8 août 2010

Tout le mois de juillet occupé par ces émissions délirantes a juste été un grand nawak, mais ça nous a fait un bien fou à tous. C'était comme un break géant, un grand lâchage avant le monceau de boulot qui nous attend et même la semaine de vacances qui a suivi nous a pas fait autant de bien, même si elles ont quand même été reposantes.

Aujourd'hui, on commence à bosser de façon intensive sur "Live", notre quatrième album qui doit sortir dans un peu moins d'un mois et demi et qu'il y a quinze chansons dedans. On a pas intérêt à traîner, c'est moi qui vous le dit, d'autant qu'il faudra tourner le PVde "Koi no ABO", la première chanson de l'album, assez rapidement. Inutile de dire que ça va être intense tout ça.

- Massu ! Sors vite, moi aussi j'ai besoin de la salle de bain et on va être en retard !

La voix de Tesshi à travers la porte me fait sortir de mes pensées. Je repose ma brosse à dents, me rince la bouche et déverrouille la porte.

- Désolé Yu', lui dis-je dans un sourire d'excuse. Vas-y.

Vous devez sûrement vous demander pourquoi je ferme à clé alors qu'on sait tout l'un de l'autre. La réponse est très simple : c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour éviter qu'on se saute dessus dès le matin et donc pour éviter qu'on se fasse trucider parce qu'on serait à la bourre tous les jours. D'ailleurs il fait pareil de son côté.

Pendant qu'il prend sa douche, je prépare nos affaires de répète, puis vais les déposer dans l'entrée en essayant d'empêcher mon esprit de vagabonder derrière la porte. Il me rejoint heureusement assez vite pour que je n'ai pas trop le temps pour les pensées salaces.

- On est pas en retard ?

- Non, t'en fais pas, dis-je. On est juste comme il faut niveau timing. On a même une petite marge de manœuvre en cas de bouchons.

- Tant mieux. On y va alors ?

Je hoche la tête et on sort tous les deux.

- Je peux conduire aujourd'hui ? me demande mon fiancé.

- Heu oui si tu veux.

C'est vrai que d'habitude je lui demande jamais son avis et je lui laisse toujours la place du passager. Il s'en est jamais plains, mais j'ai peut-être eu tort, je sais pas.

Du coup il prend le volant et on arrive rapidement à l'agence. Pas en retard mais juste à l'heure, pourtant…

- On peut savoir pourquoi vous arrivez en dernier tous les deux ?! nous aboie Pi à peine la porte passée.

Ebahis, Yu' etmoi on se regarde en se demandant ce qui se passe.

- Cherchez pas, il est dans cet état depuis qu'il est arrivés, nous explique Keii-chan à voix basse.

- Apparemment il s'est assez salement engueulé avec Toma, complète Shige sur le même ton.

Fantastique… Il manquait plus qu'un Pi d'humeur massacrante qui va trouver à redire à nos moindres faits et gestes… Sauf que là, j'ai pas l'intention de me laisser marcher dessus.

- On est pas à la bourre, alors tu calme ta joie, répliqué-je sèchement.

- Quoi ?!

- T'as parfaitement entendu. C'est pas parce que ton couple part en couille que tu dois te venger sur nous, alors tes petites crises de dictateur, tu te les garde ou ça va mal se mettre.

Un grand silence suit ces paroles dignes de Ryo.

Nan mais sans blague, il croit quoi lui ? Ras le bol d'être le trop gentil Massu qui ouvre jamais sa gueule et dit amen à tout sans broncher.

- OK… Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de Massu ? fait Pi, brusquement calmé, tandis que, dans son dos, Ryo lève le pouce pour me signifier qu'il aurait pas mieux dit.

- Bon, on bosse ou on regarde voler les mouches ? ajouté-je sans répondre. Je crois que le boulot c'est pas ça qui manque.

Il y a un nouveau blanc. Même Keii-chan a l'air choqué de ma réaction.

- Ce que j'ai dis, c'était… exagéré ? demandé-je à voix basse à mon Tesshi.

