24 avril 2009

Avec le retour de Tesshi, l'activité à repris normalement, ce qui a inclus l'enregistrement de "Koi no ABO" qui sort aujourd'hui. J'ai pas osé dire à mon petit ami que j'avais échangé mes coordonnées avec Shirota-san, de peur qu'il me fasse une scène. Et comme il est encore en convalescence, on doit tous le ménager. Moi le premier. Mais j'ai vraiment bien accroché avec Shirota-san (je serais tenté de dire que c'est mon premier ami non Johnny's), donc j'avais pas envie de perdre le contact établi les derniers jours d'hospitalisation de Yu'. En discutant avec lui, j'ai appris que sa mère est espagnole et que c'est pour ça qu'il a l'air occidental. Il m'a aussi dit le nom de sa maladie mais je l'ai oublié. Tout ce que je sais, c'est que ça l'oblige à faire de longs et fréquents séjours à l'hôpital dont il est un peu la mascotte. Ce qui m'a pas étonné, parce qu'il est vraiment gentil. Bref j'ai un ami et le cacher à Tesshi sera pas simple. Surtout qu'on va pas tarder à devoir bosser sur "Tegomass no uta", le premier album de notre duo et que donc, on sera ensemble H24.

- Massu, si ce que je raconte t'intéresse pas, dis-le tout de suite.

La voix mécontente de Pi me tire de mes pensées.

- C'est vraiment pas le moment de rêvasser avec tout le boulot qu'on a. Concentre-toi un peu s'il te plait.

- Hai gomen.

Le regard interrogateur de Yu' se pose sur moi. Il se demande à quoi je pouvais bien penser pour être distrait pendant un briefing. C'est vrai que c'est pas dans mes habitudes.

- Donc, pour Massu qui a rien écouté, reprend notre leader en appuyant lourdement sur les deux derniers mots, voilà le programme de la journée : là, on attend Fujioka-san avec les pochettes du single, ensuite on a une interview et un shoot pour un magazine, puis on reviendra ici pour commencer l'entraînement pour le News Live Winter Diamond Party qui va bientôt avoir lieu et on ira manger. Après on a un live de "Koi no ABO", encore une interview et la fin d'aprèm est dégagée pour que Tesshi et massu puissent commencer à bosser sur leur propre album. Des questions ?

- Ouais. Ob se repose quand ? demande Ryo.

- Si tu voulais du repos, fallait faire un autre métier, mon vieux. Autre chose ?

Comme personne se manifeste, il conclut.

- Parfait. Donc c'est parti pour la journée.

19 mai 2009

Aujourd'hui, je dois voir Yuu-kun vu qu'on est off, donc j'ai fais croire à Tesshi que j'allais voir ma mère. Ca me plait pas de lui mentir, mais j'ai vraiment pas envie qu'il refasse une crise de jalousie qui a pas lieu d'être, comme avec Kaname-sama. Du coup, je suis obligé de trouver des stratagèmes de ce genre. J'ai du mettre kaa-chan dans la confidence au cas om Yu' l'appelle pour vérifier (comme il est un peu parano à ce sujet, c'est possible) et du coup j'ai eu droit à un sermon sur la nécessité d'être franc quand on est en couple : "Tu comprends, nounours, comment Yuya-chan peut te faire confiance si tu n'es pas honnête avec lui ? Et puis si tu n'as rien à te reprocher, tu n'as pas de raison de lui cacher cette amitié". J'ai renoncé à lui faire comprendre que ce serait pire si je lui disais, parce qu'il verrait jamais ça comme une amitié innocente et s'imaginerait tout de suite le pire, parce que kaa-chan a toujours eu une grande faiblesse en ce qui concerne Yuya vu qu'elle l'adore. Il m'a donc fallu une demie heure avant qu'elle me promette de corroborer ma version en cas d'appel de mon petit ami.

- J'y vais, mon cœur, fais-je en l'embrassant tendrement.

- D'accord. Passe le bonjour à ta mère pour moi, ne.

- Pas de souci.

Je me chausse, prend ma sacoche et file au point de rendez-vous, un minimum déguisé.

