Chapitre 1

Scellé et cadenassé

3 mai 2008

Finalement, cette mise à pied pour m'être battu, même si elle était inattendue, tombait à pic vu les circonstances. Ne pas voir Yamapi (il n'est plus que ça pour moi : Yamapi, notre leader) pendant un mois après ce qu'il m'a fais, ma fait du bien. J'ai fais du tri chez moi en balançant toutes ses affaires à la poubelle, effacé toutes nos photos, rangé mes souvenirs dans les tiroirs fermés à clé de ma mémoire et remis de l'ordre dans mes idées. Décidément, mélanger boulot et histoires de cœur (ou de cul selon le cas) est vraiment pas une bonne idée, ça amène que des emmerdes. J'aurais vraiment du en rester à ma première idée et m'occuper uniquement de News et Tegomass, ça m'aurait évité des tas de trucs pas agréables. Donc cette fois, c'est ce que je vais faire. De toute façon, j'ai eu un email de Fujioka-san pendant ma mise à pied, contenant une musique en MP3 et les paroles de « Summer times », notre prochain single. Je les ai apprises par cœur et on enregistre aujourd'hui. Va falloir speeder, parce que le single doit sortir dans seulement cinq jours et, avant ça, c'est le PV qui doit sortir. Parler de deadline courte est donc un doux euphémisme. Surtout qu'en prime, on a un live prévu après demain soir.

Pendant ces quatre semaines d'éloignement, j'ai eu la visite quasi quotidienne de Yuya et les coups de fil quasi journaliers de Keii-chan pour prendre de mes nouvelles. C'est bon d'avoir des amis vraiment sincères.

Du coup, c'est plutôt serein que je rentre dans la loge.

- Hello ! salué-je à la contonnade.

- Massuuuuuu ! piaille immédiatement Tesshi en me bondissant presque dessus. Tu m'as manquéééééé !

- Comment j'ai pu te manquer alors que t'es venu chez moi tous les jours ? rigolé-je.

- C'est bon de t'entendre rire malgré ce qui s'est passé, dit Keii-chan en venant me donner une tape amicale sur l'épaule. Bon retour parmi nous.

- Ce qui s'est passé ? m'étonné-je.

- Ben… oui confirme notre aîné, décontenancé.

- Sauf qu'il s'est rien passé alors c'est normal qu'il rigole, corrige Shige en collant un coup de coude dans les côtes de son petit ami.

- Ah… réalise Keii-chan. Bah oui bien sûr, je suis bête.

- Tout roule toujours entre vous deux ? demandé-je alors. On en parle jamais mais…

- Parce qu'il y a rien de spécial à dire. On a aucun souci, t'en fais pas.

- Oh mais je m'en fais pas. Je pense qu'on l'aurait su s'il y avait de l'eau dans le gaz entre vous de toute façon : la deuxième paire de siamois serait plus si collée.

On éclate tous de rire à cette description et c'est là que Ryo arrive.

- Bah y'a de l'ambiance ce matin, constate-t-il. Vous vous marrez pour quoi ?

Tesshi lui explique et un sourire de baka fleurit sur ses lèvres, ce qui est plutôt rare quand il est avec nous, mais fréquent quand il est avec les Kanja. Mais je crois que j'en ai déjà parlé de ça.

- Ca va les paroles de « Summer time », tout le monde ? demande Keii-chan. Faut pas qu'on se loupe. Trois jours avant le premier live, c'est court.

- Mais c'est pas la première fois qu'on bosse dans l'urgence, fais-je. On va gérer, on est des pros après tout.

- Si on faisait un test avant que Yamapi arrive ? propose Shige.

- Mais c'est lui qui chante la deuxième phrase du premier couplet, objecte Tesshi. Commencer sans lui a aucun sens.

- Bah si : voir si on est bien calés sur toutes les parties qu'on chante ensemble, rectifié-je. Et puis j'ai travaillé de mon côté pendant mon absence, mais je sais pas ce que ça donne avec vous.

- Ok, fait Keii-chan en allant à la chaîne hifi pour lancer la musique.

Elle est pétillante et sent le soleil cette musique. La chanson porte bien son titre jusque dans ses moindres accords. Et dans ses paroles aussi bien évidemment. Quand on la chante, on se sent un peu en vacances. Comme si on était à la plage avec les copains et qu'on s'éclatait tous ensemble. Enfin moi je le ressens comme ça et j'espère que le PV dont l'enregistrement est prévu entre aujourd'hui et demain sera aussi dans cet esprit, sinon je serais déçu.