- Non, souffle-t-il en secouant la tête. On a juste pas l'habitude que tu sois autoritaire. Mais du coup ça a calmé Pi direct.

Et le Pi en question part fouiller son sac, pour en tirer des feuilles qu'il nous distribue.

- C'est les paroles de "koi no ABO", dit-il en évitant soigneusement de me regarder, des fois que je le mordais. Essayez de les mémoriser rapidement parce qu'on a vraiment peu de temps avant le passage en studio pour l'enregistrement de l'intégralité de l'album.

Je réprime un soupir lassé. Toujours bosser dans l'urgence, ça commence à être chiant. Je bosse mieux quand je suis pas sous pression moi… Et puis bon, y'a cette histoire de mariage avec lequel Yu' me rebat les oreilles… Qu'est ce qui m'as pris de lui céder alors que je vois honnêtement pas l'intérêt ? Si encore le mariage gay était autorisé et valide au Japon, je dis pas (et encore…), mais là… Comment je vais me sortir du pétrin où je me suis fourré et reprendre la parole donnée à Tesshi sans qu'il me boude jusqu'à la fin des temps ? A qui demander un plan génial ou un conseil avisé ? Je vais pas encore aller crier au secours à Masa-chan quand même, le pauvre il va en avoir marre. Alors qui…

- MASSU !

Une exclamation furieuse me tire de mes pensées.

- Tu t'es pas gêné pour me pourrir et m rappeler qu'on a du boulot, me dit Pi d'un ton acide, alors la moindre des choses c'est d'appliquer tes propres conseils et de bosser.

Je me sens rougir. Ca fait pas plaisir, mais il a raison pour le coup. Faut que je garde ce souci dans un coin de ma tête, j'y repenserais à la pause.

Du coup, quand il la décrète un peu plus de trois heures plus tard, Yu' dont je sentais régulièrement le regard interrogateur sur moi depuis le départ, me saute dessus.

- A quoi tu pensais tout à l'heure, Massubidou ? T'avais l'air préoccupé, tu veux m'en parler ? me demande-t-il d'un ton caressant en me scotchant comme d'habitude.

Je me vois pas franchement lui répondre "je cherche un moyen de rompre la promesse de mariage faite dans un moment de faiblesse et donc à pas t'épouser, le tout sans que tu me fasses une crise". Ca craint. Du coup je mens. A celui que j'aime. Je sais, c'est mal.

- Rien du tout, mon cœur, dis-je dans un sourire. J'étais juste dans mes pensées.

- Ah bon. Mais tu me le dirais si un truc allait pas, ne ?

- Bien sûr, t'en fais pas.

Et il me croit de nouveau. Alors de deux choses l'une : ou depuis "Rescue" je suis devenu un putain de bon acteur dont le niveau de jeu atteint celui de Pi, Ryo ou bien Tesshi lui-même (ce qui m'étonnerait très fortement), ou (et c'est plus probable), l'intuition de mon petit ami à mon sujet a quasiment disparu, parce qu'avant, il le sentait tout de suite quand je lui mentais et j'avais droit à des scènes pas possible. Et là il a absolument pas remis ma parole en doute.

- Je vais au distributeur. Quelqu'un veut un truc ? fais-je à la cantonade en prenant le premier prétexte pour m'esquiver quelques instants.

- Je veux bien un jus, me répond Keii-chan, imité par Shige.

Je hoche la tête, quittant la pièce presque avec soulagement et, une fois devant le distributeur, m'autorise deux minutes d'auto-apitoiement, le front posé sur le métal froid de la machine. Jusqu'à ce qu'une voix familière s'élève derrière moi.

- Masuda ? Ca va pas ? Qu'est ce que t'as ?

Cet accent du Kansai… Impossible de ne pas identifier un Kanja, soit un des mecs qu'on a le moins envie de voir dans ce genre de cas parce qu'ils ont la fâcheuse tendance à énerver les autres à vitesse grand v. Je me retourne, prêt à le rembarrer… mais m'abstiens en découvrant que mon interlocuteur n'est autre que Yokoyama. Yokoyama, le maître ès plans machiavéliques et renommé dans toute l'agence pour ça. Lui il aura peut-être une solution.

