9 mai 2008

Il a quand même fallu que je retourne à l'agence le lendemain, en le laissant aux bons soins de Koyama-san. Ca m'embêtait un peu, mais elle m'a presque mis dehors, en me faisant remarquer qu'elle n'avait pas vraiment besoin de moi pour s'occuper de lui et que je file travailler non mais des fois. J'ai donc filé et les gars m'ont sauté dessus dès que j'ai passé la porte de la loge.

- Alors Massu, comment va Tesshi ? me demande Keii-chan.

- Son rhume est carabiné, mais vu les soins qu'il reçoit de ta mère, je pense qu'il sera vite sur pied.

- Ah ça. Kaa-chan est la meilleure garde-malade qu'on pouvait espérer pour lui, me répond-il en souriant.

- Comment on pourrait la remercier ?

- Ne fais rien surtout, elle ne serait pas contente. Pour elle c'est naturel de prendre soin de vous comme elle l'a fait et le fait encore pour nous, parce qu'elle vous considère un peu comme ses fils aussi. Du coup elle ne comprendrait pas pourquoi elle devrait l'être.

- On sait de qui tu tiens tes qualités maintenant, lui dit alors Shige en lui lançant un de ses fameux mais rares regards énamourés.

En fait, ces deux là se câlinent ou s'embrassent jamais en notre présence, que ce soit à l'agence ou ailleurs. Pour deviner qu'ils sont ensemble, il faut vraiment être très observateur. Je me demande comment ils sont quand ils sont seuls.

- C'est bien mignon, mais si on bossait ? intervient alors Yamapi. Je vous rappelle qu'on a que ce matin pour se préparer au live de demain, puisque cet après-midi, on tourne un "Vs Arashi".

Ah tiens, j'avais zappé ça. Je suis content du coup. Non seulement j'aime beaucoup cette émission, mais ça va me permettre de revoir Masa-chan. Ca fait longtemps. Je me demande si les choses se sont arrangées entre lui et Matsumoto-sempai. La dernière fois qu'on s'est vus, il avait juste eu le temps de m'annoncer qu'il avait passé du temps avec Tesshi et j'avais mal compris le truc, jusqu'à ce que mon meilleur ami m'explique que notre aîné cherchait juste à se venger de son petit ami qui l'avait trompé.

Bref, la répète s'est plutôt pas mal passée, même si l'ambiance était pas la même sans Yuya et c'est plutôt de bonne humeur qu'on a rejoint le studio où est tourné "Vs Arashi". Au contraire d'autres groupes, on est pas vraiment des habitués, c'est notre première. Du coup, quand on a eu l'info pour la première fois, on était tous euphoriques. Etre invité dans cette émission devenue culte au fil du temps, c'est un genre de consécration pour un groupe. Sans compter qu'il parait que c'est très amusant. Tesshi va être tellement déçu d'avoir manqué ça…

Dans la loge au studio, les membres du staff nous attendent déjà. Ils nous ont préparé des t-shirt à notre couleur. J'ai donc un super jaune citron. Moi ça me plait et apparemment, son haut rouge vif convient aussi à notre leader, mais Shige, Keii-chan et Ryo font un peu la gueule. Il faut avouer que les nuances qui leur ont été attribuées, sont pas très… sympa. Vert kaki pour Shige, turquoise pour Ryo et mauve tirant sur le rose pour Keii-chan. Pas le top. Mais celui qui proteste le plus fort, bien sûr, c'est Ryo.

- C'est bon, arrête de te plaindre ! le rembarre alors Yamapi. On s'en fout des fringues ! Tu te rends compte de la chance qu'on a d'avoir été invités ?!

La porte s'ouvre alors sur les Arashi.

- Salut les gars. Qu'est ce qui se passe ? Vous vous engueulez ? demande alors Sakurai-sempai.

- Non non, répond notre leader. C'est juste Ryo qui fait son gamin trop gâté.

- Le gamin il te… commence le concerné.

Et là je sens que ça va partir en vrille.

- Qu'est ce qui t'arrive, Nishikido-kun ?

Ah non, pas forcément. Masa-chan est intervenu pour désamorcer le truc avec son habituelle diplomatie.

