1er septembre 2008

Aujourd'hui on doit tourner le pv de "Happy birthday", notre nouveau single qui doit sortir dans un mois. Comme j'aime beaucoup cette chanson plutôt rythmée, j'espère que ce pv sera à la hauteur. Pour le moment, on est tous entassés dans le van et on est en route pour le studio. A côté de moi, il y a Tesshi qui me quitte plus d'une semelle depuis qu'on sort ensemble. Enfin on était déjà pas mal collés avant, mais là ça a empiré. Enfin je veux dire, il me prend la main, il m'enlace, il me caresse la joue, les cheveux etc, mais du coup, c'est tout le temps. Comme s'il cherchait à se persuader de ma réalité. Là, par exemple, il a la tête sur mon épaule et sa main dans la mienne. Ca me dérange pas du tout, mais ça fait bien rigoler les autres, parce que le KoyaShige est pas du tout comme nous. Ces deux-là, la dernière fois que je les ai vus se prendre la main, c'était… le jour où j'ai décidé de passer l'éponge avec Pi. J'avais même surpris un regard tendre. Mais à part ça…

- Massu, regarde !

Sorti de mes pensées, je tourne la tête dans la direction qu'il m'indique, pour voir passer un groupe de lycéennes portant des uchiwa représentant… nos visages à tous les six. Bizarre, on a pas de live ni quoi que ce soit impliquant les fans aujourd'hui.

- Tu crois qu'elles vont où ? me demande Yuya.

- Aucune idée. Peut-être que c'est juste un rassemblement comme ça, sans raison.

- Hum… Massu ?

- Bisou…

Ah oui ça aussi c'est tout le temps maintenant. Il a sans arrêt envie que je l'embrasse. A croire qu'il est devenu accro.

- Et ben embrasse-moi alors, qu'est ce que tu attends ?

Et je dois avouer que moi aussi. Pas autant, mais quand même.

- Mou… Mais non toi.

- C'est toi qui en voulais non ? Alors viens le chercher.

Il relève la tête et pose ses lèvres toutes douces sur les miennes. Par réflexe, je met la main sur sa joue et répond au baiser, résistant à l'envie de l'approfondir parce que ce n'est ni le lieu ni le moment. Surtout qu'à ce niveau-là, il s'est encore rien passé entre nous. On pourrait dire qu'on en est à un stade… d'adolescents amoureux. Sauf que ça va bientôt plus me suffire. Pour le moment, ça va encore, mais…

Un petit soupir de bien-être lui échappe quand nos bouches se séparent et il reprend sa position initiale, tandis que je dépose un petit baiser dans ses cheveux soyeux.

- Tego, t'endors pas, ne, fait alors la voix de Pi juste derrière nous. On est presque arrivés.

- Oui oui.

Le ton de mon Tesshi envers notre leader, est froid. J'ai beau avoir passé l'éponge, je crois que lui n'a pas réussi à faire pareil. J'ai pas l'impression qu'il lui pardonnera de si tôt ce qu'il m'a fait.

Je risque un coup d'œil à l'autre rangée de sièges où Ryo comate à moitié. Il faut dire qu'il doit être crevé vu qu'en ce moment il arrête pas de courir entre son boulot avec nous et celui avec les Kanja. Qui sont pas revenus squater notre loge depuis un bon moment si j'y réfléchis bien.

Devant, le KoyaShige est totalement silencieux. Ce que je trouve louche vu que ce sont des pipelettes d'habitude.

- Keii-chan ? Shige ? les interpellé-je.

Pas de réponse.

- Les gars, ça va ? insisté-je.

- Fous-leur la paix; ils pioncent, répond Ryo.

Ah. Je comprends mieux.

- Eux oui et moi non ?! se révolte alors Tesshi en se retournant pour regarder Pi par le petit espace entre nos fauteuils.

- Eux dorment quasiment depuis qu'on a quitté l'agence, Tego. Ca ne servirait juste à rien que tu t'endorme alors qu'on est presque arrivés. Je fais pas de favoritisme.

- Mouais…

Mon petit ami s'est retourné en grommelant. Il boude très visiblement. Et Tesshi qui boude avant un tournage de pv, dit beaucoup de prises à refaire parce qu'il sera pas concentré. Conclusion, si on veut avancer aujourd'hui, il va falloir que je lui rende le sourire. Et je sais déjà comment.

- Yu'… je t'aime, lui murmuré-je à l'oreille.

C'est suffisant. Un grand sourire reparaît aussitôt sur ses lèvres. Il adore que je lui dise ça. Il pourrait l'entendre en boucle toute la journée sans que ça le lasse. Du moins c'est ce qu'il m'a dit il y a quelques jours.

- Ah bah voilà c'est mieux. Tu es tellement plus beau quand tu souris que quand tu fais la tête, soufflé-je.

- Merci Massu.

Je lui souris et serre un peu sa main qu'il a remit dans la mienne.

Le van finit par se garer devant le studio, puis la portière coulissante s'ouvre.

- Allez les gars, on est partis, nous dit Pi en quittant l'habitacle le premier, suivi par Ryo dont je sais pas très bien si je peux dire qu'ils sont redevenus amis ou pas. En passant devant le KoyaShige, je secoue un peu le deuxième pour les tirer du sommeil vu qu'ils ont pas l'air de percuter qu'on est arrivés. Heureusement ils ont pas le sommeil trop lourd et ouvrent les yeux tout de suite.

- Ah merde on s'est arrêtés.

- Hé oui. Allez venez sinon on va entendre gueuler Pi.

Je descend, suivi de mon Tesshi et la portière se referme derrière nos deux amis. On rejoint ensuite Ryo et Pi qui sont entrés dans le bâtiment.

On a toujours la même loge depuis qu'on vient tourner dans ce studio, donc on y a nos marques. A peine arrivé, Yuya se jette à plat ventre sur le confortable canapé placé en plein milieu et fait l'étoile de mer. Enfin il essaye vu que son bras et sa jambe gauches sont bloqués par le dossier et que son bras et sa jambe droits pendent dans le vide. Un bâillement lui échappe, mais personne a le temps de lui dire quoi que ce soit, car habilleuses, coiffeuses et maquilleuses entrent presque immédiatement pour s'occuper de nous. Heureusement, les fringues prévues pour le pv sont toutes normales. Pas de strass, de plumes, ni de bouts de tissu qui pendouillent. Même pas de couleurs flashy. Entre "Summer time" et "Happy birthday", ça fait deux fois que les stylistes nous épargnent, c'est presque louche.

