Quand Ikuta repart, une heure plus tard, j'ai changé d'avis sur Yamashita. En fait, il est pas dingue, ni profondément méchant ou cruel. Il est juste désespéré. Désespérément amoureux depuis des années, désespérément triste depuis des années et donc désespérément prêt à tout pour un présent calqué sur un souvenir certainement idéalisé puisque même à l'époque où ils sortaient ensemble, Toma ne l'aimait pas. Au fond, c'est triste et j'ai pitié de lui. Il faut l'aider (dans tous les sens du terme) et je compte pas mal sur Toma pour ça.

Moi je dois rendre visite à Tesshi, je lui ai promis. Je sais qu'il va m'assommer de questions, mais là, je vais pouvoir lui laisser un vrai espoir. Je pourrais bien sûr pas accepter de sortir avec lui tant que le problème avec Yamapi sera pas résolu, mais un espoir, c'est mieux que rien.

Je sors donc et file à pieds jusqu'au restaurant des Koyama. En entrant, j'ai alors la surprise de trouver mon meilleur ami non seulement debout, mais en train d'aider la mère de Keii-chan à faire le service, un tablier noué autour de la taille. Il est vraiment pas croyable. Je parie qu'il a fait du charme à la pauvre Koyama-san pour avoir le droit de se lever et qu'il en a remit une couche pour obtenir le droit de l'aider. La pauvre femme n'avait aucune chance face à lui, il est redoutable.

- Massuuuuuu ! piaille-t-il immédiatement en me voyant, preuve qu'effectivement, il va bien mieux.

- Salut toi. T'as l'air d'aller beaucoup mieux dis donc.

- Oui t'as vu. Koyama-san m'a laissé me lever du coup.

- Elle t'as vraiment laissé ou tu lui as forcé la main en lui faisant du charme ? fais-je dans un sourire en coin.

- Mou… Je fais du charme à personne… sauf à toi, ajoute-t-il tout bas.

Je sais pas pourquoi, mais ces mots me font rougir.

- Chut petit baka, dis pas ce genre de truc quand on est pas seuls… soufflé-je en jetant un coup d'œil inquiet sur les quelques clients attablés.

- Oh Masuda-kun, me dit alors la mère de Keii-chan en me remarquant. Comme tu vois il est debout. Il allait mieux et me faisait de tels regards suppliants pour que je le laisse se lever, que je n'ai pas pu refuser. Et impossible aussi de le convaincre que je n'avais pas besoin d'aide. Il est terrible.

- Ah ça…

- Tu veux manger quelque chose ?

- Heu… j'étais juste venu parler à Yuya en fait…

- Les deux ne sont pas incompatibles. Assieds-toi et mange, tu parleras à ton ami ensuite.

Elle me rappelle tellement kaa-chan, que je rends les armes et prends place à une table libre près du comptoir, d'où je regarde mon Tesshi évoluer avec aisance, même chargé d'un plateau. Je me demande s'il y a un truc que ce garçon ne sait pas faire. Il sourit aux clients, plaisante avec eux… et plus je le regarde, plus je le trouve adorable et plus l'envie de l'enlacer, de le serrer contre moi m'envahit. Celle de l'embrasser aussi. Mais je peux pas. Pas dans un lieu public (même si je doute que qui que ce soit se risque à prendre des photos de nous dans le resto des Koyama).

Soudain, la porte s'ouvre et un petit groupe d'adolescentes entre dans la pièce.

- Il est là ! piaille l'une d'elles en fixant Tesshi. Je vous l'avais bien dis !

Et aussitôt, elles se jettent sur mon meilleur ami comme des vautours. Je vois ses yeux s'écarquiller et il recule. Elles vont me l'étouffer !

Mais avant que j'ai pu faire un geste pour l'aider, la voix de Koyama-san s'élève. Calme mais ferme.

- Un peu de calme et de silence, jeunes filles. Où vous croyez-vous ?

- Taisez-vous, vieille sorcière ! réplique alors l'une. On fait ce qu'on veut !

Ouh là… Ca, ça va pas du tout lui plaire, à Koyama-san…

- Vieille sorcière ? répète-t-elle. C'est comme ça que vos parents vous ont appris à respecter vos aînés ? J'ai honte pour eux et pour vous.

- Et si c'est pour être insultantes et méchantes, vous pouvez repartir, je veux pas vous parler, intervient à son tour l'objet de l'hystérie.

- Mariko, qu'est ce que tu as fais ?! Tu as insulté la maman de Keii-chan !

- Et fâché Angel !

Angel ? Ah elle doit parler de Tesshi. Je connaissais pas ce surnom, mais je dois dire qu'il lui va plutôt bien.

- Excuse-toi tout de suite !

- C'est inutile, reprend Koyama-san. Je vous interdis de revenir ici. Sortez maintenant. Toutes.

Les filles font une drôle de tête. Je parie qu'elles s'attendaient pas à être mises à la porte.

- Qu'est ce qui se passe ici ?

Cette voix… Je me retourne. J'en étais sûr, c'est Yusuke, le frère cadet de Keii-chan. On peut dire qu'il tombe à pic. Autant que son frère aîné qui arrive derrière avec Shige et Ryo.

Aussitôt, un concert de cris se fait entendre et je rigole à moitié parce que moi, elles m'ont même pas vu.

- Rien du tout, les garçons. Ces jeunes filles allaient sortir. Pas vrai mesdemoiselles ?

- Et si on s'excuse, on pourra rester ? demande alors l'une des filles.

- Pourquoi s'excuser ? demande Shige.

- Pour rien, pour rien. Allez vous asseoir tous. Masuda-kun est déjà là.

Mon nom mentionné, elles se retournent vers moi d'un bloc et je leur fais un petit signe de la main. Je les vois pâlir et elles s'enfuient en disant "oh non la honte, on l'avait même pas remarqué".

Le calme revient dans la pièce et j'entends mon Tesshi marmonner quelque chose comme "ne pas voir mon Massu, elles sont folles ces filles…, ce qui me fait sourire.

- Et ben il y a de l'animation ce soir, constate notre aîné. Bonsoir kaa-chan.

- Bonsoir kaa-chan, dit Yusuke en écho.

