Je le regarde fixement, avec haine. Je crois pas avoir déjà haï quelqu'un dans ma vie. C'est pas tellement mon genre et c'est un truc grave, mais lui le mérite tellement…

- Laisse Yuya en dehors de ça… C'est entre toi et moi…

- Oh non. Tu vois, le petit est ma sécurité, ma garantie. Il m'assure que tu feras sagement tout ce que je te dis sans discuter.

- Donc t'es vraiment totalement pourri.

- Pourri, non. Disons plutôt que je sais ce que je veux et que je me donne les moyens de l'obtenir.

- Et ce que tu veux, c'est moi ?

- Juste ton corps. Mais ça doit pas beaucoup te déranger, on a déjà baisé plein de fois et tu t'es aussi fais Kusani et Ryo alors…

- Arrête ! Arrête de répéter ça !

- Pourquoi ? La vérité te dérange ?

- Tu sais que c'est faux…

- Quoi ? Que tu as baisé avec eux ? Me prends pas pour un con, vous avez pas joué aux dames.

- Non mais je… vous aimais. Enfin sauf Ryo, mais il était au courant…

- Et ? En quoi ça change les faits ?

- Tu en fais quelque chose de sordide alors que… (je soupire) Tu m'as vraiment jamais aimé ? Même un peu ?

- Non.

Je déglutis péniblement.

- Bon alors tu décide quo à propos de notre petit marché ? Tu l'accepte en sauvant Tegoshi ou tu le refuse ?

Je serre les poings et les dents. Il y a vraiment aucune limite à sa perversité… Il me dégoûte…

- A ton avis…

- Parfait. Alors déshabille-toi.

J'étais sûr qu'il me dirait ça, mais j'ai pas eu le temps de m'y préparer psychologiquement.

- J'ai hâte de t'entendre gémir comme une petite chienne.

- He ?

- Tu ne croyais quand même pas que tu allais me prendre ? Oh tu es doué en la matière, c'est vrai, mais vois-tu, je suis un dominant, pas un dominé. Il est temps que les choses retrouvent leur juste place.

J'ai aimé. J'ai honte vu les circonstances, mais j'ai pris du plaisir pendant qu'il me faisait l'am… nan il me faisait pas l'amour, il faut avoir des sentiments pour ça… pendant qu'il me baisait. Et j'ai l'impression d'avoir trahi Tesshi, même si c'était pour pas qu'il s'en prenne à lui. Et maintenant… après ça… il me semble plus possible de sortir avec Yuya. Je suis plus digne de son amour.

- Rhabille-toi et va-t-en, me dit Yamashita comme on jetterait un simple coup d'un soir.

Je quitte son lit en boitant (il s'est pas retenu du tout), remet mes vêtements et sors sans un regard. LA, j'ai l'impression d'être un prostitué. Et la sensation est pas agréable du tout.

Au moment où j'arrive dehors, je me rends compte que je vais devoir appeler un taxi puisque ma voiture est restée sur le parking de l'agence. Je soupire, le fais et reste planté sur le trottoir, mon portable à la main. Il faut que je dise à Yuya que rien n'est plus possible… Je vais encore lui faire du mal, mais je me vois mal sortir avec lui d'un côté et me faire baiser par Yamashita de l'autre. Ce serait trop difficile à gérer. Je soupire de nouveau, relève mon téléphone et tape un message : "Yu', je suis désolé, mais malgré ce "oui" que je t'ai envoyé ce matin, ça ne va pas être possible nous deux. Désolé".

Voilà. Clair, net, concis. Ce que j'avais pas prévu, c'est qu'au lieu de me répondre par message aussi, il allait carrément m'appeler. Et qu'en constatant que je décrochais pas, il allait insister. Longuement. Du coup, je finis par prendre l'appel, pas vraiment fier de moi.