A mon arrivée, Yuu-kun est déjà là et je lui fais signe.

- A ce point ? me demande-t-il avec sa bonne humeur habituelle, en voyant le déguisement en question.

- Hum. Qu'est ce que tu as envie de faire ?

- Je me disais qu'on pourrait faire du shopping mais… un centre commercial est peut-être pas l'idéal pour ton anonymat.

Oui, depuis il a appris que je fais partie de News. Mais coup de bol, ça a pas changé sa façon de se comporter avec moi.

- Pas faux. Mais bon, en même temps, je risque d'attirer l'attention où que j'aille, alors autant faire du shopping. J'en ai pas fais depuis un sacré bail.

- Vendu alors. Tu as une préférence ?

- J'irais bien au 109.

- C'est pas dans mes moyens, mais je suis pas contre voir l'intérieur.

- T'y es jamais entré ?

- Non.

- Alors viens.

On file donc jusqu'à la tour commerciale et je me rend alors compte que je suis pas le seul Johnny's à vouloir investir les lieux, car je repère immédiatement Masa-chan et les autres Arashi, à découvert, eux, réunis devant l'entrée avec une équipe télé. Ils doivent tourner un épisode de "Mannequin Five".

- On a un bol monstrueux, soufflé-je à Yuu-kun. Viens.

Je m'approche donc de mes aînés l'air de rien et laisse Masa-chan me repérer le premier.

- Taka-chan ! Qu'est ce que tu fais là ?

- On allait faire un peu de shopping, mon ami et moi, réponds-je en souriant. Mais on est venus un peu trop tôt je crois, c'est pas ouvert. Bonjour Masa-chan, bonjour sempai.

- Oh ben… Vous pouvez peut-être profiter du fait qu'on a privatisé le centre pour l'émission, propose-t-il.

- C'est vrai que tu seras pas tranquille si t'attends l'ouverture, acquiesce Ninomiya-sempai.

- Mais ça dérange pas ?

- Bah non puisqu'on te le dit, dis-je en m'inclinant, imité de Yuu-kun.

- Vous aurez que deux heures, comme nous, par contre, me prévient Matsumoto-sempai.

- Hai. Wakatta.

Après deux heures de shopping presque seuls dans le centre commercial (on a parfois croisé les Arashi chargés de sacs. Ils vont s'éclater dans l'émission), Yuu-kun et moi on est ressortis et allés se poser dans un café avec nos achats. Les siens, c'est moi qui les ai payés malgré ses réticences, vu qu'il avait pas les moyens, mais ça m'a pas dérangé.

Ensuite on est allés manger dans un coin tranquille et on a fini par une gentille balade après avoir posé nos sacs dans ma voiture. Ca fait tellement plaisir ce genre de plaisirs simples. J'avais presque oublié ce que c'était.

Après un moment, je regarde l'heure. Il va falloir que je rentre si je veux rester crédible avec mon histoire de visite à kaa-chan, vu que je rentre jamais tard quand j'y vais.

- Yuu-kun, je vais devoir y aller. On se revoit bientôt, dis-je.

- Ce sera pas tout de suite. Je retourne à l'hôpital pour quelques temps.

- Oh. So ka. Alors je viendrais te voir.

- J'attendrais ta visite. A bientôt.

14 juin 2009

Après la série de concerts du News Live Winter Diamond Party, Tesshi et moi avons directement embrayé sur la préparation du premier album de Tegomass. Du coup, j'ai quasi pas le temps de voir Yuu-kun, que ce soit à l'hôpital ou en dehors, mais j'arrive quand même à trouver des petits créneaux, toujours en cachette de mon petit ami.

Je me suis peu à peu habitué à cette espèce de double vie, mais ça reste quand même des mensonges. Reste à espérer que Yu' me grillera jamais, sinon je suis mal et je sais pas comment je pourrais lui expliquer.