- Bonsoir mes garçons. C'est rare que je vous ai tous les deux.

- J'ai croisé nii-chan et ses amis devant la porte.

Plus je regarde Yusuke, moins je comprends pourquoi il est pas entré dans l'agence lui aussi. Parce qu'il a vraiment rien à envier à son frère. Mais apparemment, il préférait un métier moins voyant qu'idole. Du coup, il est photographe. Il sillonne le pays pour prendre des clichés des plus beaux paysages du Japon, ce qui fait qu'on le voit pas souvent. Ce soir, c'est presque un miracle.

- Allez la marmaille, asseyez-vous tous. Oui oui, même toi Tegoshi-kun. Tu en as assez fais.

- Mais…

- Laisse tomber Tesshi, ça sert à rien de discuter avec kaa-chan, intervient Keii-chan en rigolant. T'as pas encore remarqué que t'auras jamais le dernier mot ?

- Mou…

- D'où tu arrive là, Yusuke-kun ? lui demande Ryo alors que tout le monde me rejoint.

- De Nara. J'étais dans le parc, je prenais les daims en photo.

- Les daims ?! relève immédiatement Yuya qui a toujours adoré les animaux. Je peux voir ? SteplaitSteplaitSteplaitSteplaitSteplaiiiiiit !

- Si tu veux. Attends, je vais chercher mon appareil.

Le plus jeune des Koyama quitte la pièce sur ces mots et je le suis pensivement du regard. Ils sont vraiment très différents. Autant Keii-chan est toujours joyeux et plein d'entrain, autant Yusuke, d'un an son cadet, est perpétuellement sérieux, voire taciturne. Je me souviens pas de la dernière fois où je l'ai vu sourire. Et pourtant, mon Tesshi en mode pile électrique avec des étoiles dans les yeux, ferait sourire n'importe qui.

Yusuke revient donc avec son appareil et montre ses photos à mon meilleur ami, qui pousse de petites exclamations ravies toutes les trois secondes. Il est vraiment adorable. J'adore.

- Bah t'as l'air d'aller bien mieux, lui dit Shige quand le passage en revue des quadrupèdes est terminé. Ca fait plaisir.

- Ca veut dire qu'il a bien écouté kaa-chan. Ne, Tesshi ?

- J'ai pas trop eu le choix, rigole le concerné. Votre maman a une volonté terrible. Pire que celle de Massu et la mienne réunies.

- Tu étais malade, Tegoshi-kun ? demande alors Yusuke.

- Oui, un mauvais rhume. Mais grâce à votre maman, je suis guéri, sourit-il d'un air chou.

Bah traitez-moi de parano si vous voulez… mais je suis sûr d'avoir vu l'impassible frère de Keii-chan rougir. Et j'aime pas beaucoup ça. Parce que quand on rougit alors que quelqu'un vous sourit juste, ça veut dire que la personne en question nous plait ou, du moins, qu'elle nous est pas indifférente. Et Tesshi est à moi, j'ai pas envie de le partager, même avec quelqu'un d'aussi gentil que Yusuke.

La suite du repas se déroule joyeusement, mais avec tout ça, j'ai pas encore pu parler à Yuya alors qu'à la base, je suis venu pour ça.

- Tesshi tu viens, on va chercher tes affaires, que tu puisse rentrer chez toi, dis-je pour m'isoler avec lui.

- Hai, j'arrive.

Il fait lever Shige qui était assis à côté de lui, me rejoint et monte avec moi jusqu'à l'ancienne chambre de Keii-chan, dont je referme la porte.

- J'ai presque rien tu sais, c'était pas la peine que tu…

- Je voulais te parler seul à seul.

- Oh. Je t'écoute.

- J'ai… probablement trouvé une solution à mon problème alors…

- N'en dis pas plus ! fait-il en se jetant à mon cou, avant de m'embrasser/

Je m'apprête à le repousser, à lui dire la suite de ce que j'avais prévu, mais je me rends soudain compte que j'en suis incapable et referme les bras sur lui en répondant au baiser. Non seulement je peux pas le repousser, mais j'ai soudain l'impression que sa place est là, dans mes bras. Qu'elle y a toujours été. Et mon cœur, que je croyais brisé à jamais, se met à battre plus fort que jamais dans ma poitrine, alors qu'une intense rougeur envahit mes joues. Je l'ai déjà serré contre moi des centaines de fois, alors pourquoi cette fois c'est différent ? Est-ce que je serais… amoureux de lui ? Non, impossible et pourtant… 1) je veux toujours le protéger quoi qu'il puisse m'arriver 2) je le trouve toujours adorable et attendrissant 3) c'est avec lui que je passe le plus de temps et que j'ai envie de passer tout mon temps 4) je suis incapable de lui refuser quoi que ce soit 5) instinctivement, c'est vers lui que je me tourne quand je vais pas bien, surtout de ma prise de conscience avec Masa-chan. Ca fait trop de coïncidences pour que s'en soit justement. J'essaye de me rappeler ce que j'ai ressenti pour Masa-chan, puis pour Hiro et même pour Yamashita. Est-ce que je serais détruit de la même façon si Yuya me larguait, s'il partait à l'autre bout du monde ou s'il me trahissait ? Non, ce serait probablement pire, parce que c'est Tesshi et que je le connais mieux que moi-même. Si quelque chose du même genre arrivait, je pense que cette fois, j'aurais pas le courage de continuer à vivre. Il a toujours été ma force, mon soutien. Depuis le début et ça s'est jamais arrêté quoi que j'ai traversé, alors qu'il devait souffrir le martyre à chaque fois que je sortais avec quelqu'un et même quand je rompais.

- Massu ? Ouh ouh Massu !

Sa voix m'arrache à mes pensées.

- T'étais plus avec moi là… Ca va pas ?

Son visage inquiet est si proche… Je pose une main sur sa joue et la caresse tendrement en l'observant. Je me rends compte que jusqu'à aujourd'hui, je le voyais sans le voir vraiment. Maintenant… tout est différent.

- Massu…

Il a posé sa main sur la mienne et frotte sa joue contre, les yeux fermés. On dirait un chaton. Mais ça n'en est pas un. Pas plus qu'un enfant, même s'il a souvent des réactions immatures. Sans que je le vois, sans m'en apercevoir alors qu'il était si près, il est devenu un homme. Un homme qui m'a toujours aimé.