Une fois qu'on est tous prêts, on rejoint le studio en lui-même, où on a la surprise de découvrir le décor. Ou plus exactement, l'absence totale de décor. A la place, on a juste un fond vert. Je crois que c'est la première fois qu'on se retrouve avec ça. Parce que ça veut dire qu'on a aucune idée de ce à quoi ressemblera le décor et qu'on devra quand même faire comme s'il était là. Je vous raconte pas le bordel que ça va être.

Au bout d'un quart d'heure, on a grosso modo l'explication du décor inexistant : une cuisine type vieux jeu vidéo des années 80 avec un îlot central autour duquel va se passer la choré.

- L'emplacement est délimité par les croix sur le sol, nous informe le réalisateur, avant que les accessoiristes nous casent dans les mains des accessoires… en carton et en 2D.

Mais genre… comment vous expliquer… les décors qui étaient fournis dans les blisters des poupées des années 80. Me demandez pas comment je le sais. Donc là, on a un bouquet de fleurs, un gâteau, un paquet cadeau… tous plats. C'est original, je dis pas le contraire, mais j'avoue que la signification du concept m'échappe complètement.

On a fini par y arriver, mais ça a pas été simple. Il a fallu refaire je sais pas combien de prises parce qu'on arrêtait pas de marcher DANS l'îlot central qui serait incrusté plus tard dans le pv. Un vrai bordel, exactement comme je le supposais. Mais on a bien rigolé par contre. Le tournage a duré la journée entière et du coup, quand on termine, mon Tesshi tombe de sommeil. Je me sens pas plus frais à vrai dire, mais je fais bonne figure, parce que personne affiche un air aussi épuisé que lui. Il faut dire qu'il fait tellement d'efforts en danse pour rester au niveau… Je suis vraiment très fier de lui.

- Allez rentrez tous. On se retrouve demain, nous dit notre leader une fois revenus à l'agence.

Je hoche la tête.

- Viens, Yu', je te ramène.

Il opine à son tour. De toute façon il est pas en état de conduire, il aurait un accident vu sa fatigue.

Je dis au revoir aux gars et mon Tesshi au radar m'emboîte le pas mécaniquement, les yeux papillonnant dans une tentative désespérée pour rester éveillé. Tentative vouée à l'échec, d'ailleurs, parce qu'il s'endort à peine assis dans la voiture. Je ferais bien pareil, mais je peux pas. Du coup j'avoue que j'appuie un peu sur le champignon parce que moi aussi je suis pressé d'aller dormir. Ce que j'avais pas prévu, c'est que mon petit ami se réveillerait pas du tout, même arrivés à son immeuble et que, du coup, je devrais le porter. Non pas qu'il soit lourd, c'est pas ça du tout (au contraire même, il est léger comme une plume), mais comme je suis mort de chez mort moi aussi, tout est plus compliqué. Je soupire, sors de la voiture et fais le tour pour ouvrir sa portière, avant de me pencher pour le soulever. Je referme du pied et appuie comme je peux sur le bip pour verrouiller la voiture, avant d'entrer dans l'immeuble. Heureusement qu'il habite qu'au premier étage.

Par contre, j'ai pas ses clés. Du coup, faut que je le réveille.

- Yu', faut que tu ouvre ta porte… dis-je.

- Mmmh… poche de sac… marmonne-t-il dans un demi sommeil.

Je le dépose sur une marche d'escalier, fouille son sac et ouvre sa porte, avant de le reprendre dans mes bras et de tituber jusqu'à sa chambre où je le pose sur son lit.

- Reste avec moi… me murmure-t-il, complètement dans le pâté, en agrippant mon haut.

- Yu'…

- S'te plait…

Comment résister à cette adorable bouille endormie ? Moi je m'en sens pas capable et comme en plus je suis crevé…

- Hai…

Je me glisse donc près de lui, le laisse se blottir contre moi et passe un bras autour de sa taille, avant de l'embrasser sur la joue.

- Oyasumi, Yu', marmonné-je, déjà à moitié endormi.

Mais je crois qu'il m'entend même pas en fait, parce qu'il dort déjà.

4 octobre 2008

"Happy birthday" est sorti depuis seulement trois jours et on croule déjà sous les interviews, shoots, live etc. Au point qu'on en oublierait presque qu'on commence à enregistrer "Color", notre troisième album, à partir de demain. J'ai tellement hâte. Toutes les chansons sont géniales, mais j'avoue une préférence pour la première : "Weeeek". Le rythme est sympa.

Quand j'arrive à l'agence, j'ai à peine passé la porte de la loge, que mon Tesshi me saute dessus, comme à son habitude.

- Massuuuuuu !

- Bonjour Yu', fais-je en lui souriant.

- Ne ne ne, devine quoi !

Il a l'air surexcité, je me demande bien pourquoi.

- Quoi ?

- Tu vas…

Mais il a pas le temps de finir sa phrase, parce que Keii-chan l'a bâillonné d'une main.

- Chut, petit indiscret. C'est pas à toi de lui dire.

Ah c'est malin, je suis curieux maintenant.

- De me dire quoi ?

- Fujioka-san t'en parlera tout à l'heure.

Alors là, je suis au-delà de la curiosité. D'autant plus qu'ils ont tous les cinq des mines de conspirateurs et des sourires jusqu'aux oreilles. Et soudain je pense à un truc. Non, impossible… J'ai perpétuellement été écarté des plateaux de dramas, pourquoi brusquement on se serait souvenu de mon existence ? Nan ça doit être autre chose. Même si je vois pas quoi. Un cm peut-être ? Mais c'est pareil, jusque là, j'ai jamais été demandé pour des pubs…

Du coup, quand notre manager rentre dans la loge, mon cœur est emballé d'espoir. C'est con parce que je pensais vraiment m'être fait une raison à ce sujet, mais apparemment, une part de moi y croyait encore.

- Bonjour les garçons. Masuda-kun, j'ai une bonne nouvelle pour toi. Tu as été choisi pour intégrer le casting du drama "Rescue" avec Nakamaru-kun de KAT-TUN et Yamamoto Yusuke-san.

J'écarquille démesurément les yeux, n'arrivant pas à croire ce que j'entends. Moi… dans un drama… Impossible, incroyable…

- Omedeto Massu ! s'exclame alors Keii-chan.

Les félicitations sont relayées par tous et moi je reste à regarder stupidement Fujioka-san… avant qu'un énorme sourire étire mes lèvres. Enfin ! Enfin je suis plus transparent ! Enfin je suis plus juste le type qui ne pourrait pas être acteur ! Tout joyeux, j'attrape Yu', l'entraîne dans une ronde et l'embrasse à perdre haleine sous le regard gêné de notre manager.

