La présence d'un troisième être humain au sein de la famille Hux avait rapidement fait le tour de l'académie impériale. Les rumeurs allaient bon train puisque beaucoup d'officiers n'étaient pas sans ignorer la stérilité de la femme de Brendol, qui bien entendu, ne pouvait lui offrir d'héritier. Personne n'osait rien dire face au directeur de l'académie mais Eeren se faisait harceler de questions concernant l'identité de la mère du garçon. Conservant sa dignité habituelle elle ne lâchait pas un seul mot et pourtant la colère bouillonnait dans ses veines, elle était partagée entre deux solutions : tout avouer aux autres pour ternir la réputation de son mari à tout jamais ou se taire pour préserver sa propre dignité.
Plusieurs jours après l'arrivée de cet enfant qui passait ses journées à réclamer à manger et pleurer elle su alors qu'elle ne pourrait jamais vivre ainsi. Du fait de sa stérilité elle était devenue amère et la vision d'un enfant au loin l'aggaçait au plus haut point alors être forcée de s'occuper de l'enfant illégitime de son mari était un fardeau trop lourd à porter pour ses frêles épaules. C'est ainsi qu'une nuit alors que son mari travaillait tard qu'elle décidait de fuir. Elle avait prit soin de se vêtir avant d'attraper sa valise pour s'enfuir loin Arkanis, loin de son infidèle de mari et loin de cet enfant qu'elle haïssait.
Lorsque Brendol rentra dans ses appartements ce soir-là il trouva l'enfant dans son berceau endormi paisiblement mais aucune trace de sa femme. Elle s'était volatilisé en emportant ses affaires. La désertion d'Ereen plongea son mari dans une profonde colère, de rage il envoya valser les draps du lit, toutes les affaires qui se trouvaient actuellement sur le bureau se retrouvèrent au sol. Il se dirigea vers une chaise pour la renverser en poussant un hurlement de haine et pour finir il donna un violent coup de poing dans le mur.
Ce raffut avait eu raison du sommeil paisible du petit bébé allongé dans son berceau et l'avait effrayé, il s'était donc tout naturellement mit à pleurer. Ce bruit agaçait un peu plus son père, il s'approchait du berceau pour observer l'enfant qui pleurait à chaudes larmes.
" Mais qu'est-ce qu'il lui arrive encore à celui-ci ?! "
Il poussait un profond soupir alors que le bébé ne s'arrêtait pas et Brendol n'avait pas le temps ni l'envie de se préoccuper de lui. Il lui jeta un dernier regard, presque dégouté, avant de fuir loin... Se plonger dans le travail et oublier les événements de ces derniers jours, en laissant derrière lui son héritier.
Des heures s'écoulèrent sans que personne ne se préoccupe d'Armitage, seul et vulnérable dans les appartements privés de son père; pendant ce temps le bébé n'avait cessé de pleurer, la faim, la solitude et la peur étaient les principales raisons de son chagrin.
Dans le couloir menant à l'appartement de Brendol une jeune fille marchait d'un pas lent, le visage baissé et les joues tachées de larmes derrière ses long cheveux châtains. Elle s'appelait Jaessa. Elle était âgée de quinze ans. Depuis son enfance elle vivait au sein de l'académie, elle avait été enlevée de force à ses parents alors qu'elle n'avait que sept ans pour servir d'esclave ici. Elle avait été assignée au nettoyage des halls puis elle avait finalement atterrit aux cuisines.
C'était dans ces circonstances qu'elle avait croisé le chemin du directeur de l'académie, Brendol. Lorsqu'elle arpentait ce couloir elle ne pouvait s'empêcher de se sentir mal à l'aise et terrifiée, mais aujourd'hui elle ne ressentait rien de tout cela. Elle était terriblement perturbée par ce qu'il s'était produit une heure plus tôt alors qu'elle était en train de nettoyer le sol des cuisines. Cet événement l'avait bouleversé jusqu'au plus profond de son âme et son cœur était brisé.
Soudain Jaessa se figea face à la porte des appartements de Hux lorsqu'elle entendit des cris de bébé provenant de derrière cet endroit. Elle fronçait les sourcils en se demandant si elle n'était pas en train de devenir folle... Peut être que la perte de son enfant l'avait encore plus affectée qu'elle ne le croyait. Elle se mettait à entendre des pleurs de nourrisson, ils semblaient tellement réels pourtant se disait-elle alors que sa gorge se nouait. Une vague de sanglot lui fit plonger sa tête entre ses mains pour ne pas être vue avec les yeux rougis, elle pleura pendant plusieurs minutes avant de se ressaisir et d'approcher de l'endroit d'où elle entendait toujours ces pleurs d'enfants.