- Tesshi… Yu'… Je… crois que…

- Oui ?

Il y a tant d'espoir dans sa voix.

- Continue, Massu, je t'en prie…

Ses grands yeux noisette sont pailletés d'or, je le remarque seulement maintenant. A croire que jusque là j'étais aveugle.

- Je crois que je suis… tombé amoureux de toi sans m'en rendre compte… avoué-je.

Je voulais rien dire à cause du "problème Yamashita", mais le contrôle de la situation m'a échappé à partir du moment où il a posé ses lèvres sur les miennes.

- Enfin… J'ai espéré ces mots si longtemps, Massu… murmure-t-il en se blottissant contre moi.

- Je sais… Gomen… soufflé-je à mon tour en posant le front sur son épaule. Et en plus, je vais être obligé de te faire patienter encore.

Il relève la tête et me fixe.

- He ?

- Il y a… quelque chose que je dois régler avant qu'on puisse être ensemble pour de bon.

- Alors je vais t'aider ! s'exclame-t-il, enthousiaste.

Je lui souris et lui caresse de nouveau la joue.

- Oh… Et ça va prendre longtemps ?

- Je sais pas… Une heure, plusieurs ou des jours… Ca dépend pas que de moi.

- D'accord… Alors j'attendrais. J'attendrais tout le temps qu'il faudra.

- Merci, mon Yuya.

Il y a un petit silence, puis sa voix s'élève à nouveau :

- Ca t'embête pas que je continue à t'appeler "Massu" ? Je t'appelle comme ça depuis tellement longtemps, que je me vois pas t'appeler "Takahisa" d'un coup. Et puis…

- Et puis ?

- Et puis je trouve que ton prénom mettrait une distance entre nous. Il est trop long et donne une impression de froideur. Je veux pas de ça. "Massu" te va tellement mieux…

Je souris de nouveau devant son argumentaire.

- Alors continue comme ça. Ca me dérange pas.

Il me répond par un sourire angélique absolument adorable. Il est magnifique.

- On devrait redescendre avec tes affaires, sinon les autres vont croire qu'il se passe des trucs, dis-je.

- Bah c'est le cas.

- Oui, mais les plus grandes commères de l'agence ont pas besoin de le savoir, fais-je avant de me souvenir que je leur ai déjà dis. Ah bah non, trop tard.

- De quoi trop tard ?

- Ils sont déjà au courant en fait.

- He ? Comment c'est possible ?

- Bah… je leur ai annoncé hier en arrivant l'agence. J'avais oublié.

Je le vois pouffer.

- Oi, te fous pas de moi ou ça va se payer en chatouilles, le préviens-je.

- T'oserais pas !

- T'es sûr de ça ? fais-je en levant les mains et en agitant les doigts comme autant d' "armes".

- J'ai rien dis ! J'ai rien dis !

- Mouahaha, je suis machiavélique.

Cette fois, il éclate franchement de rire et se dépêche de se mettre hors d'atteinte de l'autre côté du lit. Il est tellement mort de rire, que je craque, fais une roulade sur le lit et l'attire dans mes bras où il se blottit aussitôt. C'est aussi simple que ça. Aussi simple que ça l'a toujours été entre nous.

- Je voudrais rester comme ça pour le reste de ma vie… murmure-t-il contre mon cou.

Je lui caresse les cheveux, y dépose un baiser.

- Allez il faut redescendre cette fois. On va aller chez moi si tu veux.

- Oui !

Je sais pas si lui proposer ça était l'idée du siècle étant donné la situation passablement compliquée.

Mais il a dit qu'il serait patient le temps que j'ai réglé le problème alors… Du coup il rassemble ses quelques affaires et on redescend. Comme je le supposais, on est accueillis par des regards narquois et des sourires en coin.

- Vous en avez mis un temps, fait remarquer Shige.

- Qu'est ce que vous fabriquiez dans ma chambre, hum ? interroge Keii-chan, manifestement amusé.

- Vous auriez pu attendre pour faire des saloperies quand même, dit à son tour Ryo. Ca se fait pas voyons.

Ils ont du lui dire, vu qu'il était avec les Kanja quand j'ai fais mon annonce.

Je vois mon Tesshi virer au cramoisi.

- On a rien fais du tout…

- Vous avez joué aux échecs pendant une demie heure ? se moque gentiment Ryo.

- Non mais…

- Arrête de répondre, Yu'. Tu vois bien qu'ils nous taquinent. Tiens, où est passé Yusuke-kun ?

- Il est parti quand sa copine l'a appelé.

Sa copine ? Tiens, ça voudrait dire que je me suis planté concernant lui et Tesshi ? Merde, je suis vraiment parano alors… Merde, c'est grave…

- Bon ben on va rentrer nous. A demain les gars, fais-je pour couper court.

- "On" ? relève Shige. Oh oh…

- J'en connais qui vont pas tellement dormir cette nuit, ajoute Keii-chan. Vous allez pas être en forme demain matin.

- Venant de vous, elle est pas mal celle-là, fais-je alors en croisant les bras, un sourire en coin aux lèvres.

Je les vois échanger un regard inquiet et retiens un éclat de rire.

- Qu'est ce que tu veux dire ?

- Si vous croyez qu'on sait pas pourquoi, certains matins, vous avez l'air claqués avant même qu'on commence les répètes… On est pas si naïfs. Et puis… il y a eu des plaintes au sein de l'agence.

- Merde… Je parie que c'est les Tokio qui ont gueulé… Je t'avais dis que tu faisais trop de bruit, Shi'…

Je me retiens de montrer mon étonnement, qui est pourtant réel, parce que ma dernière phrase était un gros coup de bluff pour leur rendre la monnaie de leur pièce. J'imaginais pas une seconde que ce soit vrai. Putain, non seulement ils ont fait ça à l'agence, mais en plus dans la loge des Tokio… Oh les cons… Si Nagase-sempai les chope, ça va être leur fête. Enfin remarque je dis ça… mais à l'époque où Ryo et moi on était sexfriends, on l'a aussi fait à l'agence. Et il a du penser la même chose vu le regard qu'il m'a lancé.

