Quand elle ouvrit les yeux, réveillée par le froid et l'humidité ambiante, elle découvrit qu'elle était dans la pénombre, entourée par d'épaisses volutes de brumes. Pas un bruit ne troublait le silence ambiant. Rien qui puisse lui donner une indication sur l'endroit où elle se trouvait. Le plancher était de bois tout comme celui de la terrasse de ses parents et les seuls objets qu'elle pouvait voir était le fauteuil et le guéridon de fer forgé qu'elle avait entrainés dans sa chute. Au-delà, sa vue se brouillait et elle ne voyait que des silhouettes fantomatiques noyées dans la brume, vaguement éclairées par des lumières vacillantes.

Après quelques instants, elle parvint enfin à s'assoir péniblement tant la tête lui tournait. Aurait elle voulu redresser le fauteuil et s'assoir dessus qu'elle en aurait été bien incapable tant la nausée la submergeait dès qu'elle faisait le moindre mouvement trop brusque.

Le dos appuyé au mur, elle essayait de comprendre ce qui c'était passé. Entre le fauteuil et le guéridon renversé, le revolver de son père brillait d'une lueur froide. Tandis qu'elle avançait la main pour s'en saisir, la brume se fit soudainement plus épaisse. En quelques secondes, elle se retrouvât comme au cœur d'un cocon grisâtre.

-« Alors, c'est çà être morte », se dit-elle. Et elle essaya de se relever. A moitié chancelante tant la douleur qu'elle ressentait à la tempe était vive. Elle prit péniblement appui contre le mur. Dans la fenêtre, son reflet semblait l'observer, le vivant portait de l'Hermione de chair et d'os qui avait choisi de fuir le monde des vivants. Autour d'elle, la brume se faisait de plus en plus épaisse, finissant d'oblitérer les dernières lueurs. Les seules choses qu'elle parvenait à distinguer étaient le fauteuil et le guéridon renversé. Et elle devinait son corps, dont le blanc de la robe luisait faiblement, lui donnant l'allure d'un spectre ou d'un fantôme.

Condamnée à la solitude éternelle, telle était son châtiment. Elle avait pris sa vie, un crime impardonnable et elle allait en payer le prix. Pas de passage par les nuages illuminés de soleil d'une Gare de King's Cross céleste. Pas de retrouvaille avec des personnes qui lui étaient chères. Le Professeur Dumbledore, Tonks, Rémus, Fred et tous les autres. Ils n'étaient pas là pour l'accueillir et ne seraient plus jamais à ses côtés. Et à cette idée, elle sentit les larmes monter à ses yeux. Appuyée contre l'appui de la fenêtre, elle leva enfin les yeux vers son reflet. S'imaginant voir son reflet dans le monde des vivants, gisant au milieu d'une mare de sang, les yeux vides et la boite crânienne béante, explosée par la balle tirée à bout touchant. Mais elle ne vit que son visage ravagé par les larmes.

-« Dans la réalité, je ne dois plus avoir la même tête, en admettant qu'il reste quelque chose de ma tête » fit elle en ramenant machinalement ses cheveux sur le côté. Et comme elle faisait ce geste qui lui était devenu si familier au cours des dernières semaines, elle sentit que quelque chose de dur c'était collé dans ses cheveux, au niveau de sa tempe, comme un vieux chewing-gum qui aurait séché pendant des semaines. Machinalement, elle tira pour dégager la chose de ses cheveux et ne pu réprimer un juron lorsqu'elle parvint à ses fins, arrachant au passage une mèche de cheveux.

A sa grande surprise, ce n'était pas un chewing-gum qu'elle découvrit en ouvrant la main, mais une petite rondelle de métal grisâtre et terne. Elle resta un instant à contempler sa découverte les yeux écarquillés, cherchant à comprendre ce que cela pouvait bien être.

-« Noooooooooooooooooooooon ». Son hurlement déchira le silence avant de se transformer en gémissement quand elle comprit enfin ce qui s'était produit. Pour une raison inexplicable, la magie l'avait protégée à son insu, comme si la mort n'avait pas voulu d'elle. Le pistolet de son père, chargé d'une balle à tête creuse, avait beau délivrer une puissance de près de 1500 joules, le projectile avait été bloqué par son épaisse chevelure, avec plus d'efficacité que n'en aurait eu un gilet pare-balles.