- Rien, il a rien du tout, se croit obligé de dire Yamashita.

- C'est pas à toi qu'il a parlé, interviens-je d'une voix glaciale. Laisse Ryo s'exprimer.

Mon ex me fusille du regard et j'en fais autant.

- Il y a de l'ambiance chez les News… fait remarquer Ninomiya-sempai pendant que Ryo explique son cas à mon premier ex.

La situation est bizarre d'ailleurs. Dans la même pièce, je me retrouve avec mon premier copain, mon ex sexfriend et mon dernier copain en date. Manquerait plus qu'Hiro et tous ceux qui ont partagé ma vie seraient là. Heureusement que j'ai tourné la page à leur sujet à tous.

- On venait voir si vous alliez bien et si vous vous sentiez prêts à commencer, reprend Sakurai-sempai. Mais on dirait que non.

- Si si, on est prêts, interviens-je.

- Tiens, il en manque un, remarque alors Ohno-sempai, pas trop à l'ouest pour une fois.

- C'est vrai ça, où est Tegoshi-kun ? demande Matsumoto-sempai.

- Cloué au lit par un gros rhume, répond Keii-chan. Mais même sans lui on vous battra quand même.

La fanfaronnade fait rire nos aînés.

- On verra ça, fait Ninomiya-sempai dans un sourire en coin. Allez venez.

Les deux groupes sortent, Masa-chan, seul, s'attardant.

- Bonjour Taka, me dit-il. Tu vas bien ?

- Bonjour Masa-chan. Pas trop mal et toi ?

- Ca va aussi.

- Les choses se sont arrangées avec Matsumoto-sempai ?

- On est plus ensemble.

A ces mots, les morceaux de mon cœur font un bond dans leur boîte scellée. Non ! Non, Taka, arrête. Rappelle-toi ta décision. Même s'il est de nouveau libre, oublie.

- J... je vois… balbutié-je. Et tu… tiens le coup ?

- C'est un peu dur parce qu'on est sans arrêt ensemble, mais je tiens oui.

- C'est… bien alors.

- Pourquoi tu bafouille comme ça, Taka ? Ca ne va pas ?

Je vais quand même pas lui dire que pendant un quart de seconde, j'ai envisagé qu'on se remette ensemble. C'est complètement ridicule et, encore une fois, contraire à ce que j'ai décidé.

- Et toi avec Yamashita-kun ?

Je pâlis et me ferme immédiatement.

- On est plus ensemble, réponds-je à mon tour, sombrement.

- Oh… Désolé. Mais vous aviez l'air tellement accro l'un à l'autre, qu'est ce qui s'est passé ?

- Je… Désolé Masa-chan, mais je préfère ne pas en parler.

- Pardon…

- T'excuse pas, tu pouvais pas deviner.

- Mais du coup, on est dans le même cas toi et moi.

D'un coup, j'ai une réplique pas très sympa qui me vient : "on serait dans cette situation ni l'un nu l'autre si tu m'avais pas largué". Mais je la retiens. Il avait fait ça pour mon bien même si on en a souffert tous les deux.

- On devrait y aller, sinon tout le monde va nous attendre, dis-je en m'efforçant de sourire malgré la conversation douloureuse.

Je me prépare à sortir, quand il m'arrête par le bras. Ma peau semble brûler à l'endroit où ses doigts se sont posés et je le regarde, le souffle court sans bien savoir pourquoi.

- Taka, tu… (il s'interrompt) Non, rien, dit-il finalement en me lâchant.

- Si, dis.

- On devrait y aller, Taka.

Vous connaissez cette sensation désagréable de l'ascenseur émotionnel, quand vous espérez très fort quelque chose et que finalement, rien ne se passe ? Et ben voilà, je suis en plein dedans. Même si je sais pas bien ce que j'espérais au juste.