- Bon allez viens, Yu', on y va, fais-je, brusquement gêné.

- Hai ! Oyasumi tout le moooooonde ! fait mon petit ami en faisant au revoir de la main.

On sort tous les deux et je soupire de soulagement.

- Qu'est ce qu'il y a ?

- Rien rien.

- Alors pourquoi tu soupire ?

- Pour rien en particulier, t'en fais pas.

Du coup on tarde pas à rentrer chez moi. Comme on l'a déjà fais des centaines de fois. Sauf que les circonstances sont différentes parce que jusqu'ici, il venait uniquement en tant que meilleur ami et que maintenant, c'est aussi mon petit ami. Et je sais pas pourquoi, mais du coup, je me sens à la fois fébrile, intimidé et un peu embarrassé. Je crois qu'il va me falloir un temps d'adaptation quand même.

- Massu…

Je sursaute. Il a posé sa main sur ma joue et ce contact pourtant anodin a semblé me brûler au fer rouge.

- Oui Yu' ?

Je crois que ma voix est tendue. Et il va forcément le…

- Mais… calmes-toi, t'as l'air nerveux. C'est que moi, ne.

Gagné, il l'a senti. "Que" lui… Il se rend même pas compte. Mais comment lui en vouloir ? Il fait rien de mal en me touchant si innocemment. C'est mes réactions qui sont exagérées.

- Tu voulais me dire un truc ?

- Je voulais te demander de m'embrasser… mais ça a pas l'air d'être l'idée du siècle ce soir…

L'embrasser… Malgré moi, mon regard se pose sur ses lèvres. Charnues, rosées, surmontées de ses trois fameux grains de beauté, elles appellent le baiser… Elles m'appellent. Mais si je les touche, je sais pas si ça pourra s'arrêter là… Et c'est assez perturbant comme sensation, je suis pas habitué.

- C'est pas que je veux pas, Yu', c'est…

- En rapport avec ce truc que tu dois régler je suppose… (il soupire) Tant pis, j'attendrais.

Il doit penser que c'est idiot, d'autant plus que je l'ai déjà embrassé tout à l'heure.

- Est-ce qu'au moins on peut juste dormir ensemble ou ça aussi c'est exclu ?

Il y a même pas d'amertume dans sa voix, juste de la résignation à ma décision précédente. Et moi, j'hésite. Est-ce que c'est raisonnable alors que j'ose déjà plus l'embrasser ?

- Je te parle simplement de dormir, Massu. Dormir comme ça nous est déjà arrivé des centaines de fois.

Il a raison. Il s'agit juste de dormir. Rien de plus. Détends-toi, Taka…

- D'accord. Viens, fais-je en me dirigeant vers ma chambre.

De toute façon je suis claqué, alors dormir me fera le plus grand bien, surtout avec le plan Yamapi de demain. J'espère d'ailleurs que Toma va pas avoir oublié.

Je vire donc mes fringues et me glisse dans ma couette avec bonheur, en évitant soigneusement de regarder Tesshi qui se déshabille à son tour. Quand j'entends plus de froissement de tissu, je lui ouvre à la fois la couette et les bras et il vient immédiatement s'y blottir avec un bonheur presque palpable, en refermant les bras autour de ma taille. Du coup, on est très étroitement enlacés. Comme sur le lit de Keii-chan. Et ça me rend tout chose, mais je peux pas le repousser. Alors tant pis, je le laisse comme ça.

- Oyasumi Yu', soufflé-je dans ses cheveux soyeux.

- Oyasumi mon Massu.

12 mai 2008

Quand je me réveille le lendemain matin, j'ai un peu de mal à faire le point et mon bras droit est engourdi, comme si un poids avait reposé dessus toute la nuit. En ouvrant les yeux, mon regard tombe sur le paisible visage endormi de Tesshi et toute la soirée de la veille me revient. Je profite de l'occasion pour l'observer avec attention et noter tous ces autres détails auxquels j'avais jamais fais gaffe, même avec le nombre de fois où on a dormi ensemble jusqu'ici : le grain fin et velouté de sa peau claire, le dessin délicat de ses sourcils, la forme de sa mâchoire, la finesse de son cou, l'odeur fruitée de ses cheveux… Du bout du doigt, je suis le contour de son visage.

Comme souvent, mon réveil entraîne le sien sans que j'ai remué, comme si même nos sommeils étaient liés. Il ouvre les yeux, me regarde et un adorable sourire endormi fleurit sur ses lèvres.

- 'Jour Massu, fait-il avant de frotter le bout de son nez contre ma gorge.

- Bonjour Yu', dis-je en souriant à mon tour. Bien dormi ?

- Toujours quand je suis avec toi.

Cette phrase sonne si naturelle dans sa bouche. Dès le réveil, il m'abreuve de son amour et j'y bois avec plaisir.

- Et toi ?

- Moi aussi. Je me sens reposé.

Je jette un œil à mon réveil. On est pas à la bourre, mais il est temps qu'on se bouge si on veut pas l'être.

- Il faut se lever, fais-je remarquer.

Aussitôt, il se serre davantage contre moi, comme s'il voulait carrément fusionner nos corps.

- Nyon, je veux pas… Je veux rester comme ça avec toi…

- Je demanderais pas mieux moi aussi, mais on a du boulot.

- Hum…

Une moue déçue a remplacé son sourire et je le trouve vraiment craquant. Du coup, malgré moi, je pose mes lèvres sur les siennes et ce simple contact même pas appuyé suffit à m'électriser tout entier. C'est fou parce que, pour que ça me fasse ça avec les autres, il fallait au moins un baiser torride. Est-ce que ça veut dire que c'est lui le bon ? Que Tesshi est enfin celui qu'il me faut ?

Le baiser, sage et chaste, s'accentue soudain à l'initiative de mon petit ami et je me sens de nouveau incapable de lui résister. Pourtant, au bout d'un moment, je m'écarte. Et l'entends protester dans un son qui ressemble à s'y méprendre à un gémissement. Je déglutis péniblement.

- Yu'… Tu m'aide vraiment pas là… fais-je d'une voix rauque.