- J'ai un problème, lancé-je.

- Grave ?

- Non mais assez ennuyeux.

- Pour toi ou… ?

- Principalement pour moi.

- Les autres News sont au courant ?

- Non et je veux pas qu'ils le soient.

- Je vois. Bon écoute là c'est pas le moment, mais t'as qu'à venir chez moi ce soir et on en reparlera. Si je peux t'aider…

- Merci Yokoyama. C'est sympa.

- Appelle-moi Yoko tout court. Ou même Kimitaka si tu veux, ajoute-t-il en avançant vers moi.

Ouh là… Il me fait quoi là ? Ryo avait bien dit que personne était autorisé à utiliser son vrai prénom nan ?

- Heu… Je vais m'en tenir à "Yoko" si ça t'ennuie pas.

Malgré moi, je recule d'un pas. Je deviens peut-être parano (j'ai des raisons après Pi qui s'est servi de moi comme défouloir sexuel et Fujigaya qui a tenté de m'assassiner), mais je trouve qu'il a une drôle de lueur dans le regard et, dans ma tête, un néon géant "danger !" s'est mis à clignoter, me poussant à m'enfuir loin de lui. Sauf que là, tout de suite, je peux pas. Je peux plus bouger. Je suis tellement terrifié qu'il se passe un truc, que mes pieds ont l'air cloués au sol. Mon cœur est parti dans une course folle, un filet de sueur froide me dégouline le long de la colonne vertébrale, de la sueur chaude couvre mon front devenu brûlant et je suis presque sûr d'être blanc comme un linge.

- Merde, Masuda t'es livide. Ca a vraiment pas l'air d'aller. Tu devrais aller à l'infirmerie, t'as du choper une saloperie. Tu veux que je t'emmène ? dit-il en faisant un pas supplémentaire vers moi.

- NON ! m'écrié-je en m'apprêtant à repousser le bras qu'il tendait déjà pour le passer autour de ma taille.

Ma réaction lui fait écarquiller les yeux.

- Woh, calmes-toi, je te ferais rien. Je veux juste t'aider parce que t'as l'air malade en plus du reste.

Je suis pas malade, je suis terrorisé. Je pensais vraiment avoir dépassé ça, mais manifestement c'est pas le cas. Et en plus mes jambes flageolantes me portent plus et je me serais écroulé s'il avait pas eu le réflexe de me rattraper, tout tremblant.

- Tu vois bien, tu tiens même pas debout. Sois raisonnable et laisse-moi t'emmener à l'infirmerie. Tu peux pas bosser dans ces conditions.

Bosser… "Koi no ABO", l'album… Non, je peux pas, faut que je me reprenne même si j'ai devant les yeux l'image de Fujigaya avec son regard fou et son couteau.

- Non… Je peux pas me permettre de leur faire prendre du retard dans la préparation de l'album… Lâche-moi, je dois y retourner…

Ma voix est faible et aussi tremblante que le reste de mon corps. C'est pitoyable.

- T'es vraiment une tête de mule. Tu vas leur servir à quoi, aux News, dans cet état ? (il soupire) Bon bah je te raccompagne au moins à la loge alors.

- Nan, c'est bon je te dis ! m'agacé-je guère plus fort que mes balbutiements d'avant. Pourquoi t'insiste ?!

- Parce que je suis ton ami et que je m'inquiète pour toi, baka !

Je le regarde avec surprise. Mon ami ? Moi j'aurais juste dis "collègue". Je crois qu'on s'est jamais adressé plus de dix mots, alors le terme me parait exagéré. Je m'apprête à lui faire la remarque, quand la porte de la loge la plus proche s'ouvre, livrant le passage à un Kame passablement énervé.

- Mais qu'est ce que vous foutez, bordel ?! Vous vous rendez compte qu'on essaye de… Merde, Masuda, t'es tout pâle, ça va ?

Oh mais c'est pas vrai, ils se sont donné le mot ou quoi ? Et en plus, les trois autres KAT-TUN sont aussi apparus derrière leur leader pour jouer les commères.