- Hai…

On quitte la pièce à notre tour et rejoint le mythique plateau multicolore que je brûlais tellement de découvrir, mais j'ai plus aucun entrain. Au contraire, j'ai une boule douloureuse dans la gorge, comme j'en avais plus eu depuis longtemps. Et cette boule grossit à chaque fois que mes yeux se posent sur lui. Je comprends pas ce qui m'arrive. Mes sentiments pour lui étaient morts. J'avais réussi à le voir uniquement comme un ami très cher. Donc il est totalement impossible que j'en sois retombé amoureux, pas vrai ? Non, ça peut pas être ça…

Je sursaute quand Shige me donne un coup de coude pour me faire comprendre que le tournage commence. Dire que je m'en faisais une fête et que finalement… ça va être une épreuve…

J'ai participé, rigolé, souris, parlé… bref j'ai réussi à paraître totalement normal pendant toute l'après-midi, mais je suis bien incapable de me rappeler à quels jeux j'ai pris part, si je les ai gagnés ou perdus et encore moins si l'équipe News a triomphé de l'équipe Arashi. C'était notre premier "Vs Arashi" et j'en ai pas profité une seule seconde parce qu'encore une fois, c'est le bordel en moi. Dans ma tête et dans les morceaux de mon cœur qui ont l'air de s'être recollés dans la boîte dont les scellés ont fini par sauter. Je sais plus quoi penser de ce qui se passe en moi et je sais pas à qui en parler. Hier encore, je me serais tourné vers Masa-chan, mais étant donné les circonstances, je peux plus puisqu'il est à l'origine de ces bouleversements. Et même si je les adore, je me vois pas en parler à Shige, Ryo, ni même à Keii-chan qui est pourtant le plus compréhensif de tous et celui qui ressemble le plus à un grand frère.

Comme, pour une fois, on a la soirée libre, je reprends ma voiture une fois revenu à l'agence et me mets à rouler sans but. Les gestes automatiques que je fais pour conduire m'apaisent un peu, si bien que, sans m'en apercevoir, j'arrive au resto des Koyama. Qu'est ce que je fais là ? Bah après tout, pourquoi pas…

Je me gare, verrouille tout et entre dans l'établissement.

- Irrashaimase ! me dit Koyama-san avant de me reconnaître. Oh, Masuda-kun, tu es revenu. Tu es vraiment un ami dévoué, ne.

- Pa vraiment, fais-je, mal à l'aise parce que c'est le hasard qui m'a conduit là.

- Si puisque tu es le seul à être revenu voir Tegoshi-kun après votre journée de travail. Même Keiichiro n'est pas là.

Je préfère ne pas répondre et oriente le sujet sur autre chose.

- Comment va Yuya, Koyama-san ?

- Il a dormi une bonne partie de la journée, mais il a mangé ce que je lui ai monté et a sagement pris ses médicaments. C'est un gentil garçon.

- C'est vrai.

- Je ne sais pas s'il est réveillé, mais tu peux monter le voir si tu veux.

- Hai, j'y vais. Merci.

Elle me sourit.

- Je te monterais des ramen tout à l'heure. Je pense que tu n'as pas encore dîné.

- Non mais… ne vous donnez pas cette peine.

- J'insiste.

- Mais…

- Allez file.

Je hoche la tête, grimpe l'escalier et vais frapper à la porte de l'ancienne chambre de Keii-chan. N'obtenant pas de réponse, j'entre et trouve mon meilleur ami endormi. Attendri, je m'approche et lui caresse les cheveux. Tout aurait été tellement plus simple si j'étais tombé amoureux de celui qui m'a toujours aimé…

Je tire la chaise de bureau et m'installe près de lui pour le veiller.

Masa-chan, Hiro, Ryo et Yamapi me tournent autour en criant "choisis-moi !". Seul, près de moi, Tesshi dit rien, me regardant seulement avec de grands yeux tristes.

- Massu… Massu…

Je suis réveillé en sursaut par mon meilleur ami qui me secoue.

- Bah alors, tu faisais un cauchemar ?

- Hum…

- Je suis content que tu sois revenu. Ca a été aujourd'hui ?

- Hum… On a fait le "Vs arashi"…

- Oh… J'ai loupé ça… dit-il, aussi déçu que je le pensais. C'était bien ?

- J'en sais rien.

Il parait étonné.

- Comment ça t'en sais rien ? T'y étais pas ?

- Si…

- Alors je comprends pas.

