Je comprends rien à ce qu'il raconte, mais une chose est sûre, il est devenu complètement dingue. J'ai l'impression de revoir Pi quand il a pété son câble. Sauf que là, je suis à poil… toujours en érection puisque j'ai pas eu le temps de… bah de finir quoi… et toujours en Tesshi, qui a pas bougé. Je crois qu'il s'est encore rendu compte de rien.
N'ayant pas spécialement envie de jouer avec ma vie qui est "un peu" entre ses mains là, je me retire avec le peu de dignité qui me reste et fais attention de pas me décoller de lui, histoire que la lame, dont je sens le tranchant faire couler un léger filer de sang, fasse pas vraiment connaissance avec ma carotide.
- Voilà, on s'écarte c'est bien… fait la voix de Fujigaya.
Mon regard est rivé sur Yuya, qui ouvre finalement les yeux, nous contemple son ex et moi, cligne des paupières en cherchant manifestement à comprendre le sens de ce qu'il voit… puis sa voix s'élève, claire bien que toujours rauque :
- Tai ? Mais… qu'est ce que tu fais ? C'est quoi ce couteau ?
- Je suis désolé, Yuya… Mais je t'aime toujours et je peux pas lui permettre de continuer à te salir alors qu'il est même pas digne de te lécher les pieds…
- He ? Me salir ? Qu'est ce que tu raconte ? Tai… s'il te plait… je t'en prie… si tu m'aime… si tu m'aime, par pitié, fais pas de mal à Massu… J'en mourrais s'il lui arrive quelque chose tu sais… Je ferais ce que tu veux, mais laisse-le…
Cette extrême détresse, dans la voix de mon Tesshi, cette angoisse qui dit "je vous en prie, ne me prenez pas l'homme que j'aime", je la connais bien. Je l'ai déjà vécue quand Masa-chan a été terrassé par la maladie, alors je sais ce qu'on ressent.
- Tesshi, non… Fais pas comme moi avec Pi, dis pas que tu feras tout ce qu'il veut, parce que s'il t'y force…
- LA FERME TOI ! JE T'AI PAS AUTORISE A PARLER ! LUI PARLE PAS !
Je sens la lame appuyer un peu plus sur ma gorge. Ok, message reçu. Ca fait putain de mal…
- Tai… Je t'en supplie…
- Je suis désolé, Yuya, mais je peux pas. Si je le laisse, il va continuer à te toucher et je le supporterais pas.
- Il me touchera plus. Il fera rien. Laisse-le partir et on va parler tous les deux, d'accord ?
- Non, je peux pas faire ça… Je peux pas prendre ce risque… Je suis désolé…
Et avant que j'ai pu comprendre ce qui se passait, il m'a lâché d'une main et a levé son couteau. Je ferme les yeux. Il va me tuer. Je vais mourir, assassiné par un kohai fou d'amour pour mon petit ami. Tu parle d'une mort à la con… Mais aucune douleur ne vient. A la place j'entends un cri de souffrance pure.
- YUYAAAAAA ! NOOOOOON !
Le dos traversé par une brusque sueur froide et le cœur tenaillé par un effroyable pressentiment, je rouvre les yeux. Sur le corps de Yuya à terre, toujours nu et dans le torse duquel le fameux couteau est planté profondément très près du cœur.
A mon tour, je pousse un hurlement de bête à l'agonie et me laisse tomber près de lui, serrant mon petit ami sans connaissance contre moi, à peine conscient que l'agresseur s'enfuit.
- Non, non… Kami-sama je vous en prie non… Me faites pas ça… On était heureux… Je vous en prie, me le prenez pas… Je pourrais pas vivre sans mon Tesshi…
D'énormes larmes roulent sur mes joues, mais je m'en fous… J'ai si mal de penser que… Non il va s'en sortir. C'est obligé.
Alertés par mon hurlement, des gens se précipitent dans la pièce. Je vois pas qui c'est parce que je regarde que Tesshi, mais je reconnais une voix. Nagase-sempai.
- Qu'est ce qui se passe ici ? Masuda, qu'est ce que tu… Oh putain de merde ! J'appelle les secours ! Tegoshi, tiens bon, gamin !
Quelques horribles minutes plus tard, je sens qu'on essaye de me l'enlever et m'y accroche en criant.
- Non, non, laissez-le !
- Masuda ! C'est pas le moment d'être hystérique ! me hurle Nagase-sempai en me secouant comme un prunier. C'est les secours qui l'emmènent ! Reprend-toi, le gosse a besoin de toi ! Qu'est ce qui s'est passé ?!