Pendant de longues minutes, elle resta prostrée, perdue dans ses pensées, le cœur en plein désarroi. Que devait-elle faire ? La solitude éternelle lui faisait peur. Autant que de se rater et finir sa vie dans un fauteuil roulant, réduite à l'état de légume, la cervelle transformée en purée de citrouille. Autant que de vivre avec l'indicible douleur de la perte d'amis chers présente à chaque instant.

Petit à petit la brume autour d'elle devenait de plus en plus épaisse, presque impénétrable et à présent, elle devinait plus qu'elle ne voyait les murs de la maison, le fauteuil et le guéridon renversé. A ses pieds, le revolver de son Père était bien tentant et la douleur qu'elle sentait en elle devenait de plus en plus forte, comme un feu que rien ne pouvait éteindre. Après un court instant, son visage se durcit, perdant toute trace d'humanité. Sa décision était prise et cette fois serait la bonne. Si elle plaçait le canon dans sa bouche et appuyait sur la détente, elle était certaine que sa chevelure qui avait dû se charger de magie au cours des mois écoulés ne bloquerait pas la balle et tout serait enfin fini, pour de bon. Et elle s'accroupit pour se saisir de l'arme.

A peine avait-elle posé la main sur la crosse du revolver qu'un choc brutal dans le dos la fit s'étaler de tout son long sur la terrasse. Les cheveux dans les yeux, elle vit passer par dessus elle une masse mordorée. Sonnée, elle mit quelques instants à se relever, le visage en sang.

-« Et merde, je me suis ouvert l'arcade sourcilière, il ne manquait plus que çà » et machinalement, elle pointa sa baguette vers son front pour refermer la coupure d'un « Episkey » avant d'enchainer « Maintenant, qu'elle la saleté qui, ….. » mais elle s'interrompit en proie à la plus grande des surprises. Devant elle, Pattenrond avait réussi à éloigner le revolver d'un coup de patte et à présent il la regardait fixement, prêt à bondir de nouveau.

Hermione, elle, avait bien remarqué qu'il s'était positionné de façon à se trouver entre elle et l'arme qui avait glissé jusque dans une des jardinières.

-« Pattenrond, va t'en ! Laisse-moi » fit-elle au chat qui restait immobile malgré les gestes dont elle avait ponctué ses mots.

-« Allez, file ! Retourne au Terrier, te dis-je ! » Mais le chat refusait toujours obstinément de bouger. Et comme elle s'avançait pour attraper le revolver, il se mit à faire le gros dos et à miauler agressivement , les poils hérissés, comme prêt à se battre avec un de ses congénères, prêt à lui sauter dessus si elle faisait un pas de plus, prêt à tout pour la protéger malgré elle, prêt à tout pour la protéger contre elle-même.

-« Dégage, Pattenrond ! Ne m'oblige pas à te faire du mal ! » Et elle sortit sa baguette de son étui pour la brandir en direction du chat.

L'espace d'un instant, elle resta le bras tendu, visant le chat qui n'avait pas bougé d'un millimètre. La baguette pointée sur lui, il dévisageait sa maitresse adorée, le regard plongé dans ses yeux, comme pour comprendre pourquoi elle avait voulu se tuer, pourquoi elle voulait le tuer et se tuer ensuite. Et il sentit la souffrance d'Hermione avec encore plus d'acuité que quand il avait quitté le Terrier en toute hâte, en plein milieu d'une chasse au gnome de jardin.

Ils restèrent de ainsi de longues minutes figés face à face, immobiles tels deux statues. Hermione, baguette pointée, un sortilège impardonnable au bord des lèvres, Pattenrond, qui ressentait au plus profond de lui la souffrance de sa maîtresse et qui avait abandonné toute attitude agressive et l'envisageait à présent, mettant dans son regard toute sa compréhension, toute sa tristesse aussi.

Après quelques instants, il finit par s'allonger et se mit à ronronner tout en regardant Hermione avec de grands yeux, avec l'espoir de l'attendrir et de l'apaiser.

Il fallut encore de longues minutes pour qu'Hermione ne baisse enfin sa baguette avant de faire deux pas et s'accroupir pour caresser Pattenrond qui ronronnait de plus belle. La partie était gagnée, il le sentait. Sa maîtresse avait enfin consenti à rejoindre le camp des vivants. Même si elle ne le savait pas encore, lui il le ressentait au plus profond de son cœur.