Je le regarde et, sans comprendre pourquoi, je fonds soudain en larmes, provoquant une avalanche de questions.

- Massu ? Pourquoi tu pleure ? Qu'est ce que t'as ? Qu'est ce qui se passe ? Il y a eu un problème aujourd'hui ? Est-ce que Yamapi a encore été méchant ?

Mais je suis incapable de répondre pour le moment et, comme toujours, il parait le comprendre. Il se tait et me prend dans ses bras, me caressant les cheveux en y déposant de temps à autre de petits baisers apaisants, entrecoupés de "ça va aller", "tout va s'arranger". Et, étrangement, ça me calme.

Une fois que j'ai fini de hoqueter, je m'écarte pas de lui. Je suis bien comme ça.

- Alors, tu veux bien me raconter ce qui t'as mis dans cet état ? C'est Yamapi ?

- Non, il y est pour rien. C'est… Masa-chan.

- He ? Comment ça ?

Alors je lui raconte tout sans rien lui cacher et conclus :

- Tout serait tellement plus simple si j'étais tombé amoureux de toi dès le départ…

- Il est pas trop tard, tu sais…

- Non, Tesshi, j'ai…

- Laisse-moi parler, Massu. Je disais donc, il n'est pas trop tard. Comme je te l'ai dis hier, je t'aime toujours de tout mon cœur et j'en ai assez de te ramasser à la petite cuillère à cause de ceux qui font rien d'autre que te blesser. Sors avec moi, Massu. Avec moi, ton cœur aura rien à craindre, j'en prendrais soin. Et peut-être que tu finiras par m'aimer aussi un jour.

- Non, Tesshi, ce serait injuste pour toi…

- Je m'en contenterais. Tout ce que je veux, c'est te voir heureux et ne plus voir cet air triste ou fermé que tu as tout le temps depuis… l'histoire avec Yamapi. Aucun de ceux avec qui tu es sorti jusqu'ici n'a réussi à te donner vraiment du bonheur. Tu as juste souffert par leur faute à tous. Moi… je t'ai jamais fais de mal. Jamais depuis qu'on se connait tu as pleuré par ma faute. On se comprend souvent sans avoir à se parler, on se connait par cœur… Tu crois pas que c'est des signes qu'on est faits l'un pour l'autre ?

Je sais pas quoi répondre. C'est vrai qu'il a toujours été là pour moi sans jamais rien me demander en échange, qu'il me comprend mieux que personne et qu'il est celui qui me connait le mieux au monde. Mais si l'amour est d'un seul côté, est ce que ça ira ? Est-ce que ça suffira ? Est-ce qu'à la longue, ça ne finira pas par le lasser et avoir raison de notre complicité ? J'ai peur de le perdre lui aussi, peur de souffrir une fois de plus…

- Je te demande pas une réponse immédiate, mais penses-y sérieusement, ne.

Je hoche la tête.

- Rentre chez toi, Massu. Tu pourras pas réfléchir correctement ici. Et tu as l'air crevé aussi.

Je regarde mon meilleur ami –et potentiel petit ami-. Il a l'air si serein, si sûr de lui… Quand est-il devenu si mature ?

Je me lève, repoussant la chaise à roulettes.

- Je reviendrais demain. Avec une réponse, dis-je.

- Te presses pas. Prends bien ton temps pour réfléchir. J'attends depuis des années, tu sais, alors je suis plus à quelques jours près.

Je hoche la tête et quitte la pièce, croisant Koyama-san qui portait un plateau avec deux bols de ramen.

- Oh Masuda-kun, tu t'en vas ?

- Oui, excusez-moi, Koyama-san. J'ai des choses à faire.

- Je vois. Rentre bien alors. Sois prudent.

- Hai.

Je dévale les escaliers comme s'il m'avait soudain poussé des ailes et vais m'installer dans ma voiture. Là, je croise les bras sur le volant, pose ma tête dessus et ferme les yeux, tentant de m'imaginer en couple avec mon meilleur ami. Ce qui a pas eu l'air de poser problème aux inséparables Shige et Keii-chan.