La musique démarre et nous aussi sur le refrain au quinzième temps, tous en cœur, sans décalage ni fausse note. Ensuite, sur le neuvième temps, Ryo chante sa phrase et on s'apprête à faire une pause de huit temps (la durée de celle de Yamapi), quand celui-ci rentre dans la loge et la fait directement en refermant la porte, ce qui fait qu'on est pas obligés de tout recommencer. Du coup, je reprend directement avec la mienne et Yuya prend ma suite, avant qu'on chante tous le refrain, pendant lequel notre leader nous rejoint mais auquel j'accorde pas un regard. Le refrain (fois deux) à peine fini, je reprend une nouvelle fois sur le neuvième temps, immédiatement suivi par Keii-chan, puis Shige et Tesshi. Puis rebelote pour le refrain. Ensuite une petite partie rap de Shige, pendant laquelle on reprend tous la fin du dernier mot, pareil pour Keii-chan. Une phrase solo de Yamapi, une autre de Ryo et c'est reparti pour le refrain. Et la musique juste ponctuée trois fois par une phrase chantée tous ensemble.

- Bon ben vu comment on gère, l'enregistrement de tout à l'heure va être une formalité, lance Yamapi d'un air satisfait. Bravo les gars.

- T'as des indications pour le PV ? demande Shige.

- Déjà il n'y a aucune choré sur cette chanson, donc apparemment si on danse ce sera un peu en freestyle. Ensuite, le PV va faire transparaitre l'ambiance vacances d'été entre potes, donc le but sera de s'amuser. On en saura plus en arrivant sur place. D'ailleurs on ne va pas tarder à y aller, préparez-vous.

On acquiesce tous et Tesshi se rapproche de moi.

- Ca va Massu ? Tu tiens le coup ? me demande-t-il à voix basse.

- Ca va, confirmé-je pour le tranquilliser. On va bien s'amuser.

- Hum, fait-il en souriant.

Un quart d'heure, le van vient nous chercher et avec Tesshi, je spécule sur ce qu'on aura à faire, comme à la grande époque. Se mêlant à la conversation, Shige suppose que pour la première fois on aura pas à danser du tout. Keii-chan lui donne raison et chacun extrapole ce qu'il espère et sait impossible : un tour à la piscine pour couler les copains, un barbecue géant où on s'empiffrerait en se foutant bien des calories ingurgitées, des tas de photos débiles, une bataille d'oreillers comme quand on était bien plus jeunes, un bon film sur un écran géant… On s'amuse bien à sortir toutes ces idées, jusqu'à ce qu'un rabat-joie nommé Nishikido lance :

- Rêvez pas trop les mecs, c'est un tournage de PV sur le thème des vacances, pas des vraies vacances. En plus, pour faire tout ça, faudrait au moins deux jours et être à la plage.

- Ca tombe bien, c'est là qu'on va, intervient alors Yamapi.

Surpris, on le fixe tous. Qu'est ce qu'il raconte celui-là ?

- De quoi tu cause ? fait froidement Ryo. T'as dis…

- J'ai dis « en arrivant sur place ». J'ai pas dis où était cette place. Vous avez déduit tout seuls qu'on allait au studio habituel.

- Et donc on va où ? demande Tesshi.

- A Karuizawa.

- Wahou ! Trop bien ! exulte mon meilleur ami.

Dans ses yeux brillants, je devine qu'il pense juste à s'éclater. Il est trop chou. J'ai l'impression de le revoir le jour où on devait jouer avec des ballons pour notre premier shoot avec Arashi, quand on était Juniors. Il a de nouveau onze ans et, du coup, il me semble en avoir à nouveau douze.

Quatre heures de délires divers plus tard (le voyage a été joyeux !), le van s'arrête devant une petite maison en bord de mer. La couleur extérieure (bleue) m'interpelle autant que le fait qu'elle soit pratiquement les pieds dans l'eau vu que la mer est pas à plus de cinquante mètres. On a beau être là pour le boulot, ça donne vraiment l'impression d'être juste en vacances entre potes et je dois dire que c'est reposant comme sensation. Pour une fois en tournage de PV, on va bien rigoler.