- Fujigaya… il voulait me tuer… pour avoir Yu' pour lui… mais… mais Yu' a du s'interposer…
- Quoi ? Fujigaya ?! Mais où il est ?!
- J'en sais rien… Et là je m'en fous. Je veux aller voir Yuya…
- Je vais t'y emmener. Rhabille-toi. Pendant ce temps, les autres vont chercher cet espèce de taré de Fujigaya.
Avec des gestes d'automate, je remets mes fringues de répète et suis mon aîné, comme hors de moi-même. Pourtant je déteste les hôpitaux mais il semblerait que les hommes de ma vie soient voués à y faire des séjours en catastrophe.
Je me suis précipité comme un fou à l'accueil dès que j'ai pu sortir de la voiture du Tokio, mais on m'a juste prié de me calmer et de m'asseoir, en me disant que de toute façon, mon compagnon était au bloc et qu'on en savait pas plus pour le moment. Alors l'attente a commencé. Interminable. J'ai compté les carreaux de carrelage du sol du couloir (six-cent dix-huit), ceux des murs (vingt-sept mille quatre-cent trente-trois) et les dalles du plafond (soixante six) au moins dix fois chacun. Et pendant tout ce temps, rien. Pas la moindre nouvelle de mon Yu'. A croire que ce maudit bloc est un trou noir qui a avalé tout le monde.
Puis soudain, alors que j'ai presque perdu espoir, un chirurgien sort et je me jette presque sur lui.
- Alors sensei ?!
- Excusez-moi, vous êtes de la famille ?
- Yuya est mon compagnon.
- Ah. Et bien nous avons extrait l'arme et fais le maximum. Pour nous il est hors de danger mais…
- Mais… ?
- Et bien étant donné l'endroit où est situé la lésion, il est possible qu'il reste dans le coma. Je suis désolé. Tout est entre ses mains maintenant.
Un grand coup de poêle derrière la tête et ce fatal couteau planté dans mon propre cœur ne m'auraient pas fait davantage de mal. Un long cri de douleur m'échappe et je m'effondre à genoux, la tête dans les mains.
Je suis aussitôt rejoint par Nagase-sempai qui est resté avec moi et il m'aide à me redresser.
- Allez Masuda, faut pas te laisser abattre. Des gens qui sortent du coma, y'en a plein tout le temps. Tegoshi s'en sortira lui aussi, ne.
Je secoue la tête, chassant l'impression de déjà-vu. J'aurais pas deux fois la chance que la personne que j'aime s'en sorte. J'en suis sûr.
- Hé, tu fais quoi là ?! Tu crois que c'est en le voyant déjà mort que tu vas l'aider à s'en sortir ?! Il est vivant, Masuda ! Et avec ton aide, il peut très bien revenir, alors reprends-toi, je sais que t'es pas un enfoiré d'égoïste !
- A quoi bon, sempai… C'est à cause de moi s'il en est là… Si j'étais pas là…
- "Moi", "je"… Tu t'entends, là, à penser à toi alors que tu devrais penser qu'à lui ? Putain, si tu l'aime, t'as une curieuse façon de le montrer ! Surtout s'il s'est sacrifié pour te sauver la vie !
- MASSU !
Une voix familière me fait relever la tête. Les gars… Un des Tokio a du prévenir Pi, qui a appelé tout le monde… Je dois avoir une tête à faire peur mais je m'en fous.
- Massu, Taichi-sempai nous a tout raconté, c'est épouvantable ce qui s'est passé, me dit Keii-chan, qui prend immédiatement près de moi le relai de Nagase-sempai.
- Je vous le confie les gars. Moi je vais aux nouvelles concernant l'assass… enfin le barjot qui a fait ça.
- Merci, sempai. Tenez-nous au courant onegaishimasu, demande Pi en s'inclinant.
- Viens Massu, on va s'assoir. C'est froid par terre, tu vas attraper la crève.
- Je m'en fous… Plus rien a d'importance, Keii-chan… Plus rien… Sans Tesshi…
- Mais qu'il est con… Tego-nyan est pas mort, il va s'en sortir, ok ?!
Je hoche la tête, mais au fond de moi, je n'y crois plus.