- He ?

- Tu vas réussir à me donner envie, baka…

Il me regarde, les yeux écarquillés de surprise.

- Tu as… envie de moi ? fait-il, incrédule.

- Pourquoi ça te surprend autant ?

- Bah… jusqu'à hier tu avais même pas conscience d'être amoureux de moi, alors qu'aujourd'hui tu aie envie…

Formulé comme ça, c'est désagréable. Ca donne l'impression que je suis un genre d'obsédé.

- Comprends-moi bien, Massu : je suis heureux que tu me désire évidemment…

- Mais ?

- Mais… je sais pas… C'est un peu rapide tu trouve pas ?

- Je pensais que tu serais le dernier à me dire ça, vu le temps que tu as patienté pour m'avoir.

A ces mots, il me regarde, choqué.

- Pour "t'avoir" ? répète-t-il d'un ton blessé. Je veux pas "t'avoir", Massu. Je comprends que tu sois encore traumatisé par ce que t'as fais Yamapi… mais je suis pas lui. Je veux juste faire l'amour avec toi. Je veux t'aimer avec mon corps autant qu'avec mon cœur, ma tête et mon âme. Réduire ce qu'il y a entre nous à une histoire de possession de l'autre, c'est sordide. Ca gâche tout et… et…

Il arrive même pas à finir sa phrase tellement il est blessé de ce que j'ai dis sans y penser. C'est tout moi ça… Je suis monsieur gâche tout. Y compris les intentions les plus pures. Je sais parfaitement que Tesshi est pas comme Yamapi, mais depuis L'histoire, il doit toujours y avoir en moi, un petit Taka qui pense que toute personne se mettant en couple avec moi veut juste m'avoir physiquement.

- Désolé, Yu'. Je sais bien que tu es pas comme ça… Pardon…

- C'est rien… Mais souviens-toi que c'est pas pour ton apparence que je t'aime. Et encore moins pour ton corps.

Il me sourit avec douceur, mais je sens bien qu'il est toujours blessé de mes paroles malheureuses Je sais pas comment je vais pouvoir rattraper ça…

- Allez dépêchons-nous sinon on va vraiment être à la bourre, dit-il en filant à la salle de bain.

Pendant ce temps, je nous fais deux thés mais j'ai pas vraiment la tête à ce que je fais. Entre ma boulette et le "plan Yamapi"… Tiens, si j'en profitais pour m'assurer que Toma est bien prêt ? Je prends donc mon portable posé sur la table du salon et lui envoie le message "hello. T'es prêt pour tout à l'heure ? Tu te souviens du scénario ?". Sa réponse, quasi immédiate, tarde pas et elle tient en seulement deux mots : "T'inquiète".

Soulagé, je bois ma tasse et mes pensées restent sur notre aîné. Il a même pas bronché quand je lui ai plus ou moins demandé de se sacrifier à la cause. Même si c'est pas vraiment un vrai sacrifice, mais avec ce qu'il a vécu lui aussi, ça doit pas être facile, donc c'est bien de sa part.

Quand Tesshi sort de la salle de bain, j'y entre à mon tour, prends une douche rapide pendant qu'il boit le contenu de sa tasse, puis on grimpe en voiture pour le trajet jusqu'à l'agence. Malgré l'assurance que j'ai montré devant Toma, j'ai quand même de l'appréhension. Je pourrais très bien m'être totalement planté à propos de Yamapi et de ses motivations. Si c'était le cas, Toma aurait renoué avec un passé douloureux pour rien et tout serait à recommencer pour moi. Non, il FAUT que j'ai raison à son sujet. C'est l'unique moyen de boucler la boucle et d'en finir avec toute cette haine. Parce que je me fais pas d'illusion : malgré les apparences de bonne entente, le groupe pourra plus tenir longtemps dans cette atmosphère qui se répercute sur notre boulot (même si c'est de façon insignifiante parce qu'on minimise tous).

- … Qu'est ce que t'en dis ?

Je jette un regard à mon compagnon, qui vient manifestement de me parler d'un truc. Seulement…

Il me scrute et je sais qu'il a compris.

- Ok, tu m'écoute pas du tout en fait. Je sais pas que ce t'as ce matin, mais c'est chiant, boude-t-il.

- Excuse-moi, Yu'. Tu disais ?

- … Rien… laisse tomber… grogne-t-il d'un ton renfrogné.

- S'il te plaît, ne boude pas. Je suis vraiment désolé de pas avoir été plus attentif.

- Hum…

Bon, c'est pas la peine, pour le moment, il me fait vraiment la gueule. Faut dire que j'en rate pas une depuis qu'on est réveillés. Deux grosses boulettes en même pas une heure, je dois pas être loin du record du monde.

Du coup, quand on arrive à la loge, il me fait toujours la tronche et va s'assoir dans un coin sans parler à personne. Vivement que je puisse tout lui dire, parce que franchement, là… c'est pénible de rien pouvoir lui expliquer.

- Salut Massu, salut Tessh… Bah qu'est ce qu'il a notre Tesshi ? fait Keii-chan, surpris.

- Il me fait la gueule.

Lui et Shige se regardent, les yeux écarquillés.

- TESSHI te FAIT LA GUEULE à TOI ?! hallucine Shige.

- Ouais…

Je sais, ça fait bizarre.

- J'aurais jamais cru ça possible. T'as vraiment du faire une giga connerie. Par contre… je vois pas ce que t'aurais pu faire de si énorme entre hier soir et ce matin…

- C'est une accumulation en fait, soupiré-je. C'est un peu compliqué à expliquer.

Je sens alors mon portable vibrer dans ma poche et ouvre le message. "Je suis là". Je hoche imperceptiblement la tête et jette un coup d'œil à Yamapi qui s'est même pas donné la peine de regarder dans notre direction. "Viens alors".

Quelques minutes passent, pendant lesquelles je fais mine de fouiller dans mon sac, puis on frappe à la porte. C'est l'heure de vérité.

- Entrez ! dit Yamashita.

La porte s'ouvre alors sur Toma. Ah la vache, il a mis le paquet niveau look ! Yamapi va craquer, c'est sûr !

D'ailleurs, il s'est totalement figé, les yeux exorbités.