Devant la porte, on est accueillis par un homme qui doit pas être beaucoup plus âgés que nous.

- Bonjour à tous, je suis Ishikawa Tooru. C'est moi qui vais réaliser ce pv, dit-il en s'inclinant.

C'est cool qu'ils aient confié ça à quelqu'un de jeune. On s'incline aussi et il tend un exemplaire du script à chacun.

- Posez vos affaires, lisez bien et on se retrouve dans une heure quand vous serez tous prêts. D'ici là, je vous laisse entre de bonnes mains.

Une heure seulement… On a pas intérêt à traîner pour retenir le truc.

Il est à peine parti que des costumières, coiffeuses et maquilleuses nous prennent d'assaut. Aussitôt, on est priés de s'habiller et je découvre mes vêtements du jour. Du sobre. A peu près ce que j'aurais mis de moi-même niveau style et coupe même si bien sûr, ça aurait été plus colorés. Pendant qu'on me tripatouille (je déteste toujours), je commence à lire le script. Ah tiens, je commence totalement seul, en entrant dans la maison une valise à roulettes à la main comme si je la redécouvrais. Bon, cool. Ensuite on doit tous aller courir sur la plage en rigolant, puis de nouveau moi tout seul (donc je suppose que le plan où on court est un souvenir), puis je vois un album photo sur une table. Aaaaaah donc tout le PV est censé être mes souvenirs de nos vacances à tous les six ! Sympa l'idée, j'aime beaucoup.

Ensuite Shige qui met en place un vieil appareil photo (ça m'étonne même pas) et Ryo qui tient le déclencheur et on fait tous des têtes de débiles. Je rigole pas, c'est vraiment ce qui est écrit sur le script : « faites des sourires et des grimaces débiles ». C'est marrant. Et tout le truc est comme ça on dirait. A un moment je met un poisson rouge dans une bouteille, Shige fait un câlin à un micro chien, Yamapi fait l'idiot avec des verres, Ryo lave du linge comme dans l'ancien temps et y fait des trous, Tesshi fait un milkshake et Keii-chan le fait changer de couleur… Bref ça va être un gros nawak, c'est moi qui vous le dis. Et à la fin, je referme l'album tout le monde débarque en vrai avec sa valise et on se serre dans les bras. C'est sympa, sauf que toucher d'aussi près une certaine personne va me donner l'impression de toucher un serpent à sonnette.

8 mai 2008

Aujourd'hui, le single de « Summer times » sort.

Je sais, j'ai pas raconté le tournage du PV nawak, mais c'est parce que c'est inracontable en fait. On a eu tellement de fou-rires sans arrêt à cause de la débilité de ce que prévoyait le scénario, des mouvements nawak de pseudo danse qu'on esquissait, des accessoires inexistants qu'on était censés tenir ou regarder et qu'on oubliait tout le temps vu qu'ils étaient pas là… que je me demande encore 1) comment on a pu venir à bout du tournage 2) comment le réalisateur a pu avoir assez de patience pour nous supporter 3) comment on a réussi à respecter quand même le scénario et à tenir le délai. Sérieux, tout ça mis bout à bout, je crois que la diffusion du PV a tenu du miracle pur et simple. Mais ça a été un sacré défouloir et je pense qu'on en avait tous besoin pour évacuer des tas de trucs. Et puis ça nous a (presque) tous rapprochés.

Et ma vie privée ? Laquelle ? J'en ai plus en dehors de la visite quasi quotidienne de Tesshi, qui me colle plus que jamais. Ma vie se résume à News et c'est mieux comme ça.

Mon cœur ? Quel cœur ? Ah celui dont les morceaux sont enfermés dans une boîte en titane scellée et cadenassée ? Je fais comme s'il n'était plus là, c'est plus simple et mieux pour moi. L'amour, c'est une belle saloperie si vous voulez mon avis. Alors j'ai décidé que ça suffisait de tomber dans ses filets. Plus jamais.

Pendant le tournage, avec les gars, on a décidé de se réunir une fois par semaine dans le resto des Koyama pour une soirée détente et lâchage, quelle que soit la masse de boulot qu'on a. On est tombés d'accord pour dire qu'on a besoin d'une soupape de sécurité de ce genre là pour éviter des situations de crise du genre de celle qui a conduit à notre piquet de grève. Et ça tombe ce soir. J'en viens àà l'attendre avec impatience.