18 mars 2009
Comme tous les jours, depuis deux mois, après m'être mentalement préparé au choc sans cesse renouvelé, je rentre dans la chambre d'hôpital complètement envahie de fleurs et de peluches envoyées tant par sa famille les gars de l'agence, des célébrités avec lesquelles Yu' a travaillé ou des fans, tous en peine de lui. Mes gestes sont ceux d'un automate, je le sais, mais j'ai l'impression de ne plus rien ressentir. Dans le grand lit entouré de barreaux métalliques, presque aussi blanc que les draps dans lesquels il est couché, Yuya, relié à des machines et des tuyaux, est immobile. Ses yeux sont fermés et, si sa poitrine s'était pas soulevée régulièrement, j'aurais vraiment pu croire qu'il était plus là comme je le cauchemarde toutes les nuits depuis cet affreux jour. Je tire le tabouret près du lit, m'assois, prends sa main reliée à un monitoring par un capteur placé au bout de son majeur et la serre dans la mienne.
Sur la table près du lit, dans un vase contrairement aux autres, il y a un bouquet de lys blancs, les fleurs préférées de Tegoshi-san. Elle a du passer dans l'aprèm. Kami-sama, c'est déjà tellement dur pour moi, j'imagine mal ce que doit vivre la pauvre femme , en voyant son fils dans cet état jour après jour.
Je soupire et, d'un ton faussement enjoué, entame mon interminable monologue quotidien qui a pas l'air de changer quoi que ce soit à son état.
- Hé Yu', comment ça va, mon cœur ? On continue à travailler sur "Koi no ABO" tu sais. Mais c'est compliqué sans toi, parce qu'on se sert un peu tous de ta voix comme guide. Et puis personne tient la note comme toi à la fin. En fait, même si la date de l'enregistrement se rapproche, on a beau faire de notre mieux, il manque toujours toi, alors… pour être honnête, je crois qu'on essaye tous plus ou moins de retarder l'échéance, pour essayer de pas enregistrer sans toi. Mais du coup on se fait engueuler par Fujioka-san parce qu'on avance plus lentement que des tortues. Tu le crois ça ? Même Pi freine des quatre fers pour te laisser la possibilité de nous rejoindre.
Je fais une pause. Trouver des sujets de conversation pour dire des trucs à mon copain inconscient, c'est vraiment pas simple. Et je sais que les gars galèrent tous autant quand ils viennent, pourtant le médecin a été clair : lui parler chaque jour pendant des heures peut l'aider à revenir parmi nous.
- Je… sais que tu l'aimais bien avant tout ça, mais ils l'ont eu tu sais… Fujigaya, je veux dire. Les Tokio l'avaient coincé à l'agence et du coup les flics l'ont emmené. On lui a diagnostiqué une maladie mentale dont j'ai oublié le nom et il est interné pour le moment. Il était bien complètement maboul. Va falloir que les Kisumai fassent avec un membre de moins. Comme nous à l'époque même si c'était pas pour le même genre de raison.
Je m'interromps de nouveau et embraye sur autre chose.
- Tu sais, j'ai reçu des projets pour Tegomass. On a un premier album de prévu pour juillet, tu te rends compte. Du coup, j'ai besoin de toi pour commencer à travailler dessus, vu que j'ai reçu toutes les chansons. Il y en aura quinze, tu te rends compte ? Dont une version en anglais de "miso soup". En anglais, à quoi ils pensent ?
Je lève les yeux sur le visage de mon petit ami, si immobile et blême qu'il a l'air en cire… et je suis incapable de continuer à feindre.
- Yu'… je t'en prie chéri, reviens… M'abandonne pas… Je peux pas vivre sans toi moi non plus tu sais… Je voulais te demander de vivre avec moi pour qu'on soit plus jamais séparés, mais j'ai même pas pu le faire… Alors reviens… Reviens-moi et on se quittera plus jamais, je te le jure…
S'en est trop pour mes nerfs. Je me retiens toujours autant que je peux, mais là, je peux plus et je fonds en larmes, le visage caché sur le lit.
Il me faut un très long moment pour me calmer, mais mes sanglots finissent par s'espacer et disparaître, me laissant juste hoqueter comme un idiot. Je me passe une main sur le visage. Je me sens tellement épuisé… Entre les répètes, les longues heures que je passe dans cette chambre bien souvent à pleurer et le fait que je dors pas des masses parce que j'arrête pas de revivre le moment où tout s'est arrêté, mes heures de sommeil sont réduites à presque rien. Sérieux, je dois dormir genre pas plus d'une à deux heures par nuit. Et je sais qu'au bout d'un moment, mon corps va crier stop. Ca commence déjà un peu. Mais je me sens tellement coupable de ce qui est arrivé. Encore une fois, mon bonheur tout neuf est mis en pièces parce que la personne que j'aime a fait quelque chose pour être avec moi. Je suis un porte-malheur. Les gens comme moi devraient jamais approcher d'autres gens. Jamais.
