Inutile de dire que j'en mène pas large quand je reviens dans la loge avec Fujioka-san et ils se précipitent tous sur moi.

- Alors ?! me presse Shige.

- Alors t'as vu la tronche qu'il tire ? C'est mort, déduit Ryo. Putain !

Mais je secoue la tête pour le détromper.

- T'es pas viré ?

Nouveau secouage de tête.

- T'es pas suspendu non plus ?

Nouveau secouage de tête.

- Mais quoi alors ?! Parle, Massu, tu nous fais mourir là !

J'ai tellement honte de ma punition imméritée, que je murmure la réponse d'un ton très bas. Uchi, Hiro, maintenant je sais ce que vous avez ressenti…

- T'as dis quoi ? On a pas des oreilles bioniques, ne.

Heureusement, j'ai pas à répéter car notre manager s'en charge à ma place.

- Kitagawa-san est conscient que Masuda-kun n'est pas coupable, mais estime qu'il lui faut une leçon pour son imprudence. Votre ami vous quitte donc pour deux semaines à compter de demain et redevient temporairement trainee.

Il y a un gros blanc, puis un rire. Et un second. Puis un troisième. En quelques secondes, tous mes amis et même mon fiancé, sont écroulés les uns sur les autres, secoués par un fou-rire dicté par le soulagement et, malgré ma honte, j'y joins vite le mien car c'est contagieux.

Pendant plusieurs minutes, on entend que des rires sur tous les tons, puis la voix de Ryo s'élève, encore très amusée.

- Massu, membre de News, trainee ! J'aimerais être petite souris pour voir ça tiens !

Et moi je préférerais pas le vivre…

16 février 2010

Ce matin, sachant ce qui m'attendait, il a fallu que Yu' me sorte presque du lit par la force, puis me pousse de même à la salle de bain. J'ai pas envie d'y aller. J'aurais encore préféré une mise à pied, comme quand je m'étais battu avec Pi, mais ça devait pas être suffisant comme leçon aux yeux du big boss. Enfoiré va…

- C'est juste un mauvais moment à passer, mon cœur, me dit mon fiancé quand je sors finalement de la salle de bain après une douche qui a presque vidé le ballon d'eau chaude tellement elle était longue. Et puis tu seras pas seul, ne. Vous serez deux.

Ouais, c'est ma seule consolation : j'aurais un compagnon de galère, puisque Uchi est coincé à ce statut. D'ailleurs je me demande pourquoi il a pas encore lâché l'affaire et démissionné. Faudra que je lui demande, parce qu'il m'avait pas semblé qu'il était maso.

Une fois dans ma voiture, je démarre pas tout de suite. Je pose le front sur le volant, pour quelques secondes d'auto-apitoiement. C'est tellement injuste que je sois puni alors que j'avais justement pris toutes les précautions pour pas être reconnu !

Je pousse un profond soupir et pars finalement pour l'agence, la mort dans l'âme.

A mon arrivée au sous-sol ("l'étage" dévolu aux trainees), je découvre que Uchi m'attend.

- Yo, Massu.

- Oh…

- J'ai appris ce qui t'es arrivé.

- Comme toute l'agence je suppose. Ca doit se foutre de moi à tous les étages…

- Bah… c'est moche, mais dis-toi que t'en as que pour deux semaines. Ca passe vite.

- Mouais… fais-je, pas convaincu du tout. D'ailleurs pourquoi t'es encore là ? A ta place j'aurais démissionné depuis longtemps.

- Parce que je veux que le vieux continue à cracher son pognon pour me payer et que si je me barre, c'est bye bye. Il mérite pas cette faveur.

Je me retiens de lui répondre qu'il a juste eu ce qu'il méritait contrairement à moi et dévie la conversation.

- Ils ont quel âge les mômes déjà ?

- Entre huit et onze ans.

- Putain, c'est vraiment un élevage ici…

- He ?

- Je dis que c'est un élevage d'idoles, cette agence.

- Bah ouais. Mais c'est pas comme si on le savait pas. Bref, t'es très attendu.

- Comment ça ?

- Les petits savent que tu vas être avec eux pendant quinze jours. Et t'imagine pas le poulailler que ça a été quand ils ont appris que "Masuda-sempai de News", allait passer tant de temps avec eux. J'avais presque les oreilles qui saignaient tellement ils ont fait de bruit.

- Je vois…

- Allez faut y aller, sinon on va se faire engueuler comme les gosses quand ils sont à la bourre.

- Le premier cours, c'est quoi ?

- Chant.

Ah. M-E-R-veilleux. Retrouver Sakamoto-san et ses perpétuelles critiques dès le départ. Ca démarre bien, ces quinze jours tiens… J'aurais préféré tomber sur Kizahawa-san, le prof de danse…

Quand on rentre dans la salle, on est immédiatement entourés et j'entends mon nom piaillé sur tous les tons. On dirait une bande de poussins qui voient soudain arriver leur mère.