Quand je rentre dans la loge, Yuya se jette presque sur moi, avec sa question devenue rituelle depuis un certain évènement.

- Massuuuuuu ! Comment ça va ? fait-il du même air inquiet que tous les matins.

Et comme tous les matins, je lui souris et lui ébouriffe les cheveux.

- Ca va très bien, Tesshi. Et toi ?

- Ouiiiiii. T'es pressé de voir les pochettes ?

Je rigole.

- Je sais pas si « pressé » est le mot. Mais je serais content de les voir oui.

Sur ces mots, je me dirige vers le KoyaShige qui se marre déjà, en faisant un signe de tête à Yamapi au passage mais sans m'arrêter.

- Salut les gars, fais-je en souriant. Qu'est ce qui vous fait marrer comme ça dès le matin ?

- Salut Massu, fait Shige. C'est Keii-chan qui me sort des blagues carrément pourries et le pire c'est qu'il en rigole.

- Nan ? fais-je, amusé par l'idée. Genre quoi ?

- Qu'est ce qui fait « nioc nioc » ? me demande alors notre aîné en sautant sur l'occasion.

- Heu… Je sais pas.

-Un canard qui parle en verlan, répond-il en explosant de rire.

- Tu vois ! fait Shige en me prenant à témoin. Même les blagues de Taguchi sont plus drôles.

- Ca t'empêche pas de te marrer, fais-je remarquer en rigolant aussi.

- Mais parce que c'est trop débile ! rigole-t-il.

- T'en as d'autres, Keii-chan ?

- Pitié Massu, l'encourage pas, je subis déjà ça depuis un quart d'heure…

- Mais si, c'est marrant d'entendre notre Keii-chan raconter des blagues, même foireuses. Allez Keii.

- Comment on dit château fort en belge ?

- Heu tu sais, les langues étrangères et moi… Je sais pas.

- CHÂTEAU ! hurle-t-il alors, nous faisant tous sursauter.

- Nan mais t'es pas bien de beugler comme ça ?! réagit alors Ryo en se rapprochant de nous. Qu'est ce que tu fous ?!

- Attend Ryo.

- Alors t'as pigé ? me demande notre aîné pendant que le regard de Ryo passe de lui à nous avec l'air de se dire qu'on est tous barjos.

- Heu…

- Bah si quand même. Allez…

- Nan je t'assure que je vois pas.

- Ben je t'ai dis château fort.

Devant notre absence de réaction, il développe.

- Je t'ai demandé comment on disait château fort.

- En belge. Je parle pas belge moi.

- Nan mais on s'en fout de ça. J'aurais pu dire n'importe quelle nationalité, c'est pas important. J'ai dis « château ». Fort.

Il y a un blanc pendant lequel on se regarde tous, puis je pige enfin et explose de rire. Mais vraiment. Je me paye un fou-rire à me tenir les côtes et des petites larmes roulent de mes yeux.

- Ah bah quand même. Si c'est pas malheureux qu'il faille tout expliquer… désespère Keii-chan. Je comprend ce que ressent Junno quand il se paye un bide avec ses blagues.

- Nan mais Keii, je crois pas que Massu se bidonne comme ça parce qu'il a trouvé ça marrant. Je pense plutôt qu'il est atterré par le niveau inexistant de cette vanne.

La voix de notre leader se fait alors entendre et on se retourne tous.

- Les gars, je suis ravi que vous soyez d'aussi bonne humeur dès le matin, mais on a du boulot.

Je le fixe. Longuement. Et il soutient mon regard sans sourciller cet enfoiré. Il a absolument aucun remord de quoi que ce soit. Hallucinant.

- C'est quoi le programme ? demande Tesshi qui a définitivement arrêté de le porter aux nues.

- Déjà on attend Fujioka-san qui doit nous montrer les pochettes de « Summer times ». Il ne devrait pas tarder.

A ce moment, la porte s'ouvre sur notre manager qui a l'air de très bonne humeur.

- Belle journée d'été, les garçons ! s'exclame-t-il.

Avec les autres, on se regarde l'air de dire qu'il a perdu la boule.