- Heu… Oui, Masuda-kun, félicitations mais… je ne sais pas si tu te rends compte de la masse de travail qui t'attend. C'est un rôle plutôt physique.

- C'est-à-dire ?

- Ton personnage est pompier.

J'en reste comme deux ronds de flan. Moi ? Pompier ?

- Han… Mon Massu en pompier… souffle Tesshi.

Qui s'imagine déjà des trucs pas nets, j'en suis sûr à son regard.

- Peu importe. Je serais à la hauteur, affirmé-je à notre manager.

Pour mon tout premier rôle, je décevrais personne.

- Alors tant mieux, sourit Fujioka-san. Tu as une première réunion préparatoire en début d'après-midi. Je viendrais te chercher. En attendant, travaillez bien.

Il quitte la pièce et mes amis m'entourent aussitôt.

- Tu vois que c'est arrivé, me dit Shige.

- Ils te réservaient pour un rôle à ta mesure, ajoute Keii-chan.

- A ma mesure ? m'étonné-je. Tu veux dire que j'ai l'étoffe d'un pompier ?

- D'un pompier et de n'importe quoi d'autre ! Tu peux tout, mon Massu ! approuve mon petit ami avant que notre aîné ait pu ouvrir la bouche pour répondre. Je suis tro fier !

- De quoi ? demandé-je, amusé.

- Que tu aie été choisi.

- Arrête, vous avez tous fait des dizaines de dramas jusque là et c'est mon premier. Ca a rien de glorieux.

- Non mais c'est une sacrée porte ouverte vu le casting, dit Pi qui avait rien dit jusque là.

- C'est-à-dire ? Fujioka-san a parlé de Nakamaru et de Yamamoto-san. Tu es au courant d'autre chose ?

Un sourire en coin étire ses lèvres, comme toujours quand il a des infos que nous on a pas.

- Alors parle, tu me fais griller là ! le pressé-je.

Il rigole.

- Dans ton "équipe", il y a aussi Kaname Jun-san, Daito Junsuke-san et je te passe le reste du casting, mais en bref… il n'y a pas que des débutants.

Ah la vache… Tu parle d'une pression pour être à la hauteur de ces pointures…

- Tu peux le faire, Massu. J'ai confiance en toi, me dit alors mon Tesshi dont les yeux rayonnent effectivement de cette confiance qui fait chaud au cœur.

- Tego a raison. Tu en es capable, renchérit Ryo. Tu vaux pas moins parce que t'es inexpérimenté en la matière. Garde ça à l'esprit en permanence et tout se passera bien. Si le staff t'as choisi, c'est en toute connaissance de cause. Ils savent que tu débute en tant qu'acteur et je suppose que ta relative… innocence en acting a du être jugée intéressante pour ton personnage.

C'est vrai qu'il sait de quoi il parle avec tous les dramas qu'il a à son actif. Pi aussi d'ailleurs.

Je hoche la tête.

- Bon allez, on a du boulot ce matin avant de plus être que cinq cet aprèm. Je vous rappelle qu'on a un live ce soir pour "Happy birthday"

Ah ouais c'est vrai. Avec tout ça, j'avais presque oublié la promo du single. Je crois que je vais avoir du mal à rester concentré sur la répète.

Au moment où notre manager entre dans la pièce, on vient de reprendre la répète après le repas de midi où le seul sujet de conversation a été mon futur premier drama. Et chacun y est allé de son conseil pour essayer de m'aider au mieux.

Et là, je suis surexcité comme un gosse la veille de noël.

- Masuda-kun, on y va.

Une fois dans la voiture et en route pour le lieu de la réunion, je sens la nervosité me gagner et je passe le trajet à réfléchir à ce que je vais dire. Mais quand la voiture s'immobilise, je suis pas plus avancé et en plus, ma nervosité a atteint des sommets. En plus, Kaname-sama est l'une des personnes que j'admire le plus après Arashi. Alors à l'idée de lui donner la réplique, je me sens… tout chose.

- Masuda-kun, ça va ?

La voix de Fujioka-san me fait sursauter.

- Oui oui ça va.

- Bon alors dépêchons-nous, sinon on sera en retard.

- Nakamaru est déjà là ?

Ce serait bien. Histoire que j'ai un visage ami auquel me raccrocher pour pas sombrer.

- Je ne sais pas. Nous verrons bien.

Je hoche la tête et déglutis péniblement en sortant de la voiture, avant de lui emboîter le pas, au radar.

Soudain, après avoir passé quelques portes, il s'arrête devant l'une d'elles et se tourne vers moi.

- Prêt ?

J'aimerais répondre que non, mais ça ferait pas professionnel, alors je mens en espérant avoir l'air convaicant.

- Nickel, affirmé-je alors qu'en moi c'est la panique et qu'un mini taka court en rond, dans mon cerveau, en hurlant "haaaaaaaaaaaaaaaa !", les mains sur la tête.

- Alors c'est parti.

Tout en parlant, il ouvre la porte et mon cœur s'arrête presque de battre, alors que le mini Taka fait une attaque cardiaque.

Devant moi, s'étant levés quand la porte s'est ouverte, Kaname-sama et Yamamoto-san. J'en reste figé, au point que mon manager est obligé de me pousser discrètement dans la pièce. Je me sens tout petit. Surtout que l'un et l'autre sont vraiment grands. Et bien sûr… pas de Nakamaru dans la pièce.

- Ah Masuda-san, me dit un type qui doit être le réalisateur (ou le producteur peut-être). Nous n'attendions plus que vous.

Et là, je réalise qu'il faut que je dise un truc. Seulement quand j'ouvre la bouche, les mots sortent pas du tout dans l'ordre que j'avais prévu.

- Hajimemashite, suis Masuda je Takahisa bonjoir. Yoroshiku onegaishimasu.

Wahou, deux mots sur huit à leur place correcte. Magnifique entrée en matière, Taka…

Je vois Kaname-sama étouffer difficilement un éclat de rire et reprend en essayant d'avoir l'air moins ridicule.

- Bonjour, je suis Masuda Takahisa. Hijimemashite. Yoroshiku onegaishimasu, fais-je en m'inclinant.

N'ayant pas repris place sur son fauteuil, mon modèle (en matière d'acting) s'incline à son tour et sa voix grave si sexy s'élève dans la pièce en écho à la mienne.

- Bonjour. Je suis Kaname Jun. Hajimemashite. Yoroshiku onegaishimasu.