Qu'est ce que je vais faire ? Accepter sa proposition alors que je suis pas amoureux de lui… ou faire l'impensable et demander à Masa-chan de nous donner une deuxième chance ? Non, pas ça, ça fait pitoyable. Mais Tesshi a l'air si… Tout à l'heure, il avait l'air rassurant et il m'a donné envie de croire qu'il pouvait vraiment protéger mon cœur. Est-ce que sortir ensemble risque pas de détruire notre amitié ? Non, encore une fois il y a des exemples vivants en les personnes de Shige et Keii-chan.

C'est la tête pleine de questions, que je rentre chez moi et mon premier réflexe est de sortir une feuille et un stylo pour noter les défauts et qualités des deux. C'est peut-être une façon trop clinique de me décider, mais ça m'aidera sûrement à y voir plus clair.

Tesshi, qualités :

Me connait mieux que personne

Est toujours là quand j'ai besoin de lui

M'aime depuis longtemps

Peut communiquer avec moi sans qu'on ait besoin de se parler

Me soutient de toutes les façons possibles

S'inquiète toujours pour moi

Ne m'a jamais fait pleurer

Tesshi, défauts :

Est parfois trop collant

Est parfois surprotecteur

Peut être très agaçant

Veut toujours avoir raison

A tendance à bouder facilement

Je relis le tableau et me rends compte que, non seulement, par rapport au négatif, le positif l'emporte largement, mais surtout qu'à côté, le négatif fait ridicule. Mon meilleur ami a largement plus de qualités que de défauts.

Bon, à Masa-chan maintenant. Je pose le stylo sur la feuille… mais m'interrompt. J'ai pas besoin de le faire. Je viens de réaliser que ce que j'allais écrire pourrait concerner un grand frère, que ce soit en positif ou en négatif. Je suis plus amoureux de lui. Depuis longtemps. Ce que j'ai pris pour un regain d'amour tout à l'heure n'en était pas. C'était tout au plus de l'affection fraternelle et de la reconnaissance pour tout ce qu'il a fait pour moi. Donc il n'y a pas de duel. Mais je dois être sûr. Je sors donc mon portable et envoie un message à Masa-chan.

"Ne, tu dirais quoi si je te demandais de ressortir avec moi ?"

Il doit avoir son portable à proximité, parce qu'il me répond tout de suite :

"C'est la deuxième fois que tu me le redemande, Taka."

"J'ai pas dis que je le faisais. Je veux juste savoir ce que tu répondrais à cette minute si je te le demandais."

"Si tu m'avais posé la question cet après-midi, j'aurais probablement dis oui…"

"Mais plus ce soir ?"

"Non, Taka. Tu auras toujours une place particulière dans mon cœur et dans ma vie… mais notre relation est passée et doit rester dans le passé. Sinon, ni toi ni moi n'arriverons à aller de l'avant. Oui, ce serait sûrement plus confortable pour nous deux de tout recommencer… mais je n'ai jamais entendu dire qu'une relation neuve pouvait renaître des cendres d'une autre."

Sa réponse pleine de sagesse me convainc que j'ai fais le bon choix et le message qui arrive immédiatement après me conforte dans mon idée.

"Tu ne me l'as pas dis, mais j'ai l'impression que tu espérais cette réponse négative. Il s'est passé quelque chose, pas vrai ?"

Je me suis jamais expliqué cette intuition toujours juste qu'il avait dès que j'étais concerné.

"Oui c'est vrai. Yuya m'a franchement demandé de sortir avec lui."

"Et ? Tu as refusé ?"

"Je lui ai pas encore donné ma réponse."

"Pourquoi ?"

"Parce que quand je t'ai revu tout à l'heure, j'ai cru…"

"Je comprends. Moi aussi j'ai cru. Mais en fait non, ne ?"

"Non. Ce que j'éprouve pour toi, c'est de l'affection. Rien de plus."

"Pareil pour moi."

Là encore, je me sens soulagé qu'on soit sur la même longueur d'onde.

"Tu vas accepter sa proposition alors ?"

"C'est possible."

"Ne fais pas n'importe quoi, Taka. Ne gâche pas cette immense chance que tu as de pouvoir être avec quelqu'un qui t'aime depuis longtemps. Tout le monde ne l'as pas."