- Heu on est en mai au cas om vous l'auriez oublié et en plus il flotte à pleins seaux, fait remarquer Shige, résumant l'avis commun. Alors niveau journée d'été…

- Je le sais bien, petit baka, rétorque Fujioka-san sans perdre son sourire. Mais c'est ce que suggèrent les pochettes de votre single.

Sur ces mots, il les dépose sur la table et on se rapproche immédiatement pour voir ce qu'il entend par là. Ca doit pas être trop la cata, parce que j'ai pas souvenir de m'être fait une sale réflexion à propos des shoots. Et en effet, franchement ça va. Sur l'édition régulière ils ont juste placé nos portraits en cercle autour de celui de Yamapi sans titre ni rien (ah si, CA c'est con). Sur la limitée, y'a toujours aucun titre, mais on voit Keii-chan à moitié allongé par terre à gauche, moi à sa droite accroupi et debout derrière de gauche à droite il y a Tesshi, Yamapi, Ryo et Shige. Tous en tenue décontractée et sur fond blanc. Franchement ça va. Je préfère cette photo mais les deux passent.

Une fois qu'on a tous bien vu, nos regards se posent sur notre manager et notre leader : on se demande tous ce qui est prévu. Quand même pas déjà un nouveau single ? Ce serait les enchaîner un peu vite et, à mon sens, noyer les fans sous nos titres peut aussi bien les souler et nous desservir que les faire poireauter trente ans entre chaque sortie.

- Déjà, dites-vous que pour votre prochain single, vous avez largement le temps, puisqu'il sortira seulement en octobre. Mais vous allez quand même être bien occupés, ne vous en faites pas.

- Personne s'en fait… marmonne Ryo dans la barbe qu'il a pas.

Et c'est là qu'il nous annonce à tout le monde qu'ils sont demandés pour des dramas, des émissions… Sauf moi comme d'hab. Mais ça m'énerve même plus en fait. Ca servirait à rien, je suis blasé d'être la sixième roue du carrosse. Ce qui empêche pas mes potes de me fixer d'un air inquiet comme si j'étais une bombe prête à exploser.

- Nan mais ça va. Relax les gars. C'est cool pour vous.

- Ok… Qui êtes-vous et qu'avez-vous fais de Masuda Takahisa ?

- Très malin, Ryo, commenté-je simplement.

- Nan mais sans déconner, d'habitude tu gueule parce que t'es le seul qui reçoit pas de projet quand on a une période de creux.

- Et ça m'a avancé à quoi jusqu'ici ? A que dalle. M'énerver et gueuler a rien fait changer, donc pas la peine que je perde mon temps et mon énergie à ça. Concentrez-vous sur vos émissions et dramas sans vous occuper de moi.

J'ai pourtant parlé normalement, sans rancœur ni amertume, mais ça empêche pas Tesshi de se rapprocher de moi et d'essayer de me rassurer.

- Tu sais, Massu, je pense qu'il y a une raison pour que…

- T'es gentil, le coupé-je, mais pas besoin de me raconter des craques. J'ai pas besoin d'être rassuré, je vais bien et je suis réellement content pour vous. En ce qui concerne ce genre de chose, j'essaye même plus de comprendre pourquoi je suis systématiquement mis de côté, je prends les choses comme elles viennent. Ou plutôt comme elles viennent pas en l'occurrence.

- Massu… fait-il d'un air triste pour moi que je trouve touchant.

- Puisque je te dis que ça va. T'es vraiment têtu, ne, fais-je en lui ébouriffant les cheveux dans un sourire.

Je mens même pas en plus. Je pense qu'on s'habitue à tout dans la vie, même à être le-mec-qui-fait-bien-dans-le-groupe-mais-qui-le-ferait-pas-en-projet-solo. Et c'est ce qui m'arrive.

- Je trouverais bien à m'occuper pendant ce temps, va. T'en fais pas pour moi.

Le soir venu, on s'est tous dépêchés de sortir et de rejoindre le resto des Koyama. Sauf Yamapi qui n'est pas le bienvenu et le sait très bien. Du coup, pendant le repas, on parle des fameuses propositions de dramas qu'ils ont tous reçus. On fait des suppositions sur le genre de rôles qu'ils auront. Jusqu'à ce que Keii-chan décrète qu'on avait assez parlé de boulot et que cette soirée était pas faite pour ça. On est tous tombés d'accord et du coup, on a parlé de tout et de rien un moment, jusqu'à ce que Shige aborde la vie sentimentale de Tesshi.