« Il s'est passé quelque chose, pas vrai Massu ?! », dit-il immédiatement sans me laisser en placer une. « C'est pas ton genre de dire un truc et de te rétracter à peine quelques heures plus tard. »

Il me connait trop bien. Comment je vais me sortir de là sans éveiller ses soupçons ?

- Non il s'est rien passé. J'ai simplement réfléchi depuis mon message de ce matin, mens-je. Je l'ai envoyé sur un coup de tête mais…

« Et quelles réflexions t'ont conduit à conclure que nous deux c'était pas possible ? Dis-le-moi. Si ce sont de bonnes raisons, je laisserais tomber. »

De bonnes raisons… J'en ai évidemment aucune. Et je suis pas sûr qu'un "Yamapi m'a baisé et a l'intention de recommencer quand ça lui chantera" plaise beaucoup à mon meilleur ami.

« Tu vois que t'en as pas. », reprend-il devant mon silence. « Tu me cache quelque chose, j'en suis sûr. T'es où là ? »

- Dehors. J'avais besoin de… marcher un peu.

« Où ça dehors ? »

Comprenant ce qu'il a en tête, je réagis immédiatement.

- Tesshi, non. Tu es malade, reste au chaud. Koyama-san te laissera pas sortir de toute façon.

« Elle est partie se coucher depuis longtemps, je me sens bien mieux et rien m'empêchera de te rejoindre si je peux. »

- Mais tu peux pas. Sois raisonnable.

« Je suis raisonnable, mais j'accepte pas ta rétractation. Si t'as dis oui ce matin, c'est qu'au fond, toi aussi tu pensais qu'on irait bien ensemble et qu'on serait bien ensemble. Alors quelle que soit la raison qui t'as fait changer d'avis, elle a pas de valeur. Massu… je t'en prie… pense à nous… »

Kami-sama, heureusement que je l'ai pas face à moi, je serais incapable de lui résister. Je déglutis péniblement et, en me forçant réellement, reprend :

- Je suis désolé, mais si elle en a. A mes yeux du moins.

« Alors explique-moi. On a toujours pu tout se dire et tu me dois bien ça après m'avoir fait une fausse joie… »

Je secoue la tête, même s'il peut pas me voir et, surpris, je sens des larmes glisser sur mes joues. Je pleure ? Pourquoi ?

- Je peux pas, Yu'… Pas cette fois… Sois gentil, me pose pas plus de question…

Sinon je vais vraiment craquer. Déjà que je comprends pas pourquoi je pleure au téléphone à deux heures du matin, ni pourquoi j'ai une telle douleur dans la poitrine…

« Massu… »

- Ecoute Tesshi, je vais raccrocher et rentrer, ne. Je passe te voir dans la journée vu qu'on est off. D'ici là, sois raisonnable et quitte pas ton lit, d'accord ?

« … D'accord… »

Je raccroche donc, fais trois pas et m'écroule à genoux, secoué de sanglots. J'ai si mal… Est-ce qu'un jour je pourrais être tout simplement heureux ou le contraire est vraiment inscrit dans mes gênes ? Quelqu'un a dit un jour "qu'est ce que la vie ? Quelques joies, très vite effacées par d'innombrables chagrins". C'est exactement ça en ce qui me concerne. Sauf que la proportion de chagrins est trop importante par rapport aux joies. D'un coup, je sursaute. J'ai cru entendre Ryo me dire "t'es ni une carpette ni un pion, t'as plus de caractère que ça ! Alors réagis, merde !". Il m'avait déjà dit un truc comme ça à l'époque de ma rupture avec Hiro et je lui avais prouvé qu'il avait raison. J'ai du caractère, c'est juste que trop de trucs me tombent dessus.

Je me relève et essuie mes joues. Non, je peux pas rester comme ça, en victime. Je peux pas laisser Yamashita gagner sur tous les tableaux. Il y a forcément un moyen de le contrer. Il est ni tout-puissant ni infaillible. Il faut juste que je réfléchisse et là, je suis pas en état de le faire correctement. Il faut que je rentre et que je me repose un minimum.