15 juillet 2009

Aujourd'hui, "Tegomass no uta" sort enfin. Inutile de dire qu'on est super occupés : tout le monde nous veut. Et j'ai l'impression qu'on répète sans fin les mêmes choses à tout le monde : oui on est heureux de cet album ; non avoir une double carrière n'est pas un problème ; non, ce n'est pas trop dur de faire la promo de l'album de Tegomass en plus de celui de News ; oui les autres membres sont contents pour nous et nous soutiennent… J'ai vraiment envie de leur dire de se renouveler un peu, mais je m'abstiens évidemment. Il faut bien coller à mon image de mec sage qui dit jamais un mot plus haut que l'autre. Parce que oui, c'est l'image que je donne apparemment. Je sais pas d'où c'est sorti, parce que je fais autant sinon plus de conneries que les autres, mais bon…

Tesshi, lui, ça a pas l'air de le souler d'entendre toujours les mêmes questions, il est toujours aussi joyeux d'y répondre. Un vrai Zébulon.

Ou alors, c'est juste moi qui deviens blasé. Si c'est ça, ça craint quand même après seulement six ans. Vaaaaaache… J'avais pas percuté que ça faisait déjà six ans. Le temps passe super vite quand même.

1er septembre 2009

J'ai passé tout le mois d'août à aller de live en live, d'émission en émission et de shoot en shoot, que ce soit avec News ou Tegomass et je suis cla-qué. J'ai juste envie d'hiberner, mais impossible, trop de boulot et comme il s'arrête jamais…

En plus, Tesshi et moi on a appris que notre première tournée est prévue en décembre, alors même si c'est dans un peu plus de trois mois, on a un peu la pression.

Mais aujourd'hui, on est off. Vous pensez qu'on reste sous la couette et qu'on se repose ? Et bah non. Malgré ce qu'il a fait, Yu' a tenu à aller voir ce taré de Fujigaya dans son institut. Et dans la mesure où il a essayé de me tuer, j'avoue que je l'ai pas bien pris, mais mon petit ami a pas eu l'air de le remarquer. C'est pour ça qu'on va perdre notre temps là-bas. C'est peut-être mesquin de voir ça comme ça, surtout qu'apparemment, Fujigaya a pas toute sa tête, mais dans la mesure où j'aurais pu crever et Tesshi jamais se réveiller, je pense être en droit de réagir comme ça. Du coup, pendant que Yu' se précipite à l'accueil, moi je reste en arrière et je traîne les pieds. De toute façon, c'est pas comme si Fujigaya allait sauter de joie en me voyant puisque ma simple existence est un problème à ses yeux. J'aurais du laisser mon Tesshi y aller seul. Sauf que, sachant ce que je sais, j'aurais pas été tranquille de le savoir seul avec ce dingue.

- Massu on y va, je sais où est sa chambre ! me dit mon petit ami en harponnant mon bras pour littéralement me tirer à sa suite.

- Il a une camisole j'espère, marmonné-je façon Ryo, dans la barbe que j'ai pas.

- He ?

- Rien, grogné-je encore.

- Pffffff, t'es désagréable aujourd'hui, qu'est ce qui t'arrive ?

J'écarquille les yeux.

- T'es sérieux là ?! Tu me pose vraiment la question ?!

- Ben oui.

- J'ai que tu me traîne "juste" voir le mec qui a essayé de me tuer et qui t'as fais tomber dans le coma ! m'exclamé-je, m'attirant des regards noirs du personnel.

- Heeeeee ?! T'es resté là-dessus ?! Comment tu peux lui en vouloir alors que moi non ?

- Justement, c'est ce que je voudrais savoir, figure-toi !

- He ?

- Pourquoi TOI tu lui en veux pas, alors qu'il a essayé de tuer l'homme que tu aime et que tu as été gravement blessé par sa faute ?!

- Ben il est malade quoi. Il a pas toute sa tête. On peut pas en vouloir à un malade.

- Ben voyons… Quelle bonne excuse…

- Qu'est ce que tu insinue ? me demande-t-il, les poings sur les hanches.

- J'insinue rien. Je me demande si ça cache pas un truc tu vois.

- Un truc ? Tu crois quand même pas que…

- Si. C'est exactement ce que je crois.