- Ca fait un moment qu'on a pas entendu parler de ta dernière conquête en date, fait-il remarquer.

- Parce qu'il y a rien à dire, répond évasivement mon meilleur ami.

- Comment ça « rien à dire » ? Tu veux dire qu'il se passe rien avec ou… ?

- Me dis pas que t'as personne ?

Il y a un silence et notre cadet a l'air presque gêné, ce qui est pas dans ses habitudes, mais ce silence est interprété à sa façon par notre duo comique.

- Wow… Tego le collectionneur d'aventures est célibataire… ça fait un choc, commente à son tour Ryo.

- Ca fait combien de temps ? demande Shige.

- Et si vous le laissiez tranquille ? intervins-je, ayant pitié de la gêne de mon ami.

- On peut plus rigoler ?

- Tu trouve qu'il a l'air de se marrer là ?

En effet, il a pas du tout l'air de se marrer. Recroquevillé sur sa chaise, la tête baissée, il a l'air de vouloir être ailleurs et ça fait bizarre. C'est vrai qu'à bien y réfléchir, il a vu personne en dehors de nous depuis un bon moment. Ca veut dire qu'il a arrêté de papillonner ?

- Désolé Tesshi, on voulait pas t'emmerder, s'excuse Keii-chan.

- C'est pas grave. Je vais rentrer, dit-il d'une voix morne en se levant.

- Hé, mais nan. On voulait pas te chasser, fait Shige, un peu catastrophé.

Mais moi, un sixième sens m'avertit qu'il y a autre chose. C'est pas le genre à se vexer pour si peu.

- Tesshi, ça va ?

- Hai. Je vais…

Mais il a pas le temps de terminer sa phrase, il s'écroule sous nos yeux stupéfaits et j'ai juste le temps de le rattraper.

- TESSHI ! m'écrié-je, inquiet et catastrophé.

Mon cri a alerté la mère de Keii-chan, qui se précipite depuis la cuisine pour voir ce qui se passe. Moi, je suis en train de me dire qu'il faut l'emmener à l'hôpital, quand elle pose sa main sur son front.

- Il est brûlant, dit-elle. Il faut l'allonger. Venez, l'ancienne chambre de Keiichiro est prête.

- Tu la tiens prête ? s'étonne son fils.

- Oui mon grand, sourit-elle. On ne sait jamais. Venez.

Ce qui est pratique, c'est que la maison des Koyama est juste au dessus du resto, comme ça on a pas loin à aller. Toujours inquiet, je soulève mon ami qui est léger comme une plume et lui emboite le pas. Quand est ce qu'il a pu choper la crève ?

Je la suis et entre donc dans l'ancienne chambre de Keii-chan. Il y a des posters d'animes sur les murs, c'est marrant. Je pensais pas que Keii ado regardait des animes.

Je dépose mon Tesshi toujours inconscient dans le lit ouvert et reste à le fixer.

- N'ayez pas cet air angoissé, tous. C'est juste un rhume, nous rassure-t-elle.

- Comment vous le savez ?

- J'ai deux fils, alors si vous croyez que c'est la première fois que je vois ces symptômes, répond Koyama-san. En attendant, il lui faut beaucoup de repos et de calme, alors débarrassez-moi le plancher tous.

- Mais…

- Mais rien du tout. Allez, houste. Dehors la marmaille.

- Koyama-san… c'est mon meilleur ami, je peux rester onegaishimasu ? tenté-je avec des yeux de chat potté que Tesshi lui-même aurait pas désavoué.

Après tout, il avait veillé sur moi la dernière fois que j'étais malade, alors c'est un juste retour des choses.

- D'accord mais toi seulement, ne. Les autres, dehors.

Ils ronchonnent tous mais quittent la pièce en me demandant de les tenir au courant de l'évolution de l'état du malade. Je promet et ils partent, le silence retombant dans la maison.

A peine nos amis partis, Koyama-san a commencé à me donner des instructions, comme à une aide-soignante : retirer le haut des vêtements de Yuya, lui passer un linge frais sur le visage et le torse pour essayer de faire baisser sa fièvre, lui donner le médicament qu'elle allait me donner pour lui et l'obliger à l'avaler… Et si je ne m'exécutais pas assez vite à son goût, elle revenait dans la pièce en lançant un « et bien ? » impatient. J'avais plutôt intérêt à pas traîner. Elle me rappelle Kaa-chan, mais je suppose que toutes les mères sont pareilles. Pour elles, on reste à jamais des enfants.