11 mai 2008

Après quelques heures de repos, j'ai l'esprit beaucoup plus clair. Il y a un moyen de l'empêcher de s'en prendre à Tesshi, autrement qu'en lui servant de défouloir sexuel et je vais le prouver, quoi que je doive faire pour y arriver. La première chose est de trouver une faille à exploiter. Quelque chose dans son passé ou son présent, que je pourrais utiliser pour lui rendre la monnaie de sa pièce et lui faire définitivement passer le goût de me faire chanter. Voyons… Ses meilleurs amis, ceux qui en savent le plus sur lui, c'st Akanishi et Ryo. Mais Bakanishi voudra jamais le trahir. En revanche, Ryo lui en veut énormément de s'être servi de moi (et encore, il est pas au courant de son nouveau chantage). Mais est ce que semer encore plus la pagaille au sein du groupe est la bonne solution ? Non, probablement pas. C'est déjà assez la merde et on a besoin de rester un minimum soudés. Donc mauvais plan, il faut que je trouve autre ch… Mais oui ! J'avais jamais pensé à eux, mais il y a ceux qui étaient dans son groupe quand ils étaient plus jeunes. Tesshi m'en avait parlé le jour de l'audition, il s'était même étonné que je les connaisse pas. Cela dit… maintenant que j'y pense, il me semble qu'il a jamais mentionné le nom de ces mecs et je me souviens pas du tout de celui du groupe, même s'il avait pourtant du me le dire. Le pauvre, si ce jour-là il avait pu deviner que, des années plus tard, son idole deviendrait le plus gros fils de pute de tous les temps…

Bon bah puisque ma mémoire me fait défaut, je vais me fier à un réseau parallèle pour obtenir l'info : les sites de fans. Elles ont bien du faire sa bio quelque part.

J'allume donc mon ordi portable et, sur le moteur de recherche, tape "Yamashita Tomohisa". Aussitôt, des dizaines de résultats s'affichent. Je clique sur le premier et commence à lire en diagonale. Jusqu'à tomber sur un nom. 4Tops. C'est ça ! C'était ça le nom du groupe, ça me revient maintenant ! Totalement incrédule, le Tesshi de l'époque m'avait même dit "tu connais pas les 4Tops ?!" sur le ton qu'il aurait mit pour dire "dans quelle grotte tu vivais jusqu'à maintenant ?!".

Je clique sur le nom du groupe, ce qui me renvoie à une autre fiche. Les fans sont décidément très organisées et informées. La lecture des noms des membres me dit rien. Hasegawa Jun et Kazama Shunsuke. Ces mecs ont peut-être quitté l'agence depuis, j'ai pas souvenir de les avoir croisés. Remarque… Ikuta Toma non plus si j'y réfléchis bien. Et pourtant, lui, je suis presque sûr qu'il est encore là.

Je clique sur son nom et parcours sa fiche. Ah bah pas étonnant que je l'ai jamais vu aux Countdown ni ailleurs, ce gars a jamais décollé du statut Junior, parce qu'il fait plus de musique, il est plus qu'acteur depuis des années. Merde, du coup, pour entrer en contact avec lui, ça va être coton… J'avais pas prévu ça, comment je vais faire ? Et si je demandais à Fujioka-san ? En tant que manager, il doit bien avoir accès à ce genre d'info. Du coup, je l'appelle immédiatement. Merde, il décroche pas… Bon bah répondeur…

- Fujioka-san, bonjour, c'est Masuda. Heu… rappellez-moi très vite s'il vous plait, il y a un truc que je dois vous demander.

Je raccroche. Je détester parler à un répondeur. Je sais jamais quoi dire. Bon ben en tout cas, je suis bloqué jusqu'à ce qu'il me rap… Ah tiens. Rapide. Il a juste pas du avoir le temps de prendre mon appel.

- Masuda.

« Masuda-kun, bonjour. C'est rare que tu m'appelle. Qu'est ce que je peux faire pour toi ? »

- J'aurais besoin de joindre Ikuta Toma. Vous savez comment je pourrais faire ?

