie rien pour moi et si ça peut le rassurer, alors grand bien lui fasse.
Pourtant, bien que ça signifie rien, je me surprend à apprécier la douceur du fruit rosé de sa bouche, à apprécier qu'il m'embrasse et une petite voix se fait entendre dans ma tête. Qui me rappelle une certaine soirée de beuverie pendant laquelle Yuya, ivre, m'avait déjà embrassé et même demandé de coucher avec lui. Et pendant laquelle Tomo n'avait eu aucune réaction en le découvrant. Ou plutôt si, il avait réagi de la façon la plus inattendue, en me demandant pourquoi j'avais pas accepté. Lui aussi était ivre à ce moment-là, bien entendu, pourtant… on dit que dans l'ivresse, toutes les inhibitions tombent. Le lendemain, il s'était défendu de toute attirance pour mon meilleur ami, mais… se pouvait-il qu'il m'ait menti et qu'au fond de lui… ? Non, impossible. Il pourrait pas souhaiter un truc aussi dingue qu'un couple à trois. Et puis on est amoureux de Tesshi ni l'un ni l'autre, ce serait cruel.
Je prends donc sur moi de le repousser enfin et l'incompréhension se lit alors dans ses yeux.
- Pourquoi, Massu ? Pourquoi tu me laisse faire si… si…
- J'aurais pas du. Pardon…
Mal à l'aise, je me lève en évitant de le regarder et, du coin de l'œil, je le vois faire de même.
- Tu devrais dormir. T'as gagné une journée de congés, alors profites-en, conseillé-je d'une voix sourde en me dirigeant vers la porte.
- Massu… Si tu m'as laissé faire, est ce que c'est pas parce que finalement…
- Non, le coupé-je en me retournant pour lui faire face. Je ressens rien d'autre que de l'affection fraternelle pour toi, Yuya. Et tu le sais très bien.
- Mais je t'attire, non ? Sinon tu m'aurais repoussé tout de suite.
- …
- Si c'est ça, ça me va. Je préfère ça que rien d'autre. Et de l'affection fraternelle à l'amour, il y a qu'un pas.
- Te fais pas d'illusions…
Il se rapproche d'un pas et je recule d'autant. Je sais pas ce que je crains, c'est juste Tesshi après tout. Juste Tesshi. Juste ce bon vieux Tesshi tel qu'il a toujours été malgré mes dernières constatations. Alors pourquoi un néon « danger » vient de s'allumer dans ma tête ?
Il continue à avancer vers moi et moi à reculer, jusqu'à ce que je bute sur le lit et, emporté par mon élan, y bascule. Alors, profitant de la situation, il se place à califourchon au dessus de moi et me fixe. J'écarquille les yeux, stupéfait.
- Qu… Qu'est ce que tu fais ? balbutié-je.
- Je te facilite la tâche, répond-il.
Son ton décidé a plus rien à voir avec celui, effrayé, qu'il avait plus tôt, pourtant, je suis sûr que c'était pas de la comédie, il avait vraiment la trouille. Tout à l'heure du moins. Parce que là, j'ai plutôt l'impression d'être la biche traquée par le chasseur.
- He ?
- Je te connais par cœur. Je sais que tu m'aurais pas laissé t'embrasser si au fond de toi, je t'attirais pas. Si au fond de toi, tu avais pas envie d'autre chose entre nous que de l'affection fraternelle, continue-t-il en approchant dangereusement son visage du mien.
Là, je panique un peu. Comment il sait ce qui m'a traversé l'esprit tout à l'heure ?! C'est pas possible !
- Yuya, arrête ou on va faire une connerie qu'on regrettera tous les deux…
- Tu vois, si tu dis ça, c'est que tu en as envie, triomphe-t-il. Quant à moi… comment je pourrais regretter de faire quelque chose dont j'ai envie, avec celui que j'aime depuis des années ? Laisse-toi aller…
- Non… Non il faut pas… Tomo… je suis avec lui et je l'aime…
- Et lui aussi est attiré par moi.
- He ?
- Rappelle-toi ce fameux soir où aucun de nous était très frais… Pi t'avait presque engueulé parce que t'avais refusé de coucher avec moi. Et il avait pas franchement l'air contre l'idée.