- T… Toma… souffle-t-il, totalement incrédule.

- Bonjour Tomohisa. Ca fait longtemps.

- Qu'est ce que… tu fais là ?

- Il faut que je te parle. Tu as un moment ?

Pour toute réponse, notre leader se contente de hocher la tête, son regard ne quittant pas son visiteur, comme s'il avait du mal à croire à sa réalité.

Quant à nous cinq, on suit l'échange en tournant la tête d'un côté de la pièce à l'autre, comme si on regardait un match de tennis. Je jette un coup d'œil à Tesshi qui, lui aussi, fixe Toma avec une tête de poisson pané. Mais je suis pas jaloux, je sais pourquoi : il adorait les 4Tops quand il était gosse, alors en voir deux sur quatre devant lui doit lui faire un choc. Je suis prêt à parier que si Kazama et Hasegawa se pointaient maintenant, il se retransformerait aussitôt en groupie en oubliant tout ce que Yamapi a fait de mal. Il est comme ça mon Tesshi.

Toma et son ancien acolyte quittent la pièce, mais je décide de les suivre discrètement. Il y a pas moyen que j'entende pas la conversation après le soin que j'ai mis dans l'élaboration de mon scénario.

Mais me voyant m'éloigner vers la porte à pas de loup, mon petit ami, oubliant qu'il me faisait la tête, me demande :

- Où tu vas ?

- Heu… chercher un truc au distributeur, j'ai soif, dis-je en prenant la première excuse venue pour sortir.

Mais j'avais compté sans ses talents de pot de colle. Apparemment plus fâché, il sautille presque jusqu'à moi et harponne mon bras en me dédiant un sourire renversant.

- Je viens avec toi !

Ne voyant pour le moment pas comment l'éloigner sans le blesser (et je l'ai déjà assez fais ce matin), je sors donc avec lui et me dirige vers le fameux distributeur, sans perdre de vue le fait que mon plan se déroule plus loin. Il faut que je me rapproche pour entendre si tout se déroule comme prévu.

- Oh Yu', j'ai oublié la monnaie dans mon sac. Tu veux bien aller la chercher ?

- J'y vais ! dit-il en filant.

Pourvu qu'il revienne pas trop vite… Je vais donc me poster dans le renfoncement où se trouve l'ascenseur et plaque mon dos contre le mur le plus proche d'eux, l'oreille aux aguets.

- … mal fini toi et moi, dit Toma.

- Tu m'as abandonné, oui.

- Tu as compris pourquoi au moins ?

- Parce que tu ne m'aimais pas.

- Non, Tomohisa, ce n'est pas pour ça. Ne fais pas semblant de ne pas avoir compris, tu es plus intelligent que ça.

Il y a un silence. Je le vois pas, mais je suis quasi certain qu'il a secoué la tête et la phrase suivante de Toma me donne raison.

- Tu fais encore l'autruche six ans après on dirait. Si seulement tu ne m'avais pas fais de chantage… Jun…

- Ne me parle pas de lui ! s'exclame alors Yamashita, coupant la parole à son ex copain. Je ne veux pas entendre son nom ! Il n'a jamais existé ! Jamais, tu m'entends ?!

- Si. Si, Tomohisa. Si, Jun a existé et je le trahirais une nouvelle fois si j'abondais dans ton sens. Mais tu as raison, ce n'est pas pour ça que je suis ici aujourd'hui.

Ah. Voilà, c'est là que le scénario commence vraiment.

- Pourquoi tu es venu alors ? Pour me torturer ?

- A ce que j'ai compris… en ce moment, c'est plutôt toi le tourmenteur.

- He ?

- Pourquoi tu agis comme ça avec Masuda, Tomohisa ? Tu n'es pas quelqu'un de méchant, je le sais, alors pour quelle raison ?

- Comment tu… Il s'est plaint à toi ?!

- Je ne le connais même pas, répond Ikuta, me couvrant par la même occasion. Mais tu n'ignore pas que tout finit par se savoir dans cette agence et que même le secret le mieux gardé est un secret de Polichinelle. Il y avait des bruits et ils sont remontés jusqu'à moi, voilà tout. Alors réponds à ma question : pourquoi ?

Il y a un nouveau blanc et je risque un coup d'œil vers eux. Toma a pris l'air doux et tendre prévu par le scénario et Yamapi, quant à lui, a baissé les yeux. Il a l'air… triste ?

- Parce que j'ai trop mal… Même six ans après, je souffre toujours de notre rupture, de ton absence. Mes sentiments pour toi n'ont pas changé, Toma… J'ai… Je suis toujours amoureux de toi…

C'est ce moment que Tesshi choisit pour revenir. Craignant des questions qui auraient trahi notre présence, je l'attire contre moi et plaque ma main sur sa bouche.

- Ne dis rien, murmuré-je à son oreille d'un ton à peine audible. Tu sauras tout en temps voulus.

Il hoche la tête, je retire ma main et reporte mon attention au-delà du mur, sans pour autant lâcher mon petit ami.

- Et c'est parce que tu m'aime encore que tu fais souffrir Masuda ? Ce pauvre gars avait à peine intégré l'agence à l'époque, Tomohisa. Il n'y est pour rien si je suis parti. Qu'est ce que tu lui fais payer exactement ?

- Il n'est pas toi…

- Et alors quoi ? Tu vas tyranniser tous les mecs avec qui tu sors parce qu'ils ne sont pas moi ? Ce n'est ni une preuve de maturité ni d'intelligence, Tomohisa. Je suis déçu de ton comportement.

Il y a un nouveau blanc. Toma m'impressionne. Bon, tout ça était pas prévu par le scénario par contre. Parce qu'à aucun moment je lui ai demandé de plaider ma cause, il a pris cette décision tout seul. Il est parti en impro totale là.

- Laisse-le tranquille une bonne fois pour toutes, d'accord ? Il a le droit d'être heureux sans que tu lui pourrisse la vie parce que tu n'es pas capable de gérer une déception amoureuse datant de six ans.

D'un coup, j'entends un reniflement et risque de nouveau un regard vers eux. Yamapi pleure. Vraiment. De grosses larmes roulent sur ses joues maintenant.