Elle s'approchait de plus en plus et lorsqu'elle posait la paume de sa main sur la porte en duracier elle eut l'impression que les sanglots de ce bébé, imaginaire ou non, se faisaient plus bruyants. Ses doigts fins tremblaient contre la paroi et les cris devenaient insoutenables pour cette jeune fille. Elle poussa la porte de toute ses forces et par miracle elle n'était pas fermée. Hux avait, dans sa rage, oublier de verrouiller la porte.
En entrant dans la pièce la jeune Jaessa se figea un instant au pied de la porte, le désordre de la pièce était inquiétant et pire que tout elle réalisa que les pleurs d'enfants étaient bien réels. Elle se précipitait vers le berceau et découvrit un bébé aux cheveux roux flamboyant qui pleurait en gigotant. Les larmes affluaient sur ses joues rouges, et vu son état cela faisait des heures qu'il pleurait, sans le moindre doute.
Le cœur de l'adolescente se serra alors qu'elle se penchait au dessus de l'enfant pour le prendre dans ses bras délicatement et le bercer pour tenter d'atténuer ses pleurs, comme elle aurait pu le faire avec son propre enfant si elle ne l'avait pas tragiquement perdu il y a quelque heures. A cette pensée les larmes perlaient aux coins des yeux de la jeune fille et elle serrait un peu plus fort cet enfant contre elle en murmurant des paroles rassurantes.
Le petit être se calmait peu à peu même si ces pleurs remplissaient toujours l'espace. Elle caressa doucement le sommet de son crâne du bout des doigts et soudainement elle sentit ses seins devenir plus lourd et douloureux. Elle grimaçait légèrement et par pur instinct elle soulevait son vêtement pour, peut être, essayer de nourrir ce bébé. Ce dernier attrapait sans hésiter le sein de la jeune fille et buvait avec appétit. Cela faisait presque une journée qu'il n'avait pas été nourrit et sa façon de boire en témoignait, ses lèvres étaient fermement accrochées et il buvait rapidement comme s'il craignait qu'on lui retire son repas.
Alors qu'elle nourrissait cet enfant qu'elle ne connaissait pas elle se mit à observer son environnement. Elle savait qu'elle se trouvait dans les appartements de Brendol Hux bien qu'elle n'y avait jamais mit les pieds avant aujourd'hui. Par déduction elle pensait que cet enfant n'était autre que l'héritier de Hux.
A cet instant elle se sentit sale, se trouver dans cet endroit lui rappelait de mauvais souvenirs. Le parfum du directeur imprégnait cette pièce et l'entourait de part et d'autre. Elle fermait un instant les yeux pour calmer ses tremblements, ne plus penser à ce jour où, sans le vouloir, elle était devenue une femme. En effet son jeune âge et sa grande beauté naturelle avait fait tourner la tête de bien des officiers mais Brendol avait été le plus entreprenant; et il avait obtenu ce qu'il souhaitait en déflorant la jeune fille de la pire des manières. Coincée et forcée de coopérer elle n'avait rien pu faire, et puis après tout qui ce serait soucier des appels à l'aide d'une esclave ?
Malheureusement, le résultat de ce viol fut l'apparition d'une toute nouvelle vie au creux de son ventre. Et comme si cela ne suffisait pas le sort venait de s'acharner sur elle une fois de plus, son enfant n'était plus de ce monde. Certes il aurait été le fruit d'une relation non consentie mais en son fort intérieur Jaessa était persuadée qu'elle aurait pu aimer et élever ce bébé. A présent la question ne se posait plus. Elle baissait les yeux vers cet enfant innocent qui continuait de boire, à un rythme plus lent, et lui effleurait doucement la joue du bout de ses doigts.
Une fois qu'il eut terminé de boire elle le plaquait contre sa poitrine pour lui faire régurgiter un peu de lait. Elle avait reçu des conseils de la part de ses collègues de travail, et elle essayait alors de les appliquer du mieux qu'elle pouvait. Elle savait qu'elle avait réussit quand elle sentit un peu de lait chaud sur son épaule. Elle déposait ensuite un doux baiser sur le front de l'enfant avant de le reposer dans son lit. Elle restait debout auprès de lui, elle n'avait pas le cœur de laisser un être innocent et vulnérable seul. Brendol n'avait pas eu autant d'état d'âme, c'était dans sa nature... Mais elle ne laisserait pas ce bébé livré à lui-même. Le comportement de son père la révoltait et elle comptait bien l'attendre pour lui dire sa façon de penser, se confronter à son tortionnaire.
Elle ignorait pourquoi mais ce bébé l'attendrissait et elle voulait à tout prix le protéger, qu'importe les conséquences. Elle savait que le propriétaire serait furieux en la découvrant dans ses appartements mais elle s'en fichait, elle avait toujours été courageuse, et aujourd'hui elle affronterait Brendol Hux.