A son tour, Yamamoto-san fait de même et l'homme de tout à l'heure reprend la parole.

- Tout ça est ben formel. Masuda-san, je sais que c'est votre premier drama, mais sentez-vous à l'aise avec nous tous, sinon vous n'arriverez pas à rentrer correctement dans la peau de votre personnage.

- T'en fais pas, ça va aller, me dit Yamamoto-san, le plus proche de moi en âge.

Ils en ont de bonnes, c'est pas si facile.

- Bien, nous allons pouvoir commencer.

- Ano… on attend pas les autres ?

Je sais bien que je débite, mais je suppose que, comme dans la réalité, on est pas que trois dans une brigade de pompiers.

- Vous êtes au complet pour aujourd'hui. Il était impossible de tous vous réunir d'un seul coup.

- S… So ka…

- Asseyez-vous.

Je m'exécute. Mes jambes tremblent. Et en plus j'ai tellement de bol, que celui qui me fait face est Kaname-sama. Nakamaru, pourquoi t'es pas là ?

Bon, il ne servirait à rien de mentir : la beauté glacée de Kaname-sama a rendu extrêmement difficile la concentration sur la réunion et le scénario. Mais je crois quand même avoir retenu l'essentiel : mon personnage, Tetsuka Yutaka, est un jeune pompier plutôt peureux et manquant de confiance en ses capacités. Du coup, même en intervention, quand ses coéquipiers comptent sur lui, il a du mal à trouver le courage d'agir. Le seul qu'il écoute est le personnage principal du drama, son ami Kitajima Daichi, joué par Nakamaru. Sinon, il a des rapports plutôt conflictuels avec le personnage de Kaname-sama, un pompier expérimenté du nom de Katsuragi Kosuke, qui les considère, lui et Kitajima, comme des boulets inutiles à la brigade. Pourtant, au fil des épisodes, mon personnage va apparemment évoluer et mûrir, pour finir par entrer dans la brigade d'élite des pompiers.

Ca me plait plutôt bien. On a d'ailleurs fait une première lecture globale du scénario, avec les indications de celui qui l'a écrit et j'ai essayé de mémoriser, même s'il a dit que c'était pas nécessaire.

Une fois la réunion terminée, alors que je cherche le courage pour lui adresser la parole pour de bon, Kaname-sama s'approche de moi et pose une main sur mon épaule, me faisant sursauter et, du coup, tressaillant aussi.

- Woh... Hé il faut te détendre, Masuda-kun, me dit-il. Tu es trop nerveux, tu n'arriveras à rien comme ça.

- Je... Je sais, sempai... mais je veux tellement rien... bien faire...

- Que tu risque de totalement te planter. Ecoute, au pire, l'erreur est permise en tournage, on refera juste les scènes. Yamamoto-kun avait raison tout à l'heure, tout va bien se passer. Et n'hésite pas si tu as des questions à me poser, ne.

Est ce que je lui dis ? Non, il faut pas que ça fasse comme avec Masa-chan. J'ai plus douze ans, il faut que je dépasse ça.

- Hai... Arigato sempai...

Il me sourit et mon cœur s'emballe de nouveau.

- Allez je file. A bientôt, Masuda-kun.

Je le regarde s'éloigner jusqu'à ce qu'il soit hors de vue, ujioka-san, resté en retrait pendant toute la réunion.

- Je me suis rendu totalement ridicule, non ?

- Pas du tout, répond mon manager. Kaname-san a bien compris que tu étais très nerveux et désireux de bien faire. Et puis tu l'as entendu comme moi te proposer son aide.

- Il a dit ça par politesse, parce que je suis son kohai.

- Moi je crois qu'il le pensait réellement. Je ne le connais pas vraiment, mais je n'ai pas l'impression qu'il soit le genre d'homme à dire ce qu'il ne pense pas.

- Hum...

En tout cas, il m'a parlé et même touché. Je suis vraiment un gros veinard.

Fujioka-san regarde alors sa montre.

- Il reste trois heures avant la fin de la répétition du groupe à l'agence et le départ pour le Tokyo Dome. Je te ramène, tu pourras travailler un peu plus comme ça.

Je hoche la tête et repars donc avec lui, la tête pleine du drama, de mon rôle et de Kaname-sama.

Quand je m'approche de la loge, j'entends la musique de "Happy birthday". Il doivent répéter la choré depuis au moins la trentième fois depuis mon départ. Quand j'entre dans la pièce, toute activité se suspend et mes amis se précipitent vers moi, avides de nouvelles.

- Alors ?! me presse Tesshi?

- Je sais même pas par où commencer...

- Bah par le début, baka, me répond Shige d'un ton d'évidence.

- On pensait même pas te revoir avant le live, ajoute Keii-chan.

Du coup, je leur raconte tout. Mais vraiment tout. Avant de me rendre compte que, devant Yuya, j'aurais du passer sous silence mon admiration pour Kaname-sama, parce qu'il fait la gueule depuis que je l'ai mentionnée.

- Yu'... tenté-je. Fais pas la tête, c'est juste de l'admiration, rien de plus.

- Tu disais ça aussi pour Aiba-sempai et il t'as volé à moi !

Je soupire.

- Ca a rien à voir...

- Ah non ?! Alors explique-moi la différence, parce que moi, je la vois pas.

Comment lui expliquer qu'avec Masa-chan, c'était spécial et que ce qu'il y avait entre nous n'existera plus jamais entre personne d'autre et moi ? Et que lui et moi c'est spécial aussi ?

- Tu vois, tu peux pas ! m'accuse-t-il.

- Dites, les amoureux, vous vous engueulerez plus tard, on a du boulot là, intervient Ryo.

- J'allais le dire, renchérit Pi.

- C'est bon, on la connait la choré ! aboie alors Yuya. On est dessus depuis ce matin, on peut s'autoriser un break, ça tuera personne !

Un grand silence salue ces paroles et ce ton auxquels personne s'attendait et surtout pas les deux bosseurs qui en restent bouche bée. Et pourtant, pour faire fermer sa grande gueule à Ryo, il en faut beaucoup. Ou alors il faut s'appeler Yamashita Tomohisa.

- Heu... c'est vrai mais...

- Mais rien ! On est prêts alors t'es gentil, tu nous lâche, merci ! (et sur ce, il se tourne vers moi) Y'en a encore beaucoup comme ça, que tu "admires" ?

- Mais Yu', calmes-toi. T'as vraiment aucune raison d'être jaloux.

- Ah non ? Alors tu vas me dire que t'admires juste son talent d'acteur, que tu le trouve pas beau ?