- Massu no baka ! crie-t-il alors. Bah va-t-en avec tes soupçons ! Je veux plus te voir !

- Ca tombe bien, j'ai aucune envie de rester !

- Parfait !

- Parfait !

- Parfait !

Je le foudroie du regard, tourne les talons sans remord pour retourner à la voiture et repars vers la maison. Sauf qu'au dernier moment, je me rend compte que j'ai pas envie de rester seul à l'appart et je veux pas encore aller pleurnicher sur l'épaule de Masa-chan, ni embêter Keii-chan et Shige. Je vais aller voir Ryo. Boire avec lui me fera du bien. Discuter aussi.

Je fais donc demi tour et vais me garer devant chez lui. J'espère qu'il est là, sinon je vais avoir l'air con. Je décide de l'appeler et, coup de bol, il décroche à la deuxième sonnerie.

« Massu ? C'est rare que tu m'appelle. Ca va ? »

- Pas tellement. T'es chez toi là ?

« Ouais, pourquoi ? »

- Je suis en bas. Je peux monter ?

« Bah ouais, tu vas pas rester dehors. »

- Alors à tout de suite.

Il m'ouvre dès que je sonne et je remarque qu'il est en boxer. Il devait dormir.

- Je te dérange ?

- Nan nan t'inquiète. Et puis je vais pas te jeter dehors alors que t'as l'air d'avoir des emmerdes. Entre.

Je rentre donc et me déchausse.

- Alors qu'est ce qui va pas ? me demande-t-il en refermant la porte.

- Je me suis engueulé avec Yu'…

- Sans déc ? Pour un truc grave ?

- C'est compliqué…

- Compliqué genre ça va prendre un bon moment à raconter ?

- Ouais…

- Ok. Je vais nous chercher des bières. Va t'assoir.

Je hoche la tête et, en entrant dans le salon, remarque que c'est un peu le bordel. Mais ça se comprend : personne a envie de passer son jour off à faire le ménage.

Il revient avec deux canettes, m'en tend une et je l'ouvre avant de la boire d'un trait.

- Ah ouais quand même. Je t'ai jamais vu avoir une telle descente. Raconte. Il s'est passé quoi ?

Alors je lui raconte tout, depuis la crise de jalousie de Tesshi à propos de Kaname-sama (même si Ryo y a assisté), à mes accusations quand on était à l'asile, en passant par mes cachotteries à propos de Yuu-kun.

- Et bah putain, vous vous compliquez bien la vie, commente-t-il une fois que j'ai fini mon récit. Je me demande finalement si je vais pas m'abstenir de dire ce que je ressens à Tacchon. Quand je vois le bordel que c'est les histoires de couple…

- Tu veux dire que Yu' avait raison ?

- Ouais…

- Et… tu t'es pas déclaré ?

- Nan j'hésite. Les grandes déclarations, c'est pas mon truc.

- T'as qu'à lui dire à ta manière. Pas besoin de devenir quelqu'un d'autre pour ça.

- Hum. Je vais y réfléchir. Mais revenons à toi. Tu crois pas que t'es un peu parano ? Je sais bien que Fujigaya est dingue, mais justement, pourquoi Tegonyan qui, lui, est sain d'esprit, te tromperait avec un mec pareil ? Faudrait qu'il ait une sacrée case en moins nan ?

- Mouais…

- Et inversement, ne. C'est pas parce que t'admire un mec ou deux, que tu pense à le tromper. Je me plante ?

- Bien sûr que non. Je suis fidèle.

- C'est bien ce que je dis. Donc vous êtes tous les deux parano pour que dalle. Faut vous secouer, les mecs, parce que franchement, là vous êtes ridicules.

Ryo mâche jamais ses mots. Quand il a un truc à dire, il le dit sans y mettre aucune forme. C'est peut-être aussi pour ça que c'est lui que je suis allé voir.

- Donc tu pense qu'on ferait mieux de juste… s'excuser et c'est tout ?

- Ouais. Pour vous deux, ouais.

- Et toi, tu ferais quoi à ma place ?

- Bah déjà… moi j'y serais pas, dans cette merde.