« Ikuta-san ? Non mais je peux me renseigner si tu veux. Tu en as besoin pour quand ? »

- Avant-hier.

« He ? »

Voyant qu'il a pas saisi l'allusion, je reprends :

- Pour aujourd'hui. Dans l'heure même ce serait parfait. C'est très urgent. Vraiment très urgent.

« Et bien… je vais faire tout ce que je peux. Je te rappelle. »

- Merci Fujioka-san.

Je raccroche donc sur cette promesse et l'attente commence.

Après presque une heure, mon portable sonne enfin et je me grouille de décrocher.

- Oui ?!

« Ca n'a pas été simple, mais j'ai réussi à t'obtenir le numéro de portable d'Ikuta-san en appelant directement son manager. »

- Vous êtes le meilleur !

« Pour une fois que tu me demande quelque chose, je pouvais bien faire ça. »

- Merci.

Je prends note du numéro et raccroche. Ca va être l'heure de vérité. Du moins j'espère. Parce que si Ikuta a rien de valable à me fournir comme renseignement, j'aurais plus qu'à me tourner vers Ryo. Et je préfèrerais vraiment ne pas impliquer un membre de News dans cette sale affaire. C'est donc avec appréhension que je compose le numéro de ce collègue tellement pris par sa carrière d'acteur qu'il vient jamais à l'agence. J'espère qu'il est pas en tournage aujourd'hui, parce que je veux vraiment résoudre ça au plus vite. Mais pour le coup, on dirait que j'ai de la chance : il décroche après quatre sonneries.

« Ikuta. »

Je déglutis et me lance.

- Bonjour… Je suis Masuda, du groupe News.

Je sais même pas si je dois l'appeler sempai ou pas. Il a vraiment un statut particulier.

« Ah. Salut. »

- Désolé de te déranger, surtout qu'on se connait pas, mais ton manager a donné ton numéro au nôtre alors…

« T'inquiète. Alors qu'est ce qui t'amène, Masuda ? »

- Heu… une époque lointaine en fait.

« He ? »

- Oui heu… l'époque où tu faisais partie des 4Tops.

A ces mots, il éclate de rire. Il a l'air sympa.

« Ah la vache oui, pour être une époque lointaine, c'est une époque lointaine. Mais pourquoi tu me parle de ça maintenant ? On s'est séparés en 2002. Ca fait six ans. »

- Tu as des souvenirs précis ? Avec les autres membres je veux dire.

« Plus ou moins. C'était une époque sympa. Et ma dernière expérience musicale aussi. »

- Pourquoi tu as arrêté la musique d'ailleurs ?

« Parce que je m'éclatais bien plus en jouant la comédie. C'est toujours le cas d'ailleurs. La musique apporte pas du tout la même chose si tu vois ce que je veux dire. »

- Heu nan je vois pas. Je joue dans rien.

« He ? Un Johnny's qui joue pas ? C'est possible ça ? »

- Remue pas le couteau…

« Désolé, vieux. Alors des souvenirs précis tu disais. A propos de quelque chose en particulier ? »

- De Yamashita Tomohisa.

« Ah… »

Sa voix a soudain perdu toute gaîté. Avec ce seul mot, prononcé sur ce ton, c'est comme s'il m'avait déjà dis que j'avais supposé correctement en estimant qu'il pourrait m'apprendre des choses sur le passé de cette ordure.

« Ecoute Masuda, le prend pas mal, mais je préfèrerais autant qu'on en parle pas. Remuer la merde passée, ça fait rien d'autre que la faire remonter à la surface. »

Comprenant que ma solution miracle est en train de foutre le camp, je tente le tout pour le tout.

- Il me fait chanter en utilisant mon meilleur ami.

Il y a un blanc de quelques secondes à peine.