Je me redresse. Il faut que je boive quelque chose. J'ai besoin d'un truc avec du sucre pour me redonner un peu d'énergie pour passer la nuit près de Yu'.
- Je reviens, mon cœur, je vais au distributeur de boissons, dis-je avant de me pencher et de déposer mes lèvres sur les siennes.
Elles sont si froides… Comme si… Non. Non Taka, pense pas à ça. Il est là, quelque part. Il doit être perdu et avoir peur tout seul dans le noir, mon Tesshi. J'ai pas le droit d'abandonner l'idée qu'il me revienne.
Je sors donc de la pièce et me dirige vers le distributeur du couloir, mais il est déjà occupé par un occidental qui doit avoir sensiblement le même âge que moi et dont la main droite est accrochée à la perfusion à roulettes dont l'aiguille est plantée à plat dans le dos de sa main.
- Bonjour ! me salut-il joyeusement.
- Heu bonjour.
- Ce n'est pas la première fois que je vous vois, me dit-il dans un excellent japonais.
Je me retiens très fort de soupirer. C'était vraiment pas le jour de tomber sur un fan. J'ai vraiment pas la tête à prétendre que tout va bien.
- Vous venez tous les jours, ne ? Comme je me ballade pas mal avec ma perf', j'ai remarqué vos allées et venues.
Ah ben on dirait que je me suis gouré. Ca a pas l'air d'être un fan finalement. J'ai même pas l'impression qu'il m'ait reconnu. C'est reposant de parler à quelqu'un qui soit pas un Johnny's et s'adresse à moi normalement.
- Un membre de votre famille est hospitalisé ?
- Mon petit ami.
- Oh… Désolé. Qu'est ce qu'il a ?
- Il a reçu un coup de couteau et il… (la suite a du mal à passer) il est dans le coma depuis deux mois.
- So ka… Je suis désolé de… Oh ! La chambre aux fleurs, ne ?
- He ?
- Votre ami, c'est le patient dont la chambre est pleine de fleurs ?
- Heu oui. Elles ont été envoyées par tous ceux qui l'aiment.
Je sais pas pourquoi je parle si facilement à ce garçon inconnu. Peut-être que, justement, le fait de parler à quelqu'un que je connais pas m'aide inconsciemment, j'en sais rien.
- Et ça vous rend pas jaloux, tous ces gens qui l'aiment ?
- Non. Parce qu'ils n'aiment tous que l'image qu'il donne, celle qu'il accepte de laisser paraître. Moi, je connais le vrai Yuya. Je connais tout de lui.
- Ca doit être ça le vrai amour. Ca laisse rêveur. Ah ! J'ai oublié de me présenter : Shirota Yuu.
Ah bah en fait il est pas occidental, il est japonais. Mais à mon avis, il est métis, parce qu'il en a pas du tout l'air.
- Masuda Takahisa, fais-je en serrant sa main gauche qu'il m'a tendue.
Je suis plus habitué à me présenter à qui que ce soit. D'habitude, les gens me reconnaissent direct. Ca fait drôle de revenir dans l'anonymat, même pour quelques minutes, mais c'est pas désagréable pour autant.
- Content de vous connaître.
- Moi de même, dis-je. Mais je dois retourner près de lui, désolé.
- Je comprends. Bon courage, ça doit être une situation difficile.
- Vous n'avez pas idée…
- Tenez, je crois que vous en avez plus besoin que moi, dit-il en me tendant la canette de boisson énergisante qu'il vient de récupérer.
- Mais… vous êtes sûr ? Je voudrais pas…
- Hum hum. Et faites attention à vous. Vous n'avez pas l'air bien.
Il me fait un petit sourire et un signe de la main et fait demi tour dans le couloir.
Misère, si même lui qui me connait pas a remarqué que j'avais une sale tête, c'est que ça doit même être pire que ce que je croyais.
Je bois d'un trait la canette que Shirota-san vient de me donner, histoire de me donner à la fois énergie et courage, puis entre de nouveau dans la chambre, dans laquelle le silence, presque étouffant, me prend à la gorge.