- Bah... si mais...

- J'en étais sûr ! Menteur ! Tu t'en fiche de moi en fait !

Halluciné, je remarque que ses yeux sont pleins de larmes.

- Tesshi, arrête, ça veut rien dire. Oui je le trouve beau, mais il ne m'attire pas pour autant; Contrairement à ce que tu as l'air de croire, je saute pas sur tous ceux qui me plaisent physiquement. Sinon j'aurais fais comme toi, j'aurais collectionné les aventures sans lendemain avec les mecs de l'agence.

Au moment où je le dis, je me rends compte que je suis allé trop loin, mais ses insinuations m'ont blessé. Il me fixe, les yeux agrandis et murmure :

- Comment tu peux dire ça ?

- Je...

- Comment tu peux dire ça alors que tu connais la vérité ?! Je te déteste, Masuda Takahisa !

Et sur ces mots, il court hors de la loge.

- ... Génial, on a un Tego en fuite maintenant... Bien joué, Massu, soupire Ryo.

- Qu'est ce que t'attends pour le rattraper ?! me reppoche Pi. File !

Pressé de tous les côtés, je quitte la pièce à mon tour. Où est ce qu'il a pu aller ? Je me dirige vers le bout du couloir, quand j'entends sa voix larmoyante s'élever depuis l'étage supérieur. L'étage des sempai. Oh non, il a quand même pas été déranger...

Je gravis les marches quatre à quatre... pour le trouver en pleurs et accroché à un Kimura Takuya qui a l'air de rien capter. Oh la la, il est allé déranger les SMAP... Pour quoi on va passer...

- Ano... fais-je.

Notre aîné lève la tête et me regarde.

- Ah Masuda-kun, tu vas peut-être pouvoir m'expliquer pourquoi ton ami Tegoshi a débarqué comme un ouragan et dans cet état ? Parce que je ne comprends rien.

Je suis toujours étonné de sa faculté à mémoriser les noms de tous ses kohai. C'est impressionnant. Moi, j'en serais incapable.

- Ano... C'est ma faute, sempai... Je suis désolé, fais-je en passant une main dans ma tignasse, d'autant plus embarrassé que les autres SMAP nous observent depuis l'intérieur de la loge. On va vous laisser tranquilles. Viens Yu'.

- Non, je veux pas ! Laisse-moi tranquille ! réplique mon petit ami en s'accrochant encore davantage à la taille de notre aîné qu'il a enlacée.

- Et j'aimerais comprendre la situation avant que vous redescendiez. Je n'avais pas l'impression que les News avaient des problèmes internes.

- On en a pas. C'est juste que... heu...

- Massu est attiré par tous les beaux hommes qui passent à sa portée et il m'a accusé d'avoir fait pareil avant qu'on soit ensemble ! répond mon petit ami en déformant la vérité afin de passer pour la victime.

- Heu... (il échange un regard avec ses amis) Laissez-moi comprendre... Vous êtes... ensemble tous les deux ?

Je hoche la tête.

- Masuda-kun, ce dont t'as accusé Tegoshi est vrai ?

- Mais non... C'est lui qui s'imagine des choses parce que j'ai dis que j'admirais Kaname-sempai.

- Kaname ? Kaname qui ?

- Kaname Jun-san. C'est mon modèle, mais Yuya croit que je vais lui sauter dessus parce que j'admirais aussi Masa-chan... enfin je veux dire Aiba-sempai et que je suis sorti avec lui pendant plusieurs années.

Le SMAP semble méditer ce que je viens de lui apprendre, puis demande encore :

- Et ce dont tu as accusé Tegoshi est vrai ?

- Oui mais... c'est vrai qu'il avait une raison.

- Alors si lui a une raison que, apparemment, tu trouve bonne et que de ton côté, tout est sans ambiguïté vis à vis de Kaname-san, pourquoi vous déchirer ? Tegoshi-kun...

- Hum...

- Tu ne crois pas que tu as un peu vite tiré des conclusions ? Tu n'as pas confiance en lui ?

- ... Si...

- Dans ce cas, tu n'as aucune raison d'être jaloux, tu ne crois pas ? La base d'un couple quel qu'il soit, c'est la confiance. Sans elle, aucune relation ne peux exister, ni avancer, évoluer ou s'épanouir.

Au fur et à mesure de ses paroles, l'étreinte autour de sa taille se relâche et mon petit ami finit par le lâcher totalement, avant de se tourner vers moi et de me bondir dessus.

Par réflexe, j'éloigne mon visage, pensant qu'il va me gifler, mais au lieu de ça, il se blottit juste contre moi. Par réflexe, je referme les bras sur lui.

- Pardon Massu... Je sais pas ce qui m'a pris. Je recommencerais pas, j'ai confiance en toi.

- Je suis désolé aussi Yu'. J'aurais pas du dire ça, c'était cruel.

- Bon, puisque les choses se sont arrangées, on va retourner travailler, conclut notre aîné.

- Désolés de vous avoir dérangés, sempai.

Il sourit.

- Ce n'est rien.

Il retourne dans la loge et la porte se referme, nous laissant seuls Tesshi et moi, dans cet étage où on ne met jamais les pieds.

- Et ben tu m'auras tout fait, ne, dis-je à Tesshi en lui caressant les cheveux. Carrément Kimura-sempai.

- Je savais pas qui aller voir...

- T'as du bol qu'il soit gentil et compréhensif. Imagine si tu étais tombé sur Nagase-sempai. Ca aurait pas été pareil. Allez viens, on redescend. On va éviter de dire à Pi où je t'ai retrouvé, sinon tu vas avoir droit à un sermon interminable.

Je l'embrasse tendrement et il répond à mon baiser, puis on retourne à la loge. Où je me rends compte qu'on a perdu Ryo.

- Heu... commencé-je.

- Ryo est parti retrouver les Kanja.

- Du coup, inutile de tous rester. On se retrouve ce soir au studio, décrète notre leader.

- Hum. Viens Yu', on va chez moi.

- Faites pas trop de bêtises, rigole Keii-chan.

- Qu'est ce que tu raconte, Keii ? Les réconciliations sur l'oreiller, c'est les meilleures.

- Sauf qu'il faut encore être fâchés pour se réconcilier. Et ils le sont plus.

Leur discussion nous fait rigoler Tesshi et moi et on récupère nos affaires pour partir.