- Pourquoi… tu es venu, Toma ?

- je voulais te proposer de tout reprendre à zéro, puisque de l'eau a coulé sous les ponts depuis, répond notre aîné en revenant à mon scénario. Mais j'ai bien l'impression que tu n'es toujours pas prêt, que tu n'as pas assez évolué.

Sur ces mots, il fait mine de s'éloigner. Je suis sûr que si je fais un décompte… Trois… Deux… Un…

- Toma !

Gagné.

L'interpellé se retourne et le fixe sans rien dire.

- Je… je ferais plus rien à Massu ni à personne d'autre, je le jure… je ferais tout ce que tu voudras… balbutie-t-il en pleurant toujours. Mais je t'en prie… je t'en supplie… ne me laisse pas encore… Ne m'abandonne plus…

A ces mots, Ikuta revient vers lui et, des pouces, essuie les larmes qui coulent encore sur ses joues. Là, j'arrive pas à savoir si c'est juste du jeu d'acteur ou s'il est vraiment touché de ce qui se passe, c'est perturbant.

- Alors essayons de tout recommencer à zéro, comme si on ne se connaissait pas, sourit Toma en repartant dans le texte prévu. U=Ikuta Toma, ajoute-t-il en lui tendant la main. Enchanté.

Sur le coups, Yamapi regarde sa main tendue, manifestement interloqué, puis la serre en reniflant.

- Ya… mashita Tomohisa, dit-il en la serrant.

Bon ben je pense que j'ai plus besoin de rester là. Les choses sont allées comme sur des roulettes malgré les impros de l'acteur principal. Mais j'ai bien peur que le fait d'avoir accepté mon scénario oblige mon aîné à fréquenter de nouveau le responsable de sa rupture avec son ex. J'espère qu'il m'en voudra pas trop. Je ferais un débriefing avec lui dans les jours prochains.

Prenant la main de Tesshi, je retourne dans la loge le plus discrètement possible et me retourne ensuite pour le regarder.

- Maintenant tu peux parler.

- Massu… Il vient de se passer quoi là ? C'était quoi cette scène bizarre ? Pourquoi tu les espionnait ? De quoi parlait sempai en parlant de toi ? Pourquoi il a l'air de te connaitre ? Il s'est passé quoi il y a six ans ?

- Attend attend, une question à la fois, tu veux. C'est un peu long et compliqué et toutes les réponses sont liées.

- Si on dérange, faut le dire, dit alors Ryo.

- Non au contraire, réponds-je. Venez aussi tous les trois. Vous êtes concernés aussi même si c'est indirectement.

Ils s'approchent donc et je me met à tout leur raconter depuis le début : ce que le KoyaShige savait mais pas Tesshi ni Ryo (le dernier chantage de notre leader), mon acceptation de sa condition (ce qui met en colère et blesse mon copain), puis ma décision de réagir, mon idée incluant Toma, ses confidences concernant le passé, mon scénario visant à faire voler en éclats la carapace de Yamapi et enfin la scène qui vient d'avoir lieu.

A la fin, tous les quatre me regardent d'un air à la fois surpris et choqué.

- Tu te rends compte du risque que t'as pris ? me demande Keii-chan.

- Si tu t'étais totalement planté et que Pi était réellement un connard, t'aurais pu salement morfler. T'es inconscient, dit Ryo.

- Mais ça a marché. (je regarde Tesshi qui reste silencieux) Maintenant on est libres, Yu'.

Mais il dit toujours rien et se détourne pour aller prendre son sac.

- Yu' ?

- Quoi ?

- Bah… t'es pas content ? Maintenant on peut vraiment être ensemble.

- Je crois pas.

- He ?

Sa voix est bizarre. Froide et distante. J'ai pas l'habitude. Qu'est ce qui se passe ?

Mais avant que j'ai pu poser la question, il s'est déjà détourné. Inquiet, je le prend par l'épaule pour qu'il me fasse face et, éberlué, je constate que ses yeux sont pleins de larmes.

- Yu' ?! Qu'est ce que t'as ?!

- Comment t'as pu… murmure-t-il.

- Quoi ?

- Comment t'as pu faire tout ça dans mon dos ?! Je croyais qu'on se disait tout ! crie-t-il.

- C'était pour te protéger… Pour pas que tu sois blessé…

- C'est raté ! Je SUIS blessé ! Blessé que tu me fasse pas assez confiance pour me dire ce genre de chose grave, blessé que tu me considère pas assez fort pour entendre ce genre de chose ! Arrête de me voir comme un gamin à qui il faut tout épargner ! J'ai PAS BESOIN d'être protégé ! Et même si je l'étais, tu crois vraiment que je pourrais supporter que ce soit comme ça ! Pas en te laissant aller à l'abattoir !

- Tesshi…

Bouleversé de le voir dans cet état par ma faute, je le serre dans mes bras et, malgré sa colère, il s'y blottit.

- Fais plus jamais ça… Me cache plus rien… souffle-t-il. Je suis pas plus important que toi, alors rien justifie que tu te sacrifie. Je vaux pas ce sacrifice…

- Bien sûr que si, Yu'. Tu vaux tout à mes yeux.

- Massu…

- J'en avais pas conscience jusque là, mais je crois que je suis vraiment prêt à tout pour toi, Yu'. Je me jetterais au feu sans hésiter si ça pouvait t'épargner quoi que ce soit.

- Massu…

- Ca a toujours été le cas, poursuis-je, mais ça me semblait si naturel de veiller sur toi, de te protéger, que je m'en étais pas vraiment rendu compte. Je t'aime, Yu'. Vraiment.

Et sur ces mots, avant qu'il ait pu prononcer un énième "Massu…", je prends doucement son visage dans mes mains et l'embrasse tendrement. Ses bras enlacent ma taille et il répond au baiser, jusqu'à ce que des applaudissements résonnent dans la pièce.

- Le premier baiser "public" du Tegomass ! Wouhouuuuuu ! s'exclame Keii-chan.

On rigole tous les deux et Tesshi essuie ses yeux en même temps.

- Dites, ça vous dérange que je sois le seul célibataire là ? intervient alors Ryo. Nan parce que si je gêne, je peux aller chez les Kanja, ne.