- Tu sais, je viens de rencontrer un gars plutôt sympa dans le couloir, dis-je à mon petit ami en revenant m'assoir près de lui. Je sais pas ce qu'il a comme maladie pour se balader avec une perfusion, mais bon… Il avait remarqué que ta chambre était pleine de fleurs et il se demandait si j'étais pas jaloux. Bah non évidemment. Pas plus que toi tu es jaloux de mes fans etc… (je laisse passer un moment, puis abandonne mon ton léger) Yu'… Je sais que tu dois te sentir seul et perdu dans cette obscurité que tu déteste, toi qui es tellement fait pour la lumière… mais tu es pas seul. Je suis là, ta mère aussi. Et les gars. Et les mecs de l'agence. Et tes fans. On est tous là et on attend ton retour, alors nous abandonne pas…
Je me tais de nouveau. Vraiment, je sais plus quoi dire, plus quoi faire… Et malgré moi, les larmes se remettent à couler. Alors que j'étais quasi certain de plus avoir une seule goutte d'eau dans tout le corps. Pour la deuxième fois, je pose les bras sur le lit et ma tête par-dessus pour laisser libre court à mon chagrin.
Mais soudain, je sens quelque chose sur ma tête et la relève brusquement… pour rencontrer le regard flou de Tesshi. Il me faut quelques secondes pour réaliser qu'il s'est réveillé. Jusqu'à ce que sa voix, éraillée mais bien réelle, prononce mon nom.
- Massu…
- Tesshi ! m'exclamé-je en le serrant contre moi à l'étouffer, alors que de nouvelles larmes, de joie cette fois, coulent sur mes joues. Oh mon dieu, tu es réveillé !
- Aïe…
Je comprends que je lui fais mal et le relâche avant de l'observer comme si je l'avais pas vu depuis des années. Il est toujours pâle, bien sûr, mais il est conscient et il parle, ce qui est le plus beau cadeau qu'on m'ait jamais fais.
- J'ai… entendu ta voix… Je t'ai entendu… pleurer pour moi…
- Faut que tu reprenne des forces maintenant, dis-je sans relever ce qu'il vient de dire. Tu as faim ? soif ? Tu as besoin de quelque chose ?
Il secoue la tête, mais tend un bras tremblant pour toucher ma joue du bout des doigts.
- Tu as… une mine affreuse…
Que même lui, à peine sorti du coma, me dise ça, me fait rire et, de ma main, j'appuie la sienne sur ma peau.
- Venant de toi, c'est pas mal comme remarque.
- Je rigole… pas, tu sais. Quand c'est la… dernière fois que tu as… vraiment dormi ou mangé ?
On dirait que chaque mot lui coûte à prononcer, mais ses premiers mots sont pour s'inquiéter pour moi. Alors que c'est justement parce qu'il s'inquiétait pour moi qu'il en est là.
- Shhhhhht. Arrête de parler, mon cœur. Je vais appeler une infirmière.
Je prend donc l'espèce de télécommande sur laquelle se trouve le bouton d'appel et appuie dessus.
Quelques instants plus tard, une jeune femme.
- Oui vous avez sonné ? J'ai… Oh. Bonjour, Tegoshi-san, je suis contente de vous voir réveillé. Je vais faire prévenir le docteur.
- Vous pouvez peut-être lui retirer tous ces tuyaux et ses perfusions maintenant ? demandé-je.
- Je regrette, je ne peux pas prendre cette décision toute seule. Je vais faire prévenir le médecin. C'est lui qui donnera l'autorisation de les retirer ou pas.
Elle s'incline, sort et je reporte immédiatement mon attention sur mon petit ami.
- Je vais appeler ta mère et les gars pour les prévenir que tu as repris connaissance. C'était la sieste de ta vie là.
- J'ai "dormi"… combien de temps ?
- Deux mois, mon cœur.
- Oh. Effectivement.
- Je reviens vite, d'accord ?
Il hoche la tête et je me précipite à l'extérieur pour téléphoner. Inutile de dire que sa mère a fondu en larmes au bout du fil, en remerciant nous remerciant, les dieux et moi, pour le réveil de son fils. J'étais un peu gêné quand même, parce qu'après tout, j'ai rien fais de spécial à part être présent.
Je rentre dans la chambre après avoir passé un coup de fil rapide à Keii-chan qui a promis qu'il passerait dans la soirée avec Shige. Il était super heureux.
- Je pense que tu vas avoir pas mal de visite aujourd'hui, dis-je à mon petit ami.
- So ka…
- T'es sûr que tu veux rien manger ?
- Non, mais j'ai pas encore eu de bisou.
Je souris. S'il est assez en forme pour réclamer un baiser, c'est qu'il y a plus besoin de s'inquiéter pour sa santé.