Et bim ! Prends ça dans les dents, Taka.

- Et sinon moi, je m'excuserais pas. Je me contenterais de me comporter comme si rien s'était passé.

- He ? Et ça marche ça ?

- Avec les Kanja ça marche.

- Ah. Ouais.

C'est sûr qu'avec cette explication, ça remet tout en perspective.

- Fais pas cette tronche, grogne-t-il en me donnant une tape sur la tête. Je t'ai pas proposé cette solution. Vous êtes trop bisounours Tegonyan et toi, ça marcherait pas. Y'en aurait forcément un qui remettrait tout sur le tapis à un moment donné et ça finirait par des larmes. Alors autant faire les larmes tout de suite, ce sera fait.

Je sais pas trop comment prendre ça en fait…

- Et sinon, c'est quoi cette histoire avec ton nouveau pote ?

- Bah je t'ai expliqué.

- Ouais mais j'avoue que je pige pas pourquoi tu fais tant de mystères.

- A cause de la jalousie de Yu' ! explosé-je. T'as rien suivi ou quoi ?!

- Oi ! Déjà tu baisse d'un ton. C'est toi qu'es venu me trouver et qui m'a parlé de ce mec, alors t'étonne pas que je pose des questions que t'as pas envie d'entendre. Je suis pas Keii-chan moi.

Ca c'est sûr. Le jour et la nuit. Autant comparer un loup à un agneau. Je vous laisse deviner qui est qui.

- Désolé, marmonné-je.

- Bref, à mon avis, tu fais une belle connerie en lui en parlant pas. Tu vas t'en mordre les doigts quand Tegonyan se rendra compte à la fois que ce gars existe et que tu lui a menti pendant des semaines. L'explosion risque d'être violente.

Il a raison. Je le sais bien au fond de moi, mais j'ai peur que la jalousie maladive de Tesshi me force à choisir entre lui et Yuu-kun. Et j'ai pas envie.

17 décembre 2009

On y est. Ce soir c'est le premier concert de la première tournée de Tegomass et, à une heure du grand événement, j'avoue que je stresse. J'ai même pas osé regarder où en étaient les ventes de billets, de peur de découvrir que les fans seront pas au rendez-vous. Je sais, après six ans de News, c'est con de continuer à avoir cette crainte. Mais c'est juste le trac de la première, ensuite ça roulera tout seul.

- Arrête de bouger, Massu, me dit soudain Tesshi. T'as aucune raison d'avoir le trac. Les fans nous aiment.

- Je sais.

- Et tous les billets sont partis.

- Tous ?

- Tous.

Malgré moi, je laisse échapper un soupir de soulagement, qui fait rire mon petit ami.

- T'es pas croyable, mais t'es trop mignon, me dit-il, amusé, en venant m'enlacer et m'embrasser. Je comprends pas pourquoi tu te mets la pression tout seul comme ça, mais t'es trop chou. Fais gaffe, ne, t'as déjà des cheveux blancs.

- Uso ?! fais-je, un brin paniqué, en bondissant jusqu'au plus proche miroir pour examiner ma tignasse.

- Je blague, mon amour, détends-toi, rigole-t-il. T'es trop tendu, assieds-toi je vais te faire un massage.

Je m'assois donc, mais me relève une seconde plus tard.

- Je reviens, je vais aux toilettes, dis-je en quittant la loge.

Quand je reviens un petit moment plus tard, l'atmosphère dans la loge a changé. Elle est devenue non seulement lourde, mais carrément orageuse.

- Heu… Yu', mon cœur, qu'est ce qui se passe ?

- Ton portable a sonné pendant que t'étais parti.

- Et ?

Je sais pas pourquoi, mais je le sens mal…

- C'est qui "Yuu-kun" ?

Oh. Merde… Putain, Ryo avait raison. Enfin je savais qu'il avait raison, mais…

- On peut en parler plus tard ? C'est pas vraiment le moment là.