Je répond pas. En fait j'en suis incapable tellement je claque des dents.

- Nan mais là c'est pas possible, Masuda, tu peux pas rester comme ça, reprend Yokoyama. Je vais prévenir les News que…

- Que quoi ? fait la voix de Pi juste derrière nous.

Evidemment. J'ai mis tellement de temps pour quelqu'un qui était juste parti au distributeur, qu'il est sorti voir ce que je fabriquais.

- Ah, Pi. Bah regarde toi-même la tronche de déterré de ton pote. J'essaye de le convaincre d'aller à l'infirmerie, mais rien à faire, il répète qu'il veut pas vous faire prendre de retard.

Pi s'approche de moi et j'ai un nouveau mouvement de recul, plus violent qu'avec le Kanja.

- Ne me touche pas ! m'exclamé-je, prenant tout le monde par surprise à commencer par moi-même.

- J'en avais pas l'intention… (il laisse passer quelques secondes) Moi je veux bien que tu continue la répète, mais t'as l'air plus mort que vif. Il s'est passé un truc ?

Son regard interrogateur s'est posé sur le Kanja qui hausse les épaules en signe d'ignorance, puis sur moi. Mais je me vois pas répondre pour de bon à cette question. Surtout posée par lui qui est l'un des responsables de mes nerfs qui lâchent.

- Massubidou ?

Et merde… je pensais pas que mon Tesshi allait débarquer aussi…

- Pourquoi t'es tout pâle ? Ca va pas ?

- Ca va très bien… Retournons travailler…

- Il est vraiment têtu… Bon bah je m'en lave les mains, j'aurais fais le maximum, déclare alors Yokoyama. Masuda, envoie-moi un message pour ce soir, que je sache si je t'attend ou pas.

Et sur ces mots, il s'en va, me laissant dans la merde. Le con… Pourquoi il a dit ça ? Yu' est tellement jaloux que…

- Ce soir ? Il se passe quoi ce soir ? Tu as prévu de le voir, Massu ? me demande-t-il d'un ton froid.

Et voilà, ça a pas loupé… Merde…

- Oui… mais pas pour ce que tu crois…

- Ah non ? Pour quoi alors ? me fait-il, les poings sur les hanches.

- Heu, je sais que c'est pas mes oignons mais… Yuya, tu crois pas qu'il est pas assez en forme pour subir un interrogatoire ? intervient alors Kame. Regarde-le, il tient à peine debout.

- T'as raison, Kazu, c'est pas tes oignons. Alors Massu ?

- Calmes-toi, Yu'… fais-je en luttant contre l'envie de m'assoir dans le couloir. T'as vraiment aucune raison d'être jaloux. Yokoyama est pas du tout mon genre et tu sais très bien que je n'aime que toi.

Il me regarde d'un air soupçonneux pendant encore quelques secondes, puis hoche la tête.

- D'accord. Si tu le dis, je te crois.

Je m'abstiens de répliquer qu'il en avait pas l'air il y a encore trente secondes, puis Pi reprend :

- Allez lesgars, on y retourne, sinon on s'en sortira jamais.

Il dit ça, mais à la façon dont il me fixe, je suis sûr qu'il croit que je m'en sortirais pas de toute façon.

- Ca ira si je peux juste rester assis dix minutes, dis-je autant pour le rassurer lui que moi-même.

- Si tu le dis. Tesshi tu vas où ?

- Lui chercher un truc sucré à boire, répond mon petit ami en filant au distributeur.

En soupirant, notre leader rebrousse chemin vers la loge et je lui emboîte le pas à mon rythme.

A peine la porte passée, Keii-chan et Shige se jettent sur nous et comme ils parlent en même temps, je capte rien.

- Woh, vos gueules ! intervient alors Ryo. Laissez-le s'assoir, vous voyez pas qu'il est pâle comme un cul ?!

Il m'aide à gagner le canapé et je lui en suis reconnaissant parce que je suis pas loin de me casser la gueule avec mes jambes en coton.