- Mais… tu te souviens de ce qui s'est passé ? halluciné-je, parce que vu ce qu'il tenait, ça me paraissait évident qu'il avait tout zappé derrière.
- De tout. De façon plutôt brumeuse, mais je me souviens, oui. Et change pas de sujet. Je suis sûr qu'il se joindrait même volontiers à nous s'il était là. Allez, Massu… (il quitte sa position dominante et se laisse tomber à côté de moi, sur le dos) Regarde, je suis tout à toi. Tu peux me faire ce que tu veux, je protesterais pas. Est-ce que tu as pas envie de m'entendre gémir ton nom ?
Là, pour le moment, je suis surtout totalement largué. Tout ça parce que je l'ai regardé de trop près tout à l'heure. Et la petite voix dans ma tête m'aide pas du tout… « Cède-lui », me souffle-t-elle insidieusement. « Tomo rentrera tard, il en saura rien. Et puis même s'il rentrait et vous découvrait, Yuya a raison, il serait probablement juste tenté de vous rejoindre. Imagine comme ce serait bon de sentir le corps frêle de Yuya se tordre de plaisir sous toi… ».
De toutes mes forces, j'essaye de repousser l'idée de ce qui reste une trahison quelle que soit l'envie qui commence à me tarauder, mais soudain, j'étouffe un hoquet de stupeur : il a défait mon jean et glissé une main dans mon boxer pour caresser mon entrejambe. Il faut que je l'arrête maintenant, avant de plus en être capable.
- A… Arrête… balbutié-je sans la moindre conviction et sans le regarder.
- Shhhht… Laisse-moi faire…
Et avant que j'ai pu réaliser ce qui se passe, il s'est empalé sur moi. Littéralement et avec un hoquet de douleur. J'avais même pas remarqué qu'il s'était déshabillé. Moi je m'y attendais tellement pas, que j'en ai presque le souffle coupé. Il est tellement étroit, que j'ai l'impression que je vais partir tout de suite. Surtout qu'il s'est immédiatement mis à monter et descendre sur mon sexe. Et la vue de son corps gracile cambré, de ses yeux fermés, de sa bouche entrouverte sur des gémissements de plaisir, font voler en éclats toutes mes réticences. Enlaçant sa taille pour rester en lui le plus profondément possible, je donne un premier coup de reins.
- Han… Oui… Encore… gémit-il, haletant.
Je me le fais pas dire deux fois et accélère la cadence de mes coups de bassin, entraînant davantage de plaintes de plaisir.
- Han ! Han ! Han ! Oui, encore ! Plus fort !
Pour le satisfaire, je me retire, puis replonge plus profondément en lui. Il est délicieux. Vraiment.
- HAN ! Oui comme ça… Mmmh… Oui ! Oui ! Encore ! Han Massu… Han !
Après de nombreux coups de reins supplémentaires, je le sens se resserrer autour de moi et il jouit longuement, entraînant ma propre libération.
Je retombe ensuite sur lui, essoufflé et me rendant pas encore bien compte de ce qui s'est passé tellement c'était iréel.
Les minutes s'écoulent sans qu'aucun de nous prononce un mot puis, à mesure que les brumes du plaisir s'estompent et disparaissent, la réalité m'apparait dans toute sa mocheté : je viens de tromper Tomo avec Tesshi.
Dégoûté de moi-même, je me retire du corps de mon meilleur ami et me recroqueville. Finalement, je suis bien un salaud…
- Massu ? Qu'est ce que tu as ? fait alors la voix de Yuya.
- Je suis une ordure… fais-je.
- He ? Mais non qu'est ce que tu raconte ?
- J'ai trompé Tomo…
- Ah c'est ça qui te tracasse ?
Son ton est tellement insouciant (comme s'il avait pas une part de responsabilité, à m'allumer comme il l'a fait !), que j'ai envie de le gifler à toute volée, mais même ça j'ai pas le courage. Je me déteste tellement d'avoir fais ça…
- Ecoute, Massu, comme je te disais, je p…
- Va-t-en… le coupé-je d'une voix sourde.
- He ?
- Rentre chez toi…Va-t-en…
- Massu… Ca t'embête tellement de m'avoir donné du plaisir ? Je t'aime et je…
- VA-T-EN ! crié-je sans plus me soucier qu'il ait été témoin d'un meurtre.