« Oh putain, c'est pas vrai ! Il recommence ! Une fois lui a pas suffit on dirait… Bon, on va pas parler de ça au téléphone, faut qu'on se voit. T'habite où ? »

Je lui indique mon adresse.

« J'arrive. »

Il raccroche et je reste pensif. Il a dit "il recommence". Ca veut dire deux choses : 1) qu'il a déjà fais ça à quelqu'un avant moi 2) que la victime de l'époque était probablement lui, Ikuta. Ce qui voudrait dire que le mal serait vraiment profondément enraciné en cet enfoiré de Yamashita.

Ne sachant même pas à quoi ressemble celui qui va me rendre visite, je décide de regarder des photos sur le fameux site de fans. Hé, il est plutôt beau gosse, le Ikuta. Je parie qu'il tombe les filles comme des mouches.

J'éteins l'ordi et, en attendant qu'il arrive, fais un peu de rangement. Une grosse demie heure plus tard, il sonne à ma porte et je me grouille d'aller lui ouvrir. Ah ouais. Vraiment canon même.

- Masuda ? fait-il, incertain.

- Hai, confirmé-je. Entre.

Il hoche la tête, entre et se déchausse. Il a l'air tendu. Rien à voir avec le ton enjoué qu'il avait en décrochant tout à l'heure.

- Tu veux boire un truc ?

- Une bière si t'as.

- J'ai. Assieds-toi, j'arrive.

J'ai toujours un stock, parce que parfois, Ryo vient passer la soirée. Je vais donc à la cuisine, en ramène deux bouteilles décapsulées et lui en tend une. Il la prend en me remerciant, boit une gorgée et reste pensif.

- A ce point ? demandé-je en m'asseyant non loin de lui.

- Hum… fait-il en hochant la tête.

Je grille d'impatience, mais comme ça a encore l'air de le toucher, je m'abstiens de le presser. Je sais ce que ça fait de devoir raconter une histoire douloureuse.

- A l'époque, on était comme les doigts de la main, lui, Jun, Shunsuke et moi. On se voyait même en dehors de l'agence et tout roulait. J'avais plus tendance à traîner avec Jun quand même mais j'y voyais aucun mal. Et puis au bout de quelques mois… (il fait une pause et boit une gorgée de bière) je me suis rendu compte que je voyais Jun d'une autre façon qu'avant. Ca a été un vrai choc, parce que jusque là, je regardais plutôt les filles.

J'imagine bien le choc ouais… Moi je m'en suis aperçu très tôt, mais j'imagine bien ce qui a du lui traverser l'esprit à ce moment-là. Après tout, en 2001, il avait dix-sept ans. Il était en pleine adolescence.

- Alors un jour, j'ai pris mon courage à deux mains et j'ai décidé de dire à Jun ce que je ressentais pour lui. Sans savoir qu'il m'aimait déjà depuis longtemps.

- Oh quelle chance ! m'exclamé-je sans pouvoir m'empêcher de faire un parallèle mental avec ma propre histoire.

- Oui, quelle chance, comme tu dis. Sauf que ce jour-là, on ignorait tous les deux que Yamashita était amoureux de moi et qu'il avait entendu ma déclaration. Il a déboulé en me demandant ce qu'il devait faire pour que je le vois enfin. Il avait l'air complètement bouleversé. (il fait une nouvelle pause) Comme tu t'en doute, je n'ai pas su comment réagir et Jun non plus, mais une chose était sûre, je ne pouvais pas renier mes sentiments, même pour éviter de blesser un ami. Je lui ai dis que j'étais désolé mais que je ne ressentais rien d'autre que de l'amitié pour lui. Alors il a totalement pété les plombs. Il nous a foudroyés du regard et s'est mis à crier que j'allais le regretter ; que lui vivant, personne ne "m'aurait" si lui ne pouvait pas "m'avoir" ; qu'il y aurait "du sang et des larmes"… On aurait dit un fou et il a foutu une trouille de tous les diables à Jun. Il a fini par partir, mais j'ai eu toutes les peines du monde à rassurer mon petit ami. Et puis, les semaines passant sans qu'il se passe quoi que ce soit, Jun et moi avions fini par oublier. Pas lui. Il préparait juste sa vengeance. Un soir, il m'a appelé et, je m'en souviendrais toute ma vie, m'a dit "je détiens Jun, Toma, alors joue pas au ocn. Fais exactement ce que je te dis et il lui arrivera rien".