Tesshi revient presque tout de suite et me tend une canette de jus de goyave, que j'ouvre immédiatement pour en avaler la moitié d'un trait, avant de prendre la barre de céréales que Keii-chan a sorti de son sac à mon intention. Je suis pathétique…

Quelques minutes plus tard, pendant lesquelles les cinq m'ont pas plus lâché du regard que si j'allais leur claquer dans les pattes, je me sens un peu mieux. Assez, en tout cas, pour pas retarder davantage le boulot.

- Allez, c'est parti, fais-je en me levant.

A la fin de la journée, quand je laisse mon Tesshi pour aller chez Yoko, je suis fatigué et pas tranquille en même temps, parce que je sais qu'il restera pas seul à l'appart vu qu'il m'a annoncé en détente qu'il allait chez Pi "vu qu'il va pas bien à cause de son embrouille avec Toma, tu comprends ?". Non, je comprends pas, parce qu'il y a encore quelques semaines il lui en voulait toujours de ce qu'il m'a fait, mais bon, je serais mal avisé de lui faire une scène alors que je vais passer je sais pas combien de temps chez le Kanja. Même si je sais mieux que personne que Pi est capable de tout quand il s'agit de son unique amour et que moi, j'ai jamais oublié ce noël où Tesshi et lui se sont embrassés à pleine bouche, même s'ils étaient bourrés tous les deux. Mais je crois que je suis vraiment parano en fait. Du coup, je regarde les gars partir, embrasse mon Yu' tendrement et file au parking retrouver Yokoyama.

- T'as l'air mieux que ce matin, remarque-t-il quand je le rejoins.

- Ah… Ouais… Merci au fait…

Je m'abstiens de lui dire qu'il m'a causé des soucis avec Tesshi. Après tout, c'était pas si grave.

On entre tous les deux dans sa voiture, je boucle ma ceinture et il démarre.

- Alors tu veux bien m'expliquer ce qui t'as fais flipper comme ça ce matin ? me demande-t-il pendant qu'on roule vers chez lui.

J'hésite. J'ai jamais parlé à personne d'externe au groupe de ce qui s'est passé entre Pi et moi et je tiens pas spécialement à ce que les autres mecs de l'agence aient mauvaise opinion de lui, même s'il l'aurait pas volé. Et puis il y a ma trouille que je croyais enfouie, que toute personne extérieure à News et m'approchant de trop près puisse potentiellement vouloir me tuer comme Fujigaya. Je crois que j'aurais besoin d'une thérapie en fait.

- Je préfère éviter si ça te dérange pas. Désolé.

- T'as assez confiance en moi pour me demander de l'aide, mais pas assez pour me dire de quoi t'as peur ? C'est presque vexant tu sais.

- Je sais…

Le silence retombe. Je sais qu'il a pas dit ça pour ça, mais maintenant, si je dis rien, je vais avoir l'impression de me servir de lui. Du coup, je me sens obligé de parler. Je sais que toute l'agence est au courant de la tentative de meurtre et qu'il tombera pas du ciel à ce sujet au moins.

- Fujigaya… Tu t'es approché trop près et j'ai eu peur que tu veuille m'assassiner comme lui… dis-je en passant sous silence la partie concernant Pi.

- Merde… Désolé Masuda. Si j'avais su…

- Laisse, c'est rien.

- Nan c'est pas rien puisque t'as encore la trouille. Les autres News le savent ?

- Non. Et je le savais pas moi-même avant ce matin. Je pensais avoir dépassé ça…

- Pauvre vieux, compatit mon aîné. Pas étonnant que tu flippe. Quand j'ai appris la nouvelle, je me suis demandé pourquoi un mec de l'agence en voulait à la vie d'un type aussi inoffensif que toi. Sans vouloir te vexer, ne.

Donc il a pas eu toute l'histoire. Ce qui veut dire que les autres Johnny's non plus mais qu'étrangement, ils ont tous eu le tact de pas m'assommer de questions. Ce qui est bizarre.

- Fujigaya est un ex de Tesshi et il a jamais pu l'oublier. Il estimait que j'étais un obstacle entre eux et adonc voulu l'éliminer. Mais Yu' s'est interposé et c'est lui qui a reçu le coup de couteau.