"Je sais. Merci, Masa-chan. Je suis plus tranquille maintenant."

"Content d'avoir pu t'aider. Tu sais où me trouver en cas de besoin."

Je referme le clapet de mon téléphone et le range dans ma poche.

Mais je reste pensif malgré tout. Tesshi et moi… est ce que ça fonctionnera vraiment ? J'essaye de m'imaginer en train de l'embrasser. Et, étrangement, j'y arrive sans mal. Est-ce que c'est un des fameux signes dont il parlait plus tôt ?

Il est presque quatre heures du matin et j'ai pas encore fermé l'œil. Je pense trop je crois. Si pour une fois je laissais parler mon instinct ? Ce même instinct qui me pousse vers Yuya en me soufflant "vas-y, tu risque rien" ? Une nouvelle fois, j'attrape mon portable et rédige une longue réponse, que j'efface immédiatement avant d'en taper une autre qui tient en trois lettres : oui. Je sais que j'aurais aucune réponse vu l'heure, d'autant plus qu'il est malade, mais c'est pas grave. Maintenant je vais pouvoir dormir. Au moins trois heures. J'aurais pas le temps de passer voir Yuya avant d'aller à l'agence, par contre. J'irais après le live.

Arrivé à l'agence, je m'observe dans le miroir géant qui couvre tout un mur du hall. Je pensais que ma décision de cette nuit aurait une incidence sur mon visage, sur mon entrain ou ma forme… mais non. Je suis le même qu'hier, avant-hier et tous les jours précédents. Ce qui veut dire que j'ai l'air aussi déprimé et blasé que d'habitude. Peut-être parce que je réalise pas encore que le simple petit mot envoyé sur le portable de mon meilleur ami va changer toute ma vie.

- Salut Massu, me salue Shige à mon arrivée, comme d'habitude relayé en écho par Keii-chan.

- Salut les deux. Tiens, Ryo est pas là ?

- Nan, il est avec les Kanja ce matin.

- Oh, d'accord. Ne… vous étonnez pas, mais cette nuit, j'ai accepté de sortir avec Tesshi.

J'estime qu'ils doivent être au courant pour nous deux. Ce sont nos amis après tout.

- C'est vrai ? s'étonne Keii-chan. Et ben tu parles d'une nouvelle !

Je vois Shige ouvrir la bouche pour me dire quelque chose, mais à la place de sa voix, c'est celle de Yamapi qui s'élève :

- C'est une blague ?! 'Tain, t'as vraiment honte de rien toi. D'abord Kusano, puis Ryo, moi et maintenant Tegoshi. Si le KoyaShige avait été libre, tu te les serais sûrement tapés aussi, comme ça, t'aurais eu la quasi-totalité des membres du groupe. Comme une traînée. Tu me dégoûte, Masuda, t'es vraiment rien de plus. Enfin, deux catins ensemble, rien de surprenant. Je sais pas qui est le pire de vous deux.

Tant de méchanceté gratuite me suffoque comme une brusque douche glacée et, sur le coup, mon esprit est totalement vide d'une quelconque réplique.

- Non mais ça va pas de sortir des horreurs pareilles ?! T'es dingue ou quoi ?! réagit immédiatement Shige. Qu'est ce qui te prends ?!

- Tu lui as pas fais assez de mal comme ça ?! fait à son tour Keii-chan.

- Je dis juste le fond de ma pensée. Comme on dit, il n'y a que la vérité qui blesse.

Là, je réfléchis plus, je lui bondis dessus et lui colle le pain de sa vie. Puis un autre. Et un autre. Je suis enragé alors je me contrôle plus.

- N'INSULTE PAS TESSHI, ESPECE D'ORDURE ! hurlé-je si fort que ma voix doit porter loin. SI QUELQU'UN EST UNE TRAINEE C'EST NI LUI NI MOI, C'EST TOI !

Et je continue à le bourrer de coups, qu'il me rend comme il peut, jusqu'à ce que la porte s'ouvre sur les KAT-TUN dont la loge est voisine de la notre.