5 octobre 2008

Mon réveil sonne et son bruit strident me réveille en sursaut, réveillant par la même occasion mon Tesshi qui dormait la tête sur mon torse. Encore une fois, il ne s'est rien passé de capital, j'ai encore repoussé le moment en mettant ça sur le compte de la fatigue du live et de l'enregistrement qui nous attend aujourd'hui. Ca me frustre autant que lui, mais je veux vraiment que notre première fois soit spéciale.

- Allez mon cœur, il faut se lever.

D'un coup, il lève la tête et me regarde.

- Comment tu m'as appelé ?!

- Heu... "mon cœur". Ca te plait pas ?

Un grand sourire fleurit sur ses lèvres.

- C'est la première fois que tu m'appelle par un petit nom ! C'est trop mignon ! Je t'aime, Massu. Je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime !

- Je crois que j'ai compris le message, dis-je en rigolant. Allez on se lève. On aura des ennuis si on est en retard.

Il me dédie un sourire éblouissant, m'embrasse et s'éjecte littéralement du lit.

- Va prendre ta douche, mon Massubidou. Moi je vais faire le café.

Et sans me laisser le temps de réagir à l'étrange petit nom dont il vient de m'affubler, il file à la cuisine en boxer et mon regard le suit, appréciateur. Rester près de lui à moitié nu sans rien faire commence vraiment à être difficile.

Pour me rafraîchir les idées, je file sous une douche plus froide que chaude, puis vais m'habiller et reviens vers lui.

- Tu peux y aller, Yu', lui dis-je.

- Haiiiiii ! J'y vaiiiiiis ! piaille-t-il avant de me planter un baiser sur la joue.

On a rendez-vous directement au studio ce matin. Pour une fois, le planning a non seulement pas été fait à l'arrache, mais en plus suffisamment à l'avance pour pas qu'on ait à faire l'enregistrement de l'album au pas de course et la promo plus à l'avance que d'habitude. Du coup, je suis plutôt zen aujourd'hui, ce qui me laisse le temps d'avaler le café que j'ai appris à aimer finalement. Et puis c'est mon Tesshi qui l'a préparé.

Dès qu'il me rejoint, on file vite pour pas arriver en retard à cause de la circulation, infernale à cette heure-là. Et du coup, on s'est tellement pressés... qu'on arrive les premiers.

- Mou, on aurait pu dormir plus longtemps, grommelle mon ourson des cavernes.

- Et cette fois, on serait arrivés à la bourre. Allez viens.

19 novembre 2008

Aujourd'hui c'est la sortie de "Color", notre troisième album… mais pour la première fois, je serais pas avec les gars pour la promo. Parce qu'aujourd'hui, le tournage de "Rescue" commence. J'appréhende tellement que j'ai pas réussi à dormir de la nuit. Du coup, au lieu de me tourner et retourner dans le lit au risque de réveiller Yu' qui dort comme un ange, je préfère me lever et m'occuper. Il est que trois heures du matin et je suis censé arriver sur le plateau pour huit heures, alors j'ai le temps. Du coup, je reprend le script et le relis. Je sais que c'est mauvais de "réviser" avant un "exam", mais j'ai trop peur de faire une erreur qui pénaliserait tout le monde. Sauf que j'arrive pas à me concentrer sur ce que je lis et relis. On dirait que les phrases imprimées ont plus aucun sens. Je referme donc le script en soupirant, le range dans mon sac et décide de préparer le petit déjeuner de mon Tesshi. Moi je vais rien manger ni boire, je suis tellement noué que rien passerait et ça me rendrait juste malade. Du coup, je laisse un mot à Yu' pour pas qu'il soit surpris de pas me trouver à son réveil et je pars.

A peine arrivé, on me conduit à une loge et ça parait déranger personne que je sois plus qu'en avance. Je m'assois sur un fauteuil devant un miroir, croise les bras sur la tablette, pose la tête dessus et ferme les yeux pour tenter de me calmer. Ca va aller, Taka. Tu peux le faire. Tout le monde croit en toi. Et puis t'es pas tout seul sur ce drama, ne.

Un moment plus tard, la porte s'ouvre et je fais quasi un bond de deux mètres tellement je m'y attendais pas.

- Woh, du calme Masuda, fait la voix familière de Nakamaru. C'est que moi. Tu vas devenir cardiaque si tu as peur comme ça dès que quelqu'un rentre dans une pièce.

- Nakamaru ! m'exclamé-je. T'imagine pas comment je suis content de te voir !

- Ah bon ? Heu bah merci.

Je comprends son étonnement, parce qu'on s'est jamais tellement parlé tous les deux. Mais vu qu'il est un peu mon seul point d'encrage dans le monde inconnu qui se profile devant moi…

- T'as eu la réunion aussi ?

- La réunion ? Ah la préparatoire ? Oui bien sûr.

- Moi j'étais tout seul avec Kaname-sam… san et Yamamoto-san.

- Donc tu étais pas seul, souti-il sans paraître avoir remarqué ma bourde.

- N'empêche que j'aurais bien voulu que tu sois là quand même ce jour-là. C'est pas trop stressant d'être le perso principal ?

- Bah tu sais… Ah mais non je suis bête, on m'a dit que c'était ton premier drama, c'est ça ?

- Hum…

- Bah c'est toujours stressant avant le début du tournage, mais une fois que ça a commencé et que tu es bien dans ton rôle, la nervosité s'en va parce que tu deviens le perso, tu comprends ?

- Je crois.

- Allez, t'en fais pas, ça va bien se passer, tu verras.

- C'est ce que tout le monde me dit…

- Alors crois-nous, ne.

C'est bizarre comme je me sens réconforté par son sourire. Il est si… Je sais pas… Je crois pas que ça puisse vraiment s'appliquer à un mec, mais je dirais… doux. Ouais c'est ça, il a un sourire doux qui met en confiance et apaise. Comme celui de Keii-chan. J'avais jamais fais gaffe jusque là. Bon, faut dire aussi que nos occasions de bosser avec les KAT-TUN sont pas super nombreuses non plus.

J'ai pas le temps de répondre, parce que la porte s'ouvre à nouveau pour livrer passage au staff (ils ont du être prévenus par quelqu'un qu'on était arrivés). : coiffeuse, maquilleuse, habilleuse… et du coup, je me retrouve habillé d'une (hideuse ?) combinaison orange avec des galons blancs sur l'épaule, avant d'avoir eu le temps de dire ouf. Ca fait bizarre de se voir dans le miroir fringué comme ça. Des costumes, à part ceux des concerts qui ont rien à voir, j'ai jamais eu tellement l'occasion d'en porter, alors là je suis servi…

- Ca te va bien, Masuda-kun.