- Ah ouais… Ca part loin quand même…

- Si un jour ce mec revient…

Je m'interromps. Je sais pas moi-même ce que j'allais dire en fait.

- Oui ?

- S'il revient… J'en sais rien en fait. Je sais pas comment je réagirais. Ce qui est sûr, c'est que je lui pardonnerais jamais d'avoir blessé mon Yuya.

- Attend… C'est pour Tegoshi que tu pardonneras jamais Fujigaya ? Pas pour avoir voulu te tuer ? fait mon interlocuteur, ahuri, en tournant très brièvement la tête vers moi pour pas perdre la route de vue trop longtemps.

- Tu trouve ça con ?

- Nan, pas con mais… tu m'impressionne, Masuda.

- He ?

- Comment dire… N'importe qui dans les mêmes circonstances… Enfin t'as une capacité d'abnégation hallucinante. Je suis bluffé.

- Ah bon, tu trouve ? Bah j'aime Yuya alors c'est normal nan ?

- Pour toi probablement. Cela dit, lui aussi est impressionnant. Se mettre sciemment en danger en sachant parfaitement qu'on sera gravement blessé, même si c'est à la place de l'être aimé… C'est l'amour poussé à son paroxysme. Vous vous êtes bien trouvés tous les deux, conclut-il en garant sa voiture devant un bâtiment.

- Ouais… Pourtant ce qui m'amène chez toi ce soir le concerne de près.

- Ah ?

Mais comme on sort de la voiture, je préfère rien ajouter tant qu'on sera pas chez lui à proprement parler. Discuter librement dans la sécurité de sa voiture est une chose, le faire à l'extérieur alors que n'importe qui peut écouter en est une autre tout à fait différente. Mon passage en mode trainee m'a vacciné des imprudences. Et il semble le comprendre parce qu'il contient sa curiosité pendant tout le temps où on monte à l'appart et il tient encore le temps d'aller nous chercher des boissons, puis me fixe l'air de dire "alors ?".

Je prends encore le temps de boire un peu, puis me lance :

- Il y a quelques temps, connaissant sa jalousie, j'ai caché à Yu' que j'avais un ami non Johnny's et j'ai fais l'erreur de le voir plusieurs fois en cachette. Seulement Yu' l'a découvert le soir de notre concert Tegomass et me faisait la gueule, même sur scène. Alors j'ai profité du MC pour m'excuser… et une fois en coulisses, je l'ai demandé en mariage.

A ces mots, Yoko s'étrangle avec sa boisson et tousse un peu, avant de s'exclamer :

- Heeeeee ?!

- Oui, je sais. Mais il venait de me dire que quand je me suis agenouillé sur scène, il pensait que c'était pour ça, alors j'ai craqué.

- Et bah… Et… je suppose qu'il a dit oui ?

Je hoche la tête.

- Seulement, le problème c'est que cette idée m'aurait jamais traversé l'esprit s'il m'en avait pas parlé, parce que je vois pas l'intérêt de faire un truc qui aura aucune valeur légale, même si c'est beau.

- Je commence à comprendre. Maintenant, t'aimerais faire machine arrière, mais t'es piégé par ta propre demande.

- Voilà. Et comme je voudrais éviter qu'il me fasse une scène de tous les diables et que j'ai la gueule pendant des semaines voire plus, j'ai besoin d'un plan. Et j'ai pensé que tu pourrais m'aider là-dessus, vu que t'es un peu le spécialiste en la matière.

- Je vois… C'est pas simple, il va falloir jouer serré.

Il boit une nouvelle gorgée de boisson et prend l'air pensif. Je pourrais presque entendre son cerveau fonctionner à plein régime. Du coup, je contiens mon impatience. Je suppose qu'un plan, ça prend du temps à mettre au point, même quand on s'appelle Yokoyama Yu.

- Propose-lui d'attendre quelques années. Genre quand vous aurez atteint l'âge de Kimura-sempai.

- He ?

- S'il comprend qu'il devra attendre très longtemps, ça le lassera peut-être et peut-être qu'il abandonnera.