- Oi, c'est quoi ce bordel dès le matin ?! gueule Kame. On voudr… Putain mais il se passe quoi ici ?! Masuda, arrête ! Qu'est ce que tu fous, t'es dingue ?!

Pendant qu'il parle, je sens des bras me ceinturer fermement et me tirer en arrière pour m'éloigner de cet enfoiré de Yamashita. Mais je veux continuer à le corriger ! Il le mérite, putain ! Qu'il m'insulte moi, passe encore, mais qu'il fasse pareil à mon Tesshi, je peux ni le supporter, ni le laisser passer !

- Lâche-moi ! Lâche-moi, je vais le tuer ! crié-je en me débattant.

- Tiens-le bien, Tat-chan !

- Lâche-moi, Ueda ! gueulé-je encore en essayant de lui échapper pour me ruer sur ce connard.

Connard qui s'est d'ailleurs relevé en essuyant le sang qui coule de sa lèvre, un insupportable sourire vissé sur le visage.

- Massu, arrête ! me dit alors Keii-chan. Tu veux encore être suspendu ?!

- La prochaine fois, tu pourrais même être viré ! renchérit Shige. Réfléchis, c'est ça que tu veux ?!

- Il en vaut pas la peine et ça fera aussi du mal à Tesshi !

Ca a le don de me calmer. Non, je veux pas que Yuya soit blessé. Il est innocent. Tout ça, c'est entre ce fils de pute de Yamashita et moi.

- Quelqu'un peut nous expliquer ce qui se passe ? demande alors Nakamaru.

- Masuda, c'était quoi cette crise de violence ? m'interroge Kame.

Je peux pas répondre. Les autres groupes ont pas besoin d'être au courant que le célèbre Yamapi est un bâtard d'enfoiré qui me hait purement et simplement et déteste me voir heureux.

- Comment on va expliquer ses blessures aux maquilleuses du live ? demande soudain Keii-chan comme si ce connard était pas là. Elles sont plutôt voyantes, tu l'as pas loupé.

- Bon, on vous laisse, on a du boulot, fait encore Kame en constatant qu'il obtient aucune réponse. Tâchez de pas vous entretuer. Pensez aux collègues.

Ils sortent et cet enfoiré se tourne vers moi.

- Supplie-moi, implore mon pardon et j'envisagerais de dire que je me suis juste cassé la gueule, ose-t-il me dire.

Je vais pour lui en remettre une, mais Shige intervient de nouveau.

- Nan mais c'est fini oui ?! Y'a pas de limite à ta cruauté envers lui ou quoi ?! C'est quoi ton problème à la fin ?! Il t'as fais quoi pour que tu t'acharne sur lui comme ça ?! Fous-lui la paix, merde !

Mais au lieu de lui répondre, ce fils de pute de Yamashita me regarde à nouveau.

- Si tu le fais pas, non seulement je dirais que tu m'as cogné sans raison, mais je m'arrangerais aussi pour faire un enfer de la vie de ton précieux Tesshi. Réfléchis bien, Masuda.

Je pâlis à cette idée.

- Non ! Laisse-le en dehors de ça ! C'est entre toi et moi !

- Alors tu sais ce qui te reste à faire… J'attends.

J'ai envie de le frapper jusqu'à ce qu'il crève, mais je peux pas. Et personne me laisserait faire en plus.

- D'accord… Je vais le faire…

Mettant ma fierté dans ma poche avec un mouchoir dessus, je m'agenouille devant lui, en essayant de pas tenir compte du "Massu, non…" soufflé par Keii-chan d'un ton peiné. Si je dois en passer par là pour que ce salaud s'en prenne pas à Tesshi, je le ferais. Tant pis pour mon amour-propre.

- Je suis désolé de t'avoir frappé, dis-je sans en penser un mot. Je t'en prie, excuse-moi, ajouté-je en me penchant jusqu'à poser mon front sur le sol.

- Je te pardonne. Mais il y a encore une condition à mon silence concernant ce qui vient de se passer.

- Quoi ?! Qu'est ce que tu lui veux encore ?! Tu l'as pas assez humilié comme ça ?!