- Bonjour à tous, fais-je en essayant de pas avoir l'air trop mal aimable parce qu'après tout les gosses y sont pour rien.

- Allez allez, on se disperse, intervient alors Sakamoto-san. Bonjour, Masuda-kun. Ca fait longtemps. Je ne m'attendais pas à te revoir dans ces circonstances.

Moi non plus et je m'en serais bien passé si vous voulez tout savoir…

- Va avec tes petits camarades s'il te plait. Tu imagine bien que si tu es là, je ne vais pas te traiter différemment d'eux. Pas plus qu'Uchi-kun.

- Je sais…

En le revoyant, j'ai de nouveau tous les souvenirs de l'époque qui me reviennent : cette suite de lettres débile à bailler, lui m'engueulant encore et encore parce que je "chante" avec les poumons au lieu du ventre, toutes ces heures de souffrance… Et là, je sais que c'est pas parce que je suis un Major qu'il va m'épargner. Au contraire même, je vais encore plus en chier. Quoique s'il doit me traiter comme si j'avais dix/onze ans, peut-être pas…

A midi, heure de la pause déjeuner des petits, je me laisse tomber sur une chaise au réfectoire. J'avais oublié à quel point le marathon des cours de Johnny's était long, chiant et crevant. J'admire sincèrement Uchi qui supporte ça depuis si longtemps sans craquer, juste pour emmerder Johnny-san. Moi ça fait seulement une demie journée et j'en ai déjà plein le dos.

De loin, je vous arriver les gars et je tiens plus, faut que je les rejoigne. Entendre des conversations d'adultes, ça va faire plaisir.

- Alors Massu, comment ça se passe ? me demande Shige.

- On peut parler d'autre chose ?

- Si mal que ça ?

- Bah ça dépend si tu parle des gamins qui me scotchent et me soulent de questions, de Sakamoto-san qui prend plaisir à me torturer devant eux, d'Uchi qui me balance des piques quand j'arrive pas à faire un truc parce que je l'ai oublié depuis longtemps ou des photos ridicules vu que je dois me comporter comme les trainees dont le plus âgé a seulement onze ans. Sans compter qu'aux pauses, je me farcis les conversations de cours de récré.

- Stop stop, je crois qu'on a compris tu sais.

- Mon pauvre Massu… compatit mon Tesshi en me collant, avant de murmurer à mon oreille : T'auras un bisou de consolation tout à l'heure et plus ce soir.

Ah bah en voilà une motivation pour que cette journée de malheur passe plus vite. Il va m'en falloir une par jour par contre, sinon je vais craquer.

3 mars 2010

En-fin ! Je suis venu à bout de cette stupide punition et, franchement, je me trouve héroïque de l'avoir endurée presque stoïquement. Je dis "presque", parce que je me suis engueulé avec Sakamoto-san plusieurs fois (ce qui a beaucoup impressionné les gosses. Normal, comme moi à leur âge, ils imaginaient pas qu'il était possible de contredire ou de pas être d'accord avec le prof), mais dans l'ensemble, ouais j'ai bien tenu le coup.

Mais du coup, avec des conneries, je dois bosser comme un taré pour rattraper tout le retard que ma "punition" m'a fait prendre sur "Sakura girl". Et tout le monde se relaie pour m'aider, du coup ça ressemble à un travail de forçat. Enfin heureusement je retiens vite, donc le travail avance plutôt pas mal et je devrais être à niveau juste à temps pour l'enregistrement.

31 mars 2010

On y est. "Sakura girl" sort aujourd'hui et l'enregistrement a été plutôt rock'n'roll, parce qu'il y avait eu des erreurs de planning et du coup, on est entrés trois fois en studio pour s'en faire dégager presque aussitôt parce qu'on était sur le créneau d'abord d'un groupe de visual key, la seconde fois sur celui d'un groupe de filles et la troisième… je sais plus. Ah si ! C'était sur celui des Tokio. D'ailleurs, j'ai bien cru que Nagase-sempai et Ryo allaient se sauter à la gorge quand Ryo a déclaré qu'il "en avait rien à foutre de cette histoire de créneau, ça fait trois fois qu'on nous déplace, bordel, on est pas des pions, on est News !" et que Nagase-sempai a répondu qu'il "pourrait le tuer pour lui apprendre à se montrer aussi insolent et irrespectueux, petit merdeux !". Il a fallu que Pi et Taichi-sempai interviennent pour pas que ça vire au pugilat pur et simple. Du coup, on leur a laissé leur créneau ("qu'est ce que tu veux qu'on y fasse, Ryo ? C'est comme ça, point") et on a poireauté comme des cons (faut pas se voiler la face, on avait rien à faire pendant qu'on attendait notre tour) jusqu'à la fin de la journée. Inutile de dire que, quand on peut enfin entrer et rester dans le studio, aucun de nous est de bonne humeur.