- Peut-être aussi qu'il me fera une scène en disant que je l'aime pas assez ou je sais pas quoi. Et c'est justement ce que je veux éviter. Trouve autre chose

- Tu as pensé au mariage symbolique ?

- Comment ça ?

- Une cérémonie "pour de faux", mais avec des éléments du vrai malgré tout. C'est un bon compromis non ?

- Tu pense que ça le contentera ?

- Tu le connais mieux que moi.

- Et je lui dis quoi pour justifier cette volte-face ?

- Que tu sais que c'est important pour lui mais que tu as réfléchi de ton côté et que ce n'est pas vraiment réalisable, donc que tu lui propose cette cérémonie symbolique qui ressemblera à un vrai.

- Hum, j'espère que ça suffira. Tu peux m'aider à organiser ça ?

- Si tu veux. Pour quand ?

- Je sais pas encore, il faut d'abord que je puisse lui en parler et qu'il accepte. Je te tiens au courant.

15 septembre 2010

Aujourd'hui, "Live" sort et on croule déjà sous la promo. Le problème, c'est qu'on a eu des horaires de tarés jusqu'à aujourd'hui, donc j'ai pas eu une minute de tranquillité pour parler à Yu' du mariage symbolique. Même à la maison on était trop claqués pour faire autre chose que s'écrouler lamentablement sur le lit. Ou le canapé quand on avait pas le courage de se traîner jusqu'à la chambre. Du coup, je suis pas plus avancé et je me vois pas parler de ça dans la loge avec le KoyaShige à l'affût des potins et Ryo et ses vannes à proximité. D'ailleurs, je me demande si la situation s'est débloquée de son côté. Est-ce qu'Okura s'est déclaré à Ohno-sempai ? Si c'est le cas, est ce qu'il s'est fait jeter ou… ? J'ai tellement de mal à les imaginer ensemble…

- Massu ? Ouh ouh t'es avec nous ?

La voix de Keii-chan me ramène au présent et je lui souris.

- Je suis là, t'en fais pas.

- Je disais donc que Pi sera pas là aujourd'hui parce qu'il a une réunion pour son nouveau drama et que Ryo non plus parce qu'il a un tournage d'émission avec les Kanja, alors il faudra faire de notre mieux sans eux.

- A quatre ?! m'effaré-je.

- Oui, à quatre.

News à quatre… Trop bizarre… Les fans auront pas l'impression que c'est de l'arnaque ?

- Du coup, au boulot. On a un shoot et une interview cet aprèm et un live ce soir.

Conclusion, c'est encore pas aujourd'hui que je vais parler à Yu' à propos du mariage.

16 septembre 2010

Ca nous a vraiment fait bizarre à tous le live avec juste Tesshi, Keii-chan, Shige et moi. On a fait notre maximum bien sûr mais… Je sais pas, c'était space.

Aujourd'hui, il va falloir commencer à jongler avec l'emploi du temps, parce qu'on a juste un mois pour bosser le deuxième album de Tegomass et l'enregistrer avant sa sortie dans un mois. Sans compter un nouveau shoot avec News en fin d'aprèm et ma conversation à avoir avec mon Tesshi. Il va pas falloir chômer.

Là on se prépare à partir avec Yu', alors je crois que c'est le moment où jamais.

- Ne, Yu'…

- Hum ? fait-il en se coiffant.

- Il faut qu'on parle. A propos du mariage.

Il me jette aussitôt un regard alarmé. C'est vrai qu'une phrase qui commence par "il faut qu'on parle", annonce systématiquement une merde quelconque. Et là, ça fait pas exception à la règle. Enfin pas vraiment.

- Pourquoi ? Qu'est ce que tu veux dire ? Tu as changé d'avis ? Tu veux plus m'épouser ? s'exclame-t-il avec raison.

- Mais non, c'est pas ça, mens-je, tenaillé par l'envie de lui dire la vérité toute crue. Mais viens, allons au salon, on va pas en discuter dans la salle de bain.

Il me suit en silence, mais il a l'air tellement peiné par avance, que je me fais l'effet d'un beau salaud.