Il me regarde d'un air malheureux, se rhabille et sort de la chambre. Quelques instants plus tard, j'entends la porte d'entrée claquer et je reste seul. J'ai juste envie de pleure comme un gosse, alors que je suis responsable pour moitié. Je pourrais jamais regarder Tomo en face en sachant que je l'ai trompé. Je suis plus digne de son amour. Quand il rentrera, je lui avouerais tout et s'il me quitte, je pourrais m'en prendre qu'à moi-même.
Du coup, quand il rentre, vers vingt-deux heures trente, je suis juste rhabillé et posé sur le canapé. Impossible de faire quoi que ce soit, la culpabilité me ronge tellement, que j'ai l'impression d'entendre des dizaines de voix me traiter d'enfoiré.
- Tadaima, fait-il dans un adorable sourire.
- Okaeri, réponds-je sans entrain.
C'est tellement inhabituel chez moi (en général je lui saute au cou quand il rentre après moi), qu'il s'inquiète aussitôt.
- Taka ? Ca va pas ? Qu'est ce qui se passe, mon cœur ? C'est Tesshi ? demande-t-il en s'asseyant près de moi.
Pour le coup, entendre ce nom me serre la gorge.
- Tomo, je… je dois te dire quelque chose…
- Hum ? Quoi ?
- Je… Je… Cet aprèm, j'ai…
- Tu as quoi ? Parle, Taka, tu me fais peur là. C'est peut pas être si grave que ça.
- Oh si…
- Alors quoi ?
- Je… J'ai couché avec Tesshi…
L'information le suffoque tellement, que je le vois cesser de respirer.
- Je voulais pas te tromper, je te jure, ça s'est fait sans que je m'en rende compte.
Je pourrais lui dire que Yuya m'a allumé et s'est empalé sur moi sans mon autorisation, mais il est pas seul responsable. J'aurais pu le repousser si j'avais voulu. Et je suis pas assez lâche pour reporter toute la faute sur lui sans prendre ma part de responsabilité. Salaud peut-être, mais pas lâche.
- Je ne te suffis pas, Taka ? Qu'est ce qu'il t'as donné que je ne t'ai pas offert ? demande-t-il, non avec colère mais avec vexation.
- Mais rien je te jure. J'aime que toi. C'était un accident, une erreur qui se reproduira jamais.
Il me fixe un long moment sans rien dire et je redoute le moment où il reprendra la parole.
- Bon… C'est pas grave, oublions ça, finit-il par dire à ma grande surprise.
Quoi il m'en colle pas une ? Il me déteste pas ? Il me quitte pas ? Wow… Tomo est un saint. Moi je crois que j'aurais fais tout ça si ça avait été l'inverse.
- Et lui, il va mieux ?
Il pronnonce pas le nom de Yuya, ça doit être trop dur. Je sais que derrière sa question, c'est pas Pi l'ami inquiet pour le traumatisme vécu par son cadet, qui pose la question, mais Yamashita Tomohisa, le leader de News, qui s'est retrouvé privé d'un tiers de l'effectif de son groupe une journée entière.
Comment je vais lui dire que j'en ai pas la moindre idée et que je m'en fous totalement pour le moment ? Impossible, alors je tente un coup de poker.
- Je crois. Il avait repris des couleurs quand on s'est séparés.
- Bon. Après votre petite coucherie, il a intérêt à revenir en forme demain, sinon…
Malgré ce qu'il a dit juste avant, je sens du ressentiment dans sa voix.
- Tomo… tu m'en veux, je le sens…
- Je t'ai dis d'oublier ça. Répond juste à une question…
- Laquelle ?
- Vous avez fais ça où ?
- Dans la chambre d'ami… réponds-je en baissant la tête.
- Tu… Vous… Chez nous ?! Vous avez fais ça chez nous ?!
L'indignation est si audible dans sa voix, que je relève la tête.
- Oui…
- Que tu me trompe, passe encore. Avec Tego, passe aussi. Mais que tu aie osé faire ça chez nous…
Il se relève et, sans plus me regarder, se dirige vers l'entrée.
- Tu vas où ?! fais-je, angoissé àà l'idée qu'il pourrait ne jamais revenir.
- Chez Jin ! crie-t-il avant de claquer la porte d'entrée.
Putain… Cette fois, je suis vraiment mort.