A ces mots, je sursaute.

- Il m'a menacé de s'en prendre à Yuya si je faisais pas ce qu'il me disait !

Il me regarde avec attention.

- Fais super gaffe alors, parce qu'il est capable de le séquestrer lui aussi, comme il a fait à Jun à l'époque.

- Qu'est ce qui s'est passé ensuite ?

- Tu te doute bien que je n'ai pas "joué au con" puisque la sécurité de Jun était en jeu. J'ai dis "je ferais ce que tu veux, Tomohisa, mais ne fais rien que tu risquerais de regretter. Laisse Jun en dehors de ça" et il m'a répondu que non, qu'il était sa "sécurité".

- Exactement ce qu'il m'a dit à propos de Yuya… soufflé-je.

Tant de coïncidences, ça peut pas être un hasard…

- Alors j'ai accepté ce qu'il voulait, c'est-à-dire de sortir avec lui en abandonnant Jun. Je m'arrachais le cœur, mais j'étais prêt à tous les sacrifices pour le bien de Jun.

Comme moi pour Tesshi.

- Le schéma se répète… Il se passe exactement la même chose avec moi… A ça près qu'il a jamais été amoureux de moi-même quand on sortait ensemble. Comment vous avez rompu finalement ?

- Pas d'une belle façon. Jun a fini par quitter le groupe parce qu'il supportait plus de nous voir ensemble Yamashita et moi. Shunsuke se sentait plus à sa place parmi nous depuis qu'il y avait des histoires de couples et il a lâché l'affaire aussi. Et moi… je me sentais tellement mal de tout ça, que je suis allé raconter toute l'histoire à Johnny-san.

- Carrément ?! fais-je soufflé.

- Je ne voyais que cette solution pour arrêter Tomohisa dont la jalousie s'accentuait en plus quelle que soit la personne à laquelle je parlais. C'était trop, bien trop pour un ado de dix-sept ans. Johnny-san l'a convoqué et il a du partir en thérapie intensive. Ca a marqué la fin des 4Tops et j'ai complètement coupé les ponts avec lui depuis ce jour.

- Je crois que sa thérapie a pas du tout été efficace. Je pense que j'ai compris ce qui se passe maintenant du coup.

Il me regarde sans piger. Evidemment, comment il pourrait, c'est du délire total. Mais quand on a entendu toute cette histoire, ça se tient quand même.

- Je pense qu'il t'aime toujours et qu'il s'est jamais remis de votre rupture, même s'il y avait des sentiments que de son côté, expliqué-je. Mais comme tu as coupé les ponts, il cherche à recréer votre histoire avec d'autres protagonistes : Tesshi et moi. Seulement je suis pas toi et il m'en veut de pas l'être, alors pour me le faire payer, il me fait du mal de toutes les façons possibles.

- Tu insinues que ce qui t'arrive est de ma faute ?

- Non, tu y es pour rien. Je crois qu'il a vraiment un problème psychologique. Mais surtout, il est totalement obnubilé par toi, ça me parait évident après tout ce que tu m'as raconté.

- Alors il faut faire quoi ?

- J'ai bien peur de ne rien pouvoir faire. Le seul qui peut lui faire entendre raison, c'est toi. Tu es probablement le seul qu'il écoutera.

- Tu dis "probablement". On a aucune certitude là-dessus.

- Non, mais si on tente rien, on saura pas. Et je crois que j'ai un plan qui pourrait tout résoudre si tu m'aide.

- Je suis prêt à tout pour l'empêcher de nuire. Je t'écoute.