C'est déjà la troisième fois que je change l'eau du bol dans lequel je plonge le linge pour rafraichir mon meilleur ami, quand il ouvre enfin les yeux. Son regard est flou, preuve qu'il a encore de la fièvre.

- Salut le beau au bois dormant, le salué-je, soulagé qu'il soit revenu à lui, en essorant le linge.

- Massu ? fait-il d'un ton incertain.

- Bah oui. Tu nous as foutu la trouille, baka, fais-je en lui passant sur le visage. On a pas idée de s'évanouir comme ça…

- Gomen…

- T'excuse pas. Mais si tu te sentais mal depuis un moment, t'aurais du nous le dire.

- On est… où là ?

- Chez les parents de Keii-chan. Dans son ancienne chambre plus exactement. Quand tu t'es évanoui, sa mère m'a demandé de t'amener là.

- Je vois… Désolé de… causer des problèmes…

- Tu en cause aucun, baka. Tu m'avais veillé aussi quand j'étais malade, rappelle-toi.

- C'est vrai mais…

- Mais rien du tout. Maintenant taits-toi et avale ça, fais-je en prenant les médicaments et le verre d'eau apportés par Koyama-san un peu plus tôt.

Je me place derrière lui et cale son dos contre mon torse pour qu'il soit le plus droit possible, puis introduis les cachets entre ses lèvres, avant de le faire boire comme je peux. Mais bon bien sûr, vu ma position et vu que je vois pas très bien ce que je fais, j'en reverse une partie sur lui.

- C'est froid… se plaint-il.

- Je sais. Désolé, m'excusé-je en l'allongeant de nouveau, avant de saisir la serviette apportée par la mère de Keii-chan et de l'essuyer. Ca va mieux comme ça ?

- Hum…

- Ta fièvre devrait bientôt tomber et je pourrais te ramener chez toi.

- Il n'en est pas question ! fait alors la voix de Koyama-san derrière nous.

On sursaute tous les deux et je la regarde sans comprendre.

- D'où as-tu pris qu'un malade quitte son lit avant d'être guéri ? ajoute-t-elle. Yuya-kun restera aussi longtemps que nécessaire.

- Mais…

- Il n'y a pas de mais !

Elle avait l'air si décidée, que Tesshi et moi nous sommes sentis obligés de céder, bien que squater chez les Koyama nous ennuie tous les deux.

- Que je ne te vois pas quitter ce lit, Yuya-kun. Je te ramène de la bouillie de riz. C'est ce que je préparais toujours à mes garçons quand ils étaient malades.

Sur ces mots, elle redescend et le silence retombe dans la pièce.

- Massu… appelle la voix de plus en plus faible de mon meilleur ami.

- Tu ne devrais pas essayer de parler, Yuya, tu vas finir aphone si tu continue, conseillé-je.

- Massu… recommence-t-il.

- T'es têtu, ne. Qu'est ce qu'il y a ?

- J'aime… bien quand tu… t'occupe de moi…

Sa déclaration me fait sourire et je lui ébouriffe les cheveux.

- Evidemment que je m'occupe de toi, baka. Tu es mon meilleur ami, j'allais pas t'abandonner alors que t'es dans un sale état.

- Je… t'aime toujours tu sais…

Mon sourire s'éteint immédiatement à cette évocation. Il a abordé le sujet qu'il ne fallait pas. Le seul que je refuse d'aborder quel que soit le motif. Mais je n'arrive pas à lui en vouloir. Pas à Tesshi.

- Allez il faut que tu dormes, fais-je en éludant le truc. Sinon tu vas jamais guérir. Je te réveillerais quand Koyama-san aura remonté ton repas.

- Massu… change pas de sujet… Tu peux pas… continuer comme ça… Aimer, c'est humain… Tu peux pas…

- Dors ! ordonné-je alors d'un ton plus dur que j'aurais voulu, en me levant pour quitter la pièce.

Mais il me retient par la manche de mon pull.

- T'en vas pas… fait-il, suppliant.

- Alors n'aborde plus ce sujet. Plus jamais. Je vis pour News et Tegomass maintenant. C'est tout, fais-je, catégorique.