- Merci, j'ai…

Je m'interromps en me rendant compte que c'est pas mon collègue qui vient de me faire ce compliment, mais Kaname-sama qui vient d'entrer, lui aussi dans cette combinaison. Sauf que sur lui, ça a la classe internationale. En comparaison et bien qu'elle soit exactement à ma taille, je me fais l'effet d'un gamin qui aurait piqué l'uniforme de son père pour jouer.

- Prêt ? demande-t-il en se dirigeant vers moi. Bonjour, Nakamaru-san.

Je sais pas trop si je dois me sentir vexé ou content que Nakamaru ait droit à un –san et moi à un –kun.

- Bonjour sempai, le salue respectueusement mon collègue en s'inclinant.

Ce qui est pas du goût de la maquilleuse.

- Nakamaru-san, veuillez ne pas bouger s'il vous plait ou je n'arriverais pas à terminer, le réprimande-t-elle en fronçant les sourcils.

- Désolé… s'excuse-t-il aussitôt en se figeant.

La scène déclenche le rire de mon modèle. J'aime son rire, il est communicatif. Et autant que j'en profite hors caméras, parce que je risque pas de beaucoup l'entendre pendant le tournage. A ce que j'ai compris, son perso c'est pas Jo le Rigolo, loin de là. Celui de Yamamoto-san non plus d'ailleurs. Ce qui me fait penser que j'ai pas encore rencontré l'acteur qui joue le chef de brigade. On m'a dit son nom mais j'ai zappé. Ah si ! Ishiguro Ken-san. Il doit être super charismatique si on lui a confié un rôle pareil. Et il doit avoir un certain âge aussi.

- Je crois que je suis prêt, réponds-je à mon idole.

- Il est nerveux, ajoute Nakamaru.

- C'est normal avant sa première scène. Mais ça va passer très vite, tu verras.

Et effectivement, la matinée est passée comme un tourbillon et pas trop mal. Enfin à une scène de vestiaire, je me suis cassé la gueule parce que j'ai loupé le banc sur lequel je devais m'assoir et à la première où je devais prendre la parole pour la première fois (en pleine scène d'action pendant un incendie, où j'avais juste "oi, Daichi !" à crier), j'ai bien bafouillé dix secondes avant de réussir à sortir ma réplique. La loose quoi…

A l'heure du déjeuner, je me sens épuisé. C'est pas du tout le même rythme que quand on est en répète ou autre. Et comme je dois faire attention en permanence, bah je suis mort.

Du coup, là, je me suis juste laissé tomber sur une chaise devant mon assiette pleine et je comate à moitié. J'ai même pas le courage de manger.

- Je peux m'assoir là ?

La question émane de Kaname-sama, qui désigne la place en face de la mienne. Ca suffit à me réveiller.

- Heu oui, bien sûr.

- Merci, dit-il en prenant place. Ah on a bien bossé ce matin. Tu as fais du bon travail toi aussi.

- Mais j'ai du faire refaire deux scènes… dis-je, sincèrement désolé.

- Uniquement deux prises, Masuda-kun. Ce n'est rien du tout. Il y aura sûrement pire, tu sais. Ne te casse pas la tête pour ça. Vraiment. Itadakimasu, ajoute-t-il avant de plonger sa cuillère dans le curry et de la porter à sa bouche. Tu sais, reprend-il en mangeant, quand tu auras juste un petit peu plus d'expérience, tu ne prendras plus aussi à cœur deux malheureuses prises.

- Bah Masuda, c'est quoi cette tronche ? fait alors Nakamaru en se laissant à son tour tomber, sur la chaise à côté de moi.

- Votre ami se sent coupable pour les deux prises qu'on a refaites, l'informe notre aîné.

- Pffffff, baka. C'est rien du tout ça. T'as pas vu comme le réalisateur était content ? Tu te prends trop la tête.

- C'est ce que je lui disais.

Ouais, sauf qu'ils ont qu'une partie de l'histoire. La vérité, c'est que j'ai pas tout mon courage, parce que mon Tesshi me manque. C'est la première fois qu'on est séparés depuis qu'on sort ensemble et là en plus, c'est moi qui suis en tournage, pas lui. Mais ça, je me vois pas le dire à mes aînés. Ou ils comprendraient pas, ou ils se foutraient de moi. Même Nakamaru. Mieux vaut leur laisser croire que c'est les deux prises ratées qui m'ennuient.

- On compte sur toi après déjeuner, me dit Kaname-sama une fois son assiette vidée.

- He ?

- Tu n'as pas regardé le planning de tournage ? Il est pourtant affiché.

Heu… je dois être devenu totalement stupide, mais je pige que dalle. De quoi il parle ?

- Sempai, je crois que Masuda ne sait pas ce qu'est un planning de tournage, fait remarquer mon collègue.

- Ah oui, j'oubliais que c'est ton premier. Le planning de tournage, c'est l'ordre prévu chaque jour par le réalisateur, pour tourner des scènes précises. Scènes qui peuvent très bien ne pas être liées les unes aux autres et peuvent même ne pas faire partie du même épisode.

- Oh. Je vois.

- Et cet après-midi, on tourne la scène principale de l'épisode centré sur ton personnage, précise le KAT-TUN.

J'écarquille les yeux.

- Heeeeee ?! Si vite ?! Mais… Mais je… j'ai à peine eu le temps de m'approprier le personnage ! Comment…

- Stop. Garde ça.

Je fixe Kaname-sama avec l'air stupide d'une vache qui regarde passer un train.

- Cette émotion, dans ta voix et sur ton visage, c'est ça que tu devras jouer.

Alors là, je le suis plus, mais alors plus du tout. Largué, le Taka.

- Ton personnage n'a jamais confiance en lui, tu es d'accord ? reprend-il avec patience. (je hoche la tête) Et dans cet épisode, il doit sauver de la noyade un collègue bloqué sous une très lourde grille métallique. Mais il doute d'y arriver, d'être à la hauteur de ce qu'on attend de lui. Exactement ce que tu laissais apparaître à l'instant. Souviens-toi de ta panique quand tu tourneras et tu seras plus que convainquant.

Ah ouais quand même… La vache, j'avais pas percuté tout ça moi. J'ai une de ces pressions du coup…

Je suis harnaché dans le costume de pompier en mode intervention et proche de la boîte (il faut bien appeler ça comme ça vu que c'est tout fermé à cause de la flotte) où, dans quelques minutes, un "collègue" sera coincé je sais même plus pourquoi vu qu'on a pas encore tourné les scènes d'avant. Et je sens la panique me gagner peu à peu. Pourquoi me faire tourner ça le premier jour, alors que je suis débutant ? C'est n'importe quoi…

Une main se pose sur mon épaule et je sursaute.