- Pour aller retrouver le beau Tacchon ? le taquine Shige en lui collant un coup de coude dans les côtes.

- Comment ça "beau" ? lui chuchote alors son copain, pas assez bas pour que je l'entende pas.

- Sois pas jaloux, mon Keii. Il est moins beau que toi évidemment.

- Je vois pas pourquoi tu sors une connerie pareille, grogne Ryo en se détournant, mais pas assez vite pour qu'on remarque pas la rougeur qui a soudain envahi ses joues.

- Ryo-taaaaaan… piaille alors mon chéri. T'aurais pas oublié de nous parler d'un truuuuuuc ?

- Je vois pas de quoi tu parle

- Allez dis-nous ! Dis-nousDis-nousDis-nousDis-nousDis-nouuuuuus !

Je rigole. S'il y a bien un truc que Tesshi déteste, c'est les secrets quand il est pas dans la confidence. Il va harceler Ryo jusqu'à ce qu'il avoue tout… ou qu'il craque et l'envoie bouler.

- Rah Tego, tu fais chier, lâche-moi…

- Mou… Ryo-tan, on est tes amis, pourquoi tu nous parle pas ?

- Hum, laisse-moi réfléchir… Peut-être parce que News regroupe les pires commères de toute la Jimusho ?

- Nous ?! s'exclament en cœur mon chéri et le KoyaShige d'un air offensé que je trouve très marrant.

- Nan, la reine d'Angleterre…

Heureusement pour Ryo, le retour de Yamapi dans la salle le dispense de satisfaire la curiosité de mon petit ami. Surtout que, d'un coup, notre leader se dirige vers moi. Et malgré ce que j'ai entendu dans le couloir, j'appréhende un peu. Il va se passer quoi ?

A ma grande stupeur, il s'agenouille soudain devant moi et pose carrément le front sur le sol.

- Je suis vraiment désolé de tout le mal que je t'ai fais. Ca ne se reproduira plus jamais, tu as ma parole.

Sur le coup, je suis tellement ahuri, que je sais pas quoi répondre. Qu'est ce que Toma a bien pu lui dire d'autre pour motiver un tel changement de comportement à mon égard ?

- Tu veux bien me pardonner, Massu ? Je t'en prie…

C'est la deuxième fois en même pas une demie heure que je l'entends supplier…

Mais avant que j'ai pu dire le moindre mot, la voix de Tesshi s'élève, de nouveau pleine de colère.

- Et pourquoi il te pardonnerait ?! Tu lui as rien apporté, tu lui a juste fait du mal !

- Yu' arrête…

- Non Massu, cette fois je me tairais pas ! T'as pas à lui pardonner, il a aucune excuse ! (à Yamapi) Tu te rends compte de combien t'as été ignoble ?!

- Je sais… Mais j'ai une explication… si vous voulez bien m'écouter…

- Laisse-le parler, Yu', dis-je, de nouveau pris de pitié.

Je sais déjà tout ce qu'il va dire, mais comme il est pas censé savoir qu'on sait, je vais le laisser parler, on verra ensuite. Mais bon, comme il s'est quand même agenouillé en me suppliant, je me vois mal le rembarrer. Tesshi, par contre, sera plus difficile à gagner à sa cause. Malgré le fait qu'il l'admirait encore il y a pas si longtemps, il lui en veut vraiment de ce qu'il m'a fait. Peut-être même plus que moi, ce qui est un comble.

- Parle, on t'écoute. Mais relève-toi d'abord.

Il hoche la tête, se remet debout et, en me fixant, raconte ce qu'on sait déjà.

- T'es conscient que c'était complètement con ? fais-je quand il a terminé son récit. Jamais une personne pourra en être une autre, pour la bonne raison qu'il existe qu'un seul exemplaire de chaque personne. Partant de là, tu pourrais chercher toute ta vie, tu trouveras jamais un autre Toma.

- Je sais… Mais… il accepte de me revoir alors… les choses vont pouvoir redevenir ce qu'elles étaient avant que je commence à me conduire comme un connard.

- T'es sérieux là ? demande alors Ryo. Tu pense vraiment que c'est possible ? Merde, t'étais mon meilleur pote et j'ai l'impression que je te connaissais pas du tout en fait !

- Et si Toma était pas venu ?! reprend Yuya. S'il avait pas fait un pas vers toi, il se serait passé quoi ?! T'aurais continué à te servir de mon Massu ?! T'aurais continué à le faire chanter ?! T'aurais continué à lui faire du mal ?!

- Tesshi a raison, appuie Keii-chan. Comment on peut encore te faire confiance après tout ça ?

- Comment on peut être sûrs qu'après Massu, tu t'en prendras pas à l'un de nous ? poursuit Shige. Que tu nous planteras pas un couteau dans le dos à nous aussi ? Ce que tu fais à l'un de nous, tu le fais à nous tous, parce qu'on est tous liés.

Plus mes amis l'accablent, plus je me sens mal.

- Oi stop ! m'exclamé-je. Je suis content que vous preniez mes intérêts tellement à cœur tous les quatre, mais ça suffit. Vous voyez pas qu'il regrette vraiment ? A quoi ça sert de spéculer sur ce qui AURAIT PU arriver, puisque c'est pas arrivé ? Laissez-le. En ce qui me concerne, toute cette affaire est classée et je veux plus en entendre parler, ajouté-je en tendant la main à mon ex.

- Merci, Massu, me dit-il en la serrant, manifestement ému. Tu es vraiment un mec bien. Je regrette vraiment de t'avoir fait tant de mal.

A ces mots, j'entends Ryo tousser, mais sa toux ressemble étrangement au mot "pigeon". Comme si c'était communicatif, Shige tousse à son tour et, cette fois, j'entends le mot "naïf".

Je sais qu'il me désapprouvent, pas besoin de sortir d'une grande école pour le deviner. Mais j'ai vraiment pas envie de pourrir plus l'ambiance du groupe.

- Vous regretterez pas de me donner une deuxième chance, les gars.

J'entends des grognements derrière moi, pourtant, l'un après l'autre, ils vont serrer la main de notre leader.

Merci Toma. Je sais pas encore quand ni comment, mais je te revaudrais ça.