- Laquelle ? demandé-je en m'efforçant d'oublier Shige qui semble devenu mon champion en titre.

- Viens chez moi ce soit et je te le dirais.

Tout ça ne me dit rien qui vaille. Ca sent le traquenard à plein nez, mais j'ai pas d'autre solution.

- Je viendrais.

- Bien. Je sais que tu n'as qu'une parole. Nous avons donc un accord. Sur ce, au boulot tous

Est-ce qu'il se rend compte qu'avec tout ça, personne a la motivation nécessaire pour travailler ? Je pense surtout qu'il s'en fout. Il pense qu'à lui et ça a sûrement toujours été le cas. Seulement on était tous trop aveuglés par son prestige pour s'en rendre compte.

Inutile de dire que du coup, le live a été… pas catastrophique puisqu'on est tous des pros et qu'on a le respect des fans, mais de qualité bien inférieure à ce qu'on fait d'habitude. Personne avait le feu sacré.

Et quand il s'est terminé, le regard que j'ai surpris Yamashita à poser sur moi m'a mis très mal à l'aise. D'ailleurs, je suis pas le seul à pas la sentir, cette histoire.

- Massu… sois prudent, ne, me dit Keii-chan pendant que mon tourmenteur est parti se doucher avec Ryo. J'ai un mauvais pressentiment.

- Moi aussi si tu veux tout savoir, lui dis-je en essuyant le plus gros de ma sueur avec une serviette. mais il a menacé Tesshi, tu l'as entendu comme moi. A ma place tu aurais fais quoi ? S'il avait menacé Shige ?

- Probablement la même chose, c'est vrai, convient notre aîné. Mais sois prudent quand même, ne.

- Autant que je pourrais, c'est promis. Merci de vous inquiéter tous les deux. Et Shige, merci de m'avoir défendu.

- Pour ce que ça a servi… grogne-t-il.

Je prends tout mon temps dans la douche, comme si ça pouvait retarder le fatidique moment du départ en sa détestable compagnie. Mais il faut bien que je sorte malgré tout. Je me sèche donc, m'habille et, la mort dans l'âme, le rejoint.

- Ah quand même ! J'ai bien cru que t'allais y passer l'année ! me lance-t-il, mal aimable au possible.

C'est vraiment un acteur hors du commun. Il arrive à faire croire à tout le monde que c'est un gentil garçon, aimable, serviable etc, l'archétype du gendre parfait… alors que c'est juste une pourriture de la pire espèce. Et j'ai plongé comme les autres. Non pire que les autres même, vu que je sortais avec lui et que je l'aimais. Mais apparemment, être détesté de tout son groupe le dérange pas. Je suppose qu'il se suffit à lui-même.

Je le suis en traînant les pieds. Je sais pas ce qui m'attends une fois chez lui, mais pas du positif, ça j'en mettrais ma main au feu, l'autre à couper et ma tête sur le billot.

Je prononce pas un mot du trajet et lui non plus. Qu'est ce qu'il y aurait à dire de toute façon ? Que je vais me faire entuber ? Ca, pas besoin de sortir d'une grande école pour le deviner, c'est totalement évident. Ce que je sais pas, c'est à quel point je vais l'être. Et ça m'angoisse.

On arrive vite chez lui. Ce chez lui dans lequel j'ai eu tant de bons souvenirs. Faux, comme tout le reste de mon histoire avec lui. Il me fait entrer et, une fois la porte refermée, je lance :

- Alors cette condition supplémentaire ?

- Droit au but ? Ok, ça me va. Je veux que tu deviennes ma chose, mon petit Massu.

- He ?

- Ma chose. Que tu répondes présent quand et comme je le veux, quel que soit le lieu, l'heure ou le moment si j'ai envie ou besoin d'un défouloir sexuel.

Je m'étrangle de rage.

- Pardon ?! Tu crois que je vais me comporter comme un prostitué ?! Tu rêve, Yamashita !

- Non, mon petit Massu, c'est toi qui rêve si tu crois que tu peux m'échapper encore longtemps. Rappelle-toi ce que je t'ai dis à propos de ton précieux Tesshi. Je l'ai dis et je le ferais, n'aie aucun doute là-dessus.