- Ca va bien se passer.

Cette voix… Je tourne la tête.

- Ishiguro-san…

- Ne t'identifie tout de même pas trop à ton personnage ou tu te perdras toi-même, me dit mon "capitaine de brigade".

- Là c'est pas de l'identification. Je suis juste terrifié.

- J'ai cru comprendre que, comme Nakamaru-san, tu faisais partie d'un groupe qui remplit régulièrement le Tokyo Dome. Est-ce que tu voudrais me faire croire qu'être sur scène devant cinquante cinq mille personnes est moins difficile que jouer devant quelques caméras et quelques dizaines de personnes ?

Evidemment, formulées comme ça, mes angoisses font ridicules.

- Je… suppose que non.

- Alors calmes-toi. Inspire à fond et concentre-toi juste sur ta scène en oubliant tout le reste.

- Tout ?

- Tout.

A cet instant, j'entends l'assistant réalisateur brailler qu'on se mette en place et je déglutis péniblement. Allez, c'est parti.

Je suis trempé (l'eau est rentré partout dans le costume), gelé (elle est froide), je claque des dents malgré la chaleur des projecteurs et JE SUIS TOUJOURS PAS VENU A BOUT DE CETTE PUTAIN DE SCENE ! On l'a recommencée tellement de fois que j'ai perdu le compte. Il y a toujours un truc qui va pas et bien qu'il sache que je suis débutant, je sens bien que le réalisateur commence à perdre patience. Moi aussi d'ailleurs. Plus le temps passe, plus je suis épuisé, moins j'arrive à quoi que ce soit et même les conseils et les encouragements de mes aînés changent plus rien. Très franchement, je suis à deux doigts de jeter l'éponge. Je dois vraiment pas avoir l'étoffe d'un acteur finalement… Les gars m'ont jamais autant manqué que cet aprèm…

« En place ! »

Cette phrase, je commence vraiment à la maudire.

Je jette un œil à Nakamaru, lui aussi enveloppé dans une grosse couverture parce que, son perso devant venir aider le mien dans son sauvetage, il rentre dans la flotte aussi à chacune de mes prises ratées, et à l'acteur que je suis sensé sauver et je me sens extrêmement coupable.

- Je s… suis déso… lé… articulé-je péniblement entre deux claquements de dents.

- S… Sois pas i… idiot, me répond mon collègue de KAT-TUN dans un sourire gelé, avant de se débarrasser de la couverture pour retourner se tenir prêt.

Je soupire et l'imite, complètement à plat et découragé.

- Massu ! Gambatte !

- Tu peux le faire, Massu !

- On a confiance en toi !

- Fighting !

Je me retourne instantanément. Les gars ! Ils sont tous venus ! Mon Tesshi est là ! Comment est ce que…

Je me tourne vers mon collègue.

- Je me suis d… dis que leur pré… présence t'aiderait peut… peut-être. Alors j'ai ap… appelé Jin, qui a téléph… phoné à Yamapi.

Un ange. Ce mec est un ange.

- M…erci, Nak… amaru, fais-je, vraiment reconnaissant.

Sur ce, je retourne m'allonge totalement dans cinquante centimètres de flotte. J'ai même pas eu le temps de me réchauffer. Mais cette fois, j'ai une nouvelle force : la force News.

Et la force News a fonctionné. Cette fois, tout a roulé et, après des heures d'échec, j'ai enfin réussi à terminer la scène en une seule prise. Ce qui a l'air de ravir le staff entier. Ils devaient tous commencer à se dire qu'on allait y passer la nuit.

- Je suis désolé, lancé-je à la cantonade en m'inclinant, ce qui doit faire un drôle d'effet vu que je suis couvert par une grosse couverture.

- Allez vous changer, Masuda-san et rentrez chez vous. C'est tout pour aujourd'hui.

Je m'incline à nouveau et les gars me rejoignent.

- T'as été génial, mon Massubidou, me dit mon Tesshi en se jetant dans mes bras, des étoiles dans les yeux.

J'ai pas le courage de lui dire que je me sens pas génial du tout. Je referme donc juste mes bras sur lui avec la couverture que je tiens toujours et regarde les autres.

- Merci d'être venus.

- Jin a dit que Nakamaru pensait que tu avais besoin de soutien, explique Pi. On arrivait pas à grand-chose de notre côté, alors on est venus en renfort.

Faudra que je pense à remercier correctement Nakamaru. Et Akanishi aussi même si ça me gonfle et que je capte pas pourquoi il m'a aidé alors qu'il peut pas me blairer et qu'il sait que c'est réciproque.

- L'amitié est vraiment forte dans un groupe on dirait, dit Ishiguro-san arrivé près de moi sans que je le remarque. C'est quelque chose de précieux.

Mes amis s'inclinent devant lui (sauf Yu' toujours dans mes bras).

- Masuda-kun, à demain. Repose-toi bien. Toi aussi, Nakamaru-kun.

- Arigato sempai.

Nos voix ont fusé en même temps, ce qui fait sourire notre aîné, qui s'en va après nous avoir fait un signe de la main. Il n'y a plus de trace de Kaname-sama. Il a du s'empresser de partir. Il faut dire qu'il est presque minuit et qu'on reprend tôt demain.

- T'as une sale tronche, me fait remarquer Ryo avec son habituelle diplomatie.

- C'est normal, baka, rétorque Keii-chan. Ca fait des heures qu'il tourne dans l'eau. Il doit être gelé, épuisé et affamé.

Au moment où il le dit, je prend conscience qu'effectivement, j'ai une dalle de tous les diables. Pas étonnant, cela dit, vu que j'ai pas réussi à avaler quoi que ce soit ce midi.

- Va te doucher, ça te réchauffera, me conseille Shige.

- Ensuite on t'emmène manger un bout et on te ramène chez toi. Je pense que tu vas t'écrouler.

Je hoche la tête, lâche Tesshi qui s'éloigne de moi à contrecœur et me traîne jusqu'à la loge. Je ressemble à une loque. Je me souviens pas d'avoir été aussi mort de ma vie.

Une fois à la maison, Yuya, qui a tenu à rester, m'aide à me déshabiller et se glisse près de moi dans le lit. Blotti contre lui, bercé par sa chaleur et le moelleux confortable de ma literie, je me sens partir pour le pays des songes.

- Oyasumi, mon Massubidou, souffle mon petit ami en déposant un baiser sur mes lèvres.