- Non, Massu, on en parle maintenant, dit-il en croisant les bras, le visage fermé. Alors c'est qui ? Et me répond pas que c'est Yokoyama, je te croirais pas : t'es pas assez proche de lui pour avoir son numéro et de toute façon, tu l'appelle pas par son prénom.

- Un ami, réponds-je en soupirant.

- Un ami ?! Tu te fous de moi ?!

- Non.

- Et il sort d'où cet "ami" dont j'ai jamais entendu parler ?!

- On a fait connaissance pendant que tu étais à l'hôpital parce que c'était aussi un patient. Il avait vu que j'allais mal et il a voulu me réconfirter.

- Comment ?!

- Bah… avec des mots gentils. Comme un réconfort quoi.

- Tu l'as revu depuis que je suis sorti ? m'interroge encore Yuya plus doucement.

- Oui… dis-je encore en en menant pas large.

- Combien de fois ?

- Plusieurs.

- Mais plusieurs combien ?

- Je sais pas, j'ai pas compté…

- Quand ?

- Quand je disais que j'allais voir ma mère…

- …

Son soudain silence après cet interrogatoire en règle, m'alarme.

- Yu' ?

- …

- Mon cœur, dis quelque chose, n'importe quoi. Crie-moi dessus si tu veux, mais parle-moi.

- Je te déteste, Massu… murmure-t-il, si bas que je suis pas sûr de l'avoir bien entendu.

- He ?

- JE TE DETESTE ! TU ES LE PIRE !

Et sur ces mots qui me giflent, il sort en courant. Et merde, à tous les coups il va se planquer. Il faut que je le retrouve. Je sais que j'ai merdé sur toute la ligne, mais le concert commence dans quarante-cinq minutes à peine…

Finalement, j'ai eu beau chercher, j'ai pas retrouvé mon Tesshi avant notre entrée en scène. Du coup, tout en assurant le show, je lui jetais régulièrement des regards appuyés qu'il faisait mine de pas voir… tout en entretenant l'illusion d'une bonne entente pour les fans. Mais en fait il est resté froid et distant avec moi pendant toute la première partie du concert. Et c'est seulement maintenant qu'on arrive au moment du MC, que je sais quoi faire.

A l'instant où il ouvre la bouche pour s'adresser aux fans, je me laisse tomber à genoux devant lui, sous les cris du public qui prend ça pour du fanservice. Je vois mon petit ami écarquiller les yeux et il murmure pour que moi seul entende :

- Qu'est ce que tu fais ?

- Tesshi, je suis vraiment vraiment désolé, fais-je tout fort dans mon micro. J'aurais jamais du faire ça. Je suis un idiot et je te supplie de me pardonner.

Tout en parlant, je me suis penché jusqu'à ce que mon front touche le sol de la scène, sous les glapissements des fans qui rêvent de nous voir ensemble lui et moi, sans se douter une minute que c'est vraiment le cas.

- Massu arrête, relève-toi… dit-il à mi voix dans son propre micro, conscient que, bien que je joue pas la comédie, il faut donner le change aux fans.

- Non, pas avant que tu m'aie dis que tu me pardonne, réponds-je de même. Je te jure que je recommencerais pas. Plus jamais.

Il y a un blanc. Mais un vrai du genre plus un seul bruit dans l'immense salle pleine à craquer et j'entends distinctement les battements de mon cœur emballé. Je sais que là, c'est quitte ou double : ou il est touché que je lui ai demandé pardon devant cinquante-cinq mille personnes en mettant ma fierté de côté, ou il trouve que je lui force la main en prenant tant de gens à témoin. Ca passe ou ça casse, y'a pas de milieu possible.

Et soudain, dans le public, un cri se fait entendre : "pardonne-lui !". Cri bientôt relayé par cinq, dix, cent, mille personnes et finalement, par la salle entière.

Son regard parcourt la foule qui agite ses penlights en scandant la même phrase, puis revient sur moi qui ai pas bougé.

- Plus jamais, tu me le jure ? fait-il, toujours dans son micro.

- Je te le jure sur ta tête, fais-je en relevant la mienne pour le regarder en face et qu'il voit que je suis sincère.

Il y a un nouveau silence, seulement troublé par la foule, puis il lâche :

- Alors je te pardonne.