- Ecoute, mon cœur, commencé-je une fois assis sur le canapé avec lui, à propos du mariage, j'ai bien réfléchi et je pense pas que ce soit possible. Je veux dire, bien sûr qu'il y a des pays où le mariage gay est célébré et on pourrait y aller… seulement où qu'on aille et quoi qu'on fasse, une fois de retour ici, ce ne sera pas valide. Tu es d'accord avec moi sur ce point ?

- Oui… fait-il d'une petite voix.

- Donc aller à l'autre bout de la planète pour le faire célébrer serait une perte de temps. Mais comme je sais que c'est important pour toi, je te propose un palliatif.

- Un palliatif ?

- On ne peut pas se marier pour de vrai mais… si ça te va, on peut quand même faire une cérémonie symbolique. Ca aura la même valeur.

Maintenant que je lui ai exposé l'idée de Yoko, je le regarde avec inquiétude. Il est trop silencieux tout à coup, c'est pas normal.

- Yu' ? Mon cœur ? Dis quelque chose.

- Tu as dis que c'était important pour moi… Ca veut dire que ça l'est pas pour toi ?

- Tu sais, pour moi, l'important c'est qu'on soit ensemble. Le mariage, c'est qu'un bout de papier.

- Un bout de papier… répète-t-il d'une voix sourde. Donc j'avais raison le soir du concert… Tu ne m'as demandé en mariage que parce que je t'en ai parlé, pas parce que tu le voulais… Oublie ça alors. Je veux pas te faire faire quelque chose pour lequel tu as pas d'intérêt.

- Mais non, Yu', c'est pas ce que…

- Bon, allons-y ou on sera en retard à l'agence et on a trop de boulot pour se le permettre, ajoute-t-il immédiatement en se dirigeant vers l'entrée, sans me laisser ajouter quoi que ce soit.

Et merde… Il me fait pas la gueule, mais en fait j'aurais presque préféré.

En fait on a réussi à bosser normalement toute la journée, mais comme tout ça m'a quand même pas mal travaillé, je décide de profiter que Tesshi est sous la douche, pour courir à la loge des Kanja, dans laquelle je rentre comme un ouragan sans même frapper.

- Yoko ! Help, c'est la cata ! m'exclamé-je en ignorant les regards éberlués des cinq autres gars.

- "Yoko" ?!

- "Help" ?!

- Depuis quand vous êtes aussi proches tous les deux ?!

- Attend, Masuda, calmes-toi, fait le concerné en ignorant royalement les regards curieux de ses potes. Il a mal pris la suggestion ?

- Non, pire !

- Pire ?

- Bien pire !

- Mais tu… (il s'interrompt et s'adresse à ses amis qui nous ont encerclés pour rien perdre de la conversation) Dites, vous voulez pas aller voir ailleurs si j'y suis ?

- Mou, Yokocho, c'est pas gentil… boude alors Yasuda. Depuis quand tu nous fait des cachotteries ?

- Depuis qu'en l'occurrence c'est pas vos oignons. Allez, circulez, y'a rien à voir. Viens, Masuda, on va ailleurs sinon ils vont faire les commères.

Il m'entraîne donc à l'extérieur, sous le regard ébahi des autres Kanja et on entre dans la loge des Tokio absents pour cause de tournage de PV.

- Alors explique-moi ce qui est pire, parce que là, j'avoue que…

Je lui raconte donc les événements de la journée et il m'écoute avec attention, sans me couper.

- Je vois. Sa réaction est plutôt déconcertante.

- C'est surtout qu'il le pensait pas du tout quand il m'a dit d'oublier et du coup je passe pour un égoïste sans cœur juste parce que je lui ai dis ce que je pensais.

- Mais est ce qu'on avait pas dit qu'il fallait justement pas qu'il sache ce que tu pense ? T'as fais exactement le contraire. En cinq minutes de conversation avec lui, t'as trouvé le moyen à la fois d'appliquer le plan et de le bousiller.

- Je sais, m'enfonce pas…

- Bon, bah il faut un plan B du coup.

- Moui…

- Bon, laisse-moi réfléchir…