Je me relève alors et le serre fort contre moi sous les cris ravis des fans.

- Tu souffriras plus jamais par ma faute, Yu', je te le jure, murmuré-je à son oreille pour que lui seul m'entende.

- Massu…

Je lutte très fort contre l'envie de l'embrasser : même pour Tegomass, le fanservice a ses limites.

Le reste du concert s'est bien déroulé, la froideur de Yu' ayant disparu, le Tegomass est redevenu aussi complice qu'il l'a toujours été. C'est au retour dans les coulisses, après les derniers rappels, que mon petit ami se tourne vers moi.

- Me fais plus jamais un coup pareil ! me dit-il en me bourrant la poitrine de coups de poing volontairement tout faibles. J'ai failli faire un arrêt cardiaque quand tu t'es agenouillé. J'ai cru…

Il s'interrompt brusquement et devient écarlate. Je me demande bien ce qu'il a cru au juste.

- Tu as cru… ? fais-je pour l'inciter à poursuivre.

- Nan rien. Oublie, c'est bête.

- Rien de ce que tu peux dire est bête, Yu'. Dis-moi.

- J'ai cru… que tu me demandais en mariage, souffle-t-il.

Là, j'en reste comme deux ronds de flan. J'étais loin de m'attendre à ça. Je savais même pas qu'il pensait à ça. Moi j'y aurais jamais pensé. D'autant que personne au Japon célébrerait un mariage gay et que même si on le faisait à l'étranger, il serait pas reconnu dans notre pays.

- Tu vois, je t'avais dis que c'était bête… reprend-il devant mon silence.

- Mais non c'est pas bête. Seulement… tu sais que c'est pas possible, ne.

- Je sais… murmure-t-il en baissant la tête.

Il y a tant de déception dans sa voix, que ça me touche profondément. Comme je l'ai rarement été.

- Yu', regarde-moi, dis-je tendrement.

Lentement, il relève le visage et je remarque que ses yeux sont humides. Merde…

- Yu', tu… voudrais vraiment m'épouser ?

- Hai…

- Mais… pourquoi ? Je veux dire… on vit déjà ensemble et tout. C'est comme si on était mariés, non ?

- Non, c'est pas pareil.

- Qu'est ce qui diffère alors ? Explique-moi, mon cœur, je veux comprendre ce qu'il y a dans ta tête, demandé-je en lui caressant la joue.

- Ben… si on se mariait, je t'appartiendrais officiellement pour toujours. Et toi aussi tu m'appartiendrais officiellement pour toujours.

Je m'attendais tellement peu à cette réponse, que j'en reste d'abord sans voix, avant de mettre un genou à terre sans me soucier du staff qui s'affaire autour de nous.

- Tegoshi Yuya… veux-tu m'épouser même si nous seuls serons au courant ?

A son tour stupéfait, il ouvre démesurément les yeux.

- M… Massu, qu'est ce que tu fais ? balbutie-t-il, visiblement troublé.

- Désolé, j'ai pas de bague vu que c'était pas prévu, mais… Ah attend, si j'en ai une.

Sur ces mots, je détache de mon cou la chaîne où pend l'anneau depuis longtemps trop petit, que kaa-chan m'avait offert pour mes quinze ans.

- Mais Massu… tu y tiens tellement à cette bague…

- Alors elle sera en sécurité avec toi.

Il me saute au cou, je souris, attache la chaîne au sien et l'embrasse tendrement.

- Mais Massu… tu y avais jamais pensé avant aujourd'hui, ne ?

- C'est vrai, admets-je honnêtement.

- Alors… tu t'es senti obligé parce que j'en ai parlé…

- Non Yu', c'est pas pour ça que je t'ai demandé de m'épouser.

- Pourquoi alors ?

- Parce que je t'aime et que je veux te rendre heureux.

- Je t'aime, mon Massubidou.

Je souris de nouveau et embrasse tendrement celui qui vient de devenir mon fiancé. Même si j'ai pas la moindre idée de comment on va bien pouvoir réussir à se marier.